‹ Gallia typographica (volume 2)Chapitre 26 sur 176 · DÉPARTEMENT DE LA MANCHE · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENT DE LA MANCHE

AVANT-PROPOS

Le département de la Manche possède une bonne bibliographie, rédigée par M. Adrien Pluquet, sur le modèle du Manuel du bibliographe normand , de Frère 4, et une étude sommaire sur les anciens livres liturgiques des deux diocèses d’Avranches et de Coutances 1 2, dont une partie des territoires ont servi à le former, mais il n’a pas encore été doté d'un ouvrage d'ensemble sur les typographes qui ont exercé leur art dans sa circonscription. L’imprimerie était pourtant intéressante à étudier dans ce département, puisque des presses y avaient travaillé dans cinq de ses principales villes, sous l’ancien régime, et même, dans trois d’entre elles, dès le xvie siècle. Jetons un rapide coup d’œil sur chacune de ces localités.

On sait que la religion réformée avait pénétré de bonne heure à Saint-Lô et qu'elle y avait été reçue avec un certain enthousiasme par les habitants de la ville : en 1560, le prêche s’y faisait publiquement, malgré les rigueurs de l’évêque de Coutances. C'est à ces circonstances qu’il laut rattacher l’introduction de l’imprimerie dans l’antique Briovira , dont les Calvinistes voulaient faire l’un de leurs remparts dans la Basse-Normandie. En 1564, après avoir repris la ville, dont ils avaient été chassés par Matignon l’année pré-

(1) Bibliographie du département de la Manche Par M. Adrien Pluquet Membre de la Société académique de Cherbourg. Dans: Mém. de la Soc. Acad, de Cherbourg, a-1873, pp. 1 82-568 . — (2) Les Anciens livres liturgiques, dans les diocèses de Coutances et d’Avranches. Extrait des Mémoires de la Société Académique du Cotentin. (Tome quatrième.) — Coutances, Imprimerie de Salettes, Libraire- Editeur. (S. d. (1884). In 8. 22 p. signées : E.-A. Pigeon. — B. N., 8U Q. pièce 429.)

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. 111. 1*

cédente, ils y firent venir de Caen deux imprimeurs, qui débutèrent à Saint-Lô à cette époque, mais n’y séjournèrent pas bien longtemps. Une fois ces deux imprimeurs sortis de la ville, la typographie en disparut totalement jusque dans le milieu du xvne siècle ; à ce moment, un nouvel imprimeur vint y dresser ses presses et il y fut bientôt suivi de plusieurs autres. L’arrêt du 21 juillet 1704 ne fait pas mention de la ville de Saint-Lô, parmi celles où l’on pouvait tenir imprimerie ; l’art sublime continuait pourtant à s’y exercer, on l’y trouvait encore en activité cinquante ans plus tard, en dépit d’une interdiction formelle prononcée par l’arrêt du 31 mars 1739, et il n’y fut définitivement aboli que par l’arrêt du Conseil d Etat du 12 mai 1759.

Trois études ont été publiées sur l’histoire de l’imprimerie à Saint-Lô, mais elles ne la font connaître que partiellement : la première est du savant libraire Claudin, qui, après en avoir dégagé les origines plus nettement qu’on ne l’avait fait jusqu’alors 4, ne s’est guère aventuré au delà du xvie siècle. La seconde émane d’un érudit local, M. Emile Travers 1 2 ; c’est, suivant l’expression de

L. Delisle, « un lumineux et intéressant compte rendu » de la brochure de Claudin, à laquelle elle ajoute un certain nombre de précisions et de renseignements nouveaux. La troisième enfin est du regretté maître dont je viens d’écrire le nom ; cet éminent érudit s’y est attaché principalement à la personnalité d'un imprimeur du xvne siècle, peu connu auparavant, et nommé Jean Pien, sur lequel il a fourni de précieuses notes 3. Il n’est pas dit un mot, on le voit, dans ces diverses notices, de l’imprimerie laudinienne au xvme siècle ; le chapitre la concernant était, semble-t-il, de nature à tenter la plume de quelque chercheur ; aucun ne s’est trouvé, qui l’ait osé et on le comprendra bientôt, quand on se sera rendu compte des difficultés que présentait cette histoire et des maigres résultats auxquels il m’a été donné d’atteindre.

Les annales de l’imprimerie avranchaise eussent été certes beaucoup plus faciles à écrire, elles n’ont séduit non plus aucun archéo-

(1) Les Origines de l’imprimerie à Saint-Lô en Normandie Par A. Claudin

Lauréat de l’Institut. — Paris Librairie A. Claudin. 16, rue Dauphine, 16.

M. DCCCXCIV. (In 8. 37 p. Extr. du Bull, du bibliophile , et t. à ioo ex. B. N., 8° Q. pièce 860.)— (2) Les premiers imprimeurs de Saint-Lô. [Signé :].E.T.Dans: Annuaire du départ, de la Manche , 67e année, i8g5. (Saint-Lô Imprimerie F. Le Tuai. 1895. In 8), pp. 30-46. — (3) L’Imprimerie à Saint-Lô au xvne siècle Par M. Léopold Delisle. — Saint-Lô Imprimerie F. Le Tuai, rue des Prés, 5. 1904. (In 8. 19 p. ch. B. N., 8" Q. pièce 1849.)

MANCHE

logue ; les choses se passèrent en effet bien plus simplement à Avranches qu’à Saint-Lô : en 1588, l’évêque de la localité y fit venir un premier typographe pour travailler à l’impression des livres liturgiques de son diocèse et l’imprimerie s'y perpétua ensuite pendant toute la durée de l'ancien régime, dans deux ateliers, puis dans un seul, lorsque le règlement de 1739 eut réduit à ce chiffre le coefficient de la capitale de l’Avranchin. Dans celle du Cotentin, l’imprimerie, dont l’histoire est également inédite, commença en 1597, et c’est prototypographe d’ Avranches, qui, à la sollicitation de IVffr de Briroy, évêque de Coutances, vint l’y apporter ; cet imprimeur eut bientôt des émules, et, quoique l’arrêt de 1704 eut tenté de réduire à l’unité le nombre des imprimeurs de cette ville, ce ne fut qu’au milieu du xvme siècle que fut atteint le résultat cherché par le Conseil d’État.

Des ateliers fonctionnèrent aussi, sous l’ancien régime, à Valognes et à Cherbourg : à partir de 1705 dans la première de ces villes, et à compter de 1684 au moins dans la seconde; ici, l’imprimerie disparut spontanément, avant que l’arrêt de 1704 ait eu à s’en préoccuper et elle n’y fut exercée de nouveau que peu de temps avant la Révolution ; mais dans le petit Paris de Madame Turcaret, les arrêts du Conseil ne parvinrent jamais à l’étouffer complètement, et même, à plusieurs reprises, on autorisa ouvertement à travailler à l’imprimerie des membres de la famille Clamorgan, qui s’y étaient obstinément attachés à travers vents et tempêtes. Des notes un peu décousues ont été fournies par M. P. Blaizot sur cette dynastie d’imprimeurs valognais1, que le mauvais sort s’est complu à accabler ; une étude plus consciencieuse, quoique partielle et restreinte aux années 1772 et suivantes, a été consacrée au dernier de ces typographes sous l’ancien régime, par un savant archiviste dont j’ai eu fréquemment à citer le nom avec avantage dans mes volumes précédents 2.

Je n’aurais plus à présent, pour ne rien oublier, qu’à dire un mot de l’imprimerie à Pontorson et de la presse fantaisiste de Pirou, mais je le réserve pour le chapitre des imprimeurs, où je ferai connaître le peu qui les concerne.

(1) Notes pour servir à l’histoire de l’imprimerie et de la librairie à Valognes jusqu’en 1789. [Signé :] P. Blaizot. Dans : Revue Normande et Percheronne , a.

1899, pp. 33i-337. ~ (2) Une imprimerie clandestine à Valognes. [Signé ;J H. Stein. — Dans : Le Bibliographe moderne , I (Paris, 1897), pp. 149-153.

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