‹ Garcia MorenoChapitre 118 sur 183 · VcrdaderasUuacion... por F. Luque; pages 10 et · texte numérisé non relu

VcrdaderasUuacion... por F. Luque; pages 10 et

sentes, en même temps qu'un témoignage d'estime et de reconnaissance pour les services rendus au pays par cet illustre citoyen. Inutile d'énumérer, ajoutait-on, les bienfaits dont il a comblé la nation durant sa dernière présidence, ni les sacrifices qu'il s'est imposés pour la province d'Ibarra à l'occasion de la catastrophe du 16 août dernier : ces actes, nous les avons vus de nos yeux, et la gratitude les a imprimés dans tous les cœurs. En ouvrant des voies de communication, en appelant des instituts religieux pour régénérer les mœurs sous la douce influence du catholicisme, en multipliant les écoles et les collèges, Garcia Moreno a posé les fondements de notre prospérité. Il est vrai que la calomnie met tout en œuvre ppur noircir ce grand patriote, mais noijs mépriserons les invectives de ces calomniateurs, inspirées trop souvent par les ressentiments personnels et les fureurs vindicatives des criminels qu'il a châtiés. Leur voix s'éteindra, comme se dissipe avec le temps Todeur d'un cadavre en putréfaction. Alors on ne verra plus que les grandes œuvres de Garcia Moreno, monuments immortels de son génie et de son patriotisme ^ » Ce manifeste, impatiemment attendu, fut accueilli dans l'Equateur par une explosion de joie. De toutes les provinces, de Cuenca, de Riobamba, de Loja, de Guaranda, de Babahoyo, arrivèrent des adhésions motivées. Les journaux, les feuilles volantes, se couvrirent de milliers de signatures en faveur de Garcia Moreno, si bien que ses ennemis, libéraux et radicaux, furent obligés de se donner la main pour lui opposer un can-»didat offrant quelque chance de succès. Le catholique Borrero fonda le Constitutionnel pour faire campagne contre le tyran, de concert avec le Cosmopolita du païen Montalvo. Afin de trouver la force dans l'union, Mon-

1. Manifestacion de la Sociedad palrlolica, 28 novembre 1868.

— loi —

talvo s'efforça de rentrer un peu ses griffes, Borrero allongea un peu les siennes, et la fusion s'opéra sous le nom de « grand parti libéral »• On espérait par cet euphémisme tromper l'innocent troupeau des électeurs, que le rouge effraie toujours quelque peu. Mais où trouver un représentant du grand parti libéral, accepté des fusionnistes, et de force à lutter contre Tennemi commun? Si les aspirants ne manquaient pas, il leur manquait à tous quelque chose : Carbo était trop impie et trop démagogue, Angulo trop gothique, Montalvo trop sataniquc, Espinel trop inféodé à son messie Urbina, Mestanza trop infatué de lui-même et trop mordant pour ses chers amis; quant à Borrero, le Caton de Cuenca, on en usait comme d'un cheval de renfort pour monter la côte. De guerre lasse, Tunion libéro-radicale choisit pour son candidat don Francisco Aguirre, de Guayaquil, homme de talent et d'instruction, peu militant jusque-là, mais de couleur significative par sa parenté avec Urbina, dont il se montrait le zélé partisan. 11 fallait être aveugle comme un catholique libéral pour ne pas voir se dresser derrière Aguirre le spectre du sinistre révolutionnaire. On présenta cette candidature comme l'expression du plus pur libéralisme, la quintessence de toutes les perfections, et la paix éternelle dans la fusion des partis, tandis que, dans leurs feuilles, manifestes, proclamations, les fusionnistes exhibèrent comme repoussoir leur portrait habituel de Garcia Moreno,- retouché par leurs meilleurs artistes. C'était le tyran, l'assassin, l'hypocrite, le violateur des lois, le bourreau des honnêtes gens. Ces poisons se débitaient au bon peuple avec l'agrément, pour ne pas dire la faveur du gouvernement, si bien qu'il devenait nécessaire d'élever la voix pour confondre les criminels et détromper leurs victimes. Inquiets du silence de Garcia Moreno, les conservateurs se demandaient si, conti-

nuant à décliner toute candidature, il les abandonnerait en un moment aussi critique, lorsqu^il fit paraître, le 18 décembre, ce manifeste où les fusionnistes sont traités selon leurs mérites, et ses actes , à lui , expliqués sans ambages.

« Avant la période électorale, dit-il, le premier, je mis en avant, près d'un grand nombre de mes amis, la candidature d'un illustre général. Par suite de leurs hésitations et de son refus, je me désistai, bien décidé cette fois à déserter la lutte. Du reste, en différentes circonstances de ma vie publique, j'ai donné la preuve que je n'aspirais pas au mandat présidentiel. Avant • comme après 1865, j'ai dit et répété que, vu l'insuffi. sance de nos lois pour la répression des hommes de désordre, je ne me chargerais plus du pouvoir, à moins que les irréconcihables ennemis de l'Église et de la patrie, les partisans d'Urbina, aujourd'hui déguisés en libéraux, ne tentassent une restauration de son exécrable tyrannie.

« Or, ce que personne n'aurait cru possible, voilà que cette hypothèse devient une réalité. La candidature de don Francisco Aguirre, parent, allié et fauteur d'Urbina, candidature appuyée par tous les radicaux, fait pressentir aux moins clairvoyants le retour à bref délai de l'homme néfaste qui ne doit rentrer à l'Equateur que pour monter à l'échafaud. Les partisans de don Francisco Aguirre me forcent donc d'accepter la candidature que daignent m'otfrir les conservateurs. Si je reculais devant l'insuffisance des lois pour châtier ces trafiquants de révolutions, tout homme loyal et sérieux refuserait comme moi la présidence, et l'Equateur serait perdu. Au peuple et à ses représentants d'écarter cet obstacle en donnant au gouvernement la force de répression dont il a besoin pour défendre la société.

« Aux complices d'Urbina, aux traîtres de Cuaspud,

de Quinche, de Hachala et de Santarosa, aux pirates de Jambeli, s'unissent aujourd'hui des hommes mus par de vils intérêts ou d'ignobles rancunes, des catholiques soi-disant libéraux, ennemis du Concordat et du Syllabus, qui ne rougissent pas de marcher sur les brisées des jansénistes en qualifiant d' ultramontains les vrais enfants de l'Église. Cette monstrueuse fusion, loin de m 'arrêter, m'offre un second et puissant motif d'acceptation, car il est évident que mon refus mettrait en péril les plus chers intérêts du peuple.

« Enfin un motif d'honneur vient corroborer ceux que m'inspirent ma foi religieuse et mes convictions politiques. Attaqué journellement avec une implacable obstination, en butte aux injures de toute espèce comme aux calomnies les plus outrageantes, je pardonne volontiers à mes ennemis; cependant, je crois que le jour est arrivé où le peuple, par un verdict solennel, doit prononcer entre moi et mes calomniateurs. Oui, le jour de l'élection sera le jour du jugement : entre moi et mes accusateurs, il y a le peuple, et c'est la justice du peuple que j'invoque. Si je me retirais de la lutte, ils ne manqueraient pas de dire que j'élude la sentence parce que je me crois coupable. Je ne puis attenter à mon propre honneur, et c'est ainsi qu'à force d'outrages, ils m'ont mis dans l'impossibilité de refuser une candidature à laquelle j'étais loin d'aspirer.

« Pour conclure, je dois faire connaître à la nation les principes qui dirigeront ma conduite si elle m'appelle à l'honneur de la gouverner. Respect et protection à TÉglise catholique; adhésion inébranlable au Saint- Siège ; éducation basée sur la foi et la morale ; diffusion de l'enseignement à tous les degrés ; achèvement des routes commencées et percement de nouvelles voies, selon les besoins et les ressources du pays ; garanties pour les personnes, les propriétés, le commerce, Tagri-

culture et Tiodustrie; liberté pour tous et pour tout, excepté pour le crime et les criminels; répression juste, prompte et énergique de la démagogie et de Tanàrchie ; maintien de nos bonnes relations avec tous nos alliés ; promotion aux emplois de tous les citoyens honorables, selon leurs mérites et leurs aptitudes : voilà mon programme. Je veux tout ce qui peut contribuer à faire de rÉquateur un pays moral et libre, riche et vraiment civilisé. Tels sont mes principes, telle sera ma règle de conduite, si les suffrages du peuple m'appellent à exercer le pouvoir. »

Voilà, dirons-nous à notre tour, voilà dans toute sa splendeur le programme de la civilisation catholique. Ce fier langage est celui d'un grand chrétien et d'un grand patriote qui ne veut tromper ni les conservateurs ni les révolutionnaires. Les conservateurs doivent savoir que ce catholique tout d'une pièce n'inclinera jamais vers les doctrines libérales, et les révolutionnaires, qu'ils ont devant eux l'ange exterminateur. Nous constaterons plus tard que ce n'était pas là une profession de foi banale comme on en placarde tant sur les murs en un jour d'élection, mais bien le plan médité et détaillé du grand édifice que ce politique de génie voulait construire sur les ruines de la Révolution.

A la lecture de ce manifeste, un soupir de soulagement s'échappa de tous les cœurs amis de l'ordre et de la religion. Au contraire, la ligue libéro-radicale, démasquée et flétrie, poussa des cris de rage et de fureur, d'autant plus qu'elle espérait le désistement de Garcia Moreno. Pour le dégoûter complètement de la vie publique elle l'avait poursuivi de ses outrages, et voilà que cette fausse tactique ramenait au combat le lion blessé; or, le combat, c'était la victoire, car aux commentaires enthousiastes du manifeste et aux milliers

de signatures qui se lisaient chaque jour au bas des circulaires électorales *, on conjecturait à bon droit que le candidat fusionniste n'obtiendrait pas même le tiers des suffrages. Désespérant de vaincre au scrutin, les radicaux résolurent de conquérir le fauteuil présidentiel par une nouvelle conspiration.

Afin de préparer le peuple à un coup de main, les clubs, aidés des feuilles publiques, répandirent le bruit que rÉquateur ne souflTrirait pas une seconde fois la domination de Garcia Moreno. Les vrais républicains empêcheraient bien le despote de remettre le pays dans les fers. L'assassin de Maldonado, le bourreau de Jambeli, l'autocrate qui depuis huit ans s'imposait à son pays, devait être écarté par n'importe quel moyen. Montalvo sommait Garcia Moreno de renoncer à sa candidature, sous peine de voir briller bientôt la lame du poignard : « Qu'il sache, s'écriait-il, que nous sommes irrévocablement liés à don Francisco Aguirre : ou le tyran nous écrasera, ou il mourra de nos mains. » Des bruits d'une révolution prochaine circulaient dans la capitale et les provinces. Quant au formaliste Espinosa, il laissait prêcher tranquillement la révolte et l'assassinat, attendu que l'Equateur jouissait de la liberté de la presse et du droit d'association. A Cuenca, les fusionnistes organisèrent une procession grotesque et ridicule en faveur de leur candidat : à travers les rues, un cierge à la main, s'avançaient gravement l'avocat Borrero, ses amis les libéraux, ses alliés les radicaux, puis la populace qui hurlait : « Vive Aguirre ! A bas Garcia Moreno ! » Du sein de cette cohue émergeait un drapeau sur lequel flamboyait ce mot sacramentel : Constitution! A Guayaquil, à Quito, dans tous les centres, se préparait un soulèvement que tout le monde, excepté pourtant

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