‹ Garcia MorenoChapitre 181 sur 183 · El desperezo del Regenei^ador, 12 juin 1878, p · texte numérisé non relu

El desperezo del Regenei^ador, 12 juin 1878, p

chir des banqueroutiers devenus hauts dignitaires, à entretenir Tarmée nombreuse. qui servait de garde au dictateur, surtout à payer ses dépenses et celles de rinsatiable Urbina, de leurs parents, amis et connaissances. Celui-ci réclamait cinquante raille piastres, celui-là cent mille, en compensation des dommages subis sous le règne du tyran, Vintimilla faisait payer à la nation cinq mille piastres pour son uniforme et les harnais de ses chevaux, neuf mille pour trois banquets officiels, et vingt-cinq mille pour sa liste civile, tandis que Garcia Moreno se contçntait de la moitié, et encore la dépensait-il en charités ! La dilapidation des deniers publics fut poussée si loin que jamais ministre des finances n'osa rendre compte des recettes et des dépenses, ni accuser les énormes déficits qui s'ajoutaient chaque année à la dette publique. Naturellement, les travaux commencés restèrent inachevés, faute d'argent. Loin d'ouvrir de nouvelles voies de communication, le gouvernement ne sut pas même entretenir la route nationale de Garcia Moreno. L'instruction publique retomba dans le mépris, comme au temps d'Urbina. L'Université avilie, les professeurs destitués, les élèves opprimés, les collèges fermés, les conservatoires et académies sans objet, et le soudard immoral et indiscipliné remplaçant partout l'homme de science et le lettré : tel était, au commencement de 1882, dernière année de la présidence de Vintimilla, le spectacle navrant qu'offrait l'Equateur.

J.es conservateurs se réjouissaient de voir arriver la fin de cette longue et honteuse dictature, et cependant on n'était pas sans crainte. Les radicaux, tenus en bride jusque-là, n'allaient-ils pas profiter du changement de pouvoir pour s'imposer à la nation par un coup de force ou peut-être au moyen de quelque manœuvre électorale? Vintimilla profita de ces inquiétudes, jetées à

dessein dans le public, pour se faire adresser par ses amis des pétitions, absolument inconstitutionnelles, dans lesquelles on le suppliait de ne point abandonner les rênes aux mains des révolutionnaires. Cette ruse exaspéra les conservateurs aussi bien que les radicaux ; mais, n'écoutant que son ambition, le président se rendit à Guayaquil où il fit voter par ses amis, sous le nom à' Acte populaire y un nouveau système de dictature dans lequel il figurait comme chef suprême. Trois mois après, pour amadouer les conservateurs, il recevait solennellement le nonce apostolique et affirmait « qu'interprète fidèle de la nation, il aurait à cœur, non seulement de conserver, mais de resserrer les liens qui Tunissaient au Saint-Siège. Magistrat et catholique sincère, il protégerait et ferait respecter la religion du Crucifié. » Comme preuve de sa sincérité, il rendait au concordat sa force obligatoire et faisait cesser le long veuvage de l'Église métropolitaine en lui donnant pour pasteur le vaillant évêque de Riobamba, son implacable adversaire d'autrefois. De quoi pouvaient se plaindre les catholiques? Vraiment Borrero a trop cédé à sa mauvaise humeur d'exilé quand il nous présente Vintimilla comme un stupide : c'est un retors des plus madrés.

Mais il avait compté sans la colère du peuple. On avait supporté le président constitutionnel, on ne trouva pas la force de supporter le dictateur. Conservateurs et libéraux coururent aux armes. Les derniers mois de 1882 se passèrent en escarmouches dans les provinces, mais, le 8 janvier 1883, la capitale elle-même sonna le tocsin. « Aux armes, chers compatriotes, disait-on. Les combats livrés jusqu'ici ont affranchi plusieurs de nos cités. Le tyran ne règne plus qu'à Quito et à Guayaquil. Joignons-nous aux compagnons du nord et du sud pour terminer l'œuvre de notre rédemption. Jetons-nous sur nos bourreaux et donnons un nouveau

jour de gloire à la patrie des Florès, des Ascasubi, des Garcia Moreno. Débarrassons-nous des vandales qui ont scandalisé le monde entier par leurs assassinats et leurs brigandages. Soldats de Vintimilla, autrefois les défenseurs de la patrie, aujourd'hui les assassins de vos frères dont vous avez répandu le sang à Galte, à Ibarra, à Chambo, à Quito, abandonnez le drapeau du tyran, et joignez- vous à nous pour sauver la patrie en deuil. Si vous le faites, nous oublierons le passé; sinon, nous laverons dans votre sang les hontes de TÉquateur! » Ce jour-là même, les jeunes gens de la capitale se ruèrent sur le parc d'artillerie, pillèrent Tarsenal, et s en furent avec leur butin rejoindre Tarmée des patriotes, campée dans les environs. Le 10, cette armée pénétra dans la cité et après un combat sanglant de plusieurs heures, força les soldats du dictateur à évacuer la place. Six mois plus tard, le 9 juillet, les patriotes chassaient Vintimilla de Guayaquil, son dernier refuge, comme vingt-cinq ans auparavant Garcia Moreno en avait chassé Franco, le dernier lieutenant d'Urbina.

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