‹ Garcia Moreno, président de l'ÉquateurChapitre 8 sur 67 · HENRI · texte numérisé non relu

HENRI

évêque de Tulle.

LETTRE DE SA GRANDEUR Ms SEBAUX,

ÉVÊQUE d'aNGOULÊME.

Angoulôme, le 17 février 1888.

Mon Révérend Père,

Vous avez bien voulu, il y a déjà longtemps, m'envoycr votre beau travail sur D. Garcia Moreno, président de lu République de l'Equateur. Vous dire que je l'ai lu avec' un vif intérêt, en louer le style et la forme, n'exprimerait pas suffisamment l'impression que j'en ai gardée. De cette étud»? se dégage un grave enseignement, qui lui donne une valeur exceptionnelle : c'est la démonstration éclatante du bien ((u'est appelé à faire le pouvoir chrétiennement compris et exercé.

Partout, hélas, et depuis trop longtemps, l'autorité civile tend à se séparer de TÉglise et à se soustraire à l'influence religieuse; suivant un mot nouveau et triste, elle se secu/aj'îS'?;

elle se croirait humiliée do tenir compte, dans la direclion des choses hiunaines, des droits de Dieu, de la dignité et des destinées surnaturelles des âmes. 1/expérience est assez longue déjà pour montrer tout ce que les peuples ont à perdre à l'application d'un système réprouvé par la raison et par la foi ; leur état moral en reçoit les plus douloureuses atteintes et leur prospérité matérielle elle-même n'est pas moins compromise. On se demande avec effroi ce que deviendraient nos sociétés modernes si les idées, les doctrines et les habitudes chrétiennes qui persévèrent malgré une opposition incessante et souvent la persécution, n'arrêtaient en partie les effets désastreux du régime auquel ces sociétés sont soumises.

La Providence semble avoir suscité le grand homme dont vous avez retracé la vie, pour nous faire voir ce qu'un gouvernement chrétien assure d'avantages de toute sorte à un peuple. Servi par une haute intelligence, un noble cœur, une volonté énergique, mais surtout par sa foi, et avec l'aide de Dieu, D. Garcia Moreno a été le libérateur et le restaurateur de l'État qui lui avait confié ses destinées, et il l'a conduit en peu d'années à une prospérité ailleurs inconnue.

I /orgueil qui ne veut ni régie ni maître, ni Dieu et son Eglise surtout, les passions mauvaises qui n'aspirent qu'à la licence, ne le lui ont pas pardonné; le héros est tombé martyr du devoir ; mais son exemple demeure, et la voie qu'il a suivie au milieu de contradictions et d'épreuves inouïes reste ouverte, dans son pays et partout, aux hommes de conscience et de cœur; il est vrai qu'il l'a arrosée de son sang, mais après avoir rendu à son [)euple la vraie liberté, la grandeur et la paix.

Garcia Moreno aimait passionnément sa patrie. Quel est le chrétien, quel est le prêtre ou révê(|ue (jui n'aime pas la sienne? Et c'est pour cela que nous voudrions voir régner partout, dans les lois et dans les Ames, cette justice qui rlèvc tes j)euj)les. Que le pouvoir se l'approche de sa source première; (pi'il ait le respect de l'autorité su[)rême, dont il procède et relève ; qu'il en reconnaisse les droits; qu'il ait le scMliiMcnt de sa propre rcspunsubililô; que dans cet es-

prit, tout en poursuivant le bien temporel du peuple, qui est sa fin, il prête son appui et son concours à lo religion dont l'action salutaire fait non seulement des serviteurs de Dieu, mais encore des citoyens justes, honnêtes, soumis et dévoués à l'intérêt commun : l'État verra fleurir en son sein l'ordre, Tunion et la paix, et sa prospérité sera assurée.

Votre ouvrage, mon Révérend Père, a servi et servira encore à jeter une vive lumière sur ces principes en les présentant sous la forme toujours saisissante des faits. Puisse-t-il être lu par tous ceux qui, à degrés divers, dirigent les affaires publiques, ou leur consacrent leur parole, leur plume ou leur influence personnelle. Nos peuples égarés ou incertains ont besoin qu'on les ramène dans la véritable voie. L'Eglise ne cesse de la leur montrer ; la grande parole de Léon XIII leur disait, il y a quelques années, ce que doit être la constitution chrétienne des sociétés civiles. Par le grave et si intéressant récit que nous vous devons, vous aurez une part dans cette œuvre de restauration sociale, et je joins bien volontiers mes félicitations et mon suffrage à tous ceux que vous avez déjà reçus.

Veuillez bien agréer, mon Révérend Père, l'expression de mon religieux dévouement enN.-S.

évoque d'Angûuléme.

Et maintenant, deux mots au lecteur sur la trame de cet ouvrage. Après les lettres magistrales qu'on vient de lire sur la nécessité d'en revenir à la Constitution chrétien?ie des Etats, lettres provoquées par cet ouvrage, nous aurions mauvaise grâce à nous défendre d'avoir voulu faire une thèse en même temps qu'une histoire. Nous avouerons même iugé-

nument que nous n'aurions jamais ou le courage d'étudier durant de longues années les faits et gestes de Garcia Moreno, bien que très intéressants et très romanesques, si nous ne l'avions vu combattre et mourir pour la liberté de l'Eglise et des peuples, c'est-à-dire pour défendre le Droit chrétien et le restaurer dans son pays sur les ruines de la Révolution. Cette idée mère a enfanté le livre aussi bien que le héros; elle a produit le titre et les divisions de l'ouvrage. Dans le Prologue, nous voyons l'Equateur émancipé de l'Espagne catholique, se courber, comme tous les États d'Europe et d'Amérique, sous le joug de la franc-maçonnerie. Au premier Livre apparaît Garcia Moreno, le chevalier du droit : il s'arme de pied en cap et prélude par des combats de plume à la grande lutle qu'il doit soutenir contre les Sarrasins de l'Age moderne. Le second liivre est tout entier rempli par la croisade contre-révolutionnaire, croisade de dix ans, drame aux péripéties fanhisliques qui se termine par le triomphe éclatant du héros. Maître désormais d'appliquer ses principes, le soldat de Dieu s'unit à l'Eglise pour fonder l'État chrétien et réalise en peu d'années, matériellement et moralement, des merveilles de civilisation si prodigieuses qu'il attire l'altenlion du monde entier. Le troisii'nu; Livre raconte ces merveilles jusqu'au jour où la Révolution, pour en tarir la source,plonge son couteau salanique dans le cœur de son mortel ennemi. Mais en hiant l'bomme, elle n'a pu tuer le Droit dirélien incai'iié dans son peuple : l'Épilogue nous fait voir la République de Garcia .Moreno, alîranchie de ses tyrans, nmrchanl à de

nouveaux progrès sous le nom à jamais mémorable de République du Sacré-Cœur.

Ainsi à chaque page du livre éclate celle vérité que l'État chrétien sauve les peuples, tandis que le libéralisme révolutionnaire les mène fatalement à la ruine. A ceux qui nous objecteraient, avec Quintilien, qu'il faut écrire l'histoire ad narranduni, non ad probandum, nous demanderions, comme la Revue des q ((estions historiques à propos du présent ouvrage, pourquoi « l'annaliste sérieux ne prendrait pas à lâche do mettre en lumière les enseignements qui ressorlent de lu vie et des œuvres du personnage dont il évoque le souvenir » ? Et s'il est constant que de cette leçon de choses donnée par la Providence aux hommes de nos jours, dépond la vie ou la mort des peuples, comment le biographe pourrait-il être assez indifîérent pour exposer froidement les actes de son héros sans en tirer la leçon qui s'y trouve renfermée? C'est le cas ou jamais de philosopher sur l'histoire.

Si de la thèse nous passons aux faits eux-mêmes, nous nous contenterons de répéter ce que nous avons dit dans notre première édition. «Ces faits nous ont été racontés dans leurs plus minimes détails par des témoins oculaires, membres du clergé, de la magistrature, du parlement ou de l'armée, amis et ennemis politiques de Garcia Moreno. Les jwgements sur les actes de notre héros variaient selon les opinions de chaque individu, mais leurs narrations concordaient parfaitement. Du reste, pour contrôler leurs témoignages, nous avons consulté tous, les documents qui peuvent éclairer un histo-

rien, en particulier les écrits polémiques de Garcia Moreno, ses lettres, et notamment ses messages aux chambres, lesquels suffiraient, à eux seuls, pour composer un magnifique abrégé de sa vie politique. -Malgré des lacunes que nous regrettons, le journal ofîiciel, les feuilles périodiques, les brochures écloses sous l'influence des difîérents partis, nous ont l'ait assister presque jour par jour aux actes des personnages que nous mettons en scène. Cependant malgré les soins que nous avons pris pour éviter toute erreur, il est possible qu'en écrivant sur un pays aussi difîérent du nuire par ses mœurs, ses habitudes et sa législation que par son aspect physique, certaines inexactitudes se soient glissées dans notre travail. Sous ce rapport nous réclamons l'indulgence de nos lecteurs, surtout américains. »

Or voici comment à Quito sur le théâtre môme des événements, une revue catholique' apprécie nos informations : « Sans aucun doute, depuis la mort de (iarcia Moreno, on n'a publié, ni ici ni ailleurs, une l)iographie aussi importante, aussi complète du célèbre président. Le livre du R. P. Berthe, fruit de dix ans d'investigations continues, présente une telle abondance de documeiils (juil est impossible de s'imaginer comment un étranger a pu les recueillir. Tel a été son opiniâtre travail qu'il a«consulté les pièces officielles, presque tous les écrits de Garcia Moreno môme antérieurs à sa présidence, écrits aujourd'hui très rares à l'Kquateur, un grand nombre (le journaux périodiques, et jusqu'aux feuilles vo-

• La Itcpublica del Sagrado Corazon, Agosto de 1887.

lantes imprimées pour ou contre son héros durant plus de quinze ans. Cela n'a pas suffi à rinfatig:able biographe : il a compulsé les lettres autographes et inédites du Président, interrogé les témoins oculaires des faits qu'il raconte, et vérifié jusqu'aux détails les plus insignifiants. Aussi nous ne craignons pas de dire que sous le rapport de l'érudition cet ouvrage, absolument transcendant, devra être consulté par tous ceux qui voudront parler de Garcia Moreno. Néanmoins on rencontre dans le cours de la narration certaines inexactitudes de détail, inévitables pour quiconque n'a pas visité notre pays, et que l'auteur devra faire disparaître dans une autre édition. »

Depuis ce temps, nous avons prié des hoiiiiiies compétents de vouloir bien nous signaler les inexactitudes dont il est ici question. Les unes portaient sur des particularités relatives aux faits relatés, et d'autres sur l'appréciation plus ou moins exacte de plusieurs personnages qui figurent accessoirement dans cette histoire. Nous avons introduit dans notre texte les rectifications qui nous ont paru motivées, et de plus certains traits anecdotiques qui compléteront le portrait moral de Garcia Moreno. Ainsi corrigé et augmenté, ce livre ne sera pas encore, quoi qu'en dise notre trop bienveillant critique des Andes, « le monument œre peroinius élevé à la gloire du héros-martyr », mais il témoignera, malgré ses défauts, de notre admiration toujours croissante pour le grand libérateur et pour le peuple qui, sauvé par lui, continue à porter haut et ferme, au milieu des nations apostates, le drapeau de Jésus-Christ et de son Église.

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