acte d'abandon entre les mains de Dieu. “ L'injure, disait-il
à ses amis, é'est mon salaire, Si mes ennemis me poursuivaient à l'oceusion d’un acte criminel dont je me fusse rendu coupable je leur demunderais pardon et tâcherais de n'amender., Mais ils me huïssent à cause de l’amour que je porte à ma patrie ; parce que je veux lui conserver son trésor le plus précieux, la foi ; parce que je suis et me montre en toute circonstance le fils soumis de la sainte Église, A ces hommes de haine, je n'ai rien à répondre,
“sinon : “ Dieu ne meurt pas ! ”
Quant aux autres caractères signalés par Benoît XIV, comme lu profession publique des croyances et la pratique des devoirs imposés par la foi, on les trouve réunis au plus haut degré dans tous les actes de la vie privée ot publique de Garcia Moreno. Les libéraux lui reprochaient même ses actes de piété extérieure, qu'ils qualifiaient d’hypocrisie répondit avec sa logique ordinaire que “ l'hypocrisie consiste à agir autrement qu’on ne pense. Les vrushypocrites sont donc les libéraux qui ont la foi mais qui, par respect humain, n'osent la réduire en pratique.” Cette lâcheté l'inquiétait pour son pays et le portuit à multiplier les démonstrations extérieures de foi et de piété. “ Le peuple d l'Équat-ur est profondément religieux, disait-il : je ne puis le représenter dignement sans protéger et défendre le catholicisme. Mais malgré sa foi, je crains g1: ne souffre de la maladie endémique de ce siècle, ie veux dire lu faiblesse de caractère. Une persécution violente, je le dis en tremblant, ne ferait point parmi nous beaucoup de martyrs. Il faut absolument relever le courage de nos Équatoriens, ”
Bien loin de compter parmi ces catholiques qui professent ouvertement leur foi, tout en s’inquiétant assez peu de ses prescriptions, Garcia Moreno, comme nous l'avons vu, remplissait tous les devoirs du chrétien avec la fidélité le plus exemplaire, allant même au delà du simple comman-
dement, Sa.foi Ini inspira le zèle de la loi, Une infraction grave aux commandements de Dieu où de l'Église, un scandale public, le jetaient dans un profonde tristesse, Un . jour qu'on lui rapportait un cas d'immoralité notoire : ‘ Vous me faites plus de mal, s’écria-t-il, que si vous m'annonciez une éruption du Cotopaxi ! ”
Cette foi pratique, il ne crut pas devoir s'en dépouiller sur les marches du fauteuil présidentiel. Catholique er tant qu'individu, il voulut l'être encore comme chef de l'Etat. De là le concordat, la constitution catholique de 1869, l'épuration des codes, la lutte sans trêve ni merci contre les factions révolutionnaires, et finalement la restauration complète du règne de Bieu par son Église, Il ne manquait pas d'hommes à l'Équateur ponr trouver que le président avait la foi trop pratique. Les uns prétendaient qu'on peut être bon catholique en séparant l'Église de l'É. tat, pour laisser à chacun la libertté de pratiquer la religion de son choix ; les autres, plus théologiens, acceptaient spéculativement les thèses orthodoxes sur la religion d'État, mais soutenaient que, dans l'hypothèse du monde moderne, plus attaché à la Déclaration des droits de l’homme qu'aux préceptes du Décaloge, une constitution chrétienne de l'État ne pourrait fonctionner sans occasionner une guerre civile, et partant le libéralisme d'État est un mal qu’il faut tolérer pour éviter un mal plus grave. Garcia Moreno répondait aux prewiers adversaires qu'admettre en principe la séparation do l'Église et de l'État, c'est nier ls droit du Christ sur les peuples et renoncer par le fait même à la foi catholique ; aux seconds, que reconnaître des thèses et les déclarer absolument inapplicables, c’est ressembler à ces catholiques qui; accep- . tent en principe les commandements de Dieu, mais se dispensent de les mettre en pratique pour ne pas faire violence à l'ennemi, c’est-à dire à la nature rebelle. De même que la fai sans les œuvres ne sauve pas le chrétien, ajoutaitil, les thèses sociales ne sauveront pas le monde de l’anarchie si on ne tente pas même de les appliquer. Sansdoute
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; les difficultés sont grandes, mais sont-elles insurmonta bles ? » Ce chrétien d’un autre âge croyait qu'avec plus de foi
dans les principes sauveurs et plus de force dans l'âme, les catholiques triompheraient encore de la Révolution, en Europe comme en Amérique, Voilà le sens de cette parole que nous avons rapportée : “s'il y avait en France un
» homme d'énergie, bientôt elle reprendrait son rôle de fille > aînée de l'Église l”” Avec la foi cu le courage de Garcia
Moreno, Napoléon Ier en 1800, et Napoléon III en 1850,
: enssent refait l’œuvre de Charlemagne,
De cette foi vive et active procèdent, comme de leur racine, deux autres vertus qui soutiennent l’âme dans son essor vers Dieu : l'espérance se jette à ses pieds pour implorer son secours, la charité se jette dans son cœur pour se donner généreusement à lui. Toutes les deux se manifestèrent en Garcia Moreno par les sentiments et les actes de
p la piété la plus fervente,
L'homme inflexible devant les tyrans, fléchissait le genou devant Dieu avec la simplicité d’un enfant. Il avait
» passé ses jeunes années, nous l'avons vu, dans la piété la
pius tendre, avec la pensée de se consacrer au service des autels. Pendant ses vacances, qu'il prenait alors à Mont-
À Christi, chez son frère, curé de cette ville, on ne le voyait
guère qu'à l’église où il priait avec ferveur. Le reste du temps, il le passait dans sa chambre à étudier. Si les pre-
L miers orages de sa vie publique ralentirent un peu les élans
de son cœur vers Dieu, nous avons dit comusnt il se retrempa dans les épreuves de l'exil. Depuis lors, il ne cessa de progresser dans la vie spirituelle, Ses résolutions, que nous trouvons écrites de sa main sur la dernière page de son Zmitation, donneront une idée de sa vie intime avec Dieu.
“ Tous les matins je ferai l’oraison, et je demanderai particulièrement la vertu d’humilité. Chaque jour j'assisterai à la messe, je réciterai le rosaire, et lirai, outre un chapitre de l’Zmitation, ce règlement et les instructions y annexées.
‘“ Je prendrai soin de me conserver le plus possible dans la présence de Dieu, surtout dans les conversations afin de ne pas excéder en paroles. J'offrirai souvent mon cœur à Dieu, principalement avant de commencer mes actions,
4 Je dirai à chaque houre : Je suis pire qu'un démon et l'enfer devrait être ma demeure. J'ajou‘erai dans les tentations : que penserai-je de tout cela à l'heure de mon agonie ?
Dans ma chambre, ne jamais prier assis quand je puis le faire debout. Faire des actes d'humilité, baiser la terre, par exemple, désirer toutes sortes d'humiliations, prenant soin toutefois de ne pas les mériter ; me réjouir quand on censura ma personne ou mes actes, Ne jamais parler de moi, si ce n’est pour avouer mes défauts ou mes fautes,
€ Faire effort, par un regard sur Jésus et Marie, pour contenir mon impatience, et contrarier mon inclination naturelle ; être aimable, même avec les importuns; ne jamais parler mal de mes ennemis.
‘“ Tous les matins, avant de me livrer à mes occupations, j'écrirai ce que je dois faire, attentif à bien distribuer le temps, à ne m'adonner qu’à des travaux utiles, à les continuer d’une manière persévérante, J'observerai scrupuleusement les lois et n'aurai d'autre intention dans tous mes actes que la plus grande gloire de Dieu.
“ Je ferai l'examen particulier deux fois chaque jour sur l'exercice des vertus, et mon examen général chaque soir. Je me confesserai chaque semaine.
« J'éviterai les familiarités, même les plus innocentes, comme le demande la prudence. Je ne passerai pas plus d'une heure au jeu, et d'ordinaire jamais avant huit houres du soir. ”
Ce règlement de vie met à nu l'âme de Garcia Moreno. Ceux qui l’ont vu de proche racontent avec quelle conscience, quel scrupule même, il exécutait les différentes dispositions. Aucun des exercices de piété n’était omis : dans
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Bt-il faire un long détour, il trouvait moyen d'assister à une messe le dimanche, et souvent la servait lui-même en place de l'indien chargé de cet office. A cheval quelque-
> fois durant un jour et une nuit, il arrivait dans la capitale
brisé de fatigue, et néanmoins assistait à la messe avant de rentrer chez lui.
Un professeur allemand de l'École polytechnique qui avait eu l'occasion de connaître dans l'intimité le président, et même de Jui rendre visite dans l’hacienda où il prenait
de temps en teraps quelques jours de repos ne peut s'empé-
cher d'exprimer son admiration au souvenir de ses vertus, # Il m'a toujours édifié, écrit-il, par sa bonté, son amabilité charmante tout en restant sérieuse, et surtout par sa profonde piété. Le matin, « l'heure de la messe, il se rendait à sa chapelle, préparait lui-même les ornements, et servait la messe en présence de sa famille et des habitants du village. Si vous aviez pu le voir avec sa haute stature,ses : traits vigoureusement accusés, ses cheveux blanchis, son maintien militaire ; si vous aviez pu lire comme nous sur ses
À traits la crainte de Dieu, la foi vive, la piéte ardente dont
son cœur était pénétré, vous comprendriez le respect qui
s'imposait à tous en présence de cet homme de Dieu (1). ”
Le même spectacle édifiant se renouvelait le soir. Kntouré de sa famille, de ses serviteurs, de ses aides de camp, le président récitait la prière, à laquelle s’ajoutait une pieuse lecture qu’il commentait souvent en exprimant les sentiments d'amour et de confiance en Dieu dont son cœur était rempli. Les dimanches et jours de fête, il fallait l'entendre expliquer le catéchisme à ses domestiques, et voir avec quel religieux respect il assistait aux offices
(1) Don Gabriel Garcia Moreno, Adolf von Berlichingen, S. J. Nous avons, dans ce chapitre et le précédent, emprunté plusieurs traits à cette notice allemande, et quelques autres à la Républica del Sagrado Corazon de Jésus, publié à l’Équateur.
accoadyné de sa femme et de son fils. Aux grandes solennités, il se rendait officiellement à l’église métropolitaine, entouré de ses ministres et de tous les dignitaires civils et militaires. On admirait sa tenue noble et digne, 80n recuaillement, son attention pieuse et soutenue, Du reste, il exigeait de tous le même respect pour les cérémonies saiutes ; personne n’eût manqué au devoir, même aux simples convenances, sans s’attirer des observations sérieuse ses. Partout ct toujours dans les démonstrations religieuses on le trouvait au premier rang. À l’occasion d’un jubilé, comme il était requis d'assister à trois processions pour gagner l’indulgence, on lui fit observer qu'en raison de ses. grandes occupations il pouvait légitimement demander une commutation d'œuvres. “ Dieu m'ec garde ! répondit-il, je ne suis qu'un chrétien comme les autres, ” Et il assista aux trois processions, entre sa femme et son fils, tête nue et sans parasol, malgré les ardeurs d’un soleil brûlar: Il fit un jour à peu près la même réponse au supérieur d’un ordre religieux qui, pour lui épargner chaque semaine un quert d'heure âe chemin, s’offrit de lui envoyer son confe.sseur : ‘“ Mon père, lui dit-il, c'est au pécheur d'aller
trouver son juge,et uon au juge de courir après le pécheur ”.
Sa piété, faite de confiance et d'amour, le portait vers.
toutes les dévotions autorisées par l’Église, et en premier
lieu vers le Saint-Sacrement, l’objet priviligié de son culte.
I! lui rendait de fréquentes visites, restant prosterné devant l'autel dans un sentiment de profonde adoration, Son
bouheur était de pouvoir faire la communion chaque dimanche, ot même dans la semaine quanc :° présentait un :
jour de fête. Portait-on le saint viuvique à un moribond, le président se faisait un bonheur d'oscorter son Dieu, un flambeau à la main, au milieu de son peuple. Quand reve-
näient les processions de la Fête-Dieu, on voyait le chef de.
l'État, revêtu du costume de général en chef,portant toutes ses décorations, saisir le gonfalon et marcher devant le dais, ou comme le serviteur qui annonce son maître, Les autres officiers se cédaient les uns aux autres les cordons du dais,
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- afiu de ne pas s'éloigner du Saint-Sacrement, On le sup-
] clause que la fête de saint Joseph serait élevée à la dignité
plia un jour de se couvrir pour ne pas s’erposer au danger d’ane insolation, mais il protesta qu'il ne se couvrirait pas devant son Dieu,
11 connaissait trop bien la doctrine de l'Église sur la dévotion à la sainte Vierge, pour séparer dans son affection le Fils de Id Mère. Nous avons dit comment, après la prise de Guayaquil, il lui attribua tout l'honneur de la victoire. Le 24 septembre, fête de N.-D, de la Merci, anniversaire de cette mémorable victoire, resta le jour de la grande fête patronale. Il profes: ait une confiance sans bornes äans l’intercession de Marie : aussi portait-il avec piété sa médaille, see scapulaires, et le chapelet.qu'il récitait tous ‘es jours avec une fidélité inviolable, Afin d’appartenir plus particulièrement à celle qu’il appelait s1 bonne mère du ciel, il résolut d'entrer dans la congrégation que les iésaites avaient établie dans la capitale, Elle se divisait en deux sections, l'une composée de personnes de distinction, l’autre d'ou. vriers. Comme il se trouvait dans la première un certain nombre d’adversaires politiques que sa présence aurait pu indisposer, il s'adressa au directeur de la section ouvrière pour 8’y faire agréger. Sur l'observation que sa place étuit plutôt dans l'autre réunion: “ Vous vous trompes, répondit-il, ma place est au milieu du peuple. ” Depuis ce temps, il assisia régulièrement aux assemblées, aux communions générales, et autres exercices de la congrégation, heureux et fier de porter la médaille de Marie au milieu de ses chers ouvriers, fiers eux-mêmes de compter au milieu d’eux le président de la république.
Docile aux instructions et recommandations de la sainte Église, il mit ausi sa confiance dans le grand patriurche saint Joseph. Quand Pie IX le proclama solennellement patron et protecteur de l'Église universelle, le décret portait cette
de fête d'obligation partout où les souverains en feraient 18 demande. Mais les souverains, toujours prêts à supprimer des fêtes de l'Église par des raisons prétendûment économiques tou: en multipliant les’ fêtes profanes pardes raisons politiques, restèrent sourds aux invitations du souverain poutife. Garcia Moreno, au contraire, ne consultant que sa foi et sa piété, sur l'avis conforme des évêques, présenta sa supplique au pape, et la fête de saint Joseph, désormais jour férié, se célébra dans tout !’Équateur avec la plus grande solennité.
À côté de la sainte famille, chère à tout cœur chrétien, l'Équateur vénère sa sainte particulière, la B. Marianne de Jésus native du pays et surnommée Le lys de Quito à cause de sa pureté virginale, On la regarde comme la protectrice de la cité, qu’elle a plusicurs fois sauvée de la destruction par de vrais prodiges. Le peuple aime à la prier, et les jeunes filles portent encore volontiers son costume pour se rendre à l’église, Plein de confiance dans l’intercession de la B. Marianne, Garcia Moreno souffrait de voir son culte sans honneur, et sos reliques presque oubliées dans la pauvre chapelle du couvent qui avait autrefois appartenu aux jésuites. Darant sa première présidence, il consacra une partie de son traitement à l'embellissement de ce sanctuaire, qu'il couronna d’une flèche superbe, En 1865, les reliques vénérées furent transférées avec grande pompe, aux applaudissements de tout le peuple, dans cette splendide demeure. Plus tard, voulant associer le pays à son œuvre, le président fit voter par le congrès les fonds nécessaires pour l'acquisition d’une châsse magnifique, dans laquelle on déposa les restes de lu Bienheureuse.
A toutes ces preuves de piété et d'amour, le président ajouta, en 1873, un acte grandiose qui suffirait pour immor- . taliser sa mémoire et perpétuer le règne de Dieu dans son pays. Garcia Moreno avait toujours montré une grande dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Or, un ami lui dit un jour, dans une conversation intime, ‘“ qu’en sa qualité de magistrat catholique, il aurait: dû interpréter la foi de son
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À peuple et consacrer l’Équateur, par un décret officiel, au » Sacré-Cœur de Jésus. Grâce à la haute : mb de l’homme qui
régit ses destinées, disait cet ami, l'Équateur forme une heureuse exception au milieu de tant de peuples aui se meurent de naturalisme, mais cet homme est mortel, un assassin peut le frapper dans l'ombre, et alors qui sou tiendra les droits de Dieu, qui empêchera l’Équateur de sombrer dans le gouffre béant ? Laissez-nous sous la protection du Cœur de Jésus, donnez-vous la grande fête nationale, et les salves qui chaque année salueront son aurore étoufferont les bruits de l’impiété. ”
Le président répondit ‘ qu’il était de son devoir de conserver, fut-ce au prix de sa vie, le dépôt de lafoi dans so pays : aussi ne reculerait-il pour obtenir ce résultat devant
. sucune considération ; mais pour offrir et consacrer l'É-
quateur au Dieu de toute sainteté, avait-on suffisamment moralisé les masses, purifié le foyer domestique, restauré la la justice, ramené la paix dans les familles, la concorde parmi les citoyens, la ferveur dans le temple ? L'Équuteur a la foi, muis il faudrait lancer dans tous les coins et recoins cinquante missionnaires au zèle ardent pour convertir les pêcheurs et laver les âmes dans le sang divin: alors,
Ÿ ajoutait-il, nous présenterions au Sacré-Cœur une offrande
moins indigne lui.
“ La perfection, répliqua l'interlocuteur, s’acquiert avec le secours de la grâce, et Dieu récompenserait par des grâces de choix le peuple qui donnerait au monde un témoignage solennel de sa foi, en réparation de l'apostasie générale des gouvernements, ” Garcia Moreno en convient volontiers, mais il observa qu'avant de procéder à un acte de cette nature, il devait consulter les pasteurs de l'Eglise et les âmes pieuses : ‘ Je suis enfant de l'Église, dit-il, je dois me soumettre à son divin magistère ; je respecte aussi profondément les âmes pieuses, dont le jugement est d'autant plus sûr qu’elles s'approchent plus près de Dieu dans l’oraison. (1) ”
(1) Republica del Sagrado Corazon, no 10.
Le troisième concile de Qrito coïncidait avec la réunion
du congrès. Le président manifesta aux évêques 1éunis le projet qu’il avait formé de consacrer l'Équateur au Sacré. Cœur de Jésus, projet que les évêques accueillirent avec enthousiasme et transformèrent, sur l'invitation de Garcia Moreno, en décret conciliaire. Ce décret, rendu le 13 avril 1873, porte “ que le plus grand bien d’un peuple, c’est de conserver intacte la foi catholique, apostolique et romaine; que ce bien dépend, non de nos mérites, mais de la misé. ricorde de Dieu ; que la nation, l’obtiendra, si elle se jette avec humilité dans le Cœur de Jésus. En conséquence, le concile de Quito offre et consacre solennellement la Rép blique au Sacré-Cœur, .le suppliant d'être son protecteur, son guide et son défenseur, afin que jamais elle ne s'écarte de la foi catholique, apostolique et romaine, et que les ha-
bitants de l'Équateur, conformant leur vie à cette foi, y’
trouvent le bonheur dans le temps et dans l'éternité, ”
Garcia Moreno invita les chambres à rendre un décret conforme, afin d'unir l’État à l'Église dans cet acte solennel. Ce décret d'un parlement au XIXe siècle est trop curieux pour que nous ne le donnions pas dans sa teneur :
“Considérant que le troisième concile de Quito a, parun décret spécial, consacré la République au Sacré-Cœur de Jésus, la plaçant sous sa défense et protecti.n; qu’il convient aux représentants de la nation de s'associer à un acte de tout point conforme à ses sentiments hautement catholiques ; que cet acte, le plus efficace pour conserver la foi, est encore le meilleur moyen d’assurer le progrès et la prospérité de l'État ; le congrès décrète que la République, désormais consacrée au Cœur de Jésus, l’adopte pour son patron et protecteur, La fête du Sacré Cœnr, fête civile de première classe, se célébrera dans toutes les cathédrales avec la plus grande solennité possible. De plus, pour exciter le zèle et la piété des fidèles, on érigera dans chaque cathédrale un autel au Sacré-Cœur, sur lequol sera placée, aux frais de l'État, une pierre comémorative relatant le présent décret, ”
Le cong tous ses m discussion. heure, dan <érémonie redit à le et militait de conséci la formule assisté à u être que }
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Term tus chré âmes, 8€ caracté tolique, quirent
Le congrès donna la preuve de la grande foi qui animait tous ses membres, en votant cet acte à l’unanimité et sans discussion, Quelque temps uprès, le même jour, à la même heure, dans toutes les églises de la République, eut lieu la cérémonie solennelle, Le président en grand uniforme, se redit à le cathédrale, entouré de toutes les autorités civiles et militaires, Après que l'archevêque eut prononcé l’ecte de consécration au nom de l'Église, Garcia Moreno répéta la formule au nom de l'État. Jamais les fidèles n'avaient assisté à un spectacle plus émouvant, et l’on peut dire peutêtre que jamais Dieu du haut du ciel n’en contempla de plus beau depuis le temps de Churlemagne et de saint Louis,
di Espérons qu'il ne permettra point aux méchants de laïciser : arte la République du Sacré-Cœur.
Le Sous l'impression de j’enthousiasme excité par cette ph grande démonstration de foi, quelques membres du congrès È -conçurent l’idée d'élever dans la capitale un temple au écret Sacré-Cœur, afin de laisser à la postérité un souvenir plus anel, monumental qu'une tablette de marbre. D’autres émirent ieux un avis contraire, alléguant la raison d'économie et le dan- : | ger d’éclipser trop par ces magnificences le culte de N.-D, run de la Merci, patronne de la République. On porta le difré- Tr de rend au tribuual de Garcia Moreno qui se prononça,comme rient toujours, pour le projet favorable à l'honneur du Christ,
acte 4 Vous vuulez donc destituer N.-D. de la Merci ? ” lui dit un de ses ministres.— ‘“ Pensez-vous qu’elle soit jalouse de
. | son Fils ? ” répliqua le président. Néanmoins le congrès et la recula devant l'érection d’un temple au Sacré-Cœur. Ii que, fallut dix ans de nouvelles luttes et de nouvelles victoires son pour décider un nouveau congrès à glorifier par un vote , de unanime l’idée de Garcia Moreno.
ales Terminons co chapitre en rappelant que les mêmes veriter tus chrétiennes, foi, espérance, charité, produisent dans les thé: | âmes, selon leur trempe particulière, l’esprit propre qui les aux caractérise, Elles créèrent en Garcia Moreno l'esprit aposent tolique, esprit du Christ et des vaillants héros qui lui con-
quirent le monde, esprit admirablement résumé dans ce eri
du Pater : ‘“ Que votre règne arrive ! ” Le règne de Dieu dans les âmes: voilà bien l'idée fixe de Garcia Moreno, l'ambition de son noble cœur, le mobile de ses actes publics et privés. Prêtre, Garcia Moreno eût été ur Xavier : chef d'Etat, il voulut au moins frayer la voie à l'Église, à ses missionnaires, en abattant les obstacles que la Révolution avait amoncelés sur leur pussage, et par sa piété, ses exembies, ses paroles, entraîner les masses vers Dieu, Ce feu de la charité le dévorait tellement qu'il ne pouvait le cacher ni le laisser inactif, même au milieu des paysans de la campagne. ‘“ Quand le président venait parmi nous y vivre en simple particulier, racontaient de pauvres laboureurs, il ne nous épargnait ni les châtimente ni les corrections ; mais aussi c'était un vrai saint ; il nous donnait de gros salaires et de magnifiques récompenses ; il récituit avec nous la doctrine chrétienne et le rosaire, nous expliquait l'Évangile, nous faisait entendre la messe et nous préparait tous à la confession et à la communion. La paix et l’abondance régnaient alors dans nos campagnes, parce que la seule présence de l’exellent Caballero (1) en éloignait tous les vices. ” Se trouvant un jour au milieu d’ouvriers irlandais qu’il avait fait venir des État-Unis pour établir une scierie mécanique, il examina leur travail ; puis, #près un repas champêtre servi à ses frais il interrogea les eonvives sur les habitudes religieuses de leur pays et finalement leur demanda s'ils savaient des cantiques à la sainte Vierge. Les bons irlandais se mirent à chanter avec entrain. “ On aime bien la sainte Vierge dans votre pays ? ” demanda le président, — “ Oh ! nous l’aimons de tout notre cœur. ” —“ Eh bien mes enfants mettons-nous à genoux et récitons le chapelet pour que vous persévériez à aimer et à servir Dieu. ”’ Et tous ensemble, agenouillés près du président, les larmes dans les yeux, récitèrent pieusement le chapelet,
Son zèle lui suggèrait les moyens les plus ingénieux pour gagner une âme à Jésus-Christ. Il avait à Quito un ami dont il estimait le caractère, les bonnes qualités et
(1) Chevalier.
aussi les pré les capitaux prises. Ce assistait m d'une long Garcia Mo jamais obte l'avenir. ( de Marie, l fleürs, leu Moreno de son bouque s'esquiver un riche b fassiez la c toujours < qu'il s’agis que le pré —Certaine que vous ( voyez que pauvre an des idées !
demandai venu à l cette solli durant qu vint la cl à côté du
En ces tressailla prodigue fois que quelconq à l'Églis tions qui ment cel
aussi les précieux services, car il lui fournissait souvent les capitaux dont il avait besoin pour ses grandes entreprises. Cette ami allait à la messe, soulageait les pauvres, assistait même aux exercices spirituels, mais, par suite d'une longue habitude, restait éloigné des sacrements, Garcia Morono lui reprochait cette inconséquence, sans jamais obtenir autre chose que de vagues promesses pour l'avenir. Or, c’est la coutumc à Quito qu'à la fin du mois de Marie, les fidèles offrent à la sainte Vierge, en guise de fleûrs, leurs résolutions écrites. Vers la fin du mois, Garcia Moreno demanda un jour à son ami s’il avait offert à Mario son bouquet de fleurs. Celui-ci comprit l’allusion et voulut s’esquiver : “ Attendez donc, reprit-il, je lui ai présenté,mo, un riche bouquet, et, comme toujours il faudra que vous en fassiez la dépense.—Vous savez que ma bourse vous est toujours ouverte, lui répondit son interlocuteur, croyant qu’il s'agissait d’une nouvelle avance d'argent pour un don que le président voulait faire.—Je puis compter sur vous ? —Certainement.—Eh bien, j'ai promis à la sainte Vierge que vous communieriez le dernier jour de son mois ; vous voyez que sans vous je ne puis offrir mon bouquet, ” Le pauvre ami, assez erubarrassé, lui dit que le président avait. des idées singulières, et qu'une acticn de cette importance demandait une grande préparation. ‘“ Aussi vous ai-je prévenu à l'avance, ” répliqua Garcia Moreno. Touché de cette sollicitude pour son âme, le retardataire s’enferma durant quelque jours dans une solitude complète et, quand. vint la clôture du mois de Marie, on le vit à la sainte table à côté du président, ce qui mit la joie dans tous les cœurs,
En ces circonstances, la grande âme de Garcia Moreno tressaillait de bonheur. On eût dit le père de l'enfant prodigue retrouvant son fils. Il en était de même toutes les. fois que les feuilles publiques annonçaient un progrès quelconque de la religion dans le monde, “ Gloire à Dieu et à l'Êglise, écrivait-il en 1874, pour les nombreuses convertions qui s'opèrent parmi nos frères dissidents, spécialement celle de Lord Ripon, de Lord Grey, et de S. M, la
Le M ge De hrs à exemples ne peuvent manquer Re grande influence sur tous les protestants au
<. à real Le avons rod à nos lecteurs oreno, si quelqu'un lui
mé intention que celle de Slorifier Dieu, ne pére : #8 A qu'il ne connait rien an cœur de l’homme Eos à tes, L fout les juger, non des bas-fonds où s'agitent les mé poli nes, mais du point de vue oû ce grand chré-
Pp acé lui-même avant d'agir, c’est-à-dire des hauteurs de la foi et de la charité. L
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