‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 9 sur 97 · T FRANÇOIS DE NALE-ALBERT · texte numérisé non relu

T FRANÇOIS DE NALE-ALBERT

Archevêque de Chambéry.

Htéte LETTRE DE SA GRANDEUR Mgr GAY,

ÉVÊQUE D’ANTHÉDON.

Mon Révérend Père

Je viens bien tard vous remercier de l'envoi de votre admirable livre. Je voulais le lire en entier avant de vous en écrire, et les circonstances m'ont mal servi, Maintenant, grâce à Dieu, l'ouvrage est connu, loué comme il le mérite par les juges les plus compétents, apprécié de tous les fidèles, prêtres, religieux et laïques qui en ont pris connaissance, Que puis-je donc vous dire qui déjà ne vous ait été dit ?

La publication de Garcia Moreno esi un très grand bienfait que Dieu accorde à son Église. L'erreur si dangereuse et si répandue, hélas ! du naturalisme social a été bien des fois et péremptoirement refutée par les maîtres de la doctrine. Elle ne tient pas devant la sainte théologie, non plus que devant la science du droit ecclésiastique : aucune réfutation raisonnée ne me semble pourtant voir contre ello la puissance de votre récit. On sait la simple et triomphante réponse de cet ancien qui, entendant un sophiste nier la possibilité du mouvement, se contenta, pour le faire taire, de marcher devant lui. Ainsi l’histoire de Garcia , Moreno fait-elle évanouir ses impossibitités prétendues d'appliquer le droit chrétien aux sociétés modernes et d'établir le règne social du Chri:t sur les ruines de lu Révolution.

Non, le pouvoir humain n’est pas dispensé désormais d'obéir à ce premier souverain dont ilestinstitué ‘ le ministre, tirant de lui son autorité, maïs à la condition de tout ordonner. suivant ses lois et de faire ici-bas son œuvre, Non, les peuples ne sont point comdamnés sans retour à vivre (si c'est vivre) dans ce déplorable à-peu-près qu'on nomme l’Ypothèse, qui, ne rendant pas “ gloire à Dieu ”, ne donnera jamais ‘ la paix aux hommes ”, et dont le résultat le plus clair a été de laisser le passage libre à teutes les erreurs d’où naissent les impiétés légales et où s'appuient toutes les tyrannies.

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Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que ‘ son règne arrive ”, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu’il fuille renoncer d'avance à voir jamais sur la terre, autant qu’il y peut être.

Le passé, au besoin, garantit ici l'avenir, Ce que le monde a vu depuis Constantin et Charlemagne jusqu'aux révoltes du seizième siècle, ce que, grâce à l'initiative de Garcia Moreno, la république de l'Équateur voit encore à présent, pourquoi l'Europe ne le reverrait-elle pas, avec les modifications de forme que la différence des temps exige ? Que tous les ehrétiens fassent leur devoir, et d’abord le premier de tous, qui est d’avoir en"Dieu et en son Christ cette foi pleine et inébranlable qu'avait le vaillant martyr de Quito et que l'Évangile nous commande ; que, selon leur conditions, leurs aptitudes et leurs recources, il agissent toujours à la clarté et dans la vertu de cette foi, ‘“ qui triomphe du monde ”, dit saint Jean, età laquelle Notre-Seigneur déclare que ‘rien n’est impossible ”, pourquoi ne méritaient-ils pas le régime social et politique qu'ils désirent, et Lvant tout le héros et le saint qui peut seul le fonder ?

Dieu, “qui ne meurt pas,” disait Garcia Moreno, ‘“‘ne change pas ” non plus, lisons-nous dans nos Écritures. Ni sa miséricorde n’est épuisée, ni son bras raccourci. Que sont pour lui les obstacles ? Y en a-t-il à sa toute-puissance ? au quinzième siècle, au milieu de “ cette grande pitié qui était au royaume de France ” et lorsque tout semblait désespéré pour nous, Dieu ne nous a-t-il pas envoyé sa Jvanne d'Arc pour sauver par avance notre foi religieuse en sauvant notre indépendance politique ? Ne peut-il pas, quand il lui plaira (et il lui plaÿra sans doute dès que nous en seront dignes), susciter dans notre chère patrie l'homme de son cœur et de sa droite, qui renouvellera la face de la France en y rétublissant un pouvoir franchement chrétien ?

En éclairant bien des esprits où le libéralisme a amassé bien des nuages, votre livre, mon révérend-Père, rendra l’espérance à un grand nombre d’âmes ; ilimprimera un nouvel

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