‹ Gaspard de ColignyChapitre 69 sur 226 · Mém. de Condé, t. IV, p · texte numérisé non relu

Mém. de Condé, t. IV, p

V que de ceste lettre, et si je vous supplie que la substance

> leur en soit communiquée, afin que plus facilement il puisse 3> seurement eschapper, par laquelle succintement je vous dé- » duyrfi^y comme bientost après la bataille donnée (de la forme d et événement de laquelle je vous ai envoyé un discours), vou- » lant, ainsy qu'il estoit bien raisonnable faire rafreschir ceste » armée et principalement les reistres, je les ay amenez aux D environs de ceste ville, à douze ou quinze lieues près, où ils

> ont esté quelque temps en garnison en certaines villes qu'il

* m'a fallu prendre par force, à la barbe de nos ennemis, les- » quels nous ont tousjours depuis cottoyé et suyvy ces inten-

* tiens, confime ils faisoient semblant, de vouloir assiéger ceste

> dite ville; et de faict, font encores raine de continuer leurs i premiers dessins, qu'ayant d'un costé gaigné la rivière au-

> dessous, et nous estans les maistres au-dessus; à quoy nous

> espérons si bien pourvoir, moyennant l'assistance et grâce de y> Dieu, que, s'ils s'y attachent, ils n'en rapporteront pour ré- » compense de leurs entreprises que la honte et confusion qu'ils ^ méritent, et, possible, la jsépulture de ceux qui sont sidésireux » et affamez de nôstre vie; et, pour cest effect, je y laisse mon î frère, monsieur d'Andelot, accompagné d'un bon nombre de » sages et vaillans capitaines, garnis de forces que nous estimons » estre suffisantes pour la garder; et, de moy, jeme tiendray

> avec la cavalerie en compagnie, pour, si l'occasion se pré- ^ sente de rencontrer l'ennemy, luy présenter une autre bataille » sinon, adviser de dresser quelque autre entreprise, dont je ne » faudray incontinent vous advertir. Cependant je serais bien 9 raarry de vous celer le louable et vertueux devoir auquel M. le » maréchal de Hessen, les reitmestres et reistres s'employent, » suyvantle commandement qu'ils publient partout en avoir de » leurs très illustres princes; quiesttel, jevousasseure,quenous J> nous en ressentons de beaucoup vos redevables, et eux dignes

> d'une très grande louange, et mesmement, en ce qu'ilz se sont

y> jusques içy tant constamment comportez, qu'ils ont raict,quoiy> qu'ils aient vu mondit seigneur le prince prisonnier, mesme » de ne s'estre voulu laisser gaigneraux pratiques et menées que » le sieur dé Guyse leur a secrètement faict faire, tant par » lettres de la royne mère, que par tant d'autres persuasions; » dont il plaira à l'Excellence de vous, Monseigneur, et de vos y> bons parens, leur faire entendre le contentement que nous » en recevons, et par mesme moyen leur mander qu'ils pery> sévèrent et continuent en ceste bonne dévotion, afin de day> vantage augmenter et accroistre leur affection et volonté, à y> propos desquelles persuasions j'ay pensé ne devoir obmettre y> l'advertissement que j'ai eu de l'artifice dont ledict sieur de » Guyse se veut maintenant aider, tant en vostrê endroict, que

> de tous les autres princes et seigneurs de Tempire : c'est que » ne pouvant plus justement tenir les armes en main, pour n'ay> voir aucune qualité capable en ce royaume, qui légitimement » l'appelé à ce faire, estant le roy mineur et en bas âge, mony> sieur le prince naturel lieutenant-général de Sa Majesté, et » M. le connestable prisonnier, n'a sçeu inventer autre plus y> grande ruze, sinon d'extorquer un escrit qu'il a fait signer au y> roy, à la royne, à monseigneur, frère du roi, à M. le prince de y> Navarre , messieurs les cardinal de Bourbon , duc ie Mont- » pensier, comte daulphin, prince de la Roche- sur-Yon, lequel, à

> ce que l'on m'a dict, vous a esté envoyé, déclaratif comme mon- » dit sieur le prince de Condé et les aultres princes, chevaliers, » seigneurs et gentilshommes, fidèles et loyaux subjets et servi- D teurs de Sa Majesté , ses associez , n'ont entrepris ceste que- )) relie pour son service ny pour le bien de la religion, ains » pour quelque passion particulière, sans la déclairer, ni à l'eny> contre de qui; chose aussi ridicule que captieusement bastie y> et dressée; et de faire, si l'on veut regarder la condition de y> ceux qui ont signé, dont il y a quatre enfants, la roine intiy> midée par ledit sieur de Guyse, M. le cardinal de Bourbon

» conti'aire à la religion, M. de Montpensier encore plus en- 3) nemy, M. le prince de la Roche-sur- Yon, persuadé et par la » roine et par son frère, il sera facile à juger quelle efficace peut 3) et doit avoir telle déclaration, et combien que les moyens 3) qu'ils ont cy-devant ouverts pour entrer en une feinte pacifîj) cation, lorsque nous estions devant Paris, tesmoignent assez i) à rencontre de cet escrit, toutesfois, afin de rendre tousjours 3> le droit de nostre costé, si Ton nous veut accorder l'exercice î de nostre religion libre, nous ferons bien cognoistre quel est » le fonds et le but de nos intentions, qui n'aspire moins à une 3> tranquillité que les leurs à la ruine et désolation de l'église y> de Dieu, et entière subversion de Testât de ceste couronne; i) et suis quasi contraint de dire que telle moquerie le devroit » faire rougir de honte, abusant ainsi de l'authorité de Leurs )) Majestez et de la réputation de France ; mais quand je consii> dère que Dieu l'a presque réduit au dernier recours de ses j> prétextes, j'ay pensé qu'il n'avoit autre moyen pour retirer jo des forces d'AUemaigne , que cestuy-là ; cuydant que cela » incitera la Germanie à luy subvenir de secours ; à quoy Vostre t> Excellence, Monseigneur, ensemble tous vos bons amys, j> doibvent bien penser et vivement s'opposer, comme je vous io en supplie, au nom de Dieu, 1^ vouloir empescher, de tous » vos pouvoirs, qu'il n'en puisse lever, mais nous envoyer, le î plustostque sera possible, celuy que nous attendons par vostre i) moyen ; ce que sans plus nous laisser abuser aux simulées » conditions de paix qu'ils présentent toutes les foys qu'ils se i> voyent faibles, et attendant quelque renfort, nous poursuyh vions le cours du chemin que Dieu nous a préparé, pour i> l'exaltation de sa gloire et avancement de son règne, comme i il nous commence desjà à démons trer les arres de ses faveurs, D ayant fait descouvrir la pauvre et malheureuse entreprinse du y> baron des Adrets, lequel s'estant désisté des bons déporte- » raents qu'il avait si bien commencez, avoit comploté avec

]i> M. de Nemours de rendre les places de Romans et de Vay> lence, en Daulphiné, à sa merey; mais la divine bonté ayant y> fait descouvrir telle malice, n'a permis qu'elle fùst exécutée, > si que, sur le point de l'exploict, ledit baron a esté prins,le- » quel sur le champ a confessé sa faute. Voylà comment ce grand 3> Dieu desmonstre ses jugemens. Davantage ledit sieur de Ne- * mours, estimant tenir ceste promesse en ses mains, s'estoit » achemyné vers Lyon pour la surprendre; et, de faict, y fit » ses efforts, par escalades; mais, comme son entreprinse de y> Tune et de l'autre part estoit mal asseurée , aussy luy en n print-il de mesme : car y ayant trouvé autre résistance qu il y> ne cuidoit, ses gens furent si vivement repoussez, qu'il fut » contraint, après la perte de beaucoup de soldats et d'une T> partie de ses eschelles, se retirer avec sa honte. Or, puisque, )) sur la fin de Tannée, Dieu nous démontre tant et de si favo- » râbles commencements, nous ne nous pouvons moins allen- :» dre que une heureuse et prospère yssue en la défense de sa y> sainte querelle, d'autant qu'il est véritable en ses promesses; » ce que je luy supplie vous faire la grâce et vous donner, Mon- )) seigneur, très illustre prince, en toute perfection de santé, » très longue et contente vie. D'Orléans, ceXXX^ jour de jan- )) vier 1562 (1563 n. s.). y>

Rien, dans le cours des six semaines qui suivirent la bataille de Dreux, ne pouvait mieux faire connaître la sage prévoyance, rindomplable énergie de l'amiral et sa foi en la protection divine, que la série de lettres dont la teneur vient d'être reproduite, et auxquelles s'attache un intérêt historique de premier ordre.

Toutes ses dispositions étant prises, Coligny quitta Orléans le 1" février et se mit en marche dans la direction de la Normandie.

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