‹ Gaspard Hauser drame en quatre actesChapitre 17 sur 62 · LE COMTE, SCHWARTZ · texte numérisé non relu

LE COMTE, SCHWARTZ

SCHWARTZ

Allons, il faut tout lui dire.

LE COUTF..

l’accomplissement du dernier ordre que vous venez de donner, monsieur le comte; la porte de co caveau ne sera pas murée!

LE COMTE

Tu oserais...?

SCHWARTZ

Vous savez bien que je vous obéis toujours eu esclave, vous savez que de votre part un signe, un regard me suffisent, et jo baisse la tète; mais, cette fois, je vous lo répète, votre ordre ne s'accomplira pas.

LE COMTE

Qui donc l’empêchera?

Vous! monsieur le comte, quand jo vous aurai dévoilé un horrible secret I

LE COMTE

J’écoute.

SCHWARTZ

Un soir, il y a de cela dix-huit ans, j’étais déjà à votre service, vous viutcs & moi, pâle, les vêtoincns en désordre, et portant un enfant dont vous étouffiez les cris ; puis, le déposant dans mes bras: Emporle-le, ine dites-vous... et quand je vous demandai ce que je «levais en faire : Ictuerl... telle fut votre réponse.

LE COMTE

Je l’ai dit.

SCHWARTZ

Or jcn’étais pas un assassin, moi, et je refusai de tremper mes mains dans le sang d’un enfant, quel que fût le prix dont vous vouliez payer re crime; mais ce n’était pas de l’ur que vous aviez apporté pour m’y contraindre, non, vous aviez cntrelcs mains un moyen mille fois plus puissant, vous disposiez de la vie de mon père; cl plaçant sous mes yeux un fatal papier r Lis! me ditesvous... ton père, ou cet enfant. Oh! si vous ne m'aviez demandé que ma vie, si j'avais pu choisir entre ma mort et celle de la victime, je n’aurais pas hésité, je me serais tué devant vous ; nuit il fallait sauver la vie de mon père; et lorsqu’emportanl l’enfant j’allais sortir de votre parc, un homme se présenta tout-à-coup devant moi... épouvanté, redoutant d’étre découvert, jo cachai l’enfant sous mon manteau ; l'homme approchait toujours, et l'enfant criait, tout était perdu .. un caveau se trouvait là, j'y jetai la victime; et marchant à celui qui venait, je le forçai de retourner sur ses pas, de peur qu’ils ne parvinssent jusqu'à lui, ces cris que j’entendais déjà, moi ..ces cris qui inc déchiraient l’ame et que vous aussi, monsieur le comte, vous avez dû entendre chaque nuit depuis dix-huit ans.

Eh bien! n'as-tu pas de préparatifs à faire?

tu sais bien que je veux que lu partes?

Ensuite?

LE COMTE

SCHWARTZ

Soit! je m'éloignerai, si vous l'exigez encore , tout-à-l'heuie; mais avant je dois m'opposer à

SCHWARTZ

Quelques heures après, et comme malgré moi, je retournai au caveau ; j’eus la force d’y pénétrer^

MAGASIN THEATRAL

certain de n’y trouver qu’un cadavre, et j'aperçus l'enfant plein de vie et de santé; il souriait et me tendait les bras... est-ce que je pouvais le tuer, monsieur le comte? Oh ! non, non, Dieu veut qu'il vive, m'écriai-je, que la volonté de Dieu soit faite ! Je lui fis un berceau de paille et de vôlexnens, chaque nuit je revins lui porter un peu de nourriture ; là, je l’ai vu grandir, là je l’ai vu souffrir et pleurer, et je l’ai aimé moi, pour toutes ces souffrances qui étaient mon ouvrage; je l'ai aimé pour scs dix-huit années de larmes et de douleur, car il a dix-huit ans, monsieur le comte... ce n'est plus un enfant, c’est un homme, un homme que vous tueriez, entendez-vous? Vous voyez bien maintenant qu’il ne faut plus que je parte; vous voyez bien qu’il no faut pas murer cette porte, monsieur?

LE COMTE

Et moi aussi j'ai tenu entre mes mains l'existence d’un homme, et moi aussi je me suis montré généreux; car cet homme, dans un accèsde jalousie, avait tué mon meilleur ami, presque mon frère... et ce papier que je mettais sous tes yeux, c’était la déclaration de la victime, ce papier était signé du mourant, signé de deux témoins , j'eus pitié de ia femme ctdcscnfans du coupable, et le coupable tu ne l'as pas oublié, c’était ton père!

SCHWARTZ

Oui, mon père, dont la vie et l’honneur coûtent cher a son pauvre fils. Oh! soyez béni de ceux qui vous connaissent, respecté de tous, mon père; car ces bénédictions et ce respect qui vous entourent, votre fils les a payes de son repos, de son honneur, et du salut de son ame

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