FRÉDÉRIC, MINA
Mina descend rapidement la rampe, elle parait agitée. Frédéric , allant à elle.
Mina. .!
Abl je vous remercie, Frédéric, de m’avoir attendue...
FRÉDÉRIC
Qu’avez-vous, Mina?... Pourquoi ce trouble... cette frayeur qui se peignent sur tous vos traits?
MIMA
J’ai cru que du château quelqu'un me suivait.
FRÉDÉRIC
Eh bien, Mina, alors même qu’on nous trouverait ici tous deux, que craindriez-vous? tout lo monde sait que je vous aime, et que lo pasteur approuve mon amour pour sa fille.
MIMA
Taisez-vous, Frédéric; ce n’est point pour entendre les protestations de cet amour que jo suis venue.
FRÉDÉRIC
Que dites-vous?
MINA
1 Je vous aime, Frédéric, vous lo savez; vous
MAGASIN THEATRAL
avez vu mon bonheur quand mon père, plaçant ma main dans la vôtre, me dit : Ç’est un homme de bien... dans deux ans il sera ton mari. Depuis ce jour ma pensée avait été tout entière à cet avenir qui nous est promis.
FRÉDÉRIC
Qu'est-il donc survenu dans votre vie si innocente et si calme, qui vous préoccupe à ce point qu’étaU seule avec Frédéric, vous ayezautre chose i lui direque ces mots si doux, et qu’il ne se lassera jamais d'entendre : Mon Frédéric, je t’aime I
mima.
Mon ami, depuis hier j’ai acquis la certitude que dans ce cbàtcau une autre personne que ma marraine souffre et pleure.
FRÉDÉRIC
Quelle est elle?
mima.
Je l'ignore... mais la baronne au moins peut encore respirer l'air pur... regarder le soleil et serrer la main de ceux qui la plaignent et la chérissent, tandis que l’autre infortuné languit et meurt dans un obscur cachot dont les épaisses murailles étouffent les cris, interceptent la plainte.
FRÉDÉRIC
Il se pourrait I
MIMA
Hier j’étais venue seule me placer sur le banc; je pensais à vous, Frédéric, si bon, si attentif pour ma pauvre marraine. La nuit étant tombée, tout le monde était rentré, le plus profond silence régnait; tout-à-coup il me sembla que de ce mur s’échappaient de sourds gémissemens; je crus être d’abord le jouet d’une illusion; je m’approchai cependant et j’entendis des cris faibles et étouffés, mais qui devaient être horribles et déchirans, puisqu'ils arrivaient jusqu’à moi à travers celte épaisse muraille. Dans le premier moment, je voulais appeler, prévenir tout le inonde; mais je me rappelai que ce souterrain dépendait des caveaux de sépulture dont hier M. le comte a fait murer l’entrée; je me souvins qu'on avait surpris Schwartz se dirigeant vers ce caveau au milieu do la nuit... une affreuse pensée me vint alors. Il se pouvait que le malheureux fût enfermé dans ce sépulcre par l’ordre du comte; et je résolus de n’en parler qu’à vous... Frédéric, que ferons-nous ?
> FRÉDÉRIC
Nous tairons ce qne vous avez découvert, et nous sauverons eelui que des bourreaux ont condamné.
MIMA
Oh 1 oui, c’est cela, Frédéric, nous le sauverons, mais comment arriver jusqu’à lui?
FRÉDÉatC.
Attendez... cette muraille est vieille... le poids des terres qu’elle supporte a brisé quelques-unes de ces pierres... voyez... en quelques endroits cette muraille menace ruine.
MIMA
En effet.
FRÉDÉRIC
Peut-être qu’en écartant ce feuillage... (IX trouve la pierre descellte en partie par Schwarts.) Tenez... celle pierre est en partie descellée; et ceci n’est point l'ouvrage du temps, mais bien d’un homme.
MIMA
Peut-être le pauvre prisonnier Iravaiilc-l-il à sa délivrance.
« FRÉDÉRIC
Mina, montez sur la terrasse; ^pillez à ce qu'on ne me surprenne pas; et, à l’aide de cette bêche oubliée là par le jardinier, je vais arracher cette pierre.
MIMA
C’est cela... du courage... c’est une bonne action que nous faisons là... du courage !
Elle remonte sur U terrasse, et Frédéric tu met à l’ou- , vrage.
FRÉDÉRIC
C’est étrange. ..il semble que l’œuvro que j’entreprends ait été commencée déjà; ce n’est point de l'intérieur que cette pierre a été descellée.
Gaspard fait un mouvement.
mina, de la terrasse.
Eh bien ?
FRÉDÉRIC
Ainsi que je vous le disais, cette muraille est en ruines... quelques instans encore... Ne voyezvous personne?
MIMA
Personne!
Gaspard se lève comme s'il était ranimé par le bruit qne fait Frédéric ; trop faible pour marcher, il au traîne sur scs mains du côte d'où le bruit arrive.
GASPARD
Père... père...
Frédéric, s'arrêtant tout-à-coup.
Mina 1
MIMA
Qu’y a-t-il ?
FRÉDÉRIC
J’ai entendu la voix du prisonnier... elle arrive à présent jusqu'à moi. ( A mi-voix.) On vient à votre aide... espérez... espérez.
Gaspard, cherchant à se lever en s'appuyant sur la muraille.
Du pain... du pain...
FRÉDÉRIC, à mi-VOiXr
Le malheureux !... un moment encore, cl cet obstacle qui nous sépare aura cédé à mes efforts. Pour ne pas laisser de traces, je vais rejeter dans votre cachot ces pierres ébranlées; prenez garde.
Frédéric fait an dernier effort et plusieurs pierre* détachée* et poussées violemment par lui tombent dans le souterrain; mais elles frappent et renversent Gaspard , qui tombe en poussant un cri. Miua descend au bruit, Frédéric lui montre avec joie la brèche qu’il vient de faire et qui lui permet d’entrer dans le caveau.
FRÉDÉRIC
J’ai réussi, Mina, j’ai réussit
mit.
GASPARD HALSER.
Oh! mon Dieu! c est vous qui m'avez conduite tei.
FRÉDÉRIC
le n'entends plus rien... Qui que vous soyez, ne craignez rien ; ce sont des libérateurs que le ciel vous envoie !
■INA
Pas de réponse... Ces derniers gémissemens étaient ceux de l’agonie... le malheureux est mort peut-être.
FRÉDÉRIC
Je vais m’en assurer.
mina, avec effroi.
Frédéric! oh! n’entrez pas la!
FRÉDÉRIC
Mina, nous avons dans notre cœur promis a Dieu de sauver cet infortuné ; laissez-moi doue achever ce que nous avons si heureusement commencé.
JI entre avec effort dans lo souterrain ; la clarté y pénètre par h brèche pratiquée , le guide et lui montre bientôt Gaspard évanoui.
FRÉDÉRIC
Le voili !... c'est un jeune homme... presque un enfant... ce s pierres en tombant l’ont blessé... son front est ensanglanté...
mina, avec effroi.
Ah ! mon Dieu 1
fredérjc, déchirant un lambcàu des t létemcnt de Gaspard et étanchant le sang.
Rassurez-vous, Mina; il n'est qu’évanoui, car son cœur bat encore sous ma main... ce cordial que j'avais apporté pour la baronne...
Il le secoue.
■ INA
U&tcz-vous! bitez-vous, Frédéric... je tremble pour lui maintenant!... ah! mon Dieu!... on vient de ce côté... Frédéric! on vient 1 si c’est le comte, vous êtes perdu 1
FRÉDÉRIC
Rapprochez les branches de la haie; elles cacheront la brèche... Soyez maîtresse de vousméme.
■ INA
Venez... et fuyons plutôt.
FRÉDÉRIC-
Non... non... je ne sortirai d’ici qu'avec cet infortuné; (rentrant dans le cachot) car, clic l’a dit, c’xst une bonne action que nous faisons là. mina, rapprochant les branches de la haie.
Que la volonté de Dieu soit faite! (A ce moment, le comte, qui parait enseveli dans scs réflexions, descend lentement de la terrasse.) C’est le comte... ô mon courage, ne m’abandonne pas.
Mina S« place devant la haie; Frédéric, dans le souterrain, • placé U tête de Gaspard sur ses genoux, cl cherche à lui faire avaler quelques goutte* de cordial.
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