‹ Gaspard Hauser drame en quatre actesChapitre 9 sur 62 · LE COMTE, LA BARONNE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LA BARONNE

le comte, marchant ù grand* pas.

Vous plait-il donc, madame, de mettre tous ces étrangers dans la confidence de nos secrets de famille?... vous plait-il de me faire rougir devant mes valets?...

LA BARONNE

Vous avez raison, peut-être... mon amc, affaiblie par la douleur et les larmes , ne sait plu$ garder un secret... Eh bien ! au lieu d’un médecin, faites appeler un prêtre, mon père; laissezmoi le droit de mourir, et vous serez en repos sur l'honneur de votre nom.

Mourir! toujours ce mot!... on nemeurt pas ainsi, madame ; les douleurs do l’amc sont lentes à miner la vie... elles torturent et ne tuent pas... je lésais, moi... car j’ai bien souffert aussi depuis dix-huit ans... car depuis dix-huit ans j’ai vu chaque jour mon nom prêt à être flétri, le blason de ma famille prêt à être traîné dans la boue... Oh ! oui, j’ai bien souffert 1 autant que vous, plus que vous peut-être... car je suis homme, et je n'ai pas, comme vous, des larmes qui emportent la douleur...

LA BARONNE

Vous parlez de vos douleurs, monsieur, et moi, pauvre femme, quelle a été ma vie?... non pas depuis dix-huit ans , mais depuis que j’existe?... Quand je perdis ma mère, j’étais bien jeune encore, mais pas assez cependant pour que cette perle ne déchirât mon ame.. et lorsque, accablée sous le poids de ce premier coup, je cherchai autour de moi une tendre affection qui soutint mon courage et m'aidât à vivre... lorsque mes yeux pleins de larmes cherchaient un ami, ils ne rencontrèrent que le regard fier et glacé de mon père... et quand plus tard, à défaut de votre coeur, un autre qui m’aiait comprise vint s’offrir à moi, rempli de dévouement et d’amour... quand ce pauvre Léone...

le comte.

Assez... ne prononcez jamais le nom de cet infâme... qui, abusant de l'hospitalité que je lui avait donnée , n’a pas craint de déshonorer mon unique enfant.

la baronne, avec force et se redressant foute entière.

Il est mort, monsieur... à Dieu seul le droit de le juger !...

Elle retombe accablée.

LE COMTE

Il a amené la honte et le déshonneur dans ma famille... et je n’ai pas même pu me venger...

LA BARONNr.

Ne pleurez pas votre vengeance perdue; car, à défaut de l’époux, il vous restait l’enfant et la mère, et ceux-là, vous ne les avez pasépargnés... sourd à mes cris, sans pitié pour mes larmes , vous m’avez pris mon enfant... et moi, insensée, je me répétais sans cesse: On me le rendra... On me l’enlève à présent pour le dérober à tous les yeux; mais on me le rendra... car on ne tue pas un pauvre enfant... on ne l'égorge pas sans pitié... Que l’on m'arrache la vie, à moi sa mère, à moi qui suis seule coupable , cela est juste peulétre... mais lui, mon fils, mon enfant ! il existe , et je le reverrai bientôt.

LE COMTE

Vous vous trompiez cependant...

LA BARONNE

Oui... et joignant la perfidie à la cruauté, vous avez profité de mon erreur, vous m'avez dit: Accepte l’époux que je l’ai choisi, et ton enfant vivra... et moi je l’ai trompé cet homme, j'ai fait une chose infâme pour sauver mon fils... et lorsque après cetodieux hymen j'ai demandé à le voir un instant, un seul instant... vous m’avez dit: Je l’ai fait tuer...

LR POMTE.

Il le fallait pour que l’honneur de ma famille ne fût pas souillé... La tombe seule est discrète.-

GASPARD IIAUSEU.

Page 1