‹ Gaspardo le pêcheur: drame en quatre actes et cinq tableaux, précédé d'un prologueChapitre 26 sur 42 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LE CONNÉTABLE, YISCONTI.

LE CONNÉTABLE. Salut à mon prince...

je suis à ses ordres.

viSCONTi. Asseyons-nous, connétable.

{Ils s"* asseyent. A part.) Interrogeons son

regard et sa pensée. (Haut.) Vous ne soupçonnez pas le motif de l'entretien que je veux avoir avec vous.

LE COi^NÉTABLE. Je présume , mon prince, qu'il s'agit de la trêve que demandent les Vénitiens.

YiSCONTi. Non , connétable.

LE CONNÉTABLE. Qu'est-cedonc? je suis inquiet... j'écoute.

"VISCONTI , désignant un manisletde crêpe qu'il a ajouté à son costume. Yous n'avez pas remarqué ce crêpe?

LE CONNÉTABLE. Un crêpe de deuil.. ..

Oh ! dites-moi , duc , quel est le malheur qui vous accable?., qui donc avez-vous perdu ?

VISCONTI , açec pénétration. Le procurateur Contarini,., mon beau-fils.

LE CONNÉTABLE, avecètunnemcnt. Quoi! . .

mort?

VISCONTI , le fixant. Il vient d'être assassiné.

LE CONNÉTABLE. Assassiné ! . . assassiné ! dites-vous ?.. oh ! .. croyez , mon prince, à là triste part que je prends à votre affliction ; moi qui mourrais si je perdais Francesco... S'est-on saisi du meurtrier du procurateur?

VISCONTI. Dans quelques heures le sénat l'aura condamné.

LE CONNÉTABLE. La vengeance ne console pas , duc , mais elle satisfait.

VISCONTI. Et je veux, moi, que tous les grands de l'état signent son arrêt de mort... Je veux que sa condamnation soit inscrite un jour dans l'histoire de ma vie... et je viens vous demander votre signature...

LE CONNÉTABLE. Je serai fier de vous la donner.

VISCONTI , lui présentant un parchemin.

Voici le parchemin sur lequel sera écrite sa sentence... Veuillez signer au bas.

LE CONNÉTABLE, jwr/îm. Pourquoi signer d'avance ?

VISCONTI. Je vous demande , connétable, votre signature, qui sera bientôt auprès de la mienne , au bas de l'arrêt de mort de l'assassin de mon beau-fils. . . me la refuserez-vous ?

LE CONNÉTABLE, ;>r^7iaw^ laplume. Duc , que celui qui sera convaincu d'avoh' lâchement frappé le procurateur Contarini, soit noble , soit vilain , qu'à sa dernière heure on lui fasse espérer le pardon du ciel , ou qu'on le prive des secours de la religion... j'approuve et je signe.

(n va pour écrire.)

VISCONTI , lui arrachant la plume, Ar-

MAGASIN THÉÂTRAL

rêtez... connétable... demain la vue de cette signature vous ferait horreur...

LE CONNÉTABLE , se levant. Que voulezvous dire ?

VISCONTI. J'ai voulu me convaincre que vous étiez entièrement étranger à cet affreux attentat... et maintenant j'en suis convaincu ; pardonnez-moi d'avoir douté.

LE CONNÉTABLE. Moi... complice... oh!

vous venez de m'outrager cruellement.

VISCONTI. Connétable!., le coupable est un de ces hommes de guerre...

LE CONNÉTABLE , V interrompant. Qui peut-être hier encore avait mon estime , mais qu'aujourd'hui je renie... et que je verrai mourir sans pitié, j'en jure Dieu!., maintenant , son nom ?

VISCONTI. Ne le demandez pas.

LE CONNÉTABLE, apercevant Riccardo qui entre suivi de familiers. Voici les familiers , qui, sans doute , le conduisent au tribunal... je vais le voir passer.

VISCONTI. N'attendez pas , connétable. . . partez , il en est temps encore... venez.... venez...

LE CONNÉTABLE , montant la scène. Quel qu'il soit... je veux le voir et le maudire. ( Le commandant paraît. Reculant épouvanté. ) Francesco!.. Francesco !.. mon enfant... accusé...

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