SCENE IL
Les Mêmes, RAPHAËL, PIÉTRO.
PIÉTRO , oprh avoir regardé de tous /es calés. Gaspardo n'est pas encore de retour ?
CATARINA. Pas encore.
RAPHAËL. L'heure à laquelle il rentre d'ordinaire est passée depuis long-temps.
CATARINA. H ne peut tarder...
PIÉTRO. Nous permettez-vous, bonne Catarina, de l'attendre ici?
CATARINA. Voulez-vous dcs dés pour jouer, en l'attendant?
PIÉTRO. Non, merci... deux escabeaux pour nous asseoir... voilà tout.
(Ils s'assoient.)
LE PASTEUR. Comment, Piétro , vous refusez de jouer aux dés?
PIÉTRO. Oui, pasteur Sanutlo.
LE PASTEUR. De grâcc , expliquez-moi la cause d'un si grand changement.... H y a trois mois environ , on était sûr de trouver, à toute heure du jour , Piétro le
* Catarina, le pasteur, Pit'tro, Raphaël.
lazzaione, jouant aux dés sur la piazza même, en plein soleil... quand des enfans se querellaient ou se battaient, c'était toujours Piétro qui les excitait... quand les gens du guet étaient battus à Plaisance, c'était encore Piétro qui battait les gens du guet.... Maintenant on ne voit plus Piétro jouer, en chantant, sur la piazza... ou rangeant les enfans en bataille , ou se révoltant contre le guet... Et pourquoi tant de sagesse?
PIÉTRO. Il y a trois mois, pasteur Sanulto, j'avais une sœur jeune et pure, folle et joyeuse comme moi... supportant gaîment la misère, et priant saintement la madone voilée des jeunes filles... Depuis lors, le duc Yisconti, gouverneur de Plaisance, a séduit et déshonoré ma sœur. Piétro le lazzarone souffre, et ne joue plus aux dés... ma sagesse... c'est du chagrin. LE PASTEUR , à part. Encore Visconti I . . {A Raphaël.) Et vous, Raphaël le laboureur, autrefois, la procession du Saint-Sépulcre ne sortait jamais sans vous trouver agenouillé sur son passage.,., et ne demandez-vous plus aux frères leur bénédiction?
RAPHAËL. Autrefois, mon père, j'aimais d'amour une jeune fille belle et pure, la sœur de Piétro... nous devions nous unir au prochain jour de Noël, et je rendais grâce à Dieu; mais le gouverneur Visconti a séduit et déshonoré ma fiancée, je n'ai plus de grâce à rendre. Raphaël le Jaboureur n'a plus rien à espérer.
PIÉTRO. Frère I ton espoir et ma gaîté reviendront le lendemain de la vengeance î RAPHAËL. Ta gaîté, peut-être... mon espoir , jamais !
CATARiNA. Pauvre Raphaël !
LE PASTEUR. Il y a dans le ciel une justice égale pour tous , mes enfans... ne doutez pas de la Providence , elle vous vengera.
PIÉTRO. Oui, pasteur... la Providence... et mon stylet.
CATARINA. J'entends , je crois , Gaspardo.
(Elle sort à sa rencontre.) GASPARDO , dans la coulisse. Attendons d'abord donc!., attends donc !.. laissemoi me débarrasser de ce sac, de ce filet. (Il entre et dépose son sac «t son filet.)