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La critique des Médecins de Valence et de Salamanque pourrait bien avoir la môme origine :
Les Médecins de Valence Longues robes, peu de science.
Ce proverbe qui, au xviie siècle, s’appliquait aussi aux avocats de Valence, nous paraît n’avoir ni rime ni raison. Il trouve sa place naturelle à côté du suivant, qui remonte à la même époque :
Médecin de Salamanque Guérit l’un et l’autre manque.
l'ARÉMIOLOGIE MÉDICALE
L’Université d’Avignon et surtout celle d’Orange étaient connues des étudiants pour l’indulgence des examinateurs ; de là ce jeu de mots, passé en dicton : Il a pris ses grades à la fleur d’Orange (1).
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Autre proverbe rimé, qui pouvait être vrai au xvî^ siècle : '
Médecins et mareschaux Font mourir gens et chevaux.
« Laissent mourir » serait plus juste de nos jours.
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Les Médecins guérissent toutes les maladies, excepté la dernière. — Se rapproche de En dépit des Médecins, nous vivrons jusqu’à la mort. — G. de Marnef, dans la Danse macabre (2), représente le Médecin emporté, à son tour, par la Caifmarde et lui fait reconnaître que Contre la mort n’a medicine :
Long temps a quen l’art de phisique .J’ay mis toute mon esludie.
.l’avoye science et pratique Pour guérir mainte maladie.
.le ne scay que je contredie Plus n’y vault herbe ny racine N’autre remède quoy qu’on die Contre la mort n’a medicine.
(1) Cf. Les Médecins d’autrefois à Nîmes, par A. Puech.
(2) Paris, 1490, in-folio.
GAYETEZ d’eSCULAPE
L’Almanach des proverbes généralise trop ; il maiKjue de mesure et d’équité.
Quand, vous prenant pour franches bûches,
Un Médecin gravement vous dira Que, quelque mal qui vous viendra,
A coup sûr il vous guérira,
Répondez : « Achetez des cruches! » (1)
Apostrophe dédaigneuse, qui correspond à notre ex'pression triviale : « J’t’écoule ! »
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A l’impuissance des Médecins contre la mort se rattachent diverses sentences : Contra vim niortis non est medicamen in hortis. — Proverbe chinois : Le Médecin guérit des maladies, mais non pas de la mort; il est comme le toit qui garantit de la pluie, mais non pas du tonnerre. — Lapalissade Francomtoise : Quand la mort y est, les Médecins ne s’en rachètent pas ; ils ne peuvent pas en racheter les autres.
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Le soleil éclaire leurs succès et la terre cache leurs fautes. — Cette vilenie, que l’on a mise, à tort, dans la bouche de Socrate, a jtour père légitime Nicoclès, qui vivait au iv® siècle : « Les Médecins, a-t-il dit, ont le bonheur que le soleil éclaire leurs succès et la terre cache leurs fautes ». Elle a souvent été reproduite et travestie dans toutes les langues. Beau.marchais l’a enchâssée avec soin dans le Barbier de Séville.
Sur ce sujet, répétons-le, le plus touchant accord règne pai'mi les nations qui se prétendent civilisées,
(1) Cf. Les Almanachs français, par John Grand-Carteret.
PARÉMIOLOGIE MÉDICALE
mais ignorent la civilité puérile et honnête; rune dit : « Tue ! » et l’autre : Assomme ! »
L’Espagnol reproduit Nicoclès : Los yerros del medicOy la terra los cubre. (C’est la terre qui couvre les fautes des Médecins). L’Italien précise : Il medico yiovine fa la gobba al cimitero (Jeune îMédecin fait r affaire du cimetière). — De même, en France, nos aïeux disaient : De jeune Médecin pimetière bossu (1). Ou encore, dans certaines contrées, « Cimetière taupé (2). » La gravité Teutonne émet cette variante : Dieser arlzt hat viel leute tinter die erde gebrach. (Ce Médecin a fait le cimetière bossu).
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En voulez-vous des brocards ? Nous n’avons que l’embarras du choix, parmi les traits lancés par des gens bien portants contre ceux qu’ils imploreront à la moindre colique ; « semblables, dit Raspail, aux matelots qui blasphèment durant le calme et tombent à genoux au moindre grain. »
Ecoutons un vieux proverbe italien :
Quand le péril est passé, on se moque du saint. — Frondez, raillez les Médecins, ils se vengeront en vous traitant, de leur mieux, à la première occasion.
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Continuons notre énumération épigrammatique. Pour la plupart de ces lardons, tout commentaire est inutile.
(1) De jeune avocat, héritage perdu; De jeune Médecin, cimetière bossu.
(2) D' Dorveaux, in Chronique médiçale.
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Medicus aller morbus. (Le Médecin est une autre maladie.)
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Le Médecin est plus à craindre que la maladie.
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Les Médecins sont des astres en terre.
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Solis Medicis licet impune occidere. (Les Médecins ont seuls le droit de tuer impunément.)
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Un Médecin de moins, cent citoyens déplus.
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t/n Médecin en laisse plus à tuer qu’il n’en tue.
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De jeune Docteur argument cornu.
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Le malade est l’étoupe, la maladie est le feu et le Médecin le vent qui souffle. — Imité d’un proverbe Espagnol.
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Un Médecin apprend toujours aux dépens des autres. — Par opposition au proverbe : On apprend toujours à ses dépens. Les Arabes disent : Le Chirurgien s’instruit aux dépens de l’orphelin.
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Ce sont propos de Médecins. — « Oui, ajoute Mimnermos, au vu® siècle, pour se faire valoir et s’assurer une excuse, font du mal le pire, du pire l’épouvantable. »
PARÉMIOLOGIE MEDICALE
J'ai une tète de Docteur à dîner. — Aménité qui fait allusion à la calvitie des travailleurs ou des arthritiques et qui veut dire : « J’ai une tête de veau à dîner». Il y est fait allusion dans le Moyen de -parvenir : € Je ne suis pas de ces petits doctereaux dont il est escrit, j’ai une tête de Docteur à dîner. »
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L'ignorant Médecin désarme nature. — Il contrarie par son intervention intempestive les heureux effets de la Nature médicatrice, la Providence des Médecins.
C'est un Docteur en toute lourdise. — C’est un lourdaud, un ignorant. (Oudin, Curiosités françoises) .
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Meisler Gutdiinkel I si aller Kelzereij Wurzel.
(Ce docteur Présomption est un grand maître d’erreur).
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Invidia medicorum pessima. (L’Envie des Médecins est la plus mauvaise). — Pessima est au moins exagéré ; ce travers professionnel est-il plus fréquent dans le corps médical que dans les autres professions libérales ou même chez les industriels de tout genre ?
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Quien es tu enemigo, el de tu officio. (L’Ennemi du barbier est celui de son métier), disait-on tra los montes. C’est dans toutes les classes de la société, la jalousie du voisin, la haute estime de soi-même et la lutte pour la vie, le struggle-for-life des Anglo-Saxons ; c’est, en un mot, le féroce égoïsme humain.
GAYETEZ d’eSCULAPE
Nihil præter Medicorum arrogantiam. — (Rien n’égale l’arrogance des IMédecins.)
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Ubi très Medici duo athei. (Il y a deux athées sur trois Médecins.) Non, le ÎNlédecin n’est pas athée; mais certains ne croient qu’à la vie de la matière.
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Menteur comme un Médecin. — Certains mensonges professionnels sont nécessaires et môme obligatoires : le Médecin doit mentir par humanité. Montaigne en reconnaît la nécessité dans cette boutade : « Platon disoit bien à propos qu’il n’appartenoit qu’aux Médecins de mentir en toute liberté, puisque nostre salut despend de la vanité et de la faulseté de leurs promesses. »
On dit plus communément : Menteur comme un arracheur de dents, sans doute parce que, pour rassurer leurs patients, les dentistes promettaient d’extraire les dents « sans douleur » ; ils sous-entendaient: « pour l’opérateur ». Avec les anesthésiques, ce mensonge n’a plus raison d’ôtre.
Voici ce que le docteur Lannelongue raconte, sur l’origine de ce proverbe (1) :
Deux hommes se battent dans la rue. L’un coupe le nez à l’autre avec ses dents. L’amputé ramasse son nez dans le ruisseau, et a l’idée de monter chez un médecin-dentiste demeurant en face, nommé Carnajou, qui lui recoud, à tout hasard, le nez avec du fil. Le nez reprend. Le dentiste répand la nouvelle, et l’on ajoute si peu de croyance à ses paroles, qu’on crée pour lui le proverbe en question. Et Carnajou passe si bien pour
(1) Journal des Goncouri, année 1887.
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un menteur, qu’un vrai chirurgien, qui fait quelque temps après des applications de chair, n’ose pas les ébruiter.
11 arrive même que Després, un interne de Dupuytren, recolle un morceau de doigt à un individu, qui revient lui montrer son doigt, au bout de huit jours, et que Dupuytren, à qui on montre ce morceau recollé, l’arrache en disant : « Ça ne lient pas, ça ! »
C’était la doctrine du moment. Ce n’est qu’en i838 que le recollement de la rhinoplastie fut hautement affirmé.
N’en déplaise à l’éminent chirurgien, notre explication nous semble plus vraisemblable.
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Les Chirurgiens ne demandent que plaies et bosses. — « Plaies », d’accord ; mais les « bosses » intéressent surtout les Accoucheurs.
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La patrie de Carmen est fertile en quatrains populaires, où les Médecins sont fort malmenés ; nous n’avons que l’embarras du choix.
No estan ménos feos los muchos casligos a los grandes que los muchos muertos vergüenza de los medicos. (Les grands et les médecins se ressemblent en ce que les premiers ne sont pas plus honteux des tribulations que leurs fautes leur attirent, que les seconds ne le sont de la mort d’un grand nombre de malades.)
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Bios te guarde de parrafo de legista, de etcxtera de escribano, y de recipe de Medico. (Dieu te garde, dit la Filosofia vulgar de Juan de Mallora, du parafe de l’homme de loi, de ïet cætera du notaire et de l’ordonnance du Médecin.)
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Médicos y ciriijanos No van d misa mayor,
Porque les dicen los difunlos :
Ahi ! posa el que me matû.
(Les Médecins et les chirurg-iens — Ne vont pas à la grancrmcsse, — Parce que les défunts s’écrient : — Ah ! voilà mon assassin qui passe.)
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El que quiere uivir mucho Ha de huir lo mas que pueda De médicos, bolicarios,
Pepinos, melones y hembras.
(Celui qui veut vivre longtemps — Doit fuir autant que po.ssiblc — Les Médecins, les apothicaires, — Les concombres, les melons et les femmes.)
Quien d médicos no cala,
0 escapa, o Dios le mala ;
Quien a ellos se ha enlregado,
Un verdugo y bien pagado ! (1)
(Celui qui ne tàtc pas des Médecins, — Ou il en réchappe, ou bien Dieu le tue ; — Celui qui se livre entre leurs mains, — Aun bourreau, et le paye cher !)
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Sur ce chapitre, les Français n’ont rien à envier à la férocité de leurs voisins :
Les Médecins et les maréchaux Tuent les gens et les chevaux.
Fy de la pute médecine,
Qui l’homme à mort enchemine.
(1) Le Tour du Monde, 1872,
PARÉMIOLOGIE MÉDICALE
Autre ironie ; c’est fiel du même tonneau :
Il vaut mieux être jugé des Médecins Que du prévost des maréchaux.
Car, remarque le Dr Dorveaux, déjà nommé, le prévôt des maréchaux faisait toujours pendre son homme. Avec les Médecins, un malade avait plus de chance de vivre.
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Médecin vous-même ! C’est la réplique de Sganarellc, profondément blessé d'être pris, dans le Médecin malgré lui, pour un suppôt d’Hippocrate.
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Il a un teint, un visage de Médecin. — Se disait du temps de Pétrarque, « quand on voit un homme au teint jaune ou flétri ».
Le coup du Médecin. — Est une locution provenant d’un préjugé très répandu: il s’agit du verre de vin pris après le potage et qui serait des plus salutaires ; grâce à lui, on se passe de Médecin ! Le môme préjugé explique la coutume fréquente, chez la classe populaire, de verser du vin dans le potage.
Le Médecin et le théologal croient rarement aux remèdes et à la religion. — 11 y a des sceptiques chez les Médecins du corps et de l’âme, mais il serait peut-être injuste de généraliser.
GAYETEZ d’eSCULAPE