BAVARDAGE DE PERRUCHES
La comtesse de Blot, qui parlait beaucoup et sur tous les sujets, aimait, chaque fois qu’elle avançait quelque chose de neuf ou de hardi, à s’abriter derrière le nom de Buffon, dont elle citait le témoignage fort inconsidérément et à tout propos. On pourra en juger sur le trait suivant.
C’est au Palais-Royal, un jour de réception ; la comtesse de Blot parle, assise au milieu d’un cercle nombreux.
« Je disais l’autre jour à M. de Buffon ; « Puisqu’il
GAYETEZ d’eSCULAPE
faut du lait dans la nature, pourquoi les colombes ne nous en fournissent-elles pas ?» — « C’était parler comme un ange ! lui dit la maréchale de Luxembourg. Oserais-je vous demander ce que M. de Bulïonvousa répondu ? — Il a pris, je ne sais pourquoi, la chose en plaisanterie; il m’a conseillé de ne boire que du lait d’amandes »(1).
La marquise de Valpaihe, reçue aussi dans l’intimité de Buflbn, était en tout digne de ligui’er à côté de la comtesse de Blot. La maixpiise avait une fdle jeune et jolie, et elle consultait Bulfon sur le régime (|u'clle devait lui faire suivre pour l’arracher aux dangers de son ftge. Elle ne lui permettait (pie des boissons rafraîchissantes, ce qui n’empécha pas la jeune personne de prendre la fuite avec le valet de chambre de sa mère. Le jour où la nouvelle de cet enlèvement parvint au Jardin du Boi : « Vous verrez, dit Buffon, que ce sera arrivé un jour où sa mère avait négligé de lui faire prendre sa potion rafraîchissante ! »
Covrespondance inédite de Biifjon.