‹ Gayetez d'EsculapeChapitre 148 sur 233 · LÉGÈRETÉ FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LÉGÈRETÉ FRANÇAISE

Frédéhic II abhorrait auLanl les Aiilrichicns qu’il aimait les Français. Ouclques personnages de marque, parmi ces derniers, jaloux de se l’ormer à l’école de ce monarque, allèrent à Berlin l’année môme où il mourut. Ils y observèrent, avec un vil' intérêt, ses troupes, ses beaux établissements, ses excellentes institutions, le ton noble cl militaire de sa cour. Un .seul regret les poursuivait, c/était de quitter Berlin sans avoir vu le roi, qui était alors sérieusement malade d’un commencement d’iiydropisie.

Le chevalier de V..., major d’un régiment de cavalerie, qui se trouvait de leur nombre, imagina de tenter, par des propositions généreuses, un des valets de chambre du monarque. 11 réussit à en obtenir il’ôtre i)lacé, avec ses compagnons de voyage, dans un bosquet de charmille, près de la terrasse du château, où le roi se faisait ordinairement transporter à midi, pour y prendre l’air un instant. Cachés derrière des arbres touffus, ils y attendirent l’heure désirée. Le temps était beau ; Frédéi'ic arriva, traîné dans un fauteuil à roulettes, vêtu en uniforme, chapeau sur la tête, mains gantées à la Crispin, tenant une houssine, cuisse et jambe droites enveloppées d’une énorme quantité de langes (l’hydropisic alfectant déjà ce côté du corps), cuisse et jambe gauches culottées, et bottes avec éperons. A l’aspect de cet accoutrement militaire, où l’on découvrait à la fois l’homme de guerre, toujours prêt à monter à cheval ; l’homme souffrant, payant malgré lui tribut à la nature ; l’homme-roi, conservant un air de dignité

l’esprit des malades célèbres

auguste, les Français, quoique remplis d’admiration pour ce héros, ne purent s’empêcher de rire, assez fort pour trahir leur présence. D’où vient ce bruit? s’écria aussitôt le vieux cacochyme. Qu’on arrête les audacieux indiscrets qui se sont glissés dans mon parc, et qu’on les punisse sévèrement. Mais s’ils sont Français, qu’on ne leur fqsse rien, ils se moquent de tout. Nation légère ! »

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