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RABELAIS FRANC-FILEUR

Les ennemis du jovial et goguenard curé de Meudont l’ont accusé d’avoir abandonné son poste de médecin à riIôtel-Dicu, lorscpie la peste régnait à Lyon et, pour ce motif, il aurait été rayé des cadres de la Faculté.

Même accusation fut portée, non sans raison celle fois, contre son compère Montaigne, qui était maire de Bordeaux et quitta la ville envahie par le lléau ; mais l’auteur des Essais était un « froussard » de la plus belle eau : témoins les nombreux ex-voto qu’il dédia à toutes les madones ilaliennes, réputées pour le délivrer de ses coliques néphrétiques.

Quant au « grand poète en prose », comme l’appelle Sainte-Beuve, Jules Troubat(l) a démontré la fausseté de l’accusation. Babelaisne brillait certes pas. par l’assiduité à son service médical: il avait l’esprit trop vagabond pour ne pas l’abandonner plus d’une fois. En 1535, il quitte Lyon, sans prévenir la municipalité, se rend à Grenoble et, de là, va visiter l'Italie. Les conseillers lyonnais considérèrent celte fugue à l’Anglaise comme un congé avant la lettre de démission et pourvurent à son remplacement: Pierre du Castel fut élu, avec allocation de trente livres tournois, au lieu de quarante que louchait son prédécesseur ; ce fut tout bénéfice pour la cité.

La ville de Lyon possède encore, dans ses Actes Consulaires, les procès-verbaux des trois séances où

(1) La République du Midi.

l’esphit des célébrités médicales

la question du remplacement de « Maître Rabelaise» (1) fut discutée.

Que si, en 1535, Lyon raya Rabelais de la liste de ses médecins, le 14 juin 1876, Montpellier décida, par la voix de son conseil municipal, de donner son nom à l’une des rues de la ville. C’était une spirituelle protestation contre la menace suspendue sur la cité Montpelliéraine de perdre sa Faculté de médecine.

- Rappelons une des vieilles coutumes de cette Faculté. Il était d’usage de faire endosser à un candidat en médecine, le jour de sa réception au doctorat, la robe de Rabelais. C’est pour se moquer de celte niaiserie pédantesque, que Piron adressa cette épigramme à la ville de Montpellier :

Secourable mont des pucelles.

Puissiez-vous longtemps prospérer ;

Puissent de vos plantes nouvelles Les vertus toujours opérer,

Et ne jamais dégénérer,

Comme la robe mémorable Qui fut un harnais honorable,

Tant que Rabelais l’eut sur lui,

Mais qui, par un sort déplorable,

N’est plus qu’un bél d’àne aujourd’hui.

(1) L’e muet qui termine le nom de Rabelais dans plusieurs endroits indique la prononciation du xvi» siècle : Habelaise. Les Méridionau.x avaient déjà l’habitude de faire sonner l’s linal. On connaît le dialogue plaisant de deux Languedociens : « Faites-vous toujours des versse. — Oui, j’en faisse. »

GAYETEZ d’eSCULAPE

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