DANSE ET MÉDECINE
Le danseur-mime de l’Opéra, Elie, qui obtint un si grand succès, dans le ballet de Gustave III, où il dansait sous deux faces, en marquis et en polichinelle, pensait, comme Vestris, que l’art de tourner sur l’orteil est le premier des arts. Il disait, un soir, dans les coulisses, au docteur Ricord : « 11 n’y a rien comme la danse pour entretenir la santé. Si le roi avait le sens commun, il remplacerait toutes vos cliniques par des écoles de danse. » Et de fait, Elie
GAYETEZ d’eSCULAPE
prêcha d’exemple : il est mort à l’âge de quatre- vingtquatre ans.
Cii. Séciian.
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Un docteur viennois, d’après A. Gottschalk, voulut suivre le conseil d’Elie et donna lieu à un curieux conflit. Le syndicat des professeurs de danse de l’empire d’Autriche poursuivit, avec un zèle que devraient bien imiter d’autres associations, les professeurs de danse qui exerçaient « illégalement » leur art, c’est-à-dire qui professaient sans avoir les titres et diplômes nécessaires pour cet enseignement difficile. Or, en Bohême, il existait un médecin qui se trouvait dans ce cas litigieux. Il avait bien, dans le temps, obtenu l’autorisation de « suppléer » son père, chorégraphe authentique, officiel et diplômé ; mais voilà que, poussé par la misère des temps, il voulut continuerle professorat de danse, « sans posséder les connaissances professionnelles nécessaires », concurremment avec l’exercice de la médecine. L’Association des professeurs de danse du royaume de Bohême s’émut de cet état de choses, si hautement préjudiciable à la morale publique et à ses intérêts ; elle s’adressa à la police et à l’autorité administrative. Mais après l’insuccès de ses démarches, la question fut portée devant l’ordre des médecins, qui existe en Autriche ; le Conseil de l’ordre répondit qu’il connaissait déjà l’affaire ; qu’il avait infligé un blâme au médecin en question, le métier de 'professeur de danse étant incompatible avec l’honneur professionnel, mais qu’au surplus il se trouvait désarmé.
Le différend finit par être porté devant le ministre compétent.
Médecin et maître à danser, Molière n’avait pas prévu celle-là !