CHAPITRE II
(Tonfce b’^poff^icaicee.
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ARLANT du clystêre, nou^ avons jusqu’ici employé tour à tour les mots de lavement, remède ou bouillon pointu. Nous sommes loin de compte, car les appellations clystériennes, comme l’a dit Grand- Carteret (1), sont aussi multiples que variées L’excellent humoriste nous fournit, pour sa part, les suivantes, dont nous lui laissons^ la paternité, au moins adoptive ;
(1) Almanach de Rire el Galanterie -, Lil)rairic des publications artistiques.
GAYETEZ d’eSCULAPE
Un indiscret ; une flûte; Mademoiselle Lancelot ; le jet d'eau de l'intérieur ; ce qui ne peut se donner par devant notaire (1).
Le pompier des familles, l'introducteur des ambassadeurs, le bock à quatre sous, l'arrosoir de l'arrièreboutique, s’appliquent pluLùl à l’instrument qu’à son contenu.
A Biarritz, nous écrivait naguère le regretté Dr Ei.eyy, on a coutume de dire, quand on administre un lavement à son baby, qu’on lui rend « un petit service ».
Dans la Haute-Garonne, près de la frontière espagnole, on se sert couramment de l’expression : servir un lavement. L’instrument qui sert à l’opération prend le nom de « soi-môme ». « Prendre un soiméme » (2) correspond à « prendre un lavement ».
Les Espagnols appellent le lavement lavativo (remède qui lave); rien n’est plus simple, ni plus exact.
Puisque nous sommes en Espagne, rapportons une anecdote dont les Espagnols font les frais.
La reine Louise de Savoie, femme de Philippe V, racontait au cardinal d’Estrée un exemple curieux de l’usage que les Espagnols faisaient des reliques. La
(1) V. Synonymes du lavement, in les Joyeuselés de la Méd., par WiTKOWSKi, p. 151.
(2) Celte dénomination doit être ancienne, car on trouve dans la Chirurgie, de Daleciiamp, imprimée en 1569, la figure d'une seringue à canule coudée, avec cette légende : seringue à femme pour se bailler soy-mesme le clystére. »
CONTES d'apothicaires
duchesse d’AcBE, alarmée de l’élal de santé de son fils, fit demander à des moines de Madrid quelques reliques. Elle obtint un doigt de saint Isidore, le fit piler et le fit prendre à son fils, partie en potion, partie en clyslère (1).
Mais voici d’autres historiettes, d’une saveur toute gauloise; vous n’en serez plus surpris quand nous vous en aurons nommé fauteur, cette méchante langue de Tallemant des Réaux.- La comtesse de Maure, raconte Tallemant, croit toujours avoir quelque incommodité et a sans cesse quelque lavement dans le corps. Une de ses parentes, une Italienne (M“'® de Montigny-Bérieux) lui laissa du bien en mourant et mit la somme dans une seringue, ce qui fit dire à M“® de Rambouillet : « Voilà du bien qui vient à la comtesse de Maure dans la forme la plus agréable qui lui pouvait venir » (2).
Routard, — encore un héros d’une des historiettes de Tallemant — s’était si bien accoutumé à prendre des lavements, qu’il n’allait point où vous savez sans
(1) Mémoires de Louuille, t. II, p. 107 ; cité clans le Voijarje d Espagne, de la comtesse ü’Aulnoy, p. 390, note.
(2) Tallemant, Hislorielles (Histoire du comte et de la comtesse de Maure), t. IV, p. 92.
GAYETEZ d’eSCLÎLAPE
cela, ou du moins bien rareinenl. Il avait un certain laquais qu’il voulait chasser :
« Ah ! Monsieur, lui dit ce garçon, si vous saviez combien je vous ai ùjiargnô d’argeni, vous ne me chasseriez pas, car souvent j’ai l’ail mes alï’aires dans votre bassin, afin ([ue vous crussiez que vous aviez l’ait quelque chose, et ainsi je vous ai sauvé bien des clysières (1). »
Au début du règne de Louis Xlll, on 1613, les courtisans portaient « le petit manteau à la clystérique », ainsi nommé parce qu’il s’arrêtait à la naissance des fessiers .
Le comte de Bkoglie-Uevel, lieutenant général de la province après M. de Lavardin, racontant ses aventures amoureuses à M. de Sévigné, lui parle d’une certaine dame très bizarre qui, jouant un jour à la bassette, dit à son voisin : « Si je perds, je dirai de moi la plus grande infamie ». Elle perdit, et, pour tenir sa parole, elle apprit à la compagnie qu'elle avait pris, ce matin même, par avarice, un lavement qu’on lui avait apporté la veille, ne voulant point avoir à faire une dépense inutile..
(1) Tallemanï, llislorielles {Histoire de iloutard), l. VI, I>. 236. Ces deux anecdotes sont rapportées dans les Curiosités anecdotiques (Bibliothèque de poche) ; Delahays, éditeur.
CONTES ]J APOTHICAmES
La Fontaine a parlé, clans ses Contes, au moins à
Fig. 31. — Le Glouton.
deux reprises, du clyslère. Le premier conte où il en
GA.YETEZ u’eSCULAPE
est question est intitulé Le Glouton (fig. 31) ; il est tiré d’Athénée.