SÉRIE TRÈS RICHE
lelle ;i poisson vice à poisson iverts à j^oisso lier à sauce, ice H décou] clic ;i girot ; à sel . ! ' , lier à moutard e à asjjerges ice à salade llers à glace e à glace . .
)etie à glace.
1er à sau;e.
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1er h Loiii' I
la pièce. .
le seivice .
la douzaine la pièce. .
le sen'ice .
la pièce. .
la douzaine la pièce. .
le scrz'ice .
la douzaine la pièce. .
PRIX
îs-sscg
fr. c.
fr. c.
fr. c
fr. r.
fr. c
Fabrique et le nom CHRISTOFLE.
CHRISTOFLE & C
56, rue de Bondy. — PARIS
Usines a PARIS, a SAINT-DENIS et a CARLSRUHE
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Poids darg^ent
Couverts et petite Orfèvrerie.
(Réparations et brunissage compris)
Couverts de table , . • . les 24 pièces .
de dessert —
Cuillers à café les 12 pièces .
Louche ou cuiller à potage, grande la pièce . . .
— — — mo}'enne .... —
— — — petite —
Cuiller à ragoût —
PRIX
fr. c.
TARIF DE RÉARGENTURE
Ces prix sont susceptibles de rldiiction, variable suivant la quantité d'argci, retrouvé dans le dèsargentage, quantité dont nous tenons compte intégralement^^
Orosse Orfèvrerie.
Pour les pièces de Grosse Orfèvrerie, il est impossible de donner les pr d'avance, ces prix variant suivant l'importance des réparations àfaireavai de les réargenter.
Nous rappelons à notre Clientèle que nous réargenton tous les couverts et autres pièces d'orfèvrerie, quelle que scfi Vorigine de leur fabrication.
laoïi
GAZETTE DE LA REGENCE il
pris vers Golmar dans douze chariots d'eau-de-vie : c'est sur ravis d'un tonnelier de Strasbourg à qui le Régent fera délivrer le dixième suivant ses édits.
MmeMelet qui a été arrêtée dans l'affaire de Miotte, s'est servi d'un verre de sa lunette pour se découper le bras, à quoi elle n'a réussi qu'à demi, parce qu'on l'a secourue à propos. C'est elle qui avoit donné un dépôt à un procureur du Châlelet qui l'a dénoncé à la Chambre et dans lequel on a trouvé des billets pour de grosses sommes (1).
La Chambre de justice cherche à trouver un criminel d'État pour montrer l'exemple. Il n'y a pas assez pour en venir là contre Bourvalais, Miotte, Normand, Le Blanc : on croit que Paparel pourra le procurer.
Le Roi passa mardi au bout de notre rue en allant au jardin royal. Il commence à se bien porter et promet de vivre.
Je viens d'écrire la déclaration au sujet de l'affaire du Parlement entre les ducs : je sais qu'elle a été dressée par le procureur général et que le chancelier n'a pas pu y changer un seul mot. Elle est dres-
(1) Miotte fut arrêté en même temps que Bourvalais : on le trouva caché dans son grenier à foin. Mme de Mellet était, dit Dangeau, « Son amie », demeurant dans un hôtel communiquant avec celui du traitant et ayant son argent et ses papiers. Miotte se tire d'affaire et, en 17-20, se promenant à Choisy chez le prince de Conti, il remarqua avec la femme de la princesse une très jolie jeune fille : il apprit quelle était élevée chez Mme de Conti : aussitôt il la demande pour son fils et le mariage eut lieu, quoiqu'on le prévint qu'elle était « une petite trouvée >•. Tant mieux, répondit-il, m je n'aurai pas toujours une famille sur les bras, »
sée avec un art et une délicatesse merveilleux : il n'est pas dit que la décision est remise à la majorité du Roi, mais quand il plaira au Roi : un endroit des plus délicats et des plus habiles et avantageux pour le Parlement, n'est pas portée dans cette contestalion, dont la décision ne dépend que du Roi, maître des gi'àces et de régler les rangs, ce qui a sa finesse, et c'est pour parer à l'évocation que les ducs vouloient faire ordonner au Conseil. Il y a encore un endroit merveilleux qui est qu'il est dit en quelque façon qu'il faut avoir recours aux registres du Parlement pour cela, lesquels prouvent sa possession. En un mot nous gagnons notre procès et les ducs le perdent .
Paris, 18 mai 1716.
Le Prétendant fait une grosse dépense et donne des fêtes aux dames d'Avignon. On assure que le Régent fait payer régulièrement les pensions que le roi donne à la cour de Saint-Germain.
Les partisans de la banque de Law veulent qu'elle se développera, qu'elle prendra faveur et qu'elle pourroit bien ouvrir un débouché dans le commerce aux billets de l'État, en escomptant en argent ou en lettres et billets d'échange sur les bonnes places, d'autant que cet aventurier, écossais et grand jacobite, a pour croupiers 4 à 5 des meilleures bourses de Paris et d'ailleurs par le moyen du duc de Noailles, la protection du Régent qui le considère, et mettra, diton, dans la caisse 15 à 20,000,000. On veut même que
cette compagnie en ait déjà assemblé -4 ou o, mais comme c'étoit aussi l'objet de la banque de Nicolas qui a aussi de bonnes bourses et de la protection, elles" fonderoient Tune dans l'autre.
La cherté de la consommation est telle qu'on veut que les premiers généraux perdent sur l'année présente de leur traité près de 10,000,000 ; on va retrancher dans la régie 4,000 commis.
La capture de 5,000,000 auprès de Golmar est absolument fausse, bien que M. de Saillant, commandant de Metz, et M. de Cély, intendant, en avoient écrit très précisément en cour.
Comme le sieur Paparel ne sauroit justifier l'emploi de 2 millions à lui remis pour le payement de la maison du roi, il pourra bien porter la peine des péculats. Le procureur général a même donné déjà des conclusions à mort contre lui. C'est en ce cas qu'on verra agir la clémence du Régent et ses bontés pour M. de la Fare, capitaine des gardes, gendre du prisonnier.
On a enlevé Arouet, petit poète qui ne faisoit qu'éclore, mais fort satirique. Il est fils d'un greffier des comptes.
Le Régent a marqué quelque ressentiment à Mme de Berry sur la manière menaçante dont elle a traité le duc de Xoailles.
Sur le refus du Pape de donner des bulles aux nouveaux nommés sans une acceptation préalable de la Constitution et un examen devant le Nonce, le procureur général est allé chez le Nonce lui déclarer
ire 1
que si le Saint-Père persiste, la Cour pourra prendre des mesures sages pour s'en passer, et qu'au surplus c'était formellement par Sa Sainteté donner atteinte aux droits du royaume et aux libertés de rÉglise Gallicane.
On fit le 12, dans la plaine deSaint-Denis,répreuve de deux canons de nouvelle fonte : ils portent beaucoup plus loin et il faut moins dépenser de poudre.
Paris, ce 22 mai 1716.
Voici quelque chose de particulier. Le Nonce a été chez le Régent se plaindre du plaidoyer de la Grand' Chambre au sujet de la Constitution et de l'affaire de Reims, le priant d'interposer son autorité pour arrêter les licences des avocats qui perdent le respect dû au Saint-Siège. Son Altesse répondit qu'il étoit l'agresseur et qu'il devoit s'en prendre à lui, mais qu'il pouvoit aller voir le maréchal d'Huxelles, chargé des affaires étrangères. Son Excellence ne manqua point d'y aller et de lui renouveler ses plaintes. Sur quoi le maréchal lui dit que le Pape devoit commencer par accorder des bulles aux nouveaux nommés et que, s'il tardoit, la cour prendroit des mesures. Et depuis il a envoyé un courrier. Et cependant je sais de bon heu qu'on est sur le point de rompre en France le Concordat et de rétablir purement et simplement à la Pragmatique sanction au hasard d'en encourir toutes les excommunications du monde. On se propose aussi d'élever le Roi dans
des sentiments favorables aux libertés de l'Église Gallicane, et les Jésuites ne croqueront que d'une dent de la qualité de confesseur, car on s'attend de donner au prince son propre curé ou quelque prélat bien affectionné.
La banque nouvelle est une vision, c'est la même chose. L'on ne fait qu'en rire, mais on ne croit pas qu'elle ait lieu.
Le sieur Paparelfut jugé mercredi sur les 2 heures et condamné à avoir la tête tranchée, 100,000 L. d'amende, 600,000 L. de restitution au Roi et ses biens acquis, confisqués. Son crime est qu'il a gardé un fond de i, 600, 000 L. destiné au paiement des troupes, en donnant à la place des billets à terme qu'il faisoit décrier sous mains et qu'ilfaisoit retirer. Son gendre et sa fille intercèdent (1).
Le Régent n'a pas pu refuser des lettres de commutation au sieur Paparel. Il sera banni à perpétuité et ses biens confisqués seront accordés à son gendre (2).
Le duc de Bourbon a rendu public le jardin de l'hôtel de Gondé afin d'attirer les Parisiens et de les détourner du jardin du Luxembourg par chagrin contre Mme de Berry de ce qu'elle l'a fait murer du côté de M. de Vendôme (3).
(1) Trésorier de la maison du Roi et des gardes du corps. Sa fille avait épousé le marquis de la Fare, l'ami de Chaulieu.
(2) Après paiement de ce qui était dû au Roi, la Fare voulut vendre sa charge de capitaine des gardes du Régent, ce qui lui fut refusé : sa femme se retira au couvent.
(3) Voir à ce sujet notre Histoire de la fille du Réfjcnt. (2 vol.
Lundi les comédiens italiens jouèrent sur le théâtre de l'Opéra et prirent autant qu'on y prend, ce qui leur a produit plus de 4.000 L ; presque toute la cour y étoit, qui paya grassement. Us jouèrent encore mercredi avec même foule . Les acteurs sont bons à leur manière : il y a un arlequin, un scaramouche et un scapin pour bouffons, deux vieillards et deux amants et quelques suivantes. Ce sont toutes personnes bien faites et propres au théâtre.
Paris, 15 juin 1716.
Il y a huit jours la Chambre de justice fit arrêter deux neveux de Bourvalais, le sieur Guion, un des greffiers en chef du Parlement (I) et le sieur de Saint Pater.
11 estcerlain que nous n'avons pas parmi nos ministres et les principaux membres de nos conseils de ces gens perçants, vifs et profonds, pénétrants et hardis si essentiels à la tête du Gouvernement pour le redresser et diriger.
La reine d'Angleterre passe l'été à Chaillot aux exercices de pitié : le Seigneur n'écoute pas toujours les malheureux pour des raisons que les humains n'entendent guère.
L'abbé d'Estrées est sans doute un génie supérieur, vif et assez adroit, il est éclairé, il va assez bien au fait,
in-S" Paris, Didot, 1877). Cette fermeture du Luxembourg avait causé une grande émotion .
(1) Guyon de Marquais, payé le li novembre à 300,000 L.
il a aussi Toreille du Régent (1), mais Son Altesse, par la forme de ses Conseils, a partagé l'autorité et le travail en trop d'ouvriers pour que le royaume puisse tirer avantage de la part qui est échue à cet abbé qui d ailleurs essuie bien des traverses et des jalousies des autres, ce qui cause des entorses et des cascades aux affaires.
Le maréchal ce Villeroy et le duc de Villeroy sont assez accrédités, mais ils mènent les affaires en seigneurs : ils se mêlent d'un métier qu'il n'entendront jamais. Le Régent est trop peu ferme et trop inappliqué pour choisir les sujets suivant leur mérite propre et leur caractère. M. Le Couturier remplit bien sa sphère : il n'en sort pas et travaille tous les matins avec Son Altesse à Farrangement des Finances [-2).
M. Rouillé est vif, déterminé, rempli de bonnes
(1) Neveu du cardinal, ambassadeur en Espagne après lui, puis membre du conseil des affaires étrangères et archevêque de Cambrai à la mort de Fénelon.
(2) Premier commis des linances, Dangeau écrit le 27 septembre 1715 : « Le duc d'Orléans travaille prescjue tous les jours, ou avec les gardes du trésor, ou avec Bertin, trésorier des parties casuelles et Couturier est toujours présent à ces audiences-là. » C'était, d'après Saint-Simon, l'homme le plus expert en matière de finances : « Grossier, juste, droit, sans fard et sans adresse, exact au dernier point et d'une fidélité à toute épreuve. » De petit commis des finances chez M. Desmarest, le Régent le prit et en fit son homme de confiance. Il ne dépendait absolument qiio de lui. <( Il est difficile, dit encore Saint-Simon, d'acqiiéiir autant d* estime et de considération qu'il a conservée entière hors de sa place. » Sa santé l'obligea à se retirer à la fin de 1717.
inlenlions, mais il a pris une trop forte carrière et se prête à trop de diverses choses.
Paparel devait être transféré à la Bastille. 11 est resté à la Conciergerie, dans la même chambre où est Le Blanc. Ils mangent et couchent ensemble et jouent, ayant la permission d'avoir des caries et des livres.
Vendredi on fit l'épreuve à la Villette, en présence du Régent et de plusieurs officiers et de grands seigneurs, d'une nouvelle sorte de canons : ils sont huit fois plus petits et plus légers, portent plus loin avec trois fois moins de poudre. Voilà, Dieu merci, une nouvelle invention de s'entreluer, qui va bien réjouir les hommes. J'ai dit, il y a longtemps à l'auteur, qui s'appelle M, Thomas, qu'il devroit ensevelir à jamais ce funeste talent dans un oubli éternel et que, loin de mériter une récompense, il devroit être bien chauffé en purgatoire, si tant est qu'il existe un purgatoire. Le pape Léon X n'y avoit pas grande foi.
Je fus samedi voir la Comédie ilalienne qui fut précédée d'une autre, jouée par hasard. 11 y avoit des chaises sur le théâtre au nombre déplus de dix, ce qui empêchoit le parterre de voir. Aussitôt que le voile fut levé, il se leva du parterre des cris si universels d'ôter les chaises, avec un bruit si grand,qu'il ne fut pas possible aux acteurs de se faire entendre, et quoiqu'ils s'opiniâtrassent à continuer. Ils cédèrent enfin, si bien qu'un des acteurs vint prier qu'on supportât la chose de cette fois, avec promesse de n'en plus mettre à l'avenir, ce qui fut accordé par le
parterre qui n'enlend par raillerie. C'est une espèce de Chambre des communes qui se fait craindre.
A Paris, 22 juin 1716.
Vendredi il parut une grande harmonie et beaucoup d'urbanité entre le Parlement et les ducs. Ces messieurs se trouvèrent en grand nombre dès 7 heures du matin dans la Grand'chaQibra pour y juger avec la cour le duc de Richelieu, prisonnier à la Bastille (i):le conseiller rapporteur ouvrit l'avis à un plus amplement informé pendant deux mois, durant lesquels le duc garderoit prison : ce qui fut suivi de tous les juges et des ducs qui se conformèrent à l'avis du Parlement avec toutes les marques gracieuses de civilité possible. Le Premier ne s'y trouva pas à cause de quelque parenté avec le duc de Richelieu.
La protestation que chaque duc a mise chez son notaire sous une enveloppe cachetée en guise de testament, est bien sérieuse et véritable et produira tel eftet qu'il se pourra. Le plaisant est qu'à la mort de chaque duc, il se fera une ouverture du paquet en présence du lieutenant civil, comme si c'étoit un testament.
Le Régent continue une grande partie de la dé-
(i) A cause de son duel avec le comte de Gacé pour avoir parlé très peu révérentieusement de la femme de celui-ci : il fut blessé grièvement. Le 21 août il sortit de la Bastille après s'être réconcilié avec son adversaire .
pense que Ton faisoit pour les correspondances dans les différentes cours de l'Europe, où nous avons nombre d'émissaires et Son Altesse est bien sûre de ses avis et en reçoit de particuliers qu'il ne communique qu'à ses favoris.
Normand et Griiet sont sur la sellette (1) ; ils rejettent tout sur M. d'Argenson qui, disent-ils, leur donnoit ses ordres d'user de la sévérité dont ils se sont servis. 11 est vrai que ce magistrat, qui fait bonne mine à mauvais jeu, a de grands déboires et que dans le public et dans la Chambre de justice, il passe pour n'avoir pas au moins empêché tant de pilleries qui se faisoient sous ses yeux ; je n'ai garde d'en juger, mais il n'est pas sûr qu'il n'en soit pas inquiété.
Paris, 19 juin 1716.
Trois choses agitent actuellement la France : la religion, le gouvernement et la Chambre de justice. Sur le fait de la religion, les affaires s'aigrissent de plus en plus, et il est venu jusqu'à moi que le cardinal de laTrémoille a écrit en cour que si M. Chevalier, grand-vicaire de Meaux,n'estpas parti pour Rome (2), où il va pour tâcher de concilier les deux parties, il conseille et prie fort qu'il ne parte pas : 1° parce
(1) Tous deux furent condamnés à l'amende honorable avec exposition au pilori, et aux galères pour « leurs violences et concussions . »
(2) Il était parti le 17 avril ; il en revint au mois de décembre 1717 sans que le Pape ait voulu le recevoir. Le Régent lui donna une pension de G,000 L.
que cela ne servira de rien ; 2'' parce que sa vie ne sera pas en sûreté dans Rome, où le parti des Jésuites et des Ultramontains prévaut si fort et est animé contre le parti contraire, qu'il n'y a point d'extrême où il en vienne. Cependant cet ecclésiastique, qui est unhonnète homme nageant entre les deux partis, est depuis du temps en chemin et ne saura cette charmante disposition papale qu'à Civita-Vecchia, d'où il y a apparence qu'il repassera en France avec ce qu'il aura pris de poisson ; c'est à quoi nous nous attendons et de nous voir brouillé avec Sa Sainteté au delà de ce qu'on peut dire, si la mort ne le prévient pas, car les dernières nouvelles sont qu'il est très mal.
L'on doit tantôt juger au Parlement le procès du duc de Richelieu, prisonnier à la Bastille, etaussi du duel. Les pairs ysont mandés par lettres circulaires. De là résultent deux choses : l'une que le Parlement s'introduit peu à peu à la Bastille où un conseiller a été interroger le duc, ce qui ne lui est point arrivé sous le dernier règne, tous les prisonniers de la Bastille étant mis par des ordres arbitraires et inconnus où le Parlement ne mettait pas le nez, et l'autre qu'il va en jugeant ce procès avec les pairsjouir de la possession de ne pas saluer ces messieurs, ce quia bien la mine d'emporter le gain de sa cause à jamais.
Il fut arrêté au Chàtelet, lundi dernier, qu'au corn • mencement du mois prochain on rouera vif en place de Grève 7 voleurs de grand chemin tous à la fois, afin de mieux intimider leurs pareils. Ces malheu-
reiix ont avoué avoir tué 16 hommes depuis un an. L'Hermite sera du nombre de ces sept.
M. Crozat, l'ainé, achète la charge de l'écuyer de la grande écurie moyennant 500.000 L. qu'il paye comptant. Ce richo Crésus est bien en cour; c'est déjà lui qui a payé celle de général des galères pour le chevalier d'Orléans.
Lundi se tint la première assemblée de la Banque de M. Law. M. Bélanger, cy-devant notaire, avec M. Caquause et un 3^ en sont directeurs, et M. Bouro:eois caissier. Presque personne ne sait le véritable objet de cet établissement, ni comment il se créera (1).
La protestation secrète des ducs dont je vous ai parlé contient l'histoire de ce qui 's'est passé entre le Régent et eux depuis la mort du roi, ensuite de quoi ils protestent que tout ce qu'ils sont forcés de faire, ne pourra nuire ni préjudicier, et se plaignent fort de Son Altesse qui ne leur a pas tenu parole. Us ont pris cette voie parce qu'aucun notaire n'a voulu recevoir leur protestation dans les formes.
Hier nous vîmes le roi dans les Tuileries, allant au salut chez les Feuillans. Sa Majesté étoit dans
(1) Law avait^ au lendemain de la mort de Louis XIY, proposé la création d'une banque royale gérée par le gouvernement. Le conseil des finances repoussa ce projet, mais autorisa la création d'une banque particulière : les lettres patentes du 2 mai 1716 furent enregistrées le 23. La banque générale fut constituée au capital de 6,(X>0,00<3 de L. divisée en 1,2(X) actions, payables en quatre versements, dont trois quarts en billets d'État.
une chaise roulante poussée par huit Suisses, mangeant un biscuit et paraissant se bien porter.
Le Régent va demain entendre la messe à Notre- Dame, célébrée par le cardinal. Les Jésuites disent que c'est une messe janséniste.
On s'aperçoit que Mme de Ventadour n'avant plus que jusqu'au lo février à pi-endre en main l'éducation du roi, elle est résolue de le laisser faire tout ce qu'il veut sans le chagriner, ni le contredire en rien. Ce qui fît dire au maréchal de Villeroy l'autre jour : « Je vois bien que j'auray d'abord bien de la peine avec le roi ».
Paris, le 6 juillet 171G.
Mme de Berry qui ne respire que la joie et qui, dans la force de la jeunesse, n'est retenue ni par un mari, ni par un roi majeur, ni par aucun autre frein, alla ces jours-ci se promener à Vincennes, et s'étant écartée de soncarrosseavecquelques dames, alla joindre, sans être connue, une compagnie déjeunes paysannes qui dansoient en rond. Madame prit place avec elleset dansa commeellesenchantantdeschansonsles plusgaillardes, et sur cequeles bergères n'en disoient pas de sa force, elle s^en plaignit et demanda s'il n'y en avoit pas quelqu'une qui en sût de meilleures. On lui en présenta une qui en dégoisa de toutes sortes et des meilleures, ce qui réjouit fort la princesse, qui dit que celle-là savoit chanter. Elle sortit enfin et fit donner deu.^ écus à celle qui avoit gagné le prix sans que les autres aient rien eu.
Un officier marin me racontoit hier une chose singulière. Il dit qu'il y a environ lo mois il étoit au Pérou; pendant qu'ilyétoit, le gouverneur reçut du roi d'Espagne l'ordre de pénétrer dans un pays plus loin appelé le Parangueler avec des troupes.Cegouverneur prit avec lui 500 chevaux et marcha en avant. Il trouva au premier village des députés du pays à la tête desquels éloient des Jésuites qui lui offrirent 160,000 piastres s'il vouloit rebrousser chemin ; à quoi le gouverneur répondit que ses ordre? étoient contraires et qu'il passeroit outre, ce qu'il fit. Il trouva encore d'autres députés jésuites qui ne lui offrirent plus que 50,000 piastres. Il avança toujours, mais alors il fut très surpris de trouver 40,000 hommes sous les armes, commandés par des jésuites qui lui firent savoir que s'il ne se retiroit pas bien vite, ils alloient le sabrer. Alors le gouverneur mettant de l'eau dans son vin rebroussa chemin et revint comme il étoit venu et donna avis à Madrid en marquant que les Jésuites étoient les maîtres du pays, qu'ils font un commerce considérable, qu'il y ont des places fortes et savent, comme Ignace de Loyola, porter l'épée.
Il y a deux ou trois mois qu'un gentilhomme du duc de Bouillon insulta un notaire de Paris, appelé M. Navarre, auquel il donna des coups de bâton en pleine rue. Le duc de Chaulne qui passoit par hazard envoya ses gens apaiser cette violence, ce que ce gentilhomme trouva mauvais en termes peu respectueux pour le duc qui recueilht M. Navarre dans son
carrosse. Vous pouvez croire qu'il y eut grande plainte et information que le conseil du roi évoqua. Un arrêt intervint qui par les fortes sollicitations du duc de Bourbon condamna seulement le gentilhomme, qui méritoit la mort, à demander pardon à M. Navarre à genoux chez le duc de Noailles en présence de quatre autres clercs, du syndic et de quatre anciens notaires et à 10,000 écus de don gratuit. Cela s'exécuta avec cette circonstance que M. Navarre empêcha que le gentilhomme se mil à genoux et qu'il a donné quittance de la somme. On l'a en outre envoyé à la Bastille pour un temps.
L'on vend mercredi les meubles de Paparel, dont le sort est fixé à une prison perpétuelle qu'on croit qui sera à Saumur.
L'on joue à l'Opéra Les fêtes de Vêlé, qui est une pièce assez belle, dans le goût des Fêles de Thalie (1).
Hier M. d'Antin (2) en donna une dans son jardin à Paris, à M. le Régent, à Mme de Berry et à toutela Cour. Elle consistoit en une comédie italienne meslée de la meilleure musique et de danses des plus fameux maîtres avec un repas magnifique. Le désagrément que ce seigneur a eu est qu'il n'a pas fait beau comme il espéroit, le jour d'hier ayant été gâté par un très grand vent pluvieux. Voilà comme le ciel est sourd aux vœux des grands de la terre.
(1) Opéra-ballet en trois actes de Mlle Barbier de Montecaire. (2i Louis-Antoine de Pardaitiian de Gondrin. duc d'Antin, nommé surintendant des bâtiments, le 7 septembre suivant.
M. d'Antin est un des meilleurs courtisans qu'il y ait en France et prend des chemins inconnus à tous les autres. Ce fut lui qui du vivant du feu roi, reçut dans sa maison de campagne Mme de Maintenon à Fontainebleau dans une chambre si semblable à la sienne de Versailles jusqu'à la moindre chose qu'on nV remarqua point la moindre différence. Ce fut encore lui qui, sur ce que le roi trouva un soir une allée d'arbres inutiles dans son jardin, les fit arracher pendant la nuit, et fit faire à la place un parterre à force d'ouvriers, en sorte qu'au matin le roi crut être enchanté.
A Paris, le 10 juillet 1716.
Normand fut à la fin jugé hier. Il est condamné aux galères perpétuelles et de faire amende honorable devant Notre-Dame, devant les Augustins, où se tient la Chambre de justice, et aux Halles dont on lui fera faire trois fois le tour, et à 100,000 L. d'amende et en 20,000 L. aux pauvres des communautés. M. de Barangne s'irritait du roi, son associé, a été seulement admonesté avec 10,000 L. d'aumône, ce qui n'implique rien d'infamant.
Paris, 19 juillet 1716.
Le duc de Bourbon part tantôt pour Chantilly et, par réjouissance d'être sorti d'une maladie aussi dangereuse que la sienne, il y va donner une fête magnifique où toute la cour sera invitée et tous les
plaisirs admis ; on ne croit pas que le duc du Maine et le comte de Toulouse y soient, vu le différend qu'ils ont.
Le sieur Law et sa compagnie ont fait afficher que ceux qui voudroient remettre de place en place n'avoient qu'à s'adresser à leurs bureaux, qu'on leur donneroit des lettres sans prendre bénéfice, ni intérêts; sa banque ne réussira pas.
On exécuta l'arrêt de Normand samedi à onze heures du malin. Il y eut sur tout son passage des hommes du peuple qui crioient, les uns : Qu'on le roue, qu'on le pende, ce fripon, ce faussaire I Et on eut de la peine à empêcher qu'il ne fût déchiré. Son rapporteur a opiné à la mort et trois autres ont suivi cet avis ; le reste a fait l'arrêt que vous voyez. L'on croit communément qu'il auroit été pendu sans qu'on ait voulu sauver l'honneur de M. de Barangne, son co-accusé, en faveur d'un fils, conseiller au Chàlelet, jeune homniB plein d'honneur et de capacité.
Paris, 17 juillet 17 IG.
Une personne de mes amis ayant 1,800 L. à Marseille et cherchant à les faire venir à Paris, s'est rendu au bureau de la banque de M. Law, où il trouva pour portier un suisse magnifiquement habillé de vert, qui l'introduisit dans un cabinet où les associés étoient, à qui ayant dit le sujet de sa
venue, ils lui dirent que la personne de Marseille n'avoit qu'à remettre ces deniers au directeur de la monnaie du lieu et qu'ils lui donneroient ici les 1,800 L. ; et sur ce qu'il demanda à quelles-conditions ils répondirentque c'étoit sansconditions, et qu'ils lui payeroient comptant. Ce qui donna lieu à mon ami de leur demander comment ils entendoient maintenir leur banque et y faire des profits ordinaires et raisonnables ; sur quoi ils dirent qu'ils n'entendoient rien gagner sur une remise de cette qualité-là, qui ne leur coùtoit rien et que leur profit viendroit aux escontes des pays étrangers, chose que notre ami ne comprit pas bien. Ils ajoutèrent qu'actuellement leurs correspondants n'étant pas encore établis, ils ne pourroient rendre service à ceux qui se présenteroient que lorsque l'argent se tro.uveroit en province aux endroits où il y a des monnoies.
Paparel est parti mardi pour sa prison à Saumur.
Le village d'Arcueil près de Paris, du côté de Luxembourg, a été marqué à la craye pour loger les gardes de Mme la duchesse de Berry. Un chapelier de Paris qui y a une maison, ayant refusé déloger et maltraité un garde de paroles, ce chapelier a été mis au Fort-l'Évèque ; sa femme s'étant jetée aux pieds de Mme de Berry, elle a répondu que dans trois ans l'on verroit à le faire sortir.
Mme Maugis (1), cy-devant maîtresse du duc
(1) Ce mariage n'eut pas liou : Paul Portail, conseiller au parlement, puis à la Grand"Chambre, n'eut que deux fils non mariés. La Mdugis, d'abord fruitière rue Montmartre, puis maîtresse de
d'Ossuna, est mariée à ^[. Portail de Château, fils d'un conseiller de Grand'chambre,à qui elle apporte en mariage plus de 100.000 écus. Ce gentilhomme, officier dans les troupes, a été réduit à cette extrémité, parce qu'il n'a aucun bien et ne savoit où donner de la lète.
La misère publique ne paroit pas devoir réfléchir sur les entrepreneurs qui sont d'une joyeuse et sereine tranquillité : on ne parle pas de parties de plaisir à la cour ; il s'en fait à la Meutte et en bien d'autres lieux ; les jardins sont à la mode et on les recherche.
Le fils de M. Crozat, âgé de 17 ans, a acheté oO.OOO écus la charge de cornette de la 2° compagnie des mousquetaires au grand dépit des officiers et du corps ; elle n'est que de oO.OOO L.
Vers contre le duc de Bourbon venus de Paris le 13 juillet 1716 :
Admirez ce fils intrépide
Des Condés, ces braves guerriers ;
En pleine paix il est avide
D'un nouveau genre de lauriers.
Pour son chef-d'œuvre de vaillance, Il jura d'arracher le jour, Au minautaure de la France, Le fruit d'un criminel amour.
Ceci lui vint en fantaisie Quand Louis eût passé le pas ;
Bentems, enfin du duc dOisuna, avait inspiré une vive passion à don Fernand, secrétaire d'ambassade de Cellamare, qui voulait l'épouser ; les événements le forcèrent à quitter auparavant Paris.
Il jura, car pendant sa vie
Les princes du sang ne juroient pas.
Je consens de voir par la grelle, Sécher les coteaux bourguignons, Ne baiser jamais la de Nesle, Tant quil sera de faux Bourbons.
J'établis mon champ de bataille Dans le parquet du Parlement; Je donne d'estoc et de taille S'il le traverse seulement.
Le jour pris pour ce haut fait d'armes, Fut quand on jugeât Richelieu ; Tout le Parlement en allarmes, Faisoit cette prière à Dieu :
Grand Dieu, sauvez Toulouse et Dombes ! Si vous n"empèchez leur trépas, Par Condé, l'un et l'autre tombe, Le Ciel exauce, il ne vient pas.
Paris, 24 juillet 1716.
Le Normand rejette ses crimes sur ses supérieurs; il a obtenu sa grâce par le chevalier d'Orléans. Le public est bien convaincu qu'il n'a été que Tinstrument des horribles vexations qu'il a faites, mais on ne l'en estime guère moins coupable ; il en résulte que ses supérieurs le sont plus que lui ; aussi n'estil pas croyable combien l'on murmure contre M. d'Argenson, qui est chargé par Normand et Gruet au delà de ce qu'on peut dire. Ce fameux magistrat, qui a fait trembler tout Paris, tremble lui-même et auroit infailliblement été décrété par la Chambre de justice si le Régent avoit voulu le permettre. Je sais de
bon lieu qu'il a brûlé quantité de ses papiers (i). Le r31anc, qui avoit été mis sur le préau de l'ordre de la Chambre de justice, a du même ordre été resserré pour ses violents discours (iî).
P^iris, 27 juillet 171G.
Cette fois-ci va paraître incessamment le rôle des gens taxés qui passera 300 millions (3). Cette Chambre de Justice tient tout à l'ancre: sa suppression serait un coup d'État, mais on n'est pas près du but, et on doute que le grand débouchement annoncé pour octobre se réalise.
Le fameux Van Roberti, manufacturier de draps d'Abbeville, et qui les faisoit aussi beaux que ceux de Hollande et d'Angleterre, est passé à Londres, lorsqu'on y pensoit le moins : la décadence du commerce a causé la sienne ; il craignoit aussi la Chambre de justice par rapport à l'agiotage du papier.
Les comédiens français commencent à mourir de
(1) II était alors président du conseil des finances et girde des sceaux .
(•^) Vincent le Blanc, agioteur: en comparaissant devant la chambre de justice, il offrit de prouver que 18 des membres avaient commis le même acte que lui. Il avait la charge de grand audiencier de France ; il ne sortit de prison qu'en janvier 17*23, après avoir payé 7 millions ; on lui avait précédemment rayé pour 15 millions d'actions de la compagnie des Indes.
(3; Ce rôle ne parut qu'au mois de novembre : il portait sur 17 millions.
faim depuis ceux qui sont venus d'Italie, et, sans le savoir-faire de leurs femmes, ils seroient déjà enterrés. Les danseurs de corde qui ont ouvert dès samedi pour la foire Saint-Laurent, espèrent obtenir altérer les comédiens italiens par les nouveautés qu'ils préparent, de sorte que c'est à qui se rendra le plus recommandable à force de folies.
Je vis dimanche notre jeune roi dessus le balcon des Tuileries jouer à des jeux d'enfants avec d'autres enfants, et le plaisant ce fut de voir une foule de monde regarder du jardin en haut les puérilités du maître de la France. Il y avoit parmi les regardants des vieillards, des prêtres, des religieux, de graves bourgeois et de toute sorte de gens qui tinrent leurs yeux deux heures entières pour voir de petits jeux qu'ils ont de la peine à appercevoir.
A Paris, le 31 juillet 1716.
Le prince Ragotski est aux Camaldules et ne semble penser à rien (1).
(ij Personnage original qui mériterait une étude particulière. Issu des princes de Transylvanie, il fut arrêté par ordre deTJ^pereur : il s'échappa et alla commander en chef les insurgés de Hongrie : il fut proclament reconnu prince de Transylvanie (1714) et commit alors Timprudence de refuser Taccomodement que l'Empereur lui fit proposer: il perdit en peu de temps sa situation et se retira en France, où sa conduite réservée et sa parenté avec la marquise de Dangean, étant le gendre de son beau-frère, le landgrave de Hesse-Rhinfît, lui procurèrent une excellente situation. Le roi lui donna de quoi soutenir largement un train de vie digne de son nom ; à la mort de Louis XIV, il se retire aux Camaldules de Grosbois, y vivant comme les religieux, « sincèrement retiré,
On ne parle ici de la Banque de M. Law qu'en railleries et presque tout le monde s'en moque. A l'égard des millions du Régent, il y a des gens qui veulent qu'il n'amasse rien, mais je sais qu'il y a quelques millions de côté auxquels il ne touche pas, mais il est possible qu'il y en ait moins qu'on ne présumoit : c'est à la Monnaie qu'ils sont.
Ce qu'on vous a dit de la duchesse de Berry n'est que trop vrai : seroit-il possible qu'elle fût devenue reine d'Angleterre si le prétendant eût 'réussi? (1). On parle toujours du prochain retour de M. Desmarets au timon des Finances, qui obligeroit M. Rouillé à se retirer. Mme de Berry contribue, dit-on, à ce grand œuvre, et d'ailleurs le Régent a noué avec Mme de Maillebois, bru de ce ministre déplacé (2). On parle de créer quatre contrôleurs généraux.
Les troupes sont assez bien payées au courant, mais on ne paye pas le vieux.
Je ne vous entretiens pas de la fête que la princesse douairière de Conti-Gondé donna le 29 à Mme
dit Saint-Simon, pieux et pénitent. » Il finit cependant par écouter la proposition de service que le sultan lui fit faire : il arriva après la chute de Belgrade, trop tard pour songer à relever les affaires militaires de la Turquie. Le sultan lui donna d'abord un très beau château sur la mer Xoire, puis à cause des réclamations de l'Empereur, l'installa non moins splendidement dans une des îles de l'Archipel, où il mourut dans une grande piété, laissant deux fils, « au-dessous de rien » d'après Saint-Simon.
(1) Nous ne trouvons que dans ce journal la mention de ce projet.
(2) Fille du marquis d'Alègre, mariée en 1713 au marquis, depuis maréchal de Maillebois.
de Berry et au Régent, suivis d'une grosse cour, à sa maison d'Issy. On avoit dit que le roi de Suède avoit demandé Mme de Berry, mais que, comme elle est ici la toute puissante et qu'elle est au comble des plaisirs, elle avait refusé ce parti.
Voici une chanson contre le Régent:
Je respecte la régence,
Mais dans mon petit cerveau,
Je me figure la France
Sous l'emblème d'un tonneau.
Le Régent tire sans fin,
Tandis que aussitôt Nodilles
Escamote un pot de vin.
On a mis à la Bastille Clinchat et quatre autres peintres en miniatures pour avoir débité des ouvrages de leur façon qui représentoientles premières personnes de la cour dans des postures non convenables.
11 y a un mémoire du duc du Maine contre M. le Duc plus ample que celui que je vous ai envoyé.
Le consiloire du 15 juillet est fort intéressant : quand le Pape vit tous ses cardinaux, à un près, contraires à son objet et partagés pour le cardinal de Noailles, il s'écria : —Le PèreTimothée (1) m'a bien trompé ! —C'est cet ouvrier capucin qu'il envoya ici l'été dernier qui fourboit à toutes mains.
Paris, 10 août 1716.
Mme de Berry désirant aller chasser un automne à Fontainebleau, a témoigné qu'elle alloit y louer une (1) De la Flèche.
maison, mais le Roi lui a dit qu'il vouloit qu elle prit pour logement son château, oi^i elle ira le mois de septembre habiter pour quelques mois. Dieu sait si notre jeune monarque, qui promet beaucoup, a été bien recordé par Mme de Venta dour qui entend à faire sa cour un peu mieux qu'un autre.
Paris, 3 août 1716.
Le Régent s'entremêle de nouveau à appaiser la querelle des Princes et il a arrêté la requête quidevoit être présentée à ce sujet. Sur quoi nos politiques disent qu'il est bien aise de tenir la balance égale entre les deux partis pour empêcher qu'ils ne s'unissent. Quoi qu'il en soit la requête n'a pas été donnée et l'on ne sait si elle aura lieu. Mais les curieux néanmoins sont attentifs à Tissue de cette affaire.
J'ai mis tout en œuvre pour savoir au vrai si le Régent amasse, ce qui n'est pas douteux après les sources où j'en ai puisé la vérité. Je sais d un officier de la monnaie de Paris qu'il y a plus de 8 millions à part, auxquels on ne touche pas, et je parlois hier à un autre de la monnaie d'Angers, arrivé de jeudi, qui dit qu'il n'y a pas huit jours, il a vu de ses yeux 9 millions de monnaies réformées, mis en réserve, de sorte que les autres monnaies de France étant sur le même pied, ceux qui approchent des conseils comptent sur 30 millions mis de côté.
La terreur s'est tellement emparée de l'esprit des gens d'affaires que je sais d'un cons;3iller do la Cliam-
bre de justice que depuis peu ils viennent en foule faire des soumissions et donner au Roi une partie de leurs biens, moyennant une amnistie pour tout ce qu'ils ont fait et une assurance qu'on leur laissera le surplus de ce qu'ils ont. La soumission va actuellement à plus de 300,000,000, ce qui n'est pas encore fini.
On bâtit au Louvre, qu'on rajuste en plusieurs endroits et l'on embellit le jardin des Thuileries par des statues très belles, ce qui confirme le public que le dessein du Régent est délaisser le Roi à Paris au milieu de ses sujets, n'étant point question de l'envoyer en une maison de campagne que quelque peu de temps à Vincennes pour pouvoir nettoyer le Louvre.
Paris, 7 août 1716.
IlyaquelquesjoursqueleP. delà Ferté (1), jésuite, prêchant à Chaillot devant la reine d'Angleterre, tint des discours qui réfléchissoient contre le gouvernement en faveur de la constitution, ce qui fut raporté sur-le-champ au Régent, lequel dit qu'il mériteroit qu'il le fit arrêter, et sur ce que le Père apprit que celafaisoitdu bruit, ilalla trouver la reine qu'il pria d'écrire à la duchesse d'Orléans douairière pour sa justification. Cette princesse alla trouver Sa Majesté qui rendit témoignage qu'elle n'avoit pas ouï ce qu'on reprochoit à Sa Révérence et qu'apparemment s'il l'avoit dit, c'étoit dans le temps qu'elle dormoit.
(1) Louis de la Ferté, frère du duc (1659-1732).
Paris, le 17 août 1716.
Samedi était la fête de l'Assomption de Notre-Dame, jour auquel Louis Xill a voué le royaume à la Vierge et qui donne lieu à une procession tous les ans, où assisteleParlementavee toutes les courset legouverneur de Paris. Le Régent a voulu assister à celle-ci et déjà ses aumôniers étoient arrivés à Notre-Dame pour y attendre leur maitre, lorsque Son Altesse ayant été avertie que le Parlement dans la marche ne lui céderoit point le pas et prendroit la droite, ce prince résolut tout d'un coup de n'y point aller, ce qui ayant été rapporté aux premiers présidents des cours, ils ne s'y sont pas trouvés non plus, ce qui a rendu cette cérémonie fastueuse moins magnifique, au grand déplaisir du peuple. D'un autre côté, Mme de Berry, pour passer ce jour en exercice pieux, alla vendredi coucher aux Carmélites du faubourg Saint-Germain, dont elle n'est sortie que samedi sur les 6 heures du soir. Voilà ce qui nous a bien édifiés, persuadés que nous sommes de la sincérité de son cœur véritablement touché de dévotion.
Paris, 21 août 1716.
Le cardinal, mardi dernier, au lieu d'envoyer aux Jésuites une continuation de permission de prêcher et de confesser, la dernière étant finie du 15 de ce mois, leur envoya son secrétaire leur dire qu'il les
remercioit de leurs services passés et qu'il n'avoit plus besoin d'eux ; ce qui leur fut un coup de foudre parce qu'ils ne s'y attendoient pas. Son Excellence n'a continué sa permission qu'à trois Jésuites ; le P. Gaillard, qui confesse la reine d'Angleterre ; le P. Livien, qui confesse la douairière d'Orléans ; et le P. de Turnoux, qui confesse le Régent; et ils n'ont la permission que pour ces princes et princesses seulement et non pour d'autres. La sainte société ne sait où elle en est, elle se plaint et crie partout ; quelques-uns même ont été au cardinal lui représenter l'embarras où ils vontètre parrapport à leurs écoliers qu'ils confessent tous les mois dans les collèges, et à leurs congrégans à qui ils rendent ce même service. Le cardinal a répondu : « Nous y pourvoierons ». Enfin tout Paris ricane de ces bons Pères.
La Chambre de justice donna hier un arrêt sanglant contre un homme d'affaires qui est condamné aux galères perpétuelles pour avoir volé 28.000 L. dans la déclaration de ses biens : homme d'ailleurs qui n'a jamais fait de malversations et qui n'a que le malheur d'avoir fait une grosse fortune avec le feu roi. Ce supplice est conforme à l'Édit et on a voulu faire un exemple (1).
La banque nouvelle fait tout ce qu'elle peut pour se mettre en crédit et je sais qu'en effet une personne
(1) Il s'agit de Pierre da Moulin, trésorier de l'extraordinaire des guerres : il avait dissimulé une somme importante transportée chez son frère, chanoine de la cathédrale de Paris.
ayant eu plusieurs de ses billets jusqu'à 30.000 L., ils ont tous été payés comptant à première vue.
Le prince de Conti est malade d'une fausse pleurésie ; on ne sait qu'en dire.
On vient d'ordonner au Parlement l'élargissement du duc de llichelieu et du chevalier de Gassé ; les pairs y étoient, mais les princes ne s'y sont pas trouvés par rapport aux menaces de M. le Duc.
Au milieu de nos misères, la cour se divertit à merveille : il y a en cour des fêtes nocturnes aux flambeaux.
Paris, 24 août 1716.
Le p. de la Rue a dit hier à un de mes amis qu'ils étoient cinq conservés en tout, savoir: le P. Gaillard, le P. Martinet, le P. Linières, le P. Trévoux et lui, et que leur pouvoir n'éloit pas limité, pouvant confesser les princes et tout autre (1). Peut-être (ajoutat-il) qu'on en viendra à nous interdire aussi, mais cependant nous cinq nous nous disposons à faire l'ouvrage que faisoient tous les autres, dussions-nous en crever ; du reste, il a haussé les épaules sur tout ce qui se passe au conseil de conscience et n'en a pas dit davantage.
Nous avons un jeune Roi qui est un petit boudeur
(1) Le cardinal de Noailles venait d'interdire la confession et la prédication à tous les Jésuites en France ; le Saint-Père en exempta le prieur comme confesseur du Régent, de la Régente, de laduchessse d'Orléans douairière, de la duciiesse de Berry; le Père Martineau Icomme confesseur du Roi : il mourut en 1720.
opiniâtre : il ne fut pas possible à Mme de Ventadour de lui faire donner une audience favorable à l'ambassadeur du roi de Sicile lorsqu'il fit son entrée, s'étant caché derrière les rideaux de son lit et n'ayant pas voulu paraître, quelque chose qu'on ait pu lui dire ; il n'est pas aisé de faire un bon roi d'un jeune roi. Ceux qui n'étoient pas destinés au trône et qui y viennent dans un âge avancé, ce sont toujours les meilleurs rois. Il faut espérer que le maréchal de Villeroy, qui va prendre possession du jeune prince, lui donnera de si bonnes leçons qu'il se rendra maître de son esprit.
Il y eut ordre Tautre jour à la Monnaie d'envoyer un milion à la Banque de M. Law, que le Régent soutient et qui est proprement sa banque sous le nom de cet Anglais. On croit qu'elle se soutiendra, parce que les deniers royaux y entreront. Une chose singulière est que jusqu'à présent on ne prend rien pour le change et qu'on paie à vue tous les billets de banque.
M. Bolingbroke est à Paris ; il est absolument méprisé (1).
J'irai ce soir aux Tuileries entendre la sj^nphonie des \1olons qu'on donne tous les ans au roi pour
(1) Henri Saint-John, vicomte de Bolingbroke, fut d'abord garde des sceaux en Angleterre. A l'avènernent de Georges Ier,ilfut destitué et menacé d'un grave procès qui le força à s'expatrier ; il alla trouver alors le Prétendant à Commercy, qui lui rendit les sceaux et l'envoya comme son représentant à Paris ; desservi par les Jacobites, il abandonna les Stuarts et parvint à se reconcilier avec Georges I".
son banquet. Sa Majesté soupera sur la terrasse pondant le concert; elle est ouverte à tout le monde. Il y ;iura uii peuple infini, mais la place est grande : c'est un des plus beaux morceaux qu'on puisse entendre. Le Roi a dit à cette occasion : « Je ne veux pas faire comme Mme de Berry; je veux que tout le monde entre dans mes jardins ».
Paris, le 28 août 1716.
On dit que Malaisieuxa fait ce livre intitulé : Lettre d'un Espagnol à un Français, dans lequel on élevé les princes du sang, parce qu'ils viennent en droiture de Louis XIV et que les Condé et les Conti sont bien plus éloignés de la tige de nos rois. Ce M. Malaisieux esLattaché au duc et à la ducliese du Maine, desquels il est le favori, si bien que tout se passe par son ordre dans la maison de leurs Altesses sérénissimes qu'il dirige absolument ; et comme il est homme de lettres et de beaucoup d'esprit, l'on croit reconnaître dans la brochure son style et son tour. Quoi qu'il en soit, ce livre n'a pas peu contribué à avancer la requête des princes.
Le conseil de Leurs Altesses a été plusieurs jours dans la pensée d'attaquer les princes légitimés par ileur nom même, en concluant à ce qu'ils soient tenus
Ide quitter le nom de Bourbon et à prendre celui de Montespan. Mais on s'est décidé au tour énoncé dans la requête. Il est dit qu'il y aura un lit de justice, mais on croit que ce ne sera que pour Thiver.
M. Trudon, maître des requêtes, est depuis peu prévôt des marchands; il alla avec les échevins saluer le Roi et delà ils vinrent au Luxembourg chez Mme de Berryet entrèrent dans leur carrosseaubout de la cour jusqu'au pied de l'escalier ; mais pendant qu'ils montoient, Mme de Berry, sachant que leurs carrosses étoient entrés, envoya l'ordre au plus vite de les faire sortir et fit mettre aux arrêts le garde qui les a voit laissé entrer. Cependant elle reçut gracieusement ces messieurs qui la complimentèrent de la part de la ville. Après quoi le prévôt, qui s'en relournoit, ayant appris qu'on avoit fait sortir les carrosses, revint sur ses pas et dit à Mme de Berry qu'ils avoient reçu cet honneur chez feu Monseigneur à MeudoUjOÙ leurs carrosses entroient dans la cour et qu'ils croyoient que ce privilège leur éloil dû. Sur quoi Mme de Berry leur dit que Monseigneur faisoit comme il vouloit, mais qu'elle vouloit soutenir son droit, et leur tourna le dos avec beaucoup de hauteur, ce qui a fait le sujet de plusieurs entretiens et peut-être qu'au jour de l'an la ville n'ira plus chez elle.
M. le Duc, le 21, avoit été insulté par six hommes masqués dans là forêt de Saint-Germain, mais heureusement son équipage qui s'étoit écarté le rejoignit.
On travaille ici à établir six nouveaux collèges de l'Université qu'on distribuera du côté septentrional de la Seine pour la commodité du public, et on enseignera gratis dans tous les collèges de l'Université ;
et pour cet effet on lui rend les messageries que Louis XIV avoit réunies à son domaine. On y fera un supplément, et tous les régents, dit-on, seront gagés à 800 L. et on pourra obtenir des grades en une des quatre facultés si on a étudié, à moins depuisla 4« dans l'L'niversité, ce qui détruira peu à peu les collèges des Jésuites, supposé que les autres universités et les villes de province suivent le même plan.
La duchesse du Maine parut avant hier dans Paris, sollicitant MM. du Parlement d'avancer; elle alla chez M. Dreux et chez d'autres après avoir été chez le Premier Président; M. de Xovion, vice-président, est fort pour les princes du'sang.
Paris, 31 août 1716.
Le prince de Conti, attaqué de la petite vérole, a manqué de mourir : il se porte un peu mieux. Cette maladie fourrage ici : le 27, le comte de Saint-Albans, brigadier de la gendarmerie, en mourut : la Mme de Villars et Mme de la Vrillière en essuyenl aussi une attaque.
La dame de la Fontaine (1) cette fameuse usurière à qui on fait le procès au Parlement, et qui à ce qu'on prétend accuse M. Desmarets, est remise pourson jugement après la Saint-Martin, le Procureur général ayant donné des conclusions cachetées, ce qui fait présumer qu'il y a quelque chose contre M. Desmarets.
L'homme au trésor de cinq millions sera jugé cette
(1) Elle était retenue comme agioteuse à la Conciergerie.
semaine- ci, il est convaincu d'avoir volé sur les grands chemins sans parler de son audace à s'adresser au Régent même pour le tromper, comme il a fait au sujet des o millions dont il composa une table.
On use depuis peu d'une grande sévérité envers les prisonniers de la Chambre de justice, dans la Conciergerie: ils sont dans ce qu'on appelle les cachots blancs où il y avait des croisées grillées donnant sur une petite cour qui leur fournissoit un jour raisonnable et de quoi se faire signe les uns les autres, et mèm.e se parler. Or on ne sait par quelle raison on leur a depuis bouché ce peu de jour, qui fait d'un cachot blanc un cachot noir. Pendant ce travail vous ne sauriez croire le désespoir où ils ont paru contre les ouvriers et les auteurs de cette dureté, s'élant répandus en invectives et en éclats, qui ont fait pitié à la férocité du geôlier même.
Paris, 4 septembre 1716.
Notre homme aux o millions a été condamné hier seulement aux galères perpétuelles et à une amende honorable devant le portrait de Notre-Dame et à la cour du palais.
Paris, 7 septembre 1716.
C'est une chose presque arrêtée au conseil des finances d'établir une banque proposée par M. Nicolas, qu'on appellera la banque Nicolas. Lui et sa compagnie mettent 4 millions d'espèces en caisse et
GAZETTE DE LA RÉGENCE lH
le Kégent en mettra 14 payables par 120.000 L. Il sera permis à qui voudra d'y porter ses billets d'État en perdant 0 0,0 au lieu desquels on donnera des billets de banque qu'on sera obligé de prendre dans le commerce pour leur valeur, et, quand on voudra avoirde l'espèce à la place, on en trouvera dans la caisse en perdant 10 0/0. La nécessité de prendre ces billets ne s'étendra pas au loyer des maisons, arrérages de rentes.
C'est un plaisir de voir la liberté qui règne à présent dans l'imprimerie ; on ne voit que brochures sur brochures sur toutes les matières du temps sans aucune permission, et les colporteurs eux-mêmes font imprimer dans les provinces les manuscrits qui leur tombent ; bien entendu on n'y attaque ni le gouvernement présent ni le fondement de la religion.
11 se fait ici en faveur des vignes force processions pour obtenir de la pluie.
Paris, 11 septembre 1716.
Autant le public fut réjouit samedi dernier de savoir les deux édits des postes et des bâtiments rejettes, autant le même pubhc fut attristé lundi d'apprendre que ce jour l'enregistrement passoit au Parlement. Vous saurez que le Régent persécuté par ceux qui vouloient que ces deux édits eussent lieu, prit ses mesures dimanclie pour faire assembler le Parlement. Le duc de Xoailles et presque tous les ducs s'y trouvèrent de grand matin; beaucoup de
messieurs qui ne furent pas avertis assez tôt ne s'y trouvèrent pas à temps et il y eut plusieurs discours de part et d'autre, et sur ce qu'on sut que le marquis d'Effiat était porteur d'une lettre de cachet pour proroger le Parlement, on dit que les édils seroient retirés, afin de faire venir le roi aujourd'hui pour les faire admettre par sa présence ; la plupart des messieurs qui crurent que leur opposition ne servirait de rien, consentirent à l'enregistrement avec quelques modifications qui diminuent le pouvoir des deux surintendants et réduisent leurs gages de moitié ; Ton gronde fort contre MM. d'Antin et de Torcy de s'être opiniâtres avec tant d'ardeur contre le Parlement. Quoi qu'il en soit, voilà une affaire tournée autrement que nous n'espérions. Le Régent s'est expliqué là-dessus et a dit qu'il étoit fâché d'avoir entrepris cette affaire, mais qu'il ne pouvoit reculer après être venu si avant, et il regarde comme un affront la résistance du Parlement.
On a supprimé plus de 4.000 offices d'un seul édit avec le quart des droits y attribués; les 3 autres quarts serviront à payer l'intérêt de la prime au dernier 25.
Le Régent a donné l'autre nuit le balàSaint-Cloud; les plaisirs se perpétuent et se multiplient ; Mme de Berry se divertit à l'ordinaire de son mieux et n'a en vue qu'elle-même. Le Régent se partage doucement entre les affaires et les plaisirs. Mme la duchesse d'Orléans, uniquement sensible à une molle et gracieuse indolence, laisse voltiger les plaisirs autour
d'elle et croit jouir d'elle-même. Mme la douairière livre à Sainl-Cloud sa vivacité expirante tantôt aux dévotions, tantôt aux plaisirs, tantôt aux promenades et quelques fois à ses sentiments bienfaisans qui passent bientôt. La princesse d'Orléans et Mme la Grande Duchesse prennent sans façon dans ces objets ce qui leur convient. M. le Duc fait force dépense dans la vue peut-être assez inutile de se concilier l'esprit et le cœur des Français : le prince de Conti.qui se porte mieux, peu inquiet de l'avenir, ne respire que les plaisirs et les passe-temps de son choix. Le duc du Maine, occupé de son rang chancelant de prince du sang, semble ne prendre goût à rien. Le comte de Toulouse s'en remet à l'événement et au besoin à son épés pour soutenir la faveur qu'il dit n'avoir pas soUicitée.
Paris^ 14 septembre 1716.
La cour du Prétendant continue à se grossir à Avignon où il craint d'être assassiné par quelqu'un envoyé à cet effet, ce qui donna lieu à y arrêter et emprisonner un Allemand de bonne mine, lequel revenoit de Marseille, sur un simple soupçon, mais 4 ou 5 jours après on le libéra : ses frais lui furent remboursés et le Prétendant lui-même lui fit excuse.
Notre jeune roi se porte bien et promet une santé vigoureuse si cela continue.
On va arrêter la licence des imprimeries qui se
donne trop de carrière, mais ce qui est fait est fait et se trouve entre les mains de tout le monde.
Il se répand un bruit qu'on décacheté nombre de lettres à la poste par rapport aux gens d'affaires et qu'un nommé du Moulin n'a été condamné aux galères qu'en interceptant de luy une lettre à la poste sur laquelle il a été convaincu d'avoir fait une fausse déclaration de ses biens. La Chambre fait imprimer tous ses arrêts, voulant que le public sache ce qu'elle juge.
On a embelli les Tuilleries de plusieurs belles statues et on y achève un pont qui communique aux cours.
Paris, 18 septembre 171G.
M. le Duc est quasi quitte de sa blessure qu'il reçut il y a quelques jours au front d'un coup de tète de son cheval, qui, ayant bronché, le frappa rudement au-dessus de l'œil en se relevant. Ce prince est malheureux à la chasse où il fut autrefois blessé par le duc de Berry d'un coup de fusil dont il est devenu borgne : à cela près il est grand et bien fait, a bon air et promet beaucoup.
On abat au jardin des Tuilleries l'amphithéâtre fait autrefois pour jouer des comédies dans les occasions ; on prétend faire à la place un petit jardin grillé de toutes parts avec quatre petits pavillons aux quatre coins. Ce jardin sera destiné pour amuser le roi et jouer à ses jeux d'enfant, et le public le verra à