C-AZETTi: DE LA KÉCIEXCE
Paris, 5 mai l7l9.
Après avoir pris les deux petits forts qui sont au port du Passage, lequel est au delà de Fontarabie, et avoir brûlé les vaisseaux espagnols qui étoient sur les chantiers, nos troupes sont revenues à Andaye, emmenant les canons.
Mme de Berry qui est à Meudon ne sort point de sa chambre : on la croit attaquée d'une maladie fort dangereuse dont les femmes ne reviennent pas, et qui, après de longues douleurs très vives, y succombent à la fin.
Nos vignes sont gelées environ à la moitié ; nous craignons avec le froid qui s'annonce pour le reste.
M. de Jonquières a tout confessé et a chargé plusieurs personnes.
Paris, 8 mai 1719.
Le Régent a reçu des dépèches secrètes de quelques grands d'Espagne à Tinsu du cardinal Albéroni pour prendre mesure de paix. Nos peuples ici reviennent bien de la prévention que l'on avoit contre la guerre d'Espagne.
Il y avoit hier chez M. Hop quatre chambres pleines de monde. Son ministre prêche bien ; il y avoit à la porte beaucoup de carrosses, et l'on s'attend que dimanche prochain quelqu'un pourra bien être enlevé. Les religionnaires du Poitou sont tranquilles.
On a vu à Paris milord Bolingbroke ; il a diné chez milord Stairs.
Le comte de Riom n'est pas arrêté, mais on prétend qu'il est disgracié ; les motifs en sont publics.
La Cour a fait dire au nonce par l'abbé du Bois 1 que s'il s'avisoit de publier le bref d'excommunica- ' lion, tous les Parlements étoient d'accord pour le condamner et brûler par la main du bourreau, et qu'après cela on prendroit d'autres mesures contre le Pape. Quant au nonce, on lui ordonnercit de sortir de France ; il est devenu très souple.
Paris, 5 juin 1719.
Le marquis d'Effiat, écuj^er du Kégent, est mort le 3, à 82 ans. Il laisse de gros biensà des héritiers collatéraux et a fait un testament, un jour ou deux avant de mourir, par lequel il lègue une de ses plus belles terres au duc de Chartres. Mais Son Altesse n'a pas voulu accepter (i).
On assure qu'on va juger M. de Richelieu et que les commissaires sont nommés.
La duchesse de Berry continue à être toujours mal. 11 y a plus de crainte que d'espérance, ce qui attriste et inquiète fort ses officiers.
Les lettres de Rome assurent que le Pape est rebuté des affaires de la Constitution et qu'il est enfiû résolu à ne plus rien dire ni rien faire à ce sujet, se contentant de refuser les bulles en laissant à son
(1) Le maïquis d'Effiat passe pour avoir empoisonné Madame, première femme du duc dOrléans, frère de Louis XIV. 11 était membre du conseil de Régence.
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successeur le soin de dénièler la fusée le mieux qu'il pourra. Si le Pape prend ce parti, l'on en fera do même en France, où l'on se passera des bulles jusqu'à la mort du Pape, après laquelle on se réglera une fois pour toutes avec un successeur qu'on tâchera de faire élire entre ceux que l'on croira les plus trai tables.
Paris, Kl juin 171!J.
M. Petitpied a été arrêté en vertu d'une nouvelle lettre de cachet (1) et c'est le nonce du pape qui, en portant au Régent les provisions de l'abbaye de Chelles pour Madame sa lille, a demandé pour grâce de la part de Sa Sainteté cette lettre, ce docteur passant pour un janséniste outré et pour un ennemi secret de la cour de Rome. Il est même assez déclaré contre le cardinal qu'il prétend ménager trop les choses. On espère que son exil ne durera pas longtemps et que Son Altesse n'a pas voulu refuser au Pape une chose demandée par lui.
Les dernières nouvelles du siège de Fontarabie sont agréables. Notre jeune noblesse s'y expose avec tant d'excès que le général est obligé de la contenir. Le prince de Conti sert au siège comme lieutenant général et s'y porte avec sa valeur ordinaire. Sa qualité de commandant en chef de la cavalerie lui est inutile, car elle est toute rentrée sur nos frontières, faute de fourrages.
(1) Docteur de Sorbonne ; relégué à Issoudun^ il fut autorisé
à revenir au niois d'octobre.
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A la procession de la Fête-Dieu, où le Régent étoit, il n'a pu s'empêcher de lorgner aux fenêtres les belles qui le regardoient passer. Que voulez-vous? Deux beaux yeux sont beaux pour ce prince en tout temps.
Palis, 19 juin 1710.
La duchesse de Berry se porte mieux.
La sécheresse continue à un point que tout se perd ici, hors les blés et la vigne.
Par ordre du Régent, le roi Stanislas a reçu à Strasbourg tous les honneurs attachés aux têtes couronnées.
On se loue ici du procédé du Pape en ce qu'il a accordé les bulles pour Mme de Chelles ; on augure que Sa Sainteté est disposée à s'accommoder avec notre Cour et que les autres bulles ne tarderont pas.
Paris, 23 juin 1719.
Le chemin couvert de Funtarabie fut pris le 10 et cette place le 16 qu'elle demanda à capituler : la nouvelle en a été apportée et crue le 21 par le marquis de Termel, gendre de M. le Blanc ; lorsque la nouvelle se répandit dans Paris, on vit assez de joie dans tout le monde, et il paroit que l'ancienne haine des Espagnols se renouvelle*
La Cour a reçu avis que le 11 de ce mois, Carlelkon s'est rendu à M. de Bonas, qui en a fait le siège ; la garnison a été faite prisonnière de guerre»
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composée de quatre capitaines, huit subalternes, et quarante soldats avec dix canons.
La Cour de Madrid a fait glisser dans notre camp plusieurs espions pour tenter d'indisposer contre la nôtre officiers et soldats ; autant on en peut arrêter, le grand Prévôt les fait pendre sur le champ.
L'envoyé du czar a reçu ordre de se retirer de notre cour.
On dit que M. Law obtient la ferme des postes dont Messieurs Pajot et Kouillet, seront privés et qu'en octobre la ferme générale des aides et des gabelles passera entre ses mains. Ce sera le moyen de donner faveur aux actions qui sont assignées sur ce bail.
Hier les Chambres furent assemblées au Parlement à l'occasion d'une circulaire de l'archevêque de Rheims aux prélats du royaume pour les inviter à se dispenser de payer aucun subside au roi attendu que Sa Majesté ne protège pas l'Église. Cette lettre, dit-on, sera brûlée par la main du bourreau et le temporel de l'archevêque pourra bien être saisi et il pourroit bien être relégué. Ses partisans le regardent comme un héros pour la fermeté et la saine doctrine.
On dit que les Jésuites pour faire parade à l'Université, offrent de donner gratuitement les livres à leurs écoliers.