Notice insérée dans VArte e Sloria et déjà cilée
3. J'ai déjà décrit ce procédé de fabrication. Gaz. XXV, V pér., p. SU.
3. Voir Tasari, Vies de Raphaël et de Moroni. H. Gailhabaud a donné d'excel-
SABBA DA CASTIGLIONE. 167
oeftux de marqueterie du même travail et probablement de la même maio.
Fra Damiaoo de Bergame, pour lequel Sabba professe un entbousiaame qui se traduit par une grande page de texte que je n'ai pas cm devoir reproduire, perfectionna les procédés de son confrère et les appliqua aux figures et aux paysages. Son chef-d'œuvre est la boiserie de San-Domenico de Bologne. On raconte que Charles-Quint admirant un de ses ouvrages, la châsse de saint Dominique, ne voulut jamais croire qu'elle tùt composée de pièces de rapport; on fut obligé, pour le convaincre, d'enlever un morceau qui depuis, en mémoire de l'événement, ne fut jamais remis en place *. Sabba fait peut-être allusion à cette anecdote.
Fra Damiano est-il venu en France? Un magnîtique panneau de marqueterie, jadis placé sur l'autel de la chapelle de la Bâtie en Forez, reconstruite au XVI* siècle par Claude d'Urfé, porte l'inscription : Frater Damiamu conversm Btrgonuts^ ordinis Prœdicatorum, faciebat udxlviu. Do autre panneau de la même provenance est signé : Francitcî Orlandini Veronemîi oput, 1547. Ces beaux échantillons de marqueterie italienne appartiennent aujourd'hui à M. Emile Peyre, ainsi que les autres boiseries de la chapelle de la Bâtie, Claude d'Urfé fut ambassadeur de Henri II au concile de Trente et à Borne; il a bien pu profiter de son séjour en Italie pour commander sur place la décoration de sa ch^>eUe, et rien ne prouve que Fra Damiano soit venu l'exécuter en France.
Hf le duc d'Aumale conserve, dans la bibliothèque de Chantilly, une série de panneaux de marqueterie venant d'Écouen. Ces panneaux, qui représentent les ap6tres, paraissent de la même époque que les ouvrages de Damiano; le travail en est excellent et la main française.
Il 7 en a ijui ornent leur cabinet avec des estampes sur enivre et sur bois, d'Italie et d'ailleurs, surtout avec celles qui viennent d'Allemagne et principalement celles d'Albert Durer, lequel n'est pas seulement 1res excellent, mais divin, dans le (rarail du burin, ou celles de Lucas [de Leyde}, son élève, lequel se rapproche beaucoup de son grand maître.
Voilà quelques lignes un peu sommaires sur le compte des graveurs de la Benaissance, et l'on peut s'étonner que Castiglione ne nomme pas un seul Italien. Mais nous verrons tout à l'heure que notro Milanais,
leoU dessins de la sacristie de Santa-Maria in Orgauo et du cierge pascal, dans son Architecture du V* ou xvm $iicle.
1. Sur Fra Damiano, voir Vasari, Vie de Fr. Salviati, et Vinceozo Harcbese, I piu ituigni arlefici d^f ordina Domenicaiio, Firenze.
comme tous ses compatriotes plus voisins de rAllemagne et plus germt^ nisés que le reste de l'Italie, professe une admiration particulière pour Albert Darer. D'ailleurs, Sabba ne raconte jamais que les impressions de sa jeunesse : Durer venait alors de visiter l'Italie, Venise lui avût fait un accueil enthousiaste ; les peintres de Bologne lui décernaient « le titre de prince de la peinture, aflirmant qu'ils mourraient plus heureux maintenant qu'ils avaient vu Albert si désiré, «.juamdius se morituros, visa tamdiii desiderata Alberto* ». Rentré dans sa ville natale, le maître de Nuremberg s'était consacré de plus belle à la gravure (1512-1520), tempérant son accent tudesque par la grâce et le style italiens; c'est l'apogée de son talent comme graveur, l'époque de ses plus belles créations, le Chevalier de la Morty le Saint Jérôme et la Mélancolie'.
Quelques autres parent leurs maisons avec des tentures d'Arras et des tapisseries de Flandres faites i, figures, h feuillages ou à verdures; des tapis et des moquettes (moschetti) de Turquie ou de Sorîa (Sorinni), des carpettes [carpette) et des tapisseries barbaresquea ; des toiles peinlee de la main de bons maîtres ; des cuirs d'Espagne ingénieusement travaillés; ou d'autres tentures à la nouvelle mode, fantasques et bizarres, mats bien travaillées et venant du Levant ou de l'Allemagne, subtile invenleresse de choses belles et industrieuses. Je recommande et je loue ces décorations, parce qu'elles marquent l'esprit, la politesse, Télégance et la civilité. Pourvu qu'il ne vous arrive pas comme i ce laid et ord personnage, loquet montrant sa maison toute parée à Diogène le Cynique, celui-ci voulant cracher, lui cracha au visage; et, comme l'autre demandait la cause d'une telle incivilité, le Cynique répondit qu'il ne trouvait aucun endroit moins orné et moins beau que sa figure pour pouvoir y cracher...
Les anciens inventaires contiennent souvent des séries de tentures, — tapisseries, toiles peintes, tapis, étofTes, cuirs, etc. — d'un tel luxe et en si grand nombre qu'elles constituent de véritables collections. Mais, je le répète, les mots collection, curioxitéy sont des mots nouveaux créés pour un besoin nouveau. Aujourd'hui nous faisons de la curiosité pour la curiosité, jadis on faisait de la curiosité décorative. Tel seigneur, ayant le goîtt des belles tapisseries, en achetait de toutes les provenances et de toutes les dimensions; les unes servaient de tentures qu'on renouvelait suivant l'humeur du mattre ou la saison ; les autres, de petit modèle et fixées sur des châssis, formaient des tableaux tissés de soie et d'or. Ainsi la curiosité devenait un luxe intérieur, une façon intelligente d'embellir et de varier la décoration du logis.
D'où viennent les moquettes que Sabba nomme Sortant? de Syrie, ou de Soria en Espagne? Le dictionnaire de Duez (1660) donne les deux