XXX. — s* PÉRIODE
mines est de gueules au chevron d'or, accompagné de trois coquilles de même. C'est son épouse, Hélène, qui est auprès de lui, coiffée d'une espèce de guimpe, avec une croix au col et devant un prie-Dieu dont la forme est celle d'un autel antique, orné d'une gerbe entre deux cornes d'abondance. Au-dessus sont ses armes, mi-parlie de La Clite-Gommioes, son époux, et de Jambes ou Chambes d'Argenton. Commines avait eu, de son mariage, une Hlle nommée Jeanne, morte en 15t&, épouse du comte René de Penthièvre. Voici son épitaphe. (Suit l'éirilaphe.) Marrille dit qu'on voyoit sur ce tombeau un globe en relief et un chou cabm avec cette devise : Le monde n'est qu'abus. La figure de Jeanne étoit couchée, la tête appuyée sur un coussin ; sa coiffure en lacis ressemble à celles de la princesse Renée d'Orléans et de Jeanne de Bourgogne. Elle a un long surent et un ample manteau dont le fermùl est en forme de coquille, pièce de l'écusson de son père. Son surcot est entouré de pierres précieuses. Celte figure avoit été relevée et placée debout contre la muraille, comme elle est représentée.
« En sortant de cette chapelle, on trouvoit, à droite, un des pans de la muraille du chœur chargé d'ornemeus assez élégans et singuliers : il parolt que ce pan de muraille faisoit encore partie de la chapelle de Commines et que cette chapelle avoit été décorée par la comtesse de Penthièvre, sa fille, car son écusson se retrouve sur le montant chargé d'ailleurs de feuilles d'eau, d'épis de bled, d'euroulemens, de moulures qui indiquent, pour l'art, les règnes de Charles VIII et de Louis XII. Ce qu'on remarque de plus singulier, c'est la parabole de celui qui voit une paille dans l'œil de son voisin et ne voit pas une poutre dans le sien, représentée par deux hommes habillés en fous, l'un avec de longues manches, comme on Tigure Momus, l'autre en feuillages ; tous deux se montrent réciproquement au doigt. Entr'eux il y a une pierre carrée sur laquelle on lit les paroles de cette parabole, elc. Le tombeau et les ornemens sont d'un meilleur goût que la chapelle ; ils paroissent avoir été faits, quelque temps après, par les soins de la fille de Commines. »
En 1791 et 1792, au moment de la suppression d'i)n grand nombre d'établissements religieux, les œuvres d'art les plus importantes du couvent des Grands- Augustins furent transportées au dépôt des Petits- Auguslins. Parmi ces œuvres figuraient des fragments enlevés à la décoration de la chapelle de Commynes. Lenoir a mentionné l'arrivée des principaux morceaux de ce monument sous les n°* 15, 23, 28 et 3S de soo Journal*, notamment l'entrée des statues de Philippe de Commynes,
4. 4S. Des Grands- A uguslins. — La itatue couchée, en alt>ftu«, de Jeinne d» Commiaes, femme Penthièvre. — S3. Des Grands-Augustint. — Dn fût ea porphyre.
d'Hélène de Ghatnbes et de Jeanne de Commynes, mariée, comme on l'a déjà dit, à René de Brosse, comte de l'enthiévre. On retrouve ces statues sous les n"* 18 et SA de la Notice succincte de 17Ô3, et, à partir de l'an V, elles occupèrent le n" 93 du catalogue de Lenoir jusqu'à la suppresâioo du Musée des Petits-Augustins.
A l'époque de la fermeture du Musée des Moaumeots francs, les
statues de Philippe de Commynes, d'Hélène de Chambes restèrent abandonnées dans le bâtiment de ce musée devenu l'Ëcole des Beaux-Arts. La création du musée de Versailles les sauva en 1832. Elles furent reçues dans ce dernier musée en 183& et en firent partie jusqu'au moment où }e musée de la sculpture moderne fut réorganisé au Louvre, de 1850 à 1853. Mais, tandis que les figures avaient été restituées aux musées nationaux,
vonanl du tombeau de Philippe de Comminea. — S3. Des Grands- Au guslins. — Deui statues sculptées eo pierre de liais, représeotant Philippe de Commioes, historien du roi Louis XI, et Jeanne de Comniines, sa femme. — 33. — Des Grinds-Augustins. -r^ Un autre fût de porphyre venant du tomheau de Philippe de Commioes,
le sarcophage sur lequel elles reposaient & ta fio de l'ancien régime* avait élé oublié à l'École des Beaux-\rts. Sans s'occuper de sa provenance, Duban s'en était servi pour décorer la cour de l'École. Le marquis de Laborde reconnut le fragment précédemment négligé, le réclama ', l'obtint, et l'installa au Louvre * dans une des salles de la Renaissance. Le sort de la figure de Jeanne de Pentbièvre avait été diOérenl. Portée à Saint-Denis après 1816 elle y resta méprisée, ou tout au moins non exposée jusqu'en 18â5. A cette date, le 6 septembre, elle fut donnée & Louis-Philippe pour le Musée de Versailles par le ministre des travaux publics. La révolution de 1848 ne lui laissa pas le temps de se fixer dans le Husée historique. D'ailleurs, le marquis de Laborde guettait déjà l'oc^ casion de la faire revenir à Paris. Elle y revint en effet, et le baron de (luîlhermy y constata sa présence en 1852. Malheureusement, l'éminent fondateur de nos collections de sculpture moderne quitta , découragé, le Louvre, sans avoir assigné une place et une étiquette & la figure de Jeanne de Penthièvre; et l'odyssée de cette pauvre épave n'est pas encore terminée. La fille de Commyne», qui, paratt-il, ne s'était fait reconnaître que de Léon de Laborde et de Ferdinand de Guilhnrmy, fut écartée comme une étrangère du tombeau de sa famille et finit, de chute en chute, non seulement par quitter le Louvre, puis l'Ile des Cygnes, mais encore par ëire expulsée du musée do Versailles, et par aller s'échouer k la ferme de la petite Venise, où je l'ai retrouvée l'année dernière moisie et dédaignée •. Ce n'est pas la première fois que je montre combien Vineognito est périlleux, mëoie pour les monuments les plus célèbres et les plus vantés.
Le baron de Guilhermy a consacré au tombeau et à la chapelle de Gommynes trois études intéressantes dans la Bévue générale de Vatcki-
1. Le§ p1u4 anciennes éditions de Corrozet signalent ■ le tombeau de marbre et d'aMlre i de Jeanne de Commynes et parlent seulement des effigies de Commynes et de sa femme « b genoux et au naturel. > Ces deux figures sont en pierre.
S. Gazelle de» Beaux-Arls, octobre 1881, et On fragment du tombeau de l'amiral Cht^t, à l'École det Beaux-ArU, p. 15.
3. Paris, le 18 décembre 1851. — Monsieur le direcleur général, je vous prie de - n'autoriser i employer un ornemaniste, dont M. Debay connaît j'aplilude, pour terminer en retour du sarcophage de Commines des ornemens laissés inachevés abrs que le roonomeot était enroncé dans une niche. Il s'agit de répéter les ornemens de la Tace principale, et ce travail ne dépassera pas une dépense de plus de 100 à 110 francs. Agréez, etc. Léon db L*do*de.
i. Chronique det arts, 4883, p. 96. Au moment où ces lignes paraîtront, la figure de Jeapi^e sera revenue au Louvre. Un moulage sera eièculé pour le musée de VersaillM.
lecture *, dans les Annales archéologiques' et dans son ouvrage sur les Iiucrîptionf de la France *. Nous ne saurions mieux faire que d'y renvoyer. Voici les conclusions de M. de Guilbermy dans les Annales archéo~ logiques : « Jeanne de Commynes mourut en 1514 et fut inbuméeauprès de ses parents dans l'église des Grands-Augustins. Sa statue, s:culptée en albâtre, a été recueillie par H. Lenoîr ; elle se trouve aujourd'hui déposée dans un magasin du Louvre et nous regrettons bien qu'on n'ait pas
(ProTSDaal du tombam da Renie d'Orlèint-Longueiille, »ui CéleitlBi. — «lués du Lamie.)
replacé l'image de la fille, comme elle était autrefois, au pied du tombeau de son père. Mais ce qui nous semble plus fâcheux encore, c'est que la décoration tout entière de la chapelle de Commynes ait été laissée dans la cour de l'École des Beaux-Arts, décoration d'autant plus précieuse qu'elle a été exécutée en 1506, du vivant de Philippe de Commynes, et probablement nous sa direction. C'est, en efîet, l'œuvre d'un lettré appartenant moitié au moyen âge et moitié à la Renaissance, encore chrétien, mais déjà épris des fables et des allégories de la mythologie païenne... Le moment est venu de sauver ces débris. D'après les dégradations qu'ils ont déjà éprouvées depuis qu'ils ont été appliqués aux murs de la
1. T. III, p. 557, avec une planche dessinée par Labrouste ropréseotanl quelques parties de la chapelle de CommyDes.
t. T. XII, p. 93etsuiv.
cour d'honneur de l'École des Beaai-Ans, il n'est que trop facile de calculer que, dans un espace de teit'ps très court, il* auront vu s'en allef tn poussière la plus grande partie de leur ornementation, ii
11 y a ti-enle-dttux ans que M. de Guilhermy s'eiprimait ainsi.
Il ftiut espérer que le vœu éoiis par notre regretté confrère serA bieatôt ciaucé et que les fragments épars de la chapelle de Conimyoes seront tous enfin rapprochés dans le musée du Louvre. Cependant, malgré les renseignements transmis par Millin, la restitution intégrale de l'œuvre originale ne sera pas possible. Un grand nombre de morceaux maoquei-out à l'appel. La chapelle et le tombeau lui-même avaient été remaniés sous l'ancien régime. L'état des lieux que nous a fait connaître Millin n'était pas l'éiat primiiif. Tout le soubassement du tombeau de Jeanne avait disparu avant la Révolution.
Four se représenter ce que dut être le sarcophage desUné à soutenir la figure, il faut évoquer l'image de quelques monuments similaires à peu près contemporains de celui-ci. Tels étaient ou sont encore, par exemple, les mausolées de Louis de Poncher et de Roberte Legondre, au Louvre et à l'École des Beaux-Arts, de Renée d'Orléans-Longueville à Saint-Denis, de Pierre de Roncberolles el de Marguerite de Châtilloo à la collégiale d'Écouis', de Charles de Lalaing au musée de Douai', de Philippe de Montmorency et d'Artus GoulTier dans la chapelle d'Oiron*, de Charles de la Trémouille et de sa femme, autrefois dans l'église Notre- Dame de Thouars*, de Guillaume de Montmorency et d'Anne Pot, jadis dans l'église de Montmorency *, enfin de Charlotte d'Albret, duchesse de Valentinois, dans l'église de la Motie-Feuilly, en Berri. Il est bien certain que les sarcophages dont se composaient les monuments signalés cidessus avaient reçu une décoration inspirée dans une certaine mesure par l'Italie. 11 suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur quelquesuns de ceux qui subsistent, ou de lire la description de ceux qui ont disparu. Pilastres, arcades, coquilles, niches, arabesques, tout le programme iialien s'y retrouve, et des textes subsistent pour prouver que les amateurs contemporains ne s'y trompaient pas plus que nous'. Martin Cloistre, de Bluitt, s'engageait en 152A, vis-à-vis de Guillaume de Mont-
r Millin, Antiquités nationales, 1. 111, XXVIIl, p. S7, pi. IV. 8. M° 838 du Catalogue des ouvrages de peinture et de iculpiure du JUusée de Douai.