‹ Gazette du bon ton (volume 2)Chapitre 39 sur 40 · ELOGE DE LA CA · texte numérisé non relu

ELOGE DE LA CA

l'heure où paraîtront ces lignes, Madame, peut-être, si vous êtes très hardie et de goût parfaitement sûr, porterez-vous déjà la cape, ce vêtement ravissant, subtil, nouveau dans sa classique éternité. Mais ce qu'il y a de certain c'est qu'à l'heure où je les écris, ces lignes, vous ne vous doutez même point qu'elle existe, qu'elle se fait, qu'elle est imminente, qu'elle va vous tomber sur les épaules. Et c'est tant mieux. Car ainsi j'aurai le plaisir d'avoir

rêvé ce que vous* alliez devenir quelques jours avant que vous le fussiez devenue. Et lorsque je vous rencontrerai, cavalière, impertinente, frondeuse, agressive et toujours charmante cependant, il me semblera vous reconnaître. Mais parlons d'elle, car sije tarde deux phrases encore, je sens que je ne ferai déjà plus

figure de prophète.

Au fond, Madame, avouez-le, la cape s'imposait. Songez

qu'elle est le plus vieux vêtement du monde et donc le plus logique. C'est une cape de feuillages qui descend sur la poitrine frissonnante d'Eve chassée du Paradis, telle que nous la dépeignent des maîtres primitifs et ingénus. Je ne conteste pas les progrès accomplis depuis ces époques naïves.

Mais le mouvement essentiel est toujours le

même, car c'est la belle ligne de l'épaule féminine et le gracieux geste du bras qui lui

impriment sa cadence initiale. Tranchons le

mot : la cape est le vrai manteau, le manteau

idéal, et c'est une satisfaction pour les yeux,

j'oserai même dire pour l'esprit, que de la

voir retomber le long du buste, à beaux plis

simples et naturels : il me semble que me

voilà tout à coup confronté avec un être sain

et primitif, en butte aux dangers éternels et

terribles des saisons et qui, contre le froid,

la pluie, la tempête, le vent, d'un geste

normal et nécessaire et donc très harmonieux, se drape.

Est-ce à dire, Madame, que je veuille

vous abandonner seule dans une forêt, seule avec une loque de laine grossière? Je ne forme point de projets si sauvages, et j'entends bien au contraire que, pour être sous cape, il ne vous sera pas défendu d'y rire (de nous) et d'y être civilisée, très moderne. La cape, et justement parce qu'elle est simple, logique, harmonieuse, se prête à tous les usages et revêt toutes les formes. Vous verrez (vous le voyez ici) que c'est un jeu pour elle de rappeler la silhouette, d'ailleurs très jolie, en faveur l'an dernier. Il lui suffit pour cela de se froncer légèrement, au-dessous des hanches: elle apparaît ainsi un peu ambiguë, hésitant entre l'ampleur et l'exiguïté et en conservant la double séduction. Mais son triomphe sera d'être elle-même en effet, résolument, pleinement, c'est-àdire, longue ou courte, de tomber... Mais là encore, que de

variétés ! Il y en aura à mille plis, souples et nobles comme des draperies antiques, et de rigides, guerrières, bourrues, confortables; les unes seront tout unies, les autres surchargées d'ornements. Mais toujours — et c'est ici que les élégantes déploieront les ressources infinies de leur ingéniosité — il y aura ce geste, ce geste merveilleux de rejeter pardessus l'épaule, comme pour le défi d'un départ, le pan qui viendra s'enrouler, cravate soudaine, adorablement impertinente, autour du col.

Multiforme et toujours reconnaissable, commode et pleine de style, la cape sera digne de vous en toute occasion. Elle sera de l'aprèsmidi et de la soirée, du Bois et du l'automobile et de la chasse, du thé et du théâtre. Vous y serez à volonté libre ou engoncée, solennelle ou familière. Enfin — et c'est ici le suprême avantage — vous n'aurez plus à vous impatienter de la maladresse de votre compagnon lorsque, dans l'antichambre, il tâtonne, à la recherche de vos manches, pour y introduire vos pauvres bras étendus. Car la cape, Madame, n'a point de manches et c'est vraiment ce qu'au bout du compte, et au risque de passer pour M. de La Palisse, je puis vous en dire de mieux.

Francis de MlOM ANDRE.

OUR les Parisiens blasés, repus, saturés de fêtes et de distractions, le Concours Hippique n'est qu'un événement mondain de plus, une réunion trop tassée où il est difficile de bien montrer des toilettes nouvelles.

Pour les provinciaux, âmes étroites qui vivent devant des horizons larges, le Concours Hippique est la consécration du chic, le nec plus ultra de l'élégance.

Et les châtelains paisibles, les aristocratiques ménages de sous-préfectures somnolentes, choisissent, d'un commun accord, cette époque pour venir à Paris. Sans doute, il ne s'avouent point ouvertement leur désir infini d'aller au Concours. Monsieur prétexte l'urgence d'une consultation pour une entérite opiniâtre. Madame parle avec enthousiasme des occasions extraordinaires qui ont l'honneur des expositions de blanc. Mesdemoiselles ne disent rien : en leur âme fraîche et tendre comme un petit Gervais se lèvent des espoirs indécis d'aventures honnêtes...

Les provinciaux ont à Paris, depuis un quart de siècle, leur hôtel familier. C'est une sorte de pension de famille dont la clientèle et les meubles ne changent jamais : vieilles dames, demoiselles sèches, prêtres vénérables,

officiers retraités se retrouvent dans le même cadre vétusté.

Depuis vingt ans le ménage provincial occupe la même chambre, avec le même papier à fleurs, la même photographie souriante de Léon XIII.

Dans l'escalier de l'hôtel, depuis vingt ans, flotte la même odeur de choux de Bruxelles et de linge usagé.

Ainsi, pendant trois semaines, le petit hôtel abritera la vie agitée de cet honnête quatuor. Certes, agitée! Là-bas, en Bretagne ou en Bazadais, la famille se couchait tôt. A peine le mélancolique crépuscule s'abaissait-il sur les tourelles mesquines du château que, déjà, le sommeil sans rêve fermait tous les yeux. On n'allait point au théâtre. Assurément la ville voisine offrait bien de temps à autre les représentations des tournées de passage, mais il ne fallait point songer à assister, dans M ville, à des pièces un peu lestes, alors que l'épicier et le notaire, dans la salle, pouvaient juger défavorablement la présence en ces lieux de gens bien pensants. A Paris, cela n'a pas d'importance. Et c'est pourquoi, presque chaque soir, à l'heure où le Parisien va dîner, on peut croiser sur le boulevard, se rendant au théâtre, le groupe sympathique des provinciaux. Madame, nu-tête, une mantille à peine jetée sur un chignon tortueux, flanquée de ses deux filles, marche délibérément, tenant d'une main ferme et rouge un éventail et une coupure de Comœdia. Monsieur suit. Il est en habit, et l'ouverture de son pardessus laisse entrevoir une de ces cravates

blanches, rigides comme un principe, qui rappellent délicatement les premières communions à Chazé-sur-Argos ou la distribution des prix à Condé-sur-Noireau.

Sans doute, il est des pièces qu'on ne va pas voir, même à Paris. On emmène surtout ces demoiselles à l'Opéra-Comique,

étant donné ce principe que tout ce qui est chanté

est convenable. Mais si, un soir, un peu lasses, les

jeunes filles se couchent aussitôt après les pâles

mendiants qui composent le dessert de table d'hôte,

le père et la mère se risquent, en tète k

tête, dans un théâtre un peu grivois,

presque en cachette, comme si cette fugue

mystérieuse lézardait la façade de dignité

de leur existence.

On ne soupe point. La famille, après le théâtre, va prendre un chocolat dans un café convenable, loin de ces jeunesses légères «qui font métier de leur corps pour de l'argent». Et sous l'œil un peu dédaigneux du maître d'hôtel, les provinciaux refusent les dangers onéreux du Champagne.

Chaque jour, à deux heures, régulièrement, la famille se rend au Grand- Palais. C'est en somme pour cela qu'ils sont venus, et ils n'auraient garde de retarder d'une minute leur entrée solennelle dans ce cénacle des élégances, où l'odeur d'un crottin distingué se marie aux relents de parfums bon marché.

Madame promène triomphalement une robe qui fut l'objet de tous les soins d'une «petite couturière», patiente élucubration des deux femmes penchées sur les journaux de modes de Paris. Ces demoiselles portent sans grâce un agréable rafistolage qui remporta un succès discret aux belles soirées des nobles patronages. Quant à Monsieur, il a tiré d'une armoire ancienne, un chapeau qui compte beaucoup de lustres sans en avoir aucun. Il a revêtu une jaquette courte et bonne, qui fut maintes fois à l'honneur et à la peine, car ce vêtement austère figura dans ces comices où, pour l'amour du pays, s'engagent d'homériques luttes entre les étables conservatrices et le bétail républicain — véritable bataille de bovines — et, plus triste encore, suivit le corbillard empanaché des notabilités défuntes. La famille va s'asseoir un peu à l'écart. Ils ne songent pas à entrer dans cette tribune des sociétaires dont l'élégance écraserait la sobriété fantaisiste de leur mise.

Madame scrute d'un œil sévère et injuste les robes, les chapeaux et les bas. Monsieur regarde les jolis nez en l'air, la courbe harmonieuse des hanches, le départ aguichant de gracieux mollets. Madame prend «des idées». Monsieur, qui est main-

tenant brancardier à Lourdes, s'efforce de repousser celles qui pétillent un instant dans la cendre de ses souvenirs, car l'heure de la ménopause morale a sonné pour lui.

Ces demoiselles regardent tout. Chaque gentleman qui saute semble un prince Charmant entrevu dans un rêve, renversant tous les obstacles... pour arriver jusqu'à elles.

Hélas ! tous quatre, ils contemplent les chevaux, compulsent le programme, notent les défaillances et applaudissent aux triomphes. O candeurs ! Perdez k jamais l'illusion d'être un jour Parwiené, vous qui ne tournez point le dos à la piste, qui ignorez le dernier adultère et ne connaissez aucune des hétaïres empanachées qui vous frôlent, emportant, dans leur sillage odorant, votre mépris teinté d'admiration!

Les provinciaux se considèrent d'ailleurs, au fond d'eux-mêmes, comme un peu à part, un peu au-dessus de ces Parisiens futiles qui font bon marché de la morale alors qu'ils paient si cher tout le reste.

Ils le sentent : ils ne pourraient s'accommoder de cette existence fiévreuse dominée par un snobisme coûteux, eux qui, dans le calme des campagnes, élèvent leurs génisses et leur âme, fondent des ouvroirs et évoquent le retour prochain des régimes disparus. Quinze jours de Paris, c'est bien; c'est assez. Les provinciaux ne sauraient y demeurer davantage. Il leur manque la vie rapetissée, leur chez-soi, leur petite puissance locale, cette demi-féodalité empreinte de bourgeoisisme qui fait d'eux non des grands seigneurs, non pas tout à fait des paysans, mais simplement des hobereauturiers...

Jean de Montozon.

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Les Peiff noirs de JLucieniie

ELA t'amuse de rester là quand on me coiffe, — dit Lucienne à son ami, — cela te plait de voir mes cheveux, qui ont les reflets et les couleurs de certaines tulipes brunes, ruisseler comme des sources ténébreuses et exhaler l'odeur de l'écorce et de la rose ? Eh bien ! demain, viens avant le déjeuner, et tu assisteras à ma coiffure 1 Ne crois pas que cela soit là une petite faveur. Si je te l'accorde c'est que je suis sûre que tu resteras tranquille et silencieux, que tu ne feras pas de plaisanteries trop niaises, et que tu respecteras ma surprenante immobilité. Ah ! tu seras étonné de voir comme je reste facilement immobile! Tune me reconnaîtras pas! Je serai pareille à une idole, très droite sur une chaise à dossier bas, plus sérieuse qu'un portrait devant les trois faces du miroir, et recouverte d'un peignoir sacerdotal comme une chasuble.

» Je possède, pour l'accomplissement de cette cérémonie, de très nombreux et de très beaux peignoirs. Et je vais être fort embarrassée pour choisir entre tous ces peignoirs, car je veux paraître à mon avantage. Voyons? En pénétrant demain dans le cabinet de toilette, découvriras-tu, à la place de ta Lucienne chérie, une petite fille grecque? Par exemple cette Nausicaa dont tu me parles si souvent pour me dire qu'elle avait le corps

moins frais que le mien et les gestes moins souples. J'ai un peignoir qui me déguise parfaitement en Nausicaa. Il est fait d'un tissu impondérable et légèrement grumeleux, un peu brillant, qui paraît être en chair de pêche. Aux endroits où il touche ma peau sans faire de plis, il devient plus rose, et, entre les mèches déroulées, il prend, ici et là, des nuances secrètes, précieuses, qui te plairont probablement.

» J'ai aussi un peignoir dans lequel je ressemble à Namouna.

Il a la couleur pâle et molle de la pistache, et tu le trouverais un peu fade s'il n'était relevé par des soutaches rouge-solférino : ce beau rouge courageux, agressif, qui donne soif au palais et fait grincer un peu les dents. Je porte, avec ce casaquin musulman, une superbe culotte bouffante, crespelée, au bout de laquelle mes deux pieds ont l'air de carpillons tout frétillants d'avoir échappé à Ç^" un maladroit fdet.

» Si tu le préfères, je puis encore revêtir, demain, un soyeux, confortable burnous, dans lequel je ressemblerai à l'Hôtesse Arabe des Orientales; et je te dirai tristement, mais pour rire, entre mes cheveux défaits :

Adieu, voyageur blanc ! J'ai sellé de ma m De peur qu'il ne te jette aux pierres du chej Ton cheval à l'œil intrépide...

» Cependant, si l'Arabie ne te suffit pas, je puis arborer le zarafe des Indiens. Tu ne sais pas ce que c'est qu'un zarafe ? Que tu es ignorant 1 C'est un long rectangle d'étoffe, avec un trou au milieu. Par ce trou, je passe la tête et les deux pans tombent ainsi des deux côtés de ma chère personne. J'ai un zarafe soufre, un zarafe rose

tramé d'argent et un zarafe couvert de mille petites raies multicolores, qui ont l'air de bouger tellement elles sont nombreuses et enchevêtrées !

» Enfin, il y a la Chine. Je veux dire la Chine " style-peignoir ". Cela ne ressemble point aux tombeaux des Mings. C'est une Chine de fantaisie, qui ne m'oblige pas à me replier l'orteil, ni à n'aimer que des hommes à longues nattes; rassure-toi! ... Mon peignoir chinois est superbe et musical. Superbe, parce qu'il est décoré d'immenses disques rouges qui arrêteraient net toute locomotive bien née, et musical, parce qu'on a cousu tout autour des clochettes de métal, minuscules mais sonores, qui amusent la chatte et étonnent le coiffeur. La doublure de ce peignoir est verte comme un tennis anglais, et les reflets de cette doublure sont si violents que ma peau, làdessous, à l'air d'être éclairée par un feu de Bengale émeraude.

» Mais tu en as assez, dis-tu, d'avoir toujours sous les yeux une indienne, ou une Turquesse, ou une Persane, ou une Chinoise ! Rassure-toi donc et souris courtoisement : je mettrai, demain, un fichu de villageoise, infiniment simple, en linon, à peine brodé de pâquerettes, de myosotis et de liserons, fleurs humbles et occidentales. Et, là-dessous, je ne serai plus ni Nausicaa, ni Namouna, ni Aké- dysséril, mais

Lucienne, ta Lu- ^^^ cienne , qui est

modeste, tendre, P^HI a\ M sincère, et qui

t'aime ! »

J.-L. Vaudoyer.

LA MODE ET LE BON TON

nbîe

A mode nouvelle, lorsqu'elle n'est pas reprise

retroussis prétentieux d'une époque musquée et poudrée, n'a d'intéressant et de joli que iscences orientales... Cela peut xcessif car, enfin, voilà près de

le Chinois et le Turc importés parle grand Poiret. C'est pourtant ainsi. Je mets au défi n'importe quelle femme de goût de me dire si ce n'est pas seulement lorsque apparaît le mannequin habillé à l'orientale qu'elle est heureuse, au milieu de ce fatras inouï de robes cherchées, sans être... trouvées?..

des habits de Conventionnels

des bergères de Lancret, des

jupes Louis-Philippe, tentatives innombrables et peu heureuses; pourquoi? Cela, personne ne saura le dire, attendu qu'il y a des moments aptes à recevoir certaines modes, comme d'autres à n'en vouloir que d'un autre ordre.

QUI niera l'attrait de ces habits tunisiens, vagues et souples, dont quelques femmes, parmi les grandes coquettes, feront leurs tailleurs ?

Et ces grands fourreaux de sultane-favorite, taillés dans des tissus de métal et d'or, si courts par devant qu'ils laisseront voir les jambes jusqu'à mi-hauteur; et ces chemises noires, molles comme un mouchoir de

soie, dont les pointes de côté s'envolent en oriflamme de beauté absolue en fait d'atours.

\^OILA, moi, ce qui m'a plu, transportée, enchantée, et ce que je voudrais avoir; mais à côté de cela, si vous voulez que je vous parle mode, je vous dirai que l'on fait des trotteurs variés à l'infini, plus courts qu'une robe de fillette ; que les vestes sont si courtes et si larges, refusant à tel point d'épouser les lignes du buste, que quelquesunes font des bosses dans le dos.

| ES jupes, étroites pour la plupart s'élargissent vers le!

hanches par des ma nières de volants ei forme qui viennen mourir près de la taille devant. D'autres son montées par de large:

plisplatsquifournissen une ampleur aux han ches, laquelle ampl est reprise tout à coup et rejetée en arrière dans un retroussé « la

J2EAUCOUP de

robes en taffetas

souple ont ce retroussé

dégageant à tel point

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les jambes, derrière, qu'on peut les voir jusqu'à mi-hauteur, sans la moindre gêne de la part de celle qui déambule ainsi.

C'est assez cocasse, avouez-le.

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pourquoi, ou flottant dans le dos, repris deux fois, à la taille et dans

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I A M AI S les cor- > sages et les blouses n'auront donné plus de transparence, disons le mot, de nudité, même pour les 5 à 7 en robes de visites.

Les manches seront idéales, longues et larges, retombant avec une souplesse exquise, et cela dans des tissus extrêmement légers, tulle ou mousseline de soie, dans les tons « ocre i> ou « blanc sale. 10

]□> EAUCOUP de broderies d'or et d'argent sur de la serge ou de la cheviotte; des broderies indiennes, rappelant les tissus à palmes de couleurs, seront reconstituées sur des parties entières de certains costumes : bandes plates montant le volant

plissé d'une jupe, blouse de crépon demi-longue formant chemise tuni- , etc. etc..

1QES capes, des capes, et encore des capes, pour le jour, avec un retour marqué aux mantelets d'antan quelque peu transformés, mais d'origine mantelet tout de même: en taffetas découpé en dents rondes et semé de glands de soie, en liberty drapé comme un fichu canevas, de toutes le les formes possibles.

, de toutes

les robes du soir, mer- ; pour aujourd'hui

|E reviendra J> veilleuses je vous dirai ce que, en confidence, dans le tuyau de l'oreille, m'a glissé ma vendeuse lorsque je lui ai demandé le prix d'une de ces turqueries d'après-midi, sobre, mais idéale de forme, en petite serge modeste :

« Pour vous, je ferai un tout petit prùc, mais ne le dites pas surtout, ne le dites à personne ; en changeant la broderie qui est extrêmenent chère et en la remplaçant par un simple galon, je vous ferai le costume pour dix-sept cents francs. C'est pas cher, hein, je suis gentille ? »

IpT souriante, la hanche re jetée de côté, sa petite loque de dix-sept cents francs jetée sous le bras, comme un parapluie, ma vendeuse attend une réponse. . . je crains, hélas, qu'elle ne se fatigue en l'attendant!..

NADA

.amenons.,,.

T\Tous, quand nous avons tout simplement du génie littéraire, on nous ^- ™ décore; on nous permet de porter dix centimètres de ruban de moire rouge à la boutonnière de notre veston. Quelquefois, au dernier moment, le ruban rouge est violet. Ne dites pas : « La petite affaire... » Ce n'est pas du tout la même chose. Nous nous mettons dans une colère furieuse contre le ministre responsable. Certains vont acheter quand même leur bout de ruban rouge. Seulement, ils le choisissent traversé par un mince filet vert, et ils prennent l'habitude de se placer à contre-jour quand on leur parle de près.

Les femmes, elles, font leurs promotions elles-mêmes et c'est pourquoi elles sont mieux servies. Elles n'attendent aucune décision d'aucune chancellerie pour promener des chapeaux sur lesquels trois commandeurs de la Légion d'honneur trouveraient leurs cravates. A côté d'elles, pour ce qui

est du ruban, nous n'existons pas. M. Bergson se pare d'une minuscule rosette, et il a écrit des livres subtils sur les limites de la Connaissance. Ses auditrices n'écrivent guère que des pneumatiques pour décommander leurs amants, et elles sont bien plus décorées que M. Bergson.

On laisse faire aux femmes tout ce qu'elles veulent. Dès ce début de saison, elles ont déclaré que le ruban serait la grande affaire de ce printemps; et voici que, avec l'aide des vers à soie, elles tiennent parole. Elles vont mettre du ruban sur

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leurs manchons d'été, ce sera amusant; et elles vont garnir de ruban leurs ombrelles, ce sera très joli. J'ai ici, sous les yeux, quelques dessins qui nous renseignent sur la forme des uns et des autres : les manchons ont l'air de gros fruits et les ombrelles ressembleront, dans la campagne, à des fleurs épanouies. Sur les parasols et sur les manchons, je vois, posés çà et là, de jolis papillons de rubans. Voilà, à n'en pas douter, des modes pour le printemps.

Je me permets de vous faire remarquer, dessiné sur cette page, un parasol qui me plaît bien. Le manche enrubanné évoque l'idée d'un mirliton. Je trouverais exquis que l'on brodât sur le ruban des vers ou plutôt de touchantes devises. On fermerait son ombrelle pour faire lire les vers à ses amis et cela ferait passer agréablement une minute.

Les femmes portent maintenant des manchons d'été, c'est indispensable, et la pensée qu'elles en avaient manqué jusqu'à l'année dernière passe l'imagination. Aux Courses, les élégantes assortiront les couleurs du ruban de leurs ombrelles et de leurs manchons, aux couleurs de l'écurie qui a leurs sympathies.

Comme elles auront une ombrelle et un manchon différents pour chaque course, il n'y aura qu'à regarder la tonalité du pesage et des tribunes pour se renseigner sur les cotes. Il sera du meilleur ton de parier sur le manchon de sa dame, bien que cela ne puisse s'appeler jouer sur le velours, puisque le manchon sera en ruban.

Que si enfin, Madame, vous paraissiez douter de l'utilité d'un manchon en été, je vous rappellerai les boîtes à poudre, à rouge, à bonbons, la bourse en or, et votre intéressant griffon, cette boule de poils jaunes, qui doit y avoir sa place à l'abri du soleil... Vous avez bien votre ombrelle, vous, Madame, votre belle ombrelle de ruban. ^^ ^^

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