BLA1SE PASCAL
ri CTO R HUGO
Un cachet ainsi gravé sur émeraude était conservé avant 1914 au -M^usée de Pétersbourg, petit cadeau projeté par la grande Catherine pour son intermittent ami, mais gardé à la réllexion.
Chateaubriand qui terme le xvm et ouvre le xix siècle laisait tout avec zèle. ua. maison, celle des Briand de Cnateaubriand, porta d ahord : de gueules semé de pommes de pin d or , puis, après avoir sauvé le roi dans la bataille : de gueides aux Heurs de lis sans nombre . J/ auteur des y/lémoires essaya lui aussi de sauver non le roi mais la monarchie expirante! 11 est bon d ajouter que 1 auteur contemporain, couronné de je ne sais quel prix sous le nom de Chateaubriant n appartient pas à la Iamille du noble écrivain. Il a un nom flamand déjà oublié.
Pour finir par le coup de tonnerre du vieux Jupiter de 1 Olympe romantique, voyez les armes de Victor Hugo. Inutile d en laire la longue lecture. Car elles sont de fantaisie. h,n parlait républicain, V ictor Hugo tenait ferme au titre de comte donné, disait-il, à son père par ^Napoléon. JVlais ce ne lut jamais lait. 11 faut le regretter pour la gloire de... 1 1/inpire.
Jean de BONNEFON.
~Kyf ON Dieu ! que je voudrais retomber en enfance ! Mais là, entendons-nous : en enfance pour tout de bon, une enfance enfantine, avec culottes courtes, joues vermillonnées, sucres d'orge et tout ce qui s'ensuit. Vraiment, quand je vois cet horticulteur au petit pied respirer une rose aussi grosse que lui, et cette Belle- Jardinière verser à bout de bras la cascade filiforme de son arrosoir vert pomme, vraiment, je les envie tous les deux et je songe au soupir de Virgile : 0 fortunatod nimiu.m... O trop heureux, s'ils savaient leur félicité! Mais voilà, les enfants connaissent-ils leur bonheur?
Cette poupée habillée de fleurs, dans sa robe tout ourlée de cœurs-de-jeannette, de quoi rêve-t-elle? D'avoir vingt ans de plus, afin d'être une grande actrice dont on décrira la toilette dans les journaux. Ce marmot dont le col de chemise
se ferme par deux bigarreaux, il
pense : « Quand est-ce que je
serai académicien, pour avoir une
belle barbe et un habit brodé de
feuilles de chêne. » Ainsi, tout le
long de notre vie, nous allons désirant sans cesse de vieillir, parce
que nous croyons que le bonheur
c'est pour plus tard, et qu'il est
là-bas, devant nous, lorsqu'en réalité le bonheur nous suit
comme notre ombre.
Si je m'efîorce de me revoir aux premières années de
ma vie, voyons, suis-je heureux? Je suis, tout simplement.
JVLais au fait, suis-je même ? De mon adolescence, j'ai gardé tout un herbier d'images, de décors et de sentiments.
Mais mon enfance, qu'est-elle devenue?
Klle a filé comme flèche. Tout ce que ma mémoire en conserve tiendrait dans le creux d'une rêverie d'un quart d'heure. J'en viens à me demander avec inquiétude si l'on ne m'aurait pas fait, qui sait? mauvaise mesure, et donné — j'étais si jeune, je ne m'en serai pas aperçu ! — dix minutes pour dix années. Peut-être bien qu'il y a eu maldonne! Peut-être bien que je suis né à dix ans... Accordez -moi, pour voir, mon Dieu! de recommencer...
C'est vrai; aussi, comme tout est mal combiné dans ce monde . L e meilleur
des grandes découvertes. Voir pour la
première fois un miroir, une locomotive, la
mer, mais voilà qui est aussi grave que, pour
les soldats de Cortez, la conquête de l'Amérique. Eh bien! non. L'enfant est comme
le bon nègre soudanais qui ne daigne
s'étonner d'aucune des inventions les plus inattendues de la civilisation, et, devant un phonographe ou une motocyclette, murmure philosophiquement:
« Manière de blancs... »
Ah! si nous pouvions revenir sur nos pas ! Hypothèse absurde, je le veux bien. Et pourtant je n'ai jamais pu, pour moi, m'accoutumer à cette idée que la vie humaine ne va toujours que dans un sens, celui de la vieillesse et de la mort. Pourquoi jamais l'inverse? Voilà un perfectionnement que les siècles futurs se doivent d'apporter aux conditions de l'existence terrestre : le rétropédalage. Ou bien encore, il faudrait qu'il y ait
dans la vie une ligne montante et une
ligne descendante. On pourrait s'arrêter
à la station de son choix, ou même revenir
en arrière, comme on le fait dans le JMétro, après quelques pourparlers avec la Dame-au-poinçon. Cette notion est tout instinctive et naturelle, si j'en crois la réflexion que j'entendis faire un jour à un bambin de quatre ans. Voyant un bébé nouveau-né, et considérant avec un dégoût non dissimulé l'affreux visage violet de cette étrange créature, il s'écria : « Dis, Maman, est-ce que je serai aussi laid que ça, quand je serai petit ? »
Quand je serai petit, vous me ferez un chapeau pareil, au masculin bien entendu, à la capeline ornée de roses de cette fillette qui n'a qu'un œil (mais combien pénétrant). Alors, avec quelle attention je me regarderai vivre; avec quel soin je tiendrai le journal de mon expérience puérile; avec quelle acuité psychologique j'analyserai mes moindres surprises !
Avec quelle application je tuerai mon bonheur.
Georges-Armand MASSON.
lettre à la dame QUI VOULAIT "MASQUER"
"T7~OUS voulez, chère Dalinde, " masquer " comme on disait au temps du Président de Brosses et de Casanova, mais je suis bien embarrassé pour vous conseiller. Comment changer l'aspect d'une personne qui chaque jour se transforme et qui, chaque matin et chaque soir , ne s'habille plus mais se costume en odalisque, en maja ou en Martiniquaise.
L'an dernier vous vit avec le tricorne et la jupe en montgolfière des élégantes de Guardi; Madrilène, vous portiez cet été le châle diapré avec les franges ondoyantes et une dentelle d'écaillé piquée au sommet de la tête. Vous avez eu des robes en plumes, en perles, en fleurs, empruntant tour à tour l'aspect d'un Papageno adolescent ou d'une nymphe descendue des
be ra, è y e ex â I a nje .
porcelaines de Wedgwood.
Hier encore, à Longchamp, vous étiez Chinoise ou Tchèque par le jeu des laines et des soies.
En quelle contrée, " où, n'en quel pays " vous mènerai-; e? Quel album ignoré ouvrirai-je, pour la dame coiffée de cheveux bleus et chaussée de babouches en plumes de colibri, pour la dame aux cent colliers et aux mille ajustements assortis à la couleur de ses caprices.
Je veux d'abord proposer à vos rêveries les trois robes de Peau-d'Ane :
la première couleur du temps, la seconde couleur de lune et la tierce couleur du soleil... "Sa chambre était si petite, écrit le conteur, que la queue de cette belle robe n'y pouvait rentrer.
Dans ses Mémoires, apocryphes d'ailleurs, la marquise de Créquinous décrit deux toilettes assez singulières : l'une garnie de papillons en porcelaine de Saxe, l'autre d'une haute broderie représentant tout un orchestre de singes musiciens, dans le goût folâtre d'un siècle épris des babouins et des magots. La marquise semble trouver ces ajustements fort surannés, mais peut-être,
<=*£&. belle
moins severe, aimerez-vous leur fantaisie.
Ou bien, sous les plus lourds damas, serez-vous la belle Impéria, mêlant aux pourpres et aux violets, l'argent et l'écarlate, toute une opulente symphonie cardinalice, agrémentée de manches fourrées de vair et si lourdes que deux angelots devront les soutenir, et accompagner votre marche accablée par la splendeur.
Préférez -vous représenter la Périchole ? Je vous ferai une robe de mousseline, voltigeant <^> "
comme un pavot blanc autour de votre torse nu serré dans un fichu de chantilly noir, et semée de bouquets en plumes de perroquet ; à moins que vous ne préfériez les pompons de Piquillo et jeter sur votre épaule une couverture bigarrée. Que sais-je? Inspirez-vous de la bergère du Trianon de porcelaine : " frêle, parmi les nœuds énormes des rubans " portant la houlette fleurie et la cage d'où l'oiseau* s'est envolé. Cherchons encore dans les vitrines, et soyez la Camargo avec une perruque de soie mauve pareille aune grappe de glycine géante et des paniers de gaze tout fanfreluches.
Aimez-vous mieux être une dame chinoise ? Vous avez si longuement regardé les panneaux de laque et rêvé de vous y promener accompagnée d'une gazelle, au bord des eaux fleuries... Que votre costume soit vert et bleu avec des éclairs d'argent, de pourpre et d'orange ; vos ongles dorés et votre bouche pareille à un fruit vénéneux, gonflée, luisante et sombre.
Maintenant, choisissez. Que le caprice vous guide; et puisse, ce soir de fièvre et d'intrigues, l'amour être blotti, tout armé, dans vos falbalas, comme l'abeille au cœur d'une rose à cent feuilles.
George Barbier.
°£<\ cPéric'bole .