PARFAITES POUR DANSER
LA MODE ET LE BON TON
Dix heure* du éoir. — Le salon de l'hôtel ancestral regorge de monde. Tous les lustres sont allumés comme au temps heureux d'avant- guerre ; on fait de la musique en l'honneur d'un souverain de passage à Paris. A droite, à gauche, partout, l'or, l'argent, le lamé miroitent comme autant de bassins et de lacs sous le soleil de juin. Je ne vois nulle part une robe sombre ; si : une, celle de la Duchesse d'Harcourt sur laquelle retombent des fils innombrables de perles, parmi lesquels à la pointe gauche de la poitrine, brille la rosette de la Légion d'honneur.
La Comtesse Jean de Castellane, dans une superbe robe de satin blanc, est coiffée d'un diadème si haut qu'il semble une coiffure de reine.
La Princesse Lucien Murât, dans un arrangement persan, du moins commecoloris, est vraiment d'un très grand caractère : velours géranium, très décolleté, sur lequel une écharpe de tulle bleu "nuit'' met une note artistique au plus haut, point, d'autant que sur la tête, la Princesse Murât porte un bandeau de même tulle , avec aigrette monumentale, telle celle que nous vojons sur les souverains persans, retenue à sa base par un énorme croissant de diamants. Effet à retenir, même en le transposant.
La jeune Duchesse Anne de Rohan est très belle, dans une robe de style qui n'a rien de commun avec aucune mode actuelle : ses épaules ressortent d'une berthe de dentelle, et sa tête, si bien attachée aux
épaules, est ravissante sous la coiffure Louis XVI. i
Madame Antonia Addison, tout en blanc, sans un bijou, extrêmement décolletée, une écharpe de tulle bleu ciel accrochée à l'épaule droite par un énorme bijou, nous donne l'impression de La Diane de Jean Goujon qui se serait parée pour un bal ; on ne peut être plus belle.
Cinq beureà du dûir. — Des femmes sont groupées et prennent le thé dans un intérieur où le moindre objet est une pièce de collection. Sur la nappe de la table à thé, nappe en véritable Venise, posée à même le bois d'acajou rosé, lestasses sont toutes anciennes, d'un Directoire compliqué et précieux où les couleurs tendres et violentes se mélangent aux personnages finement peints. On voudrait avoir des doigts de fée pour soulever ces coupes rares !
Toutes les femmes assises dans cette atmosphère tiède et parfumée, portent du noir : crêpe mat, transparent, même à la jupe (!) chapeaux immenses clairs, et drapés de satin clair également. Aucune d'entre elles n'a de manches ou bien alors une cape, si bien posée et combinée qu'elle remplace la manche de la robe.
Madame Verdé Delisle, la grande cantatrice mondaine, apparaît habillée de rouge ponceau, cape et robe avec capeline immense chargée de fleurs assorties. Ici, l'harmonie n'est point rompue puisque ce rouge s'allie aux toilettes noires présentes.
La maîtresse de la maison reçoit en robe de crêpe rose pâle, très décolletée au corsage, de petites manches très courtes laissant le bras complètement dégagé, éclairé de gourmettes de brillants vers le poignet.
Cinq heureà du doir encore. — Un salon très moderne. Le thé servi sur une table de bois rouge, sans nappe, et le service, de ce beau jaune uni, récemment créé. Lamaîtresse de la maison est en costume tailleur, le chapeau sur la tête ; ses gants et son sac sont posés sur le fauteuil à côté d'elle. Deux ou trois femmes, pas plus, l'entourent, habillées comme elle, très simplement : elles reviennent du golf. Elles sont en jupe assez courte, blouse droite sans ceinture entièrement brodée. Veste ou cape assortie à la jupe, rappelant un des tons de la blouse. Petit chapeau à bords baissés, à peine garni, ombrageant complètement le visage. Souliers à talons plats et bas clairs. Voilà, en deux oppositions très nettes, la manière qu'ont les Parisiennes de prendre le thé en ce moment. Il est de plus en plus à la mode de rentrer chez soi vers cinq heures, afin d'y retrouver ceux que le hasard vous envoie, et pour lesquels vous ne ferez ni toilette ni goûter spécial. Peut-être même allez-vous ressortir vers six heures pour un rendez-vous au dehors, quand vos amis vous auront laissée.
Troie heures, rue de La Paix. — Deux femmes sortent de chez le couturier pour remonter en voiture L'une d'elles porte un petit tailleur noir si étriqué et si court, qu'elle semble une entant sortant du cours. Ses jambes sont trè^ fines, elle porte des bas de soie grise, ultra-transparents et des souliers vernis noirs lacés sans aucun ornement. Son renard argenté monte très haut et sa capeline immense, à peine nouée d'un ruban de satin noir, met si bien à l abri son visage, qu'il est presque impossible de le voir. Elle monte
non pas dans sa limousine, mais à côté du chauffeur... et la voiture file. Pour quelle raison ? Je ne saurais vous le dire.
L autre femme est enveloppée des pieds à la tête dans une cape de crêpe de Chine noir frangée de singe, mais cette cape ne s'arrête pas comme toutes celles quenous connaissons, à la cheville. Celle-ci est si longue, qu'elle dissimule jusqu'à la pointe du pied et qu'ainsi enveloppée, la femme nous donne une impression extrêmement nouvelle. Son chapeau est petit, posé sur l'oreille, où une grosse coque de ruban semble accentuer le mouvement.
Dimanche aux couréeé. — Mrs Fellow exquise en beige, jupe très étroite et serrée, très courte. Veste étroite, assez longue, serrée aux hanches par deux bandes de même étoffe se croisant par derrière, et venant se terminer sur le devant à deux hauteurs différentes sous un nœud plat. La blouse n'est pas décolletée mais du même ton, en petite soie, couverte de fils de perles. Petit chapeau en soie beige comme l'ensemble. A la main elle porte un mouchoir en gaze transparente avec sa bourse en or mat et ses deux cartes de course.
Princesse de Lucinge en gris argent avec le chapeau froncé de Reboux, et sur le devant, deux plumes trempées dans un bain d'argent. Sa cape est accrochée très bas dans le dos. Quantités de capes souples plutôt courtes ; en toutcas, les manteaux étaient tous pourvus d'une manière de cape repliée à la taille où elle se fronce, ou bien formant une sorte de capuchon pointu et lâche dans le dos, en crêpe de Chine. Quelques manteaux se croisent et se ferment sous un bijou à hauteur de lahamhe sur le côté.
Madame Barrachin en petit tailleur rouge corail à veste courte, est coiffée de crosses noires- J. R. - F.
JcyxpKcaiion des Planches Hors -Texte
l anche 33. — Un costume de voyage.
Planche 3^. — Robes trois tons composées de trou voiles superposés ; le troisième voile forme le manteau.
Planche 55. — De Worlh, une robe du soir en crêpe marocain rose ouverte sur un dessus d'argent et brodée de perles de verre argentées.
Planche 36. — La robe du soir est de Béer ; l'habit de soirée, de Kriegck.
Planche 3y. — Robe d'après- midi et robe de fillette, de Jeanne Lanvin. La robe d'après-midi est en crêpe vermeil noir. Le cordage est en partie voilé par une grande collerette de blonde et ta ceinture eél de roàes de rubans avec deux longs pans du même ton que les- rubans. Le chapeau est une grande capeline noire garnie de touffes de roses dégradées violettes et roses.
Le veston de cheval est de Larsen.
Planche 38. — De Martial et Armand, une robe d' après-midi en taffetas ; col de lingerie. La jaquelle bordée est de Lus et Be/ve.
Planche 3g. — JUanleau du soir, de Paul Poiret.
Planche 40. — Robe d'après-midi, de Madeleine Vionnet.
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