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fantaisiste ? — je le réserverais, dis-je, pour un complet veston, un chapeau de feutre ou de paille.
Mais cette fois encore, à votre place, je me garderais d'adopter le rose vif ou la couleur de feu.
Le plastron eut jadis la vogue, j'entends vers 1872, à l'époque de Paupaul et de l'amant d'Amanda, quand celui-ci promenait autour du lac ses manches pagodes et ses pantalons en pattes d'éléphant. L'on a si je ne m'abuse, renoncé aux manches pagodes non moins qu'aux pattes d'éléphant; mais le plastron est rentré quelque peu en faveur et, muni d'une perle de cent louis, c'est, il faut en convenir, une belle chose qu'un beau plastron. Il est vrai que pour le bien porter un maintien élégant, beaucoup de prestance naturelle sont choses indispensables et si par la noblesse de ses manières, l'autorité de sa démarche, le volume de son torse, M. le baron de Grandmaison, par exemple, a droit d'arborer à sa guise le plastron, la même cravate aurait, n'en doutez pas, un aspect tout autre sur tel ou tel des intimes de M. Fallières.
J'en dirais autant de la cravate flottante laquelle est essentiellementl'attribut de ce que nous appelleronsle Monsieur de la rive gauche. Le Monsieur de la rive gauche ne quitte jamais sa rive excepté pour gagner le Jockey. Il porte un haut
de forme, avec son haut de forme un veston, avec son veston une fleur à la boutonnière, enfin autour du col son éternelle cravate, dite cravate Lavallière, le tout fortement usagé. Soyez seulement de l'Epatant au lieu d'être du Jockey, habillez- vous à la mode du jour, ayez trente ans au lieu de soixante, si par surcroît vous avez l'idée malchanceuse d'adopter la cravate flottante, alors, autant le dire de suite, vous serez grotesque. Voilà comment par un lien d'idées facile à saisir j'en arrive tout naturellement à parler des cravates de soirée. Elles sont de deux sortes, la noire pour le smoking qu'il faut, — je dis il faut — porter avec un col à cornes, la blanche pour l'habit que par contre je n'admets qu'avec le col manchette. A cela vous m'objecterez que le col manchette est gênant, — Monsieur, ça m'est égal, — qu'il n'est pas toujours facile de réussir un nœud de cravate, — Monsieur, exercez-vous, travaillez. Je n'ajoute que ces quelques mots. Si par malheur...
comprenez -moi on s'apercevait que nœud tout fait, en dites vous une fois vous resterait qu'à disparaître au plus parisienne.
bien, si par malheur vous portez un ce cas, mon cher, pour toutes qu'il ne plier bagages et à vite de la scène R. B. DE MONVEL.
LE GOUT AU THEATRE
^U'IL s agisse des idées, des sentiments ou des chapeaux, il arrive parfois que le théâtre précède la mode . Mais le plus souvent, il la suit, ou plutôt il la résume, la met au point et la consacre. Ce que nous enseigne une pièce nouvelle, ce n'est pas le goût qui naît, c'est le goût qui s'achève, le goût de l'année, du mois qui va finir...
j E rideau se lève sur le dernier acte des " Éc/aireuses ". Voici, £ixèe pour l'avenir, l'image de nos maisons et la nôtre propre en l'année 1912. Dans une grande pièce de campagne ouvrant sur une colline normande, M. Garry et Mlle Dorziat parlent d'amour. Mlle Dorziat a ôté son manteau, mollement drapé de ratine verte ; elle a soigneusement laissé voir la doublure de peluche, vert plus pâle; elle s'est assise avec sa jupe courte, de laine douce, verte aussi, et taillée dans une teinte intermédiaire entre celles de la ratine et de la peluche; son chapeau plat, gris vert, ombre son visage. Et rien n'est plus d'hier que cette grande jeune femme parlant à son ami, habillé, lui aussi, d'une laine verte et guêtre de jaune. Tous deux sont assis sur un ca-
napé Louis XVI, ayant à côté d'eux quelque table Louis- Philippe, un fauteuil Directoire ; au mur une toile perse à personnages; des oiseaux empaillés sur les bibliothèques ; de hauts candélabres maigres entourant sur la cheminée une pendule basse. — Nous sommes bien en Décembre 1912.
Avant l'engagement d'amour à la campagne, c'était la lutte et la bataille à la ville. Et les petites "Eclaireuses", réunies dans un atelier décoré par M. Groux dans les teintes vives et inattendues qu'il affectionne, exhibaient les silhouettes nettes, fines et provocantes qu'il convient de montrer dans la rue en marchant vite. Toutes ces petites "Eclaireuses" alertes deviendront, à l'acte suivant, de petites Madames réunies pour prendre le thé ou pour écouter une poétesse. Et dans la soirée nous les aurons vues, à toutes les heures, les petites dames d'aujourd'hui : costume de marche ou de bataille, costume de snobisme, costume de sentimentalité tendre. Il y aura un point commun entre elles toutes : elles sont — et nous avons été — menues, très menues, de plus en plus menues à mesure que le regard descend de la nuque jusqu'aux talons.
tt^ntrons maintenant au Théâtre des Arts pendant une de
ces exécutions de musique qu'on y renouvelle chaque mois.
On donne un opéra de style pompéien et un ballet de
"fêtes galantes". Mais un courant de goût moderne, de goût neuf et créateur, vivifie la reconstitution romaine et l'évocation pastorale. Dans le Couronnement de Poppée, l'œuvre admirable de Monteverdi, nous verrons pleurer Octavie devant un petit lac impressionniste aux collines basses. Un page et une demoiselle se rencontreront dans un palais impérial, dont les jardins semblent arrangés par Corot et éclairés par Claude Monet. Dans l'Amoureuse Leçon, le charmant ballet de M. Alfred Bruneau, des couples Watteau, un peu rehaussés de ton, dansent devant des arceaux et des colonnes d'un vert et d'un violet inattendus et satisfaisants. Danseuses en robes blanches, agrémentées de roses cerise ou cerclées de bleu vif; danseurs à culottes blanches, à veste cerise ou bleue;... tout cela pare, et sans fausse note, une œuvre ancienne; pourtant un couturier, un couturier d'audace, pourrait s'en inspirer pour ses modèles les plus aventureux de demain.
u Théâtre Français, dans Kistemaeckers , un défilé traverse le décor le plus banal : jardins au bord de la Méditerranée qui semblent copiés d'après quelque affiche de chemin de fer; problématiques décombres en carton trop mince. Mlle Cerny y promène son al-
la pièce de M. Henry de silhouettes élégantes
lure altière et féminine; Mlle Robinne sa grâce impersonnelle et sa blondeur lumineuse ; Mlle Faber, sa fraicheur agressive; Mlle Bovy, sa gaminerie fluette et piquante.
Mais admirez comme les costumes s'accommodent justement aux situations ! Pour un dénouement mélancolique, dans le décor qui représente l'usine en ruines, sous un éclairage lamentable de petit jour, Mlle Robinne apparaît fastueusement drapée dans un manteau de dentelle et d'argent lamé, tandis qu'à côté d'elle, et pour mieux accuser l'invraisemblance, Mlle Cerny, en manteau sombre et la tête serrée dans son écharpe, a l'air d'une pénitente pitoyable cherchant le confessionnal?
A l'Odéon, on se soucie davantage d'assurer l'harmonie réciproque des costumes et leur adaptation réelle à l'action. Tout l'appareil extérieur du spectacle est calculé pour créer autour des personnages une atmosphère moralement juste. Même dans des spectacles hâtivement montés, comme ceux des matinées inédites, cette préocupation est sensible. Au troisième acte de la Maison Divisée de M. André Fernet, une tenture bleu toile, des meubles bas en bois sombre, quelques photographies au mur, la table de travail éclairée par une lampe à abat-jour sombre, suffisent à former autour d'une action pathétique et sérieuse un cadre exact et évocateur. De tels effets n exigent pas beaucoup de dépense ni même beaucoup de peine. Mais il faut quelque chose de plus rare, l'intelligence et le vrai goût.
Lise-Léon BLUM. Mlle Dorziat.
L sommeillait depuis les vacances dernières. Nous l'avons retrouvé à Pâques, avec la vieille maison. C'est lui qui, le matin, frôle notre fenêtre et appelle les petits au dehors ; il est dans la brume des coteaux, dans les branchages humides, dans l'azur vif qui bleuit la campagne; il est irrésistible.
Janot court le rejoindre, avec son cerf-volant. Aussitôt le jeu commence. L'oiseau de toile jaune hésite, fléchit et soudain, l'Invisible aidant, s'enlève. Janot haletant, en veste de laine brune et kilt strié de blanc s'immobilise et semble ne faire qu'un avec la terre nue des champs tandis qu'il suit des yeux, là haut, son rêve et son oiseau qui tournoient au soleil.
Avec Claude, l'Invisible fait
une partie de chasse.
Dûment équipé, ayant revêtu pour la circonstance un ample sarreau chamois, Claude — Petit qui porte encore la robe, enjambe ambitieusement des lieues imaginaires en quête de gibier; il s'en prend, faute de mieux aux pigeons du verger.
Mais le singulier Compagnon, aux allures fugitives mène toujours le jeu. Isette le suit au fond du ravin, et se grise de joie et de parfum à cueillir la jacinthe. Elle serre ses trésors sur sa cotte bleue. On dirait à la voir debout sur une roche quelque berger échappé de ^Valter Crâne.
Parfois l'Invisible s'éloigne de nos jeux.
Une visite le met en fuite, ou l'apparition détestée de nos voisins, les Enfants Sages, en gilets de velours et bonnets de crépon gaufré.
Le soleil cuisant blêmit, et les flèches de l'averse tombent par
myriades, si froides et si drues que nous rentrons transpercés.
Il est là, l'Espiègle qui rit dans la flambée tandis que les petits changent leurs vêtements détrempés contre de moelleuses capuches. Il flotte par la maison dans l'odeur des perses fanées, et du goûter qui s'apprête...
Lorsque le soir tranquille descend sur les champs, Claude est assis à la turque devant l'âtre et ramène ses pieds nus chaussés de babouches sous sa douillette mamelouke. Il médite. Son ombre esquisse
sur le mur une danse guerrière. N'est-ce pas toi, Invisible, qui te glisses p-rès de lui, effleures doucement ses paupières? Le feu crépite, Claude sursaute, cherche à tâtons sa lumière et s'en va poursuivre en rêve les jeux et les immenses projets qui tiennent en une journée.
Maggie.
Robe de petit dîner
Modèle Buzenel
LA MODE ET LE BON TON
C ,E que sera la mode de l'été ? Elle sera ce que chaque femme voudra, laide et jolie suivant le goût et l'audace des unes et des autres ; cependant la caractéristique, c'est-à-dire ce qu'un peu tout le monde adoptera c'est le costume trotteur fait de pièces et de morceaux, commencé Dieu sait où, fini... on l'ignore davantage encore.
| ES cover-coat, les côtelés, les serges, les draps légers et croisés, serviront à ce genre de costume dont les jupes ne laisseront presque plus la possibilité de marcher. Certaines, (puisqu'on ne peut plus relever sa robe) seront ironiquement retroussées du bas, comme le pantalon du business-man. Sur la hauteur de l'ourlet, en bordure, ce relevé adoptera des allures de garnitures. Comme on voit là que notre goût "lassé de tout" comme le cœur du poète... Mais passons !
jf UPES montées avec ampleur que res- ' serre une patte à boucle, tout comme la culotte de Foottit ; jupe à poches à revolver (signe des temps '.) ; jupes lacées sur les côtés, froncées en store au milieu des devants avec gros gland de tapissier retombant dans l'espace libre, nous aurons des imprévus de jupes, à l'infini. Toutes sont heureusement ou drôlement troussées, ce qui occasionne plus d'une fois le joli mouvement de faire sauter en l'air les basques de sa jaquette, pour dire en se retournant: " O regardez, chère, l'amour de jupe que j'ai choisie.
Il est vrai qu'à part quelques réminiscences d'habits Louis XV, assez longs, elles ne seront pas gênantes à faire sauter, les basques " pour rire " de nos jaquettes dont quelques-unes ont l'air de l'habit de
Chocolat ", court devant à l'excès, et finissant en petite queue de morue par derrière.
A VEC ses apparences de démence, la mode a sa raison, et si elle voulait nos devants de jaquettes si courts, c'est qu'elle tenait à imposer les gilets, mais oui, les fameux gilets qui se pressent en foule, tous si jolis, que nous en aurons désormais des centaines, variés, clairs, sombres, anciens, paysans, grands seigneurs et Dandys.
T E plus chic pour le moment c'est le gilet d'habit, des hommes, en satin blanc, s'ouvrant en vol d'hirondelle sur la jupe, un peu plus bas que la taille.
Quelques-uns ont la partie du dos assortie et se conservent sur la blouse, une fois la jaquette retirée.
IDOUR les après-midi de danses ou de goûter au Bois, nous aurons des taffetas clairs, sans ornements ni broderies qui donneront sur les pelouses immenses, des réminiscences de Trianon, mais un Trianon retouché par Lepape, modernisé, simplifié, exquis, où la draperie jouera le rôle principal. Taffetas puce, rose vif, noir ou taupe, c'est pour l'été l'étoffe remise en honneur que piquera au corsage ou dans
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un retroussé de la jupe, une ou plusieurs fleurs de laine tricotée ou de satin froissé.
1T ES transparences, au corsage, n'auront jamais été plus voulues à l'instar de Dorine, et c'est infiniment joli, contrastant avec la partie du dos très montante, que complète le plus souvent, une ruche de tulle, raidie par un laiton.
QUANT aux ceintures des robes habillées, elles varieront presque autant que nos gilets, mais la préférence va surtout à la ceinture de Cléopâtre, ceignant les reins et enroulée par deux fois, avant que de venir se nouer derrière, à hauteur des genoux. Souples et fournies pour se froisser en plis nombreux, il les faut de crêpe de Chine, de satin Liberty ou de voile Ninon, toujours alourdies de franges ou de glands à leurs pans.
On parle beaucoup des robes longues, sinon à traîne, du moins retombant en tulipe sur le sol ; j'en ai vu non pas dehors, mais dans les réunions de l'après-midi, balayant nonchalamment les lames miroi-
tantes du parquet. C'était joli là, mais que sera-ce à la mer ou sur champ de courses... C'est l'avenir, pas très lointain au reste ! qui va nous l'apprendre.
1VTOS chapeaux seront étroits et hauts, quelques-uns adorablement ébouriffés de coques de tulle ou de dentelle, d'autres ridicules et laids sous le hérissement d'une famille d'aigrettes en fureur, qui communique au visage un air agressif.
Le retour aux petites formes qu'affectionnèrent les impressionnistes, semble séduire les originales, mais l 'inquiétant, c'est que ce sont les moins jeunes qui s'en parent, alors que pareille audace ne conviendrait guère qu'aux adolescentes...
Quand donc les femmes apprendront-elles à se connaître? Il existe pourtant, le miroir Malin... dans les yeux des bonnes amies.
Moins compliqué à atteindre que celui du fond de notre sac, il mérite que nous le consultions, aussi souvent que possible; celui-là ne trompe jamais, croyez-moi.
Le Bon Ton.
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Mantelet d'après-midi
Modèle Zimmermann
EXPLICATION DES PLANCHES
PI. I. — Robe de soirée en marquisetle lamée d'argent. Manteau de soie brochée à grands
dessins. ,
PI. IL — Ce costume tailleur est composé d'une jaquette en forme de blouse serrée à la taille par une ceinture fermant derrière. La jupe est étroite et garnie dans le haut d'un drapé en forme de pannier.
PI. III. — Habit d'homme en épingle. La cape est de drap noir à grand col. Doublure de soie noire.
PI. IV. — Robe de printemps de Paul Poirel, en crépon blanc. La tunique est en linon; le chapeau de paille de riz est garni de satin noir et de petites fleurs également en linon.
PI. V. — Robe d'après-midi de Redfern en drap du Pôle à impressions. Jaquette enveloppante, fermée par un seul gros bouton d'où pend une écharpe; des manches pendent deux glands.
PI. VI. — Robe de soirée de Worth en salin ondoyant doublé de liherty et garni de chantilly. Echarpe de mousseline noire retombant sur la robe.
PI. VII. — Robe de Cberuit pour la promenade, en serge à carreaux Ecossais Verts et noirs avec petit saute-en-barque de salin noir bordé de petits biais en ruban picot.
PI. VIII. — Robe de Dceuillet en côte de cheval. Les revers du corsage sont de moire brodée de métal or et acier. Ceinture en pareil.
PI. IX. Robe de dîner de Doucel en taffetas glacé à dessin de petites roses à l'ancienne.
PI- X. — Ces deux tailleurs sont: l'un en "creed" l'autre en "corscrrti". Les deux jaquettes sont ornées de piqûres.
Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant.