X. Arnozan
Société de thérapeutique.
Du tannate de pelletiérine : M. Limousin. — Des diurétiques: MM. Maurel, Dujardin-Beaumetz, Constantin Paul et Duhomme. — De l’arenaria rubra : M. Vigier. — Le gui de peuplier et les stigmates de maïs comme agents diurétiques : M. Constantin Paul.
M. Limousin fait remarquer, à propos de la communication faite à la dernière séance par M. Dujardin-Beaumetz ( Gazette hebd., n° 27, p. 443) sur le tannate de pelletiérine, que d’après les recherches mêmes de M. Tanret on trouve dans celte substance quatre alcaloïdes, un premier alcaloïde cristallisable, un second cristallisable et deux incristallisables. 11 y a donc quatre alcaloïdes réunis au tannin, et ce composé ressemble exactement à la composition de l’écorce de grenadier. Or, M. Limousin n’est pas édifié sur ce point que les recherches de M. Dujardin-Beaumetz éclairciront peut-être plus tard, à savoir si chacun de ces alcaloïdes possède séparément le pouvoir ténifuge, ou s’il est nécessaire qu’ils soient réunis tous les quatre !
— M. Maurel (de Cherbourg) lit un mémoire sur l’action des diurétiques.
M. Dujardin-Beaumetz fait observer que les ntéressantes
recherches de M. Maurel viennent confirmer une opinion qui a été soutenue en thérapeutique, et que pour sa part il professe depuis longtemps, c’est que, à l’état physiologique, il n’existe pas en dehors de l’eau de véritable médicament diurétique, c’est-à-dire de substance ayant la propriété d’augmenter la quantité des urines. Certains corps peuvent augmenter les besoins d'uriner* mais sans pour cela faire croître la quantité de liquide rendue en vingt-quatre heures.
Mais, si à l’état physiologique il n’existe pas à proprement parler de médication diurétique, il n’en est pas de même à l’état pathologique, et à coup sûr dans les hydropisies certains médicaments, la digitale par exemple, augmentent dans des proportions très-notables la quantité des urines. Mais ici, il faut le reconnaître, l’expérimentation est des plus difficiles, car il faudrait non-seulement trouver des individus atteints au même degré de maladies du cœur identiques, mais encore ayant les reins dans le même état, ce qui est presque impossible. Cet état des reins joue en effet un rôle capital dans l’action des diurétiques dans les cas d’hvdropisie ; et chez le même malade les effets obtenus seront différents selon que les reins répondront plus ou moins bien aux diurétiques employés.
M. Dujardin-Beaumetz termine en montrant que cette question des diurétiques met bien en lumière l’impossibilité où se trouve la méthode expérimentale de juger l’action thérapeutique de certains médicaments, et que pour la bien apprécier il faut avoir recours à la clinique.
M. Féréol répond que M. Dujardin-Beaumetz est trop affirmatif en disant que les diurétiques n’agissent que dans les cas pathologiques; ainsi, par exemple, le vin blanc et le lait ne poussent-ils pas aux urines?
M. Dujardin-Beaumetz répond que ces propriétés diurétiques sont principalement dû à l’eau contenu dans le lait et le vin.
M. Constantin Paul, après avoir nettement déterminé le but qu’on se propose en déterminant la diurèse, insiste sur les divers moyens thérapeutiques employés. Il n’y a pas en effet de médication plus importante que celle qui concerne les diurétiques, aussi faut-il étudier avec soin leur administration et les caractères propres à chacun d’eux pour savoir exactement les résultats qu’on est en droit d’en attendre.
M. Duhomme fait remarquer que dans la quantité d’urine émise par un malade il faut tenir compte de l’état hygrométrique de l’air, de la température du corps et du degré de Iranspiralion.
M. Maurel répond qu’il a expérimenté sur des convalescents qui étaient tous à peu près dans les mêmes conditions de régime et qui étaient soumis à la surveillance la plus rigoureuse. Les malades n’étaient plus sous l’influence des accès de fièvre qui à eux seuls suffisent pour déterminer une diurèse abondante. Quant aux variations atmosphériques, ayant expérimenté pendant 450 jours, il peut donc dire que ses variations ne peuvent entrer en ligne de compte dans la moyenne des résultats obtenus.
— M. Vigier présente au nom de son frère, M. F. Vigier , un mémoire sur l’arenaria rubra (sabine rouge) comme agenl diurétique. Déjà en 1878, M. le docteur Bertherand dans le Bulletin de la Société des sciences d'Alger était arrivé ans conclusions suivantes à la suite d’une série d’expériences :
1” L’arenaria rubra jouit de propriétés actives et efficaces contre le catarrhe vésical aigu ou chronique, purulent ou sanguinolent, contre la dysurie, la cystite et la gravelle urique.
2° Son emploi facilite l’évacuation de graviers et constitue ainsi un calmant prompt et énergique des coliques néphrétiques.
3° Son usage est inoffensif.
M. Vigier a voulu reprendre toutes ces expériences : donnant d’abord quelques détails sur l’origine de cette plante, il
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dil que l’arenaria rubraest très-abondante dans les terrains sablonneux et pierreux des environs d’Alger. Elle se compose d’une racine pivotante blanchâtre, d’une tige rameuse, étalée, de 12 à 20 centimètres de haut; ses fleurs sont roses et produisent de nombreuses graines renfermées dans des capsules ovales uniloculaires. Traitée par l’alcool, l’arenaria rubra donne une solution d’une belle couleur vert émeraude qui laisse par évaporation de la chlorophylle et un produit résineux à odeur de benjoin. L’alcool à 60 degrés dissout une matière extractive contenant des cristaux de chlorure de sodium : on ne trouve aucun alcaloïde.
La sabine étant surtout efficace lorsqu’on l’administre en tisane à la dose de 30 pour 1000, il est utile de connaître exactement ce qu’elle cède à l’eau distillée.
100 grammes de plante sèche épuisés par l’eau bouillante donnent 33 grammes d’extrait mou et 24 grammes d’extrait sec. Cet extrait sec calciné donne 8“r,72 de cendres. Ces cendres sont très-hygrométriques et contiennent pour 100 :
Silice, oxyde de fer, chaux, magnésie, acide phos-
phorique . 12,5
Acide sulfurique . 4,9
Chlore . 16,4
Potasse . 26,9
Soude . 24,9
Acide carbonique et eau . 14,7
Total . 100,9
100 parties de plante cèdent à l’eau :
Silice, phosphate de chaux, phosphate de magnésie et do fer, carbonate de chaux . 1,09
Chlorure de sodium . 2,31
Sulfate de soude . 0,75
Carbonate de soude . 1,06
Carbonate de potasse . 3,40
En résumé, VA. rubra agit par la forte proportion d’alcalis qu’elle renferme et par ses principes résineux aromatiques.
La meilleure préparation pharmaceutique est la décoction. Ce soluté d’une couleur jaune rougeâtre est faiblement salé, mais non désagréable au goût, sa réaction est légèrement alcaline. Pour les personnes qui ne pourraient faire la décoction, M. Vigier propose les préparations suivantes :
Extrait aqueux d’arenaria . 10 grammes.
Sucre pulvérisé . 30 —
Divisez en cinq doses (équivalant à un litre de tisane) à prendre dans cinq verres d’eau dans la journée.
Ou bien :
Extrait aqueux d’arenaria . 10 grammes.
Glycérine pure . 5 — ■
Eau distillée . 85 —
A prendre cinq cuillerées par jour dans cinq verres d’eau (équivalent de un litre de tisane) : cette dernière préparation se conserve bien.
M. Landowslci a beaucoup entendu parler de cette plante pendant son séjour en Algérie ; elle était prônée par un Maltais qui en faisait un remède secret contre les hydropisies. Elle était très-employée à Alger dans les cas de gravelle et de rhumatisme. Il a vu un cas de gravelle très-amélioré à la suite de ce traitement. Mais les effets diurétiques doivent être aussi attribués à l’énorme quantité d’eau qu’on est obligé d’ingérer, si on se sert de l’infusion ; peut être l’extrait a-t-il de véritables propriétés diurétiques.
M. Constantin Paul dit que l’arenaria paraît emprunter aux sels de la mer, aux bords de laquelle elle croît si facilement, ses propriétés diurétiques, absolument comme la pariétaire qui emprunte le nitrate de potasse aux murs sur lesquels elle se fixe.
— M. Constantin Paul a expérimenté deux autres agents qui passent pour être diurétiques, le gui de peuplier, et les stigmates de maïs. Pour le gui de peuplier, M. Constantin Paul a vu un fait assez probant : une malade atteinte d’hydropéritonite, à laquelle il a fait plusieurs ponctions consécutives, fournissant chacune 40 et 50 litres de liquide, prit chaque jour une infusion de 75 grammes de gui sec, pour 1 litre d’eau; la malade rendait chaque jour 3 litres d’urine. Pendant près de trois mois, cette plante a exercé une action diurétique réelle.
Quant aux stigmates de maïs, on a dit en avoir obtenu d’heureux résultats sous forme de décoction (trois verres par jour) dans des cas de gravelle : on devait obtenir, d’une part, une action diurétique, et d’autre part, une diminution des accidents de la gravelle urique; or, M. Constantin Paul les a administrés à un certain nombre de malades, sans en avoir obtenu de résultat bien certain, aussi les a-t-il abandonnés.
M. Vigier. Ce n’est pas une raison parce qu’une plante pousse dans un terrain spécial, pour qirelle emprunte à ce terrain des agents spéciaux; ainsi le pavot cornu qui pousse dans le sable de la mer ne contient pas trace de chlorure de sodium, mais simplement de la silice* et du carbonate de soude.
M. Limousin a souvent été consulté sur le meilleur mode de préparation de stigmates de maïs ; il ne sait pas comment les employer; il serait bon cependant d’être fixé à cet égard.
— M. le professeur Hardy est nommé membre honoraire de la Société de thérapeutique.
Dl Joseph Michel.
REVUE DES JOURNAUX
Emploi de la racine «le gelsemium comme an tinc vrai-
gique, par le docteur Massini.
En 1878, M. Massini a employé dans plus de 80 cas de névralgie faciale la teinture de racine de gelsemium au cinquième ; il l’administre par doses de 20 gouttes qu’il espace de demi-heure en demi-heure.
D’ordinaire, la première dose procure déjà du soulagement; 60 gouttes déterminent le plus souvent une rémission considérable et même une cessation définitive des douleurs. Quand il s’agit d’une simple névralgie rhumatismale des branches alvéolaires du trijumeau, ce médicament est rarement inefficace ; il en est de même dans l’odontalgie qui suit parfois le plombage des dents et dure plusieurs jours.
En revanche, l’efficacité en est douteuse, lorsqu’on a affaire à une ostéite ou à une périostite maxillaires.
Massini a noté un peu de lourdeur de tête chez un garçon de seize ans qui en avait pris 60 gouttes, dose totale qu’il ne conseille de dépasser qu’en exerçant une surveillance soigneuse sur le patient. Quatre fois il a vu survenir des douleurs oculaires et un peu de ptosis et de dilatation pupillaire.
Il a pu faire prendre le gelsemium plusieurs jours consécutifs sans inconvénients pour les malades. L’élimination par les urines est rapide. ( Revue des sciences médicales, 15 avril 1879.)
De l’acide borique dans le traitement des affections cutanées, par le professeur Neumann.
L’auteur recommande l’usage externe de l’acide borique dans le pityriasis versicolor, l’herpès tonsurant, le prurit cutané et l’urticaire. Il emploie souvent une solution alcoolique de 1 sur 30 avec addition de glycérine et de quelques
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gouttes d’huile de girofle. D’autrefois il prescrit une pommade faite d’acide borique, de parafine, de cire et d’huile.
Cette dernière pommade étendue sur de la toile et appliquée sur la partie malade est très-efficace dans l’eczéma. (< Journal des sciences médicales de Louvain, mars 1879.)
Statistique de 50 cas d’ovariotomie, par le docteur SCHRŒDER.
L’auteur rapporte 50 observations d’ovariotomie dont 43 ont été suivies de guérison. Les opérations ont toutes été pratiquées à Thôpital et le pansement de Lister a été employé dans tous les cas. Les 7 morts proviennent de cas particulièrement difficiles et compliqués. Dans 2 observations l’existence d’une grossesse n’a pas empêché une terminaison favorable. L’auteur recommande même instamment d’opérer dans les premiers mois de la grossesse pour éviter à la femme le péril résultant de la coexistence d’une tumeur ovarienne et d’une grossesse. (Berliner med. Woch., n° 1, 1879.)
De l’hydrate de chloral et de l’oxyde tic zinc dans les affections intestinales aiguës des enfants, pal’ le docteur James Tisou.
L’auteur se loue beaucoup de l’emploi combiné de l’hydrate de chloral et de l’oxyde de zinc dans les cas d’irritation intestinale, diarrhées infantiles, diarrhées d’été, chez les tout petits enfants, etc. Il administre le chloral en lavement, et
l’oxyde de zinc par les premières voies. En même temps, régime diététique sévère. Voici deux de ses formules favorites :
Pr. Hydrate de chloral . l3r,50
Eau amidonnée . 60»”, 00
M. F. Une solution.
Une cuiller à café à une cuiller et demie pour un petit lavement répété deux à trois fois par jour. D’autre part, il donne toutes les cinq heures une cuiller à café de la mixture
suivante :
Pr. Oxyde de zinc . t»r,50
Poudre de gomme (ââ) . 73',50
Sucre blanc . î
Lactopcptine . 3'Jr,50
Eau ae cannelle . 32‘Jr,00
(Journal des sciences médicales de Louvain, janvier 1879.)
BIBLIOGRAPHIE
I . Leçons sur les affections de l'appareil lacrymal, comprenant la glande lacrymale et les voies d’excrétion des larmes, professées par M. F. Panas. — Paris, 1877, V. A. Delahaye et Cic.
II. Leçons sur les kératites, précédées d’une Etude sur la circulation, l’innervation et la nutrition de l’œil, et de l’exposé des divers moyens de traitement employés contre les ophthalmies en général, professées par M. F. Panas. — Paris, 1876, V. A. Delahaye et Ci0.
III. Leçons sur les maladies inflammatoires des membranes internes de l’œil, comprenant l’iritis, les choroïdites et le glaucome, professées par M. F. Panas. — Paris, 1878, V. A. Delahaye et Cio.
IV. Leçons sur les rétinites, professées par M. F. PANAS. — Paris, 1878, V. A. Delahaye et Cic.
La Faculté a enfin comblé une grave lacune de son enseignement en donnant avis favorable à la création d’une chaire d’ophthalmologie. Il était regrettable que cette partie de la
chirurgie qui, depuis plusieurs années, a fait des progrès si incontestables, n’eût point de représentant officiel.
L’importance du sujet, l’intérêt qui s’y attache, l’étendue desconnaissances un peuspéciales qu’il comporte, indiquaient depuis longtemps la nécessité de cette création.
La place consacrée naguère dans les cours officiels à l’ophthalmologie était singulièrement restreinte. Malgré leur compétence et leur talent d’exposition, les professeurs de chirurgie générale ne pouvaient donner une étendue suffisante à leur enseignement qui, malgré tout, restait purement dogmatique. L’initiative privée, sollicitée et encouragée par les besoins réels de la pratique, avait profité de cet état de délaissement et d’abandon, pour conquérir des situations difficiles à disputer aujourd’hui.
Malgré le bon vouloir et l’activité de ses représentants, l’Ecole, se laissant distancer sur le terrain de l’ophthalmologie, avait perdu peu à peu cette suprématie du savoir et de l’habileté qu’elle émission de maintenir; elle avait presque abdiqué entre des mains étrangères l’enseignement complet d’une des branches les plus considérables et les plus utiles de notre art.
Il faut convenir’, à sa décharge, qu’il existait un cours complémentaire des maladies des yeux. Mais le professeur qui en était chargé manquait presque toujours, malgré sa nonne volonté, des moyens matériels capables d’en assurer le succès. La création d’une chaire répondait donc à un besoin réel et donnait satisfaction à de sérieux intérêts, lorsque parut le décret qui l’instituait.
S’il est vrai que les lois et les mesures qui en assurent l’effet sont le reflet des mœurs d’une époque et l’expression de ses besoins, aucune n’aura jamais été mieux accueillie du monde médical. Quant à la nomination qui la fait passer au rang des faits accomplis, aucune autre n’aurait davantage mérité les suffrages. C’est vraiment le consentement unanime qui aura porté M. Panas à sa haute et nouvelle situation.
Chargé depuis longtemps déjà de ce cours complémentaire qui manquait si malheureusement de tout prestige, il utilisa les années de son long noviciat en accordant aux affections oculaires une large place dans les divers services hospitaliers qu’il fut appelé à diriger. Son enseignement et son habile pratique, qui n’avait rien à envier aux spécialistes les plus renommés, lui avaient déjà concilié les sympathies de nombreux disciples. De plus, une série de publications scientifiques, éditées sous forme de leçons, lui assurent la reconnaissance des praticiens et de tous ceux qui sont désireux de s’instruire. Sous ce titre modeste, en effet, le professeur a publié une série de monographies remarquables sur les diverses branches de l’oculistique. Complétées plus tard et réunies, elles formeront un des traités les plus concis, les plus clairs, que possède la science ophtalmologique. Commencée depuis longtemps déjà, la série se complète peu à peu, et ces dernières années ont vu paraître quelques fascicules importants dont nous devons une rapide analyse aux lecteurs de la Gazette.
En 1876 et 1877, est parue l’Histoire des maladies de l’appareil lacryrndl et de la cornée. Voyons rapidement le plan suivi par l’auteur dans son exposition.
Les lésions de la glande lacrymale sont exposées d’abord : les inflammations de cet organe, les plaies, les fistules sont étudiées successivement; puis ensuite vient la description des kystes et des autres tumeurs, i Remarquons que le chapitre des néoplasmes de la glande est plein d’intérêt. L’auteur a rangé sous le nom général d’hypertrophie une série de tumeurs décrites ainsi par divers auteurs, mais qui semblent, à ce qu’il paraît, de natures bien différentes.
Des adénomes, des combinaisons de l’adénome avec le sarcome, ont dû être comprises dans cette classe un peu élastique des hypertrophies glandulaires. Par sa structure la glande lacrymale offre avec certaines autres glandes en grappes
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une analogie qui autorise vraiment à admettre des affinités pathologiques correspondantes. Au point de vue exclusivement clinique, serait-il possible tout au moins de distinguer des tumeurs bénignes ou relativement bénignes des néoplasies envahissantes?
L’extirpation de la glande lacrymale est décrite avec un soin qui parait particulièrement utile à une époque où nonseulement elle est conseillée (ce qui date de loin déjà) pour combattre certains épiphoras incurables, mais encore pour combattre des formes rebelles de la kératite.
Eu réfléchissant à la structure de la région intéressée, on ne peut qu’approuver le conseil de ne réunir qu’incomplètement la plaie, pour permettre aux liquides un écoulement facile. Une pratique opposée a été suivie de phénomènes phlegmoneux graves.
Le précis anatomique qui précède l’étude des maladies de l’appareil excréteur des larmes met bien en relief les obscurités qui ont si longtemps plané sur le mode de son fonctionnement. M. Panas admet que les actions combinées de la capillarité et du musclé de Horner, agissant sur la paroi mobile dû sac, suffiseni à l’introduction et au cheminement des larmes. La tension négative de l’air des fosses nasales pendant l’expiration, que Sédillot avait signalée autrefois, serait une cause adjuvante dont il faut tenir compte.
La pathologie du sac lacrymal et du canal nasal, telle est la partie très-intéressante et très-pratique de ce fascicule; celle qui de beaucoup retient le plus longtemps l’auteur, bien que les imperforations congénitales des conduits lacrymaux, les dacryolithes, les polypes, les lésions traumatiques, qu’elles atteignent les muqueuses seulement ou intéressent en même temps le squelette, donnent lieu à d'importantes mais rapides considérations.
Les points saillants de l’histoire des dacryocystites, dont la pathogénie a toujours sollicité l’attention des chirurgiens, sont bien mis en relieL L’inflammation joue un grand rôle dans le développement de la tumeur lacrymale, mais à côté de ce processus morbide se montre un autre élément aussi constant qu’elle, le rétrécissement du canal nasal.
Cette atrésie est-elle primitive, est-elle le point de départ des accidents phlegmasiques, ou bien, au contraire, ne faitelle que les suivre ? Il y a bien une loi de physiologie pathologique qui souffre à peine des exceptions. C’est que les conduits rétrécis offrent constamment des altérations inflammatoires au-dessus du point coarcté.
Il faut prendre garde, d’autre part, que l’inflammation est une cause active de rétrécissement. Aussi l’auteur conclut-il que l’obstruction primitive est exceptionnelle et ne se rencontre que dans les cas de dacryolithes, de tumeurs diverses (polypes, exostoses). La cause de l’immense majorité des dacryocystites ne doit être recherchée que dans une phlegmasie primitive.
, Le traitement très-largement détaillé contient la description des méthodes et des procédés qui ont été récemment proposés pour remédier à cette affection si rebelle, et qui souvent après sa guérison laisse un épiphora persistant. Il semblerait presque, conclut M. Panas, que la maladie imprime pour toujours ■aux organes qu’elle a une fois frappés des modifications de structure qui les rendent inaptes à remplir désormais leur . rôle de conduits vecteurs.
II. Les leçons sur les kératites sont précédées d'une étude sur la circulation, l’innervation et la nutrition de l’œil, et des divers moyens de traitement employés contre les ophthalmies en général.
Ici les chapitres qui ont trait à la pathologie pure sont précédés d’un exposé anatomo-physiologique qui était bien indiqué à cette place. Avec les kératites commence la description d’une série d’affections dans la pathogénie desquelles le système nerveux joue un grand rôle.
L’innervation du globe oculaire a été étudiée avec une sorte de prédilection par bon nombre de physiologistes. Peu d’or¬
ganes se prêtent mieux que lui à l’analyse du fonctionnement des différents nerfs qui s’y distribuent. Nerfs moteurs, nerfs vasculaires, nerfs trophiques, tous peuvent être interrogés dans leurs fonctions simultanées ou individuelles.
M. Panas est arrivé à cette conviction, avec bon nombre d’auteurs, du reste, qu’il existe des nerfs qui, en dehors de toute action vaso-motrice ou de sensibilité, exercent une influence capitale sur la nutrition de l’œil. On a pu déterminer que les filets trophiques abordent l’organe par la branche ophthalmique de Willis, et qu’ils sont surtout fonnés de tubes dont le lieu d’origine est le ganglion de Gasser. En sectionnant diverses parties du tronc principal, Schiff et Meissnar ont démontré que les tubes trophiques sont contenus dans la partie interne de cette branche, puisque constamment des troubles nutritifs graves se sont montrés après la section de cette région du nerf, sans que la sensibilité générale fût ellemême affectée.
De ces données, ainsi que des expériences pratiquées sur le grand sympathique, découlent des considérations pleines d’intérêt sur la sécrétion des liquides intra-oculaires, sur Y hypertonie et l'hypotonie qui en proviennent.
Comme Lebert, M. Panas pense que les procès ciliaires de la choroïde sont les agents de la sécrétion de l'humeur aqueuse. L’excès de tension reconnaîtrait du reste plusieurs facteurs. Non-seulement la sécrétion se trouve exagérée dans ces cas par irritation des nerfs sécréteurs, mais il y a de plus un obstacle tout à la fois à l’absorption et à la circulation du sang veineux.
Une courte analyse affaiblirait trop les chapitres consacrés à l’étude des moyens employés dans le traitement des ophthalmies en général. Les divers effets de l’atropine et de la fève de Calabar, ainsi que leur appropriation thérapeutique, de la morphine, des scarifications conjonctivales, de la péritoinie, des ventouses, des sangsues, des vésicatoires, du séton, du chaud, du froid, de la paracentèse de la chambre antérieure, de la sclérotomie, de' l’iridectomie, etc., sont exposés avec un grand luxe de détails scientifiques et pratiques tout à la fois.
Ce n’est qu’après cette intéressante partie du livre que l’auteur entre dans le cœur du sujet. Après une description anatomique de la cornée, les diverses formes de l’inflammation de cette membrane sont passées en revue, et examinées successivement dans leurs causes, leurs caractères objectifs, leur nature et leur traitement : les kératites lymphatiques (kératite herpétique, eczémateuse, pustuleuse, phlycténulaire des auteurs), l’herpès de la cornée, les kératites vasculaires ou pannus, la kératite interstitielle diffuse ou pointillée. Viennent en dernier lieu les formes suppuratives si graves, abcès de la cornée, hypopyon kératitis, ulcus corneœ serpens, de Roser. Signalons à propos de l’étiologie des abcès de la cornée les expériences de Slromeyer, qui tendraient à faire admettre que les causes banales de la kératite, comme les traumatismes divers de la cornée, ne donneraient lieu à cette grave maladie qu’à la suite du contact d’agents septiques. Si dans des lésions simples de la cornée on inocule divers agents tels que le leptothrix buccalis, des parcelles de muscles putréfiés, le caractère de la maladie revêt des caractères fâcheux et prend aussitôt une extension considérable. Il se développe concurremment un catarrhe conjonctival qui a pris les caractères de la blennorrhagie.
Quant à l’ulcère rongeant que Sæmisch veut distinguer de la kératite à hypopion ordinaire, un certain nombre d’auteurs pensent qu’il n’y a pas lieu de le faire et considèrent ces deux affections comme identiques.
Une dernière leçon sur la kératite ponctuée, descemétite, aquo-capsulite, dont les relations avec le rhumatisme blennorrhagique sont admises, et appuyées sur des preuves, termine ce volume si rempli.
Ai-iA Marchand. "
(A suivre.)
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VARIÉTÉS
Nécrologie.
M. Pingaud. — Nous apprenons avec un bien vif regret la mort presque subite de notre collaborateur et ami le docteur Pingaud, agrégé libre du Val-de-Grâce, médecin-major de 1" classe à l’hôpital militaire de Sétif. Chirurgien distingué, opérateur habile, d’un sang-froid et d’une expérience consommés, Pingaud avait acquis déjà bien des titres à l’estime de ses contemporains. Il avait écrit dans la Gazette hebdomadaire et dans le Dictionnaire encyclopédique des articles remarqués. Ses leçons cliniques à l’Ecole du Val-de-Grâce et ses conférences pratiques avaient fait entrevoir à ses élèves ce qu’il était permis, dans l’avenir, d’attendre de son talent et de sa laborieuse ardeur. Son caractère, d’une franchise parfois imprudente, mais toujours loyale, ne lui avait jamais aliéné la sympathie de tous ses collègues. Atteint depuis quelques mois d’une ophthalmie granuleuse, il s’était vu condamné à renoncer, momentanément du moins, à la pratique chirurgicale. Son découragement, a peut-être contribué à hâter sa fin. Il vient d’être emporté à l’âgè de trente-neuf ans par un accès de fièvre pernicieuse.
— Un autre de nos confrères de l’armée, ancien agrégé du Valde-Grâce, M. le docteur Lecomte, médecin principal de lro classe, vient aussi de mourir à Gamaches (Somme) dans sa cinquante-quatrième année. M. Lecomte avait brillamment conquis tous ses gradés militaires. Il avait publié dans le Recueil des mémoires de médecine militaire et dans les Archives générales de médecine des travaux de chirurgie et de physiologie pathologique intéressants. Sa mort est une perte sensible pour le corps de santé de l’armée.
— M. Chardon-Lagache, ancien négociant, vient de mourir
à AuteUjl. Il avait fondé dans cette commune et laissé à là ville dé Paris un-grand hospice pour la vieillesse, qui lui avait coûté, dit-on, deux mimons .
Clinique chirurgicale de l’Hôtel-Dieü. — M. Richelot, agrégé, remplaçant M. le professeur Richet, continuerases leçons cliniques, à partir du 15 juillet, les mardis et samedis, à la même heure.
- FièVre jaune. — ; Washington, 14 juillet : Le comité sanitaire de Washington a pris des mesures pour empêcher la fièvre jaune de se propager, dans les Etals du Sud. A Memphis, dans la nuit dernière, on a constaté deux cas de fièvre jaune suivis de mort. Samedi, à Charleslon, il y a eu 15 décès par suite d’insolation.
Légion d’honneur. — Ont été promus ou nommés :
Au grade d’officier : MM. Armièux (Louis-Léon-Cyrille), médecin principal de lrc classe ; Moulié (Marc-Antoine-Gustave), médecinmajor de lro classe; Alezais (Jean-Hyacinthe), médecin-major de 1” classe; Mauêhè (André-Màrcelin-Edouard), médecin-major do lro classe; Jaiiin (Joseph-llippolyle), médecin-major de lrn classe; Gheüx (Pierre-Antoine-Mariè), pharmacién-major de lrc classe.
Au grade de chevalier : MM. Laurens (Ernest-Benjamin-Elie), médecin-major de lrc classe; Renaud (Alphonse), médecin-major, de 2e classe; Carayon (Augustin-Arthémon), médecin-major de, 2° classe; Planque (Jules-Alexandre), médecin-major de 2“ classe; Protain (Auguste- Léopold), 'médecin-major de ‘2° classe; Figuier (Jean-Pierre-Albin, pharmacien-major de 1" classe; Àubrit (Philippe), pharmacien-major de 2° classe; Dùbourdeaux (Pierre-Antoine),- vétérinaire; Gillibert (Gratien-Joseph-Ravmond), vétérinaire ; Roques (Jeart-Pièrre)y vétérinaire ; Voyer (Jean-Théodore), vétérinaire; Fla'niens (Antoine), vétérinaire.
Académie^ royale de médecine de Belgique. — L’Académie royale de médecine de Belgique, dans sa séance du 28 juin 1879, à procédé à l’élection dé correspondants étrangers, dont plusieurs occupent des positions très-éle'véés dans notre pays. Sont élus : MM. Baudon (J.), médecin-major- de. 1™ classé au 1er régiment d’artillerie, à Bourges; Charcot (J.-M.), professeur à la Faculté de médecine de Paris; Esmarch(F.), professeurà l’Université deKiel ;
Gallard (T.) , médecin de l’hôpital de la Pitié, à Paris ; Lemoigne (A.), professeur à l’Ecole royale supérieure d’agriculture de Milan; Méhu(C.), pharmacien de l’hôpital Necker, a Paris; Ranvier (L), professeur au Collège de France, à Paris; Schitf (M.), professeurà l’Université de Genève.
État sanitaire de la ville de Paris :
Du 3 au 10 juillet 1879, on a constaté 805 décès, savoir:
Fièvre typhoïde, 17. — Rougeole, 13. — Scarlatine, 1. Variole, 11. — Croup, 14. — Angine couenneuse, 15. — bronchite, 33. — Pneumonie, 48. — Diarrhée cholériforme des jeunes enfants, 20. — Choléra nostras, 0. — Dyssenterie, 1. — Affections puerpérales, 7. — Erysipèle, 2. — Autres affections aiguës, 183. — Affections chroniques, 367 (dont 147 dues à la phthisie pulmonaire.) — Affections chirurgicales, 39. — Causes accidentelles, 34.
SOMMAIRE. — Paris. Académie de médecine : Séance publique annuelle. -Tiltvaux originaux. Physiologie pathologique : Recherches expérimentales sur l’infection et l’immunité vaccinales. — CORRESPONDANCE. Sur la déviation conjuguée. — Sociétés savantes. Académie des sciences. — Académie do médccii|c.
— Société de chirurgie. — Société de hiologio. — Société de thérapeutique. - Revue des journaux. Emploi de la racine de gclsemium comme an li névralgique.
— Do l'acide borique dans le traitement dos afloctions cutanées. - Statistique île 50 cas d’ovariotomie. — De l’hydrate do cillerai et do l’oxyde de zinc dans les afloctions intestinales aiguës. — üidliocuapiiie. Leçons sur les aiïcclions do l’appareil lacrymal. — Variétés
G. Masson, Propriétaire-Gérant.
OUVRAGES DÉPOSÉS AU BUREAU DU JOURNAL
é élémentaire de pathologie externe, par E. Folliii et Simon Duplay. Tohie VI, c. 1. Paris,, G, Masqon; 4fr.„
üe l’emploi de l’hydrate de chloral dans le traitement de l'éclampsie puerpérale, le 'docteur Tcslut. Mémoire couronné par l’Académie de médecine do Paris.: I. in-4, avec une planche chroraolithographiéoi Paris, G. Masson. 4fr.
Contribution A l’élude des troubles rcspirhlbirès dans les laryngopathies syphili- . — ujjH||j|r -ein-8. Paris, G. Masson. Sfr.
Fragments de philosophie médicale. Leçons d’introduction aux études médicales. Discours et notices, parle doctourCh Schiitzenborger. I vol.gr. in-8doG5G pages. Paris, G. Masson. 10 fr.
Fragments d'études pathologiques et. cliniques, parle docteur Ch. Schülzcnbcrger.
1 vol. gr. in-S de 750 pages et 13 planches coloriées. Paris, G. Masson. 15 fr. Leçons cliniques sur la contracture du col vésical, faites à la Faculté do médecins de Paris, par le docteur Dclcfossc, et recueillies par E. Piogey. In-8 de 110 pages! Paris, 1879, J.-B. Baillière et flls. 3 fr. 50'
Élude es .