ALGER
Places fortes :
Oran.
Alger.
Bone.
Presque toutes les villes sont entourées de murs.
1. Ces expressions sont empruntées au Manuel de Géographie, de Hunmiel (1816), livre destiné aux familles allemandes.
L'ALSAGE-LORRAINE.
"•^^ filmographie jihysîque. — Comme son nom l'indique, l'Alsace-Lorraine se compose de deux régions distinctes. L'Alsace est la moitié occidentale de la grande vallée rhénane entre Bâle et la Lauter. C'est un pays plat où rill recueille, pour les porter au Rhin, la plus grande partie des eaux qui forment les petites rivières torrentielles des hautes et pittoresques vallées Vosgiennes.
La Lorraine annexée occupe une partie du plateau adossé aux Vosges, que caractérisent les houilles de la Sarre et les salines de la Seille; c'est un pays beaucoup plus élevé, plus rude et moins riche que l'Alsace.
Réunion à la Franee. — Dans la partie de la Lorraine, aujourd'hui perdue, se trouvent en tout ou en partie, l'évêché de Metz, conquis par Henri II en 1552 ; le Luxembourg fra?igais '^ThionviUe), cédé par l'Espagne, au traité des Pyrénées, en 1659 ; la Lorraine allemande (pays de la Sarre), acquise par le traité d'Utrecht (1713).
Quant à l'Alsace, les traités de Westphalie (1648), nous en avaient donné la partie méridionale ; la ville libre et impériale de Strasbourg fut occupée en 1681, l'évêché acquisau traité de Ryswick (1697). LaRévolution réunit diverses parties de la province qui étaient restées aux princes de Wurtemberg, de Deux-Ponts et de Bade, et, en 1798, la république de Mulhouse demanda elle-même l'annexion.
Déjà avant 1S71, les traités de 1815 nous avaient enlevé Landau et les places fortes de la Sarre. En nous faisant perdre le reste. Napoléon m n'a donc fait qu'achever l'œuvre de Napoléon 1".
■'^^ Etiinograpbie. — La frontière des langues en Lorraine court un peu au sud de la frontière politique antérieure à 1870. En 1875, sur 1 200000 Lorrains, 400 000 au moins ignoraient l'allemand. En Alsace (800 000 h.) le dialecte est allemand ; mais plusieurs vallées des Vosges parlent exclusivement le français. La France, d'ailleurs, n'avait presque rien fait pour propager sa langue. Ce respect de la langue natale, quelque regrettable qu'il soit aujourd'hui, est peut-être une des causes qui lui ont le plus attaché les Alsaciens. A la veille de la guerre, ils étaient depuis longtemps français de cœur et d'adoption. Les Lorrains n'avaient jamais cessé de l'être.
^-'^ Prospérité sous le régime français. — Les traités de Louis XIV avaient maintenu en Alsace la plupart des anciennes institutions germaniques; elles furent supprimées par la Révolution, et les guerres de la République et de l'Empire resserrèrent encore l'union entre les deux versants des Vosges.
La liste est longue des patriotes illustres de Lorraine et d'Alsace (voir ci-après). C'est à Strasbourg, chez le maire, M. de Dietrich, qu'un jeune officier du génie. Rouget de l'Isle, chanta pour la première fois la Marseillaise, qu'il venait d'improviser. Cette ode guerrière, qui est devenue l'hymne civique de la Franco, s'apjKila d'abord, i cause de son origine, le chant de Y Armée du Rhin.
Enfin l'Alsace participait glorieusement avant 1870 à la vie écononiii[uc de la Franco. Pays de culture mtensive (lin, taijac, houblon), elle l'emportait, par sa prospérité agricole, sur l'Angleterre et la Saxe, et ne connaissait de rivale» que la Flandre et la Helgi(iue. Par ses
L'ALSACE-LORRAINE
usines métallurgiques, par ses filatures et ses tissages de laine et de coton, par le caractère tout français de son grand centre industriel, Mulhouse, par ses produits chimiques de Thann, sa bière de Strasbourg, elle alimentait notre marché, elle avait des clients dans la France entière.
IVouvel état économique. — En
transportant la frontière du Rhin aux Vosges et à la Seille, le traité de Francfort a complètement changé les conditions d'existence de l'Alsace-Lorraine. Ce pays s'est trouvé tout d'un coup privé de ses débouchés naturels par une ligne douanière ; il est aujourd'hui réduit à faire concurrence au delà du Rhin aux produits de l'Allemagne, moins beaux assurément mais aussi moins chers que les produits français.
En même temps, ses charges ont augmenté. La nouvelle administration allemande coûte trois fois plus que l'administration française. L'Alsace-Lorraine rapportait 65 millions à la France et en coûtait 20 par an ; elle a été cédée libre de dettes; aujourd'hui elle en a une de 25 millions ; en outre, après quatre ans de régime allemand, le budget de l'Alsace-Lorraine avait déjà un déficit de 10 millions.
iVouvel état social. — Au pénible malaise causé par le changement d'administration s'ajoute l'incertitude et l'obscurité des lois nouvelles.
Vinterdiction du français dans les écoles, les tribunaux et les assemblées politiques a troublé profondément les habitudes et les relations.
Mais le plus cruel fléau de l'annexion a été le dépeuplement causé par les options et Vémigration en France. En 1870, l'Alsace-Lorraine avait 1 600000 habitants; dès 1871, elle n'en comptait plus que 1517 000; en 1875, malgré l'immigration allemande, elle en a encore perdu 18 000, e;n dépit des efforts du gouvernement allemand, plus de 250000 Alsaciens-Lorrains se scmt expatriés.
La plupart sont des jeunes gens qui ne veulent point servir sous les drapeaux germaniques.
En 1878 et 1879, plus de 15000 inscrits ne se sont pas présentés à l'autorité militaire.
L'accroissement de la population de Strasbourg (104000 habitants au lieu de 84 000 en 1871), de Mulhouse (70 000 au lieu de 58 000) et d'autres villes ne doit pas tromper; il est dû à Ximmigration allemande.
Fif. 05. — Vue de Metz,
niouvcl état poiitifiue. — L'Alsace- Lorrame [Elsass-Lothriru/en] est terre d'em- ]jire (/{eicAs/nw(i) ; elle semble depuis 1879 jouir de son autonomie, et, depuis 1874, elle est représentée au parlement allemand. Ce ne sont là que des apparences. Le gouverneur général
(Statthalter), délégué de' l'empereur, possède tous les droits que donne k loi française de 1848 sur l'état de siège ; les fonctionnaires sont tous allemands et les directeurs d'arrondissements (Kreisdi"e>ctoren) absolument maîtres dans leur circonscription. La délégation provinciale (députés au Reichstag) est en réalité impuissante ; viciée dans son origine par la nécessité du serment de fidélité à l'empereur, elle n'a point la garantie de l'inviolabilité qui fait seule l'indépendance. Tous les députés appartiennent au parti de la protestation : en 1881, ils ont réuni 146 000 voix au lieu de 114 000 en 1878.
Situation de l'AIsace-Liirraine en Allemagne. — Glacis de l'Allemagne contre une tentative de revanche (on a dépensé plus de 500 millions en travaux militaires), l'Alsace-Lorraine est comme le gage de la durée du nouvel empire germanique : c'est pour la garder que doit subsister l'énorme machine militaire qui a fondé et qui soutient la domination prussienne, Mais aujourd'hui, mieux que jamais, l'Alsace-Lorraine, en dépit de l'annexion, se sent française dans le cœur. L'Allemagne a complètement échoué dans son œuvre de germanisation.
Les hommes illustres d'Alsace-Lorraine. —
Quelques-uns furent des artistes, la plupart des hommes d'action, tous des patriotes. Metz a produit au XVIIe siècle, le général Fabert et le graveur Leclerc, au XVIIIe, les généraux Gustine, Lassalle, Paixhans, le ministre Bouchotte, le diplomate Barbé- Marbois, l'aéronaute Pilâtre de Rosier, de nos jours Ambroise Thomas, le peintre Maréchal et le chimiste Barrai. — A Dieuze, naquit Edmond About; — à tsc/iwiller, le peintre Yvon; — à Sarrelouis, le maréchal Ney ; — à Sarreguemiiies, Montalivet.
Strasbourg, est la patrie de Kellermann, un des vainqueurs de Valmy, de Kléber, du préfet Valentin; Phalsbourg, du romancier Erckmann et du général Uhrich ; Colmar , du conventionnel Rewbell . du général Rapp et de l'amiral Bruat ; — Rouffach, du maréchal Lefebvre, duc de Dantzig ; — Obernai, de Mgr Freppel ; — Bernwiller, du peintre Henner ; — Molsheim, du général Westermann ; — Mulhouse, des Dolt'us et des Kœchlin, les fondateurs de l'industrie alsacienne.
Protestation des députés de l'Alsace et de la Lorraine, lue à la tribune de l'Assemblée nationale, à Bordeaux, le 1er mars 18H, par M. Grosjean :
« Les représentants de l'Alsace et de la Lorraine ont déposé, avant toute négociation de paix, sur le bureau de l'Assemblée nationale, une déclaration affirmant de la manière la plus formelle, au nom de ces provinces, leur volonté et leur droit de rester françaises.
» Livrés, au mépris de toute justice, et par un odieux abus de la force, à la domination de l'étranger, oous avons un dernier devoir à remplir. Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement. La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à tous et à chacun dans la forme et dans la mesure que lotre conscience nous dictera.
I » Au moment de quitter cette enceinte, où notre dignité ne nous permet plus de siéger, et maigre l'amertume de notre douleur, la pensée suprême que nous trouvons au fond de nos cœurs est une pensée de reconnaissance pour ceux qui, pendant six mois, n'ont pas cessé de nous défendre, et d'inaltérable attachement à la pairie dont nous sommes violemment arrachés. Nous vous suivrons de nos vœux el nous attendrons avec une confiance entière dans l'avenir, que la France régénérée reprenne le cours de sa grande destinée.
» Vos frères d'Alsace et de Lorraine, séparés on ce moment do la famille commune, conserveront à la France, absente de leurs foyers, une afifection filiale, jusqu'au jour où elle viendra y reprendre sa place. »