CHAPITRE XVI
L'EMPIRE DE RUSSIE
^o.v^i^;cLATl;llE puvsique
Latitude. — Asie occidentale et Afrique orientale.
Longitude. — Septentrionale : presqu'île ilelville ; — méridionale: lac Erié et île de Yéso.
Climat. - Très continental, sec, très chaud l'été et très rigi)ureux l'hiver. Dans le Nord, froids polaires, jours et nuits de six mois.
Golfes. — Baltique: de Bothnie, de Fnilaiide, de Livonie.
Presqu'îles.— 'le Kanine, de Laponie (0. glacial), de Finlande [Baltique), de Crimée [mer Noire),
Iles. — Océan glacial: Nouvelle-Zemble, Va'igatz, Kalgouev; — BaitiquK : Iles d'Aland, Uago, OEsel.
Montagnes. — Oural [moni Iremel, 1 536 mètres) ; Caucase (monts Eihrouz 5 646 mètres, et Kasbek 5 0J.0 mètres); — ondulations de la plaine (Valda'i, Slit mètres).
Fleuves. — Océan glacial et mer Blanche : Petcliora, — Mézen, — Dvina (Arkangel), — Onéga.
Baltique : Tornéa, — Néva {Sainf-Pétei-sbourg). — Duna (Itiga), — Niémen, — Vistule (Varsovie).
Mers Noire et d'Azov : Danube, — Dniester, — Bûug (Nicola'iev), — Dniéper (Kiev et Kerson) grossi à dr. du Pripet; — Don, grossi à dr. du Donetz; — Kouban.
Mer Caspienne: Térek, — Volga (Nijni-Novgforod. Kasaii, Saratov, Asti-akan), grossi : dr. de l'Oka (Rlazan), qui reçoit à g. la Moskova (Moscou) ; 2° à g. de la Kama (Perm). — Oural (Orenbourg).
Canaux établissant des communications entre toutes les mei's.
Lacs. — Knara, Onéga, Ladoga, Pei'pous; — lacs innombrables de Finlande.
KOMENCLATIJUE POLITIQUE
Superficie. — 5 400 000 kil. car. (France : 5-29 000).
Population. — 85 millions (France: 38); 16 hab. par kil. c. (Fr.: 71).
Divisions administratives- — La Russie d'Europe coiiipi'end trois grandes divisions : l'empire de Russie, leroyaume de Pologne{ensemble liO gouvernemonis), et le grand-duché de Finlande qui forme un 'Éiai séparé.
Budget. — 3 milliards (France: 3 milliards et demi).
Dette. — 14 milliards (France : 20 milliards).
Armée sur le pied de paix. — 850 000 hommes (France: 500 000 hommes).
Armée sur le pied de guerre. — 3 millions d'bomnios (France : 1 HOO 000 hommes).
Marine militaire. — Cuirassés :40 (France: 7u).
Possessions hors de l'Europe. — L'empire
Russe s'étonil sinis interruption, hors de l'Europe, sur la Sibérie, l'Asie cculrale et la Transcaucasie. Kn tout /dus de 16 mil'ions de kilo-
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mètrescarrés,peuplés seulement del5milUons d'habitants. L'empire Russe, dans son ensemble, est le plus vaste du globe : il couvre près de 22 millions de kilomètres carrés, so\t plus
de deux fois l'Euyope, ou presque la cinquième partie des continents.
Principales villes. — Saint-Pétersbourg
(930), sur la Néva, capitale de l'empire, dé-
EUROPE
fendue par le port militaire de Kronatndt. (Distance de Paris : 680 lieues) ; — Moscou, (750) métropole religieuse de la Russie; — Varsovie (100), sur la Vistule, ancienne capitale du royaume de Pologne; — Odessa (220), grand port de commerce sur la mer Noire, exportation des céréales; — lliria (170), port de commerce sur la Duna et le golfe de Livonie; — Kiev (l'iO), sur le Dniéper, nombreux établissements d'instruction ; — Kichinev (130), la ville la plus cominorçante de la Russie méridionale après Odessa; — Kasaii (140) ; — Saratov (109); — Karkov (130), dans la vallée du Donetz, foire céli^bre. — Nijiii- NoDijorod (20j, célèbre aussi pour ses foires où se fait ur] grarjrl commerce avec l'Asie.
Religion dominante. — Le cbristianismo grec. Le tzar en est le chef suprême.
NOMENCLATUKE ECONOMIQUE
Céréales. — 550 millions d'hectolitres (France: 2.50).
Il n'y a que les États-Unis qui produisent pUis de céréales que la Russie.
Lin. — La Russie produit à elle seule plus de lin que tous les auties États d'Europe réunis.
Commerce extérieur. — Près de 5 milliards (France UOiiiilliarils).
Commerce avec la France. — 350 millions.
Mouve'ment des ports. — 25 000 entrées et sorties de navires (France : 80 000).
Tonnage de la marine marchande. — 600 000 tonneaux (France; 1 million).
Chemins de fer. — En Europe : 26 000 kil. (France: 320U0).
^/^.^A, Etendue de la, Russie. — La
plaine du Nord de l'Europe va en s'élargissant vers l'Est, si bien qu'elle finit par remplir tout J'espace immense compris entre la mer Blanche et la mer d'Azov.
Ainsi, à côté des petits États de l'Europe montagneuse, a pu se constituer un empire plus vaste queux tous réunis, prolongé môme sur les plaines de l'Asie et couvrant le septième de la superficie totale des continents.
Aucune barrière montagneuse ne l'a
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empêché de s'élendre des landes glacées appelées toundras qui bordent l'océan Arctique, aux fertiles terres à blé (Tchernosjom) du Dniéper et du Don, véritable grenier de l'Europe.
A l'Ouest, la Russie a poussé ses limites jusqu'à 1& Vistule, où l'Allemagne seule l'a arrêtée.
Depuis la suppression de la Pologne, ces deux empires, l'un redoutable par son organisation militaire , l'autre soutenu par les masses profondes de ses 85 millions d'habitants se trouvent en présence dans cette plaine immense où les frontières des États dépendent de leur puissance beaucoup plus que de la nature.
A l'Est, l'Oural, qui n'est nulle part très élevé, s'abaisse, non loin de Perm, entre le Volga et l'Obi; les Russes sont passés par celte porte naturelle pour envahir la Sibérie jusqu'à l'océan Pacifique.
Maîtres des rives occidentales de la mer Caspienne, ils en ont rapidement fait le tour, et, poussant jusqu'au gigantesque rempart montagneux de l'Asie centrale, ils se sont emparés des hautes vallées de V Amou-Daria et du Syr-Daria.
Enfin, le Caucase, qu'ils pouvaient tourner par la Caspienne ou la mer Noire, ou franchir par les portes de Dariel, ne les a pas arrêtés, et ils se sont rendus maîtres d'une grande partie de l'Arménie.
Son Importance politique.
— La Russie est devenue, en moins de deux siècles, une des puissances les plus considérables de l'Europe et du monde : elle est prépondérante dans la Baltique et s'avance comme un coin entre l'Allemagne et l'Autriche. Sur la mer Noire, elle touche au Bas-Dauube ; de l'Arménie, elle menace à la fois les rivages septentrionaux de l'Asie Mineure et de la Perse, la vallée du Tigre et de l'Euphrate. La possession du cours inférieur de l'Amou- Daria la met sur le chemin des Indes.
Par l'Irtych, le lac Baïkal et l'Amour, elle assiège la Chine. Elle louche à la Corée et au Japon.
EUROPE
T.<e8 i*lcliesses Intérieures.
— En même temps que par ses développements géographiques, la Russie devenait une puissance politique de premier ordre, elle apprenait ou du moins l'élite intelligente et instruite de ses habitants apprenait à tirer parti des richesses du sol : bois du Nord pour les constructions, métaux de l'Oural, or, fer, platine, cuivre, naphte de la Caspienne ; les steppes du Sud étaient transformées par la culture en d'admirables terres à blé qui, par l'intermédiaire d'Odessa, alimentent l'Europe occidentale. 26 000 kilomètres de chemins de fer ont été construits ; des tarifs douaniers ont été établis aux frontières pour protéger l'industrie nationale qui commence à se développer, et prendra un grand essor, le jour où les gisements houillers du Volga seront mis en exploitation. Le commerce, malgré les distances, est trèsaclif etfaitde la Russie l'intermédiaire de ses voisins Européens et Asiatiques, qui se rencontrent dans ses grandes foires, surtout à celle de Nijni-Novgorod.
vw^ Vices de sa. sîtua.tioii et de son orgraiiisation sociale. — Le caractère propre de la Russie est donc d'appartenir à la fois à l'Europe et à l'Asie; de là deux tendances qui -nalheureusement ne se font pas équi'lbre : c'est surtout du cAté du monde barbare qu'elle penche et de plus en plus tous les jours; l'Europe la tient a l'écart, l'enfpy ;ne dans la Baltique par le Sund et dans la mer Noire par le Bosphore, tandis que l'alliance austro-allemande forme entre ces deux mers une infranchissable barrière.
Au reste elle est bien plus asiatique qu'européenne par le caractère et les mœurs de ses habitants. Au-dessous d'une aristocratie gouvernementale peu nombreuse, initiée aux connaissances et aux idées, comme aux vices des peuples de l'Occident, vivent des légions de paysans slaves ou de kosaks mongols, races purement orientales, encore éloignées de toute culture intellectuelle élevée, superstitieuses et barbares, à peine échappées à des siècles de servitude dont elles conserveront longtemps la profonde empreinte, livrées parleur imprévoyance ot leur goût intempérant de l'alcool à l'exploitation des usuriers et des cabaretiers Israélites.
Même opposition entre ces deux classes de la nation russe qu'entre la capitale nouvelle, Pétersbourg, froide et régulière, avec ses dômes, ses colonnades et ses quais de granit, comme les capitales de l'Occident, et la sainte Moscou, (fig.îO ) la vieille métropole religieuse , dont les clochers dorés et peints annonccuit déjà le l'asle de l'architeclure orientale. Nul intermfidinire entre les gens qui commandent, enviioniianl l'empereur autocrate jtoUlirpie cl religieux, et ceux qui obéissent en vénérant leurs maîtres, si ce n'est la classe peu nombreuse encore de
la bourgeoisie enrichie et éclairée, dont les fils étudient aux universités : celle-là s'irrite de la servitude qu'elle partage avec les paysans, et dans sa révolte farouche contre la toute-puissance du tzar, elle unit
Fig. 76. — Église Vassili au Kremlin (ÎJoscou).
aux idées de l'Occident, le fanatisme implacable de l'Orient. C'est là que se recrute, le parti nihiliste, déjà tristement célèbre, moins menaçant peut-être pour ceux qu'il prétend frapper que pour le développement progressif des destinées politiques de la Russie.
Mancnie d'ecpiilibre entre ses régrions. — La Russie manque d'équilibre , d'harmonie , d'unité. Son immensité n'a pas de centre précis. Ses grands fleuves (Volga, Don, Dniéper, Dvina, Duna), ses lacs nombreux et vastes font un admirable réseau navigable ; malheureusement, ce réseau traverse encore beaucoup de steppes arides qui isolent les unes des autres les régions plus fertiles.
Comme la Russie, à cause de son épaisseur, reçoit pew de pluie, et que la température y passe sans transition de l'extrême froid à la chaleur extrême, qu'elle est d'ailleurs très plate, on n'y rencontre point de ces mélanges heureux qui favorisent les pays accidentés et tempérés, mais d'immenses espaces uniformes, oii les forêts succèdent aux marécages glacés, les steppes aux forêts, les champs infinis de céréales aux herbes ondulantes des steppes.
r/w^ Concinslon. — En résumé, la Russie présente un mélange singulier de force et de faiblesse : elle couvre plus de la moitié de l'Europe, elle a plus de 80 millions d'habitants, elle exerce son influence sur tous les Slaves d'Europe, et menace, en Asie, l'Angleterre et la Chine; mais l'Europe la tient toujours blo'juée dans la Baltique et la mer Noire, et elle même est menacée à l'intérieur de tous les maux que créent l'étendue trop grande et les diversités trop manjuées de son sol, l'absolutisme de son gouvernement et sa mauvaise organisation sociale.
Cependant \\n mouvement intellectnel prodigieux mais voilé travaille depuis quel(|ue tem[is la société russe.