XI. VENEZUELA (États-Unis de
Carte : .Amérique centrale, p. 206.
NOMENCLATURE PHYSIQUE
Latitude : Gabon, Malacca. — Longitude : Nouvelle-Écosse, Patagonie. — Climat très chaud et malsain pour les Européens. Pluies et chaleurs équatoriales. — Presqu'îles de Guajira, de Paraguana et de Paria. — Golfe de Vénézuéla. — Lagune de Maracaybo. — Ile Margarita. — Montagnes du Vénézuéla et de la Guyane.— FZeuue^ .• Orénoque, — affluents de Rio Negro {Amazones).
NOMENCLATURE POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE
Superficie. — 1 138 000 kil. car. (France: 5i9 000).
Population. — 2 075 415 hab. (France : 38 millions).
Budget fédéral. — 25 millions.
Dette fédérale. — 100 millions.
Grandes divisions. — Le Vénézuéla est une confédération de 8 États, 5 territoires et une colonie.
Villes principales. — Caracas (55), capitale fédérale, — Valencia, — La Guayra, port de commerce.
Principaux produits. — Café, cacao, quinquina et peaux.
Commerce extérieur. — 160 millions de francs (France : 10 milliards).
Chemins de fer. — 150 kil.
^/^^ L'ancien empire es|>aj^iiol.
— Au débul de ce siècle, louli; rAiiiérique du Sud, moins la Patagonie, le Brésil et tes Guyaaes appartenait à l'Espagne. Avec l'Amérique cciilrale et, le Mexique, cet empire colonial couvrait une superlicie de 12 millions de kilomèlies carrés.
Il était divisé en vice-royautés de la JVn»velle-Espugne (Mexiiiue), de la Nouvelle- Grenade, du Pérou, de la Plata, et eu capitaineries générales de la Havane, de Guuléinala, de Caracas el du
RÉPUBLIQUES ESPAGNOLES
Tenturiers (Fernand Gortez, Pizarre, etc.) pour conquérir d'antiques empires établis sur les plateaux du Mexique, de Bogota et du Pérou. Les malheureux indigènes ne firent que changer de maîtres. Le despotisme espagnol remplaça celui de leurs Caciques et de leurs Incas . Bien que convertis au catholicisme, ils continuèrent à être exploités comme un vil bétail.
Jamais la métropole ne songea à créer dans ses États d'outre-mer de véritables colonies. Elle en tirait tous les ans des monceaux d'or et d'argent ; maîtresse absolue de leur commerce, elle leur interdisait toute industrie et les obligeait à n'acheter que ses produits. Les Espagnols américanisés, les créoles, qui méprisaient les indigènes, étaient à leur tour méprisés par leurs compatriotes d'Europe envoyés pour les gouverner ou les exploiter. A l'oppression g'énéra/e se joignaient ainsi de terribles haines de race. Cependant l'invasion de l'Espagne par Napoléon I»"-, donna le signa! de la révolution qui, inspirée par les idées françaises, émancipa les colonies d'Amérique. Son chef principal, le Vénézuélien Simon Bolivar a mérité d'être surnommé le Libérateur.
-^A^ Les républicfues actuelles.
— Les colonies affranchies se partagèrent en un certain nombre de Républiques.
Mais comme elles étaient peuplées en grande majorité d'indiens à demi-sauvages, et qu'elles n'avaient reçu auparavant aucune éducation poUtique, livrées tout à coup à elles-mêmes, elles ont dû faire un pénible apprentissage de la liberté.
D'incessantes révolutions les ont bouleversées ; les guerres d'État à État comme les luttes des partis y ont été envenimées par des rivalités de race. (Luttes de La Plata contre le Paraguay, du Chili contre le Pérou). Partout les partisans d'un pouvoir unitaire et ceux de la forme fédérative se sont disputé la prépondérance. Actuellement sur dix-sept républiques, quatre ont, après bien des vicissitudes, adopté la forme fédérative; ce sont les Etats-Unia du Mexique, de Colombie, de Vénézuéla ei de la Plata. LesÉtats centralistes sont : les républiques de l'Amérique centrale, Guatémala, Honduras, Costa-Rica, Salvador, Nicaragua, les deux républiques d'Haïti et de Saint-Domingue (v. p- 215); l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Paraguay, {"Uruguay et le Chili. Dans les premières dominent les rivalitésentreprovinces, danslesautres, les rivalités de partis politiques et de couleur.
^/ws. Population ; gri*andes vil les. — La superficie totale des dix-sept républiques réunies est de 11 150000 kilomètres carrés, et leur population ne s'élève pas à 30 millions d'habitants, c'est-à-dire, que pour une superficie près de 20 fois égale à celle de la France, elles ne réunissent pas autant d'habitants qu'elle
La moyenne générale est de 2fi habitants environ par 10 kilomètres carrés (710 en France).
De vastes espaces tels que la Patagonie, le grand Chaco, les plateaux glacés et les forêts des Andes, les Llanos ou steppes de rOrénoque, la presqu'île de Californie et la Sierra Madré au Mexique, sont parcourus seulement par quelques Indiens bravos, c'est-à-dire sauvages.
Aussi les grandes villes sont-elles rares: cinq dépassent 100 000 habitants. La plus considérable est Buenos Ayres (3o0 000 h.) capitale et district fédéral de la confédération argentine.
Mexico, capitale du Mexique, a environ 250 000 habitants et se développe rapidement, depuis que le sentiment national surexcité par l'expédition néfaste de Napoléon III a affermi les institutions républicaines et resserré l'union des provinces.
Le Chili qui a été moins troublé que les autres républiques espagnoles a pour capitale Santiago, peuplée de200000 âmes, et son grand port 'Valparaiso, en a plus de 100000. Avant la guerre du Chili, l;i capitale du Pérou, Lima, dépassait aussi 100000 âmes.
Six autres villes ont plus de 50 000 habitants : Montevideo{i()0 000) la rivale commerciale de Buenos Ayres ; trois grandes villes mexicaines, Guadalajara (80 000), Puebla (6o 000) et Guanajuato (56000) ; Guatémala, et Caracas capitale du Vénézuéla (55 000 habitants).
Tous ces pays sont neufs; c'est à peine s'ils ont fixé leurs limites et ébauché leui organisation politique. Mais la race blanche y absorbe peu à peu l'élément indien; la majeure partie de la population est aujourd'hui composée de métis et elle est d'une fécondité remarquable. Un grand avenir est réservé à ces néo-latins d'Amérique, élevés à l'école intellectuelle de la France, lorsqu'ils seront assez nombreu.x pour tirer réellement parti des richesses naturelles de leur patrie.
'vw^ Kicliestse et exploitation minérales. — L'abondance des métaux précieux dans l'Amérique espagnole est proverbiale. Depuis sa découverte jusqu'en 1875, le Mexique a fourni pour plus de 16 milliards d'argent et le Pérou réuni à la Bolivie, autant. Le Mexique et la Bolivie en produisent encore de grandes quantités.
La Colombie et le Vénézuéla ont été de grands producteurs d'or : c'étaient les pays de l'Eldorado . Aujourd'hui l'or y est devenu rare.
On exploite beaucoup de cuivre au Chili, des dépôts de salpêtre sur les hauts plateaux peu arrosés du Mexique et surtout sur les côtes arides du Pérou, delà Bolivie et du Chih.
Il y a du mercure au Pérou et dans l'Amérique centrale : les régions volcaniques du Mexique, du Guatémala, du Pérou abondent en huiles minérales ; on
a trouvé de la houille dans le Salvador et dans le Chili qui en exporte déjà.
Enfin dans les îles côlières et sur les rivages du Pérou et du Chili où le sol ne reçoit jamais une goutte d'eau, les excréments d'oiseaux marins, accumulés, fo;:ment des couches épaisses d'une matière très dure qui est le plus puissant des engrais, le guano. C'est avec le salpêtre la grande richesse du Pérou.
Le travail des inines est confié à des Indiens, l'extraction du guano à des Chinois.
Richesses végrétales et ag;rlculture. — Les forêts, dont est couverte une partie des montagnes, sont pleines d'essences qui se prêtent aux usages les plus variés.
A côté du quinquina dont l'écorce est un puissant tonique , se dressent les arbres propres aux constructions comme le teck ou le bois de fer, ceux dont la coloration donne de fortes teintures, ou qui servent à la fabrication des meubles comme Vacaj lu et le bois de rose.
D'autres distillent les gommes et le caoutchouc. Une liane très répandue produit la vanille. Le maté du Paraguay fournit une boisson analogue au thé.
Les plantes médicinales abondent : la coca du Pérou, la salsepareille, l'ipécacuanha du Mexique.
Les divers étages des montagnes, les tierras frias, templadas et caldas (terres froides, tempérées et chaudes) offrent tous les climats et se prêtent à toutes les cultures. Sur les pentes et les plateaux tempérés poussent le mais et le blé; dans les terres basses et plus chaudes, le café, l'indigo, la canne à sucre, le coton, le cacao, le tabac réussissent admirablement.
Les pays les plus riches en blé sont le Chili et la Plata dont le climat général est assez doux pour que des agriculteurs de race blanche puissent cultiver le sol.
Le calé abonde dans tous les pays qui entourent l'isthme de Panama. Saint-Domingue, \' Equateur, le Vénézuéla et le Paraguay produisent de grandes quantités de tabac; le cacao est cultivé en grand dans le Honduras, la canne à sucre surtout au Mexique et à Saint-Domingue. La plupart de ces plantations emploient des nègres issus des anciens esclaves d'origine africaine.
Célevagre «les bestiaux. — Peu de pays au monde sont comparables aux républiques espagnoles, pour le nombre des bestiaux.
Sur les hauts plateaux mexicains et sur le revers oriental des Andes, dans les llanos et les pampas (analogues aux steppes d'Australie), les bestiaux européens se sont acclimatés et multipliés à l'état demi-sauvage dans des proportions inouïes. Dans les haciendas' du Mexique septentrional, et surtout dans les estancias de la Plata, du Paraguay et de l'Uruguay, c'est par millions que l'on compte les bœufs, les mou-
tons et les cheraux. Le vieux monde s'y approvisionne de bêtes sur pied, et de laine, de peaux, de viandes séchées ou salées, que préparent les saladeros.
^••^ Lie commerce, les chemins de fer, les ports. — L'industrie ost encore dans l'enfance. Le broyage de la canne, la fabrication des cigares et celle des chapeaux de paille (Amérique centrale) sont les seules industries de quelque importance.
Le commerce importe d'Europe et des États-Unis les produits industriels, les machines, tissus, etc., que les républiques ne fabriquent pas elles-mêmes ; il exporte leurs produits naturels, leurs matières premières.
L'exportation serait plus active si les moyens de communication étaient moins rares et permettaient d'exploiter toutes les ressources du pays. Le Mexique, le Chili et surtout la Plata ont donné pourtant quelque développement à leur réseauferré.
On construit un chemin de fer transandin entre Buenos-Ayres et Valparaiso ; un autre réunira à travers le Mexique, la Vera-Cruz et Acapulco ; il y a aussi quelques tronçons de voie ferrée unissant les dépôts de salpêtre aux ports du Pacifique sur les côtes péruviennes.
Le chemin de fer de Colon à Panama, ligne d'intérêt universel sert peu aux Colombiens. Le canal de Panama rappro-
AMÉRIQUE
chera d'Europe toutes les côtes du Pacifique et donnera une grande importance aux ports de Colon et de Panama.
Les seuls grands ports sont actuellement Buenos Ayres, Montevideo et Valparaiso ; la Vera-Cruz au Mexique, le Callao au Pérou sont des ports de second ordre.
Mais il y a un très grand nombre de petits ports desservant pour l'exportation comme pour l'importation leurs environs immédiats; et c'est là une conséquence forcée de l'insuffisance des grandes voies de communication (voir la carte p. 208 et la nomenclature).
L<'émig:ra.tion. — L'émigration européenne vers les républiques espagnoles, presque nulle jadis, augmente de jour en jour.
Déjà beaucoup de grandes maisons de commerce sont dirigées par des négociants français, anglais, allemands, italiens, ou américains du Nord.
Chaque jour un sang nouveau vient s'infuser au vieux sang créole : les États- Unis envoient un grand nombre de leurs citoyens au Mexique ou dans les petites républiques de l'Amérique centrale qui menacent de devenir des annexes économiques de la grande fédération.
Les pays de la Plata reçoivent des émigrants italiens, espagnols et franco -basques ; le Vénézuéla est un rendez-vous important d'émigrants allemands.
Avec ces nouveaux citoyens, ïe&prit d'entreprise pacifique et d'ordre s' alliant à la fougue, à la fierté espagnole, à la ténacité, à la prudence indienne contribuera à créer dans l'Amérique latine des nations originales, qui pourront un jour réaliser la pensée du grand Bolivar, en formant quelque union puissante, comparable à celles des États-Unis du Nord.
Causes de rivalité entre les États de l'Amérique du Sud. — Les grands et petits États qui se partagent l'Amérique du Sud sont à peine ébauchés, et il est à craindre qu'ils ne parviennent à trouver leur équilibre qu'à la suite de nouvelles luttes.
A mesure que la population s'accroît par l'immigration ou par l'excèdent des naissances, à mesure que de nouvelles terres vierges sont défrichées, les questions de limites acquièrent de l'importance, envenimées d'ailleurs par les querelles da race et de forme politique.
Ainsi le Chili où la population blanche est déjà nombreuse et prépondérante, où l'unité politique est déjà solide, sa trouve à l'étroit dans le long couloir des Andes et du Pacifique et il croit pouvoir s'attaquer sans scrupule à ses voisins du Nord presque exclusivement indiens.
État maritime, pourvu d'une excellente marine, il aspire à devenir continental. Il a déjà conquis une partie du bas Pérou : il convoite le reste et menace la Bolivie ; il se sent entraîné vers les terres équatoriales et voudrait sans doute faire sa percée vers l'Amazone.
D'autre part la Bolivie, enfermée derrière 'es Andes a besoin d'un port sur le Pacifique et ne peut se résigner à rester exclusivement continentale.
Dans le bassin de la Plata, mêmes rivalités. L'empire du Brésil, qui par sa race et ses institutions, est en opposition totale avec les républiques espagnoles, a d'autres motifs d'étendre ses frontières à leurs dépens. Presque entièrement tropical, il est à la rechercha de terres tempérées. Le Paraguay lui barre le chemin de la Plata et peu s'en faut qu'il n'ait naguère anéanti le Paraguay.
Les possessions ar gentines des anciennes missions qui s'avancent entre l'Uiuguay et le Parana menacent de couper ses communications avec la riche province du Rio Grande do Sut.
De là conflit entre les deuS États. Mais le Brésil convoite surtout Montevideo qui lui assurerait à la fois le débouché da la Plata et une seconda capitale en pays salubre cil l'émigration européenne se déversa à flots.
Et plus tard le Brésil ne voudra- t-il pas lui aussi avoir jour sur la Pacifique?
Auparavant, l'ouverture de l'isthme da Panama ne permettra-t-elle pas le rétablissement intégral de l'ancienne Colombie da Bolivar avec ses deux annexes aujourd'hui séparées du Venezuela et de l'Équateur?
Autant de causes possibles de guerres qu'il faut malheureusement prévoir.