Généalogie de Bideran
Imprimé à petit nombre. — Il a été tiré dix exemplaires sur papier Japon, numérotés à la main et contresignés par un des auteurs.
THE LîBRARY
BRIGHAM YOUNG UNiVERSITY PROYO, UTAJbi -
INTRODUCTION
’après deux traditions orales, qu’aucun titre du reste ne vient ni appuyer ni contredire, la famille de Bideran serait originaire d’Angleterre ou du Béarn. Nous ignorons jusqu’à quel point sont fondées ces traditions, mais il nous suffira de dire que nous avons trouvé dès 1308 un Pey de Bideran, en Bordelais1 qui précédaitainside plusieurs années le premier sujet de ce nom que l’on rencontre en Béarn. D’autre part nous savons que la particule au xive siècle, devant le nom patronymique, semble indiquer la possession d’une terre de ce nom, et l’on nous fait observer qu’il y avait en Béarn, dans le baillage de Sauveterre, un fief du nom de Bideran, uni à une terre érigée en marquisat au xvme siècle2. Nous savons aussi qu’en 1376, un Pierre-Ramonet de Bideran faisait partie de l’armée de Gaston Phœbus3 ce qui fait supposer naturellement qu’il habitait le Béarn et non le Péri-
(1 et 3) Voir plus loin aux Noms isolés.
(a) Archives nationales, Oi* 340 a.
gord, où ce nom ne se trouve pas à cette époque, mais seulement 25 ans plus tard. Il suffit de présenter ces objections, car répondre à ces suppositions plausibles sortirait du cadre que nous nous sommes imposé.
Quoiqu’il en soit, qu’elle fut originaire du Périgord ou non, la famille de Bideran y vivait à la fin du xive siècle, presqu’ignorée à l’ombre de l’antique château d’Estissac ; mais si elle subsiste, lui n’a point laissé de traces, au point qu’on ignore son emplacement, et que son nom aurait disparu s’il n’avait servi de parrain à une terre de l’Aube, érigée en duché sous le nom d’Estissac en faveur d’une branche des La Rochefoucauld, substituée aux sires d’Estissac *.
Comme bien des familles vassales de ces époques reculées, qui menaient, sur les marches de France et de la Guyenne anglaise, la vie tourmentée, tumultueuse — et parfois non exempte de reproches, — de leur suzerain immédiat, les Bideran suivaient la destinée des puissants sires d’Estissac, se dévouant corps et âme, de génération en génération aux seigneurs du sol natal. Défenseurs jurés de leurs corps pendant la guerre, ils administraient leurs biens, lors des courtes trêves de ces temps belliqueux, comme les plus pacifiques des feudataires ; aussi les trouverons-nous à chaque instant « procureurs constitués de noble et puissant homme mossen d’Estissac ». Cette amitié était si connue que Rabelais dans son Pantagruel y a fait allusion comme on le lira à la branche de Saint Surin.
Ainsi qu’on le verra en effet, les Bideran durent
(1) Bull, delà Société hist. et archéoh du Périgord , 1895, p. 107.
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aux Estissac 1 hauts barons du Périgord, lieutenants et chambellans des Rois de France, sénéchaux et gouverneurs de provinces, une partie des terres qu’ils ont possédées, et de plus les charges multiples de capitaines de villes ou de châteaux qui ont pu être l’origine de leurs armoiries, si simples mais si parlantes , que nous donnons en tête de ce travail.
Nous disons que les Bideran ne prodiguaient leurs services qu’aux plus reconnaissants des obligés ; ils furent toujours grandement récompensés de leur dévouement. Rien, certes, ne dût leur être plus sensible, par exemple, que cette alliance du sang qui vint sceller d’une façon si éclatante une amitié de plusieurs siècles.
Au mois de janvier 1523, Jeanne, fille de messire Bertrand de Madaillan-Estissac, lieutenant général et gouverneur de Guyenne, et de Catherine de Chabot, épousa Louis de Bideran, écuyer, seigneur d’un petit fief de la juridiction de Monclar, appelé La Fortonie. Le mariage fut béni solennellement par un frère du baron d’Estissac, Geoffroy, évêque et seigneur de Maillezais.
Quand mourût le dernier de ces d’Estissac, quand, deux siècles plus tard, ce vieux nom périgourdin, rappelant tant de souvenirs intimes et de générosité reconnaissante, tant de grandeur et tant de bienfaits, ne servit plus qu’à baptiser loin du Périgord une terre qu’ils ne connaissaient pas, les Bideran servirent leur pays et leur Roi, avec ce patriotisme,
(1) Les premiers membres de cette illustre maison qu'on rencontre vivaient au xn* siècle ; elle s’éteignit au milieu du xv* chez les Madaillan, qui prirent les noms et armes des Estissac pour les porter un siècle plus tard chez les La Rochefoucauld.
ce courage et cette abnégation qui sont l’apanage des vieilles races.
La famille de Bideran appartient exclusivement à la noblesse d’épée ; elle n’a ni vécu inutile à la cour, ni occupé de ces places honorifiques, de ces hauts emplois si recherchés des grands seigneurs sous l’ancienne monarchie. Mais le sang de ces quinze générations de braves et de vaillants a maintes fois coulé sur les champs de batailles.
Le Périgord était pauvre, puis il était loin de Versailles. Il fournissait cette robuste et saine noblesse provinciale dont l’ambition, pour beaucoup de ses membres, était de se retirer avec le grade de capitaine et la croix de Saint Louis, digne récompense de leurs services et de leur courage.
« La noblesse campagnarde d’autrefois donnait à nos armées des chefs courageux et aguerris, elle buvait bien et longtemps, se battait mieux encore, vivait familièrement avec le paysan, dormait sur de vieux fauteuils au coin de l’âtre, ou sur des grabats, menait une vie gaie mais volontairement dure, coûtait peu de chose à l’Etat, et lui produisait plus, par sa résidence et son fumier, que la noblesse de cour avec ses recherches, ses coliques et ses vapeurs. » De cette rude noblesse si énergiquement décrite ainsi par Mirabeau en 1789, furent les Bideran.
Il eut pu ajouter que ces gentilshommes ne pror fessaient point pour l’agriculture manu propria le profond dédain qu’on a pour elle si communément aujourd’hui, mais qu’ils regardaient le travail des champs comme une occupation utile et honorable. Aussi, après leurs longues chevauchées, leurs campagnes, lorsque l’âge, les infirmités ou les blessures leur interdisaient le métier des armes, se retiraient-ils modestement dans le castel, souvent délabré, qui
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les avait vu naître et grandir. A l’égal de leurs tenanciers, dont ils partageaient la vie, ils dirigeaient les travaux agricoles, poussaient même la charrue et cultivaient leur patrimoine avec la même vaillance qu’autrefois ils avaient mise à tirer l’épée.
Amaury, dit Malrigou, de Bideran, dont les exploits pendant la deuxième partie de l’occupation anglaise, sont relatés dans nos vieilles chroniques périgourdines, est le personnage le plus connu de sa Maison, c'est aussi celui dont le caractère est le plus curieux à étudier.
Successivement capitaine de plusieurs places fortes, il se distingua toujours dans les opérations militaires qu’il dirigea ou auxquelles il prit une part active. Il avait un courage à toute épreuve, mais malheureusement une âme parfois peu désintéressée.
Comme la plupart des seigneurs habitant les confins des terres de France et des possessions anglaises, Malrigou, sans s’attacher définitivement à aucun parti, fut toujours prêt à se tourner du côté du plus fort, à servir celui qui lui promettait la récompense la plus élevée, donnant ainsi raison à Froissard lorsqu’il dit : « Oncques les Gascons trente ans d’un tenant ne tinrent fermement à ung party ».
Au siège de Bergerac, en se laissant séduire par les offres du duc de Penthièvre, pour nous livrer une place qu’il était chargé de défendre, Malrigou nous donne la mesure exacte de son caractère1. Peut-être avait-il déjà la secrète intuition des grands évènements qui bientôt allaient changer la face des choses,
(i) Est-ce en souvenir de ce fait qu’il existe aux environs de Bergerac un lieu dit : Le Malrigou ou de Maurigou ?
finir cette lutte centenaire, rendre au Roi son royaume, et terminer les malheurs d’un peuple par une paix de près d’un siècle.
Pour interpréter sainement les actes de Malrigou, il faut entrer dans les mœurs de son temps, se reporter au milieu qu’il traversa, au désordre ambiant, et juger sans parti-pris. C’est ce que semble n’avoir pas assez compris l’auteur du « Livre de Vie », de Bergerac, dans son étude sur les « Capitaines du Périgord-Blanc » pendant les guerres anglaises.
Nous avons cherché à faire œuvre utile avant tout, et nous avons crû devoir multiplier l’indication des sources, qui, outrle e caractère d’authenticité qu’elles impriment à une œuvre, lui donnent seules une réelle valeur historique.
Si sec, si austère que soit le style d’une généalogie lorsque tout est présenté avec clarté, lorsque les personnages, les actions, sont disposés dans un ordre convenable, lorsque l’auteur a su faire ressortir les faits principaux, cette chronologie, toute brève et laconique qu’elle soit, peut suggérer au lecteur bien des jugements et des réflexions ; ces sortes de travaux offrent un grand intérêt pour les familles, et sont en outre d’un secours constant en matière d’histoire locale.
Nous adresserons nos remerciements sincères à tous ceux qui nous ont gracieusement et libéralement aidés dans notre tâche, spécialement aux représentants actuels de la famille de Bideran : M. le baron de Bideran-Canteranne qui, secondé par sa tante, Madame la baronne de Nanclas-Roncenac, nous a donné bien des renseignements, communiqué les pièces de ses archives et les certificats de services émanés du ministère de la Guerre ; puis M. Maxence
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de Bideran. Notre reconnaissance est également acquise à nos confrères du Conseil héraldique et de la Société archéologique du Périgord, M. Paul Huet etle vicomte de Gérard, qui ont facilité nos recherches à la Bibliothèque nationale, ainsi qu’à M. de Flaujac qui a fouillé à notre intention les Archives départementales du Lot, à MM. Tamizey de Larroque, Léo Drouyn, J;-B. Champeval, si compétent en géographie historique de nos contrées, Arteil, F. de Bellussière, Charrier, baron de La Nauze-Molines, Jouanel, Mongélous, Sorbier, Dois, notaire à Saint-Cirq, Chapelle et Lajugie, à Martel, de Jeauffreau-Blazac, baron de Maynard, Sérager et enfin à M. le vicomte de Poli qui a autorisé cette publication sous le sceau du Conseil héraldique de France, dont il est le distingué et érudit président.