‹ Généalogie et notes historiques, etc., [microforme]Chapitre 159 sur 177 · AI · texte numérisé non relu

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dement avec les propriétaires limitrophes. Ils n'y ont pas réussi : et Amédée pour éviter la fatigue du Long-Sault, plus grande que jamais par la désorganisation du roulage sur la voie publique, les propriétaires ayant vendu (stages) voitures et chevaux, il a pris enfin la résolution de venir, par chemin de fer, par voie de Rouse's Point, Ogdensburg et Bytown, et de là ici par le bateau à vapeur : 150 lieues, en place des vingt cinq de la route directe. Et il la trouve tellement préférable qu'après m'avoir donné quatre jours ici, il est reparti par la même voie avec ses sœurs pour Montréal. Si nous avions notre chemin de fer, nous serions en deux heures à St-Benoît et nous voisinerions ; nous serions en trois heures à Montréal et ne resterions pas dans notre impénétrable solitude, où nous nous rouillons et devenons, à vue d'œil, de parfaits Algonquins. Il y a toute apparence que nous serons devenus tels irrémédiablement, avant que les canons Russes soient tous pris et fondus en rails, ce qu'il nous faudra attendre sans doute, avant que toute entreprise de chemin de fer qui n'aura pas à sa disposition le pillage de la Province, comme le Grand-Tronc, puisse se continuer. Vous voyez donc qu'à part ma loyauté toujours la même pour la Mère Patrie, Je suis intéressé à la défaite des Russes. J'attendais donc Amédée pour savoir ce qui avait été fait du monument que vous aviez fait déposer sur les restes de mon cher père, lorsqu'il les avait dernièrement fait relever. Mon intention avait été de me trouver à Montréal à cette occasion, mais les médecins consultés sur les précautions à prendre, conseillèrent de le faire de suite, avant que les chaleurs ne rendissent cette opération beaucoup plus difficile, si comme il y avait lieu de le craindre du laps de tems écoulé depuis 184r, la corruption du corps et des cercueils, avait été très grande. Sur cet avis, Amédée obtint de suite du Juge et de Mons. :gneur le Coadjuteur de Montréal, l'autorisation de faire faire cette exhumation, et de la bonté de Mon-

sieur le Supérieur, la permission de déposer le corps, renfermé avec ses premiers cerceuils dans un troisième en zinc soudé, pour qu'il n’en émanât point de mauvaise odeur, dans les voûtes de l’église patoissiale, jusqu'à ce qu'il puisse être apporté ici. Si le chemin de fer avait glissé sur ses rails, il aurait pû être apporté ici par les bateaux à vapeur et les locomotives. Ila fallu renoncer à l'idée de l'apporter, par les secousses du roulage. Alors Amédée a projeté de l'apporter par un des petits bateaux à vapeur de touage, mais leurs propriétaires lui ont dit que les travaux du Grand-Tronc avaient excessivement gâté la navigation du St-Laurent à Ste-Anne ; que deux de ces bateaux y avaient échoué et n'avaient été dégagés qu'après de longs délais et que deux de leurs barges y avaient été brisées ; qu'en conséquence ils lui conseillaient d'attendre aux eaux moyennes, où ces dangers cesseront, pour venir avec ces restes vénérés, ce qu’il fera sous un mois à peu près. Lorsque j'eus l'extrême douleur de perdre ici mon cher Gustave, expiré avec la plus entière résignation à l’ordre de la Providence, à l'âge de vingt et un ans, dans les bras de ses inconsolables parents, Amédée, accouru pour partager nos souffrances et assister aux funérailles de ce cher enfant, me proposa de bâtir une chapelle non loin de ma demeure et qui dût servir de tombeau de famille. Oui, lui dis-je, je dois le faire. Je prends racine ici. Je ne m'éloignerai probablement pas du lieu où repose celui que j'aurais dû dévancer. J'y réunirai le corps de mon père et, bientôt après, mes restes seront déposés auprés. Mon cher père a vaincu tant d'obstacles, surmonté tant de fatigues, fait tant de dépenses pour commencer l'établissement de cette Seigneurie, qu'il est bien, que nous y reposions les uns après les autres, aux pieds d’un homme qui a tant fait pour son pays et pour sa famille. Que son souvenir nous soit une leçon qui nous profite et aux enfants de nos enfants. J'ai donc, durant les deux étés derniers, travaillé à

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cette chapelle qui n'est pas considérable, mais tant d’autres constructions, plantations et défrichements se suivent en mêine temps, qu'avec des ressources moyennes, l’on ne peut aller qu'un peu plus lentement que l'on ne voudrait, Elle est presque terminée; d'un style gothique très uni, un peu agreste ; tel qu'il me paraît bien convenir au local et à la destination. Nous ne pouvons arriver a la maison, ni en sortir, sans passer tout près de notre dernière et permanente demeure, située dans un joli bocage qui s’embellira avec la croissance de sa jeune forêt et les plautations additionnelles projetées, à trois arpents de la résidence transitoire et passagère, et à cinq de l'église paroissiale dont vous connaissez la situation. L'hiver dernier j'ai eu la douleur d'y ouvrir et fermer la première tombe, pour le premier de mes petits fils, bel enfant d’un an, emporté par sa première maladie. Le pauvre père l'a apporté en février dernier pour le déposer dans la chapelle dont le premier il avait formé le projet et tracé le plan presque constamment suivi. La seconde s’est ouverte et fermée sur le corps de mon cher Gustave ces jours derniers pendant que Amédée était avec moi. La troisième est construite pour recevoir bientôt les restes de mon cher père. Mais elle est béante, et j'y puis tomber avant qu'ils arrivent. Que la volonté de Dieu soit faite en tout et partout. Je puis laisser la vie sans regrets. J'y ai éprouvé trop de pertes désoiantes pour y tenir fortement. Les avertissements se multiplient trr

rapides, pour que je puisse être surpris. De 22 écoliers entrés en Rhétorique en 1802, je suis le seul survivant. Mon ami M. Antoine Parant, ci-devant supérieur du Séminaire de Québec, était le seul de cette classe sur le bras duquel je pus m'appuyer. Il n'avait qu'un an plus que moi. Mon ami et parent de cœur et d'enfance, avec qui j'ai été élevé comme frère, Louis Viger n'ayant a'issi qu'un an de plus que moi, tombe et je l’apprends pendant que je vous écris. Je dois me hâter de faire le peu de bien que

je pourrai, puis aller rejoindre tant et taut de personnes que j'ai tendrement chéries.

Si Dieu me prête vie jusque là, j'assisterai à la bénédiction de cette chapelle par mon évêque diocésain, dans les premiers jours d'août. Je l'ai prié de venir faire cette cérémonie et d'en fixer le temps ; il m'a donné, par sa réponse reçue tout récemment, ceux des dix premiers jours d'août qui ne conviendraient le mieux, et je lui écris aujourd’hui même pour le prier de déterminer plus particulièrement celui qui lui conviendra, pour que je puisse l'indiquer à ceux des parents et amis qui y viendront. Vous assistiez le 13 sept. 181, avec ces bons amis que nous n'avons cessé de regretter, Messieurs Félix & Dumouchel, à la bénédiction de la première église paroissiale. Nous sommes bien peu de survivants de cette première réunion. Vous assisterez, je vous en prie, avec Madame votre épouse, Mr & Madame Dumouchel, Mr & Madame Lemaire à notre seconde bénédiction. Nous étions alors tous jeunes, peu éprouvés, peu attristés, pleins d’entrain, d'avenir, de projets ; que de mécomptes ! Néanmoius c’est la condition que l’ordre de la Providence à établi dans tous les temps pour tous les hommes.

Soyons soumis. Au plaisir de nous voir réunis de nouveau, se mêleront des souvenirs et des regrets pour tous ceux que nous avons perdus ; mais avec les regrets se mêle le plaisir de parler de leurs méri. tes, de leur amabilité, de leur affection pour nous. Nous rajeunissons ‘ n peu en parlant du bon vieux temps, des bons vieux amis. J’attendais la fin de ma correspondance avec Monseigneur de Bytown pour vous faire cette prière, que je vous fais aujourd'hui et que je n'ai encore adressée à personne de la famille. Mme Dessaulles et mes frères et les fieres et sœurs de mon épouse, et des neveux et des nièces, et ma bonne belle-sœur Angèle, sont ceux que j'espère rêunir, pour cette occasion, avec les amis Ge St-

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Benoit. D'ici là, le jour précis sera déterminé et je vous cn préviendrai.

Je savais que je devais à votre sincère amitié pour mon père et pour toute sa famille, le monument si judicieusement choisi d’un cube, symbole de la solidité de son caractère, de ses principes, ds sa persévérance à suivre les études et les entreprises utiles qu'il a successivement commencées et continuées tant qu'il a respiré. Je devais vous demander que la pierre tumulaire suivit les restes chers et vénérés auxquels vous l'aviez consacrée.

Vous me prévenez, parce que le moment de la dédicace de la Chapelle où ils seront portés et du service funèbre pour les âmes des parents décédés et en particulier de ceux qui y sont déposés, qui y sera faite, n'était pas fixé. Votre partiale amitié a étendu trap loin les justes éloges que vous donnez à la mémoire, aux vertus publiques et privées qu'’eut mon père, aux services qu'il a rendus à la nationalité, à la patrie, à tant et tant de sts concitoyens, en Îles étendant à la famille, qui a marché sur ses traces, 1] est vrai, mais d’un pas moins sûr et moins heureux que lui. Il paraîtrait donc un peu outré que, dans une chapelle de famille et privée, quelqu'un de ses descendants eût écrit, Zaboribus, an Sobole c'arior Mais les A. P. P, est un premier et suffisant correctif. Ensuite le Sobale, ne s'applique pas à sa seule postérité, mais à sa postérité morale, patriotique, éclairée, qui sont tous les disciples que son exemple, et ses leçons ont fait naître à la vie politique, à la défense énergique des droits de son pays, tous Ceux qui sont tombés, tous ceux qui ont souffert pour cette sainte cause dont il a été le doyen ; ceux qui font autant d'honneur au Canada et au notariat connne Mr. Giruuard, et autres notaires, en grand ombre,

depuis ce bon Mr. Gagnier le plus ancien de ses clercs, jusqu’à J.-B. Trudeau et André Papineau les derniers qu'il a formés, et tous ceux que ses encouragements et ses conseils ont aidé à se distinguer à leur

tour, sont inclus dans l'expression. Si j'avais été présent, c'eût été à moi à remplir le pieux dev:ir, que je n'aurais pu remplir aussi parfaitement bien, comme vous l’avez fait, sans vos ronseils, mais ils ne m'’auraient pas fait défaut. J'accepte donc avec reconnaissance l'offre que vous me faites et que j'étais à la veille de vous demander, que le monument fût inséparable du corps sur lequel il a été posé. Il est demeuré au cimetière sur la fosse vide du corps de mon père, ma,s dans laquelle sont les restes, réduits en poudre, de cinq enfants morts en bas âge. Voilà la vie de l’homme, ses amertumes, ses inscrutables mystères, plus de la moitié de ce qui naît d'hommes, dévorée par la mort, avant qu'ils soient parvenus à cinq ans i O abîmes !

Faire du bien, et beaucoup, et durable comme vous avez su le faire, mon cher Mr. Girouard, par la noble fondation que vous venez de terminer, voilà un monument qui consacre à toujours votre mémoire et y attache les prières et les bénédictions de tous ceux qui y seront instruits et soulagés. Adieu.

Votre ami bien sincère et reconnaissant,

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