FLEXION DIRECTE
en arrière; mais cela est insuffisant pour décharger complètement Tavant-main; les postérieurs, en conséquence, auront dû se rapprocher du centre et par conséquent s'engager pour venir en quelque sorte prendre le poids qui restait sur l'avant-main et que je supportais avec le point d'appui. C'est à ce moment précis que se produit la perte du contact entre la bouche et le filet.
Cet équilibre n'est plus le même que celui dont j'ai parlé à propos de l'engagement primitif des postérieurs. A ce moment, je plaçais la tète haute et je l'y maintenais appuyée; l'arrière-main s'engageait donc forcément beaucoup moins que pendant la leçon des flexions.
Pendant huit ou dix jours je ne demande que ces concessions de plus en plus rapprochées; je n'ai pas encore la flexion, mais je suis en bonne voie pour l'obtenir. Quand mon cheval rompt l'appui facilement, sans hésiter et sans s'effrayer de l'activité de mes jambes, au lieu de rendre complètement dès que l'encolure cède, je ne rends que de quelques centimètres et je reprends aussitôt. J'ai eu une première perte de contact d'une ou deux secondes, et comme j'ai repris vivement, j'en obtiens une seconde. La tète de mon cheval aura dit : Oui, oui. L'habileté de la main doit être de plus en plus grande, pour saisir l'instant précis de ces deux légères flexions, afin de rendre après chacune d'elles en avançant très vivement et très légèrement les poignets et en desserrant les doigts sans cependant laisser glisser les rênes.
Je rends assez rapidement pour que le filet tombe en quelque sorte de la bouche ; et si le mouvement est réussi je dois entendre le tintement de l'acier ; c'est cette liberté du filet et son abandon qui amènent la mastication et la souplesse du maxillaire. Je renouvelle souvent cet exercice en augmentant la hauteur de l'encolure et en ramenant le chanfrein de plus en plus près de la verticale. J'arrive à quatre ou cinq concessions et plus, et j'ai la flexion d'encolure.
L'action de rendre et de reprendre doit devenir imperceptible
i6o GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
à l'œil et le déplacement des poignets ne doit pas varier de plus d'un ou deux centimètres ; à certain moment même il suffira de serrer et de desserrer les doigts.
J*ai recherché la flexion étant au petit trot, parce qu'à cette allure, le cheval reposant alternativement sur chaque bipède avec un temps de suspension, je rejette plus facilement le centre de gravité en arrière que quand la masse repose continuellement sur trois membres comme dans le pas. L'instant le plus propice pour faire la reprise des doigts est celui où le cheval est en l'air.
Des différentes flexions. — Baucher fut le créateur de l'équitation raisonnée ; il fut l'admirable écuyer que l'on sait en même temps que savant théoricien, mais il commit cependant certaines erreurs.
Sa flexion d'encolure est fausse et il fallait être le virtuose que fut Baucher pour pouvoir en tirer parti. Mon appréciation serait peut-être sans valeur si elle n'était aussi celle des meilleurs écuyers de notre époque. Tous se sont inspirés du maître et ont recherché les lois d'équilibre qui régissent les différents mouvements du cheval, et si ces écuyers diffèrent entre eux sur quelques points dans leurs théories, ils sont cependant d'accord pour rejeter la flexion Baucher.
Dans cette flexion, représentée par la figure ci-contre, l'encolure cède du garrot ; elle se baisse et la tête dépasse la verticale. En réalité l'encolure est rouée, les épaules sont gênées et le poids est sur l'avant-main. Baucher rétablissait l'équilibre en engageant exagérément les postérieurs. Quant à la bouche elle n'était pas légère, elle était simplement supprimée et pendant tout le travail elle demeurait dans la même place.
La position recherchée aujourd'hui par des écuyers tels que MM. Fillis et de Saint-Phalle est plus élégante et c'est là son moindre mérite. En effet l'encolure relevée et produisant sa flexion de la nuque dégage les épaules, reporte le centre de gravité en arrière et soulage l'avant-main, sans contraindre lesposté-
DES DIFFÉRENTES FLEXIONS i6i
rieurs à s'engager outre mesure ; l'effet du mors se produit d'avant en arrière quand la tête est haute et que le chanfrein n'atteint pas la verticale ; tandis qu'avec la flexion Baucher, le
mors, agissant en levier de bas en haut, engage la tête à se baisser encore pour se fléchir dès que sa direction a dépassé la verticale. Le cheval de chasse ou de voiture qui roue son encolure tombera infailliblement un jour ou l'autre. Si l'animal ainsi placé butte, le conducteur lui relève la tête en tirant sur les rênes ;
i62 GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
mais celle-cî, pour se redresser suivra la courbe A B, et passera per le point M ; à ce moment, l'action des rênes aura été plus nuisible que favorable puisqu'elle aura eu pour effet de reporter une partie du poids de la tête et de l'encolure en avant du centre de gravité, quand au contraire il eût fallu le rejeter en arrière.
J'ai, à mes débuts,
encapuchonné tous mes
chevaux. Je montais les
mains basses et j'obte-
M ^S^^^\m^!^^^^y^^>^ ^^s rapidement une
flexion basse aux allures lentes; mais dès que j'engageais un trot ou un galop un peu plus rapides, ^ \ mes chevaux me bour-
raient dans la main . Avec la flexion élevée provenant de la nuque la légèreté se maintient à toutes les allures^ parce que je possède entièrement à ma disposition une masse importante dont je peux charger telle partie du corps qu*il me plaît. C'est à mon tact de distinguer les différentes phases d'équilibre et de les régler en relevant plus ou moins la tête et Tencolure.
Chevaux en arrière de la main, — Si le cavalier abuse des flexions et qu'il manque ses concessions de doigts, il arrive à acculer le cheval, c'est-à-dire à engager trop fortement les postérieurs ; ceux-ci viennent soutenir et même soulever la masse au lieu de la pousser en avant. L'animal est alors tout prêt à devenir rétif, et à l'emploi des jambes il accusera flexions sur flexions, mais n'avancera plus. Il est en arrière des mains et des jambes; cette disposition de son équilibre ne vient pas d'une autre cause que de sa volonté, car le cavalier a beau rendre ou essayer de baisser l'encolure, pour en reporter le poids sur l'avant-main et