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QUELQUES MALADIES

Les coliques, — Le cheval qui a des coliques refuse la nourriture, il est inquiet, gratte le sol, se tient à bout de longe, fléchit les genoux et regarde son flanc; il se couche, se relève, se plaint et tente en vain et fréquemment d*uriner; il est froid ou en sueur ; son ventre se ballonne dans certains cas. Il ne faut pas hésiter à faire appeler un vétérinaire; mais en attendant son arrivée, il est bon d'administrer au malade des lavements au son. Certains praticiens recommandent de laisser l'animal en liberté dans un grand box; d'autres, au contraire, conseillent de le promener en main et de l'empêcher de se coucher; de toute façon, il ne faut pas le maintenir attaché dans une stalle étroite. Il est encore utile de lui frictionner les reins et le ventre. Les coliques sont souvent mortelles.

Le cornage. — On appelle cornage le bruit que produit l'air en traversant les voies respiratoires. Cette infirmité est congénitale ou consécutive à des maux de gorge ou à d'autres affections des organes de la respiration. Le cornage est très nuisible au cheval de selle, surtout au hunter; mais j'ai vu des corneurs accomplir

bien et longtemps un très dur service de voiture. Cette affection diminue beaucoup la valeur du cheval qui en est atteint et elle fait partie des cas rédhibitoires. Pour s'assurer qu'un cheval corne, il suffit de lui mettre un collier un peu court, de serrer la sous-gorge et de lui faire monter une côte à une allure rapide en le prenant bien sur la main; aussitôt l'arrêt, descendez et approchez votre oreille des naseaux : vous percevrez alors le moindre sifflement. En employant ce système et en l'exagérant, un homme habile arrive à faire passer pour comeur un animal absolument sain. Le galop à la longe est encore un sûr moyen d'investigation.

Les chevaux normands sont assez souvent comeurs et il faut les examiner avec soin sous ce rapport.

Les crevasses. — Les crevasses sont des fissures qui se produisent à la peau du pli du paturon; elles sont déterminées par les boues malsaines, le fumier, Turine, etc. Aussi en ai-je déjà parlé à propos du pansage. Les crevasses font boiter ou même butailler au départ et peuvent s^aggraver, si elles sont négligées. Je fais enduire de vaseline les plis des paturons des chevaux, qui sont prédisposés à ce genre d'accident. Il est prudent de consulter un vétérinaire, dès que les crevasses paraissent rebelles, sans attendre qu'elles aient revêtu une forme inquiétante.

La fluxion périodique , — La fluxion périodique fait partie des cas rédhibitoires; elle est particulièrement fréquente chez les chevaux du Midi, surtout s'ils sont transportés dans des régions éloignées de leur pays d'origine.

Quand Taccès se produit, la conjonctive est rouge et tuméfiée; les larmes coulent abondantes ; les humeurs de l'œil deviennent troubles et un dépôt se forme dans la chambre antérieure. Cette maladie entraîne la perte de la vue dans un délai variable.

Le ganglion, — Le ganglion est une tumeur qui se forme sur le trajet du tendon, à la suite d'un effort ou d'un coup. Le ganglion est grave et nécessite des soins énergiques.

Trucs de maquignons, — Tout bon maquignon doit avoir su lui une épingle et savoir g'en servir. Un cheval a-t-il un commencement d'éparvin ; le vendeur avisé crible de piqûres le jarret sain, provoque un léger engorgement et rétablit ainsi la symétrie entre les deux membres. L'épingle rend encore pour quelques instants un peu de jeunesse à la tête vieille en comblant le vide des salières. Un dos maigre, sous Tinfluence de multiples picotements, prend une meilleure apparence. La piqûre d'épingle est au maquignon ce qu'est le dernier coup de ciseau au sculpteur. Enumérer ses multiples effets serait trop long; il suffit que Tamateur sache que ce truc sert à boucher les vides ou à atténuer les bosses; cette malice est facilement découverte en touchant du doigt les parties qui ne sont pas absolument nettes. Si j'ai à toucher un jarret, — ce que je fais aussi rarement que possible, — j'ai toujotu*s soin de faire lever un pied de devant quelle que soit la douceur apparente du cheval que j'examine.

Quand un maquignon possède un animal difficile à atteler ou même tout à fait inattelable, il lui fait frotter les épaules et les fesses avec une brique ; le poil se trouve ainsi usé aux places où portent d'ordinaire le collier et le reculement. L'acheteur novice, convaincu par de telles preuves, achète parfois sans exiger l'essai attelé et naturellement il est trompé. Je me méfie toujours beaucoup des chevaux qui portent des traces trop évidentes de frottement, surtout chez le marchand où le travail est réduit à son minimum.

Les professionnels arrivent à si bien maquiller les animaux que, malgré leur grande habitude, ils parviennent à se tromper entre eux; ils teignent les marques blanches; ils bouleversent la mâchoire; ils changent le port de queue en ayant recours à une opération appelée « niquetage »; une ferrure habile transforme les aplombs et bien malin serait celui qui reconnaîtrait le sujet.

Si les épaules paraissent graissées, c'est que le cheval n'est pas franc et qu'un homme lui a fait avant l'attelage une bonne friction à l'huile.

Les chevaux difficiles sont, m*a-t-on dit, rendus calmes, dès qu'on leur introduit une balle de plomb dansToreille; mais ce truc ne peut être employé, si vous suivez les indications que î*ai données et que vous ne perdiez pas de vue l'animal de montre.

Un fil habilement placé redresse les oreilles pendantes ou cassées; mais il faut être très novice pour ne pas le découvrir.

Il est encore utile de vous assurer que les membres ne portent pas de cicatrices à leur partie du dedans, du boulet au coude; ces traces indiqueraient que l'opération de la névrotomie a été pratiquée .

Une toilette savante peut rendre, grâce à ime coupe habile des crins^ son aspect normal à un (endon failli ou claqué; là encore, les doigts découvrent sans peine la fraude.

Méfiez-vous des juments, qui vous sont présentées pendant le temps de leur rut; elles peuvent être alors très sages et redevenir méchantes, dès que cette époque est passée.

Si le cheval que vous examinez a des plaques de caoutchouc, il est prudent de vous réserver le droit de ne considérer l'affaire comme conclue qu'après examen du pied.

Je répète ici ce que j'ai dit au début de ce livre, c'est-à-dire que tous ces détails doivent être vus d'un coup d'œil rapide et qu'il faut quelques minutes seulement pour faire le tour d'un cheval . Achetez vite ; le marchand vous en saura gré et il sera bien plus coulant sur le prix que si vous tournez une heure autour d'un animal et que vous montriez une hésitation, qui passera pour de la timidité ou de l'ignorance.

Je ne prétends pas connaître tous les trucs et toutes les finesses d'un métier que je n'ai pas pratiqué; mais, en résumé, j'espère avoir montré au lecteur que la plupart des ruses des maquignons sont cousues de fil blanc et qu'il est beaucoup plus difficile à un marchand de chevaux de tromper le client averti qu'à un tailleur de vendre un pardessus de mauvaise qualité. J'espère que les amateurs me pardonneront de les avoir parfois accusés de naïveté

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et d*ignorance ; peut-être m^excuseront-ils moins de les avoir ennuyés par des théories un peu compliquées pour le débutant ou par des digressions trop touffues, exposées dans un style didactique; mais ma défense est de n'avoir jamais prétendu les distraire, car j'ai seulement tenté d'écrire une sorte de précis utile et pratique. Les marchands ne m'en voudront pas trop, je pense, car si je les ai un peu malmenés, je leur rends ici justice en avouant que c'est encore chez eux que j'ai fait les meilleures affaires.

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