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lui à la ville, part de la place Corvetto, grimpe la colline parmi un entrelac de palmiers, de bambous, d'eucalyptus, de fontaines, de cascades, et conduit jusqu'à un belvédère, caché dans les feuillages, doù le regard découvre toute la cité fiévreuse et toute la mer.
Au delà de la ville, sur la pente qui domine le torrent du Bisagno, s'étend le Campo-Sûiito moderne: une chapelle le domine, d'où partent des galeries et des escaliers qui embrassent les lombes : elles sont célèbres
Plat d'argent ligurant le départ de Christophe Colomb palais Spinola).
par le luxe désordonné de sculptures violemment pathétiques, à la fois réalistes et maniérées, qui les parent ou les encombrent. Cette accumulation forme un ensemble unique, extrêmement curieux comme expression de l'esprit et des mœurs des génois, mais totalement étranger à l'art.
Gênes s'accroît et change sans cesse. Tous ces changements ne tournent pas au profit de l'art, et trop souvent le style moderne allemand gâte hideusement les maisons neuves. Cependant la majorité des génois restent soucieux du pittoresque de leur ville : un grand voA^ageur, le capitaine Enricod'Albertis, aeuainsi la fantaisie de reconstruire sur un des mamelons qui dominent la rade un des anciens châteaux forts qui assuraient au
moyen âge la défense de Gênes ; sur une des plates-formes de son castello, il a placé une statue de Monteverde figurant Christophe Colomb enfant, rêvant sur le rivage à ses voyages futurs, œuvre plus aimable que le lourd monument élevé au grand Génois au bas de cette colline. Un autre voyageur, Edoardo Chiossone, qui séjourna plus de vingt années en Extrême-Orient, a formé, et légué à sa patrie, une des plus délicates et des plus savantes collections d'art japonais que l'Europe possède, et lorsqu'on visite les salles de X Accademia ligtistica où elle est exposée, on éprouve une impression inattendue et étrange à étudier ces bronzes, ces kakémonos et ces éclatantes étoffes, d'un art si raffiné, épris du détail réaliste et insoucieux des grandes et nobles lignes, alors qu'on vient de s'exalter l'imagination parmi les palais de Galéas Alessi et de Bartolommeo Bianco.
Le voyageur qui sort de ce musée Chiossone, précieux et subtil, se trouve en pleine vie moderne, sur la bruyante place De Ferrari, toute proche cependant du centre de la vieille ville que domine la tour du palais ducal. Mais là, l'expansion de la ville moderne triomphe des souvenirs du passé : à l'est de la place on achève de démolir d'anciennes maisons pour agrandir l'entrée de la large rue du XX Septembre, qui.
bordée de lourdes bâtisses d'un style ambitieux, relie par les nouveaux quartiers de
l'est le centre de la ville à la colline de San Francesco d'Albaro et au bourg de San Fruttuoso.
C'est là que sembla devoir s'arrêter la Gênes moderne, au pied de la belle colline où veille le vénérable couvent, dédié à la Vierge depuis la fin du Xli" siècle, le Santnario del Monte. Pour qui vient de visiter Gènes et de suivre de monument en monument les traces de son histoire, il n'est pas de lieu plus propice pour contempler avant de la quitter cette ville chargée de tant de siècles et pourtant toujours vivante. Un abrupt chemin jalonné de minuscules chapelles conduit au sommet de la colline : là, d'une esplanade, qu'ombrage un grand chêne vert, toute la campagne
Francesco SchiaHiiio.
Rapt de Proserpine (Palais Royal).
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montagneuse, toute la ville, toute la mer apparaissent au regard. Mais si l'on pénètre dans l'église, fraîche et sonore, si l'on traverse les grands corridors du couvent, si l'on s'arrête dans les galeries superposées du cloître, qu'ornent des reliefs de marbre du qiiattrocenio, parmi tant de silence et tant de paix, l'àme peu à peu se recueille assez pour goûter sans en rien perdre le charme complexe de cette nature et l'émouvant spectacle de toute cette ville étendue sur ce rivage. Qu'on pénètre alors, à la tombée du jour, dans le vaste enclos des moines : un divin jardin d'yeuses et de C)'près enveloppe leur couvent de pierre grise, parfume de sa verdure sauvage les vallonnements qui l'isolent et monte jusqu'au tranquille cimetière que possède, au plus haut sommet, la famille Xegrone. C'est de cette solitude battue par le vent qu'on jouit de la vue la plus vaste. A l'orient, la montagne de Portofino plonge dans la mer. Devant soi, on a la masse forte et carrée du monastère dont le campanile se détache sur l'horizon. Plus loin, les maisons se pressent sur la colline de Carignan dont le dôme paraît bleu. Bleue aussi, toute la confusion des toits de la ville jusqu'au grand phare bleu, mais dans cette brume leport luitcommeun éblouissant miroir d'argent, et, au delà des promontoires et des longues jetées qui le ferment, c'est le poudroiement d'or de la i^léditerranée où se couche le soleil. De cette ruche humaine, le vent apporte mille échos, bruits de voix, chants perdus, bourdonnements confus, sirènes des vaisseaux qui partent, cloche? de tant de campaniles. On juge alors ce que c'est qu'une grande cité qui a si profondément marqué son empreinte dans l'histoire du monde, qui a créé dans de si fiers palais un idéal d'art et de grandeur et qui reste aujourd'hui plus vivace, plus active et plus riche que jamais ; c'est un petit espace sans doute pour le regard qui l'embrasse tout entière, mais, pour l'esprit qui a cherché lecontact de sa viepasséeetprésente, c'est peutêtre ce qu'il y a de plus grand parmi toutes les réalités humaines : une source intarissable d'énergie et une des formes vivantes de la beauté.
Dessus de porte (Piazzetta San Sepulcro)