‹ Genèse et nature de l'hystérieChapitre 2 sur 2 · DOCUMENTS JUSTIFICATIFS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS JUSTIFICATIFS

PROLEGOMENES

Les vingt observations qui servent de documents justificatifs des idées émises dans le premier volume de cet ouvrage ont été prises au jour le jour, presque heure par heure dans certains cas. J'ai consigné le plus impartialement possible tous les actes, toutes les paroles des malades ; j'ai noté toutes leurs réactions au fur et à mesure qu'elles se produisaient sous mes veux; j'ai toujours évité toute suggestion directe ou indirecte dans les questions que je leur posais, me bornant à leur demander : « Qu'éprouvez-vous en ce moment, que sentez-vous, pourquoi faites- vous telle chose ? » de façon à ne les influencer ni dans un sens ni dans l'autre, et de plus j'ai de même toujours évité soit de m'étonner de leurs réponses, soit d'y paraître porter trop d'intérêt. De la sorte les faits que je relate ici ne sauraient être sujets à caution. Ils sont ce qu'ils sont : si l'interprétation que je leur ai donnée n'est pas la bonne, ou n'est pas admise, ils n'en restent pas moins à l'état de documents que d'autres peuvent reprendre, contrôler et interpréter à leur guise.

Pour la simplification et la clarté de ces observations je me suis abstenu de tout commentaire dans leur exposé, de toute interprétation. Ces commentaires et ces interprétations ont fait l'objet du premier volume. Je me suis appliqué dans la réoaction de ces observations à, rester simple spectateur des phénomènes. Peut-être le style l'hystérie. — II. 1

2 NATURE DE L'HYSTEIUE

y eùt-il gagné à ce que je misse sous une forme plus littéraire mes notes journalières. Les faits y auraient, je crois, perdu au poii\t de vue de leur netteté. J'ai dit ce que j'ai fait, ce qui s'est passé chez le malade, ce qu'il m'a dit éprouver, et ce que j'ai vu, m'efforçant d'être un juge impartial et sincère par-dessus tout.

Ces observations ne valent que par le détail. Chacune d'elles représente un nombre considérable d'expériences véritables de psychologie morbide et de physiologie. Les remarques dont je les ai fait suivre n'ont qu'une portée très restreinte. Elles n'ont d'autre but que de mettre en relief les conditions dans lesquelles le cas s'est présenté et les points les plus importants qu'il a permis d'étudier. C'est ainsi que mes premières observations sont très incomplètes : car au début, assistant pour la première fois à des phénomènes tout nouveaux et ne voulant en aucune façon les troubler dans leur évolution naturelle par une intervention quelconque, j'ai négligé beaucoup de points de vue que j'ai approfondis plus tard. Je marchais un peu en tâtonnant, attentif à tout ce qui se passait, mais non moins sou cieux de ne rien modifier aux lois qui devaient présider à ces phénomènes, lois qu'il s'agissait précisément de rechercher. Aussi ai-je placé mes observations suivant l'ordre chronologique de façon à ce qu'on put suivre plus facilement l'évolution des recherches faites cl des idées qui en découlaient.

Les sujets dont il est ici question n'avaient pour la plus grande majorité jamais été entre les mains d'autres médecins et aucun n'avait été plongé dans l'hypnose, ni traité par la suggestion avant d'avoir été observés par moi. De sorte que j'ai eu à faire à des cas dans lesquels il s'agissait de phénomènes primitifs, à des cas vierges, et ce n'est pas une des moindres raisons de la valeur qu'on peut attacher à leur production.

Déjà très long, trop long même peut-être à cause des redites que j'ai tenu à conserver puisque les phénomènes s'étaient eux-mêmes répétés, et afin d'en montrer soit la fixité, soit au contraire les variations et d'en rechercher les causes, l'exposé de ces observations faites journellement pendant des semaines et quelquefois des mois, aurait été encore allongé si j'avais dans chaque cas rappelé l'état de la sensibilité du sujet soit avant soit après l'expérience. Je me suis borné aie signaler lorsque j'étudiais spécialement la sensibilité de tel ou tel organe et qu'il était nécessaire par conséquent de préciser aussi exactement que possible les phénomènes pour en suivre l'évolution et étudier les causes de leurs variations. Lorsque je dis par exemple que tel sujet se réveille ou sent bien, c'est que sa sensibilité est normale et que je m'en suis assuré. Je me suis donc dispensé de

NÀTU11E DE L'HYSTERIE 3

répéter chaque fois l'examen auquel je me livrais, me bornant à dire les particularités dignes d'être retenues.

De même aussi quand pendant les séances de restauration de la sensibilité je répétais aux malades, comme c'est nécessaire : « Sentez, sentez plus, sentez vos jambes, votre bras, etc., etc. » je me suis contenté d'indiquer mon intervention sous cette forme par le signe +< en répétant plusieurs fois ce signe suivant l'insistance que je mettais dans mon injonction. Et quant aux réflexions spontanées ou aux dialogues des malades je me suis borné dans le premier cas à noter la réflexion faite, les paroles prononcées par le sujet en les mettant entre guillemets, les laissant mêlées aux autres phénomènes observés dans l'ordre même où elles se produisaient de façon à ce qu'on put bien se rendre compte des conditions dans lesquelles le sujet se trouvait au moment où il les prononçait ; dans le second cas j'ai fait précéder mes questions de la lettre D, et les réponses du sujet de la lettre R.

J'ajoute en terminant que toutes ces observations ont été prises uniquement par moi, qu'elles sont la copie exacte des notes rédigées au moment même où les phénomènes se produisaient et non après coup, ce qui explique leur style quelquefois télégraphique, mais que j'ai tenu à conserver pour ne pas leur enlever ce caractère d'authenticité qui leur donne, à mon sens, leur principale valeur, et qu'enfin elles ont été prises beaucoup moins au point de vue clinique et thérapeutique qu'au point de vue de la pathogénie des troubles divers de l'hystérie et de la nature même de l' hystérie.

Hystérie datant de quatorze ou quinze ans. — Délire, attaques convulsives, contractures, anorexie, vomissements. — Traitement par suggestion hypnotique, insuccès, persistance des stigmates et des accidents. — Réveil simple et régression consécutive de la personnalité à trois ans en arrière. —Réveil progressif et successif des sensibilités générale, viscérale et spéciales. - Phénomènes objectifs et subjectifs accompagnant leur retour. — Instabilité de la sensibilité, et réapparition des accidents au prorata de V anesthésie . — Amélioration des troubles.

Mllc Marguerite C..., âgée de vingt-six ans, est entrée à la Villa Montsouris le 2 octobre 1892 et en est sortie le 20 avril 1894.

A son arrivée elle est en état de délire complet, et a de très nombreuses attaques convulsives chaque jour. Le délire est survenu à la suite des circonstances suivantes. Souffrant depuis plusieurs mois de points ovariens extrêmement violents, son médecin, malgré l'existence de stigmates hystériques manifestes, malgré des attaques classiques de grande hystérie, malgré de l'anorexie et des vomissements, crut à une salpingite double el l'adressa à Paris à un chirurgien pour l'examiner et l'opérer au besoin. On dut la placer sous le chloroforme pour pratiquer cet examen qui l'impressionnait d'une manière excessive, mais à la suite de la chloroformisaiionle délire, qui avait été attribué à l'excitation chloroformique, persista, et l'examen de l'utérus et des annexes ayant été négatif on dut se décider à placer la malade pour traiter son état nerveux.

A son entrée le délire durait depuis déjà quinze jours. La malade refusait les aliments, ou vomissait ceux qu'on parvenait à lui faire prendre. Elle était complètement anesthésique, avec des points hystérogènes au niveau des ovaires, du creux épigastrique, des seins, tout le long de la colonne vertébrale et de la tète, au niveau de l'occiput et du vertex. L'insomnie était complète. Elle ne se rendait compte de rien de ce qui l'entourait, ne pouvait donner aucun renseignement sur son passé, sur ce qu'elle éprouvait même actuellement, Elle se plaignait surtout de la tête et y portait constamment la main. Elle avait de fréquentes hallucinations lénifiantes et rouges, à la suite desquelles elle tombait en attaque. Tantôt c'était des attaques de contracture généralisée, les yeux ouverts, fixes, accompagnées de mutisme, tantôt c'était de grandes attaques convulsives

avec clowmsme, et hallucinations qui duraient parfois une heure et deux. On les calmait par la pression ovarienne, niais on ne les arrêtait pas.

Le délire sons l'influence de l'isolement absolu cessa au bout de trois semaines, niais les vomissements persistèrent, malgré que le refus d'aliments eul été vaincu. Les attaques, soit convulsives, soit de contracture, pour être moins fréquentes se reproduisaient encore tous les jours. La nuil elle était sujette à des accès de somnambulisme assez fréquents.

Très hypnotisable, on lui suggérait facilement l'arrêt de tous les accidents, mais la suggestion n'avait qu'une action très courte et peu durable.

L'anesthésie totale, sensitivo-sensorieile, le rétrécissement du champ visuel, l'anorexie, l'insomnie persistent malgré toutes les tentatives de suggestion. Quand on croit en avoir fini avec un accident un autre reparaît. Elle a un état d'apathie intellectuelle et morale complète et son afï'ectivité paraît complètement éteinte. Elle n'a pas la notion du temps écoulé, et a une aprosexie absolue, elle est incapable de s'occuper à un ouvrage quelconque d'une façon assidue sans, au bout de peu de temps, tomber m étal de contracture, ou s'endormir. Elle ne peut davantage lire et au boul de deux lignes ne sait plus ce qu'elle a lu. Elle recommence dix fois la même lecture sans s'en apercevoir.

Elle ne sent aucun organe, n'éprouve aucun besoin. Cet état persiste pendant près d'une année avec des améliorations et des aggravations, mais en somme sans changement bien appréciable. Sous la moindre influence Les contractures, les attaques, l'anorexie, les vomissements, les attaques de somnambulisme et même de délire reparaissent. Les stigmates persistent sans la moindre modification. La suggestion n'a absolument qu'une action modératrice et d'arrêt momentané mais n'est jamais parvenue à enrayer définitivemenl le moindre symptôme, ni à faire disparaître le moindre stigmate.

La maladie parait remonter à plusieurs années, d'après les renseignements assez vagues qu'on peut obtenir de sa famille dont elle a vécu séparée depuis très longtemps, vivant auprès de sa mère qui s'obstine à ne pas vouloir reconnaître qu'elle est malade, et à laquelle elle s'est toujours efforcée de dissimuler et ses attaques et ses vomissements. Les renseignements qu'on peut avoir sur ses antécédents personnels ne viennent donc que d'elle, et sa mémoire est trop affaiblie, trop confuse pour qu'on puisse rien obtenir de pi écis. Il semble toutefois que dès l'époque de sa première communion elle ait déjà présenté des accidents hystériques, sous forme de crises syncopales, qui firent même ajourner d'une année la cérémonie. Puis vint la mort de son père, vers l'âge de quatorze ans, qui l'émotionna fortement. A partir de ce moment elle vécut seule avec sa mère, qu'elle aidait dans un commerce fatigant, où elle était obligée de manier des charges assez lourdes et où elle se fatiguait d'autant plus que sa mère, quelque peu marâtre, traitait à la légère les accidents qu'elle pouvait avoir. A quinze ou seize ans il semble bien qu'elle était déjà anesthésique. Elle ne dormait déjà que peu ou pas. Puis elle perdit un frère qu'elle ailecl i< muait beaucoup et dont la mort lui causa une vive émotion.

Elle raconte aussi qu'à quatorze ans elle eut une violente peur que lui lit un de ses frères qui la surprit déguisé en singe. La peur qu'elle a ressentie la fît tomber raide en contracture, sans connaissance. Depuis, dans toutes ses crises, elle revoit cette scène, se croit poursuivie par un homme qui veut la saisir. Quelquefois même elle amplifie ce thème et se ligure êlre poursuivie par des hommes masqués qui veulent lui faire du mal. C'est alors qu'elle se lève pour se sauver et leur échapper.

Quant à son anorexie, à ses vomissements, il est impossible de savoir même approximativement depuis quand tous ces accidents sont survenus.

D'ailleurs au point de vue qui nous intéresse cela n'a que peu d'importance, et c'est son état actuel qui doit nous occuper le plus. Cet état n'a subi en réalité que des variations sans amélioration capable de songer à la rendre à la vie ordinaire, depuis plus d'un an qu'elle est en traitement. C'est alors que je m'avise de l'interroger, pendant le sommeil hypnotique, sur l'état réel de sa sensibilité interne, et le 15 novembre 1893 je lui fais subir l'interrogatoire suivant :

D. Sentez-vous vos organes, vous sentez-vous intérieurement? — R. Je ne sens rien du tout. — D. Vous senlez-vous vivre ? — R. Je me dis quesi je mourais je ne sentirais rien de plus que maintenant; je ne souffrirais pas; c'est pour cela que je dis que Ton devrait bien me laisser mourir. — D. Alors rien ne vous fait? — R. Absolument rien. — D. Si je vous annonçais la mort de votre frère ? — D. Ça ne me ferait rien, absolument rien ; je ne sais pas comment cela se fait que je suis devenue comme <;a. Il y a un temps où ça me faisait impression, mais plus rien maintenant. — D. Désiriez-vous quelque chose autrefois? — D. A la maison je ne disais rien; je ne désirais plus aller nulle part; tout m'ennuyait, même les enfants que j'aimais bien ; ça m'énervait ; je ne voulais [tins me trouver avec personne. — D. Pourquoi cela vous énervait-il ? — R. Je ne sais pas. — D. Quelle différence faites-vous entre une chose agaçante et une chose triste? — R. Une chose gaie me fait le même effet qu'une triste; tout m'ennuyait. Je m'ennuyais, toujours plus les derniers temps. Quand j'étais bien je n'étais pas comme ça; c'est depuis que j'ai eu peur; j'avais peur de tout. — Elle me raconte alors qu'elle se blessait quelquefois mais ne souffrait pas. A seize ans elle tomba un jour d'une échelle, et malgré une forte contusion elle ne s'en ressentit pas. — Je continue alors mon interrogatoire. — D. Est-ce que vous aimez quelqu'un maintenant ?— R. Personne du tout ; ce que je voudrais ce serait mourir. — D. Et détestez-vous quelqu'un? — R. Je ne déteste personne, mais je ne veux voir personne. C'est drôle, ça m'énerve qu'on vienne me voir. — I). Sentez-vous quelquefois du plaisir? — R. Il y a un mois je nie sentais plus la tête à moi. — Elle était dans une phase d'amélioration à cette époque en effet. Aujourd'hui, elle a des fourmillements dans la tête du côté droit surtout. Le matin elle se trouve assez bien pendant une heure environ. — D. Quand vous ne faites rien, à quoi pensez-vous? — R. A rien du tout. — D. Comment vous sentez-vous? — R. On dirait que je ne vis pas, que je ne suis pas sur la terre. — D. Quel effet vous font les objets autour de vous? — R. Ils sont tout petits. Je vois tout le monde fout petit.

Quelquefois la moitié est (rime couleur et l'autre d'une autre; je ne sais pas comment ça se t'ait. C'est comme quand je travaille, je mets un côté à l'endroit et l'autre à l'envers. — D. Qu'est-ce qui vous fait le plus d'impression. — II. C'est la mort; ça me fait peur. J'ai souvent peur qu'on vienne me prendre. — I). Quand je vous parle, quel effet vous font mes paroles? — II. Je réponds parce que je dois répondre. — D. Pourquoi ? — II. Je me le demande; pourquoi me questionnez-vous? — T). Que sentezvous dans la tête quand vous entendez parler. — R. Ça me bourdonne tout près. — I). Est-ce que ce que je dis y reste bien? — R. Non, pas loul à fait.

1er décembre. — Endormie elle m'avoue que depuis plusieurs années elle ne se rend qu'imparfaitement compte de ce qu'elle fait. Elle ne sent rien de ses fonctions organiques; elle ne sait pas si son cœur bat, elle ne se sr ni pas respirer, elle ne sent ni son estomac, ni son abdomen. Tout ce qui est autour d'elle lui paraît étrange; elle ne se rend bien compte ni du temps, ni des objets, ni des personnes. Tout lui semble jaune et tout petit. Elle entend souvent le contraire de ce qu'on lui dit, et ne comprend pas. Le bruit, la musique, tout la fatigue et l'engourdit. Elle ne ressent aucun plaisir, ni aucune peine ; elle ne sait jamais ce qu'elle a fait, oublie les choses en les faisant, n'ose se risquer à rien. Elle ne se rend pas compte de la réalité des choses et « vit comme dans un rêve ».

Eveillée, je lui demande à bride-pourpoint . « Dans la journée quand vous allez et venez et travaillez, dormez-vous ou ètes-vous éveillée ? » Elle me regarde, hésite et me dit : « Je ne sais pas; je suis toujours comme engourdie. » « Eh ! bien, lui dis-je, puisque vous ne savez pas, nous allons bien voir. »

Je l'endors et lui dis de se réveiller complètement, absolument complètement quand je lui soufflerai sur les yeux. Elle s'éveille, se frotte les yeux, regarde autour d'elle : « Tiens, comme tout est grand ! » Son visage s'épanouit; au lieu d'avoir le regard vague et fuyant, elle regarde tout en face, puis s'étonne et se retournant vers moi : « Où suis -je ici ? Depuis quand suis-je là? C'est drôle, c'est comme si je me réveillais. Tiens, je sens battre mon cœur, je me sens respirer. » Elle me demande des explications sur tout, ne reconnaît rien de la maison, ne reconnaît aucune de ses compagnes. Elle me demande mon nom et se fait expliquer comment elle est venue ici. Elle est fort étonnée de voir qu'elle a sa chambre, une serviette à son chiffre, que tout le monde la connaît. Je pensais qu'elle se trouvait ramenée à l'époque qui précédait son délire, et lui demandai alors à quelle époque nous étions : « Mais, en novemlue 1890, me répond-elle. » — Elle a donc rétrogradé bien au delà de cette époque, ce qui prouve qu'elle était déjà malade alors. Elle me raconte du reste qu'elle est malade depuis longtemps. Son attitude est toute changée; de brusque et garçonnière qu'elle était, elle est devenue douce, timide, souple. Elle mange sans se faire prier, et s'étonne seulement après dîner d'avoir des régurgitations, puisqu'elle avoue avoir mangé' avec plaisir. La céneslhésie reparaît, mais la sensibilité générale et les sens spéciaux sont toujours dans le même état.

Elle est un peu fatiguée et souffre un peu de la tête. Elle va se coucher en me promettant de bien dormir.

2 décembre. — Elle a dormi deux heures cette nuit. Le matin elle se croit à l'hôtel. Elle s'étonne d'avoir des soubresauts et des nausées. Elle mange sans difficulté, contrairement à son habitude.

7 décembre. — Depuis son réveil elle n'a plus d'attaques. Je l'endors tous les soirs, mais ne lui tais aucune suggestion. Elle es1 gaie, ouverte, travaille avec entrain. Elle remarque tout ce qu'elle éprouve et m'en fait pari. Quand elle a des contractures ou des paralysies, des soubresauts, des spasmes œsophagiens, elle s'en effraie maintenant. Tous les jours je la réveillé en lui ordonnant de se réveiller plus que la veille. Je conslale que son champ visuel s'agrandit, et que la vision des couleurs reparaît. Autrefois elle ne voyait que le rouge. Maintenant elle voit le vert, mais prend le jaune pour le bleu et réciproquement. Elle a maintenant le vif désir de guérir, n'est plus apathique comme avant, et met autant de bonne volonté à se faire traiter qu'elle était récalcitrante auparavant. Elle commence à avoir un peu faim. Elle est sortie aujourd'hui et n'a pas eu de crise au retour comme d'habitude. Elle ne peut encore travailler longtemps, sinon elle est prise de mal de tète, lequel cesse avec le travail.

8 décembre. — Elle commence à apprécier les sensations de chaud el de froid dans l'estomac.

11 décembre. — Elle a recouvré la vision du jaune el du bleu, et son champ visuel est plus élargi. Elle a ses règles depuis hier soir el se sent un peu plus énervée, et aujourd'hui elle a de la contracture des bras que je lui fais rapidement disparaître. Elle remarque qu'elle entend tous les bruits beaucoup plus distinctement. Ils la surprennent même el la fout tressauter. Elle se rappelle qu'autrefois, à seize ans, en classe, elle a eu une contracture de la main en tenant son porte-plume. Elle se sent revivre et reprend goût à l'existence. Tous les souvenirs des débuts de sa maladie reparaissenl.

16 décembre. — Elle a été un peu moins bien endormie hier soir, et ce matin elle a eu une légère contracture générale. Elle a un peu de céphalée au réveil. Elle se rend compte maintenant quand elle « file » et cherche à se retenir.

17 décembre. — Je l'ai endormie profondément hier soir, et ce malin elle n'a pas de céphalée au réveil et se sent bien.

25 décembre. — Le clou persiste toujours. Presque disparu au réveil, i! reparait dès qu'elle appuie dessus en se coiffant. La sensibilité générale n'est toujours pas revenue. Le sens musculaire commence à reparaître ; (die a un peu la notion de position de ses membres.

30 décembre. — J'imagine alors de voir ce qui se passera si je fixe son attention sur l'un de ses membres pendant l'hypnose en lui commandant de le sentir. Je commence par la main gauche, la plus anesthésique, el je lui ordonne : « Sentez votre main gauche. » Elle fait d'abord des mouvements, mais sans s'en rendre compte; puis elle sent qu'elle étend el fléchit les doigts. Elle éprouve ensuite des fourmillements dans la main el

la sensibilité reparaît de plus en plus, tant superficielle que profonde.

31 décembre. — Par le même procédé je rappelle la sensibilité de la main droite, laquelle reparaît de la même façon/mais plus rapidement.

Ie"' janvier 1894. — Je procède de la même façon pour les deux bras en même temps. Au lieu de simples mouvements comme dans les mains, il y a des secousses douloureuses et comparées par la malade à des décharges électriques, et qui sont de pins en plus fortes à mesure que la sensibilité revient. Celle-ci reparaît de bas en haut, et se montre un peu plus vive après chaque série de secousses, qui se produisent sous cette simple injonction : « Sentez bien vos bras, sentez-les de plus en plus. » Réveil. Pendanl la journée elle continue à sentir dans les bras des secousses analogues et des fourmillements. Dès qu'elle s'est réveillée son premier mou- \ cment a été de considérer ses bras, et de témoigner sa satisfaction de reconnaître « qu'ils sont bien à elle ».

2 janvier. — Ce matin je lui rends, en lui disant de même de les sentir, la sensibilité du cou, de la langue et de la bouche, de la face et du crâne. Les secousses du cou sont très violentes. La malade rejette brusquement sa tête en arrière comme si on la tirait parles cheveux. Ces secousses de tète surviennent au milieu d'oscillations régulières de droite à gauche, et s'accompagnent de douleurs assez vives dans l'intérieur du crâne, que la malade compare à des coups de marteau. Au bout d'un certain temps, les grimaces de la face, qui accompagnaient le retour de la sensibilité, cessent et la sensibilité de la l'ace et du crâne est revenue en grande partie. Le clou a disparu. La tête, au réveil, est plus libre, et elle s'écrie : « On m'a changé ma tète! Oh ! c'est drôle, je me sens parler et rire. » Cependant toute la journée Marguerite continue à ressentir des secousses légères dans tontes les parties ayant recouvré leur sensibilité et particulièrement dans la tète. En même temps elle y éprouve un sentiment de l'aligne.

Je continue ainsi fréquemment à réveiller chez elle de plus en plus ses diverses sensibilités, tant des membres que des organes internes et de la tète. Ayant noté les différents phénomènes que j'ai observés chez cette malade à un point de vue général et non d'une façon chronologique et exclusivement clinique, je me bornerai à indiquer ce que j'ai constaté du côté de chaque appareil au moment du retour de la sensibilité.

Voici ce qu'elle éprouve quand je lui réveille la sensibilité de la tête : Ce sont d'abord des secousses en arrière, des oscillations de droite à gauche cl réciproquement, des chocs dans la tète comme des coups de marteau, puis une sensation de brûlure intérieure. Elle s'arrache les cheveux, saisit sa tète à deux mains, s'écrie qu'on lui arrache la peau du crâne. Puis il y a comme une confusion dans la tète : celle-ci parait grosse, surtout à gauche, et en même temps lourde et vide. Peu à peu elle se rapetisse et -'■ remplit et la malade dit qu'elle n'a plus la même tète, les mêmes idées, qu'elle voit tout clair, et peu à peu les souvenirs lui reviennent depuis l'époque où elle a rétrogradé en se réveillant.

Pour la sensibilité de l'abdomen, son retour s'accompagne de fortes cou-

tractions, de secousses accompagnées de 'gargouillements intenses. Ces secousses sont douloureuses et comparées par le sujet à des coups de couteau, des déchirures. Puis il lui semble qu'il se forme des nœuds, avec sensation de torsion, de pesanteur, de brûlure, de crampe, et peu à peu tout se dénoue, se détend.

En même lemps que se produisent ces phénomènes objectifs et subjectifs, la sensibilité de la paroi abdominale reparaît et par contre les points ovariens disparaissent. A la suite du rappel de la sensibilité abdominale elle a fréquemment de la diarrhée dans la journée, alors ({n'en autre temps elle est constipée.

La sensibilité de l'estomac s'accompagne au retour de secousses avec gargouillements comme dans l'abdomen, puis de fourmillements, d'élancements, de sentiment de gonflement et de plénitude, quoiqu'il n'y ail pas de tympanite. Au bout de quelque temps l'estomac paraît vide, se rapetisse et la faim commence à apparaître.

Quand je la fais sentir de partout, il lui semble qu'on lui arrache tout dans le corps. Elle greffe sur ses sensations des idées de persécution; elle se figure que ce sont des gens qui lui enlèvent ses organes pour la faire mourir plus vite. Elle ne peut croire que c'est moi qui provoque ces sensations. Elle se demande et me demande à moi-même pourquoi on lui fait tout cela. C'est surtout pénible pour la tête. Quand la sensibilité de la tête et de la face reviennent, la douleur et le clou du vertex disparaissent. Dès que l'anesthésie reparaît ces phénomènes douloureux se reproduisent.

j'ai observé chez elle d'une façon 1res nette le rapport qui exislail entre l'état de la sensibilité et les idées fixes. Elle a en effet manifesté liés fréquemment l'idée de se tuer et a même fait quelques tentatives. Or j'ai vu nailre sous mes yeux celte idée au moment où la douleur de tète apparaissait, et que l'anesthésie survenait sous une influence quelconque (émotion, contrariété, etc.). Que je lui rende alors la sensibilité générale el l'idée s'enfuyait aussitôt. Cette idée de la mort s'explique du reste assez facilement par l'état cénesthésique qu'elle présente. Elle me dit quelquefois : « Je serais morte que je ne serais pas différente; je voudrais bien être morte. » Chaque fois qu'elle parle ainsi elle esl anesthésiée totalement. Dès que sa sensibilité est ramenée, sans que je lui fasse aucune suggestion pour combattre ses idées de suicide, celles-ci disparaissent immédiatement. Elle s'en rend compte elle-même et un jour qu'elle avait presque complètement recouvré sa sensibilité, elle me dit, sans que je lui demande lien : « Oh ! je sens ma tête qui se vide de toutes ses mauvaises idées. »

3 mars. —Je l'endors pour tâcher de la réveiller complètement, car, outre qu'elle perd fréquemment sa sensibilité tantôt d'un coté, tantôt de l'autre et souvent des pieds à la tête, cette sensibilité n'est pas normale ; le sens musculaire est hésitant, les sens spéciaux sont atténués, le champ visuel est rétréci ; il existe toujours des points hystérogènes ; elle ne seul qu'imparfaitement ses organes, n'a pas encore d'appétit, et foute la période comprise entre 1890 et le 4 décembre 1893 est presque complètement perdue pour elle. Je lui ordonne de se sentir complètement : « Oh ! s'écrie-l-elle.

comme c'est grand dans ma tête ! c'est comme du feu; on dirait qu'on me la change... J'ai du feu devant les yeux. » Elle a des secousses générales, dans le dos, l'abdomen, l'estomac, les membres; Elle s'élire brusquement, secoue sa tête de droite à gauche, la projette en arrière, comme si on la tirait par les cheveux. Bientôt tous les mouvements cessent dans les membres et le tronc, et c'est dans la tête que tout se localise. Elle sent sa tête moins vide, et me montre que c'est dans le front que les souvenirs reviennent. Ce retour s'accompagne d'un sentiment de tension douloureux. Sa tête lui parait lourde à gauche. Elle sent sa tête vide se remplir peu à peu : « J'ai un grand front, mais il se rapetisse. » Elle a une douleur qui va du sommet du crâne au milieu du dos, et qu'on provoque également par la pression.

Elle se rappelle 1891, puis 1802, à mesure que je lui dis de sentir davantage. Elle évoque les travaux auquel elle se livrait chez elle. — Tout d'un coup forte secousse : « Oh ! ma tète se rétrécit! je la sens plus légère ; on dirait que ma cervelle coule. » Elle évoque alors des souvenirs de 1892. -\ — f- Nouvelle secousse : « Ça coule, ma tête rétrécit, rétrécit! » Elle me raconte alors d'autres souvenirs, des détails sur sa maladie, en 1892. -f + Nouvelle secousse générale : « Ça fait mal à la tète; ça donne des coups, ça bat, ça coule h droite ; ça rétrécit, ça rétrécit ; ma tète est plus légère. »

Chaque secousse est suivie du retour des souvenirs se rapportant à une nouvelle période de son existence dont la continuité se trouve ainsi rétablie. Elle arrive à 1893 et me donne tous les détails de son entrée dans rétablissement. Elle ignore mon nom et celui des autres personnes. Elle me donne des détails sur l'aggravation de sa maladie au mois de mars : « Je tombais dans des espèces de faiblesses qui me faisaient bien souffrir; c'est comme si on m'arrachait les nerfs, les membres, et après je ne sentais plus ma tète ; je ne savais plus où j'en étais ni quoi répondre quand on m'interrogeait. Ma tète était grande et vide; je ne me sentais plus mon corps, plus moi; je voulais voir, manger, et je ne pouvais pas ; je ne sentais pas ce que j'avais dans les mains ; je croyais avoir des yeux en verre. J'avais toujours peur : c'est pour cela que je voulais me tuer. Je n'avais plus le même caractère et je faisais de la peine à tout le monde. »

Elle se rappelle ses accès de somnambulisme : « Ce n'était pas moi; je ne me rendais pas compte que j'étais malade ; je ne me rendais compte de rien ; j'étais ici et je ne me le figurais pas. »

Presque arrivée à l'époque actuelle, elle dit : « Ça ne coule plus que quelques gouttes; oh! c'est froid... Je sens ma tète rapetisser, rapetisser. » Elle a alors des secousses de têtes très fortes, fait des mouvements de déglutition, et gémit : « Tout à l'heure ma tête était comme un ballon ; maintenant elle est comme une boule. » + + « Ça pique partout, jusqu'aux doigts des pieds. » Nouvelles secousses générales, gargouillements dans le ventre et dans l'estomac; bruits laryngés, petits cris, gémissements, suffocations : « Oh ! ça pique, ça pique ! »

Tout se calme et elle tombe dans la résolution : « Oh ! je suis bien ; que je voudrais rester comme ça ; ce n'est plus moi... Je sens un bien-être en

moi que je ne puis expliquer... Mon cerveau est complètement dégagé... J'ai été très malade jusqu'au 3 décembre. C'est à partir de là que je me suis rendu compte que j'avais été très malade. Je me suis réveillée dans un endroit où l'on douche, et me suis promenée au jardin ; il pleuvait... Puis ça a été de mieux en mieux... J'ai retrouvé ma sensibilité ; je ne me rappelais plus comment sentir... Ce qui m'ennuyait, c'est que je ne dormais pas la nuit. Maintenant je n'aurai plus peur et je vais dormir... Je crains que ça ne dure pas ; mais je veux que ça dure. »

Je lui dis de sentir ses yeux complètement. Après un certain nombre de battements des paupières, elle finit par les ouvrir : « Oh ! s'écrie-l-elle, je me trouve bien ; je n'ai plus la même tète que cet après-midi ; je me rappelle tout; ma tète est complètement dégagée. Je vois bien de mon œil droit maintenant. Tiens, j'ai faim, c'est la première fois. »

La sensibilité générale et ses sens spéciaux paraissent normaux.

Le 4 mars, elle a mal dormi parce qu'on a fait du bruit dans la chambre à côlé. Elle se sent toujours très bien, demande à sortir, se promener. Le malin elle a eu quelques vertiges légers; elle a bien mangé. Elle supporte parfaitement sa promenade.

Le 5 mars elle a dormi à deux reprises, une fois deux heures et demie et une autre une heure et demie. Elle continue à être bien.

G mars. — Elle a dormi quatre heures et se trouve bien encore.

7 mars. — Elle n'a dormi que deux heures et demie. Elle se réveille dans un cauchemar où elle se tuait et s'arrachait l'oreille gauche, qu'elle a d'ailleurs lirée jusqu'au sang.

L'après-midi elle se sent envie de dormir et dort un peu plus de deux heures. Le soir elle a un peu de confusion et de douleur de tète. La tête a perdu en grande partie sa sensibilité. Je la lui fais recouvrer et une fois réveillée, elle me dit : « Oh ! j'ai envie de dormir. »

Elle dort en effet quatre heures et trois heures en deux fois.

10 mars. — Elle m'avoue qu'elle a encore dans la tète comme une barre d'avant en arrière. Elle a reperdu un peu de sensibilité. Son estomac lui {tarait grand et vide. Elle ne se souvient plus de rien depuis 1891. Elle ne voit plus de l'œil droit. Je l'endors et constate en l'interrogeant qu'elle se ligure être en 1892. Elle présente les mêmes réactions que d'habitude, les mêmes secousses de tète et tout à coup elle s'écrie : « Ça vient de craquer cette barre ; oh ! je suis bien ; ça coule froid dans mon cou; je dois être toute mouillée. » (Elle se ta te le côté droit du cou.) Elle a des secousses générales, puis des tressaillements de tout le corps et enfin elle s'éveille. Elle a la conviction qu'elle est guérie : « Je n'ai jamais vu si clair ; je ne me suis jamais senti comme ça ma tète. » Elle a faim, a toute sa sensibilité générale, viscérale et sensorielle ; et tous les points hyslérogènes ont disparu.

A partir de ce moment elle garde un peu mieux sa sensibilité, mais à la moindre des émotions, à la moindre des fatigues elle la reperd aussitôt. Elle passe ainsi par des alternatives continuelles de mieux et de moins bien, présente encore de temps à autre, quand elle perd sa sensibilité trop pro-

fondement, soit des crises, soit des attaques de contractures, soit des vomissements.

Elle quitte la villa Montsouris le 20 avril 1894, non guérie, capable seulement de recouvrer complètement sa sensibilité générale, sensorielle el viscérale, niais incapable de la conserver.

Depuis son départ, son étal ne s'est pas modifié. On emploie toujours avec elle le même procédé, mais vraisemblablement (Tune façon incomplète, car on n'arrive jamais à lui l'aire recouvrer, ne fût-ce que passagèrement, son état normal comme elle y arrivait ici.

Remarques. — Ce cas est un des pins graves et invétérés d'hystérie que j'aie observés. Je n'ai indiqué ici que les principaux troubles et accidents que cette malade a présentés pour ne pas encombrer inutilement cette observation déjà assez longue. C'est la première fois que je constatais, sans m'y attendre du reste, et sans le rechercher, le phénomène de la régression de la personnalité par le fait du réveil et que je fus amené à découvrir l'état de vigilambulisme dans lequel sont plongées les grandes hystériques atteintes d'anesthésie généralisée et profonde. Ce sont ces faits observés sans aucune idée préconçue qui ont été le point de départ des recherches que j'ai poursuivies depuis. Cette observation bien que très incomplète, comme les deux suivantes qui datent de la même époque, a du moins le mérite de l'impartialité absolue dans la constatation des phénomènes auxquels j'assistais pour la première fois.

Elle est intéressante aussi pour montrer l'influence fâcheuse de la chloroformisation chez les hystériques dont elle ne fait qu'aggraver l'anesthésie et par suite tous les troubles qui lui sont liés. Elle permet en outre de comparer ce que peut donner la méthode de la suggestion hypnotique dans le traitement de cas aussi complexes, à manifestalions aussi variées et généralisées, à troubles aussi profonds de la sensibilité dans tous ses modes, avec ce que l'on peut obtenir par le réveil de la sensibilité. Ce cas montre aussi le rapport qui existe entre les troubles dé la sensibilité et les désordres fonctionnels et mentaux.

Hystérie datant de la treizième année chez- une jeune fille de vingt-trois ans. — Contracture des quatre membres, anesthêsie généralisée, anorexie, insomnie, attaques convulsives et délirantes. — Traitement psychique, isolement, suggestion hypnotique : amélioration. — Mécanisme de l'insomnie hystérique : insomnie et vigilambulisme. — Réveil simple et régression de la personnalité à treize ans, âge du début de V hystérie. — Réveil progressif de la sensibilité. — Régression spontanée de la personnalité suivant les variations de la sensibilité.

Mllc Alice M. est une grande hystérique que j'ai soignée autrefois en 1889 pour de la paraplégie des quatre membres avec contracture, de l'anorexie secondaire, des attaques convulsives et délirantes, de l'aphasie hystérique, avec anesthêsie totale, points ovariens, points céphaliques et spinaux, rétrécissement du champ visuel, insomnie complète, suggestibilité extrême : c'était une hystérique type. Après plusieurs mois de séjour à la Villa Montsouris, et en combattant ces divers symptômes par la suggestion hypnotique, j'arrivai à la remettre suffisamment en état pour qu'elle pût faire ses études de sage-femme et devenir même sage-femme dans un service hospitalier. Elle avait recouvré sa sensibilité presque complètement, mais restait sujette à des crises de nerfs, ou à des troubles paraplégiques ou autres assez passagers, et que la suggestion faisait disparaître avec la plus grande facilité.

A la fin de l'année 1893 elle lit une rechute, redevint anesthésique, cessa tle dormir, de manger aussi bien, ses stigmates reparurent et elle fut de nouveau sujette à des accidents assez fréquents.

3 décembre 1893. — C'est alors que j'eus l'idée de l'interroger en état de sommeil hypnotique sur la cause de son insomnie, qu'elle avait eue autrefois pendant très longtemps. Voici l'interrogatoire que je lui lis subir sans lui avoir posé auparavant, à l'état de veille, aucune question capable d'attirer chez elle l'attention et de provoquer quelque suggestion.

D. Quand vous ne pouvez plus dormir la nuit, pourquoi ne dormez-vous plus? — R. Parce que je suis endormie tout le temps. Quand je suis fatiguée je me couche un jour et puis je ne me réveille plus. — D. Comment laites vous votre service (elle est élève sage-femme)'? — H. Je me rends tout de même compte de ce que j'ai à faire. — D. Alors vous le faites

endormie les yeux ouverts? — R. Oui ; il n'y a que lorsque je suis trop fatiguée que je ne peux plus le faire. C'est bizarre, je ne dors pas et cependant je ne suis pas éveillée. — D. Sentez-vous ce qu'on vous fait, ce qui se tait autour de vous ? — R. Je vois, je ne sens pas ; quand je me cogne, je ne le sens pas. — D. Et intérieurement que sentez-vous? — R. J'ai mal à la tète. — D. Vous sentez-vous vivre ? — R. Il me semble que je ne vis pas de la même vie que les gens qui m'entourent. Je les vois, mais ils me paraissent des fantoches. — D. Et quand vous recommencez à dormir la nuit, qu'est-ce qui ce passe en vous? — R. Je suis très longtemps avant de savoir ce que j'ai fait dans les derniers temps. Et puis je ne le sais jamais bien; je me renseigne; sans ça on croirait que je suis folle. Vous ne savez pas, c'est quand je suis à moitié endormie que je peux travailler. Il y a longtemps que je suis comme ça. — D. Avez-vous été complètement réveillée depuis 1880? — R. Quand je vais bien ; mais ça ne dure pas. — 1). Pourquoi; ({n'est-ce qui arrive alors? — R. J'ai passé mes vacances endormie ; j'ai dormi tout le temps (août et septembre 1893). — I). Dormez-sous la nuit naturellement? — R. Non. — D. Croyez-vous que les autres qui ne dormenl [tas soient comme vous ? — R. Oh ! oui. — D. A quoi pensez-vous quand vous avez de l'insomnie ? — R. Je pense que c'est agaçant de n'être pas plus solide. C'est parce que je ne suis jamais liés sûre de ce que je fais que le travail me fatigue plus que les autres. — I). Qu'est-ce qui vous ferait le mieux sortir de cet état de demi-sommeil ?

— R. Je ne sais pas... Comme on voit drôlement les choses! On ne voit pas les choses, ni 1rs gens comme ils sont. — D. Comment les voit-on? — R. On ne les voit pas avec la même ligure. Quand on a connu les gens étant endormie et qu'on les voit éveillée on ne les reconnaît plus. Ainsi je ne me rappelle pas maman. J'étais endormie quand elle est morte ; je ne la connais que par son portrait. Je dors au moins depuis l'âge de quatorze ans. Je ne dors plus la nuit depuis cet age-là. (Elle en a vingt-trois aujourd'hui.) — D. Alors on ne se rappelle pas d'un état à l'autre ? — R. Oui. — I). Est-ce qu'on ressent aussi bien les peines et les joies quand on est endormi qu'éveillé? — R. Il y a des moments où je suis plus ou moins lucide ; il y en a où on pourrait me dire n'importe quoi, tout m'est égal.

— I). Cependant il y a des choses qui vous contrarient ? — R. Quand je suis à peu près réveillée; mais je suis plus souvent endormie ; je sens d'autant moins que je suis plus endormie. — D. Combien donc avez-vous d'étals entre la veille et le sommeil? — R. J'en ai trois. D'abord quand je suis éveillée, puis quand je suis en demi-sommeil ; alors je suis inquiète de ce que je fais, parce que je ne suis jamais sûre de rien. Enfin quand je suis endormie tout à fait, je ne sais plus ce que je fais et je ne sens rien.

Je lui dis alors : « Puisque vous êtes endormie, vous allez vous réveiller complètement ; réveillez-vous tout à fait ! » Elle ouvre les yeux, regarde autour d'elle effarée; son premier mouvement est de se lever pour se sauver. Je la calme facilement.

Elle nie dit avoir treize ans; elle se croit en 1882. Elle ne me connaît plus ni personne de la maison, se croit demeurer rue L. chez elle, el me

parle de son institutrice. Elle ne sait pas comment elle se trouve ici, ni où elle est : elle ne sait pas que sa mère est morte, et pense que c'est, elle qui a dû l'amener ici; elle est enfantine de mouvements, et demande à ma femme, qu'elle ne reconnaît pas, de l'embrasser. Elle se regarde dans une glace et s'étonne de se voir si grande, d'avoir un chignon, une jupe longue, des mouchoirs de soie. Elle ne sait pas de quoi il s'agit quand je lui parle de l'Exposition, de la Tour Eiffel. La dernière exposition qu'elle connaisse est celle de 1878. Elle va bientôt passer son brevet de capacité.

Je la rendors profondément. Elle repasse dans son état ordinaire, je la réveille. En l'interrogeant sur son passé je constate qu'elle ne se rappelle rien de sa jeunesse jusqu'à treize ans, et elle m'avoue que depuis cet âge elle en est restée au même point dans ses études.

4 décembre. — Gomme hier je l'endors et lui dis de se réveiller complètement. Elle retombe dans le même état. « Tiens, s'écrie-t-elle, il l'ail jour; j'étais dans une chambre éclairée au gaz et maintenant il fait jour ! » En effet hier elle avait été réveillée à cinq heures du soir, tandis qu'aujourd'hui il est deux heures de l'après midi. 11 y a donc continuité entre les deux étals. Elle regarde sa robe noire : « Tiens, vous m'avez déshabillée (hier elle en avait une jaune). — D. Que faites- vous? — R. J'étudie le français. — D. Quel âge avez-vous? — R. J'ai treize ans, ma foi. — Connaissez-vous celle dame, lui dis-je en lui montrant Mme Sollier. — R. Oui, je l'ai vue tout à l'heure (c'était hier). Ah ! vous m'aviez promis de me faire voir un bébé! — Elle demande pourquoi on lui a changé sa robe, qu'est ce qu'elle va faire ici, pourquoi sa maman ne lui a pas apporté de tablier pour ne pas salir sa robe. — D. Où demeurez-vous? — R. Rue de T. 43. — D. Depuis quand? — R. Un an et demi, pas même. — D. Et avant? — R. 8, rue du C... — D. Et avant? — R. Dans la même maison un autre appartement. — D. Avez-vous connu le premier appartement? — R. Non, j'étais trop petite; j'avais quatre ans. — D. Où ètes-vous allée en classe? — R. Rue de Z... mais je vais avec une institutrice maintenant. Je ne sais rien faire; il n'y a pas longtemps que je sais lire; je ne lis couramment que depuis deux ans.

Elle lit un journal en scandant comme un enfant, et s'arrête parce que sa mère lui défend de lire le journal. « J'ai, dit-elle, des livres de la bibliothèque rose, et puis ou m'a donné le Petit Chose. » Elle lit de nouveau en scandant et prononçant toutes les syllabes, même les e muets. Elle me dit qu'elle va être sage, ne loucher à rien sur mon bureau, me demande quand sa mère va venir la chercher. Elle me parle de tout ce qu'elle faisait à cet âge comme si c'était le moment actuel. Elle revit réellement cette époque de son existence.

Je l'endors et lui ordonne de se réveiller en lui soufflant sur les yeux. Elle est revenue à son état habituel, à vingt-trois ans et se souvient de tout son état second. Elle se souvient bien qu'elle était ici hier. Il y a donc continuité de conscience. Je la laisse livrée à elle-même et à six heures elle est retombée dans son état prime à treize ans. Elle a de l'anesthésie généralisée à ce moment. Je la rendors; elle résiste d'abord el reste dans

le même état, puis elle se rappelle toute sou existence, et me dit que depuis l'âge de huit ou neuf ans elle a toujours mal à la tête. Je lui suggère alors de ne rien oublier quand elle sera réveillée. C'est ce qui a lieu. Elle a faim, seul tous ses organes, el s;i sensibilité générale est complète; Elle ne sï'lail pas bien réveillée la fois précédent»1, d'où sa confusion des idées et son retour à l'état prime.

7 décembre. — Elle se souvient de tout, mais principalement de tout ce qui précède la treizième année. Elle a retrouvé le même caractère lent; elle est plus posée, plus timide, elle rougit pour la moindre chose comme à cel âge. Elle a de la peine à travailler. « Je travaillais par suggestion, nie dit-elle ; c'était de la paresse, je n'avais pas besoin de penser. » Elle constate elle-même que son acuité visuelle a augmenté. Elle voit les maisons plus grandes. Tout lui paraît différent. Elle juge aussi les gens et les choses de toute autre façon. Au lieu d'être bavarde comme elle était en état second, elle est devenue beaucoup plus réservée. Elle ne se représente plus les choses qu'elle a apprises sous le même jour, et dit ne plus se reconnaître. Les morceaux de piano qu'elle avait appris étant jeune, sont ceux qu'elle sait le mieux quoiqu'elle les ait oubliés pendant son état second. Elle se sent plus jeune que son âge. Elle redort la nuit.

La sensibilité est normale, elle n'a plus de rétrécissement du champ visuel ni de dyschromatopsie.

8 décembre. — Elle qui avait toujours froid a bien chaud maintenant.

ii décembre. — Ayant été préoccupée hier elle a passé une mauvaise nuit et a senti ce matin qu'elle se réveillait mal, incomplètement. Je la fais se réveiller complètement et la nuit suivante elle dort bien. Elit' remarque qu'elle est beaucoup plus impressionnable qu'autrefois.

16 décembre. — Elle repasse assez facilement dans son étal prime et ne veut plus alors se laisser endormir. Je la réveille en lui soufflant simplement sur les yeux. Elle sent bien quand elle « tile » ainsi et résiste le plus possible.

30 décembre. — Elle a eu ses règles accompagnées de douleurs de tète. Elle est toujours bien réveillée, mais cependant il y a certains souvenirs de son état prime qui disparaissent et d'autres de son état second qui reviennent alors qu'ils étaient disparus. Il y a une sorte de suppléance des deux états. Je lui ordonne de se réveiller complètement en lui soufflant sur les yeux sans même l'avoir endormie. Elle sursaute et change d'aspect. Elle m'avoue alors que depuis ses règles elle s'engourdissait malgré toute sa résistance.

31 décembre. — Elle a dormi cette nuit et est tout à fait normale ce matin.

3 mars 1894. — A la tin de janvier elle est retombée après plusieurs alternatives dans son état second avec anesthésie et par accident s'est empoisonnée. Elle garde le lit pendant cinq semaines. A la suite elle est beaucoup mieux, a presque toute sa sensibilité, dort assez bien, mange pas mal. Elle me demande aujourd'hui de la remettre dans son état normal. Je l'endors et lui dis de se ressentir complètement des pieds à la tête. l'hystérie. — u. 2

Elle présente toutes les réactions habituelles des membres, des viscères et de la tète, et se réveille dans son état de sensibilité et de personnalité normal. Elle me dit que pendant le temps où elle « refilait » facilement, il y avait toujours un coin de sa fêle qui était lourd et pas normal. « Je crois, dit-elle, que ma maladie m'a fait du bien ; je me suis réveillée peu à peu. » Elle a maintenant tous ses souvenirs depuis son enfance ; elle a faim et même très faim, et dort bien. « Le repos au lit m'a fait énormément de bien, » me dit-elle.

Pendant le reste de Tannée 1894 je ne la revois que rarement. Elle se maintient assez bien et je ne suis obligé de lui rendre sa sensibilité que rarement.

G février 1895. — Elle me fait demander. Elle a dû prendre le lit. Depuis quelque temps elle a des attaques délirantes, ou du bégaiement ou du mutisme. Aujourd'hui elle a du bégaiement très accentué, et me dit : «J'ai la tète comme une éponge ratatinée ; il y a des parties qui meurent ; ma tête meurt ». Elle est très effrayée de son étal. Je l'endors en lui faisant recouvrer d'abord la sensibilité du larynx et du cou; son bégaiement disparaît aussitôt. Je lui ordonne alors de sentir sa tête. Elle me dit : « Je ne peux pas vouloir. Je voudrais me moucher et je ne peux pas vouloir porter mon mouchoir à mon nez. » Après insistance de ma part elle commence à faire osciller la tète de droite à gauche en me disant : « Cela, me tire... ma tête va éclater. » Puis elle a des secousses, des tiraillements du cou. La sensibilité du corps et des membres revient très rapidement. Elle se sent fatiguée et je la réveille aussi complètement que possible.

8 février. — Après avoir été remise dans son état normal le matin et s'être sentie très bien, elle éprouve tout à coup à trois heures la sensation que sa tète meurt petit à petit, morceaux par morceaux; des points « se racornissent, se rétrécissent comme une éponge qu'on exprime et meurent peu à peu ». Le soir en se couchant elle a 39° et la tète est très congestionnée.

9 février. — Même état. Elle se lève le matin à cinq heures pour chanter, ne pouvant s'en empêcher quoiqu'elle n'en ait guère envie. Puis elle sort, va faire des visites, et à deux heures est reprise des mêmes troubles congestifs de la tête avec sensation de mort partielle. Elle a en même temps des contractures douloureuses dans les jambes et le soir elle est reprise de mutisme.

10 février. — Je lui rends toute sa sensibilité qui est presque partout perdue, et elle se réveille dans son état normal.

Deux ou trois fois dans le courant de 1895 je suis obligé de lui rendre ainsi sa sensibilité. A un moment donné il lui est arrivé en effet a>s<-/. fréquemment de rétrograder de un ou deux ans et de rester ainsi dans un état de personnalité antérieure dont elle sortait d'ailleurs spontanément, au bout de quelques heures.

En 1896, son état est considérablement amélioré et elle a conservé •toute sa sensibilité. L'appétit seul ne va pas à certains moments; mais elle :dort bien la nuit et n'a pas de crises, ni de contractures, ni d'accidents

sérieux. Elle a seulement de temps à autre un état de faiblesse générale, ou de l'appréhension pour faire certaines choses comme descendre des escaliers ou sortir dans la rue. Mais ces phénomènes passent assez rapidement et spontanément.

Remarques. — Je ne donne ici cette observation, extrêmement incomplète au point de vue clinique, que comme un cas à l'appui de la théorie que je cherche à établir de la genèse de l'hystérie et de sa nature. C'est chez cette malade en effet que j'ai pu le mieux analyser le phénomène de l'insomnie qui fut pour moi la clef du mécanisme de tous les troubles hystériques et me permit de confirmer que les hystériques anesthésiques totales n'étaient autre chose que des vigilambules, et qu'il y avait lieu dès lors, pour les faire sortir de leur état hystérique, de les réveiller. C'est sur elle que j'ai cherché à contrôler le phénomène du réveil avec régression de la personnalité que j'avais constaté pour la première fois dans le cas de Marguerite C..., qui fait l'objet de la première observation. C'est à ce titre surtout que je rapporte ici succinctement cette observation qui n'a pas d'ailleurs d'autre intérêt que d'avoir été la première démonstration delà théorie que j'ai éditiée depuis. L'inexpérience absolue où j'étais de ces phénomènes qui n'étaient pas sans me causer quelque surprise au début, ne me permit pas de tirer tout le parti que j'aurais pu de ce cas. Mais du reste ce sujet ayant été longtemps traité par la suggestion hypnotique j'étais extrêmement circonspect dans l'observation des phénomènes, et me bornais à enregistrer ceux qui étaient à l'abri de toute double interprétation.

Hystérie. — Anorexie et vomissements datant de 9 ans. — Aggravation marquée depuis 3 ans. — Anesthésie //<:nér<tlisc<', insomnie, contractures, attaques convulsives. — Réveil simple, et régression consécutive de la personnalité à trois ans en arriére. — Réveil progressif et successif de la sensibilité des divers organes. — Phénomènes d<> cênesthésie cérébrale — Grande améliora/ion persistante.

Entrée à la villa Monlsouris le 2 octobre 1893, sortie Je 3 février 1894. Marceline K..., âgée de vingl-neuf ans, a unejmère et un frère grands hystériques à crises. Elle m'est envoyée comme anorexique hystérique. Elle n'a plus d'appétit depuis neuf ans et vomit après chaque repas depuis plusieurs années. Actuellement les vomissements sont constanls et immédiats dès qu'elle prend de la nourriture, à tel point que lorsqu'elle mange elle a prt s d'elle une cuvette où elle vomit à mesure qu'elle mange. On l'a alimentée à la sonde autrefois. Les vomissements ont paru enrayés d'abord, puis oui repris et augmenté d'intensité, de sorte qu'elle est aujourd'hui dans un grand état de maigreur. Elle présente en outre une insomnie complèle depuis plusieurs années, et si on ne l'y avait pas forcée elle n'aurai! jamais voulu se coucher prétendant qu'elle ne se sentait jamais fatiguée. Elle a, depuis le début' des attaques convulsives assez violentes e! fréquentes, à la suite desquelles elle reste le plus souvent contraclurée soil des quatre membres, soit des bras. Ces contractures apparaissent d'ailleurs indépendamment des attaques et sous les mêmes influences qu'elles. Depuis trois ans elle s'ennuie de tout et partout, elle est devenue apathique el indifférente à tout. Depuis un an elle présente une aprosexie de plus en plus marquée : elle lit sans se rendre compte de ce qu'elle lit; elle fail machinalement tout ce qu'elle fait et le continuerait indéfiniment, si on ne l'arrêtait, sans s'en apercevoir. Elle a des absences fréquentes et se mel tout d'un coup à regarder dans le vide. Quand on l'interpelle vivement elle tressaute et est incapable de vous dire ce qu'elle faisait et à quoi elle pensait. Elle ne sait jamais d'une façon certaine si elle a fait ou non une chose, n'est jamais sûre de ce qu'elle veut et ne peut fixer sa pensée sur rien. « Tout m'est égal, » dit-elle. Quand elle s'applique à quelque ouvrage ou ù lire, au bout de quelque temps elle voit tout se rapetisser el s'éloi-

gner ; elle n'entend plus que confusémenl ce qui se passe autour d'elle, et vit comme dans un rêve.

Depuis qu'elle est entrée dans l'établissement il lui semble qu'elle y a toujours été, qu'elle vit une autre vie que chez elle : tout le passé lui apparaît très loin comme dans un rêve. Elle a une amnésie très marquée pour tout ce qui s'est passé avant les trois dernières années.

Sa sensibilité est extrêmemenl diminuée et presque complètement abolie à gauche. Rétrécissement double du champ visuel. Diminution de l'ouïe, surtout à gauche. Anesthésie pharyngée. Abolition du sens musculaire et de la notion de position des membres. Points hystérogènes an niveau (]<>< deux ovaires. Rachialgie avec point hyperesthésique interscapulaire ; points sus-mammaires : points surtout 1res marqués au verlex el à l'occiput. Il suffît d'appuyer sur ces différents points et en particulier ceux des ovaires, du dos el de la tête pour déterminer immédiatement soit une attaque convulsive, soit <\r> contractures des membres. Un point hyperesthésique siège à l'estomac, sur lequel il suffît de presser légèrement pour déterminer un vomissement. Elle souffre continuellement de Ja tête qui lui paraît lourde à porter.

Dès le premier jour de son arrivée, isolée et soumise à une alimentation en quantité normale qu'elle absorbe sur la simple injonction qui lui esl faite, elle cesse de vomir et mange, non sans chercher à s'y soustraire le plus possible dans les premiers joins, toul ce qu'on lui donne.

Dans les quinze premiers jours elle regagne quatre livres. Mais à partir de ce moment quoique mangeant lou jours la rai ion qu'on lui prescrit, el quoique ne vomissant pas, elle diminue et revient vers le 15 novembre à son poids à l'entrée. A la fin de décembre, elle descend même au-dessous an fur et à mesure que les froids augmentent. Elle y esl 1res sensible, ayant toujours les pieds cyanoses et froids malgré tout ce qu'on peut faire pour la réchauffer.

Le 2 décembre, frappé de ce qui esl arrivé chez Marguerite (obs. I), je rendors le soir avec la plus grande facilité, quoiqu'elle n'ait jamais été hypnotisée, par pression sur les globes oculaires. Je lui demande alors si elle se sent bien éveillée dans la journée. Elle m'avoue alors qu'elle ne se seul pas bien réveillée depuis longtemps, qu'elle ne voit rien au naturel autour d'elle. Je la laisse endormie toute la nuit.

Le lendemain je lui ordonne de se réveiller complètement, et lui souille sur les yeux. Elle ouvre les yeux et me regarde avec étonnemént. Elle me demande où elle esl, qui je suis, comment elle se trouve là. Elle est en 1890, et n'a plus aucun souvenir de ce qui s'est passé depuis cette époque. Mais son anesthésie cutanée et sensorielle paraît toujours la même. Dans la journée elle se montre toute autre que les jours précédents. Elle est plus gaie, plus causeuse, fait connaissance avec toutes les autres pensionnaires qu'elle ne connaîl plus. Elle a l'esprit plus vif; les associations d'idées se font pins rapidement. Au lieu de répondre comme toujours « Je ne sais pas » à ce qu'on lui demande à son sujet, elle observe au contraire ce qu'elle ressent, el désire se guérir.

Tous les jours je rendors le soir et la réveille le lendemain matin, en lui ordonnant de se réveiller encore plus que la veille. Au fur et à mesure qu'elle se réveille ainsi elle est plus alerte, plus gaie ; elle s'ennuie moins, elle se rend mieux compte du temps. Auparavant elle aurait aussi bien cru qu'un fait dont on lui parlait était arrivé la veille que plusieurs jours ou même plusieurs semaines avant. Elle était incapable de localiser un de ses souvenirs.

Le 7 décembre, elle voit tout plus clair au réveil. Elle entend avec plaisir la musique qui n'était qu'un bourdonnement confus pour ses oreilles.

Elle éprouve maintenant de la fatigue quand elle travaille. « Avant, ditelle, je travaillais comme une machine sans faire attention; maintenant je m'y attache. Mais cela me fait mal à la tète ; et il faut que je cesse pour que le mal de tête disparaisse. y- Elle ne juge plus les choses de la même façon, dit-elle encore. Mais ce qui l'inquiète c'est de paraître bêle si elle ne recouvre pas ses souvenirs jusqu'à aujourd'hui.

Cette comparaison qu'elle fait ainsi de son état de personnalité actuel avec celui où elle était récemment avant que je la réveille monde donc que si elle a perdu le souvenir des choses qui se sont passées depuis 1890, époque à laquelle elle est tombée dans un véritable vigilambulisme, elle a cependant un souvenir relatif de ce qu'elle éprouvait dans cet état. Il faut ajouter que c'est dans l'état hypnotique qu'elle me fait toutes ces réflexions.

Le 9 décembre, elle parait de plus en plus réveillée, quoique l'anesthésie semble toujours la même. Sa famille devant venir la voir elle me demande de ne pas la laisser venir, de peur de rappeler chez elle des souvenirs pénibles dont elle se tracasserait ensuite.

Le 11 décembre, elle voit son frère et sa sieur. Elle les trouve changés. Sa sœur lui parait plus grande. Elle est liés émue en 1rs voyant, alors que le mois précédent elle avait reçu leur visite sans manifester la moindre émotion.

Elle sent qu'elle se réveille tous les jours davantage.

Et plus (die va plus je remarque que le souvenir de sa personnalité seconde disparaît. Maintenant aussi elle se rend compte des phénomènes d'engourdissement des membres, d'anesthésie, etc., qu'elle présente, ajors qu'auparavant elle ne savait pas si elle sentait ou non, et qu'il fallait le lui montrer pour qu'elle s'en aperçût. Elle ne s'ennuie [dus que très rarement et reprend goût el intérêt à la vie.

Le 10 décembre, je l'endors un peu moins profondément que d'habitude. Le lendemain je la trouve légèrement conlraclurée, avec de la céphalée. Je la réveille, mais toute la journée elle est moins bien. Le soir je la rendors profondément et le 18 je la réveille aussi complètement que possible.

Les j ègle>, disparues depuis plus de deux ans, reparaissent. Elle en est un peu énervée et a une légère attaque de contracture. Sa sensibilité générale et ses sens ne se moditient pas.

Le 25 décembre, je la réveille encore un peu plus.

Le 30 décembre, je lui rends la sensibilité de la main gauche. Tout

d'abord, sur l'injonction de sentir elle fait des mouvements des doigts sans savoir ce qu'elle fait réellement, et sans pouvoir dire si elle les fléchit ou les étend. Puis elle fait les mouvements que je lui dis de faire, mais sans se rendre compte s'ils sont exacts. Ensuile elle sent ses bras se ftéchir el s'étendre et retrouve la notion de posilion. Elle a enfin la sensibilité tactile et douloureuse et se représente exactement la position des divers segments de ses bras.

Le 31 décembre, je réveille de même la sensibilité de sa main droite, qui reparaît beaucoup plus rapidement.

Le lei janvier 189 i-, je l'endors et lui enjoins de sentir ses deux bras. Au lieu de simples mouvements il se produit des secousses, qui deviennent df plus en plus fortes, et au fur et à mesure de leur production la sensibilité reparaît de bas en haut. Ce sont des secousses douloureuses comparables à des secousses électriques. Après chaque série de secousses la sensibilité est plus vive. Pendant tout le jour la malade continue après le réveil à éprouver des secousses et des fourmillements dans les membres supérieurs. Son premier mouvement en se réveillant est de se tâter les liras, en se demandant « s'ils sont bien à elle », et d'être enchantée de les retrouver.

Le 2 janvier, je lui fais recouvrer la sensibilité de la tête et du cou. Elle a de fortes secousses dans la tête qu'elle tourne de droite à gauche et projette brusquement en arrière comme si quelque chose la tirait dans la nuque. La sensibilité reparaît par zones de bas en haut. En même temps que reparaît la sensibilité du cou et de la tète, une zone bystérogène douloureuse qui siégeait à l'occiput et à la nuque disparaît, de même que la céphalée ordinaire. Je la réveille alors, mais toute la journée elle ressent dans la tête comme des secousses électriques, et éprouve un sentiment de fatigue dans toutes les parties qui ont recouvré leur sensibilité.

Les jours suivants je continue de la même façon à lui rendre la sensibilité de ses membres inférieurs, puis de ses viscères. Le réveil de la sensibilité abdominale se traduit par des contractions plus ou moins violentes, des ondulations de la paroi, des gargouillements, accompagnés de sensations de coups de couteau, de déchirures. Puis ce sont des nœuds qui se forment, une sensation de pesanteur, de torsion, de brûlure, de crampes, puis enfin tout se calme et en même temps que la sensibilité cutanée reparaît on constate la disparition des points ovariens. Dans la journée elle a de la diarrhée.

L'estomac est la partie la plus difficile à lui faire ressentir. Elle y éprouve des secousses analogues à celle de l'abdomen, accompagnées de gargouillements, et de sensations de coups de couteau, d'élancements, de crampes, de brûlures, de nausées, etc. Quand elle l'a senti elle a sinon de l'appétit, tout au moins beaucoup moins de répugnance pour l'alimentation. Un jour, étant arrivé à lui rendre presque la sensation de la faim, toujours en lui ordonnant simplement de se sentir de plus en plus, elle a eu au réveil une expectoration sanglante, qui indique qu'il a dû se faire du côté de la muqueuse de l'estomac une hyperhémie vaso-motrice considérable.

Le réveil de la sensibilité de la tète s'accompagne de secousses, dont les dernières se produisent au niveau de la nuque ; puis ce sont des fourmillements, puis des chocs comme des coups de marteau, puis une sensation de brûlure d'abord à l'intérieur du crâne, puis au cuir chevelu. Il lui semble qu'on lui arrache la peau du crâne.

Le retour de la sensibilité de la face s'accompagne de grimaces, de froncements du front, de clignement des yeux, de saillie de la langue hors de la bouche, accompagnés de sensations de tiraillements, de fourmillements, de décollement de la peau qui lui semble raccornie comme du par" chemin.

Dans la journée cil»' reperd avec la plus grande facilité sa sensibilité ainsi reconquise, sous la moindre influence morale, ou fatigue physique. A la suite de visites, de lettres, de sorties, sa tête « se brouille », elle tombe dans le vague, elle perd l'appétit et la sensibilité aussi bien des membres que des viscères. Cependant elle n'a plus de crises, est beaucoup pins gaie, peut s'occuper et lire beaucoup plus qu'elle ne faisait.

Je remarque que lorsqu'elle dit se bien sentir, et parait avoir en effel recouvré la sensibilité de telle ou (elle partie du corps, en réalité celte sensibilité n'est pas normale, et qu'elle ne s'en rend pas compte. Si j'insiste en effet pour qu'elle sente davantage, les réactions qui accompagnent le retour de la sensibilité reparaissent et sa sensibilité s'aiguise.

16 janvier. — Quoiqu'elle paraisse avoir recouvré presque toute sa sensibilité, et que, lorsqu'elle la recouvre en état d'hypnose avec les réactions habituelles, elle se réveille spontanément, ses souvenirs ne sont pas encore revenus, et toute la période de son existence depuis 1890 est toujours perdue pour elle.

Je l'endors et lui ordonne avec insistance de sentir de pins en plus sa tête. Ce malin à la suite de celle séance elle avait remarqué en effet qu'après le réveil certains souvenirs paraissaient revenir, mais qu'elle était incapable de rien préciser, que tout lui apparaissait dans le lointain. Ce soir je lui fais sentir de nouveau sa tête. Après de nombreuses secousses elle me dit: « C'est drôle ce qui se passe dans ma tète! » En même temps elle dresse la main gauche comme si (die .'coulait attentivement et la porte à son front. Elle me raconte alors tout ce qui s'esl passé en 1890, 1891, 1892, mais elle ne peut rien se rappeler de 1893. Comme elle parait fatiguée j'arrête un moment et la laisse reposer, puis je reprends en lui disant de continuer à sentir de plus en plus. « Ton! se déroule comme uh panorama, dit-elle. » Tout à coup sa ligure se contracte, un souvenir désagréable l'arrête : c'est une fois qu'elle s'est Irouvée mal dans une église. Elle voit tout le monde qui l'entoure, entend la musique. Puis le cours de ses souvenirs reprend, se manifestant par des jeux de physionomie divers. <( C'est, drôle ce qui se passe dans ma tète, dit-elle; jamais (die ne pourra contenir tout cela. » Elle éprouve comme un état de tension dans la tête, état agréable, mais fatigant. Je la réveille alors, et elle a recouvré tous ses souvenirs jusqu'au mois de juillet 1893.

Remarques. — Cette observation est très incomplète. C'est en effet un des premiers cas, le second exactement sur lequel j'ai observé les phénomènes qui font l'objet de cet ouvrage. Je nie suis donc borné à enregistrer ceux qui se présentaient à moi, sans aucune conception théorique, sans chercher même à en provoquer d'autres. Le peu de temps que j'ai conservé cette malade ne m'a pas permis non plus d'en poursuivre l'analyse. C'est une des premières aussi chez qui j'ai découvert que le cerveau était doué d'une sensibilité propre, et que tous les phénomènes organiques étaient placés sous la dépendance de la volonté dans certains états subconscients. Ce cas me démontra en effet non seulement que les grandes hystériques anesthésiques, et atteintes d'anesthésie viscérale plus ou moins généralisée, étaient en réalité des vigilambules, ce que le réveil simple suffît à prouver, mais encore que dans cet état les sujets peuvent recouvrer volontairement leur sensibilité générale et viscérale, et que ce retour volontaire s'accompagne de réactions organiques, qu'ils ne peuvent plus déterminer lorsque l'état de veille et la conscience sont revenus. Ce cas est en outre le premier avec celui de l'observation I, qui m'ait donné l'idée d'utiliser pratiquement cette faculté de restauration de la sensibilité dans le traitement de l'hystérie au lieu de la suggestion hypnotique qui ne donne et ne peut donner que des résultats incomplets, et par contre peut souvent aggraver la maladie.

Somnambulisme (tans V enfance. — Attaques de sommeil dans V adolescence.

— Attaques hystériques à forme syncopale et convulsive à vingt-cinq eus.

— Apathie. — Stigmates hystériques. — Hypnose et réveil simple. — Guévison en quatre séances.

Mllc H... est âgée de trente-deux ans. Dès l'enfance, à l'âge de quatre ans, elle eut des accès de somnambulisme toutes les nuit s pendant dix-huit mois environ. Pas de convulsions, pas de chorée. Elle se forme à quinze ans sans accidents, et est bien portante jusqu'à dix-sept ans.

A dix-sept ans elle est prise d'attaques de sommeil qui duraient de une heure à une heure et demie environ et allaient quelquefois jusqu'à 32 heures. Elle s'en réveillait complètement et se sentait absolument dans le même état qu'auparavant. Ces attaques revenaient deux à trois fois par semaine, sans cause apparente, tout à coup au milieu de ses occupations, et durèrent ainsi trois ans.

De vingt à vingt-cinq ans elle fut assez bien portante et ne présenta pas d'accidents nerveux. A vingt-cinq ans elle commença à avoir de l'ovaralgie gauche. Elle devint, plus triste, et à partir de ce moment elle eut une perception moins nette de tout ce qui l'entourait, en même temps qu'elle perdait le souvenir des choses passées. C'était comme un voile, un brouillard, un obscurcissement qui s'étendait sur tout. Cet état n'a fait qu'augmenter et, aujourd'hui, en entendant sa mère me l'aire le récit de sa vie antérieure elle avoue qu'elle en aurait été incapable, ne s'en souvenant pas.

Aujourd'hui, quand elle travaille, elle se fatigue très vite et rapidement ne distingue plus rien, n'entend plus rien. La conversation la fatigue et elle sent que si elle voulait persister elle aurait une attaque de nerfs. La musique seule, qu'elle adore, ne la fatigue pas.

Elle dort assez bien, dit-elle, mais avec beaucoup de cauchemars. Pas «le somnambulisme.

Jamais de paralysies, ni de contractures.

Ce qui domine chez elle c'est un état d'apathie très marquée. Elle s'ennuie et rien ne parvient à la distraire. Tout la fatigue. Elle est toujours en quête d'émotions capables de l'impressionner. Elle recherche les accidents, les surprises, des choses qui lui fassent peur même. Elle voudrait

monter en ballon, assister à des spectacles inconnus, pour s'émouvoir, mais elle n'y parvient pas. « Rien ne me fait, tout m'est égal, » dit-elle.

Elle n'aime personne, sauf sa mère et sa sœur « d'une manière exagérée ». Aucune des personnes qu'elle connaissait et aimait autrefois ne Lui manque ; elles lui seraient même plutôt antipathiques.

Le temps lui parait 1res long sur le moment, et quand elle cherche à se rappeler ce qui s'est passé, elle le trouve très court, et elle se demande à quoi elle a pu l'employer.

Sa sensibilité générale est abolie à gauche, affaiblie à droite. Double ovaralgie. Le sens musculaire est très affaibli à gauche, mieux conservé à droite, mais hésitant. Par moments elle ne sent plus ses jambes, qui lui semblent se dérober sous elle, et elle titube.

Le champ visuel es! un peu rétréci, surtout à gauche. La vue a moins d'acuité et elle voit (rouble. La vision des couleurs est assez bien conservée,, exaele pour les couleurs franches et vives, mais hésitante pour les demiteintes. A certains moments (die ne les distingue plus. L'ouïe et l'odorat sont ('gaiement diminués. Elle ne sent pas ce qu'elle mange et n'a pas d'appétit. Le réflexe pharyngien est absent.

Elle a toujours une sensation de froid intérieur et ses extrémités sonl refroidies. Elle éprouve une sorte d'engourdissement général.

Elle a presque tous les jours et quelquefois deux ou trois fois par jour des al laques convulsives, qui se caractérisent de la façon suivante. Tout à coup elle a la sensation de la vie qui s'en va et s'écrie : « Je me meurs, je me meurs. » Alors, suivant son expression, c'est comme s'il lui coulait de l'eau glacée dans les veines. Elle ne sent plus ni son cœur, ni sa respiration, et éprouve un refroidissement général. Elle est alors prise de convulsions cloniques, avec arcs de cercle, clownisme, etc., dont la durée est variable, depuis une demi-heure jusqu'à deux heures et plus. Quand elle revient à elle, elle éprouve une sorte de bien-être général, mais après chaque crise l'engourdissement est plus marqué qu'avant. Aussi ne peutelle plus s'occuper de rien et reste-t-elle le plus souvent absorbée, sans penser à rien, lisant sans comprendre ce qu'elle lit et sans se le rappeler, et dans un état d'apathie de plus en plus marqué.

C'est dans ces conditions qu'elle se trouve quand je la vois pour la première fois le S décembre 1893. Deux jours auparavant elle a eu encore une très forte crise convulsive.

Je l'endors, mais pas très profondément. Je lui donne Tordre alors de se réveiller complètement. Elle ouvre les yeux, mais est engourdie, le regard voilé, et il me suffit de lui remettre la main sur les yeux pour qu'elle se rendorme aussitôt plus profondément. Elle dit se trouver très bien ainsi et vouloir y rester. Je lui donne de nouveau avec force Tordre de se réveiller beaucoup plus complètement. Elle s'éveille et dit se sentir très. bien, mais avoir la tète un peu lourde. Pour ne pas la fatiguer et consister, sans attirer son attention, ce qui se passera, je ne procède à aucun, nouvel examen de sa sensibilité.

Le 12 décembre elle revient me voir. Elle n'a plus eu de crises depuis la

dernière fois, alors qu'elle en avait presque tous les jours. Je l'endors de nouveau et la réveille le plus complètement possible, sans la questionner sur quoi que ce soit, pour éviter toute suggestion, voulant me borner exclusivement à la réveiller de son engourdissement.

Je ne la revois que le 28 décembre. Quoique ses époques soient survenues les jours précédents — c'esl ce qui l'a empêchée de revenir plus tôt — elle n'a pas eu la moindre ébauche de crise. Mais elle a un peu plus de torpeur que la dernière fois. Son idéal serait de rester au moins un mois tranquille dans son lit, sans bouger, tout mouvement, tout travail lui étant insupportables à cause des efforts qu'il lui faut faire.

Nouvelle séance d'hypnotisme. Elle s'endort plus profondément et se réveille plus complètement que les fois précédentes.

Le 4 janvier 1894 elle reviénl me voir. Elle se sent considérablement modifiée. Les crises n'ont pas reparu depuis le 8 décembre. Elle se seul beaucoup plus « réveillée >• ; depuis le 30 décembre elle n'a plus les mêmes tendances à la torpeur, surtout après les repas, comme autrefois. Elle est plus gaie, plus active; elle se sent moins indifférente, el prend plaisir ;'i toutes sortes de choses qui l'ennuyaient. Elle se sent moins fatiguée, n'ayant plus d'efforts à faire pour se mettre en mouvement. Elle voit tout plus clair. Les sons lui arrivent plus nets. L'appétil revienl et elle mange volontiers, avec plaisir. Elle n'a plus de titubation. Elle dorl bien, sans cauchemars, et se seul bien reposée an réveil. Je l'endors de la même façon que les autres fois et lui ordonne encore purement el simplement de se réveiller « I oui à l'ail, complètement ». Je constate au réveil que sa sensibilité générale esl maintenant normale el égale des deux côtés, dans ses différents modes. Il en est de même <\c^ sens spéciaux et du sonmusculaire.

Le 16 janvier elle arrive toute joyeuse el alerte et me dil : « Je ne vous dirai pas que je vais mieux, mais que je vais tout à fait bien. Je dors, je suis gaie, active, je me sens heureuse de vivre, je mange bien el avec appétit. Je me sens encore un peu fatiguée, mais de moins en moins : el je me repose d'un si bon sommeil la nuit ! Je nie -ni- tout à fait bien. »

Sa sensibilité générale el ses sens spéciaux sont tout à fait normaux et égaux des deux côtés. Elle sont sa tête dégagée el légère. Je ne juge pas utile de l'endormir ;'i nouveau. Depuis celle époque je ne l'ai pas revue et j'ai tout lieu de croire que sa guérison s'est maintenue.

Remarques. — Cette malade est une des premières chez lesquelles j'ai appliqué thérapeutiquement ma théorie nouvelle de l'hystérie, et chez laquelle aussi le résultat a été des plus encourageants et des plus démonstratifs. Elle montre combien il faut tenir peu de compte de l'état apparent du malade pour apprécier la profondeur de l'anesthésie. C'est le type de ce que j'ai appelé le réveil simple, car je n'ai pas fait autre chose que la réveiller complètement.

Hystérie datant de plus de vingt ans. — Attaques, anorexie, suicide. — Vigilambulisme datant de douze ans. — Régression de la personnalité par réveil progressif de la sensibilité. — Mécanisme des idées fixes dans ï hystérie, et des attaques. — Explication da développement des idées de persécution. — Sensations spéciales accompagnant le retour de la sensibilité.

Entrée à lu Villa Montsouris le 16 décembre 1893 ; sortie le 16 avril 1894, Mmo L... est une Femme de quarante-quatre ans, petite, de bonne constitution, de souche nerveuse, et qui a dès son adolescence été très impressionnable. A quinze ans elle aurait eu une émotion extrêmement violente dont le souvenir persista toujours chez elle : elle avait vu assassiner une femme sous ses yeux. Quoique violemment émue de ce spectacle, dont l'obsession l'empêcha pendant quelques nuits de dormir, elle n'eut cependant aucune attaque de nerfs. Très malheureuse chez sa mère, qui la battait, parait-il, et dont elle avait une grande frayeur, elle se sauva un jour de «liez elle et se réfugia chez une amie de sa famille où elle resta quelque temps sans que sa mère s'inquiétât de venir l'y rechercher. Un jour, sans prévenir, celle-ci arriva. Dès qu'elle la vit elle pâlit, tomba sans connaissance et fut prise de sa première attaque de nerfs. Elle en eut ainsi quelques-unes jusqu'à, son mariage à vingt-deux ans. Les premières années de ménage se passèrent sans grands accidents. Mais elle ne pouvait voir sa mère. Cela l'impressionnait extrêmement, et sans cesse le souvenir de la scène qu'elle lui avait faite quefcid elle était venue la retrouver chez l'amie où elle s'était réfugiée, l'obsédait. Sa mère mourut et ce fut pour elle encore un moment très pénible à passer quoiqu'elle ressentit comme un soulagement. Elle avait de temps en temps des crises surtout au moment de ses époques. Elle eut un enfant, actuellement vivant et très nerveux, en 1882. Elle fut assez malade à la suite de ses couches. A partir de ce moment son état nerveux ne fit qu'empirer. Elle avait des crises assez fréquentes, s'ennuyait, dormait mal. Elle était sujette à des appréhensions sans cause et il lui arrivait souvent, si son mari, obligé de voyager pour ses affaires, ne rentrait pas exactement, d'être prise de pressentiment et de partir à sa recherche. Quelquefois môme, sans aucun motif ces pressentiments l'obsédaient et elle quittait tout pour aller retrouver son mari, convaincue qu'il lui était arrivé malheur. Divers incidents aggravèrent encore

son état surtout dans les dernières années, en particulier la mort d'une sœur.

Enfin depuis près d'un an elle est de plus en plus malade. Elle a des crises continuelles qui la prennent non seulement chez elle, mais même dans la rue. Elle tombe tout à coup raide en poussant un cri. Puis elle est prise d'hallucinations terrifiantes, dans lesquelles elle voit sa mère qui la poursuit. Elle pousse alors des cris stridents, se débat, court affolée. Plusieurs fois elle a tenté de se jeter par la fenêtre et y est parvenue deux fois. Elle n'a plus de sommeil, plus d'appétit. Elle est triste, indifférente à fout, ne songe plus qu'à mourir.

La fréquence de ses crises et le danger qu'offrent ses tentatives de suicide de plus en plus répétées, décident sa famille à la placer dans un établissement d'hydrothérapie.

A son arrivée je constate l'existence des stigmates suivants : hémianesthésie complète du coté gauche, rétrécissement du champ visuel, diminution de l'ouïe, du même côté; diminution de la sensibilité à droite, portanl sur les sens et la sensibilité générale. Des deux côtés du reste le sens musculaire et la notion de position des membres sont abolis. Le réflexe pharyngien est nul. Elle n'a pas d'appétit el ne sent pas son estomac. Le sommeil est presque nul depuis longtemps. Sa tète lui parait lourde, difficile à remuer, plus grosse à gauche qu'à droite. Elle a des points hyperesfhésiques au niveau des deux ovaires, entre les deux épaules, au niveau du cœur et enfin au vert ex et à la nuque. Elle a une altitude un peu compassée et ses mouvements sont limités au strict nécessaire. Elle est peu causeuse, sombre et triste par moment et recherche la solitude. Quand on vient alors la déranger elle parait sortir d'un rêve. Elle se plaint de confusion dans les idées, de difficulté à suivre longtemps une idée, et d'autres fois est obsédée par le souvenir de certains inconvénients tels que ceux relatés plus haut.

Elle est prise assez fréquemment de crises convulsives violentes. Tout à coup elle pâlit, son regard devient fixe, et n'importe où elle se trouve elle tombe à la renverse, et se met aussitôt à se contracturer des quatre membres. Puis rapidement les grands mouvements surviennent, elle se débat, semble fuir un ennemi imaginaire, crie au secours, et se livre à une agitation furieuse si on cherche à la maintenir. Ces crises dureraient deux ou trois heures si on ne les arrêtait pas. On arrive facilement à ce résultat par la compression ovarienne et mieux encore par la compression des globes oculaires qui amène le relâchement musculaire complet et le sommeil hypnotique. Il suffit alors de la réveiller en lui soufflant sur les yeux pour que l'attaque soit terminée. Elle ne se souvient de rien au réveil, non seulement des moments qui ont immédiatement précédé sa crise, mais encore d'une période remontant à plusieurs heures en arrière, quelquefois jusqu'à la veille. Il est du reste facile de prévoir ses crises. Elle devient triste, incapable de se livrer à aucune occupation, fuit la société, pleure, se plaint de douleurs de tête, s'ennuie et veut s'en aller sentant qu'elle ne guérira jamais.

Je me contentai d'abord de la soumettre au traitement ordinaire de l'hystérie : hydrothérapie froide, isolement, régime régulier et discipline morale. Ce n'est qu'au bout d'un mois que ne constatant d'autre modification que l'espacement et la diminution des crises, sans retour du sommeil ni de l'appétit, je me décidai à tenter de lui rendre sa sensibilité.

Je me bornerai dans cette observai ion à relater simplement les épisodes principaux. Je n'avais pas encore à celle époque l'expérience, que j'ai acquise depuis, des singuliers phénomènes qu'on faitéclore chez ces malades el ne procédant qu'avec une très grande prudence dans l'examen de ces phénomènes je ne notais que ceux qui ('(aient les plus nets, sans bien saisit- encore le rapport qui existait entre eux tous. L'impartialité absolue avec laquelle ces noies ont été prises, alors que j'allais par tâtonnements de découverte en découverte, leur donne peut-être, quoique très incomplètes, autant de valeur (pie celles «pie j'ai enregistrées plus lard au fur et à mesure que la synthèse du mécanisme des faits que j'observais m'apparaissait d'une façon plus nette. Voici donc ces notes telles que je les ai prises au jour le jour.

Le 27 décembre elle me demande: « Qu'est-ce que c'est que Mennecy? » Je lui dis que je n'en sais rien et lui demande pourquoi elle me pose celte question. Ayant cherché si c'était une ville, je trouve qu'en effet c'en est une de Seine-et-Oise. Elle me raconte alors ce qui suit. Hier, brusquement elle a été obsédée parle spectacle suivant : elle voyait un pays à l'entrée duquel se trouvait un grand écrileau, dont elle m'indique très précisément la hauteur sur le mur, et dont les lettres étaient semblables à celles des poteaux indicateurs du Bois de Boulogne. Sur cet écrileau était écrit Mennecy. Elle ne connaît pas ce pays et me demande s'il existe. C'est un gros bourg, me dit-elle, on y arrive par une route à gauche. Au milieu de cette route se trouve un grand trou noir circulaire, où il y a beaucoup de monde qu'elle ne peut distinguer nettement et qui l'intrigue fort. Elle ne sera satisfaite que lorsqu'elle saura ce que c'est. Au-delà et toujours à gauche se trouve la continuation de la route au bout de laquelle est situé Lagny, et le long de laquelle il y a de petits villages échelonnés. Pour préciser je fais un plan de ce qu'elle me décrit, et ses idées sont lellemenl précises quelle me corrige la direction de la roule allant du trou noir à Lagny. Entre ces deux villes, Mennecy et Lagny, il y a des écriteaux plus petits et où les lettres sont moins grandes qu'à Mennecy. Elle dit ne pas connaître davantage Lagny. Dans Lagny elle voit un hôtel et son mari est couché dans une chambre. Ce n'est pas une hallucination. Tout en voyant cela elle se rend très bien compte de tout ce qui l'entoure. C'est une vision absolument intérieure et il n'y a aucune superposition de celle image intérieure aux objets extérieurs. «Je vois cela dans ma tète, » ditelle. Elle me décrit minutieusement la chambre, où il y avait un lit dont elle m'indique la place dans sa chambre à elle, une commode sans tiroir, une sorte de bahut, une table au centre, deux fauteuils, et deux grandes fenêtres. Cette chambre est située au premier étage et il y a un autre étage au-dessus.

En même temps qu'elle me fait cette description et que je lui demande des détails, elle me dit : « Attendez que je voie », et avec ses mains elle m'indique la disposition des objets.

Elle a un peu dormi pendant la nuit, et n'en a pas rêvé, mais sitôt réveillée cette obsession est revenue et c'est alors qu'elle m'a demandé de chercher s'il n'existait pas un pays du nom de Mennecy.

Le 28 décembre elle a mieux dormi et se sent bien au réveil. Les routes de Mennecy et de Lagny ont disparu. Elle voit encore l'ensemble de ce qu elle m'a décrit hier mais d'une façon vague. Ce qui persiste le plus, quoique moins nettement aus^i, c'est le trou noir qui se trouve entre les deux villes. Elle ne distingue plus bien l'hôtel, mais voit encore bien la chambre.

Elle a éprouvé des obsessions semblables pour d'autres faits qui Font frappée. Renversée un jour sur le pont de Neuilly par une voilure elle ne peut repasser au même endroit sans revoir d'une façon très nette, comme dans la réalité, la scène passée. Le spectacle du crime dont elle a été témoin autrefois à quinze ans est toujours présent à son esprit avec la plus grande netteté : « Je ferais le portrait de l'assassin et de la jeune fille qu'il a tuée, » me dit-elle. Et elle me les décrit avec force détails. D'autres circonstances plus ou moins impressionnantes l'obsèdent de la mène façon.

Elle a aussi fréquemment des paramnésies. Des gens qu'elle n'a jamais vus lui semblent absolument connus, et elle s'efforce de rechercher où • ■Ile a pu les voir, car elle ne peut se figurer qu'elle ne les a jamais rencontrés, quoique se rendant compte en même temps que cela est pourtant.

Quand elle lit un roman il lui arrive de croire l'avoir déjà lu. Elle l'abandonne souvent, ennuyée de relire la même chose. 1 ui semble que toute la suite du livre se déroule devant ses yeux. Mais si quelquefois elle devine juste la suite, ce qui peut se comprendre pour un roman, elle a l'impression très nette, quand elle poursuit sa lecture, que ousles développements lui sont parfaitement familiers. Elle a des paramnésies semblables poiw des morceaux de musique.

Elle nie raconte même — niais ceci ne m'a pas été confirmé par son mari — qu'il lui est arrivé plusieurs fois de prévoir des événements soit en rêve, soit éveillée. Ainsi son mari voyage dans la banlieue. Il est parti pour tel endroit. En chemin il rencontre un client qui l'emmène ailleurs. Elle prétend en avoir le pressentiment et lui dit quand il rentre : « N'estu pas allé à tel ou tel endroit? » Tantôt elle précise, tantôt non. Elle me raconte même qu'un jour, son mari niant avoir été où elle lui disait, elle «'tait si convaincue et obsédée qu'elle fouilla dans ses poches et y trouva la carie de l'hôtel où elle affirmait qu'il avait dû aller. Il lui sérail arrive plusieurs fois de prévoir ainsi dans un rêve un événement dont elle aurait reçu confirmation partielle le lendemain par etlre ou autrement.

Son mari, interrogé à cet égard, m'a affirmé que jamais rien de semblable n'avait eu lieu.

Elle a quelquefois des hallucinations de la vue. Il lui semble tout à coup voir passer devant elle quelqu'un de connu. Jamais elle n'a éprouvé aucune hallucination auditive.

Elle a également des impulsions à faire des choses qu'elle réprouve, par exemple de boire, ce qui avait fait penser à un moment que les crises délirantes qu'elle avait étaient dues à l'alcoolisme. Quand elle éprouvait cette impulsion, elle sortait de chez elle pour y résister mais quelquefois aussi elle y succombait.

Un jour elle me dit qu'elle a plus mal à la tête depuis la veille et qu'elle n'a pu fermer l'œil de la nuit. Cependant il lui semblait qu'elle dormait. Le malin elle a un début de crise que j'arrête par hypnose et elle me dit, endormie, qu'elle a vu sa mère et a été transportée dans la chambre d'isolement. Je la réveille, elle prend sa douche, fait sa toilette comme d'habitude et quand je l'interroge sur ce qui lui est arrivé depuis la veille elle ne se souvient absolument de rien.

Persuadé qu'elle est en état de vigilambulisme permanent j'entreprends de lui rendre méthodiquement sa sensibilité. L'anesthésie étant principalement accusée à gauche je commence par lui rendre la sensibilité du membre inférieur gauche, et lui ordonne de sentir « complètement ses jambes des deux côtés également ». Elle est prise aussitôt, étant préalablement endormie, de secousses dans le membre inférieur gauche, correspondant à des sensations de fourmillements, de crampes, de tiraillements, de brûlures, etc., jusqu'à ce qu'enfin elle perçoive complètement au membre inférieur les différentes excitations tactiles, douloureuses, et recouvre également le sens musculaire.

Je procède de la môme façon pour les membres supérieurs. Les mômes réactionsmotrices et les mômes sensations correspondantes y apparaissent que dans le membre inférieur. Ne remarquant aucune réaction dans les membres du côté droit je néglige de lui demander si elle y ressent quelque chose de particulier. C'est elle-même qui, réveillée par injonctions et souflle sur les yeux, me fait cette remarqne dans la journée. « C'est singulier, je croyais bien sentir mon côté droit, et quand vous me rendez la sensibilité de mon côté gauche, je sens mieux à droile aussi, et j'y ai des fourmillements dans la journée comme du côté gauche. » Mis en éveil par cette observation dont je reconnais l'exactitude, je lui demande, la première fois que je lui rends à nouveau la sensibilité du côté gauche, en lui disant: « sentez bien vos jambes et vos bras pareils des deux côtés », ce qu'elle éprouve à droite, el je constate alors qu'elle ressent dans les membres de ce côté des picotements légers, des brûlures, etc., comme du côté opposé. Il n'y a donc qu'une différence de degré dans l'anesthésie, Inquelle correspond à des réactions motrices et sensilives différentes suivant son intensité et les phases qu'elle est obligée de parcourir pour disparaître.

Elle conserve pendant quelques heures, quelquefois une journée sa sensibilité ainsi recouvrée, mais celle-ci diminue progressivement et pour peu qu'elle se fatigue soit à lire, soit à causer, soit qu'elle ait quelque contrariété, aussitôt tout disparait.

l'hystéiue. — II. i

Comme elle se plaint toujours de la tête et qu'il existe là comme sur le reste du corps une hémianesthésie sensitivo-sensorielle double mais plus marquée à gauche, je l'endors un peu et lui ordonne de « sentir sa tête ». Elle est prise aussitôt de mouvements de projection delà tête en arrière « comme si quelque chose la lirait dans le cou ». Ces mouvements se produisent brusquement sous forme de secousses, puis ce sont des fourmillements, une sensation de brûlure intérieure et extérieure. Il lui semble qu'on lui arrache les cheveux, qu'on sépare la peau du crâne. Je la réveille quand elle n'a plus de secousses ni même de mouvements de la tête et du cou.

Aussitôt réveillée elle remarque qu'elle voit le jardin et la maison « comme elle ne les a jamais vus, bien plus clairement». Je constate que son champ visuel, toul en étant encore un peu rétréci est maintenant égal des deux côtés. Il n'y avait donc pas seulement rétrécissement du champ visuel, mais encore diminution de l'acuité visuelle. Du reste elle me dit alors qu'auparavant et depuis longtemps il lui semble qu'il y a no brouillard répandu devant tous les objets, el que sa vue a beaucoup baissé.

Après avoir ainsi rendu la sensibilité des membres et de la tète, j'entreprends de rétablir celle des viscères. Je commence parle ventre. Elle y ('■prouve des sensations de coups de couteau, de déchirures. En même temps se produisent des contractions des muscles abdominaux et des intestins accompagnées de gargouillements intenses. Puis cesonl des sensations de nœuds qui se forment dans l'intérieur du ventre, de pesanteur, de torsion, de brûlure, de fourmillement et de crampes, qui vonl en s'atténuanl et finissent par disparaître. En même temps que l'on constate le retour de la sensibilité cutanée de l'abdomen, les sensations de besoin, tant pour la miction que pour la défécation reparaissent dans la conscience. El à la suite de la première séance de restitution de la sensibilité de l'abdomen il y a un flux diarrhéique. De plus, corrélativement au retour de celte sensibilité normale le point ovarien disparaît.

Un autre jour j'entreprends l'estomac. C'est l'organe le plus difficile ;'i faire ressentir. Je dois m'y reprendre plusieurs jours de suite. Tout d'abord je n'obtiens que des secousses, avec sensations d'élancements, de torsion de l'estomac, de fourmillements, de picotements, de brûlure. L'anesthésie cutanée du creux épigastrique disparaît, mais cependant l'appétit ne revient pas. Enfin un jour je pousse plus loin que d'habitude, et lui ordonne de sentir son estomac encore plus que d'habitude, el après avoir encore observé quelques contractions avec gargouillements son estomac lui parait large et vide, puis il se rétrécil peu à peu et finalement lui paraît bien. Je la réveille alors. Le soir elle me dit : « Tiens, j'ai faim. Jusqu'ici je ne souffrais pas; j'avais quelquefois des tiraillements d'estomac, mais je n'avais pas encore eu faim comme aujourd'hui. En voyant passer du pain j'avais envie d'en prendre... » Elle est en même temps plus gaie, plus vive, ne s'ennuie plus.

Elle es! vile rassasiée quand elle demande à satisfaire ce retour d'appétit, mais au lieu de se faire prier pour manger elle continue à bien manger.

Son poids qui était de 97 livres et demie à son entrée n'a pas varié encore quoiqu'elle s'alimente plus régulièremenl el surtout plus abondamment que chez elle où on la laissait manger à sa guise. •

A la suite des séances où je réveille sa sensibilité viscérale, elle esl toujours prise d'une soif extrême et absorberai! des quantités d'eau si on ne l'en empêchait.

Je continue ainsi pendant les mois de janvier et de février à rétablir petit à petil la sensibilité générale et viscérale de colle malade. Plus j'avance el plus la sensibilité ainsi recouvrée persiste. Mais je suis toujours obligé de réveiller la malade, qui ne peul se réveiller elle-même, quoique sa sensibilité paraisse à peu près normale.

Toutefois je remarque que, à la suite de chaque séance les phénomènes de retour de la sensibilité, eten particulier les fourmillements et les cuissons, persistent après le réveil ce qui tend à montrer que la restauration n'est pas complète. D'autre pari le côté gauche étant celui qui était le plus anesthésié, qui paraissait même presque exclusivement anesthésié, c'est sur celui-là que mes efforts portaient principalement. Mmc L... avait déjà remarqué que lorsque je lui rendais la sensibilité des membres elle sentail mieux du côté droit, ce qui prouvait qu'en réalité ce côté étail lui aussi atteint dans sa sensibilité. Un jour que j'avais rétabli aussi complètement que possible la sensibilité générale et viscérale en insistant comme toujours sur le côté gauche, elle constate que maintenant elle sent bien plus à gauche qu'à droite. Elle nie dil qu'elle ressent de temps en temps, des élancements dans ce côté de la poitrine, à la suite desquels elle éprouve un sentiment de bien-être, qu'elle caractérise ainsi : « Il me semble que je suis mieux moi après. Cela me fatigue un peu ; c'est un peu douloureux, mais c'est tout de même agréable. »

11 parait évident que les sensations liées au retour de la sensibilité dans les viscères comme dans les membres persistent après le réveil et que le travail commencé continue son œuvre. « C'est un travail qui se fait en moi, dit-elle, je ne peux pas l'empêcher. »

Un jour <pie je lui faisais ressentir sa tête, comme je lui demandais, au moment où elle n'avait plus de secousses, comment elle la sentait, elle me dil qu'elle avaitun coté gros (gauche) et l'autre petit. Lui disant alors de sentir sa tête bien pareille des deux côtés el complètement, elle est prise de froncements du front, qui se plisse el se déplisse, de froncements des paupières, comme si les yeux lui faisaient mal, el elle répond à mes questions sur les sensations qu'elle éprouve dans la tête : « Ça me fait des boules ; c'est comme des bulles de savon dans lesquelles on souffle... Ça fait du bien quand elles éclatent. » Au réveil elle a « comme un tourbillon dans la tête », surtout quand elle la baisse et elle titube comme prise de vertiges. Quelquefois elle. éprouve encore des secousses de temps à autre à la nuque.

Quand je la réveille elle éprouve le besoin de s'étirer, de se tordre les bras, comme si elle sortait d'un sommeil profond el prolongé. Souvent du reste elle recourt à ce procédé de s'étirer les membres et le tronc quand

elle sent que sa sensibilité diminue, et en se secouant ainsi elle évite de la perdre complètement.

Il est à signaler en effet que depuis qu'elle ressent elle remarque fort bien quand sa sensibilité diminue, alors que, au début elle ne savait même pas si elle sentait ou non dans telle ou telle partie du corps.

A mesure qu'elle récupère et conserve sa sensibilité générale et viscérale elle se trouve plus fatiguée.

Alors qu'auparavant elle ne sentait pas la fatigue, elle remarque qu'elle se fatigue maintenant très vite et ne peut pas se livrer longtemps à un travail assidu.

Je l'endors presque tous les soirs et la réveille le lendemain malin, après lui avoir fait recouvrer de mieux en mieux sa sensibilité des pie<l> ;'i la tête. Je constate chaque jour que certaines parties du corps dont je croyais la sensibilité redevenue normale présentent encore des réactions motrices ou sensitives à la suite desquelles cette sensibilité est plus délicate et plus parfaite, ce qui me démontre que surtout en ce qui concerne la sensibilité viscérale, beaucoup plus difficile à explorer et apprécier, il doit exister encore une grande différence avec l'état normal.

Pendant le sommeil hypnotique où je la laisse plongée la nuit elle est quelquefois prise d'attaques convulsives ou délirantes, comme en dehors de l'hypnose.

Un matin que j'allais la réveiller comme d'habitude elle me dit : « Ce n'est pas la peine que je me guérisse. Ce n'est plus à moi qu'elle fera du mal, c'est à mes enfants? » — I). Qui donc fera du mal à vos enfants ? — R. Vous le savez bien. — D. Non, dites-le-moi donc. — R. C'est ma mère qui me fait souffrir depuis vingt-deux ans. Quand (die est devenue vieille el a perdu ses forces, je la battais. Mais elle est encore revenue cette nuit, el m'a dit : Je n'ai pas peur! — D.Mais vous êtes ici chez moi et votre mère n'a pas pu entrer. — R. Oh ! elle trouve bien le moyen d'entrer partout.

— D. Esl-elle toute seule? — R. Non, elle vient avec deux hommes affreux qui ont l'air méchant, et qui me font mal. — D. Que vous font-ils donc?

— R. Ils me sucent le sang et ils m'en font voir ! — I). Cette nuit que vous ,i-l -i'lle fait? — R. Elle m'a dit : « Tu veux guérir; je te laisserai guérir. maisje te ferai du mal tout de même. » Celle nuit elle a fait se noyermon tils aîné. — D. Et les hommes que vous ont-ils fait? — R. Ils m'onl brisé le bras, et l'ont mis sous le lit, pour boire mon sang. Autrefois, maman venait toute seule, maisje la battais parce que j'étais la plus forte. Alors elle s'est fait accompagner. — D. Mais pourtant votre bras est toujours à sa place. — R. C'est Josepha (son infirmière) qui l'a recollé.

Je constate alors que le bras gauche a perdu une grande partie de sa sensibilité avec anesthésie en gigot de l'épaule et qu'il est animé de secousses avec sensations de fourmillements comme lorsque je lui rends la sensibilité, ce qui explique comment elle imagine qu'on l'a recollé.

Elle m'avoue que la veille elle se sentait mal en train et se demandait si elle dormait où si elle était éveillée. Elle sentait moins bien et avait des secousses dans les membres.

Je la rendors alors profondément et lui rends sa sensibilité le plus complètement possible. Avant de la réveiller je lui redemande ce qui lui est arrivé dans la nuit. Mais maintenant elle se rend- parfaitement compte qu'elle a été le jouet d'hallucinations. Elle a éprouvé des secousses, des élancements, des sensations d'arrachements dans le bras gauche, phénomènes liés à la perle de sensibilité de ce bras. « A propos de quoi ces idées-là vous sont-elles venues ? » lui demandai-je. — « Ça me vient quand je m'engourdis, répondit-elle. »

Dans ses crises délirantes, comme dans la phase de délire de ses crises convulsives c'est toujours l'idée fixe de sa mère qui l'obsède. Quelle que soit la cause de ces attaques c'est toujours la même scène, où sa mère remplit le rôle de mégère, la menace et la bat même soit seule, soit aidée de ces deux hommes. Cet aveu que « cela lui venait quand elle s'engourdissait », c'est-à-dire quand elle perdait la sensibilité me fit penser que peut-être ce n'était pas l'idée de sa mère qui amenait la crise et le délire qui l'accompagnait, mais bien au contraire que c'était la perte de la sensibilité qui amenail celle idée e1 la scène hallucinatoire qui en était le développement.

L'observanl à cet égard, je constatai facilement que, lorsque sa sensibilité diminuait, elle devenait triste, taciturne et se renfermait dans sa chambre. L'ayant interrogée sur les causes de sa tristesse dans des cas semblables elle m'avoua qu'elle pensait malgré elle à tout ce que sa mère lui avait fait endurer et que plus d'une fois elle avait dû cacher à son mari. Au contraire lorsqu'elle était bien et avait sa sensibilité assez aiguisée, elle ne pensait pas à ces souvenirs pénibles et on pouvait lui en parler sans qu'elle s'en attristât.

Un jour à la suite d'une petite altercation avec une autre pensionnaire, je la vis pâlir, se retirer dans sa chambre et presque aussitôt elle perdit connaissance et entra en crise. Elle se mit à s'agiter, en criant : au secours, à se rouler par lerre, etc. ; j'arrêtai aussitôt l'attaque et l'endormis profondément. Elle me raconta que c'était sa mère qui avait encore voulu la ballre et lui avait dit des sottises. Elle était en ce moment totalement aneslhésique. Je lui rendis sa sensibilité et avant de la réveiller lui demandai simplement : « Est-ce parce que vous pensez à votre mère que vous perdez votre sensibilité ou bien est-ce parce que vous perdez votre sensibilité que vous pensez à votre mère? « Oh! me répondit-elle sans hésiter, c'est quand je perds ma sensibilité que je pense à ma mère, tout de suite. »

Il est cependant des fois où c'est l'émotion causée par l'idée de sa mère qui amène la perle de sensibilité et consécutivement l'attaque. Mais dans ces cas ce n'est pas spontanément que naît chez elle l'idée de sa mère, c'est du dehors qu'elle lui vient. C'est ainsi qu'un jour à table on parla devanl elle d'une mère qui était une marâtre pour ses enfants. Aussitôt elle sentit son estomac se resserrer, ses extrémités se refroidir, ses idées devenir confuses et sa tète s'alourdir. Elle perdit sa sensibilité en quelques instants, très éinolionnée, et presque aussitôt fut prise d'une attaque avec les mêmes hallucinations relatives à sa mère.

Voici du reste la description qu'elle me donna elle-même un jour, avant d'être réveillée, après avoir recouvré sa sensibilité, de ce qu'elle éprouve dans ces circonstances : elle sent d'abord qu'elle s'endort ; ses membres se refroidissent, si elle veul les remuer elle ne les sent plus ; elle est sans force et il n'y a plus que sa trie qui travaille. Alors l'hallucination de sa mère apparaît avec tout son cortège, et c'est alors qu'elle a sa crise Puis tout d'un coup l'hallucination disparait; et elle n'a plus l'idée de ce qui vient de se passer. Elle revient alors à elle peu à peu; elle seul des • 'lancements des pieds à la tète, et une chaleur assez vive dans les membres ; elle se sent très fatiguée ; mais il ne se passe rien dans les viscères. Enfin quand elle sort complètement de la crise et ouvre les yeux il lui semble qu'il y a longtemps que tout s'est passé ; elle a envie de pleurer el elle éprouve des tiraillements el de la chaleur à l'estomac.

Par contre il suffit, lorsqu'elle est prise de tristesse, d'ennui el de ces souvenirs obsédants pénibles, de lui rendre sa sensibilité générale el viscérale, sans lui faire la moindre suggestion relative à ses idées fixes, pour qu'aussitôt elles disparaissent. Il y a donc un rapport évident entre les troubles de la sensibilité et les idées fixes, puisque la perte de la première mène les secondes et que la simple restitution de la sensibilité les l'ail disparaîlre.

Le 2 mars elle est prise dans la journée d'un but mal de tête, avec points hypereslliésiques au vertex et à la nuque. « Elle sent en elle un travail qu'elle ne peut exprimer. »

Je l'endors le soir. Mais le lendemain malin lorsque je veux la réveiller elle me dit : « Non, laissez-moi dormir; je veux trouver ce (pie je cherche. — D. Que cherchez-vous donc? — R. Ce que je suis. Il y a longtemps que je cherche ça; du côté droit c'esl bien moi, mais à gauche je ne peux pas y arriver et ça me l'ait mal. Je ne suis pas la personne que je devrais être, mais je suis en train d'arriver au bout. Je suis bien, très bien ; mais. je n'y suis pas encore. Il faut que je me retrouve. »

Voyant cela, je la laisse dormir tranquillement. Quelque temps après je reviens près d'elle et lui demande ce qu'elle devient. — H. Je marche ; je vais arriver ; j'y suis presque ; j'ai failli y arriver une fois. Du côté droit je suis moi; mais de l'autre côté il y a un mur. Laissez-moi bien tranquille ; je suis presque au bout.

A trois heures de l'après-midi je reviens et l'interroge sur ce qu'elle a fait. — H. J'y suis arrivée ; je me sens bien. Il y a longtemps que je me cherchais. J'étais toujours deux. Came faisait du mal. Je voulais toujours passer de l'autre côté du mur qui me partageait. C'était noir du côté du mur que j'étais malade; de l'autre côté c'était blanc. Je voyais bien qu'il fallait que je passe. — I). Comment avez-vous fait"? — R. J'ai marché : celait difficile, j'avais mal partout. Je ne pouvais pas avancer, j'allais tout doucement. Arrivée au mur j'ai ouvert avec les deux bras. Ah ! c'était bon ! Il n'y a plus de mur ; je vois de l'autre côté. Je sentais le mur épais devant moi. Je le voyais. Maintenant je suis guérie. Il me semble qu'il y a longtemps que je ne mange plus. »

Je constate qu'elle sent également de partout. Je la réveille alors.

Mais à peine a-t-elle les yeux ouverts qu'elle regarde avec étonnement autour d'elle, allant de moi aux divers objets qui. l'entourent. Elle me demande qui je suis, car elle ne me connaît pas. Elle ne sait pas où elle • •si et comment elle y est. J'apprends alors d'elle qu'elle se croit en 1882, avoir trente-deux ans el habiter Courbevoie où elle demeurait à celle époque. Elle me raconte qu'elle a été malade quand elle a été rechercher un jour son mari qu'elle croyail perdu, et une autre fois encore quand elle a eu son petit garçon, il lui semble qu'elle sort d'une grande maladie, dans laquelle elle aurait dormi tout le temps.

Elle éprouve encore des douleurs dans la tète et des vertiges quand elle la l ou ine. Je la laisse au repos au lit. Une heure après quand je reviens près d'elle elle se souvient m'avoir déjà vu une fois ainsi qu'une malade avec laquelle elle reste de préférence. Elle se rappelle également l'infirmière Josépha qui lui a recollé son bras que les acolytes de sa mère avaient arraché et jeté sous le lit. Les détails qu'elle nous donne sur les circonstances dans lesquelles elle nous a déjà vus montrent que c'est pendanl ses crises, ce qui tendrait à prouver que les attaques ne sont autre chose qu'un retour vers l'état normal.

Le i mars, après avoir été plongée depuis la veille au soir dans l'hypnose, elle se croit toujours en 1882. « Ma tête est changée, me dit-elle. C'était lourd, ça ne l'est plus ; elle était 1res grosse, elle s'est rapetissée. » Je lui ordonne alors de sentir sa tète encore davantage. Voici alors quelles sont les sensations qu'elle y éprouve. D'abord « ça travaille », puis ça coule comme des gouttes qui tombent depuis le sommet du crâne le long de la colonne vertébrale. Puis, c'est une sensation de chaleur dans toute la tète et alors elle commence à se rappeler loul ce qu'elle a fait à Courbevoie en 1882. J'insiste [tour qu'elle sente encore davantage. Elle a de petites secousses, des frémissements de la le le, qu'elle projette en arrière. Au bout de peu de temps elle me dit qu'elle est en 188 1. Puis elle passe en 1885. « C'est une vilaine année, dit-elle, quand j'ai eu mon petit garçon, j'étais très souffrante. » En 1886 : « Ah ! ce n'est pas encore gai ; mon petit garçon a eu la jambe cassée. » En 1887 : « Il faut déménager ; ça marche toujours ; je suis toujours malade avec tout ça ; mais je vais et viens quand même ; nous sommes maintenant à Colombes. » A chaque secousse de tête elle a une légère bouffée de chaleur à la, face et un souvenir plus récent lui revient. « Oh ! je marche vite, me dit-elle bientôt; me voilà en 1890. Je suis partie longtemps... J'ai encore été fort malade en 1892. » A partir de ee moment les souvenirs reviennent plus lentement, car elle procède d'une façon de plus en plus suivie, mois par mois, semaine par semaine et à la lin jour par jour, heure par heure, repassant en revue tout ce qui lui est arrivé. Je continue à lui dire fréquemment de sentir de mieux en mieux sa tête et lui demande ensuite où elle en est, à quoi elle pense. (Ce sont ces intervalles qui sont marqués ici par des points). Elle continue : « On veut m'enfermer ; je ne veux pas, je ne veux pas. C'est que j'avais toujours mal dans la fêle. Mon mari me faisait des misères... Je pars ; je suis chez ma

sœur (secousse de tête)... Oh ! ce n'est pas gai; je m'en vais encore chez nous, ma sœur est près de mourir... Elle meurt et puis je suis malade... Je reviens, je suis toujours malade, je ne sors plus de chez nous... Je jette tous mes médicaments; je ne veux plus de médecins... Je suis encore malade dans une houcherie (allusion à une violente attaque qu'elle a eue en effet peu de temps avant son entrée ici)... Mon docteur m'amène un Monsieur (c'est moi) qui connaissait tout ce que j'avais. J'avais dit pourtant que je ne lui dirais rien... Alors je suis allée chez ce Monsieur... Je suis venue ici et j'ai retrouvé le Monsieur qui était venu chez moi... J'ai encore des crises... je m'endors... je m'ennuie... j'ai encore souvent des crises... Ah! mon mari ne vient pas; je l'attendais... Je suis malade... Ah! il vient avec mon petit garçon... Ah ! je suis encore malade... Je vais bien maintenant ; mon mari est bien content... Je ne suis plus si bien; ça ne va plus... Oh ! je m'ennuie, je ne suis plus bien... J'ai encore des crises... Mon mari vient, je ne suis pas bien, je ne lui parle pas. Moi je suis toujours triste ; je souffre beaucoup... Je suis fatiguée, je veux me lever tout de même... J'ai eu une crise terrible... Je souffre de la tète ; il s'y fait un travail... Je vois bien que je vais pouvoir me guérir... Je marche, je marche ; c'est long, long (grands soupirs^... Je suis bien mieux : je me vois bien maintenant (allusion à ce qu'elle a éprouvé quand elle a recouvré sa personnalité de 1882)... Je sais bien que j'ai dormi longtemps ; niais je ne sais plus quel jour nous sommes... Hier j'allais bien; je me suis réveillée, mais pas comme d'habitude, comme si j'avais dormi longtemps; je ne savais pas où j'étais. Vous me l'avez dit (elle sait maintenant qui je suis, mais jusqu'au moment où elle me racontait qu'un Monsieur amené par son médecin était venu la voir, elle me répondait sans savoir qui j'étais). Aujourd'hui je le sais bien; seulement je me sens fatiguée, surtout dans les jointures... Ma tête est faible ; c'est comme quand j'ai relevé de fièvre typhoïde. Je n'avais pas faim; mais aujourd'hui j'ai faim par exemple... Quand j'étais malade je me voyais toujours deux ; je me voyais bien portante d'un côté et malade de l'antre. Je voyais bien comment j'étais, mais je n'y pouvais rien. »

Elle se réveille enfin spontanément et sa première parole en regardant autour d'elle est : « Oh ! je vois bien clair; je voyais toujours comme à travers un brouillard de poussière. J'ai la tète libre ; je suis bien. »

Dans l'après-midi elle me dit : « C'est drôle, je sais bien que je suis ici ; mais il me semble que j'en suis partie et que j'y suis revenue. »

Je ne l'endors pas le soir.

5 mars. — Elle a dormi seule du sommeil naturel pendant trois heures et demie. Elle mange de très bon appétit, mais se sent lasse comme après sa lièvre typhoïde. Il lui semble qu'elle a vu en rêve tous les objets de la maison qu'elle reconnaît.

6 mars. — Elle a dormi six heures en trois fois. Elle a vu en cauchemar la scène ordinaire de ses crises. Elle sent un peu de vertige dans la tète, qui disparaît seul. Toutefois après le déjeuner elle s'assoupit. Un bruit la réveille en sursaut; elle se sent tout obnibulée, et mal à la tète. Je la

rendors et lui rends la sensibilité qui s'était émoussée. Au réveil, survenu spontanément en lui faisant simplement recouvrer sa sensibilité de plus en plus, elle se trouve très bien.

7 mars. — Elle a dormi six heures consécutives. Elle se sent très bien. Elle marche beaucoup dans la journée et le soir a les jambes un peu lasses.

8 mars. — Elle dort six heures en deux fois. Dans la journée elle a une émoi ion au souvenir d'un accident de voiture dont elle a été témoin autrefois. Aussitôt elle reperd sa sensibilité; elle sent sa tête lourde et boursouflée à gauche. Son regard est vague: elle n'est plus à la conversation. Je Tendors. Depuis son réveil complet du 4 mars elle a conservé le côté gauche de la tète un peu lourd et douloureux ; elle ne pouvait la baisser et la tourner à gauche sans avoir d'étourdissements. Je lui fais ressentir comme d'habitude ses membres et ses viscères, puis sa tèle. La sensibilité reparaît avec les réactions habituelles. La plaque douloureuse du côté gauche de la tête disparaît, mais la nuque reste douloureuse sur une étendue large comme une pièce de cinq francs environ. Elle peut maintenant baisser et tourner la tête sans étourdissement. Puis la douleur diminue. « C'est froid, ça coule dans le dos, ça se rétrécit... c'est vide... ça se remplit... la chaleur y remonte... Je suis bien... Il passe encore des secous>es qui me l'ont tout trembler ; c'est comme s'il y avait beaucoup de petites boules qui éclatent là (elle montre avec son doigt sa nuque du côté gauche) et puis ça fait du bien... c'est comme quand on fait des bulles de savon qui s'en vont toutes... c'est redevenu calme... Que je suis bien comme ça... Je peux me réveiller maintenant. » Elle se réveille spontanément avec quelques secousses de tète. « Ah! je suis mieux que dimanche, et puis ce n'est plus la même tète ; c'est léger tout ça ; je ne pouvais pas la remuer. »

Le 9 et le 10 mars. — Elle dort six à sept heures pendant la nuit. Le 10 elle a extrêmement faim et demande à collationner dans la journée. Sa sensibilité se maintient bien. Elle est gaie, heureuse de se sentir vivre et n'a qu'une peur, celle de retomber.

16 mars. — Depuis trois jours elle reperd progressivement sa sensibilité d'abord du côté gauche puis à droite. Elle s'ennuie, veut s'en aller, est maussade et triste. Elle mange sans appétit et ne dort plus. Je lui rends toute sa sensibilité, jusqu'au réveil spontané.

De temps à autre elle reperd ainsi sa sensibilité sous l'influence d'une contrariété, d'une émotion, d'un travail demandant une attention trop soutenue. Elle la recouvre de plus en plus rapidement et la conserve de plus en plus longtemps. De plus, elle s'aperçoit maintenant quand elle commence à la perdre et h s'engourdir.

Elle se remue, se secoue, réagit de toute sa volonté et arrive ainsi à se dominer et à regagner seule ce qu'elle a pu perdre. Néanmoins elle n'y parvient pas toujours.

J'ai l'occasion une fois de constater les différentes sensations par lesquelles elle passe pour recouvrer la sensibilité de l'estomac et de l'appareil respiratoire, en même lemps que je me rends compte que malgré un

réveil en apparence parfait il faut souvent insister pour arriver à la sensibilité normale.

Elle avait été réveillée comme d'habitude à la suite d'une perte de la sensibilité et paraissait normale. Toutefois elle sentait mal son estomac • pu lui paraissait lourd et resserré. Dans la nuit elle dort mal, a des cauchemars, et est prise avant de se coucher de tristesse et d'ennui sans en pouvoir dire la raison. Elle ne dort qu'une heure et demie. Je l'endors. « C'était ça qui me faisait mal ; j'ai rêvé que ça m'étouffait, me dit-elle ->. — Je lui donne alors Tordre de ressentir complètement son estomac. « Ça s'élargit... ça se réchauffe... ça travaille (secousses, frémissemenls, gargouillements)... ça se fond... ça descend, ça coule... ça fait du bien... c'est tiède... ah ! je n'ai plus ce froid sur l'estomac. » Puis elle respire, comme si elle était gênée et dit : « Le haut de ma poitrine est encore serré. » Je lui dis de le sentir. « Quand je respire ça fourmille ; mon côlé gauche est plus large et plus froid que le droit... ça tombe comme si c'était une chaîne qui se déroule de l'estomac... c'est lini... Toute la semaine j'étais mal à Taise ; j'avais mal à Testomac, mais je craignais de vous mécontenter en vous le disant... c'est moins froid maintenant... ça se referme l'un contre l'autre... ça se réchauffe bien (spasmes de l'œsophage, renvois), c'est encore comme si c'était une petite chaîne dont les anneaux se détachent et puis ce sont des globules... ça fait du bien... (Au fur et à mesure qu'elle me décrit ses sensations, sa ligure devient plus souriante)... Maintenant ce sont des fourmillements... il me semblait que tout était gonilé cl que le vent s'en va maintenant. (Eructations, soupirs profonds, bâillements.) Oh ! que ça fait du bien ce qui tombe... c'est des globules qui se détachenl H tombent de quelque chose de fondu... ça s'élargit... c'esl vide... il se rétrécit mon estomac... c'est tiède... il est bien maintenant. »

Elle n'a plus de crises depuis le commencement de mars, depuis qu'elle a recouvré sa sensibilité et s'est réveillée complètement. Elle dort seule plus ou moins, mange bien et rengraisse. La progression de son poids esl assez instruclive pour montrer le rapport de ce signe avec l'état nerveux général.

Bu 30 décembre au 1er mars, son poids pris tous les huit jours n'a pas varié et a été de 97 livres et demie.

A partir du jour où je l'ai réveillée, le 4 mars, son poids augmente. 8 mars 98.

24 — 97 (menstruation pendant la semaine.)

li- avril 99 (menstruation.)

28 — 101 5 mai 102

Elle commence à sortir pendant le mois d'avril et supporte assez bien ses promenades. Mais elle remarque : « C'est singulier, mieux je vais et

plus je me fatigue. » Autrefois quand elle (Hait insensible elle ne se sentait pas fatiguée.

Elle quitte rétablissement le 15 mai et je n'en ai plus entendu reparler.

Remarques. — Ce cas est le premier où j'ai constaté la régression de la personnalité et sa progression d'une manière régulière en rapport avec l'état de la sensibilité et principalement de la cénesthésie. 11 montre comment ce n'est qu'à partir d'un certain degré d'anesthésie que survient le vigilambulisme. Il est surtout très intéressant au point de vue du mécanisme des attaques, celles-ci étant provoquées par l'anesthésie générale qui accompagne une forte émotion et les convulsions n'étant autre chose que les phénomènes de retour spontané de la sensibilité. Quant aux idées fixes, cette observation montre nettement qu'elles sont cause et non conséquence de l'état hystérique, que bien loin d'envahir le champ de la conscience elles ne sont qu'un résultat de son rétrécissement, et que si elles tiennent tant de place dans la conscience c'est qu'elles sont seules, toutes les autres idées et images étant plus ou moins obnubilées. Ce n'est donc pas l'idée qu'il faut attaquer, c'est l'état organique qui a permis leur isolement. Les idées fixes ne sont qu'un résidu dans la conscience.

Hystérie développée à la suite dune violente émotion, datant de 9 mois. — Hémiplégie ; hémianeslhésie sensitioo-sensor telle. — Amélioration spontanée. — Aggravation et généralisation des troubles sensitifs et organiques sous r influence d'un traitement hypnotique et suggestif ; réveil incomplet et engourdissement progressif '. — Amélioration immédiate sous V influence du réveil simple. — Disparition successive de tous les phénomènes par réveil progressif et successif de la sensibilité générale, sensorielle et viscérale

— Régression de la personnalité jusqu'à l'époque de l'émotion provocatrice.

— Phénomènes objectifs et subjectifs accompagnant le retour de la sensibilité. — Guérison.

Madame G...., Agée de trente-deux ans est une femme de forte taille et ne présente aucun stigmate physique de dégénérescence.

Rien de particulier dans ses antécédents héréditaires, si ce n'est que son père est atteint depuis quelques années de ramollissement cérébral, avec albuminurie. Quant à elle sa santé a toujours été excellente. Ni à l'époque de sa puberté, ni à son mariage qui a eu lieu à l'âge de seize ans, elle n'a présenté aucun accident nerveux. Intelligente, active, gaie, elle n'a jamais éprouvé aucun trouble mental si léger qu'il soit, et a toujours paru bien équilibrée. Son sommeil et son appétit ont toujours été excellents ; la menstruation a toujours été régulière et normale ; elle n'a jamais eu de grossesse ni de fausse couche. Jusqu'au 6 avril 1893 elle a en somme joui d'une santé physique et morale aussi bonne que possible.

Le 6 avril 1893, se trouvant seule dans sa boutique elle se rendit dans un cabinet de débarras, situé derrière et très sombre. A peine entrée un individu se précipite sur elle et cherche à l'étrangler. Douée d'une assez grande force pour une femme, elle se débattit el cria, et l'individu s'enfuit. Elle perdit alors connaissance et on la retrouva dans cet état avec une corde au cou. Une enquête judiciaire fut ouverte, mais elle ne put donner aucun signalement de l'individu à cause de la brusquerie de l'agression et de la demi-obscurité où elle avait eu lieu. Très émolionnée, cela se conçoit, elle se mit à partir de ce moment à ne plus dormir, et le troisième jour après cet événement elle fat prise d'un commencement d'hémiplégie avec hémianeslhésie sensitivo-sensorielle du côté gauche qui disparut rapidement, mais qui fit penser qu'elle avait peut-être été simplement victime

d'une hallucination. Un examen médical fut ordonné, mais on conclut à une tentative réelle d'assassinat, et l'enquête judiciaire reprit son cours sans aboutir, du reste, à la découverte du malfaiteur. Elle a su depuis quel étail l'auteur de celte tentative, mais pour des raisons d'ordre intime elle a renoncé à le signaler.

Peu après, l'hémiplégie gauche qui avait été transitoire reparut et persista cette fois, marquée surtout au bras. L'appétit diminua de plus en plus, Le sommeil devint de plus en plus rare et léger, sans cesse troublé par le cauchemar de la scène dont elle avait été victime. L'hémianesthésie sensitivo-sensorielle était complète. Sous l'influence de l'hydrothérapie, d'exercices gradués, les mouvements revinrent un peu, mais la monoplégie brachiale se modifia très peu. Très désolée de son état Mmo G. faisait cependant tous ses efforts pour en sortir. Mais son état moral était très mauvais. Sans cesse absorbée par le souvenir de son agression, elle devint 1res impressionnable, plus irritable, et en même temps indifférente à ses affaires pour lesquelles elle déployait auparavant une grande activité. Sa gaîté avait fait place à une certaine tristesse.

C'est alors que le 28 septembre elle tomba entre les mains d'un de ces nombreux médecins qui exploitent la suggestion hypnotique. J'eus l'occasion à cette époque de la voir plus fréquemment, et de suivre ainsi le mécanisme du développement de l'hystérie, sous l'influence de pratiques hypnotiques mal faites.

Dans les premiers temps, comme cela arrive ordinairement, elle parut bénéficier du nouveau traitement, et recouvra un peu plus d'aisance dans les mouvements du bras. Mais les troubles de la sensibilité ne se modifièrent en aucune façon. Elle me raconta qu'elle était très dillicile à endormir, et qu'à la suite de chaque séance qui avait lieu tous les deux jours, elle se sentait très mal à l'aise le reste de la journée. La tête était congestionnée, elle se sentait comme des vertiges dès qu'elle marchait, ses idées étaient confuses. Bientôt l'amélioration légère du début cessa de s'accentuer, et je constatai alors que l'anesthésie sensitivo-sensorielle occupait maintenant les deux côtés du corps. Mmc G. perdait complètement l'appétit et le sommeil. Elle était sujette, surtout après les repas, à des accès de torpeur dans lesquels elle entendait tout ce qui se passait autour d'elle sans être capable de dire un mot ni de faire un mouvement. Les objets qui l'environnaient lui semblaient s'éloigner, devenir vagues comme si un brouillard (h1 [dus en plus épais s'interposait entre elle et eux. Les bruits paraissaient aussi s'éloigner. Tout devenait vague, et elle ne se rendait plus bien compte d'elle-même ni de ce qui l'entourait. Le souvenir de son agression l'obsédait de plus en plus et dans une séance d'hypnotisme à laquelle il me fut donné d'assister pour nie convaincre des merveilleux résultats qu'on obtenait de la suggestion, son médecin fut obligé de suspendre la séance, à cause de l'imminence d'une crise. J'observai que sous l'influence des manœuvres hynotiques son visage demeurait vultueux, qu'elle ne tombait que dans un sommeil très peu profond, et qu'au réveil elle restait comme étourdie, titubait, et avait de la difficulté à associer ses idées. Gela ne lit

aucun doute pour moi qu'elle était très mal endormie et surtout dès incomplètement réveillée et qu'on la laissait ainsi dans un état de demihypnose permanent.

L'anesthésie généralisée s'était étendue aux viscères. Elle avait une perte complète du goût, anesthésie complète de l'estomac. Les règles étaient supprimées. Elle avait de la difficulté à respirer, ayant la sensation « d'un pieu qui lui aurait traversé de part en part la poitrine de bas en liant et d'avant en arrière au niveau du cœur ». Elle n'avait plus conscience t\<'< battements de son cœur. Enfin au mois de décembre un nouveau symptôme était apparu : du bégaiement. Elle avait la parole scandée et elle ne pouvait articuler que difficilement. Son état physique changeait à vue d'œil. Son poids qui était ordinairement de 184 livres était tombé à 140 au mois d'octobre, et à 132 au mois de décembre. En même temps son étal moral et intellectuel s'était considérablement modifié. Elle était absolument apathique, négligeait de plus en plus ses affaires, ne prenait plus aucun plaisir à quoi que ce soit, et était également indifférente à toute espèce de chagrins. Sa mémoire était très affaiblie. Elle faisait des erreurs et des oublis continuels dans ses comptes, ce qui lui attirait à tout instant des désagréments avec ses clients.

Devant l'aggravation des symptômes hystériques on décida au commencement de décembre de suspendre pendant une quinzaine de jours les séances d'hypnotisme. Elle ne tarda pas à éprouver du mieux surtout sous le rapport moral, mais les troubles du mouvement, de la parole et de la sensibilité persistaient. Le sommeil et l'appétit étaient nuls.

C'est alors que le 27 décembre convaincu qu'elle était en état de vigilambulisme et que l'aggravation de son état hystérique tenait tout simplement à ce qu'à chaque séance d'hypnotisme elle restait de plu- en plus endormie, j'entrepris de la réveiller.

Je l'endorniis profondément avec la plus grande facilité par simple application des doigts sur les yeux, ce qui, étant donné l'état d'énervemenl dans lequel je l'avais vue plongée lorsqu'on l'avait endormie devant moi et la difficulté qu'elle avait présentée à tomber dans un état hypnotique peu profond, me confirma dans cette idée qu'elle devait être très mal endormie et encore plus mal réveillée. Une fois en résolution complète, sans que sa face fût le moins du monde vullueuse, sans que ses membres présentassent de secousses aux moindres excitations psychiques comme j'en avais été témoin, je me bornai simplement à lui donner l'ordre de se réveiller complètement, aussi complètement que possible, quand je lui soufflerais sur les yeux. Au réveil je lui demande comment elle se trouve. Elle n'éprouve pas la moindre fatigue, comme les autres fois qu'on l'endormait. Il lui semble qu'elle est moins gênée, que sa tête est plus libre, plus dégagée.

Le 29 et le 31 décembre']?, renouvelle la môme expérience en lui ordonnant simplement de dormir aussi profondément que possible et ensuite de se réveiller encore mieux que les fois précédentes. A la dernière séance je constate que sa sensibilité tactile du côté droit est revenue en grande partie, mais non le sens musculaire. Le champ visuel est toujours

rétréci, mais beaucoup moins à droite qu'à gauche; le réflexe pharyngien est aboli. Elle présente le signe de Lasègue et son bégaiement persiste.

Le 5 janvier, quatrième séance. Cette fois je lui donne Tordre de sentir son côté gauche aussi bien que le droit. Elle étire son bras et sa jambe un certain nombre de l'ois et la sensibilité tactile ne tarde pas à revenir presque égale à celle du côté opposé.

Je lui demande alors : Quand vous remuez la langue, la sentez-vous pareille des deux côtés? — R. Je ne la sens |>as remuer à gauche ; il me semble qu'il n'y a que le côté droit qui bouge; c'est pour cela que j'ai tanl de peine à parler. — 1). Eh bien, sentez-la complètement, ainsi que votre gorge. — Elle se met alors à remuer la langue dans la bouche, dans tous les sens ; puis elle fait des mouvements de déglutition ; tire la langue hors des lèvres, un peu d'abord, puis davantage, la porte en haut, en bas, à droite, à gauche. Pendant loul ce temps je l'encourage en lui disant de sentir plus, de mieux en mieux. Je la fais alors parler el je constate qu'elle ne bégaie presque plus, mais je ne le lui fais pas remarquer, et je lui ordonne de se réveiller encore mieux qu'avant. Au réveil elle ne bégaie presque plus; de temps à autre seulement pour certains mots. Son hémiplégie a presque entièremenl disparu, et dans tout le côté gauche elle ressenl intérieurement comme des secousses, des élancements. Elle a plus d'aisance pour respirer et dit qu'elle se sent moins engourdie. Un point très douloureux qu'elle avait au flanc gauche n'est plus pénible spontanément mais seulement à la pression.

Le 8 janvier, cinquième séance, .le lui donne de nouveau l'ordre de sentir aussi bien son côté gauche que son côté droit, de sentir complètement sa gorge, sa langue el ses lèvres. Au réveil l'hémiplégie a disparu, el elle ne bégaie plus du tout. Toutefois le sens musculaire n'est pas revenu, la sensibilité générale dans ses différents modes esl Ion jouis dès diminuée, le champ visuel esl rétréci des deux côtés. Elle seul toujours son « pieu » qui lui traverse la poitrine el l'empêche de respirer, l'oppresse ; le sommeil esl nul, mais elle n'a plus ces accès de torpeur qu'elle avait au mois de décembre. L'appétil n'est pas revenu, mais (die mange mieux cependant. L'apathie esl toujours sensiblement la même, quoiqu'elle se sente bien moins « engourdie ».

J'entreprends alors de lui réveiller sa sensibilité progressivement, el morceau par morceau.

L'ayant endormie comme d'habitude je lui ordonne de sentir ses jambes en commençant par les doigts de pieds, et, les pieds. Tout d'abord elle n'éprouve rien, puis loul à coup je la vois contracter ses orleils à droite, puis à gauche. Elle me dit alors éprouver comme des fourmillements. Elle remue de plus en plus ses orteils, puis tout le pied dans tous les sens. A mes questions sur ce qu'elle éprouve elle me répond qu'elle a des fourmillements, el des élancements, des crampes, que « ça tire ». Je lui ordonne alors de sentir ses jambes. Les mêmes réactions motrices se produisent; elle allonge el fléchit le pied sur la jambe et la jambe sur la cuisse. Il y a un retard marqué de la jambe gauche sur la droite. Au boni do quelque

temps je la vois qui se frotte les deux jambes l'une contre l'autre. Je lui demande pourquoi : « Gela me picote, me brûle comme si on m'avait frottée avec des orties, me répond-elle. » Puis elle s'arrête. Elle ne fait plus de mouvement mais elle se plaint de crampes et s'étire. Je constate alors que sa sensibilité tactile et douloureuse, et que son sens musculaire et la notion de position des membres sont revenus, quoique encore un peu diminués, comme en témoigne l'hésitation légère de ses réponses. Je la réveille alors.

Les fois suivantes je procède de la même fanon pour les cuisses, et pour les bras. A la suite de chaque séance, avant que je lui dise quoi que ce soit elle regarde avec étonnement la partie où j'ai rendu la sensibilité, et remarque immédiatement qu'elle la sent maintenant et peut la mouvoir facilement, ce dont elle s'assure en lui faisant faire tous les mouvements possibles.

Au fur et à mesure que sa sensibilité reparaissait de la sorte son état général s'améliorait de plus en plus, mais son apathie pour ses affaires persistait toujours assez forte.

Analysant alors l'état de sa sensibilité viscérale je constate qu'elle a à peine conscience des mouvements de mastication et de déglutition, qu'elle n'a aucune notion de l'arrivée des aliments dans son estomac, ni de leur température, qu'elle n'a absolument aucun appétit et quand elle a mangé n'a jamais la notion de satiété. Elle ne perçoit pas davantage l'entrée de l'air dans l'appareil respiratoire, ni les battements de son cœur. Elle est constipée d'une façon tenace et n'éprouve jamais un besoin véritable d'aller à la selle, ni d'uriner. Sa poitrine lui semble ratatinée. « Je suis raccourcie, dit-elle. » Elle a l'impression que sa poitrine est rétrécie du côté gauche et me demande de m'assurer s'il n'en est pas ainsi réellement. Quant à sa tête, elle lui a fait l'effet d'un « ballon du Louvre », bien plus gonflé à gauche qu'à droite. Aussi a-t-elle toujours l'impression que son chapeau est de travers et est-elle obligée de se placer devant une glace pour s'en .assurer. De même sa figure lui parait rétrécie du col»' gauche et elle se ligure souvent dans la rue qu'on doit le remarquer. Mais ce qui la gêne surtout c'est « son pieu, qui l'étouffé. et dont elle ne pourra jamais se débarrasser ». Tout le tronc est anesthesié el de plus elle a des points douloureux, sus et sous-mammaires , inlerscapulaire, à la nuque et au vertex.

J'emploie alors les séances à lui rendre sa sensibilité viscérale Après l'avoir endormie je lui fais d'abord sentir bien complètement ses membres. D'une séance à l'autre elle reperd toujours un peu de sa sensibilité, mais plus elle va et mieux elle la conserve dans l'intervalle et plus rapidement aussi elle la recouvre. Je commence alors, en procédant toujours de bas en haut, à lui ordonner de sentir le ventre sans préciser autrement. Peu après j'observe des contorsions du bassin ; le ventre se soulève et s'abaisse avec des secousses plus ou moins violentes et généralisées. Ces secousses sont douloureuses ; « c'est comme si tout se tortillait là dedans; » après les secousses qui s'accompagnent de gargouillements intestinaux, sur-

viennent des élancements, puis des fourmillements, une sensation de brûlure, de chaleur et enfin plus rien qu'un sentiment de détente, « comme si ça se dénouail intérieurement ». En même temps. toute la paroi abdominale recouvre sa sensibilité.

Après avoir ainsi rendu la sensibilité du ventre je passe à celle de l'estomac. Celle-ci a été des plus difficiles à revenir, el j'ai dû y employer plusieurs séances, à cause de la fatigue qui en résultait. En même temps du reste je procédais de la même façon au réveil de la sensibilité respiratoire el cardiaque.

Le retour de la sensibilité- de l'estomac s'accompagnait de secousses très violentes, lies douloureuses de l'organe, avec des gargouillements, du clapotement, qui montraient que par suite de l'atonie gastrique, conséquence de Tanestliésie, il y avait toujours un résidu alimentaire. Ce résidu de liquide paraissait du reste être expulsé par ces fortes contractions stomacales, car au bout d'un certain temps, quoique les contractions continuassent, les gargouillements ne se produisaient plus. La malade éprouvait « comme si quelque chose était noué en elle d'une façon liés serrée, se tordait en tous sens, sans pouvoir parvenir à se dénouer. » Il y avait des détentes par moments, et lorsque j'insistais à nouveau pour qu'elle sentît mieux son estomac — car je ne disais pas autre chose tout le temps que : Sentez bien votre estomac, de plus en plus — les secousses recommençaient, avec sentiment de torsion douloureuse. Puis l'estomac lui parut petit, ratatiné. Après quoi il se distendit peu à peu. La sensation du « pieu » s'atténuait en même temps, mais persista très longtemps. Enfin un jour elle éprouva tout à coup une détente qui la lit disparaître. Son estomac sembla s'élargir. Il était le siège de petites secousses apparentes pour moi, qui firent place à une sensation de fourmillement très doux, « de quelque chose qui coulait liés doux el tiède »; puis il lui sembla revenir à des proportions moindres, en même temps qu'il se creusait, qu'une chaleur douce se répandait à son niveau, et enfin (die éprouva de nouveau le sentiment de la faim, sans que j'aie prononcé pendant toutes les séances d'autre injonction que celle de sentir son estomac. A partir de ce moment la sensation de « pieu •> qui l'étouffait, lui serrait et rétrécissait la poitrine disparut presque complètement. La sensibilité cutanée de la région épigastrique reparut en même temps que celle de l'organe luimême sous-jacent. Mais elle ne sentit sa poitrine complètement dégagée que lorsque la sensibilité de l'arbre respiratoire et du cœur fut revenue.

Il lui semblait que l'air ne pénétrait pas dans sa poitrine, d'où sentiment d'oppression continuelle. Sa poitrine lui paraissait engourdie el ratatinée.

Sur l'ordre donné et renouvelé de « sentir sa poitrine, sa respiration », (die se mit à respirer avec plus d'ampleur, avec des suffocations d'abord, puis plus tranquillement et enfin normalement, avec la sensation très nette de ses inspirations et de ses expirations.

Il en fut de même pour le cœur. La première sensation qu'elle éprouva fut qu'elle allait se trouver mal, qu'elle avait « le cœur barbouillé, » « que l'hystérie. — ii. 4

le cœur lui tournait ». Puis elle perçul légèrement cl par moments les battements et enfin complètement, avec un sentiment de relâchement, de détente, de dilatation au niveau du cœur, qui lui semblait « raccorni » quand elle commença à le percevoir.

Je lui lis recouvrer de même la sensibilité de la gorge, du cou, du larynx.

Le retour de la sensibilité du larynx s'accompagna de picotements, de mouvements de déglutition connue pour avaler un bol trop volumineux. En même temps elle tourne le cou en tous sens de droite à gauche, d'avant en arrière comme pour s'assurer qu'il est bien mobile dans toutes les attitudes.

J'en arrive enfin à la tête, m commençant par la face. Sans autre ordre que : « Sentez votre figure », elle se met à remuer les lèvres, les avançant, les contractant en tous sens, portant le menton de droite à gauche, faisant toutes sortes de grimaces avec les muscles des joues, du front, mouvements qui s'accompagnent de picotements, de fourmillements, de sensations de brûlure et de démangeaison, avec afflux du sang à la l'ace. En même temps la sensibilité reparaît dans ses différents modes et elle peut, les yeux fermés, se remire compte de tous les mouvements qu'elle l'ail et les exécuter exactement sur l'ordre. Quant aux yeux elle les garde toujours fermés el dit ne pouvoir les ouvrir. De l'ail elle n'a pas la sensibilité des paupières et dit ne pas sentir ses yeux.

Le 14 février elle me dil que la veille elle a éprouvé une émotion à la vue d'un accident de voiture. « il y a quelques mois ça ne me faisait rien : aujourd'hui je saule pour la moindre chose, et ensuite je m'engourdis. Alors ça me révolte el je me secoue. » « Je ne me sens pas encore-bien moi, me dit-elle encore, connue autrefois. — Je ne sens pas la vie circuler en moi. J'étais active et agile. Je me sens comme engourdie. » Je lui dis alors de se sentir comme autrefois, des pieds à la tête. Elle a aussitôl Les réactions qu'elle a déjà présentées dans les séances précédentes, mais beaucoup moins intenses. Elle s'élire, se frotte les jambes l'une contre l'autre, parce qu'elles brûlent et démangent. Des pieds cela moule par zones aux jambes, aux cuisses, au ventre, à l'estomac où elles se produisent toujours pendant beaucoup plus de temps que pour le reste du corps, puis gagnent la poitrine, le dos el les bras, le cou el enfin la face.

Au réveil que je suis toujours obligé de provoquer en lui soufflant sur les yeux, elle me dil : « Celle fois je sens la vie qui circule en moi. »

A partir de ce moment elle va beaucoup mieux, mange avec plus d'appétit, dorl deux et trois heures par nuit, reprend goût à ses affaires, e! s'aperçoit de toutes les erreurs qu'elle a commises.

Elle conserve presque complètemenl d'une séance à l'autre — je n'en fais plus guère qu'une par semaine maintenant — sa sensibilité, et elle recouvre rapidement ce qu'elle a perdu dans l'intervalle. Ses idées seul [dus nettes, [dus précises. Elle remarque qu'elle raisonne avec [tins de rapidité, qu'elle rassemble [dus facilement ses idées el que sa mémoire es) meilleure. Elle m'avoue qu'elle était lente à-se rappeler les choses,

hésitant toujours pour répondre, même pour des choses simples. Interrogée sur le point de savoir à quelle période de sa vie elle pense le plus souvent, avant ou depuis sa maladie, elle me répond qu'elle ne pense que très rarement à sa vie passée antérieure à sa maladie, que tout lui paraît très loin et confus dans cette période. Au contraire elle pensait sans cesse à toute la période de sa maladie.

Le (3 mars, quoique je sois resté neuf jours sans la « remonter », elle s'est bien maintenue au point de vue de sa sensibilité générale et viscérale. J'entreprends .alors de lui rendre foule la sensibilité de la tête qui lui semble toujours gonflée comme un ballon, plus grosse à gauche, en menu; temps qu'elle lui paraît lourde et vide. Je l'endors el lui dis : « Sentez bien voire tête, partout, complètement. »

Je me bornerai à transcrire ici la conversation que j'eus avec elle et les réactions qu'elle présenta sous l'influence de ces injonctions simples que je répétais de temps à autre, toujours de la même façon pour l'encourager, en même temps que je lui demandais ce qu'elle ressentait el pensait.

Tout de suite elle présenta i\r< secousses de la tête qui étail brusquement rejetée en arrière, en même temps que la face prenait une expression douloureuse. I). Que sentez-vous? — R. Ça craque, ça fourmille; — et un moment après: ça travaille, ça fait mal. — 1). A quoi pensez-vous ? — R. A mon accident. — Elle me le raconte alors en détail tel (pie je l'ai rapporté plus haut. — I). Vous y pensez doue souvent ? — R. Celle idée me poursuit toujours. Je l'ai surtout quand je suis mal en train, engourdie. — D. Est-ce celle idée qui amène l'engourdissement, oul'engourdissemenl qui amène cette idée? — R. Oh ! c'est l'engourdissement. Si je suis contrariée ou fatiguée, et que je m'engourdisse, que je ne dorme plus, elle vient tout de suite. Si je suis guillerette, que j'aie dormi, que je seul»' de partout, je n'y pense presque plus. — D. Sentez de plus en plus (nouvelles secousses)'. Comment sentez-vous voire tète maintenant? — R. Elle est toujours plus grosse à gauche. Ça doit être drôle; ça doit même se voir.

Je lui ordonne de sentir de plus en plus. Elle tourne la fêle rejetée en arrière comme si quelque chose la»tirait par derrière. — I). Comment est votre tète ? — R. Elle se rétrécit. — D. A quoi pensez-vous ? — R. A l'époque des vacances; j'allais assez bien; il faisait beau. — Elle continue à avoir des secousses fréquentes. — I). Et maintenant à quoi pensez-vous?— R. C'est après les vacances. Je me suis engourdie; je suis devenue idiote ; c'était la tête surfont qui était engourdie. — D. Qu'est-ce qui vous engourdissait la fêle ainsi ? — R. Celait après chaque fois que ce médecin m'endormait. — D. Comment sentez-vous voire tête maintenant (après de nouvelles injonctions de la sentir de mieux en mieux)? — R. Elle est toute lourde, foule boursouflée. Ça ne fait plus un ballon lisse ; ça fait des bosses. Quand on y touche c'est comme une poire bielle (elle la louche en même temps du bout des doigts à gauche). — I). A quoi pensez-vous maintenant? — R. C'est drôle je me revois enfant, à treize ou quatorze ans. Pendant que j'étais malade je ne pouvais jamais aller au delà de ce qui m'était arrivé. Ça faisait là comme une barre. A Ireize ans, j'étais gaie. Puis ça a changé.

r2 NATURE DE L'HYSTÉRIE

qu'elle sente encore mieux.) La ™ Je<"T , 9 R. EUe est moins

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Je me lève... Je me P^P^.M^^^^m le feu dans la tète... dans le cabinet. Je vais m evei le ou ta 11 ^ ^^

Cela se dissipe. Je vais m éveiller tout a 1 heare-. M j ^

(Elle se les frotte). * ^"V "£ — forcés des paupières ^ecou3^^^

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jours elle perd abondamment. Puis le flux devient moins intense et se termine au bout de huit jours. A la suite de ees accidents elle a un peu reperdu de sa sensibilité générale, surtout à gauche. Elle sent les membres de ce côté plus lourds, un peu engourdis. La tète est redevenue « ballonnée ». Tout disparaît en une seule séance.

A pari ir de ce moment je ne la vois plus que rarement, une fois par mois seulement, et à chaque fois je lui fais une séance de réveil de sa sensibilité qui du reste ne s'atténue dans l'intervalle que 1res peu. C'est surtout sa tête qui recommence à se ballonner, et le côté gauche du corps qui s'engourdit un peu.

Son appétit est bon maintenant et au mois de mai elle a augmenté de 14 livres depuis que j'ai commencé à la traiter. Elle dort bien, a repris son caractère gai et se sent très bien, aussi active que par le passé.

Le 12 juillet, elle constate au bas des reins du côté gauche une large suffusion sanguine, sous forme de marbrures qui vont en se rapprochant et se violaçant de pins en plus. Cette ecchymose gagne bientôt toute la moitié gauche du dos, l'épaule et enfin le sein gauche et même une partie du ventre du même côté. Le sein en était le siège principal et était tendu, dur, un peu douloureux et uniformément d'un violet intense. Elle n'avait dans les antres parties qu'une légère douleur quand elle respirait.

Le 13 juillet, les règles apparaissent, sans s'accompagner comme la fois précédente d'autres hémorragies. Elles sont très abondantes encore et se terminent le 17.

L'ecchymose disparait parallèlement et le 21 il ne reste plus que de légères marbrures à l'épaule.

Les règles reviennent le 10 août, encore plus abondantes qu'autrefois. Elles s'accompagnent de suffisions sanguines du côté gauche, mais beaucoup moins intenses. Il en est de même le 5 septembre. Il y a encore cette fois quelques suffusions sanguines.

La dernière séance que je lui ai faite a été à la fin de juillet. Le 7 septembre, je la revois. Elle a été un peu mal à l'aise pendant les orages du mois d'août, mais n'a eu aucun accident et a seulement un peu moins bien dormi depuis une quinzaine. Son appétit est toujours bon; sa sensibilité s'est bien maintenue. La tête est encore souvent congestionnée avec quelques bourdonnements d'oreilles. Elle lui semble encore un peu ballonnée. Néanmoins je ne lui fais pas de séance de réveil, et me borne à lui faire continuer les douches.

Le 22 octobre, c'est-à-dire presque trois mois sans que j'aie eu besoin de la remonter, elle vient me retrouver.

Depuis le mois de septembre elle a eu trois fois ses règles, la dernière fois le 10 octobre, accompagnées de saignements de nez durant de deux à trois heures, de crachements de sang, de palpitations violentes. La seconde fois son côté gauche a été encore tout ecchymose, et la dernière fois un peu encore. Elle a eu à ce moment des étourdissemenls. Les règles ont duré chaque fois trois à quatre jours, comme c'était son habitude, mais plus abondantes qu'autrefois.

Depuis quinze jours elle a moins de sommeil el d'appétit. Elle a maigri de G livres depuis le mois de septembre et la fi cure est couperosée. (Elle a eu du reste la grippe peu après sa visite du 7 septembre.) Elle éprouve de la gêne pour respirer. Il lui semble qu'il y a quelque chose d'obstrué dans sa poitrine. Il lui monte des bouffées de chaleur dans la tête, puis cela sonne dans les oreilles, et elle est prise de palpitations. Puis tout se calme et c'est alors qu'elle devient couperosée. Je constate une légère diminution de la sensibilité à gauche, ainsi que du rétrécissement du champ visuel et une diminution de l'ouïe du même côté. Le réflexe pharyngien est conservé, mais affaibli, el elle a moins de goût pour manger. Le sens musculaire est conservé.

Pendant qu'elle avait ses hémorragies, la tête lui semblait énorme à gauche, comme un ballon.

Séance. — Je recommence comme d'habitude, après l'avoir endormie, par lui faire sentir depuis le bout des pieds. Elle éprouve des crampes, des fourmillements, puis des brûlures, puis rien. Tout se passe presque exclusivement dans le côté gauche. Elle a ensuite des secousses dans la cuisse et la hanche gauches. Le retour de la sensibilité du ventre, qui présentait depuis quelque temps de l'hyperesthésie du col/' gauche, s'accompagne de secousses de plus en plus douloureuses et de sensations qu'elle décrit ainsi : « Ça nie lire dans le ventre; on dirait des cordes. (Elle ramène la cuisse en adduction et flexion sur le bassin) ; ça se noue el ça se dénoue... <;a se disloque... ça craque là dedans. » On perçoit en même temps des gargouillements. Spontanément, comme par propagation, l'estomac entre à son tour en action. Je lui dis alors de le sentir en même temps que le ventre. Elle a des contractions de la paroi qui s'accompagnenl de sensations qu'elle décril de la manière suivante : « C'est comme un flot qui coule; ça se dénoue; on aurait dit que j'étais bourrée avec des coquilles de noix » On perçoil également des gargouillements comme dans le ventre, puis tout se calme et elle dit se sentir bien maintenant. Je lui ordonne alors de sentir la poitrine elles bras : « Ça se dilate, dit-elle. » Le cœur bat avec moins d'impétuosité et plus régulièrement. Je passe alors à la face et à la tète. Elle est prise de secousses, en même temps que Ions les muscles de la face entrent à tour de rôle en contraction et qu'elle l'ait des grimaces variées. Voici ce qu'elle dit éprouver clans la tête : « Ça fourmille dans toute ma tête ; ça me lire dedans, comme si on m'arrachail les cheveux, la peau de la tête ., Ça craque maintenant (trémulation rapide de la tête)... C'est doux, ça coule tout doux, tout doux. (Test nia cervelle qui coule comme ça ?... (Elle s'élire.) Je suis bien. Je vais m'éveiller. Oh ! c'est doux dans ma tête. » — Elle se frotte les yeux, les ouvre incomplètement, le regard vague. Je n'ai qu'à les lui refermer pour qu'elle se rendorme. Elle se réveille ainsi à demi, trois ou quatre fois el enfin s'éveille complètement, se sentant bien de partout.

Néanmoins je constate que si la sensibilité des membres et du corps parait normale et égale des deux côtés, elle a encore un léger rétrécissement du champ visuel et une faible diminution de rouie à gauche. Dan-

une séance nouvelle quelques jours après je la rémois complètement dans son étal normal.

A la lin de décembre 1894 elle est toujours bien. Elle a rengraissé. Ses règles viennent maintenant sans accident, normalement comme autrefois. Elle a bon appétit et bon sommeil. Sa tête esl un peu ballonnée, etla sensibilité du côté gauche très légèrement diminuée de telle sorte qu'elle se sent un peu plus lourde de ce côté sans que cependant on puisse constater des I roubles nets de la sensibilité. Séance de remontage très facile, très rapide el très complet.

28 février 1895. — Elle est moins bien depuis les grands froids. Elle voit lies peu, et presque plus depuis dix jours. Sa tète est redevenue comme un ballon, surtout à gauche. Elle dit qu'elle a des bourrelets boursouflés au cou, à la nuque, qui font Hoc, Hoc, quand elle fait des mouvements. Elle ('prouve aussi des picotements d'aiguilles dans le côté gauche, et sa jambe gauche lui parait plus lourde que la droite. Dans le ventre cela la [tique comme si elle avait des épingles dans le côté. Depuis quelque temps elle est sujette à des saignements de nez, et au commencement de février ses règles se son I accompagnées de nouveau d'ecchymoses assez fortes du côté gauche et du sein. Dans le mois de janvier ses règles sonl revenues trois fois.

Je constate une légère diminution du champ visuel et de la sensibilité générale à gauche. Le côté droil n'est pas non plus tout à fait indemne ; la sensibilité est légèrement diminuée aussi, elle y éprouve des picotements et de la lourdeur parfois.

Elle a des points byperesthésiques manifestes quoique légers en arrière de la tête à gauche et à la nuque, au-dessus et au-dessous des seins, entre les deux épaules, et la respiration est un peu gênée.

Je l'endors et lui rends sa sensibilité en commençant comme toujours parles pieds. Je crois utile de rapporter ici en détail la séance telle que je l'ai notée au fur et à mesure des réactions et sensations de la malade. — D. Sentez vos jambes. — R. (Réactions motrices habituelles.) Ça tire; ça donne des crampes ; ça picote... ; — j'ai des crampes et des brûlures en même temps... ça tire, c'est comme des caoutchoucs... il y a quelque chose qui coule dans la jambe et qui picote... on dirait qu'on cingle de l'eau dans l'aine ; ça fait pschûû ; ça coule tout doucement. — D. Sentez depuis la taille jusqu'au bout des pieds. — R. Ça m'étouffe; ça se secoue dans mon ventre ; ça fourmille (secousses de l'abdomen, gargouillements surtout du côté gauche sur lequel elle appuie sa main comme pour mieux le contenir) ;... ça coule, ça fourmille ; cane fait plus de mal. — D. Sentezvous bien votre estomac? — R. Non, je ne pouvais plus bien manger; c'était lourd à descendre; je ne sentais plus bien ce que je mangeais. — D. Sentez-le bien complètement. — R. (Fortes secousses.) Ça se noue, ça s'étrangle; il est tout petit, ratatiné; ça se tord là dedans (à gauche surtout, gargouillements peu nombreux). — Elle s'arrête puis reprend sur une nouvelle injonction de bien sentir ; secousses, gargouillements. — R. « On dirait que mon pauvre cœur est raccorni dans ce côté, dit-elle spontané-

ment ; je n'en ai peut être plus ; il est tellement ratatiné... C'est plus large dans mon estomac (fortes secousses et gargouillements)... ça coule très doux ;... c'est tiède ; l'estomac est plus large ;... (nouvelles secousses) ça coule doux et tiède; c'est calme;... il est large ; il se creuse; j'ai un peu- faim ; ça coule encore très doux ;... il est bien. — D. Sentez bien la poitrine, le cœur, les bras. — R. Je suis tout engourdie dans la poitrine. (Elle s'étire les bras);. . Ça me tourne sur le cœur ; ça a un si drôle de goût (happement, haut-le-corps) ;... ça fourmille dans mes bras;... ça pique, ça trifouille dans les bras, dans la gorge;... suis-je drôle!... Dans la poitrine c'est plus large ;... on dirait que je vais me trouver mal ; j'en ai la sueur; ça me barbouille le cœur; ça me fait dedans un gâchis de tous .les diables;... je ne suis plus tout de même si ratatinée. (Elle se raidit, se tient la tôle à deux mains.) C'est dans mon cou, ça me tire tout le long du dos; ça m'étrangle; (la tête se rejette eu arrière, le cou contracté à la nuque, et animé de secousses brusques)... Mon cœur esl raccorni ; il ne se dilate pas comme l'estomac... J'ai des caoutcboucs qui me tiraillent dans le dos... Ça fourmille dans mon cœur... il se dilate (elle a de la dyspnée, des secousses do tête en arrière, des secousses dans les bras principalement à gauche)... il esl moins raccorni, je respire mieux, je lirais ma respiration avec tant de peine depuis quelques jours !... Ça me lire dans les épaules, partout... maintenant ça coule doucement, ça s'élargit... C'est bien. — D. Sentez votre tête, tout à fail, la ligure d'abord. — R. C'est qu'elle est grosse, ma tête!... Ça lin1 en arrière (trémulations de la tête). Ça secoue dans toute la tête. (Elle se met à mâchonner, à ouvrir et à, fermer la bouche, à porter son menton à gauche cl à droite, à faire di'< contorsions des lèvres dans tous les sens)... Ça fail Hoc, Hoc quand je remue la tête, quand je la baisse ou la relève ; il y a quelque chose de lourd et de mou qui se secoue dedans, vous n'entendez pas?... Ça tire à gauche jusque dans mon oreille;... ça ballotte, ça clapote, c'est peut-être de l'eau qu'on a là dedans. (Secousses de tète très fortes en arrière comme si quelque chose la tirait violemment et brusquement par derrière.)... Ça craque, vous entendez, n'est-ce pas?... Il y a des élastiques qui nie tirent depuis le sommet de la tête jusqu'au milieu du dos, jusque dans les épaules. (Elle fait presque l'arc de cercle, raidit toule la partie supérieure du corps à plusieurs reprises, a des trépidations de la tête, et de petites secousses dans la nuque.)... C'est comme une machine électrique, ça fait broù broûi... Ma tête a enflé du jour au lendemain à la suite d'un saignement de nez; je m'étais contrariée et j'étais toute congestionnée après, il y a quinze jours... Cet empalement général que j'ai à l'intérieur, c'est peut-être le sang... Oh! que je suis lasse!... Ça se distend; ça fait des bosses, elle était toute tendue ma tête ;... je ne la laissais pas sur l'oreiller; elle étail si lourde que je craignais de ne pas pouvoir la relever... Celait tout uni, tout tendu, tout à l'heure ; j'en deviens hèle quand je suis comme ça; ça m'empêche de concevoir aussi vile; ça me bouche l'intelligence... Elle dégonfle ; ça coule un peu, goutte à goutte ;... ça fourmille comme dans le ventre tout à l'heure... Ça coule plus fort; ça dérai-

dit un pou ma figure (grimaces de la face) ; elle tourne la tête dans toutes les positions comme pour s'assurer si elle est bien)... C'est bien moins gonflé ; il y a toujours des bosses ;... ça coule lentement (grimaces)... ma lèle diminue de grosseur et de poids... C'est large; ça respire bien; c'est bien dans l'intérieur (soupir de soulagement à la suile de quelques petits gargouillements abdominaux)... Ça travaille gentiment (petits frémissements dans les mains et les bras)... Ça coule toujours; la tète n'est plus grosse ; je vais m'éveiller ; c'est bien dans le reste du corps... Ça fourmille dans la tête, dans les doigts; ça ne coule plus dans la tête... Ça fait doux, ça coulait tiède, ça coule frais maintenant; c'est bon;... c'est drôle ça fait frais dedans et le dessus de ma tête est comme du feu (grimaces de la face volontaires)... la tête est dégonflée; cane va pas revenir? J'en ai une venette! — D. Sentez-vous tout à fait de la tèle aux pieds. (Elle s'élire comme une personne qui s'éveille.) — 11. Je suis bien plus légère de sommeil. — Elle entr'ouvre les yeux et après plusieurs essais elle finit par les ouvrir complètement, d'abord un peu étourdie, puis enfin tout à fait bien et avec la sensibilité absolument normale.

13 mai. — Au mois de mars, dans les premiers jours, elle a eu des règles dès abondantes pendant trois semaines. Elle a eu à la suite un grand affaiblissement, avec tendance aux syncopes. Puis tout a disparu et sa santé s'est bien remise. A la tin d'avril elle a eu des règles encore assez abondantes pendant huit jours.

Aujourd'hui elle a de la diminution du champ visuel des deux côtés, et de l'acuité visuelle ; légère diminution de la sensibilité générale du côté gauche. La tète lui paraît lourde ; elle y éprouve en arrière des tiraillements et y entend un bruit de « flou, flou! » De temps en temps elle a des bouffées congestives suivies de pâleur de la face. Elle a une légère douleur à la pression de l'occiput et du vertex. Elle n'a pas d'appétit et peu de sommeil.

Séance. — Je commence parles jambes : « Ça fourmille » ; puis « ça cuit et il y a des élastiques qui tirent dedans. » La jambe gauche seule est le siège de ces sensations. Puis « ça fait un remue-ménage dans le ventre à gauche » ; « c'est comme une barre dans le bas-ventre » (elle a un point iliaque gauche avec anesthésie correspondante). + + « Ça me ratatine, on dirait des bosses, que ça se noue. » + + Gargouillements dans l'estomac, -f + Avec le retour de la sensibilité, disparition du point iliaque, et de la barre « qui se dissout ». Fourmillements consécutifs.

Je lui dis de sentir depuis le cou jusqu'au bout des pieds et des mains. Mêmes réactions que d'habitude, mais seulement du côté gauche. Depuis quelques semaines elle a par moments de la toux hystérique avec sensation de picotement à la gorge. Quoique endormie, elle a beaucoup plus de spontanéité dans ses mouvements et dans son langage, ce qui prouve que son sommeil est beaucoup moins profond. Je lui dis de sentir encore plus : <> On dirait quelque chose qui monte dans moi tout le temps ; est-ce que vraiment il monte quelque chose? Qu'est-ce qui monte?... C'est lourd, c'est gros, c'est comme une boule qui m'étrangle, qui me ratatine mon

côté gauche ; on dirait que ce qui est dans mon côté gauche est plus petit qu'à droite, qu'il y a moins de vitalité de ce côté. » Je la réveille.

15 mai. — Elle me dit qu'elle est encore gênée à gauche dans la poitrine et l'estomac, et surtout dans la tête. Je l'endors, et la fais d'abord ressenlir depuis le cou jusqu'au boni des pieds et dos mains : gargouillements dyspnée, soupirs. « Ça m'étouffe, ça me serre dans mon côté. »

Elle recouvre le sentiment de sa respiration, do son estomac qu'elle sent bien creux. Le cou lui paraîl gonflé, prêt à éclater, puis clic le ressenl bien.

C'est maintenant le tour de la tête : secousses, élancemenls à gauche, tiraillements; puis fourmillements et engourdissement : « Je ne saurais pas dire ce que j'y rossons, dit-elle : ça s'engourdit, ça s'engourdit ; j'ai des caoutchoucs qui tirenl toute ma figure... G'esl drôle, je ne sens pas l'intérieur de ma bouche, ni mes dents l'une contre l'autre à gauche (elle mâchonne, tourne le cou, a des petites secousses de tête)... Ça me tiraille dans la bouche ;'i gauche... On dirail que ce n'est pas la même chose des deux côtés. » Elle grimace du coté gauche, tourne sa langue dans la bouche : « J'ai la figure huile raide. » Elle senl peu à ce moment encore le chatouillement et la piqûre sur la jonc gauche. Puis elle ressenl une brûlure dans la tête ; sa figure est moins raide. Elle se sent étourdie : « Ça ne brûle pins, ça ne tire pins... ma tête esl bien moins grosse à gauche... elle se débrouille... J'ai mal au cœur... Ça ne l'ail plus flou! flou !... Ça se rafraîchit, c'est plus doux. » — Puis elle éprouve dr> picotements, puis une sensation de malaise général : « Ça coule dans la tête et dans le dos. » + + « C'est doux... Je suis lasse... Ça coule toujours. < + -f- « Ça redevient bien; je vais avoir une tête comme toul le monde. » + + « Ça va s'éveiller ; elle est chaude ma tête. <> -f + Elle commence à rouvrir les yeux de temps en temps. « Il n'y a plus que mes yeux qui sont lourds et qui fourmillent un peu... Je vais m'éveiller. » 4- + « C'est bon dans ma tète; ça se rafraîchit dans ma tête et partout. » ++ Enfin réveil spontané, complet. Sensibilités générale, viscérale cl spéciales normales. 5 novembre. — Depuis quatre mois ses règles ont été supprimées à la suite de gros ennuis et remplacées par des épistaxis. Elle a aujourd'hui une diminution notable de la sensibilité à gauche, du rétrécissement du champ visuel, peu ou pas d'appétit, la tête lourde.

Séance. Réactions habituelles. Elle a un réveil de tout le corps sauf la tète.

Deux joins après elle finit de sentir sa tète. Deux jouis après elle a ses règles. Déjà au mois de mai à la suite de la séance elle avait eu ses règles. Lu juin elle les avait eues encore, mais beaucoup moins abondantes et depuis lors elles n'étaient plus revenues.

16 janvier 1890. — En décembre ses règles sont de nouveau supprimées. Le ventre est ballonné, et douloureux. Elle a de la pesanteur dans le basventre, des tiraillements dans les lombes ; elle éprouve la sensalion de caoutchoucs allant des lombes aux cuisses. L'appel il et le sommeil sont encore assez bons.

Au moment des règles elle a encore des marbrures ecchymotiques sur le côté gauche, sans épistaxis, mais avec des bouffées congestives h la l'ace.

20 janvier. — Séance. Les jambes ont leur sensibilité presque complète. La sensibilité du ventre est diminuée un peu ainsi que celle de la face Elle recouvre loul facilement.

Depuis lors elle s'est maintenue dans l'état normal.

Remarques. — Cette observation montre comment l'hystérie se développe sous l'influence d'une émotion, et par quel mécanisme les pratiques hypnotiques en provoquent soit l'apparition, soit l'aggravation, par suite simplement d'un défaut de réveil complet après chaque séance d'hypnotisation. Elle est intéressante en outre par l'appui qu'elle fournit à ma théorie de l'hystérie, car elle constitue à cet égard une expérience et une contre-expérience. Enfin un certain nombre de symptômes tant physiques que mentaux, constatés chez cette malade, et dont la corrélation avec les troubles de la sensibilité a pu être nettement établie, permettent de juger le mécanisme de troubles semblables chez d'autres hystériques où ce mécanisme est moins apparent. C'est de plus, au point de vue thérapeutique un exemple de l'efficacité de la restauration de la sensibilité, comme fondement et but unique de la cure de l'hystérie.

Hystérie datant de cinq ans. — Attaques convulsives, astasie-abasie , contractures, anorexie, mutisme, extases, anesthësies, insomnie. — Réveil de la sensibilité par simple fixation de V attention ; phénomènes subjectifs de ce réveil. — Héveil général, puis réceil progressif et successif de la sensibilité, sans régression manifeste de la personnalité^ — Guérison.

Mlle Louise B... âgée de vingt-sept ans, est entrée à la villa Montsouris le 20 avril 1894, et en est sortie le 27 juillet 1894.

A son arrivée elle est atteinte d'astasie-abasie, d'anorexie, de hoquet, d'à! laques de nerfs et de mutisme intermittent. La sensibilité est diminuée d'une façon marquée du côté droit, et l'hémianesthésie est complète à gauche. Le sens musculaire est complètement perdu au membre inférieur gauche : il est hésitant au membre supérieur gauche et un peu moins du côté droit. Le champ visuel est rétréci surtout à gauche; les différents sens sont plus ou moins abolis ; le réflexe pharyngien et les réflexes patellaires sont disparus. Elle a une céphalée persistante et une insomnie complète.

Le début de ces accidents parait remonter à cinq ans. Institutrice dans une grande famille en Angleterre, elle a été poursuivie des obsessions du maître de la maison, qui un jour, en chemin de fer, a cherché à la violer. A son arrivée elle fut prise (rime attaque de nerfs pour la première fois. Elle en eut les jours suivants plusieurs autres, mais n'osa quitter la maison que quelque temps après pour ne pas éveiller les soupçons de sa maîtresse qu'elle affectionnait beaucoup. Elle conserva de cette aventure une impression très violente, et ne la confia à personne dans la crainte de passer pour une fille de mauvaise conduite, et d'être méprisée comme si elle s'y fût prêtée. A partir de ce moment elle eut de temps à autre de légères attaques d'hystérie, surtout au moment de ses époques, et fut constamment poursuivie par cette idée que si on savait ce qui lui était arrivé, et bien que tout se fût réduit aune tentative, elle serait déshonorée. Il n'y a guère que quelques mois que, à la suite d'ennuis dans la maison où elle était employée, elle fut prise de crises plus fréquentes, de hoquet, d'accès de mutisme, qui la forcèrent à quitter sa place et à rentrer en France dans sa famille. Là les accidents continuèrent d'évoluer, l'anorexie, l'astasieabasie, l'insomnie se développèrent de plus en plus.

Dès son arrivée je la soumis au régime ordinaire des anorexiques; le refus d'aliments céda aussitôt comme il cède toujours, mais l'anorexie persista . Elle s'accompagnait de douleurs d'estomac assez vives.

Pour combattre son astasie-abasie, je fixe son attention sur son pied gauche et lui montre comment il faut le faire agir pour marcher. Au boul de deux jours d'exercice elle commence à sentir jusqu'aux malléoles, et à différencier le sol sur lequel elle marche. Elle se tient debout, et peut, les yeux fermés, dire à peu près quelle est la position de son pied gauche. Ce pied est en même temps le siège de brûlures et de fourmillements.

Elle continue, avec des alternatives de mieux et de plus mal, à marcher à peu près seule et sans soutien, mais en traînant toujours la jambe gauche. Au bout de quinze jours elle est prise dans le membre inférieur gauche de douleurs lancinantes, de picotements, de brûlures. En même temps elle éprouve des douleurs de tête : « On lui tire les nerfs en arrière ; c'est comme des !il> de caoutchouc ; jamais elle n'a eu un mal de tête de ce genre. » Le lendemain du jour où elle a éprouvé ces diverses sensations la sensibilité est revenue dans ses différents modes au membre inférieur gauche, el elle marche normalement ou peu s'en faut. Le sens musculaire est encore un peu atténué, et la sensibilité moindre que du côté droit.

Un jour à la suite d'une légère émotion elle tombe dans un élat de vigïlambulisme. Elle a les yeux ouverts, fixes, va, vient, fait tout ce qu'elle fait d'habitude, mais ne parle pas, n'a pas l'air de comprendre ce qu'on lui dit. Le soir je lui souffle sur les yeux et lui ordonne de se réveiller. Elle parait s'éveiller en effet, son regard change, elle recouvre la parole, et elle saisit brusquement son bras gauche au niveau du coude en me disant qu'il lui fait très mal. Je constate que toute la région du coude est anesthésique. Sous mes yeux le bras tout entier se contracture depuis l'épaule jusqu'à l'extrémité des doigts. Sans attendre que celte contracture s'installe, je fais exécuter aux divers segments du bras des mouvements passifs. Elle est prise, à la suite de ces manœuvres, de douleurs, de secousses dans ce bras : « C'est comme si on le lui cassait, au niveau des articulations de l'épaule et du coude. » Je lui dis alors de bien sentir son bras. Elle a aussitôt d'assez fortes contractions du côté gauche de la nuque. Elle éprouve des tiraillements qui parlent de chaque côté de la tète, et ressent en même temps comme des coups de marteau à la nuque. Elle regarde son bras et sa main pendant que ces phénomènes se produisent, les remue d'un air satisfait, et me dit : « C'est à moi, ce bras-là, alors ? » Dès que la sensibilité y est revenue les mouvements ont repris toute leur liberté.

Le 2* mai, elle tombe de nouveau dans un état analogue, avec mutisme, fixité du regard, immobilité dès qu'elle n'est pas obligée de faire quelque chose comme les autres malades. Je lui souille sur les yeux en la secouant et lui disant de se réveiller. Elle tressaille, et regarde autour d'elle étonnée. La tête est congestionnée et ses extrémités violacées et froides. Elle a un point hyperesthésique entre les deux épaules.

Persuadé qu'elle dort encore je lui donne l'ordre de ressentir partout.

62 NATURE DE L'H YSTEKIE

Elle est prise, en effet, aussitôt de secousses dans le dos, les bras, de contractures passagères dans les bras. Elle a des crampes douloureuses dans ces mêmes parties. Puis, peu à peu les membres se détendent, s'assouplissent : la sensibilité revient superficiellement puis profondément, mais pas complètement et le sens musculaire reste hésitant .

Je la réveille alors en lui soufflant sur les yeux, en lui ordonnant énergiquement de se réveiller complètement. Au réveil elle est tout heureuse de se retouver les bras libres, mais elle a encore de la douleur à l'occiput et un peu de torticolis à gauche.

Le 25 maile torticolis disparaît spontanément et cette disparition s'accompagne de tiraillements, de fourmillements dans le cou.

Le 2 juin elle reperd sa sensibilité à gauche et son abasie de ce côté reparaît. Le soir elle a une attaque et à la suite de cette attaque elle ('[trouve des crampes, des secousses dans le côté gauche, des tiraillements dans la tète et dans tout ce côté. Sa sensibilité reparaît et aussitôt l'abasie disparaît.

Le 19 juin. — Elle a de l'hémianesthésie de tout le côté' gauche sauf la lace. Je lui ferme les yeux et lui dis de sentir son bras. Elle commence à présenter quelques réactions, à s'étirer, à y avoir quelques secousses. Puis insensiblement elle devient immobile, se laisse aller et s'endort sans que je lui en aie donné- l'injonction, et cela pour la première fois. J'en profite pour la faire sentir et m'assurer si elle a les mêmes réactions que les autres. Elle les présente identiques, et lorsqu'elle a recouvré sa sensibilité en partie je la réveille. Elle sent liés bien son bras gauche et beaucoup mieux qu'avant sa jambe gauche, mais moins que le bras.

Le 15 juillet. — Il y a quelques jours elle a l'ail une chute légère et elle a eu une contracture de l'épaule droite qui est en voie de disparition. Son caractère est insupportable ; elle se montre difficile, contradictoire ; est reprise de refus d'alimentation. Elle retombe aujourd'hui dans un de ses accès de vigilambulisme. Je profite de cet état pour l'endormir complètement, me bornant pour cela à lui abaisser simplement les paupières. Je lui ordonne alors de sentir ses membres inférieurs complètement. Aussitôt elle est prise de secousses, de mouvements d'extension et de flexion, accompagnés d'ailleurs des sensations de tiraillement, de picotements, do crampes, Me brûlures, etc., comme chez 1rs autres, lue t'ois la sensibilité des jambes revenue, je passe à l'abdomen et à l'estomac : violents gargouillements, secousses, sensations de coups de couteau dans l'estomac, tortillements de l'abdomen, brûlures d'estomac avec violent effort pour vomir et véritables régurgitations. Je lui rends de même la sensibilité des bras el un peu de la poitrine, et sous celle influence elle se met à étouffer.

Le 1(5 juillet. — A la suite de ce rappel de sensibilité elle a dormi une bonne partie de la nuit et a conservé la sensibilité des membres.

17 juillet. — La sensibilité n'est pas revenue encore au cou el à l'épaule droite, d'où torticolis et contracture légère. J'essaie alors si les frictions énergiques amenant la dilatation (\^> vaso-moteurs sont capables d'agir sur la sensibilité. Je fais ces frictions jusqu'à rougeur el chaleurdela peau.

La sensibilité reparaît en grande partie el avec elle les mouvements. A la suite elle éprouve des tiraillements, un besoin de se mouvoir, de marcher, d'agir, dans tout le corps.

[H juillet. — Elle a complètement changé de caractère el esl très gaie» Elle dur! assez bien, mais n'éprouve pas encore le sentiment de la faim, quoique désiranl maintenant la voir revenir.

19 juillet. — La contracture de l'épaule droite persiste encore légèrement, el il reste bien dans celle partie de l'anesthésie, ainsi que de l'analgésie aussi bien superficielles que protondes. Elle parait bien le malin. Mais à 5 heures du soir elle tombe en étal de yigilambulisme, les yeux ouverts, se lève une l'ois couchée, s'occupe de réparer ses effets, etc. Je lui ferme les yeux el l'endors. La contracture a disparu. Elle est dans un étal de résolution complète. Elle ne nie répond et ne m'entend qu'une fois endormie.

20 juillet. — Je la trouve encore endormie le malin. Je' lui rends alors la sensibilité des membres inférieurs, puis de l'abdomen et de l'estomac, el je constate les mêmes phénomènes et les mêmes réactions subjectives el objectives que la dernière fois, le 15 juillet. Mais j'insiste davantage. Après avoir présenté encore des régurgitations, elle a du hoquet el des gargouillements dans le ventre, -f- -f- Les hoquets cessent et elle a alors des tortillements qui sont douloureux. + -f La douleur paraissant la réveiller un peu, je la rendors en lui appliquant la main sur les yeux. Elle éprouve alors des pincements dans la poitrine et se met a faire de grandes inspirations. + + Tout se calme et je lui demande ce qu'elle ('prouve. « Tout va éclater, me répond-elle. » Elle tousse el en même temps se produisent des gargouillements qui paraissent se propager de l'estomac à l'abdomen.

Je lui dis de sentir depuis la bouche jusqu'au bas-ventre. Elle se met à. remuer les lèvres, la langue. — D. Pourquoi remuez-vous les lèvres et la langue ? — R. Elles me piquent. — Elle met les doigts dans sa bouche comme pour y arracher quelque chose ; elle tousse, tourne sa langue dans tous les sens, la sort de sa bouche, la rentre. Son estomac lui paraîl bien; elle n'a pas faim, mais soif. — D. Et votre cœur, le sentez-vous? — R. Non, je n'en ai pas. — Je constate alors que toute la région précordiale, et elle seule, est anesthésique et analgésique. Je lui dis alors de sentir son cœur et sa poitrine. Elle se tortille, se prend la poitrine, le cou avec les mains, pousse des soupirs et s'écrie : « Oh ! ça travaille ! » —Elle appuie sur le creux de son estomac : « Oh ! ôtezça; vous avez mis quelque chose qui me fait mal ! » -j — h « Aïe, aïe, c'est comme des coups de couteau dans l'estomac. » -f ■+- « Ca me brûle la gorge jusqu'au bas de l'estomac. » + + « Ça tire, ça me serre la poitrine, les seins. » — D. Sentez-vous votre cœur? — R. (Elle a l'air d'écouler.) Oui, il bat. — L'analgésie et l'anesthésie précordiales ont disparu, Je lui dis de ressentir complètement les bras, les épaules, le dos, et elle présente de nouveau quelques réactions (étirements, tiraillements). Je la laisse se reposer endormie de onze heures du malin à cinq heures du soir. Elle a recouvré presque toute sa sensibilité, sauf un poinl de la hanche droite. A cinq heures je le lui fais sentir

Ci NATURE DE L'HYSTERIE

comme le reste, puis je passe à la Lête, que je lui ordonne de sentir en disant simplement : « Sentez votre tête. »

« Ça pousse dedans, partout, dit-elle. » En même temps elle se serre les tempes, met la main sur ses yeux, se gratte le cuir chevelu qui la démange. Elle secoue sa tête, la rejette en arrière : « Ça me tire dedans. » -f- -\- Puis ça lui tire dans les yeux... Ça tourne dans sa tète. Ça donne des coups dedans. Enfin elle dit que « c'est naturel maintenant ».

.If lui donne Tordre alors de se sentir de la tète aux pieds. Elle s'étire les membres, le tronc, se contorsionne dans tous les sens. Puis tout se calme et elle se frotte les yeux, s'étire de nouveau, se frotte le visage, puis fortement les yeux comme quelqu'un qui ne peut pas arriver à se réveiller. J'insiste pour qu'elle se sente davantage. Elle continue, et tout à coup ouvre les yeux, paraît tout étonnée ; elle a un soubresaut, les referme, puis les rouvre et me dit : « Bonjour, monsieur. » — Elle les referme de nouveau et les rouvre, et ainsi plusieurs fois jusqu'à ce qu'enfin elle se réveille complètement. Elle est tout heureuse de se sentir bien, d'avoir faim, de sentir battre son cœur. Elle mange liés bien et se sent le besoin de dormir le soir. Elle dort en effet de 9 heures à 1 heure et demie du matin.

Le 21 juillet elle se sent un peu lasse. Elle a toute sa sensibilité. Elle a seulement encore un point légèrement douloureux au-dessus de l'épine iliaque droite, le dernier point qui ail disparu hier.

23 juillet. — Hier elle a reperdu un peu de sensibilité. Je l'endors ce soir et la lui fais recouvrer. Les réactions du côté des viscères et des membres ne présentent rien de particulier. J'en arrive alors à la tête. Là de nouvelles sensations font leur apparition dès que je lui dis de la sentir complètement : « Gela tire dedans ;... ça va éclater... » on lui arrache le cerveau, les yeux...; elle éprouve tout à coup un choc brusque dans l'oreille droite, puis dans la gauche, comme une explosion... Elle met assez longtemps à se réveiller, ouvre et referme les yeux à plusieurs reprises sans avoir l'air de se rendre compte où elle se trouve. Elle s'étire, oscille la tête, et finit par ouvrir les yeux définitivement. Elle se met à rire en me regardant sans pouvoir m'expliquer pourquoi. Elle a toujours, quoique sa sensibilité et ses sens soient normaux, un point légèremenl hyperesthésique au-dessus de la crête iliaque droite : « Came fait toujours mal là quand je marche ou que je travaille. »

24 juillet. — Elle se sent un peu mal à la tète ce matin et est dans le vague. Je la rendors et lui ordonne de sentir complètement son dos et ses reins. Elle se rejette fortement en arrière, en faisant l'arc de cercle et tout d'un coup elle se défend en disant que « ça y est, ça vient de craquer ». En effet la douleur a complètement disparu. Elle continue à s'étirer des pieds à la tête et se réveille comme hier.

2o juillet. — Elle a très bien dormi cette nuit el se sent bien ce matin. Elle quitte rétablissement le 27 juillet ayant engraissé.

7 décembre. — Elle vient me voir et me raconte qu'il y a trois semaines elle a eu dans la nuit des douleurs, des crampes d'estomac. Le lendemain

elle n'avait [dus de douleur niais n'avait pas faim. L'appétit n'est pas revenu depuis. Je constate de l'insensibilité à la pression, de l'anesthésie à la piqûre et au contact de la région épigastrique et de l'abdomen, surtout du côté gauche. Elle a parfois des coliques intestinales accompagnées de diarrhée, lui donnant mal au cœur comme une crampe. Elle souffre du creux de l'estomac quand elle mange, et elle dort moins bien depuis. Elle a encore quelquefois des douleurs de l'épaule et du bras gauche avec aneslliésie correspondante, mais elle recouvre spontanément sa sensibilité.

Au moment de son dé pari, alors qu'elle avait toute sa sensibilité elle mangeait beaucoup et a encore engraissé. Actuellement elle a de l'anesthésie du pharynx, elle sent mal ce qu'elle mange, et l'odeur seule de la cuisine la dégoûte de manger. Avec l'éleclrisation faradique je lui rends la sensibilité épigastrique et abdominale.

Depuis lors elle m'a tenu au courant de sa santé. Elle n'a plus eu le moindre accident nerveux; elle a supporté de longs voyages en mer. Elle jouit d'une santé meilleure qu'elle n'a jamais eu depuis plusieurs années.

Remarques. — Cette observation montre que quel que soit le procédé employé, fixation de l'attention volontaire, soit à l'état de veille, soit pendant l'hypnose, excitation de la sensibilité par la faradisation, ou fonctionnement passif des organes, le résultat est toujours le même si on parvient à réveiller la sensibilité dont l'intégrité est la condition même de l'état normal, et la diminution la cause même de l'hystérie.

Chez cette malade il n'y a pas eu régression de la personnalité à proprement parler et cependant il y a eu un changement de caractère et d'idées qui en est bien l'équivalent. En effet les émotions qui avaient provoqué son hystérie étaient passées à l'état d'obsession chez elle ; elle n'osait rien faire, rien dire sans songer qu'elle était peut-être indigne ; elle était plus triste, plus sombre et ne pouvait cesser d'y penser, de revivre cette époque ; dans ses crises et surtout à leur suite c'était toujours ces images qui se présentaient à son esprit. Au contraire après son rétablissement et dès qu'elle eut recouvré la sensibilité, fut réveillée pour mieux dire, elle redevint ce qu'elle était autrefois, c'est-à-dire très gaie, plus jeune même de caractère que ne le comportait son âge. Malgré elle, elle se sentait reportée vers l'époque de ses vingt ans et se trouvait rajeunie. Elle ne songeait plus aux préoccupations qui l'avaient assaillie pendant lescinqdernières années. En somme sa personnalité actuelle semblait continuer celle qu'elle avait à vingt-deux ans au moment où elle était tombée malade. A ce point de vue, comme intermédiaire entre les cas où il n'y a pas eu de vigilambulisme, d'état second complet, et ceux où il y en a eu un très profond, ce cas est très intéressant. l'hystérie. — ii. 5

OBSERVATIOxN VIII

Hystérie datant de l'enfance. — Manifestations continuelles et multiples : somnambulisme, crises de délire, catalepsie, attaques convulsives, contractures, paralysies, spasmes, strabisme, anorexie, vomissements, coxalgie hystérique, mutisme. — Réveil progressif et successif de la sensibilité des membres et des organes. — Régression de la personnalité à vingt-neuf ans en arrière. — Etats spontanés de personnalités antérieures. — Disparition de tous les phénomènes avec le retour de la sensibilité. — Analyse des phénomènes subjectifs et objectifs du réoeil de la sensibilité. — Comparaison de la méthode thérapeutique ordinaire et de la méthode du réveil de la sensibilité. — Guèrison permanente après trente années consécutives de maladie sans répit.

Mlle Hermine G..., âgée de trente-quatre ans, est entrée à la Villa Montsouris le 11 mars 1894, et est sortie le 11 avril 1895.

Sa mère est une hystérique qui a toute sa vie présenté des accidents, principalement d'ordre mental et gastrique. Sa sœur aînée est morte à dix-huit ans d'anorexie hystérique. Son père et son frère sont intelligents et bien équilibrés. Quant aux grands parents je n'ai pu avoir aucun renseignement précis, si ce n'est que sa grand'mère maternelle était comme sa mère. Quant à elle, voici les renseignements que, après sa guèrison, elle m'a fournis, en s'aidant de ses souvenirs et de ceux de ses parents : « Dès l'âge de quatre ans je suis tombée en langueur. Je n'avais commencé à marcher qu'à deux ans. 11 paraît que j'ai passé par toutes les maladies communes aux enfants. J'ai eu pendant longtemps mal aux yeux, surtout au gauche que j'ai failli perdre. Mon enfance s'est passée languissante. Je grandissais beaucoup et ne prenais presque pas de nourriture. Depuis que j'ai connaissance de moi, j'ai toujours eu la tête et, l'estomac serrés, et en souffrant presque continuellement.

« Vers dix ans j'ai eu des crises de délire pendant lesquelles je criais et ne connaissais plus rien de mon entourage. Vers douze ans j'ai eu des crises de léthargie, la première fois en faisant ma prière, je suis tombée à la renverse et je suis restée une partie de la nuit sans reprendre connaissance. On crut à une indigestion, mais les crises sont devenues de plus en plus fréquentes. Les médecins attribuaient cela cà l'âge de la formation, à l'anémie, car j'étais très pâle et continuellement malade. J'avais des

vomissements, des digestions difficiles, des spasmes de toutes sortes. Tantôt c'était un bras qui devenait raide à ne pouvoir le bouger; tantôt je restais quelques heures sans pouvoir parler. Je peux affirmer sans exagérer que je n'ai pas passé un seul jour de ma vie sans accidents plus ou moins pénibles. Je n'ai pu rester interne pendant mes études; les quelques nuits que j'ai couché au pensionnat, j'étais contracturée, sans connaissance, el gémissant.

« Vers dix-huit ans je suis restée contracturée de tous les membres pendant quatre semaines, sans pouvoir prononcer une seule parole. J'étais presque toujours en crises, sans connaissance et dans une grande faiblesse ; j'étais très maigre ; puis petit à petit j'ai pris un peu d'amélioration.

« A l'âge de vingt-deux ans je fus prise de violents maux de tête et d'une grande fièvre qui me prenait régulièrement tous les jours à la même heure et qui me dura deux mois. Puis je suis tombée contracturée de tout le corps. Pendant les huit mois que dura ce triste état, on dut me nourrir avec un biberon dans lequel on me faisait couler un peu de jus de viande. J'avais des crises de mutisme qui duraient un mois entier, avec la bouche tournée. Je suis restée plusieurs mois pendant lesquels j'étais si raide delà tète aux pieds qu'il m'était impossible de bouger de mon lit. J'avais des crises de toutes sortes et j'étais dans un tel état de faiblesse que je ne me sentais plus exister, et que je ne voyais pas les personnes, ni les choses qui m'entouraient. Cette fois je fus abandonnée des médecins el l'on s'attendait à ma mort. Avec l'été je parvins à me remettre un peu, mais depuis cette époque mon état devint plus languissant que par le passé. Tous les ans vers le mois d'avril je tombais contracturée de tout le corps pendant un mois, sans pouvoir quitter le lit. Et tous les ans également, lorsque arrivait le mois d'octobre j'avais des maux de tête et des vomissements qui me duraient tout l'hiver. Au mois de mars 1885 j'ai eu une forte toux et suis restée aphone pendant dix-huit mois.

« En 1888 j'eus la douleur de perdre ma sœur. Pendant les deux mois qui ont précédé sa mort, j'eus tant d'impressions et de fatigues que je ne vivais plus que par l'imagination. A cette époque j'avais des vertiges à perdre connaissance et le 2 août 1888 il me fut impossible de me lever. Je ne pouvais plus porter ma tète, ni me servir de ma jambe droite qui me semblait toute molle ; au lieu de marcher sur le pied je la portais sur le mollet. J'avais des diarrhées et des vomissements continuels, et beaucoup de bile. J'avais des crises et des spasmes de toutes sortes, le délire, etc. Depuis cette époque je dus garder le lit, je devins si contracturée qu'il m'était impossible de bouger et j'avais des crises de mutisme qui me duraient deux mois entiers. Ma hanche et ma jambe devinrent très contracturées et d'après le diagnostic du D1' Charcot j'avais une coxalgie et un état général hystérique. Après avoir essayé tous les traitements sans résultat je fus abandonnée des médecins qui se déclarèrent impuissants, attendu que la maladie datait de trop loin. C'est alors qu'après avoir de nouveau consulté à Paris, j'entrai, je puis dire désespérée, dans la maison d'Ivry et une première fois chez vous d'où je sortis améliorée, mais tou-

jouis malade. C'est en revenant que je devais y retrouver une existence nouvelle; car que de fois dans ma vie je me suis fait celte question : « Qu'est-ce que moi? » et pour me persuader que j'étais une personne, j'étais obligée de regarder mes membres. Enfin soyez béni de toutes ers misères passées, il ne m'en reste plus que le souvenir. Il me serait impossible de vous dire toutes les phases par lesquelles je suis passée, pour ne pas exagérer, je puis dire' que j'ai eu tous les accidents nerveux possibles. »

Il est inutile de rappeler ici les troubles qu'elle présentait à son premier séjour dans mon établissement et qui consistaient en attaques compliquées à la suite d'idées de suicide, en anesthésie généralisée avec anorexie cl vomissements, et enfin en coxalgie hystérique qui forçait la malade à se tenir pliée en deux et à marcher avec une béquille. Sous l'influence de l'isolement et du traitement psychique (rééducation de la marche), elle partit marchant à peu pics droite et sans béquille. Les attaques étaient beaucoup moins fréquentes, mais l'anesthésie généralisée et l'anorexie persistaient, les vomissements ayant toutefois cessé. Elle était améliorée mais relativement peu et pas du tout guérie. Je dois ajouter que tant chez le Dr Luys qu'ici la suggestion hypnotique avait été employée sans aucun résultat .

Quand je découvris que l'hystérie n'était autre chose que du vigilambulisme et qu'il suffisait «le réveiller les malades pour les ramener à leur état normal, je lui demandai de revenir pour essayer d'un procédé nouveau de traitement. Désespérée de ne voir aucune amélioration sérieuse dans son état elle revint.

A son entrée elle présentait toujours une anesthésie totale avec de nombreux points hystérogènes ou hyperesthésiques au vertex, à la nuque, le long de la colonne vertébrale, à la hanche droite, au creux épigastrique et au niveau des ovaires. Le goût était nul; l'ouïe extrêmement diminuée surtout à gauche; le champ visuel très rétréci, avec une dyschromatopsie étendue, l'odorat très diminué. Le réflexe pharyngien était nul. Le sens musculaire et la notion de position des membres étaient perdus. La malade était anorexique et présentait encore de temps à autre quelques vomissements surtout pendant la période menstruelle. A celte époque et principalement pendant la période prémonitoire elle était encore sujette à des attaques assez fréquentes, convulsives et hallucinatoires, qui du reste survenaient depuis quelque temps deux et trois fois par jour sans cause apparente. Le sommeil était absolument nul, et cela depuis des années du reste.

Je me bornai dans les premiers temps à m'assurer qu'elle pouvait recouvrer sa sensibilité soit des membres, soil des viscères pendant l'hypnose et sous l'influence de la seule injonction de : « Sentez telle ou telle partie du corps. » Je m'assurai également que les réactions qu'elle présentait étaient bien celles que j'avais observées chez les autres, dont j'avais eu soin dès le début, d'ailleurs, de l'isoler soigneusement pour éviter toute suggestion possible. Je m'assurai enfin que les troubles qu'elle présentait

passagéremenl étaient bien dus à dos perles plus ou moins profondes et momentanées de la sensibilité de tel ou tel organe, et que le rappel de cette sensibilité les faisait immédiatement disparaître. Je ne citerai à cet égard que deux exemples démonstratifs.

Dans le premier cas il s'agit d'un accès de mutisme. Les mâchoires soûl serrées et elle me montre qu'elle ne peul articuler ni émettre aucun son. Je l'endors et lui dit de sentir sa gorge, puis sa langue. Je constate dans ces organes les mouvements habituels, mais elle ne peut naturellement me donner aucun renseignement sur les sensations quelle y éprouve en même temps. Voyant qu'elle ne remue plus le larynx, ni la langue, je lui demande si elle 1rs sent bien. Elle me répond avec des sons gutturaux, des paroles scandées, sans remuer les lèvres, sans desserrer les dénis, qu'elle sent bien, mais ne peut pas parler convenablement et me montre ses mâchoires qu'elle peut à peine ouvrir. Je lui ordonne alors de senlir ses lèvres, ses mâchoires, son menton, sa ligure. Elle se met à tordre sa bouche dans tous les sens, à remuer les lèvres et à faire I ouïes sortes de grimaces, en ouvrant de plus en plus la bouche, jusqu'à ce qu'enfin ces contorsions cessent en s'espaçant de plus en plus. Elle parle alors comme avant et je constate que la sensibilité delà gorge, des lèvres, de la langue, des masséters, du menton, est revenue en grande partie.

Dans le second cas il s'agissait de bâillement. Elle avait, comme toujours dans les cas d'anorexie, perle complète de la sensibilité gastrique. Je lui rends par le procédé ordinaire celle sensibilité, dont le retour s'accompagne de* mêmes réactions que chez les autres malades. A un moment donné elle se met à bâiller, et elle me dit alors qu'elle sent son estomac ressent' avec quelque chose qui en remonte vers la gorge. A mesure qu'elle baille il lui semble qu'il se dilate. Ces bâillements sont répétés, se succèdent presque sans discontinuer el sont énormes, avec ouverture au maximum des mâchoires. Je lui ordonne de senlir son estomac de plus en plus sans lui faire aucune injonction à l'égard des bâillements. Ceux-ci cessenl bientôt et alors elle me dit qu'elle sent son estomac, plus large, plus vide, plus chaud.

Ce fait montre comment dans certains cas les bâillements hystériques sont dus à un degré particulier d'anesthésie de l'estomac, et comment ils cessent soit que celte anesthésie devienne plus profonde, soit qu'elle diminue au contraire.

Après avoir ainsi à maintes reprises commencé, soit à l'occasion d'un I rouble viscéral quelconque, soit de propos délibéré, à ramener sa sensibilité tant des membres que des divers organes, et de la tête, je l'endors le 21 avril au soir et la laisse calme toute la nuit.

Le 22 avril au malin je procède au rappel méthodique de sa sensibilité générale et je lui ordonne de « se sentir complètement ». Elle est prise de secousses dans tout le corps, de gesticulations, de grands mouvements des membres, de contorsions du tronc. Au bout d'une heure environ je la réveille, sans constater de retour de la sensibilité. Mais au lieu d'avoir deux ou trois attaques dans la journée comme tous les autres jours, elle passe

la journée sans en présenter une seule. Le soir je l'endors de nouveau el la laisse endormie jusqu'au lendemain matin.

23 avril. — Endormie à 11 heures du matin, je lui ordonne de nouveau de « se sentir complètement ». Elle présente les réactions habituelles d'une façon très marquée. Elle dit que sa tète se dégage, et qu'à l'intérieur elle sent de mieux en mieux. A midi et demi, elle se réveille spontanément. Elle est fort étonnée de se trouver là. Elle demande sa maman, ne sait où elle est, ne reconnaît personne. Elle rit et me raconte qu'elle a cinq ans, qu'elle va à l'école des Sœurs, que sa maman lui a promis une poupée1 quand elle saura lire. Elle ne sait pas lire en effet et dans le titre du journal que je lui montre elle se réjouit de reconnaître la Ici lie S, parce que c'est une des dernières de l'alphabet. Elle dit qu'elle reconnaît mieux ses lettres sur le tableau où la Sœur les montre. En écriture elle ne sait faire que des bâtons. Elle voudrait bien voir sa maman qui doit être à coté dans la salle à manger. Elle ne sait me dire au juste ce que fait son père. Son langage, ses gestes, sa voix sont ceux d'une enfant de cinq ans qu'elle prétend avoir.

A déjeuner elle mange bien. Je l'endors l'après-midi pour l'empêcher de trop causer, de se fatiguer. Elle se réveille seule au bout d'une heure et demie, et toujours dans le même état mental. Elle cherche à s'y reconnaître, mais l'effort qu'elle fait pour penser et réfléchir lui donne des douleurs et des secousses dans la tète.

Le soir elle est toujours dans le même état. Elle me réclame sa mère. Elle se croit dans la chambre à croque-mitaine, mais que sa mère esl là à côté. Je lui demande comment il se fait qu'à son âge elle soil si grande. Elle me dit sans s'étonner, que c'est drôle, mais qu'elle ne sait pas comment cela se fait. Je lui explique abus sommairement qu'elle est à Paris, pour se soigner, chez moi et je me mets en devoir de l'endormir. Elle se récrie; mais je ne dors pas, je ne sais pas dormir comme ça !» — « Vous avez pourtant dormi comme cela tantôt lui dis-je. » « Oui, me répondelle, il y avait longtemps que cela ne m'étail pas arrivé. » Après quoi elle se laisse facilement endormir profondément.

2'± avril. — Avant de la réveiller je l'interroge. Elle me dit qu'elle ne dort plus depuis quelque temps, qu'elle souffre dans l'estomac et dans tout le corps, et qu'elle ressent des élancements et des douleurs très vives. Elle a des peurs la nuit depuis qu'elle est tombée malade. Dans la tète elle éprouve des douleurs très fortes « qui me serrent, ça me tire jusque dans le cou ».

Je lui demande si elle se rappelle ce que je lui ai dit hier soir avant de l'endormir. Elle ne s'en souvient pas. Elle dit avoir des élancements dans tout le corps et être courbaturée. Son sens musculaire et sa sensibilité générale paraissent normaux, quoiqu'un peu diminués peut-être partout. Je la laisse endormie et l'endors même plus profondément, et lui ordonne de se sentir complètement.

Elle se réveille au bout de deux heures environ. Elle a toujours cinq ans, mais parait plus étonnée de constater sa grande taille. Je la laisse pour ne

pas la fatiguer par un interrogatoire, et peu après on m'appelle auprès d'elle. Elle est en larmes, s'écrie qu'elle va mourir, qu'elle perd tout son sang, qu'elle veut voir sa maman. On constate qu'elle a ses règles. Elle ne sait en effet ce que c'est et se ligure qu'elle est blessée et perdue. Je la console assez facilement et pour la distraire de sa préoccupation je lui cause de son école, et lui demande d'écrire son nom. Elle essaie puis me dil : « Je ne sais encore que faire des M et des U. Sa sensibilité paraît normale partout, mais elle éprouve encore des resserrements à l'estomac, et il y a une diminution évidente de la sensibilité au creux épigastrique.

Je lui explique de nouveau qu'elle ne doit pas s'effrayer d'être ici. Elle accepte facilement mes explications et réclame à son infirmière une poupée pour s'amuser. Elle me demande si je suis le maître delà maison, si j'ai une petite fille, quel âge elle a. Sur ma réponse qu'elle a six ans et demi elle me dit : « Ali ! elle est plus grande que moi alors ! »

Elle joue, saute comme une enfant, s'amuse avec les cailloux. Elle sait s'habiller, mais ne sait pas se coiffer : « Mes cheveux sont trop longs, ditelle ; ce n'est pas les miens. » On lui donne une poupée avec laquelle elle s'amuse toute la journée, qu'elle baptisera le lendemain. Elle regarde des images, m'explique ce que c'est que croque-mitaine, mais ne sait pas lire le texte.

Le soir je la trouve couchée avec sa poupée dont elle n'a pas voulu se séparer. Elle a toujours cinq ans. Je l'endors profondément. « Elle ne demande pas mieux si cela doit la guérir de ses douleurs, puisqu'elle est malade. »

25 avril. — Je lui fais ressentir tout le corps. Réactions habituelles. Je l'arrête au bout d'un certain temps. Elle ne sait pas me dire son âge, mais die me raconte qu'elle a fail sa communion à douze ans en 1872. Elle sait écrire, mais pas aussi bien lire et ne sait pas faire une lettre toute seule. Elle va au pensionnat Saint-Joseph. « Quand elle était petite elle allait chez les religieuses de Sainte-Marie. Elle ne sait pas me dire en quelle classe die est. Ses souvenirs paraissent confus et sa personnalité n'est pas aussi nette qu'hier. Pendant qu'elle recouvre la sensibilité de sa tète, son estomac s'anesthésie. Elle s'effraie de ce qui s'y passe. J'arrête la séance et la laisse endormie se reposer. Je la retrouve deux heures plus tard réveillée cl revenue à trente-deux ans. Elle se souvient à peu près de ce qu'elle a l'ait la veille, et a un souvenir confus de ce qui s'est passé pendant son sommeil. Sa sensibilité cutanée persiste encore assez. Le regard est vague, tixe, et il est évident qu'elle est en vigilambulisme encore, comme l'indique du reste l'âge auquel elle croit être, et que si ses yeux sont ouverts, le sommeil n'en persiste pas moins. Elle me raconte qu'elle a toujours été malade, même toute petite. A dix ans elle a eu des attaques convulsives avec délire, à douze ans des attaques de sommeil. A la pension elle avait des paralysies, des contractures, des spasmes, du mutisme. A dix-huit ans première attaque de contracture des bras. A vingt et un ans coxalgie hystérique qui persiste depuis lors en s'accompagnaut d'attaques convulsives,

de délire, d'idées fixes (suicide), d'anesthésie, de paralysie, de mutisme, de bégaiement, d'abasie, d'anorexie, de vomissements, etc., etc.

26 avril. — Je l'endors le soir après l'avoir laissée hier et aujourd'hui livrée à elle-même, les idées très confuses, et la tête très lourde et même douloureuse.

27 avril. — Ce matin elle se réveille 'spontanément, avec des douleurs dans le ventre et de la contracture légère des cuisses. Ses souvenirs et ses idées sont très confus. Elle ne peut rien préciser dans le passé et ne sait pas depuis combien de temps elle est ici. Elle n'a plus la représentation mentale de ses parents, de sa famille, de sa ville. Elle ne se rappelle pas être venue ici et ne sait pas comment est agencée la maison. Ses souvenirs les moins confus se reportent à l'âge <le douze à quatorze ans, sa première communion, sa classe, époque en somme où elle était parvenue avant-hier au moment où j'avais suspendu la séance. Elle ne se rappelle plus ce qu'elle a appris en classe et me dit : « Il faudra que je rapprenne tout; je ne saurais plus écrire à ma mère. Je crois que je ne saurais plus faire une division. » Tout lui semble difficile à comprendre.

Elle sent dans la tête des fourmillements, de petites secousses, quelque chose qu'elle ne peut définir et qui se déplace. Dans le corps et les membres ce sont des tressaillements, des picotements accompagnés de sensation de chaleur, tandis que lorsqu'elle perd s;i sensibilité c'est une sensation de froid.

Sans s'en apercevoir elle a continuellement des mouvements de rotation de la tête, des déplacements du bassin, des mouvements de flexion et d'extension peu marquées des membres. Le creux épigastrique, l'abdomen se soulèvent par secousses.

Je la rendors facilement et lui ordonne énergiquement de se sentir complètement, depuis la pointe des pieds jusqu'au cou, et quand la sensibilité cutanée paraît presque normale je la réveille.

Les jours suivantsje me contente de l'endormir le soie jusqu'au lendemain matin et de la réveiller alors par injonction en lui soufflant sur les yeux.

1er mai. — Le soir elle se sent bizarre. Elle ne sait ce qui se passe dans sa tète. Elle ne reconnaît pas les gens qu'elle voit habituellement et parait noyée dans un rêve et revenue plusieurs années en arrière.

kmai. — Elle souffre de l'estomac. Ce matin elle s'est réveillée seule. Elle présente toujours le même état de confusion mentale. Je l'endors le soir.

\\ mai. — Elle se réveille seule à 6 heures du malin, sachant très bien son âge, la date, l'endroit où elle est. A 9 heures elle a une crise gastrâlgique qui dure une demi-heure environ et à la suite de laquelle elle reste endormie. Elle se réveille spontanément à 3 heures de l'après-midi. Elle ne sait plus son Age. « Je sais bien que je suis grande, dit-elle, mais il me semble que je suis toute jeune. » Elle ne reconnaît personne, ne sail ni en quelle année, ni où elle est. Son langage est enfantin. Elle joue, saute, court. Elle ne sait pas comment elle se trouve là. « Elle a la tête

serrée; ça lui fait des douleurs; elle a mal partout, comme avant. » — I). Quand cela?— 11. Ces jours derniers. —I). Qu'avez-vous fait hier ? — H. Je ne sais pas. — I). Où étiez-vous?— II. Je ne sais pas. — D. Quel est mon nom"? — H. Je ne sais pas. — D. Quel âge avez-vous, dix, vingt, trente ans? — H. Je dois avoir plus de vingt ans. Mais je ne sais plus bien écrire. Je sais à peine lire. Je ne s;iis plus rien, ni la grammaire, ni la géographie, ni rien. Pourtant j'ai quitté la pension tard, à dix-sept ans. Je savais bien tout ça ; coinmenl ça se fait-il? »

Elle a un mélange d'une personnalité ancienne et d'une personnalité plus récente. Elle se sent jeune el vieille en même temps et instinctivement elle traduit celle dualité dans ses réponses. Elle croit avoir plus près de vingt-cinq ans que trente ans, niais en d'autres moments dit que si elle ne se regardai! pas, elle croirait plutôt avoir dix ou douze ans que vingt-cinq. Du reste dans la journée elle commence pour sa mère un^. lettre tout à fait enfantine. Je l'endors.

Depuis le 1er mai je me suis borné à la réveiller le plus complètement possible, en lui ordonnant de se sentir des pieds au cou ou à la tête, en bloc. C'est à la suite de ce réveil qu'elle s'est trouvée ramenée à l'âge de cinq ans avec toute sa sensibilité générale, qui cependant n'était déjà plus tout à fait normale et dont la diminution se traduisait déjà par de l'insomnie, des douleurs dans la tête el dans l'estomac.

Le 6 mai au malin, endormie depuis la veille au soir, je lui demande quel âge elle a : « J'ai douze ans; je vais faire bientôt ma première communion, me dit-elle. Il faut que j'écrive mes péchés. » lue fois réveillée, elle se souvient d'hier el de ce qu'elle a fait. C'était donc bien en réalitéson étal de personnalité de douze ans, comme elle le croyait par moments qui prédominai!. Elle a encore mal à l'estomac et sa sensibilité est émoussée d'une manière générale. Lé soir je la rendors profondément, sans lui faire la moindre suggestion.

7 mai. — Le malin avant de la réveiller, je lui demande son âge. Elle a dix ans et par conséquent a rétrogradé de deux ans. Elle souffre de l'estomac et du ventre qui est très douloureux à la pression. Elle a des sensalions douloureuses de resserrement dans les membres et dans la tète. Je lui ordonne de se sentir complètement de partout. Elle a les mêmes réactions que d'habitude, et se réveille spontanément au bout de trois quarts d'heure. Elle a dix ans el se croit en 1870. Elle veut faire de la charpie pour les blessés qui sont au lycée. Son père est garde national et fait le soldat tous les dimanches. Sa sensibilité est égale partout, mais diminuée. Elle mange bien, n'a pas de crise, est gaie. Elle n'a pas de cou-' tracture de la hanche, marche très bien, mais a une faiblesse générale. . 8 mai. — Elle s'est réveillée spontanément celle nuit sous l'influence .d'un cauchemar. Le matin (die est toujours à dix ans, et me raconte qu'elle souffre de l'estomac depuis l'âge de huit ans. Elle joue comme un enfant, écrit à sa famille une petite lettre enfantine. Elle joue, saule, court, est 1res gaie. Elle mange bien, n'a pas de crises, pas de contractures, et sa sensibilité est conservée.

9 mai. — Avant de la réveiller je lui demande la date où nous sommes. Elle me dit que c'est jeudi (nous sommes mercredi), ne sait pas le mois, mais croit être en 187G. Dans l'après-midi elle est reprise de douleurs d'estomac el d'abdomen. Elle éprouve de la confusion dans la tête, et ne se rend plus bien compte de ce qu'elle est. Après son réveil sa sensibilité était obtuse, mais le sens musculaire, la notion de position et de localisation, étaient exacts. Les perceptions étaient ralenties. Je l'endors et lui fais reprendre la sensibilité de l'estomac et du ventre.

Le soir elle me dit qu'elle a des moments où elle se sent bien, et d'autres où elle souffre de partout. Je la rendors complètement.

lt mai. — Depuis hier elle a seize ans el s'y maintient. Elle mange bien et n'a pas d'attaques. Elle ressent des secousses dans la tête et des frémissements dans les membres. Le soir elle me dit : « Je perds mon temps ici, je n'arriverai pas à temps pour mes examens. Je me ferai refuser. » La sensibilité est toujours obtuse.

12 mai. — Elle a toujours seize ans : « C'esl drôle, me dit-elle, quand je marche, je ne peux plus m'arrêter. Je ne suis pas comme une personne naturelle. Est-ce que je vais rester idiote? C'est embrouillé dans ma tête; par moments je sens des secousses et des frémissements dans la tôle el dans tout le corps, mais plus fort qu'hier. » Elle pense à sa sœur (morte depuis d'anorexie hystérique) et à laquelle elle donne dix ans.

li mai. — Endormie hier soir, ayant des secousses et des frémissements dans le corps et la tète. Ce matin sa sensibilité est à peu près normale, mais elle dit éprouver des douleurs partout, des crampes dans les membres. Je lui ordonne de sentir de plus en plus : contorsions générales, détentes. Elle éprouve des fourmillements, des démangeaisons, des tiraillements généralisés. Au bout de quelque temps, un quart d'heure environ, elle est bien, les membres sont souples. Je l'interroge sur son âge. Elle a vingt ans. Je la réveille alors après une heure de repos. Elle m'annonce alors qu'elle a un petit frère de trois ans, dont elle ne m'avait pas encore parlé, et auquel elle pense beaucoup. Elle ne parle pins de sa pension, ni de ses examens. Elle reste tout le jour dans cet étal. Son sens musculaire est précis, délicat, les sensations sont normales, la notion de position des membres est précise.

Quand elle s'est réveillée à cinq ans, elle avait été très effrayée de ses règles. A douze ans on l'a surprise cherchant à. se couper les poils du pubis, « parce que sa mère ne savait pas qu'elle en avait là ».

16 mai. — Même état. La sensibilité tactile est assez bonne, mais son sens musculaire est très diminué. Elle confond ses doigts et fait des erreurs sur leur position. Elle sent des fourmillements et des démangeaisons dans tout le corps. Elle est gaie, travaille, mange sans se faire prier. Elle ne reconnaît pas des malades qui ont passé plusieurs semaines avec elle l'an dernier et qui reviennent en visite.

17 mai. — Je la réveille après avoir constaté que son sens musculaire est plus précis. Il lui semble que ses membres s'allongent, les os lui font mal. Elle éprouve toujours des frémissements et des démangeaisons gêné-

ralisées, dans les viscères comme dans les membres. Sa sensibilité est plus vive <[uc la veille. A son réveil elle est arrivée à l'âge de vingt-deux < 1 1 » s , et ignore ce qu'elle a fait la veille.

19 mai. — Elle a toujours vingt-deux ans; les règles surviennent.

"20 mai. — Elle est très énervée ce soir et se réveille presque aussitôt a [très avoir élé endormie.

21 mai. — Elle mange moins bien. A la suite d'une légère crise elle revient à quinze ans, en 1875, et ne sait plus ce qu'elle a fait avant sa crise.

22 mai. — Elle est reposée et est revenue spontanément à dix-sept ans. 27 mai. — Je lui ordonne, endormie, de se ressentir de partout, de se

reposer pendant une demi-heure quand elle se sentira fatiguée, et de se réveiller. Elle se réveille en 1890 à vingt-neuf ans. Son sens musculaire est toujours assez hésitant. Sa sensibilité cutanée es! plus vive. L'estomac est toujours anesthésique. Elle éprouve dans la tête « de la confusion, du chaos », et cela lui l'ail, mal de chercher à éclaicir ses idées sur toutes choses. Elle se souvienl de toul ce qu'elle a fait ici dans les périodes où (die avait douze, seize, vingl ans. « Celait alors comme quand on se souvienl d'un rêve au réveil; mais en ce moment elle souffre de ne pas pouvoir préciser ses souvenirs, et c'est malgré «die qu'ils reviennent. » Elle croit n'avoir que vingt-neuf ans, et cependant il lui semble qu'elle doit être pins vieille que ça ; edle se souvient de sa sœur, de ses cousines quand elles étaient jeunes filles et cependant se dit qu'elles doivent être mariées. Quand (die commence à perdre sa sensibilité elle éprouve ainsi de la confusion dans les idées et ne sait plus si elle rêve ou si c'est la réalité.

20 mai. — Endormie je lui demande : Que sentez-vous dans la tète? — R. Ce son! des douleurs partout, des crampes comme dans les membres. — Je lui ordonne alors de sentir complètement sa tête. — Elle la secoue latéralement, la rejette en arrière, comme si quelque chose la tirait à la nuque. Elle y éprouve des crampes, des douleurs « qui cassent les os », des secousses, des clous qu'on y enfonce, des picotements. Arrivée à ce point j'arrête et la laisse reposer. Elle me dit que ce qu'elle éprouvait dans la tête retentissait dans tout le corps et les membres, et que c'était lesmêmes douleurs et les mêmes secousses. Une fois reposée, je la réveille. Elle esl toujours en 1890. Je lui demande si elle sait depuis combien de temps (die est ici : « Je ne sais pas, me dit-elle, il me semble tous les jours que j'arrive. »

30 mai. — Nouvelle séance pour rétablir sa sensibilité, à la suite de laquelle elle arrive en 1891.

31 mai. — Elle me dit qu'elle vit comme dans un rêve, qu'elle ne sail jamais ce qu'elle a fait le malin, quand arrive le soir. Elle se demande si elle est endormie ou éveillée. Il lui semble plutôt qu'elle est comme endormie. Elle remarque que plus cela va et pins elle a de douleurs, et des douleurs comme elle n'en a pas encore éprouvé. Elle a des secousses dans l'estomac, et de tous côtés aussi d'ailleurs. Elle a observé que sitôt endormie — car elle conserve un certain souvenir de son hypnose, — elle se mel à sentir beaucoup plus de partout, et qu'il se fait « un travail dans toute

sa personne. » Sa tête est plus embrouillée aussi à mesure qu'elle retourne vers son âge normal. Elle remarque en somme ce qui est général chez toutes les malades semblables, mais ce dont ordinairement elles ne se souviennent pas, c'est que plus le sommeil est profond, plus la sensibilité a tendance à revenir.

3 juin. — Elle est retombée à 1884 ; parle de ses vingt-trois ans, de sa sœur (qui n'est pas encore morte à celle époque). Le soir elle se réveille une heure après que je l'ai endormie. Elle est en 1887, et très triste. Sa sœur vient de mourir. Elle pleure, se désole, veut partir pour l'aller voir une dernière fois.

4 juin. — Je la trouve dans ces dispositions d'esprit le malin. Elle ne veut s'habiller qu'avec des vêtements de deuil. Son anesthésie est beaucoup plus profonde et a envahi le sens musculaire. Je la rendors profondément el lui ordonne de sentir de plus en plus par tout le corps jusqu'à ce qu'elle soit fatiguée; de se reposer alors et de se réveiller.

Dans la journée <dle esl arrivée à 1888. Le soir elle se désole, est prise de douleurs d'estomac, a peur de mourir, et pleure. Je l'endors non sans difficulté.

9 juin. — Rien de particulier ces jours derniers. Dans la nuit elle se réveille seule et retombe en 1 880, après avoir éprouvé dans la journée des frémissements dans tout le corps, des démangeaisons, et des douleurs clans les os. Le G juin après une séance elle était revenue au mois d'avril

10 juin. — Elle reste au même point, en 1886.

{{juin. — Elle se réveille encore seule ce malin, et esl retombée en 1884. Je la rendors et lui fais recouvrer le plus de sensibilité possible. Quand je la réveille elle se trouve eu 1889.

12 juin. — Séance ce malin, pendant laquelle elle passe de 1889 à 1891. Elle a au réveil, que je provoque en lui souillant sur les yeux avec injonction de se réveiller, la sensation qu'elle a des bosses dans la tête, surtout à gauche et en arrière, que sa tête esl plus grosse à gauche, et qu'elle esl pointue au lieu d'être aplatie.

Ce qui lui esl le plus pénible ce sont des vertiges, avec sensation de ■déplacement dans la tête, des nausées el <\rs tiraillements dans l'estomac.

13 juin. — Séance le matin, à la suite de laquelle elle se trouve amenée à mars 1892. Sa tête lui semble toujours boursouflée. Elle a des élancements dans tout le corps comme si on y enfonçait des clous. Elle a des picotements dans la gorge, comme s'il y avait un corps rugueux qui l'irrite. Le larynx a recouvré un peu de sensibilité; l'estomac esl encore anesthésique et un peu douloureux.

Endormie le soir elle me raconte que depuis quelques jours (elle a passé d'une année à une autre chaque jour) elle ne sait plus du jour au lendemain ce qu'elle fait, qu'elle a été obligée de rapprendre chaque jour à jouer aux caries, car on lui dit qu'elle y a joué la veille et cependant elle ne sait plus. Elle ne comprend plus ce qui se passe en elle ; sa tête ;i des grosseurs qu'elle prétend sentir avec la main; il y a des endroits où

elle éprouve en outre des fourmillements, des frémissements, des vertiges, où il y a des barres, etc. Elle craint de devenir idiote et de le rester.

i4 juin. — Elle a soufferl des dents hier soir et s'est réveillée peu de temps après que je l'ai endormie. Elle s'est habillée et s'est rendormie contracturée. Elle a une grande confusion dans la tête ; et ne sait plus où elle en est. Je l'endors pins profondément et lui ordonne de se sentir des pieds à la tête. Elle présente des réactions très fortes de tout le corps et de la tête, avec des gargouillements du ventre et de l'estomac, et des picotements de la gorge qui provoquent la toux.

Quand je la réveille elle est au mois de juillet 1892. Son sens musculaire est presque normal. Sa tête lui semble moins boursouflée, et elle y sent moins de barres.

15 juin. — Séance à la suite de laquelle elle sent sa tète pins grosse et dégagée adroite, pins petite et resserrée à gauche, avec moins de barres à l'intérieur. Elle est arrivée au mois de mai 1893 et son sens musculaire est précis.

16 juin. — Séance à la suite de laquelle elle est amenée à Noël 1893. Elle est effrayée de voir des feuilles aux arbres, du soleil, de sentir la chaleur de l'été. Elle croit avoir été folle et l'être encore, et veut partir pour aller se jeter à l'eau, car elle ne guérira jamais. Elle se laisse néanmoins bien endormir.

17 juin. — Séance le matin. Je lui ordonne de sentir en commençant par l'extrémité des orteils et de ne sentir plus haut que lorsqu'elle aura recouvré la sensibilité complète au niveau inférieur. Il lui semble, pendant les réactions vives auxquelles elle est en proie, étirant, et agitant ses jambes, que celles-ci s'allongent et elle y éprouve des douleurs « comme si on les lui cassait ».

18 juin. — Séance dans laquelle je l'amène en juin 1894-. Elle a des douleurs partout. Ça lui lire dans la tète. A cause de la fatigue, je la réveille. Elle a encore des picotements partout et des douleurs dans les os. Sa tête n'est plus grosse ; elle est au contraire resserrée, et elle y éprouve de petites oscillations à l'intérieur. Elle est prise de ses règles dans la journée. Je l'endors le soir.

19 juin. — Je la réveille simplement le matin, sans séance. A 4 heures de l'après-midi elle se contracture de tout le corps et s'endort spontanément. Je lui enlève sa contracture et elle se réveille spontanément à 8 heures.

20 juin. — Elle n'a pas dormi de la unit. Elle me raconte qu'hier elle a senti tout à coup quelque chose qui sortait de sa tète, après quoi celle-ci s'était trouvée dégagée en partie et elle avait vu bien plus clair. Dans les membres elle sent des tortillements, et il lui semble qu'ils s'allongent. Le soir elle a la tète toute brouillée et je l'endors.

21 juin. — Je lui fais ressentir la tète. Elle a des crampes dans le cou et dans toute la tète. Celle-ci lui paraît grosse, toute de travers ; plus large à droite et bossuée à gauche. Elle a des contractions dans tout le corps : « Ça me tord dans tout le corps et dans la tète, dit-elle. > -f* +

Secousses de tête. + + « Ça saute dans ma tête ; et puis j'ai des fourmillements dans les bras. » — Elle se réveille spontanément, et se trouve beaucoup mieux. Il lui semble que ses membres se sont allongés, que tout son corps, et sa tète aussi, se détendent.

22 juin. — Elle éprouve encore des tressaulements et des battements dans la tête, qui ne lui paraît plus ni grosse, ni petite. Séance ce matin. Elle est prise de secousses de tète, qui s'accompagnent, dit-elle, de craquements. Elle sent comme de l'électricité dans tout le corps. Elle contracte et fait mouvoir ses membres dans tous les sens, comme pour s'assurer de leur bon fonctionnement, -f- + « Oh ! ma tète va éclater ! il y a quelque chose qui force, qui veut sortir, partout. » -f- -f- Elle s'étire et dit éprouver de la tête aux pieds des tiraillements, -f + Sensation d'engourdissement et de fourmillement dans la tête avec nausée. — Pour ne pas la fatiguer je veux la laisser reposer. Mais malgré mon ordre de s'arrêter, le travail intérieur continue. Quand je viens la réveiller au bout de quelque temps elle me dit qu'elle a la tète et le corps gonflés, qu'il y a dedans comme une poudre qui voudrait éclater, quelque chose qui voudrait sortir. Je la réveille.

Une fois réveillée elle me raconte qu'il s'est fait en elle « un travail » dès le commencement du traitement. Ça a commencé par les oreilles où elle mettait autrefois du coton et où maintenant elle ne peut plus rien supporter, parce que tout lui paraît gros, gonflé, plein intérieurement. Puis dans le corps et les membres elle sentait « sa chair qui se reformait ; elle sentait de la chair vivante qui brûlait et remplaçait la chair morte ; quelquefois elle sentait les deux ensemble ; son corps, sa chair, ses os se sont ainsi recomposés petit à petit. »

23 juin. — Je me borne ce matin à la réveiller en lui souillant sur les yeux. Elle se sent toute gonflée, difforme. Elle écarte les bras et les jambes pour marcher, à cause de la sensation volumineuse qu'elle en a. Elle sent aussi sa tète et ses yeux très volumineux. Elle sent bien la piqûre, le contact, etc., sur tout le corps. Elle se sent tirée en long, tordue sur elle-même et éprouve dans la tête les mêmes tortillements que dans le corps.

2b juin. — Je n'arrive pas encore à lui faire recouvrer complètement la sensibilité de la tête. Je l'endors pour la faire sentir davantage. Elle éprouve des picotements dans tout le corps; ses membres se dégonflent et brûlent ; elle a un feu intérieur également. Les picotements qu'elle ressent ne sont plus les mêmes ; ce ne sont plus des démangeaisons. Elle a des secousses de tête, puis s'élire comme si tout son corps se tendait et voulait éclater. Elle a peur que ses yeux ne sautent, puis ses oreilles qui lui semblent se détacher de sa tête. Elle entend sa tète craquer surtout sur le dessus et à l'occiput. Je la réveille.

25 juin. — Séance pour la sensibilité de la tète ce matin. Elle se met à la secouer d'une façon continue. « Ça pique fort dans ma tête. » Néanmoins ne voyant rien survenir de nouveau, je lui donne l'ordre de sentir complètement des pieds à la tête. Elle est alors prise de secousses générales dans les membres, alternant avec des secousses de l'abdomen. Elle a au

bout de quelque temps la sensation que « ça lui casse les os », « ça force dans sa tète », puis que « ça lui soulève dans la tête ». J'arrête alors pour ne pas la fatiguer et la réveille.

26 juin. — Ayant constaté (pie le sens musculaire des orteils n'était pas très précis, je lui ordonne de sentir ses pieds complètement. Elle y a des secousses, contracte et remue ses orteils, éprouve des douleurs dans les os, puis des brûlures qui vont en diminuant. Les mêmes phénomènes se produisent aux jambes. Une fois réveillée elle remarque en marchant que ses doigts de pied semblent s'écarter, tandis qu'avant ils ne formaient qu'un seul bloc avec son pied.

3 juillet. — Hier je l'ai fait ressentir de partout, mais elle dit « ne pouvoir arriver à bout de sa tête ». Elle se décourage un peu, tout en pensant au fond qu'elle y parviendra. Elle me raconte qu'en ce moment elle fait en elle-même la récapitulation de tout ce qu'elle a éprouvé depuis qu'elle est ici, comme dans les premiers temps elle a récapitulé ici toute son existence antérieure.

4 juillet. — J'essaie encore de lui faire recouvrer toute la sensibilité' de sa tète. Une fois endormie elle y éprouve des secousses, puis des douleurs comme si elle éclatait et se fendait, puis des brûlures, et des picotements ; en même temps son corps et sa tête lui semblent se gonfler. Après un moment de calme, tout recommence en passant par les mêmes phases. Il semble que certaines parties du cerveau se mettent à tour de rôle à fonctionner de nouveau, et en effet tantôt elle éprouve des douleurs à droite, tantôt à gauche, qui ensuite se généralisent. A huit ou dix reprises les choses recommencent de la même façon et ce qu'elle éprouve dans la tète elle l'éprouve dans tout le corps. Elle a des contractions violentes de la nuque. Je suspens la séance et la réveille.

5 juillet. — Nouvelle séance. Au cours du retour de sa sensibilité elle a des secousses de l'abdomen et se met tout à coup à écarter les jambes en disant : « On m'ouvre le corps; non je ne veux pas; c'est mal de faire cela. » Ces sensations génésiques expliquent comment les hystériques peuvent croire être violées.

Une fois éveillée elle me raconte que depuis le commencement du traitement elle ressent des picotements partout. Sa sensibilité à la douleur est beaucoup moindre aux avant-bras qu'aux bras, où elle me dit mieux sentir ses membres. Elle me dit qu'autrefois elle avait deux sortes de crises, les unes où elle se refroidissait, ne sentait plus son corps, ne se sentait plus vivre, et d'autres où au contraire elle éprouvait des douleurs et des picotements partout.

6 juillet. — Pas de séance. Je me borne à la réveiller par simple souffle. Elle reconnaît quelqu'un que la semaine dernière elle n'avait pas reconniu quoique l'ayant très bien connu autrefois.

Elle me raconte que, éveillée, elle a eu une fois une sorte d'éclatement dans la tète, et aussitôt elle a eu la notion très claire de tout, et qu'elle aurait pu affirmer ce qu'elle savait et se rappelait tandis que lorsque sa tête est redevenue douloureuse elle n'est plus sûre de rien, se rappelle

tout vaguement sans oser rien affirmer, ne sachant pas si ce qu'elle pense appartient au rêve ou à la réalité. Or quand elle avait eu celte sensation dans la tête cela s'était accompagné d'un retour de la sensibilité de tout l'organisme; elle s'était sentie vivre et respirer et s'était trouvée très bien. La mémoire ou du moins la certitude est donc liée à l'état de la conscience et celle-ci à l'état cénesthésique de la tète.

15 juillet. — Elle a ses règles depuis trois jours et je la laisse au repos. Mais le « travail » continue dans sa tête et son corps. Elle sent comme un liquide frais qui coule dans ses membres, et quelquefois aussi dans le thorax, mais pas dans la tête.

Quand maintenant elle commence à y éprouver des secousses, des frémissements, des brûlures, elle se sent de partout, de la tête aux pieds. Il y a tendance à la généralisation du retour de la sensibilité.

17 juillet. — Séance pendant laquelle je la laisse livrée à elle-même. Elle éprouve des sensations d'écoulement froid auxquelles succèdent des douleurs comme si on la tordait, des brûlures. « Quand je me suis remise à sentir partout, me dit-elle, il me semblait que j'étais une autre personne. »

20 juillet. — Endormie, je lui donne l'ordre, non pas de sentir, mais de s'étirer des pieds à la tête. Quand je la réveille au bout d'une heure, elle me dit que « ça ne sera fini que quand elle sentira bien partout ce qu'elle sent souvent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, des frémissements comme si cela coulait froid ».

22 juillet. — Elle est bien, mais n'est toujours pas revenue à son âge réel. Elle sort pour la première fois se promener, et revient gaie, sans accident.

23 juillet. — Elle est bien encore.

24 juillet. — Elle est maussade. Lue de ses compagnes lui a dit qu'elle n'était pas comme les autres, qu'elle était plus malade qu'elles, etc., etc. Le soir elle a une grande attaque, avec pleurs, cris, et refuse de se laisser endormir.

Le 25, le 26 et le 27 juillet, je la laisse livrée à elle-même. Elle se remet et le 28 elle est gaie et assez bien. Parlant en vacances je viens lui dire au revoir et lui faire quelques recommandations. Elle est très émue de me voir partir, et brusquemenl en nie disant adieu, son regard devient vague et elle laisse son ouvrage. Je retourne peu après voir si elle est remise. Elle regarde tout autour d'elle comme si elle ne connaissait pas où elle est et me demande où est sa sœur. Elle a vingt ans. Cet état persiste jusqu'au 6 août. Elle mange bien et a continuellement envie de dormir : « Si je m'allongeais sur mon lit, je me mettrais à dormir, dit-elle. »

7 août. — Sans cause apparente elle se réveille (on l'endort toujours le soir) à seize ans. Elle joue, gambade. Elle va partir le 9, car c'est la distribution des prix à la pension et c'est elle qui doit réciter le compliment. Quand je rentre le 8 août elle ne me reconnaît pas. « C'est toujours le Dr G... (son médecin ordinaire) qui l'a soignée; elle ne sait pas pourquoi elle est ici, ni depuis quand, ni qui l'y a amenée ; elle se sera sans doute endormie en chemin de fer. »

Sa sensibilité cutanée est à peu près normale sur toute la surface du corps et des membres, mais le sens musculaire est très imparfait. Elle hésite énormément pour savoir quel doigt je touche, et confond le troisième e! le quatrième. Le champ visuel est rétréci. L'estomac est un peu douloureux encore, mais elle a 1res faim parfois, mange bien et a repris de l'embonpoint : <* Ça a quelquefois de la peine à passer à la gorge, mais une lois dans l'estomac il demande de plus en plus ; je dévore. »

Encore un peu de douleur dans les fosses iliaques. Elle dit éprouver par moments dans les membres et dans le corps des picotements, des gonflements, des douleurs, mais qui passent vile.

«s août. — Le soir malaise général avec céphalée. Elle sanglote puis s'endorl spontanément.

9 août. — Je la retrouve en crise de sommeil. Elle a toujours seize ans, H ne me connaît pas. Elle me dit souffrir de la tête et avoir la même douleur dans tout le corps. L'après-midi je lui fais recouvrer sa sensibilité, qui reparaît bien plus vite que les autres fois. Elle repasse progressivement par toutes ses années passées, mais elle se fatigue, et je suis obligé de la laisser se reposer à plusieurs reprises. Enfin le soir elle arrive à trentedeux ans, en 1892. Je la réveille alors et la laisse la nuit sans rendormir.

10 août. — Même ('lai le malin. Elle est gaie, se trouve bien et reconnaît bien tout le monde. Sa sensibilité est beaucoup plus complète et son sens musculaire est surtout beaucoup plus affiné.

Elle éprouve encore par tout le corps des frémissements, des picotements, et par moments des sensations d'écoulement froid qui lui font du bien, « la dégagent, la font revivre ».

Elle voit son frère sans émotion, mais se figure qu'il a quinze ans et ne comprend rien à tout ce qu'il lui raconte et aux allusions qu'il fait à des choses qui se sont passées depuis ces deux dernières années.

1er septembre . — Je la retrouve à mon retour dans le même état où je l'ai laissée le 10 août, jour où je suis reparti.

4 septembre. — Hier soir elle est retombée à vingt-neuf ans. Elle a eu ses règles dans la nuit, et aujourd'hui elle se croit en août 1889. Elle veut absolument aller à l'exposition. Elle ne me connaît pas, ne sait pas ce que c'est que cette maison, où elle croit n'être que depuis hier soir. Sa sensibilité esl 1res obtuse partout : elle a un rétrécissement marqué du champ visuel à droite et ne voit presque pas de l'œil gauche. Céphalée, mais ni contracture, ni paralysie.

5 septembre. — Même état le matin. Le soir elle retombe à huit ans. De nouveau elle ne sait plus où elle se trouve et réclame sa mère, craint qu'on lui casse sa poupée pendant qu'elle dormira, et reprend des gestes et un langage d'enfant.

6 septembre. — Même état. La sensibilité est extrêmement obtuse. Elle éprouve des picotements partout et des douleurs de tête.

8 et 9 septembre. — Même étal. Fin des règles. Je l'endors ce soir. 10 septembre. — Séance, en lui faisant recouvrer sa sensibilité à partir l'hystérie. — n. 6

de l'extrémité des pieds. Au bout de deux heures je la réveille. Elle a dixhuit ans. Rendormie le soir.

11 septembre. — Nouvelle séance à la suite de laquelle elle se réveille à vingt-quatre ans.

12 septembre. — Même état ce malin. Elle est bien, gaie, avec le plus grand désir de guérir. Elle m'a déjà vu, dit-elle, el me reconnaît bien. Elle sent tout un travail s'opérer en elle. C'est comme si quelque chose coulait à l'intérieur; quand elle fait des mouvements cela provoque des douleurs dans les os comme si on les lui cassait. Le sens musculaire est beaucoup plus précis. Les yeux fermés elle met sans hésitation son doigt sur les différentes parties de son visage. Elle reconnaît exactement ses doigts, mais après longue hésitation. Séance l'après-midi. Quand je la réveille elle ;i vingt-six ans.

14 septembre. — Dans la nuit, pendant le sommeil hypnotique elle. revient à vingt-deux ans. Je l'interroge avant delà réveiller sur ce qu'elle éprouve. Elle croit qu'elle accouche, elle demande qu'on tire l'enfant qui sorl (mêmes sensations qu'il y a quelque temps où elle se figurait qu'on lui introduisait quelque chose dans les parties, qu'on la violait). Elle esl erotique, veut fumer, agacer les hommes, etc., etc. Elle entremêle ces idées avec un véritable rêve, prétendant qu'une châtelaine va venir la chercher dans sa voiture, etc. Je ne peux d'ailleurs obtenir aucun renseignement sur tout ce qu'elle raconte.

16 septembre. — Je l'endors le malin et la laisse reposer. Elle a pendant son sommeil une sorte de cauchemar, dans lequel elle se débat, crie, pleure : « Non, je ne l'ai pas vu tout nu; il s'est sauvé ; je ne l'ai pas vu, je ne l'ai pas vu ! » Je cherche à la calmer sans y parvenir, et lui demande quel âge elle a. Elle a seize ans. Je lui ordonne alors de se lii«'ii sentir depuis le bout des pieds. Elle présente aussitôt les réactions habituelles, et arrive bientôt à dix-sept ans. Tout à coup elle me demande : « Le czar est-il parti ? — H. Mais il n'est pas venu. — 1). Si, je suis sa protégée. » — Elle est prise de secousses généralisées et arrive à dix-neuf ans. Je la rendors le soir.

17 septembre. — Le mal in elle me dit : « Bonjour, Monseigneur ! » Mais je ne peux obtenir de savoir à quel rêve elle esl en proie. Je lui ordonne de se sentir et de se réveiller quand elle sera fatiguée. Elle se réveille à vingt et un ans. Elle a mal à la tète, qui lui semble vouloir éclater, mais n'a plus de délire. Endormie ce soir.

18 septembre. — Hier soir, spontanément, à peine endormie elle s'esl mise à avoir des oscillations de tète, des tortillements de tout le corps. Je continue à lui faire recouvrer de la sensibilité, et je la réveille quand elle est arrivée à vingt-six ans.

19 septembre. — Elle arrive aujourd'hui à vingt-sept ans.

20 septembre. — Elle arrive à vingt-neuf ans. Elle sent des fils qui lui tirent la tête en arrière : « Ce sont des fils électriques; quand ils cassent il en pousse d'autres; il lui coule delà glace dans le corps. » Elle a un peu de raideur du cou et des membres.

21 septembre. — Elle arrive à (renie et un ans. Elle seul beaucoup mieux son corps. Mais il faul que « cela éclate dans sa fête ». Elle a déjà passé par toutes les phases de ces différents âges, de. sorte qu'elle ne s'étonne plus. Elle date ses lettres clu 20 septembre 1891, après avoir demandé' le mois et le quantième.

22 septembre. — Elle arrive à trente-trois ans, au mois de juin 1893.

23 septembre. — Elle parvient en deux heures à trente-trois ans et demi seulement. Après le réveil elle est assez bien toute la journée, la sensibilité générale est assez délicate, mais le sens musculaire est 1res imparfait.

24 septembre. — Je la laisse reposer toute la journée.

25 septembre. — Séance le malin. Le sens musculaire est encore imparfait. Mais la sensation de contact est bien formée et bien localisée. Elle n'éprouve plus de forts picotements, mais seulement de petits frémissements dans le cou, la tête et les membres, très superficiellement. Je lui donne Tordre de se sentir celte fois complètement. Elle a des réactions très toiles et arrive à trente-quatre ans. A un moment où je lui demande son âge elle me répond: « J'aurai trente-quatre ans dans quatorze jours. » — « Le combien sommes-nous aujourd'hui ? » — Elle me répond : « Le 14 juin... »

Fatiguée, je la laisse reposer. Elle dit avoir encore des « fils », mais peu nombreux dans le corps. C'est surtout dans la tète qu'il y en a. Je lui demande à quoi elle pense. A rien, me répond-elle. A 3 heures de l'aprèsmidi je reprends. Au bout d'une demi-heure de mouvements généraux du tronc, de la tête, de l'estomac, du ventre, entrecoupés de gémissements, de toux, etc., j'arrête. Elle n'es! encore qu'au 8 juillet. Je suspends alors la séance pour ne pas la fatiguer et la réveille.

26 septembre. — Elle pense être un lundi, mais elle ne sait pas exactement le quantième de juillet. Je constate que le 9 est bien un lundi en effet. Tout ce qu'elle peut me dire c'est que c'est dans les premiers jours du mois. Après une séance d'une demi-heure elle arrive au 15 août. Je la réveille alors, et je l'endors le soir pour toute la nuit.

27 septembre. — Séance le matin, à la suite de laquelle, en une demiheure, elle arrive au 8 septembre.

29 septembre. — Elle est prise de ses règles mais sans présenter d'accident,

30 septembre. — Elle est fatiguée le soir, et quand je l'interroge, elle ne sait plus quelle date on est, et se senl de la confusion dans la tète. Je l'endors le soir.

1er octobre. — Je l'interroge ce matin avant de la réveiller. Elle a rétrogradé et se croit le 14 août 1892. Je lui dis alors qu'il faut qu'elle ressente bien de partout. « Comment donc faire, me dit-elle, je ne sais pas. » -Néanmoins elle a les mêmes réactions que d'habitude, et arrive au 1er octobre 1893, où je suspends la séance.

3 octobre. — Elle est, toujours dans le même état. Elle me dit que « des lis de fils, qui s'étaient rompus il y a quelque temps, se sont reformés très gros ». Elle se croit toujours en 1893, au 3 octobre. Au bout d'un quart

8't NATURE DE L'HYSTERIE

d'heure de séance elle est au 1er novembre. En une heure elle arrive au G mars 1894. « C'est mon manger qui me gêne ; j'ai mal au cœur, ça me donne envie de vomir, » dit-elle. Elle est au 12 mars, on entend un clapotement considérable dans l'estomac. Elle arrive au 15 avril et je la réveille.

4 octobre. — Elle se sent des lils par tout le corps, ils se nouent par place el se tendenl comme s'ils voulaient se rompre. Elle a tout d'un coup froid, el tout d'un coup chaud, à la fois subjectivement et objectivement. Elle a remarqué à un moment que ses ongles devenaient tout bleus, ainsi que ses lèvres, et aussi bien quand elle avait chaud que froid.

Séance l'après-midi. Réactions très vives; gargouillements 1res forts, comme une bouteille qu'on secoue. Au bout de trois quarts d'heure elle arrive au 9 mai, et je l'arrête au 2 juin, puis je la réveille.

5 octobre. — Séance à 3h,3. A 3h, 10 elle est arrivée au 13 juin ; à" 3h, 17, au 25 ; ci 3h, 24 elle esl au 5 juillet; à 3\ 30 elle est au 15 juillet; à 3h, 37 elle est le 29; à 3h, 44 elle est au 13 août.

Les réactions d'abord très violentes, avec de fortes secousses, des gargouillements dans le ventre et l'estomac très intenses, des gémissements, des plaintes, des pleurs, etc., se régularisent et deviennent ('gales de la tète aux [tieds sous forme de mouvements légers de flexion el d'extension rythmés, avec étirements des membres. Elle arrive au 25 août à 3", 52 J'arrête alors et après l'avoir laissée reposer je la réveille.

6 octobre. — Continuation de la séance. Elle arrive au 1er octobre.

7 octobre. — Elle va jusqu'au 7 octobre, et sa sensibilité commence alors à devenir plus vive. Les lils qu'elle sentait partout diminuent, et ce sont maintenant des sensations de brûlure qui surviennent. Je la réveille alors.

Le soir elle me dit que depuis six ans elle ne sait plus si elle vit ou non, dans quel monde elle esl, s'il n'y a pas des parties de son corps qui sonl mortes. Le sens musculaire est encore hésitant et il y a encore quelques gargouillements dans le ventre. La tête esl presque complètement dégagée, niais c'est le ventre et l'estomac qui laissent encore à désirer comme sensibilité.

8 octobre. — Courte séance de perfectionnement le malin. Endormie le soir pour la nuit.

10 octobre. — Elle voit sa mère, mais la reconnaît mal. Elle lui semble extrêmement vieillie et changée.

11 octobre. — Elle voit de nouveau sa mère sans émotion. Elle esl bien, gaie, raisonnable.

12 octobre. — Ces deux jours-ci je l'ai simplement endormie le soir sans séance le matin. Ce soir elle souffre de partout. 11 y a des lils qui la tirent, dit-elle, dans tous les sens. Elle a eu des cauchemars, où elle a vu son père mort (ce qui n'est pas du reste), et elle pleure à ce souvenir. Je l'endors.

13 octobre. — Ce matin elle est bien reposée, mais elle a de la confusion dans la tête et ne sait plus la date. Elle souffre de partout. Je lui ordonne de sentir. Peu après que les réactions ont commencé à se produire, je

constate qu'elle ne sait plus ni l'année, ni le mois, ni le jour. Au bout de quelque temps sa sensibilité reparaît plus vive. Alors elle sait de nouveau qu'elle esl au mois d'octobre, mais ne peul préciser le jour.

Au bout de quelque temps, après une nouvelle période de réactions sensitives elle me dit : « C'est le 12 ou le 13 octobre. Je me sens bien mieux... » Elle arrive enfin à savoir exactement quel jour on est. Elle éprouve des tortillements dans tout le corps.

io octobre. — Endormie hier soir, elle a eu des cauchemars celle nui! et ne se senl pas bien ce malin, avec beaucoup de confusion des idées. Elle souffre dans lous les membres comme autrefois : sensations de glace dans les membres, tortillements, ('lancements. 11 lui semble que ses os vont se décoller. Elle est par moments molle, flaccide, avec anesthésie, et dans d'autres rigide avec hyperesthésie douloureuse. Elle a des idées noires, voudrait mourir, devient récalcitrante.

1G octobre. — Elle a rétrogradé et se croit au mois de septembre. Séance cr mal in. Au bout de quelque temps elle me dit qu'on esl au 20 septembre. Progressivement elle arrive au 10 octobre. Elle se sent bien. Je la laisse reposer, puis la réveille.

Elle est assez bien toute la journée. Elle a seulement des picotements, des brûlures, des tiraillements dans tout le corps.

17 octobre. — Elle est bien reposée ce matin (endormie hier comme tous les soirs). Elle n'éprouve que des brûlures généralisées. Je lui ordonne alors de sentir d'abord ses pieds jusqu'à ce qu'elle ne puisse pas les sentir mieux, puis seulement après les jambes, et ainsi de suite. En même temps que se produisent des mouvements rythmiques des pieds et des jambes, elle me dit : « Ça me casse les os ; ça me raidit. » On constate en effet de véritables nodosités des muscles, qui tout à coup disparaissent. Je la réveille au bout de quelque temps.

Le soir elle esl reprise de douleurs violentes, de spasmes pharyngés et de crampes d'estomac, et ne sait [tins trop où elle en est. Elle pleure et dit, comme d'habitude dans ce cas : « Je veux partir » ou « je veux mourir. » Je l'endors pour toute la nuit.

18 octobre. — Elle a rouvert les yeux spontanément, a mangé et a été reprise de ses spasmes. Je la rendors de nouveau, et la laisse se reposer. Au réveil elle ne sait qu'une chose c'est que c'est le mois d'octobre, mais ne sait même plus si c'est le commencement ou la fin. Elle souffre surtout du ventre et de l'estomac, et a un peu de contracture des jambes. L'après-midi elle « file ». Je la rendors el lui fais recouvrer la sensibilité de l'abdomen et de l'estomac, et des membres. Après quoi elle se retrouve au 18 octobre. Elle a des gargouillements considérables de l'estomac, qui se vide presque complètement, et de l'intestin. Elle le sent bien mieux à droite qu'à gauche. « Il y a des nœuds partout, qui se dénouent, se renouent et se dénouent encore. »

Une fois réveillée elle me raconte que le 12 octobre et le matin elle a eu des cauchemars affreux qui l'ont réveillée. Elle voyait son père qui lui faisait des reproches et tombait raide à ses pieds. Quand elle s'est réveillée

« elle ne se sentait plus, et était toute molle. » Elle a donc, réveillée, le souvenir de ses rêves en état de sommeil hypnotique.

Elle me raconte que pendant les vacances où jusqu'au 10 août elle avait seize ans, elle se trouvait très bien et ne s'est jamais sentie mieux depuis. Quand je l'ai amenée à trente-deux ans elle s'est mise à éprouver dans tout le corps un travail continu.

L'après-midi avanl que je la rendorme elle se sentait la tôle très grosse el 1res lourde : « G'esl à ne pas dire toutes les sensations que j'éprouve ; je ne peux pas nie rendre compte et puis c'est à ne pas croire Par moment, dit-elle encore, je sais très bien quel jour on est, el à d'autres pas, cela dépend des sensations que f éprouve. »

Pendant le reste du mois d'octobre, je continue chaque jour à lui rendre une sensibilité plus parfaite. Elle dit éprouver parfois la sensation de millions de petits lils qui se tendent dans tous les sens et la font se raidir, puis qui tout à coup disparaissent, et alors elle redevient très souple.

5 novembre. — Séance. Elle arrive à sentir son estomac creux et à avoir un peu faim. Elle va seule à la selle tous les jours depuis qu'elle seul son estomac et son ventre. Son visage la picote, H lui parait gonflé, el elle a intérieurement et superficiellement des cuissons dans loul le corps.

Pendant une courte absence que j'ai faite à la lin d'octobre, (die a eu ses règles et a eu une légère crise, mais elle n'a pas rétrogradé, el maintenant elle se domine seule pour ne pas filer, quand elle sent des fils se tendre dans sa tète et embrouiller ses idées. Son >ens musculaire est redevenu presque normal.

0 novembre. — Depuis quelques jours elle- regagne de plus en plus sa sensibilité normale. Elle a faim, ne soutire plus à la pression de l'abdomen, ni de l'épigastre. Ce malin, an réveil, elle se sent 1res bien, mais au bout de peu de temps elle a des énervements partout, plutôl que des douleurs à proprement parler comme d'habitude. A deux heures de l'après-midi elle a une attaque, après avoir perdu tout a coup sa sensibilité. Je l'endors el le soir elle se réveille seule se croyant à Fàge de sept ans, la veille de Noël 1867. Elle veut mettre ses souliers dans la cheminée, etc. — Je la rendors et lui commande de bien se reposer jusqu'au lendemain matin. La sensibilité tactile est conservée, mais le sens musculaire est perdu.

10 novembre. — Je lui fais recouvrer sa sensibilité el elle revient à son âge réel.

A partir de ce moment je me contente pendant les jours qui suivent de l'endormir le soir et de la réveiller le plus complètement possible le matin. Elle se seul bien mieux, a de l'appétit, et elle n'éprouve plus de travail intérieur. Le 16 novembre cela recommence un peu.

27 novembre. — Ces jours-ci elle sent à la peau des picotements, puis des aiguilles, qui deviennent des fds, lesquels se tendent et la raidissent. Quelquefois ils se rompent et alors elle recouvre sa souplesse. Avant de se rompre ils se réunissent, et elle a quelquefois la sensation d'un seul gros fil qui la parcourt de la tête aux pieds. Elle sent que s'il se rompait elle serait tout à fait bien. Maintenant elle peut lutter contre ces sensations.

Je continue à no faire que l'endormir et la réveiller le plus possible le matin, et la faire s'étirer, se détendre une fois éveillée.

2 décembre. — Ce malin je lui ordonne de se réveiller encore pins que d'habitude e1 à plusieurs reprises je lui referme les yeux et lui ordonne de se réveiller encore mieux. Le soir elle me dit avoir ressenti des choses qu'elle n'a pas encore éprouvées. Elle se sent gonflée de tout le corps; c'est comme si partout elle avait des abcès avec des élancements pas très douloureux cependant. Elle a un peu de contracture du sterno-mastoïdien gauche et de l'épaule. Mais elle me dit : « Ce n'est pas comme les autres fois ; c'est gonflé, mais il n'y a pas de picotements, pas de tils; ce sont des élancements entre cuir et chair. »

3 décembre. — Je la réveille encore plus qu'hier. Elle est mieux que la veille.

4 décembre. — Avant de la réveiller je lui demande comment elle va : « Je suis drôle, dit-elle, je ne sais plus comment mon corps est fait. » Elle senl comme une barre, quoiqu'on réalité elle soit souple. Sa sensibilité tactile paraît presque normal»1; mais le sens musculaire est extrêmement hésitant et perdu en bien des points. Je lui donne l'ordre de se sentir complètement .

Au réveil elle se sent mieux, mais le sens musculaire est encore très peu précis. Elle me dit dans la journée, que par moments «die ne se sent plus el se croit incapable de rien faire. Elle se demande si (die vit. Quand elle éprouve une sensation c'est de partout à la fois, dans la tète comme dans les membres. Ce ne sont plus des fils qui cassent; les raideurs qu'elle a ne sont plus les mêmes. Elle se sent changer.

14 décembre. — Elle a eu hier des douleurs de tète consistant en élancements entre cuir et chair. Aujourd'hui elle est mieux, quoique ayant encore de ces élancements dans la tête et comme de grosses barres dans le corps.

Je l'endors et lui ordonne de sentir complètement sa tète. Elle est prise de rapides secousses de tète de droite à gauche, avec légers mouvements dans le reste du corps. « Gela m'élance; ça me fait la même chose partout, dit-elle. » Je la réveille au bout de quelque temps pour éviter la fatigue.

20 décembre. — Elle a ses règles sans accident. Elle sent de mieux en mieux. Depuis huit jours elle n'a plus que des sensations de brûlure et des frémissements dans le corps et la tête. Elle sent encore dans celle dernière de [tel ils tils qui cassent, ce qui la soulage. Quelquefois elle o encore des serrements du tronc, et sa tète lui parait grosse. Tous les deux jours je lui fais une séance pour recouvrer la sensibilité de sa tête. Je conslale que depuis ce moment elle s'endort et se réveille très facilement en même temps que pins superficiellement.

21 décembre. — En lui faisant sentir sa tète, ce qui provoque un retour de sensibilité dans tout le corps, elle se réveille presque complètement toute seule. Pendant qu'elle est encore endormie elle me dit : « C'est pendant que je me travaille que je me sens le mieux; ça me dure une heure après le réveil, et puis ça me reprend. »

88 NATURE DE LHYSTÉRIE

23 décembre. — Malgré ses règles je lui fais une séance pour recouvrer sa sensibilité de la tête aux pieds. Maintenant elle n'a plus que des mouvements de reptation, et pas de secousses ni de grands mouvements. Je la laisse continuer seule une fois mise en train. Quand je reviens, je la trouve les yeux à demi-ouverts. Je les referme et lui demande si elle dort bien : « Mais je ne dors pas, me dit-elle ; je ne crois pas que je dors. » En réalité elle dort comme d'habitude, et je la réveille par le souffle. Elle se sent 1res bien, quoiqu'il lui reste, dit-elle, encore quelque chose.

En somme au fur et h mesure que sa sensibilité revient le sommeil esl moins profond; elle a tendance à se réveiller spontanément. Il lui semble même quand elle dort qu'elle n'est plus engourdie; elle a conscience d'elle-même. A mesure que le moment du réveil approche, plus la sensibilité devient vive et plus elle devient loquace, n'attendant plus que je l'interroge pour m'adresser la parole, me rendre compte de ce qu'elle éprouve, des idées qui lui viennent. Les répliques qu'elle fait sont moins brèves, plus explicatives. Elle a plus de spontanéité dans tous ses mouvements. En un mot sa personnalité se reforme à vue d'oeil.

Dans la journée, elle cause, joue, est gaie, et elle me dit le soir qu'elle ne s'est jamais sentie si bien depuis dix ans, mais qu'il lui reste encore quelque chose qu'elle ne peut définir et qui n'est pas tout à fait bien.

Elle me raconte qu'il y a quelque temps, quand elle avait presque complètement recouvré la sensibilité de l'estomac et le goût, elle sentait subitement tantôt un goût amer, tantôt un goût sucré, tantôt un goût fade dans la bouche, tandis qu'auparavant quand elle était anesthésique c'était toujours un goût fade, mais encore plus désagréable, qu'elle ressentait. Ces modifications subites de sensations gustatives — véritables hallucinations du goût — sont analogues à ce qui se passait alors du côté de ses membres où elle ressentait fout à coup du froid, ou des brûlures, ou depicotements, ou de la roideur, ou de la mollesse.

25 décembre. — Sa tête est un peu embarrassée. Je l'endors et lui ordonne de se ressentir de la tète aux pieds. Elle n'a que des secousses de tête. Quand celles-ci se calment, sa tète est un peu dégagée et je la réveille.

28 décembre. — Séance complète pour lui rendre, si possible, toute sa sensibilité normale. Je lui ordonne de sentir sa tète absolument complètement. Elle présente les réactions habituelles pendant un certain temps et puis tout à coup s'arrête. Je lui demande pourquoi ; elle me répond avec un Ion enfantin qu'elle est fatiguée. Je lui demande son âge; elle a cinq ans et demi. Elle se met à rire, très heureuse d'une poupée qu'on vient, parait-il, de lui donner. Je lui ordonne de se sentir de plus en plus. Elle repasse alors année par année et arrive h dix-sept ans. A ce moment elle dit avoir très faim, et comme elle commence à se fatiguer, je la laisse se reposer pendant dix minutes. A la reprise elle continue sa progression comme les précédentes fois et arrive au mois de juillet 1894. Je la réveille alors, parce qu'elle est fatiguée, en lui recommandant de ne pas s'étonner au réveil.

29 décembre. — Séance. Elle continue à parcourir son existence depuis

le mois de juillet jusqu'au 29 décembre. Elle me dit qu'elle se sent très éveillée. J'insiste pour qu'elle se réveille complètement. Elle a de nouveau des secousses, accompagnées de picotements, des balancements rythmés du corps. Tout à coup elle s'arrête et entr'ouvre Les yeux. Je les lui referme el lui ordonne de se réveiller de plus en plus. Elle reste un momenl calme, puis les mouvements reprennent. Elle me dit, quand je lui demande si elle commence à être bien et à se réveiller : « C'est quand je m'arrête que ça me pique. » Sa sensibilité cutanée et son sens musculaire sont revenus à ce moment. Elle entr'ouvre les yeux. Je les lui referme encore en lui disant de se réveiller encore mieux et de se sentir tout à fait. Elle a de nouveaux mouvements généraux avec force mouvements de déglutition, gargouillements dans l'estomac. Je l'encourage continuellement à se réveiller de plus en plus. Elle entr'ouvre à plusieurs reprises les yeux, puis les laisse ouverts. Réveillez-vous bien, lui dis-je derrière elle. Elle s'étire tout à coup, ouvre bien les yeux, et me regarde en me disant bonjour. Elle m'affirme être bien réveillée. J'appuie avec le pouce sur le l'ion! entre les deux sourcils. Elle referme aussitôt les yeux. La maintenant ainsi je lui ordonne de s'éveiller complètement. Elle s'agite de nouveau, principalement le tronc, et de nombreux gargouillements se produisent encore dans l'estomac et l'abdomen. Elle s'arrête encore, tousse, s'élire, ouvre les yeux, mais elle ne paraît pas me voir. Elle a encore quelques mouvements des bras, des jambes, de l'abdomen, de la gorge, la respiration est forte. Elle reste ainsi les yeux ouverts, fixes, quelque temps. J'applique de nouveau mon pouce sur son front. Elle laisse ses yeux se fermer et me dit qu'elle a envie de dormir. Elle est, dit-elle, un peu énervée parles picotements qu'elle ressent partout. Elle se congestionne un peu la face, et me demande de la réveiller. — Réveillez-vous, lui dis-je. — La congestion de la face disparaît, elle ouvre les yeux : « Oli ! dit-elle, en étirant ses bras ; ça dégringole. » Elle fait des mouvements d'étirement des bras et des jambes, a des soulèvements de tout le tronc. Elle rit sans savoir pourquoi et disant : « Mais c'est tout mon corps qui dégringole ! » Elle fait des grimaces, devient plus loquace et me dit : « Ça dégringole jusqu'aux pieds; voilà quinze jours que ça dégringole davantage. » Elle mâchonne, bâille, déglutit, se frotte les yeux, les cligne, a des happements des lèvres, toussaille, s'étire le cou. — Je lui dis de se réveiller encore mieux. Elle a de nouveau des soulèvements du tronc et des jambes, se tourne dans tous les sens, comme si elle cherchait à bien se rendre compte qu'elle se sent bien de partout. « Tiens, dit-elle, je ne les ai plus raides les jambes ; est-ce que ça restera; j'ai peur. »

Je lui applique de nouveau le pouce sur le front. Elle se rendort aussitôt elles réactions générales recommencent de plus belle. Puis elle rouvre les yeux spontanément, s'étire, baille, se frotte les yeux, s'étire encore, baille fortement et fréquemment, s'étire le cou, remue un peu les jambes, secoue deux ou trois fois la tète, se la gratte, se frotte les yeux. Puis elle se tourne sur elle-même pour s'assurer que « c'est bien elle ». « Ça me retourne les membres dans tous les sens, dit-elle en les étirant et les tor-

danfc ; ça dégringole toujours. » Cette expression de dégringolade exprime la sensation éprouvée d'un liquide frais qui coule dans son corps el ses membres.

Il ne" lui reste plus qu'un peu de gène encore dans la tête. Dans la journée elle est un peu fatiguée, et éprouve un malaise indéfinissable. Elle a d'ailleurs toute sa sensibilité. Je l'endors le soir.

Rien de particulier les jours suivants. Le 2 janvier, endormie hier soir, elle se réveille seule dans la nuit, pressée par un besoin. Elle paraîl bien réveillée et reste en bon état toute la journée.

3 janvier. — Séance. A la fin elle cesse de secouer la tête et il lui semble que des petits morceaux de verre s'y cassent. Elle me demande si je les entends. Une fois réveillée elle continue à avoir ces sensations, et par moments autour des yeux elle sent quelque chose de froid qui coule

10 janvier. — Endormie hier soir je lui ordonne ce matin de se réveiller seule. Elle se met aussitôt à se tortiller de tout le corps, comme si je lui avais dit de sentir. Elle sent que peu à peu elle se dégourdit. Puis les mouvemenls s'arrêtent. Elle ouvre les yeux, me dit bonjour et semble bien réveillée. Cependant elle a la tête encore un peu lourde, et je n'ai qu'à lui appliquer la main sur les yeux pour qu'elle se rendorme. Je lui dis de se réveiller et elle recommence aussitôt à se tortiller et à se secouer. Enfin les mouvements s'arrêtent. Elle bâille de plus en plus et rouvre les yeux. Je lui applique le pouce sur le front. Elle referme les yeux, el je lui ordonne de se réveiller encore plus. Elle se secoue de nouveau un peu, baille, s'étire, ouvre les yeux. Sans les lui refermer je lui ordonne de se réveiller tout à fait. Elle referme alors spontanément les yeux, se secoue, baille. Les mouvements s'arrêtent : elle baille profondément, s'étire, en I l'ouvre les yeux. Je lui dis de finir de se réveiller tout à fait : secousses des membres et du tronc, bâillements de plus en plus fréquents, étirements. Elle s'arrête de se secouer, s'étire encore en toussant et en bâillant, les yeux ouverts ; mais elle paraîl encore dans le vague. Elle continue à bâiller, à tousser; se frotte les yeux, s'étire les bras, se gratte le front, s'étire les jambes, bâille coup sur coup, pendant que je continue à l'encourager en lui disant de se réveiller de plus en plus, tout à fait. Les yeux sont par moments fixes et le regard vague. A la lin, je lui dis : « Réveillez-vous cette fois tout à fait, je le veux. » « Je ne peux pas, me répond-elle. » Je la réveille alors en lui soufflant sur les yeux.

Elle me raconte que hier elle s'est sentie beaucoup mieux, qu'il lui semblait que c'était elle qui agissait et non une autre personne comme d'habitude, qu'elle avait bien conscience de ce qu'elle faisait. Elle a une sensation de cuisson à la figure, des bâillements continuels dans la journée, et elle sent comme un liquide froid qui coule très doucement dans sa tête.

12 janvier. — Séance analogue à celle du 10. Elle sent toujours que cela coule froid dans la tête, que c'est froid et humide dans son corps, qui ne lui paraît plus gonflé. Elle ouvre les yeux, avec un regard tixe et vague. Je souille dessus, et alors leur aspect change et elle parait bien réveillée.

Les jours suivants elle a un peu mal à la tête et je la laisse se reposer. \ S janvier. — Séance complète. Le réveil spontané est presque complet. Dans la journée elle se seul bien et me dil que des choses qui la fatiguaient il y a quelques jours ne la fatiguent plus.

20 janvier. — Atteinte de grippe. Son père vient la voir le 23 janvier. A la suite de celle visite elle est assez énervée, a mal à la tête et présente un étal de confusion.

25 janvier. — Elle file, perd sa sensibilité, (aise de larmes. Je rendors le soir.

26 janvier. — Elle se réveille dans la nuit. Elle a cinq ans et demi. Elle reste au lit les yeux mi-clos, vagues. Son langage esl enfantin comme les autres fois; elle réclame sa poupée, sa maman, etc. Elle reste ainsi toute la journée et je l'endors le soir.

21 janvier. — Elle paraît bien reposée. Je lui ordonne de se bien sentir: « Qu'est-ce que ça veut dire^ me dit-elle; je ne sais pas ? » Néanmoins les réactions motrices habituelles se manifestent. Au bout de cinq minutes de uiands mouvements généralisés, elle a huit ans; et au bout d'une heure elle arrive à vingt-trois ans. Fatiguée, j'arrête el la réveille. Dans la journée elle reste dans un état vague, les yeux mi-clos ; à la suite de son dîner elle esl prise de douleurs d'estomac et se met à pleurer. Elle retombe alors à quinze ans el a des hallucinations se rapportant à des faits de celle époque. Je l'endors le soir.

28 janvier. — Après une nuit tranquille je lui fais une séance de deux heures et quart, où elle arrive à vingt-sept ans. Je la réveille.

29 janvier. — Séance. Elle arrive à son âge réel, et je la réveille.

Elle est toujours très grippée, et comme chez les autres il a suffi d'une affection fébrile pour la détraquer. J'attends que sa grippe soit passée pour la reprendre au point de vue de la sensibilité'.

Les 20, 21, 22, 23 février je lui donne simplement l'ordre de se sentir jusqu'à ce qu'elle puisse se réveiller seule. Elle y arrive le 24, etpeul aller se promener dans la journée sans être incommodée. Elle me raconte que sitôt dehors cela tournait un peu dans sa tête et qu'elle a craint de s'endormir. Mais à mesure qu'elle se promenait elle voyait plus clair qu'au départ el étail bien plus réveillée.

25 février. — Je la fais encore se réveiller seule le malin. Le soir elle chercheà dormir seule, naturellement. Mais dès que ses yeux se ferment el qu'elle va s'endormir, des rêves l'assaillent et elle se réveille en sursaut. A minuit je suis obligé de l'endormir.

26 février. — Je la laisse se réveiller seule comme les jours précédents en se sentant de plus en plus. Dans la journée le travail intérieur continue ; elle a chaud et froid dans la tète, et des secousses dans les membres.

27 février. — Endormie hier, je lui ordonne ce matin de se sentir de la tête aux pieds. Elle a d'abord des secousses de tête, avec sensation de coups de marteau; puis ça coule froid, puis <;a se réchauffe. + + « C'est comme si on versait de l'eau dans la tête, moins dans le corps »

-f- -f « Je suis bien maintenant ; il me semble que je m'élargis. » — Elle se réveille deux ou trois fois, se sentant bien, mais ayant froid intérieurement partout, avec de l'appétit; son sens musculaire et sa sensibilité paraissent normaux. Je lui referme les yeux chaque fois pour qu'elle continue à se sentir encore mieux. + + -f- Nouvelles réactions générales. « J'ai du trop froid, ou du trop chaud. » + + + Je la laisse reposer un moment, et à la reprise elle me dit se sentir de nouveau se raidir. Elle se met à réagir par des mouvements généralisés : « Ça tire partout; et après ça picole » + H — \- Elle se réveille seule, mais a encore des picotements par-ci par-là. Je la rendors et lui dis de se réveiller tout à fait. Elle seul alors quelque chose d'agréable qui lui traverse tout le corps, puis tout à coup une petite douleur à la hanche gaiiche, puis du froid qui coule dans les jambes, puis quelques secousses dans le ventre, puis quelques gargouillements dans le côté droit, un peu d'engourdissement de la tête, des mouvements des épaules et des doigts comme si ^lle voulait s'assurer de leur bon fonctionnement, -f- -f- La tête est encore un peu étourdie et elle a un peu mal au cœur, -f -f- Bâillements, étirements du tronc, des jambes -\ — \- Ouverture des yeux que je referme; étirements, bâillements, régurgitations, surtout bâillements + + + « Ça coule encore froid partout; ça m'élargit. + -f- + Etirements des membres, bâillements, mouvements de déglutition. A plusieurs reprises elle ouvre les yeux + + -f Elle ouvre les yeux en riant sans savoir pourquoi. Je les lui referme : « Je n'ai plus envie de dormir, me dit-elle. » Néanmoins elle les garde fermés et est reprise de régurgitations, de bâillements et de tiraillements, -f- -f- -f- Elle rit, mais ne sail pas pourquoi. Elle est contente, elle se sent bien, -f- + Elle ouvre les yeux, elle se sent très bien, « mais il reste encore quelque chose ». Je la rendors encore une fois. Mêmes réactions terminées par le rire, -f- -f « Ça me repique encore partout. »-{- + « Ça brûle partout. » — Ses joues se colorent, ses mains se réchauffent. « C'est en dedans que ça se réchauffe. » -f- + « Ça démange partout. » — Elle se frotte, -f -f- Enfin elle se réveille seule, et elle me raconte qu'il lui semblait que son corps se retourna il intérieurement, que ses membres se tordaient intérieurement aussi. Il lui semble qu'elle se sent plus jeune, plus gaie, moins sérieuse. Dès qu'elle se meut il lui semble que tout en elle se dilate et qu'elle est plus à l'aise.

28 février. — Hier soir elle a eu envie de dormir. Elle s'est endormie en effet, mais se réveillait tout de suite en sursaut au milieu des rêves. A minuit voyant qu'elle s'énervait de ne pouvoir dormir seule, je rendormis. Ce matin je l'ai laissée se réveiller seule. Ce soir elle s'est encore endormie seule, mais en se réveillant toujours de la même façon au bout de 1res peu de temps. Elle me dit que le soir elle a de la peine à parler, qu'elle sent sa langue qui s'épaissit, et qu'elle la sent engourdie ainsi que ses lèvres.

1er mars. — Dans la journée elle éprouve encore des sensations anormales. « Quand ça lui serre la tète par derrière, le cœur lui tourne et elle a de la gène respiratoire. » D'autres fois au contraire, sa tète se détend et en même temps sa poitrine s'élargit et elle se sent tout à fait bien et heu-

[.mis.'. Dans les jambes elle a tantôt dos douleurs dans les os, et tantôt une sensation de bien-être avec quelque chose qui coule tout doucement dans les jambes. Elle ne se trouve pas encore assez sûre d'elle pour dormir seule tant qu'elle éprouve tout cela, qui passe cependant spontanément.

2 mars. — Elle écrit à sa famille : « Je suis redevenue si jeune de caractère, que véritablement je suis étonnée de me trouver aussi âgée ; ma vie passée est comme dans l'oubli. En un mot c'est comme si je venais de renaître. »

3 mars. — Je la laisse se réveiller seule le malin en lui disant simplement de se réveiller de plus en plus.

Le soir à minuit elle me dit avoir sommeillé un peu, mais sitôt qu'elle s'endort elle se réveille en sursaut et en rêvant. « Je dors, dit-elle, mais c'esl un drôle de sommeil, j'entends tout. Quand je vais nf endormir je sens mon estomac qui se ferme et tout saule. » Je l'endors encore.

4 mars. — Je la fais se réveiller seule, et au réveil elle a les joues très rouges et qui la démangent.

5 et 6 mars. — Elle dort seule mais d'un sommeil toujours très entrecoupé et peu profond.

1 mars. — Elle a dormi cette nuit trois heures sans se réveiller.

10 mars. — Elle sort et se promène pendant deux heures. Tout lui paraît nouveau; elle admire tout et s'étonne de tout : « Tout est nouveau pour moi, dit-elle, c'est comme si je venais au monde toute grande. Il me semble que je n'ai jamais rien vu. » Elle s'amuse de tout ce qu'elle voit.

Depuis plusieurs nuits elle dort seule.

Elle a ses règles le soir.

13 mars. — Elle a un peu de céphalée, avec la sensation de quelques fils dans la tète depuis hier. Néanmoins la journée se passe bien. Le soir elle se sent la tète plus embarrassée; elle a un peu de torpeur et d'engourdissement. Je l'endors.

14 mars. — Je lui ordonne de se réveiller seule complètement. Mêmes réactions que d'habitude. Réveil complet.

15 mars. — Elle a dormi seule cette nuit mais avec des cauchemars.

17 mars. — Elle va se promener. Elle est très gaie, « se sent des jambes nouvelles ». Elle va à l'église, chante à la messe alors qu'autrefois elle ne pouvait supporter la musique d'église. Elle n'a qu'un souvenir vague de sa maladie, et de tous les accidents qu'elle a eus.

21 mars. — Elle a sans cause apparente une sorte de syncope avec perte de la sensibilité, qui revient presque seule. Mais elle se sent à la suite très fatiguée. Je l'endors. Elle ne peut pas tout de suite recouvrer toute sa sensibilité et je dois la laisser se reposer pendant trois heures, après quoi toute sa sensibilité reparaît et elle se réveille comme à l'ordinaire.

22 mars. — Elle a dormi seule cette nuit, mais avec des rêves et des cauchemars, et est bien le matin. Après le déjeuner elle se sent fatiguée et va se coucher. Elle ne se rend plus compte de l'état dans lequel elle est,. .le l'endors et, lui dis de se reposer. Au bout d'une demi-heure, crise avec cris, contorsions, grands mouvements, etc. Je la calme, arrête la crise et

la laisse au repos. Après quoi je lui ordonne de se réveiller seule complètèment. Mnis elle est trop fatiguée pour aller jusqu'au bout et je suis obligé de la réveiller.

24 mars. — Elle sort déjeuner en ville et revient un peu fatiguée. Elle sent que sa sensibilité se perd, et d'elle-même elle se met à s'étirer, à « travailler » comme elle dit, et sa sensibilité revient ainsi sans que j'aie besoin d'intervenir. Alors l'énervement et l'insomnie qu'elle avait les jours précédents cessent et elle s'endort le soir. Mais elle a toujours peur de trop profondément s'endormir et d'avoir plus de rêves el de cauchemars que lorsque le sommeil est plus léger. Elle est très heureuse de savoir maintenant comment s'y prendre pour recouvrer sa sensibilité quand elle la sentira se perdre.

Elle ne se souvient pas du temps qu'elle a passé ici depuis le jour où elle est revenue à l'Age de cinq ans et demi jusqu'à celui <>ù elle est arrivée à son Age réel.

A partir de ce jour je ne l'endors plus et la laisse complètement livrée à elle-même. Elle dort de trois à cinq heures la nuit en plusieurs fuis. Quand elle ne se trouve pas tout à fait bien elle va s'étendre sur sou lit et là se met à s'étirer les membres, le corps, le cou. Gela la plonge dans un étal particulier d'engourdissement un peu analogue à celui où je la plongeais quand je l'endormais, et d'où elle sort quand la sensibilité est redevenue normale.

Le 11 avril elle quitte la villa Montsouris, n'ayant plus de stigmates, le sens musculaire normal, de l'appétit, du sommeil, plus aucun accidenl nerveux, mais ayant encore par moment de petits picotements, oufrémissemenls, ou brûlures tantôt en un point tantôt dans l'autre.

11 septembre 1895. — Elle a rengraissé considérablement. Elle dorl bien quand elle n'est pas énervée, a faim aux repas et mange bien. Elle marche 1res bien, sans trace de boiterie. Elle' est très gaie, et est même liés jeune de caractère, prenant plaisir à des distractions de jeune fille. Elle « travaille » tous les jours pendant une heure, jusqu'à ce qu'elle seule son corps bien détendu.

Elle a des sensations génésiques assez violentes quelquefois. « Je n'avais .jamais senti ces parties-là, je n'aurais pas pu dire comment j'étais faite. » Elle sent toujours un « travail » se faire dans le corps : des frémissements, des tiraillements, des détentes.

La sensibilité générale est normale. Le sens musculaire est un peu hésitant. Le champ visuel est légèrement rétréci.

Elle sent parfois que sa sensibilité s'en va et la recouvre facilement. Elle éprouve alors des picotements, des brûlures. Ses points douloureux reviennent quelquefois mais disparaissent vile.

Je l'endors et lui fais ressentir depuis les pieds. Réactions habituelles, j'insiste sur le bas-ventre puisqu'il est ordinairement un peu hyperestliésié : « Ça me fait des points dans les côtés, ça se détend,., -f + Ça me brûle... 4- + Ça me tord... -\ — |- Ça va mieux, ça se détend... ça s'ouvre, ça s'ouvre de trop... -f Ça brûle moins... » Contorsions du bassin, écarte-

ments el rapprochements des cuisses, soulèvements du ventre, soubresauts. + -f Elle halète, bâille, rossent son estomac, se réveille enfin.

« Oh ! me dit-elle, je vis maintenant ; tout me paraît nouveau, me rond gaie. A la distribution dos prix je croyais entendre 'la musique pour la première fois. Tout me parait bon et agréable. » Son état général n'a jamais été aussi bon. Elle pesait 108 livres au mois déniais en parlant. Elle pèse aujourd'hui 127 livres. Elle va maintenant à la selle régulièrement, sans aucun médicament. Elle n'a eu aucun accident nerveux. Elle a remarqué que le froid lui fait perdre un peu sa sensibilité et que la chaleur la lui rend. Aussi redoute-t-elle l'hiver à passer.

20 mai 1896. — Elle vient me revoir. Elle est toujours en parfait état de santé el a encore augmenté de poids. Elle pèse maintenant 135 livres. Sa sensibilité est un peu diminuée d'une façon générale, mais elle n'a pas d'accidents nerveux. Elle continue à se bien sentir, à faire toutes ses affaires, à travaille]' el s'occuper comme elle n'a jamais pu le faire de sa vie. Elle a passé l'hiver, malgré ses craintes, sans troubles. Je l'endors et lui ordonne de se sentir tout à l'ail bien. Elle réagil comme d'habitude el tout d'nn coup se plaint de confusion de la tête, ne sait plus où «die est; je la réveille. Elle ne me reconnaît pas. Elle est revenue à treize ans. Le lendemain malin après avoir passé sa nuit endormie, de pour que la séance trop prolongée ne la fatigue, elle redescend, quand je continue à la faire ressentir, à cinq ans et demi, comme autrefois, mais elle regagne vite son âge réel el se réveille spontanément, toul à fait normale.

Remarques. — Ce cas est le plus remarquable à tous points de vue, tant à cause de la multiplicité et de l'ancienneté des accidents nerveux, que de leur guérison. C'était en effet un type d'hystérique complète et invétérée, dégénérée dans toute l'acception du terme. Depuis vingt-neuf ans qu'elle était en proie à tous les accidents hystériques imaginables, elle avait épuisé tous les traitements. Un séjour sous ma direction l'avait un peu améliorée, mais elle était restée avec tous les stigmates, sa coxalgie hystérique atténuée, il est vrai, mais persistante, avec des crises, du mutisme passager, etc. Le fait d'avoir pu guérir dans de telles conditions suffirait à lui seul pour rendre intéressante cette observation. Mais la régression de la personnalité faisant retomber une foin me de trente-quatre ans à l'état d'un enfant de cinq ans et demi, les étapes successives de sa personnalité pour arriver à sa personnalité actuelle complète, étapes où elle pouvait se maintenir pendant des jours et des semaines, l'emploi parla malade elle-même du procédé de réveil delà sensibilité pour faire disparaître les troubles qui menaçaient de se produire, et pour se remettre dans son état normal quand elle sent qu'elle perd un peu conscience et s'anesthésie, tout cela paraît presque invraisemblable à qui n'en a pas suivi toutes les phases.

Voilà dix-huit mois que cette malade est guérie, qu'elle a pu reprendre ses occupations, se livrer à des distractions, à des travaux, à des voyages qu'elle n'avait jamais pu supporter. C'est une vie nouvelle qui a commencé pour elle à partir du moment où elle a recouvré sa sensibilité, vie nouvelle au point de vue physique et au point de vue moral.

On excusera la longueur de cette observation, que j'ai cru ne pas devoir abréger, car elle est, je crois, unique en son genre, et les détails qu'elle renferme relativement aux modifications de la sensibilité m'ont été fournis d'une manière trop précise et trop exacte par la malade pour que j'aie cru pouvoir les écourter. Ce sont des cas qui ne valent que par la minutie des observations qui constituent de véritables expériences de laboratoire.

Hystérie chez une jeune fille de dix-huit ans : anorexie grave, vomissements, rumination. — Traitement psychique ordinaire, isolement, suggestion hypnotique: amélioration, persistance des stigmates, de V anorexie et de V insomnie. — Attaques convulsives, contractures. — Réveil simple. — Réveil de la sensibilité progressif et successif, et des sens spéciaux. — Régression de la personnalité jusqu'à Vâge de quatorze ans d'abord, puis jusqu'à quatre ans. — Phénomènes spéciaux du retour de la sensibilité de Vestomac. — Allochirie, écriture spéculaire, angine de poitrine hystérique, etc. — Rechutes, avec régression spontanée de la personnalité. Guérison relative.

Mllc Yvonne X..., âgée de dix-huit ans esl entrée le 29 octobre 1892 à. la Villa Montsouris ; sortie le 30 juillet 1893.

Antécédents héréditaires. — Père mort d'alcoolisme. Mère hystérique. Deux sœurs nerveuses, un frère cadet très nerveux.

Antécédents personnels. — A six ans et demi elle dormait déjà mal el faisait semblant de dormir quand sa mère venait. Elle était déjà analgésique car elle ne sentait pas quand ses sœurs lui tiraient les cheveux ou la pinçaient. Elle avait de la perversion du goût, mangeait des crudités, des cornichons, s'amusa un jour à boire du vinaigre dans lequel il y avait du tripoli. Elle ne mangeait pas de tout et vomissait déjà facilement certaines choses. Quand elle allait dîner hors de chez elle, elle avait toujours des indigestions et vomissait. A l'âge de sept ans a eu une contracture d'un genou à la suite d'une chute. Tous les hivers elle avait une toux rauque qu'on prenait pour de la laryngite ou de la bronchite, sans signes stéthoscopiques, depuis six ou sepl ans .jusqu'à quatorze ans, pour laquelle elle fut envoyée au Mont-Dore à treize ans, sans résultat. A cet âge elle aurait eu une sorte de fièvre typhoïde, sans diarrhée, ayant duré très longtemps avec anesthésie, douleur fixe du dos, de la tète et du bas-ventre, sans lièvre (?). La convalescence au lieu d'amener le retour de l'appel il, la laissa anorexique. Jusqu'à treize ans elle mangeait très bien et était grasse. A dix ans, à la suite de la mort d'une grand'mère elle est restée plusieurs mois sans pouvoir mâcher parce qu'elle ne pouvait qu'à peine ouvrir la bouche ; on attribuait cela à la sortie des dents. Elle dormait dès mal toujours. Très intelligente, 1res affectueuse ; scrupuleuse au poinl de vue religieux et affectif.

l'hystérie. — ii. 7

Depuis trois ans elle souffre de l'estomac, mange moins et amaigri. Elle rumine et vomit depuis près d'un an, après avoir vu sa mère prise pendant plusieurs mois de vomissements hystériques. En même temps, depuis un an environ insomnie complète, apathie, aprosexie, insensibilité morale.

Elle a en outre depuis plusieurs années des crises qu'on a méconnues et qui consistent en un besoin de mouvement excessif, en rires exagérés, avec sauts, cabrioles, etc., terminées par des pleurs le plus souvent. Ces derniers temps il lui est arrivé en dansant de tomber raide et de rester en catalepsie pendant plusieurs heures.

A son arrivée elle est anesthésique totale ; elle a de l'anesthésie de tous les viscères ; des points hystérogènes dans le bas-ventre (ovariens et utérin), au vertex, à l'occiput, interscapulaire ; anesthésie pharyngée, douleur épigastrique très marquée spontanée et par pression; anorexie .absolue; vomissements glaireux, bilieux et alimentaires précédés de rumination quand elle cherche à les retenir ; abolition du sens musculaire ; abasie dans l'obscurité, perd ses jambes dans son lit; insomnie complète; grande maigreur, aprosexie marquée; apathie; rétrécissement marqué du champ visuel.

Dès Tentrée on vainc assez facilement son refus d'alimentation. Elle mange régulièrement et convenablement, mais en cherchant toujours à se restreindre, et l'anorexie, c'est-à-dire l'absence d'appétit, persiste.

Elle a une perte marquée de la vision mentale. Au bout de quelques jours elle a de la peine à se rappeler les traits de sa mère et des personnes qu'elle connaissait.

A la suite d'une crise elle reste endormie. A partir de ce moment j'essaie de la suggestion pour faire disparaître les principaux symptômes et eu particulier l'anorexie. Mais quoique très facilement hypnoti sable , quoique d'une grande suggestibililé pour huis 1rs actes qu'on veut lui faire accomplir, pour la disparition des contractures qu'elle a assez fréquemment à la main ou au bras gauche, il est impossible de lui suggérer d'avoir faim, de ne plus avoir de points douloureux, ni de ne plus ruminer.

Les vomissements ont en effet disparu très rapidement en l'empêchant mécaniquement de vomir, mais la rumination a persisté malgré toutes les tentatives faites pour l'enrayer, et malgré les efforts même de la malade. Cette rumination s'accompagne en effet de régurgitation de liquide d'une saveur acide et brûlante, liés désagréable à la bouche.

Au mois de mars 1893 elle s'améliore ; l'anesthésie est moins profonde du côté droit, des crises convulsives liés franches surviennent. Son état mental est meilleur. Elle est moins apathique, moins aprosexique. Ses scrupules religieux disparaissent par suggestion. Elle commence à avoir le désir de guérir ; ses souvenirs visuels reparaissent, elle peut rejouer du piano, ce qu'elle ne pouvait plus faire, parce qu'elle était incapable de lire les deux lignes à la fois ; elle ne pouvait jouer que d'anciens morceaux et encore pas par cœur.

Elle s'efforce de ne pas ruminer et elle arrive en effet à diminuer un peu sa rumination, qui est surtout marquée après le repas du soir.

La sensibilité électrique qui avait disparu, reparaît. Depuis son entrée elle a augmenté de 12 livres.

Au mois de juin elle perd très rapidement toutes ses dents atteintes d'un trouble trophique que j'ai décrit ailleurs1, et on est obligé de les lui arracher toutes. Elle supporte bien l'opération et repart chez elle à la fin de juillet. Elle est toujours anesthésique, et anorexique. Elle a de l'insomnie, mais dort par suggestion pendant six heures chaque nuit, une fois rentrée chez elle.

En somme malgré la suggestion, hypnotique appliquée d'une façon suivie, chez un sujet éminemment suggestible et ayant une confiance extrême en moi, il a été impossible de lui faire recouvrer l'appétit, de lui faire disparaître la rumination et les points hystérogènes et de lui rendre le sommeil naturel.

L'été se passe à peu près bien, à part quelques attaques suivies de contracture du bras gauche principalement. Elle continue à manger, mais toujours sans appétit, et à ruminer.

Mais lorsque les froids surviennent elle éprouve une sorte d'engourdissement général et redevient apathique comme autrefois. Je la vois au mois de décembre 1893. Elle a beaucoup d'amnésie. Dès qu'elle ne voit plus les gens fréquemment elle oublie leurs visages : « Je pense aux gens, dit-elle, et je ne me les représente pas. » Quand elle lit elle oublie à la fin du livre ce qu'elle a lu. Quelquefois même elle ne peut pas lire ; elle ne comprend pas ce qu'elle lit. Quand elle entend causer pendant quelque temps, elle finit par ne plus comprendre ce qu'on dit : elle n'entend plus, ne voit plus rien ; c'est comme un voile qui s'étend sur son esprit, et son regard devient fixe dans le vague.

Elle devient indifférente aux gens qu'elle aimait le mieux autrefois et s'attache à ceux qu'elle a connus depuis son nouvel état.

Quand elle marche elle se demande si ce sont ses jambes qui marchent, si elle dort ou est éveillée, si elle vit ou si elle est morte. Il y a des moments où elle ne pense à rien. Elle ne se rend pas compte du temps. Si elle ne se souvient pas de la date d'un fait elle est incapable à brûle-pourpoint de dire s'il a eu lieu il y a un mois ou il y a un an.

Elle n'a que vaguement conscience de ce qu'elle fait et agit automatiquement. Elle est très longue à se décider : « C'est un travail dans ma misérable tète, dit-elle, pour faire même ma toilette; je ne peux pas me décider. »

Par moments elle s'engourdit; il lui semble que tout s'éloigne, se brouille, rapetisse. Par contre les bruits résonnent quelquefois trop fort et font le bruit de « pschutt » dans sa tête.

Elle ne se rend pas compte quand elle s'endort. Elle n'a jamais envie de dormir. Elle s'endort subitement. Quand elle se réveille c'est brusquement aussi. La nuit pendant son sommeil elle entend cependant tout ce qui se passe autour d'elle.

1 Coufjrès français de médecine de Nancy, 1890.

Elle est dans le môme état d'anesthésie que l'an dernier quand elle est venue se faire traiter.

J'essaie alors de voir si elle est en vigilambulisme. Je l'endors et lui demande si quand elle est éveillée elle Test bien ou si elle dort. Elle me répond qu'elle est « comme endormie depuis sa lièvre typhoïde », c'est-àdire il y a dix ans. Je lui dis alors de se réveiller complètement et je lui souille sur les yeux. Elle regarde autour d'elle en se réveillant et s'étonne que les meubles soient aussi clairs ; ils lui paraissaient foncés auparavant ; elle est surprise de voir des dessins sur les tapisseries qui lui paraissaient unies ; elle ne voyait que le milieu des pièces où elle se I couvait, maintenant elle les voit d'ensemble dans tous les coins. Elle se seul bien sauf sa douleur d'estomac. En rentrant chez elle le même joue elle fait les mêmes remarques que chez moi. Elle s'étonne de voir sur les papiers de tenture des dessins qu'elle n'y avait jamais vus. Tout le mobilier lui parait propre au lieu d'être couvert de poussière, d'une sorte de brouillard qui s'étendait entre elle et tous les objets.

Son champ visuel est beaucoup moins rétréci.

Elle est donc certainement en vigilambulisme depuis près de dix ans, et j'ai obtenu un léger réveil de sa sensibilité.

1894. — Elle revient chez moi au mois de mai 1894, toujours dans le même état d'anorexie avec rumination et d'anesthésie généralisée, avec points hystérogènes (vertex, dos, fosses iliaques, estomac); crises eonvulsives, contractures passagères, etc.

19 mai. — On lui apprend la mort de sa grand'mère à laquelle elle s'attendait du reste. Elle a une crise de secous^o à la suite de laquelle elle s'endort spontanément. J'en profile pour l'endormir du sommeil hypnotique et la faire passer en somnambulisme. Je lui ordonne alors de « sentir son estomac ». Elle éprouve d'abord des brûlures générales dans l'estomac, qui ne ressemblent pas à celles qu'elle ressent ordinairement au creux épigastrique, puis son estomac se met à se contracter, elle abaisse et soulève le creux épigastrique, la paroi abdominale, elle a des secousses d'estomac douloureuses. Convaincu qu'elle peut ainsi recouvrer sa sensibilité, je la réveille aussi complètement que je puis.

Le soir je l'endors de nouveau très profondément et lui dis de sentir ses mains où le sens musculaire est très diminué. Elle y ressent d'abord des fourmillements et remue en même temps les doigts. Confirmé dans mon opinion je lui dis alors de sentir son estomac.

Quoique je ne lui aie pas dit ce que j'avais fait ce matin, elle m'a prévenu avant que je l'endorme que dans la journée son estomac lui avait fait moins mal. En outre elle est allée abondamment à la selle, ce qu'elle ne fait jamais sans laxatif, et avait ressenti des contractions intestinales.

Elle est alors prise de contractions de l'estomac qui s'abaisse, se soulève, présente des secousses. Elle n'a plus de brûlures comme ce malin, moins de douleurs. Tout d'abord elle a des contractions de l'estomac sans savoir qu'elles se produisent. Puis les douleurs viennent, puis des secousses, puis des élancements. En même temps que les secousses elle

seul son estomac très largo, tandis qu'avant elle ne le sentait ni crime façon ni de Vautre. Fatiguée rapidement je la laisse au repos endormie pour le reste de la nuit.

20 mai. — Avant de la réveiller je la fais sentir un pou plus. Depuis hioi' elle est au régime commun. Elle n'a pas do renvois après le déjeuner du malin ; et à midi elle souffre beaucoup moins, quoiqu'elle ait bu du vin blanc coupé d'eau au lieu d'eau pure. Elle a quelques régurgitations, mais no so plaint pas do renvois acides. Elle est plus gaie et a l'air plus vif, pins éveillé. Sa langue qui avait une coloration noire sur le fond reprend sa colorai ion normale.

Le soir elle a une sorte do crise. Elle a peur, se figure revoir sa grand'm?re. Elle so demande si elle rêve ou non, si elle est chez elle ou ici, si même elle est jamais retournée chez elle depuis son premier séjour ici Tan dernier. Je l'endors ; elle se calme et je la laisse ainsi pour la nuit.

21 mai. — Je lui rends d'abord la sensibilité de l'estomac qu'elle ne seul pas du foui, dont elle n'a nulle conscience. Elle a des contractions, sans douleurs ni brûlures précédentes; les secousses vont en augmentant el il lui semble que son estomac est très gonflé; puis que peu à peu il diminue et enfin reprend son volume normal, ni gros, ni petit. En appuyant sur le creux épigastrique on ne provoque plus qu'une douleur très légère.

A la fin de la séance, lui demandant ce qu'elle ('prouve elle me dit que son estomac lui paraît séparé do son ventre par une barre. Elle me répète ce propos une fois réveillée. En morne temps qu'elle rossent son estomac elle se plaint d'étouffer malgré de larges inspirations qu'elle faisait. Je constate qu'elle no sent ni son cou, ni sa bouche, liés peu sa langue et ses lèvres, el qu'elle ne senl pas l'air pénétrer dans ses poumous, ni si elle respire pou ou beaucoup.

Je lui dis de sentir sa gorge : mouvements de déglutition, sensations de piqûres, de fourmillements, d'irritation, qui provoquent par moments de la Unix. Quand je lui dis de sentir sa langue elle se met à la tourner dans tous les sens; elle y éprouve des fourmillements , car elle la sentait engourdie auparavant. Quand je lui dis de sentir ses lèvres elle fait de même des contorsions, des grimaces de la bouche qu'elle remue dans toute-- les positions. Je lui fais de même recouvrer la sensibilité des voies respiratoires. Elle éprouve d'abord de la brûlure, de la sécheresse clans la poilrine.

Enfin je la réveille h; plus possible au commandement en lui soufflant sur les yeux.

Dans la journée elle se plaint encore de l'estomac et de renvois acides La ruminai ion est d'ailleurs moins fréquente. La sensibilité de la langue des lèvres, des voies respiratoires persiste. Elle me dit que ce matin elle ne savait pas si elle était en 189i ou en 1893 et qu'elle se croyait plutôt en janvier 1803, parce qu'elle se sentait froid intérieurement.

Elle rumine un peu plus et a quelques renvois acides, surtout le soir. Le soir elle repense comme hier à sa grand'mère.

22 mai. — Endormie je lui dis de sentir son ventre et, son eslomac. Elle a des secousses très fortes et l'estomac lui semble devenir très gros, puis se rétrécir ; puis comme rentrer en lui-même. En même temps que la douleur provoquée par ces secousses disparaît, le point hystérogène du creux épigastrique disparaît aussi. Elle éprouvre alors une sensation de chaleur dans l'estomac. Elle a des secousses analogues dans l'intestin. Elle y ressent des brûlures, puis des coliques, et bientôt les points ovariens disparaissent en grande partie. Je lui dis de ressentir depuis les lèvres jusqu'au bas-ventre. Elle remue les lèvres, tourne la langue dans tous les sens et la lire hors la bouche, et le signe de Briquet disparait. Puis elle a des picotements dans la gorge accompagnés d'une toux spasmodique. Après quoi elle dit qu'elle sent l'air pénétrer dans la poitrine et que cela lui donne envie de bailler. Elle est prise de bâillements. Puis elle éprouve dans tout le thorax une sensation de fraîcheur, de bien-être, de refonctionnement des organes. Je la réveille alors le mieux possible. Dans la journée elle continue à éprouver comme un bouillonnement dans l'estomac, une sorte de chaleur. Elle a à peine de régurgitations acides. Son teint est meilleur, plus clair. Elle dit qu'elle sent sa tête de travers, comme si la peau du crâne et de la face ('tait tirée en arrière et à gauche. Elle se figure par suite que ses chapeaux sont toujours de travers sur sa tête et elle esf obligée de s'assurer de leur position devant une glace. Elle a à peine de douleur à l'estomac aujourd'hui. Les règles surviennent le soir.

23 mai. - — Séance d'une heure pour sentir son estomac : secousses très fortes, sensation d'élargissement de l'estomac qui peu à peu diminue ; puis fourmillements, puis chaleur intérieure; -f- + nouvelles secousses plus fortes accompagnées de gargouillement intestinal. Le point gastrique disparaît.

Toute la journée elle n'a pas souffert de l'estomac et n'a pas eu de régurgitations acides. Le soir elle a des soubresauts et je la rendors pour la nuit.

24 mai. — Séance pour l'estomac : fortes secousses, accompagnées rapidement de gargouillements. Après les secousses surviennent les fourmillements et les picotements, puis c'est unesensalion de fraîcheur, -f -f. A ce moment surviennent de nouveaux soubresauts. Je lui demande pourquoi : « Je ne sens pas aussi bien le côté gauche de mon estomac que le droit, » me dit-elle. Ce côté, repasse par les mêmes sensations : secousses, fourmillements, fraîcheur. Puis elle a partout la même sensation de son estomac. Pendant tout ce temps il lui a paru diminuer de volume. Je lui dis alors de sentir depuis les lèvres jusqu'au fond de l'estomac : mouvements des lèvres, de la langue, de la gorge; toux puis bâillements. Elle sent ensuite qu'elle respire, puis elle sent son cœur qu'elle ne sentait plus battre. Quand elle commence à le percevoir elle dit : « Ça m'étouffe, c'est bien plus gênant. » Puis cette sensation disparaît et elle sent toute sa poitrine. Elle éprouve des secousses avec crampes dans les côtes qui se soulèvent maintenant avec beaucoup plus d'amplitude. Elle éprouve enfin une sensation de bien-être dans l'estomac et me dit : « Je ne sais pas ce que j'éprouve dedans, ça me donne envie de bâiller. » Avant d'avoir cette sen-

sation de bien-être, elle avait ('prouvé des sortes d'ondulations de l'estomac, comme s'il y avait eu quelque chose qui s'y fut promené.

Aussitôt après le réveil elle rejette de la bile.

Dans le repas qui suit elle sent les aliments pénétrer dans l'estomac. Mais dans la journée elle a des renvois alimentaires et aqueux acides, et éprouve de la brûlure à l'estomac.

25 mai. — Elle continue à sentir son estomac sans hyperesthésie ni points épigastriques. Mais elle a toujours des renvois d'un goût acide, et des brûlures d'estomac au moment où ils se produisent.

26 mai — Elle a reperdu de la sensibilité gastrique. « Quand j'ai des acides (elle appelle ainsi ses renvois de saveur acide) qui me brûlent, ça m'engourdit l'estomac. » Séance pour recouvrer sa sensibilité. Mêmes phénomènes pour l'estomac que les fois précédentes. Puis je lui dis de sentir la gorge. Elle a, en même temps qu'elle recouvre la sensibilité du cou, la sensation qu'il s'allonge; en outre elle a de la toux, puis des bâillements. Elle éprouve un sentiment de détente d'abord à la gorge, puis cela descend de plus en plus, toujours accompagné de bâillements, jusqu'à l'estomac qu'elle dit bien sentir. — En effet la pression de l'épigastre n'éveille plus aucune douleur, et la zone stomacale est sensible aux diverses excitations de la peau. — Je lui dis néanmoins de le sentir encore mieux. — Alors elle y éprouve des crampes ; puis quelque chose de « drôle », comme si l'estomac était plein et qu'on le creuse. — Elle se met à bailler de plus en plus, et enfin elle a des tiraillements qui cessent à leur tour. Ne pouvant pousser plus loin, je la réveille.

Dans la journée elle n'a ni douleurs, ni brûlures, ni renvois acides. — Le soir à la suite d'une lettre répondue à une de sa mère qui l'a inquiétée elle tombe dans le vague et ne sait plus si elle est en 93 ou 94, et si tout ce qui s'est passé depuis 93 n'est pas un rêve.

27 mai. — Très courte séance le matin. Dans la journée pas de renvois, pas de douleur. Celle-ci reparaît un peu le soir.

28 mai. — Son bras gauche est légèrement contracture le matin. Je l'endors et lui dis de le sentir. La contracture disparaît. Elle y éprouve d'abord des secousses, elle le tend et le détend brusquement, puis sent des fourmillements, puis des crampes et des démangeaisons. Je lui dis : « Que sentez-vous? » « Mon bras me paraît accroché à moi,» dit-elle; quand je la réveille elle le regarde, rétend, le tourne dans tous les sens et dit : « Il est tout drôle mon bras, je le sens d'une drôle de façon, » sans que je puisse lui faire définir ce qu'elle ressent.

Avant de la réveiller je lui fais ressentir son estomac. Elle présente les mêmes phénomènes qu'antérieurement, mais en un quart d'heure au lieu de trois quarts ou une demi-heure. A la suite des bâillements elle éprouve une « sensation drôle, comme mal au cœur ». Puis cela passe et elle dit se sentir très bien. Mais elle ne saurait dire si son estomac est vide ou plein. Je veux poursuivre plus loin, mais elle est fatiguée. Je la réveille. En voyant son déjeuner elle s'écrie : « Je le sens si à son aise mon estomac, c'est malheureux: d'y mettre quelque chose ! »

lOi NATURE DE L'HYSTÉRIE

Elle a encore dans la journée un peu d'acidité et de rumination. Mais elle ne souffre presque pas.

Le soir je lui fais recouvrer la sensibilité des deux bras. Mais elle ne sait pas les sentir ensemble ; quand le droit sent, le gauche ne sent plus, et réciproquement.

27 mai. — Ce malin nouvelle séance. Pour l'estomac, en insistant plus à chaque phase qu'elle traverse pour qu'elle seule toul à fait bien, les secousses persistent beaucoup plus longtemps, et reparaissent à plusieurs reprises, tantôt dans un point tantôt dans un autre de l'estomac, prouvant ainsi que tout l'estomac ne recouvre pas la sensibilité en même temps. Les sensations de chaleur avec ou sans ondulations de l'estomac, le sentiment de « quelque chose de drôle » accompagné de bâillements el qu'elle ne peu! définir, apparaissent beaucoup plus rapidement, et elle en arrive vite à la sensation de bien-être mais non de vide de l'estomac.

30 mai. — Je lui fais sentir en partie son ventre et les points douloureux s'atténuent. Elle rumine toujours mais n'a pas de renvois acides. Le soir, fatiguée par une longue course en voiture, elle souffre de nouveau légèrement de l'estomac; elle a de la tendance à la contracture des bras et a de la douleur de tête.

31 mai. — Séance. Secousses de l'estomac plus fortes que d'habitude. A certains moments elle a des contractions très fortes avec des secousses d'arrière en avant. Je lui demande ce qu'elle ressent. — H. Ça me secoue dans le sens de la longueur; avant c'était en large. — D. Pourquoi ? — R. Il y avait une partie qui ne sentait pas + +• Puis elle a des tiraillements avec nausées el bâillements ; ensuite des uausées seulement, puis la sensation de bien-être de l'estomac, sans pouvoir toujours dire s'il est vide ou plein; enfin « une drôle de sensation. » Je la réveille et elle me dil : « J'éprouve quelque chose de drôle dans l'estomac, comme si ça tournait. Je ne sais pas ce que c'est. » L'idée qu'elle peut avoir faim lui vient, elle désire avoir faim alors qu'autrefois elle prétendait toujours que c'était inutile et ne pourrait jamais lui revenir.

Dans la journée elle rumine encore. Le soir elle a un point hystérogène au vertex et elle écrit eu écriture spéculaire. Elle éprouve eu se regardant écrire l'envie d'aller à l'envers et de gauche à droite. Elle n'éprouve plus la rumination de la même façon qu'autrefois. Elle ne sentait pas quand elle se produisait alors, c'était subit, sans préparation. Maintenant elle sent que « ça tourne et remonte » ; elle ne peut l'empêcher mais cela la gêne.

{"juin. — Je lui fais ressentir en partie le ventre et mieux qu'avant l'estomac. A la suite des sensations qu'elle éprouve d'habitude elle a tout à coup de nouvelles contractions, comme si son estomac se tordait sur luimême : « Il me semble, dit-elle, qu'il rentre en lui-même. » Je lui dis de sentir complètement de la bouche au fond de l'estomac. Après les réactions ordinaires elle se sent très bien, et je la réveille.

Deux heures après le déjeuner elle commence à ruminer et à souffrir un peu de l'estomac et a des renvois acides, à la suite d'une lettre de sa

famille qui l'émolionne. Je l'endors et lui f;iis ressentir l'estomac. Je constate des gargouillements très intenses, un clapotemenl énorme, La sensibilité revient mal. Par un massage profond je refoule du liquide stomacal dans l'intestin, et aussitôt après Ja douleur est beaucoup moins vive. Elle a do nouvelles secousses, mais les gargouillements sont moins forts et elle sent qu'elle a moins de liquide dans l'estomac. Puis ils paraissent augmenter de nouveau comme si la sécrétion augmentait. A plusieurs reprises je lais refluer ainsi le liquide stomacal dans l'intestin. Et chaque l'ois que les secousses reprennent, il y a très peu de gargouillements et 1res peu de douleur à la pression de l'épigastre. Puis, sous l'influence des contractions el du retour de la sensibilité, le clapotemenl réparai! comme s'il y avail hypersécrétion chaque fois que l'estomac devient insensible. Enfin je loi fais ressentir l'estomac jusqu'à ce que toute brûlure et toute douleur épigastrique aient disparu.

2 juin. — Séance. Arrivée an point on elle a un sentiment de bien-être dans l'estomac, mais pas encore de sensation de vide, elle me dit que si (die ;i encore ruminé hier soir, c'est parce que le haul de l'estomac ne sentait pas encore bien. En effet elle présente des contractions très fortes de la partie supérieure du creux épigastrique. Puis (die sent que son estomac est vide, ce qu'elle n'avait pas encore ('[trouvé. Je la réveille et aussitôt elle me dit qu'elle voudrait bien avoir faim. Sans que j'y fasse jamais allusion maintenant celle idée la poursuit. Elle mange bien sans se faire prier le soir, sans douleur à la suite. Elle a à peine quelques ruminations. Le soir elle nie dit avoir bien plus facilement digéré. Elle n'a eu des gargouillements qu'en ressentant l'estomac : elle présente encore un peu d'hyperesthésie dans la partie supérieure du ventre, mais non dans le basventre. Quand la sensibilité y revient il lui semble qu'on lui enfonce un gros bâton dans le vagin. Elle a des secousses très nombreuses, qui la forcent à procéder très lentement.

3 juin. — Je lui fais ressentir tout l'estomac jusqu'à ce qu'elle arrive à la sensation qu'il est vide. A la suite de celle séance elle ne rumine pas, malgré une légère tendance à le faire qu'elle peut réprimer seule. Dans [ajournée (die se fatigue à sortir el le soir elle rumine un peu.

5 juin. — Séance. Je commence par l'estomac : contractions, secousses dans tous les sens, très prolongées ; presque fout de suite après apparaissenl les bâillements et la sensation de vide.

Je lui fais sentir alors depuis les lèvres ; mêmes réactions que d'habitude. Puis je lui dis de sentir la nuque et le dos. Elle se met alors à secouer sa tête latéralement, à étirer le cou; elle a des secousses du dos et éprouve des fourmillements dans les bras : « C'est comme si on me dénouait quelque chose dans le dos, dit-elle. »

Elle a les bras contractures. Quand le dos recouvre la sensibilité ses mains se relâchent; quand je veux les ouvrir de force elle souffre dans le dos entre les épaules. Je lui demande pourquoi. Elle me répond que cela lui correspond dans le dos. Je lui demande depuis combien de temps elle ii" seul pins son dos. Depuis six ans, dit-elle.

Pour ne pas la fatiguer je la réveille.

Après le déjeuner elle rumine et souffre un peu de l'estomac.

Le soir elle est dans le vague. Lajsensibililé du dos est conservée, sauf le point interscapulaire qui persiste encore un peu, et l'épaule gauche qui est moins sensible que la droite. Je lui demande à quoi elle pense : c'est à son père, mort il y a six ans. « Je l'ai vu aujourd'hui, ajoute-t-elle, en complet gris; il m'a embrassée ; je l'ai vu, j'en suis sûre, je voudrais le revoir. — D. Quand l'avez-vous vu, êtes-vous bien éveillée? — R. Je ne sais pas, mais je l'ai vu. » — Je l'endors alors et lui repose les mêmes questions : « C'est ce malin avant de me réveiller. J'ai eu la sensation que j'avais mal au cœur, que je vomissais et mon eslomac me faisait mal ; une fois réveillée cette idée m'a poursuivie toute la journée. — D. A quoi pensez-vous en même temps ? — R. A tout ce qui s'est passé pendant nia lièvre muqueuse. — D. Quand cela? — R. Il y a six ans et demi. Je ne sais ce que j'ai ce soir, j'ai peur. » — Je l'endors alors pour la nuit.

6 juin. — Séance. Mêmes phénomènes de retour de la sensibilité de l'estomac. Mais, après la sensation de vide, la sensibilité se propage spontanément à l'œsophage et à l'abdomen. Le sentiment de vide augmente de plus en plus, des Liraillementssurviennentavee do bâillements. Elleme demande alors si ce qu'elle éprouve est de la faim. Sans lui répondre je la réveille. Elle me dit alors : « Tiens je crois que j'ai faim : j'éprouve quelque chose de drôle; il me semble que si je prenais mon déjeuner ça ferait passer ça. » Je me borne à lui dire d'essayer pour éviter toute suggestion de faim.

Dans la journée elle rumine deux ou trois fois. A la suite d'une lettre de sa mère qui l'émotionne, sans raison d'ailleurs, elle est reprise de douleurs de l'estomac et se met à repenser à son père qu'il lui semble toujours voir en complet gris.

A 4 heures elle a une crise d'étouffement avec pleurs. Quand je viens la revoir elle est dans le vague et dès que je la fais asseoir elle s"endort spontanément. Je l'interroge alors. — D. Qu'est-ce que vous éprouvez? — R. Il me semble que je suis une autre personne. — D. Comment vous tigurez-vous être ? — R. Comme un personnage dans un livre. — D. A quoi pensez-vous? — R. A mon père et à tout ce qui se passait il y a six ans; je viens d'avoir une crise comme j'en avais alors; mon mal d'estomac a passé après. (En effet le dos et l'estomac ne présentent plus d'hyperesthésie.)

Je lui ordonne de se réveiller le plus complètement possible et elle me montre alors un morceau de papier sur lequel elle a écrit elle ne sait quoi avant sa crise. Il est en écriture spéculaire, daté du 27 septembre 1888 et contient ces mots : « Je t'aime, mon père chéri, viens donc voir ton Yvonne; elle sera si heureuse de pouvoir t'embrasser; pourquoi m'as-tu quittée ? » La date est celle de la mort de son père.

Le soir après dîner elle est reprise de douleurs d'estomac sans rumination. Elle est très énervée, pense à son père et à toute l'époque de sa mort. Je l'endors profondément le soir pour la laisser reposer la nuit.

7 juin. — Elle est calme et reposée, n'a plus mal à la tète, ni à l'esto-

mac. Je la laisse endormie et lui demande à quoi elle pense. « Tout le temps à ma poupée, me répond-elle. » Le dos, le ventre sont à peine douloureux; elle ne sait plus sentir son estomac dont elle ne souffre pas du tout d'ailleurs, et dont la paroi correspondante de l'abdomen esl sensible. Elle arrive néanmoins à réagir pour sentir et tout à coup se tire les cheveux. — D. Pourquoi vous tirez-vous les cheveux? — R. J'ai mal dans la tête; je ne sais pas où je suis, ça m'ennuie. — D. Où croyez-vous être?

— R. A M... chez bonne maman. — D. En quelle année ? — R. Je ne sais pas; je voudrais bien savoir ce qu'on a fait de ma poupée. — D. Quel âge avez-vous? — R. J'ai dix ans. — D. Pourquoi avez-vous mal dans le dos?

— R. C'est ma sœur qui m'a tapée; nous nous disputons tout le temps. — D. Et dans le ventre pourquoi? — R. Je ne sais pas.

Je lui dis alors de sentir sa tête complètement. (Elle dit qu'elle la sent toute brouillée, comme une boule qui tourne.) Aussitôt contractions «le tous les muscles du front, des yeux, de la face, oscillations latérales de la tête, relations du cou; elle se tire les cheveux, se frappe la tête avec le poing. Il lui semble qu'on lui tire le cuir chevelu dans tous les sens. Puis elle éprouve des fourmillements, et comme si « sa peau se recollai! sur le crâne. » Elle oscille la tête latéralement en se tenant la nuque. -f-fElle sent mainlenanl sa tête lourde et grosse, toute pleine, et y ('prouve des coups de marteau. Il lui semble qu'on la serre. + -f- Il lui semble maintenant qu'on la desserre et éprouve intérieuremenl des battements. Elle cesse de la faire osciller. Les battements durent longtemps, et après, la tète se rapetisse et devient plus légère; elle lui fait moins mal. -f- -j- Elle secoue de nouveau la tête dans tous les sens : on lui tire intérieurement ce qu'il y a dedans. A ce moment elle ne sait plus quel âge elle a, qui je suis. Tout à coup elle me dit, sur ma demande de ce qu'elle éprouve : « Je ne sais pas ce qui se passe dans ma tête ; c'est comme si j'avais envie de dormir; je ne me sens plus respirer : » En même temps la douleur d'estomac et d'abdomen apparaît. Elle a dix ans. + -f- Je la laisse continuer seule un quart d'heure sans intervenir. Au bout de ce temps elle est à dix-neuf ans. Elle est ici. Je lui dis alors de sentir tout à fait son estomac : sa tête est moins lourde, plus dégagée; le sens musculaire et la sensibilité générale sont dans le même état. Elle arrive à sentir encore plus son estomac qu'hier, et en se réveillant elle me dit : « J'ai faim. » C'est la première fois qu'elle manifeste ce besoin. Mais si peu qu'elle a mangé cette sensation disparait.

9 juin. — Elle recouvre presque complètement la sensibilité du dos sauf un petit point à l'omoplate gauche. Elle arrive à la sensation de creux dans l'estomac et de faim. Mais la faim cesse peu après le réveil, même sans avoir mangé'. Après déjeuner elle est reprise de rumination. Je l'endors et constate que l'estomac ne sent pins guère. Debout, elle en recouvre la sensibilité1 et les liquides qu'il contient produisent un bruit de gargouillement et de clapotement. La rumination cesse, mais elle reparaît dès (pie je la fais s'étendre et que le liquide stomacal gagne la région cardiaque. Puis les phénomènes s'arrêtent et tout à coup la rumination

reparaît en même temps qu'un point douloureux à droite, vers le pylore. En même temps qu'elle recouvre presque complètement la sensibilité de l'estomac, un point du dos, correspondant à celui de Pépigastre, disparaît. A la fin elle sent qu'elle a encore des liquides dans l'estomac, mais elle ne rumine plus et n'a plus de douleurs. Elle me dit qu'elle se figurait que tout le monde souffrait comme elle pour digérer, et c'est ce qui fait qu'elle négligeait de dire ce qu'elle éprouvait. Dans la journée elle ne rumine pas et elle ne souffre pas.

Après dîner elle rumine de nouveau mais sans douleur.

{{juin. — Séance pour la sensibilité du dos et des bras. Je remarque que les points douloureux disparaissent d'abord avant que la sensibilité ne soit revenue. Puis elle éprouve des fourmillements, des démangeaisons; puis cela gagne les bras de la racine aux extrémités, avec un senliment d'inquiétude, d'agacement dans les membres supérieurs.

Elle souffre toujours d'un point à droite de l'estomac qui correspond à a région pylorique, et qui est extrêmement douloureux à la pression. Peutêtre y a-t-il un point liyperesthésique au pylore d'où contraction douloureuse au moment de l'issue du chyme et régurgitation du liquide arrêté au pylore. Je lui dis de sentir toute la région de ce point. Elle a aussitôt de fortes contractions de l'estomac : « il semble (pion m'ouvre ces partieslà. » A un autre moment elle trouve que « ça lui creuse l'estomac ». Elle a fiam, puis cela passe. Je lui dis alors de sentir depuis la bouche. De nouveau elle a des contractions de l'estomac avec douleurs correspondant dans le dos et au côté droit. Je la réveille.

Le soir elle rumine et a son point à droite. Elle sent des brûlures dans la région pylorique alors qu'avant de recouvrer sa sensibilité elle n'éprouvait rien au moment des spasmes qui accompagnaient la rumination.

12 juin. — Séance. Je lui fais ressentir l'estomac surtout à droite. Il lui semble qu'il s'ouvre. Elle a des picotements, une sensation d'écartèlement. Elle m'avoue avoir ce point douloureux du côté droit depuis l'âge de six ou sept ans. On prenait cela pour une douleur au foie. Je lui dis de ressentir le ventre. Gela amène* des douleurs qui correspondent dans les jambes. — Dans la journée elle a la tête qui se brouille; elle est alors reprise d'idées tristes; elle ne pourra pas guérir, elle retombera toujours; tout lui est égal. Les points du dos, de l'estomac, de l'épaule gauche, reparaissent.

13 juin. — Elle est légèrement contracturée des quatre membres ce matin. Séance. Je commence par les jambes. Elle sent aussitôt des tiraillements jusque dans le ventre, à ses deux points ovariens. Puis elle a des secousses alternativement dans chaque jambe. Ensuite ce sont des inquiétudes dans les pieds et les mollets : « C'est drôle, mes pieds me gênent; ils sont dévissés. » Elle ressent ensuite les cuisses : mêmes phénomènes ; élancements partant des points ovariens. A un moment, après avoir senti séparément la jambe droite, elle dit : « Elle est plus longue que ma jambe gauche, je vais boiter, il me semble que ma jambe gauche n'arrive pas à mon genou droit. » Quand elle ressent ses cuisses, elle a mal dans l'aine.

C'est une douleur don! elle se plaint quand elle marche. Quand la sensibilité revient, il lui semble « que tous les nerfs de l'aîne sont noués ». La jambe gauche lui cause plus de douleurs pour recouvrer sa sensibilité que la droite. Pins grosse el plus comte que la droite, elle redevient de même grosseur el de même longueur à mesure que la sensibilité reparaît. Ce retour de la sensibilité des membres inférieurs amène une diminution considérable des points ovariens. Je lui dis alors de sentir le bas-ventre. Elle est prise de violentes secousses, avec gargouillement. Elle a des douleurs vives, de caractère expulsif. Il lui semble qu'il va sortir d'elle un corps volumineux qui la distend, qu'elle est très grosse. Elle éprouve des tiraillements dans les reins, puis des pincements, des brûlures; je la léveille alors.

La sensibilité tactile est encore un peu obtuse surtout à gauche; le sens musculaire est revenu à droite, mais non à gauche. Ses jambes lui semblent encore lourdes surtout la gauche. Elle a encore des brûlures à l'estomac et des renvois acides. L'épigastre est encore un peu anesthésique. A la suite elle a des coliques et des envies d'aller à la selle.

Le soir elle me dit qu'elle est incapable de se rendre compte de ce qu'elle a fait dans sa journée. Endormie elle se demande si elle rêve ou non. Elle est obsédée par une odeur d'abricots et de confitures, et il lui semble être en pleine saison d'été à Y. au moment de la mort de son père. En même temps elle a de la confusion dans la tète, ne se rend plus compte où elle est, ni de la réalité de tout ce qui s'est. passé. Elle est très énervée.

14 juin. — Je lui fais sentir les jambes; picotements, fourmillements, en remontant de pins en plus depuis les pieds. Après avoir ressenti les élancements dans le ventre, elle souffre de ses points ovariens et me dit : « Ça m'a réveillé mes anciennes douleurs d'il y a deux ans. » Fatiguée, je suspens la séance. Elle me dit alors qu'il lui semble être deux personnes, une ici, une en 1888 à V. et au Mont-Dore, et c'est, dit-elle, « une bouillie dans ma tète ».

Je reprends et lui fais sentir l'estomac dont le côté gauche paraît mal se contracter. Elle m'avoue qu'elle ne le sent pas et ne l'a pas encore bien senti. Une fois qu'il est un peu sensible, je la réveille le plus complètement possible.

Dans la journée elle souffre du côté gauche de l'estomac et rumine. Elle me dit : « C'est drôle, je ne sais pas comment je suis ; je sais que je vis et, je ne sai> pas comment je vis ; je vais, je viens, je parle, mais c'est comme une mécanique. »

15 juin. — Séance pour lui faire sentir encore mieux ses jambes et son bas-ventre. Elle a des douleurs lancinantes et expulsives dans l'utérus et le vagin, des sensations de coups de couteau, des brûlures. En même temps (pie la sensibilité profonde des organes revient la sensibilité cutanée reparaît aussi. Je remarque en outre qu'à toute la partie gauche de l'estomac, qu'elle dit mal sentir, correspond de l'anesthésie cutanée, qui n'existe plus à droite.

16 juin. — Je lui fais recouvrer partiellement la sensibilité de l'estomac et de l'intestin. Au niveau de son point à droite du ventre, je constate une zone d'anesthésie cutanée qui disparaît à mesure que je lui dis de mieux sentir son ventre et que le point diminue. Elle n'a pas la sensibilité du dos dans toute la partie correspondante et il y a deux points latéraux au-dessous des côtés. Elle ne sent pas encore la face postérieure de l'estomac. Tout à coup pendant les contorsions du bassin et les secousses de l'intestin et de l'estomac, j'entends un craquement en arrière, à la suite duquel elle dit qu'elle se trouve soulagée et que ça s'est produit dans les intestins. En même temps le point a disparu. Elle éprouve maintenant dans l'intestin des pincements, des élancements ; il lui semble qu'il y a quelque chose qui se dénoue. Le soir elle a un point à l'épaule gauche.

il juin. — Elle a mal à la tête depuis ce matin. — D. Pourquoi? — R. C'est quand j'ai mal au nez. — D. Quel mal? — R. Il me semble qu'il se bouche ; c'est ce que j'ai eu quand j'étais petite et que j'avais toujours mal à la tête. — D. A quel âge? — R. A treize ans. — Les jambes ont gardé leur sensibilité encore obtuse.

Je l'endors et lui dis de sentir les hanches. Elle y ressent des frémissements, perceptibles au palper, à la suite desquels l'articulation de la hanche reprend sa souplesse.

18 juin. — Retour presque complet de la sensibilité de l'abdomen, et de la partie postérieure de l'estomac. A la suite elle éprouve de la faim avant le déjeuner pendant seulement quelques minutes. Endormie le soir.

19 juin. — Elle est un peu énervée. Elle a ses règles. Je lui rends seulement la sensibilité de l'estomac. Elle arrive à la sensation de faim qui passe très vite. J'insiste à nouveau pour qu'elle sente complètement. Elle a alors de nouvelles secousses du côté gauche dans l'estomac, qu'elle me dit mal sentir.

20 juin. — Je lui fais recouvrer la sensibilité des bras et de l'estomac. Encore très énervée le soir.

21 juin. — Je lui dis de sentir la tête. Elle la secoue, la tourne, se secoue de tout le corps. A un moment elle dit : « Tout tourne dedans. Je crois que je vais devenir folle. » A un autre moment elle a un sifflement laryngé, comme si elle était asthmatique et elle revient à l'âge de treize ans. + + Puis elle a une sorte de crise avec des cris perçants, stridents. Elle a quatorze ans : « J'ai toujours des crises comme cela, dit-elle, -f- -f- Elle se met à tousser. Elle est à Vichy. Elle a seize ans. + + Elle a dix-sept ; elle n'a plus de toux, mais elle a mal à l'estomac et fait des efforts de vomissements. Elle ne veut pas l'avouer à sa mère parce que ça la tourmenterait. H — f- Elle a des nausées et n'a plus si mal à l'estomac : sa tête est toute vide, -f + « Elle a dix-huit ans ; elle est ici depuis le mois d'octobre. Elle ne veut pas en finir; elle ne veut pas rester endormie ; ça l'engourdit de dormir. »

Je la laisse se reposer et reprends la séance l'après-midi. Elle se remet à sentir; elle est retombée en 1892. Elle cherche ses dents qu'elle ne sent plus : « Le Dr V. m'énerve, dit-elle, avec ses lavages d'estomac. » Elle ne

me connaît pas. » Où sont mes dents, dit-elle, mes lèvres rentrent ; je les avais. » -f- De nouveau elle a mal au cœur : « Pourquoi mes sœurs ontelles dit à maman que je vomissais; tout magace, tout le monde m'énerve, je ne veux pas sortir. » -f- Elle est ici, au moins de janvier 1803 : « Il ne faut pas que je vomisse, vous me l'avez défendu. » Elle souffre des dénis ; il lui semble qu'elle n'a pas de tète. -\ — |- On lui a arraché les dents. Elle a mal aux gencives; elle s'appuie les mains sur la bouche avec une expression de souffrance. On lui a arraché les dents il y a 3 jours. H — h Elle a des élancements dans la tête. Le visage se détend. — D. Que senlezvous? — R. Ça se nettoie dans ma tête. — D. Où êtes-vous en ce moment? — H. Ici, en 1894-, pourquoi me demandez-vous cela? — Elle n'a aucun souvenir des phrases précédentes.

Elle ressent des picotements dans le cuir chevelu, et intérieurement « c'est de la bouillie ». + + Clignements des yeux, froncements du front, de tous les muscles de la face, -f- Douleurs en coups de couteau dans la tête, qui lui paraît lourde par derrière et qu'elle dit ne pouvoir remuer. Elle ressent toujours des douleurs en coups de couteau au vertex. Se sentant fatiguée, je la réveille.

Le soir après dîner elle éprouve un peu d'étouffemenl, a de la douleur d'estomac avec rumination et tout à coup elle a une bouffée de chaleur à la tète, avec picotements, sueur de la poitrine, des bras, de la tète. Elle ne pense plus qu'à l'époque où elle avait quatorze ans et où elle éprouvait des phénomènes semblables. Je l'endors le soir.

22 juin. — Elle est très reposée le matin et je continue à lui faire ressentir la tète. Elle ia secoue comme d'habitude latéralement. Les secousses se généralisent quelquefois aux membres. + -f Elle sent de la douleur aux genoux surtout à droite. Je lui demande ce qu'elle a. — IL C'est depuis que je suis tombée. — D. A quel âge ? — R. A sept ans. — D. Et quel âge avez-vous maintenant? — R. Je ne sais pas. — Sa jambe droite est contracturée en flexion, et le genou est très douloureux. Je la rendors plus profondément. Son genou se détend aussitôt. Elle a dix ans, et se seul très bien. Elle repasse rapidement à douze ans et demi et cherche où sont ses dents. -f- Elle va avoir treize ans. Elle se plaint de l'estomac : « J'ai mal au cœur chaque fois que je bois du vin. » + Secousses de tète, contorsions de tout le corps ; elle souffre du bas-ventre, -f Secousses et frémissements de la tête; clignements des yeux; secousses généralisées. -4- Il lui semble qu'on lui tire la tète par derrière, -f- Elle gémit : « J'ai mal au cœur ; je vomis toujours. » Elle va avoir dix-huit ans. Elle appuie la main sur l'estomac avec une expression de- souffrance, tousse et a des haut-le-corps. Elle se tortille dans tous les sens. + Elle est en février 1893: « Ça me brûle dans l'estomac, mais vous ne voulez pas me croire. » Elle a des contractions de l'estomac, de la toux, -f- Secousses de tête et de tout le corps. Véritable crise où elle se contracture des quatre membres : « C'est parce que j'avais mal à l'estomac, » m'explique-t-elle quand c'est terminé. -f Secousses de tète : elle est maintenant à l'époque actuelle. + -f- Ondulations du corps, étirements et mouvements des bras, bâillements (« c'est

mon estomac qui se creuse »), fourmillements dans la tête. A ce moment tous les mouvements sont souples et la sensibilité à la douleur est presque normale. + Les picotements de la tête continuent ; frémissements et petites contractions dans tout le côté gauche. Elle sent qu'elle ne pourra pas arrivera se réveiller seule aujourd'hui. Je la réveille. Elle se sent bien et me dit : « C'est drôle, il me semble que je vous ai connu à quatorze ans. Je vois une porte avec un escalier, de la glycine autour, et vous je ne sais pas où vous êtes, mais je vous vois sans vous voir ; je ne peux pas expliquer cela. » Or hier soir elle se croyait à l'âge de quatorze ans, et la description qu'elle me donne là est celle de la maison de sa grand' m ère où elle était alors. « Tout se confond, ajoute-t-elle, je n'y comprends rien. »

A déjeuner je la force à manger un peu plus. Elle se contrarie, se remet à souffrir de l'estomac et rumine. A deux heures je la rendors et. lui fais ressentir le ventre el l'estomac. Quand elle a terminé les réactions habituelles elle dit : « C'est drôle je me sens comme à quatorze ans et demi. J'ai la même douleur à l'estomac. Je sens l'odeur de papier végétal qui me faisait mal à l'estomac. » Elle tousse comme elle toussait alors.

23 juin. — Séance. Elle recouvre la sensibilité des intestins qu'elle ne sentait pas bien. La sensibilité cutanée revient en même temps el les points ovariens disparaissent presque complètement. Elle me dit : « Mon estomac se contracte dans un sens et mon intestin dans l'autre. » Je lui fais ressentir tout en bloc, œsophage, estomac et intestin. Après déjeuner elle ne rumine que deux l'ois et ne souffre pas de l'estomac. Elle se sent bien.

Ceux qui la voient de temps à autre remarquent un changement progressif. Elle est plus libre d'allure, plus vive dans la conversation, la physionomie est plus ouverte, plus éveillée; elle semble se développer, s'épanouir. On remarque aussi qu'elle a meilleur caractère que l'an dernier. Ces constatations lui font très plaisir. Elle me dit avoir la tête beaucoup moins embrouillée et comprendre bien mieux les choses. Quand on lui disait quelque chose elle répondait très bien si elle ne prenait pas le temps de réfléchir. Si au contraire on lui disait de faire attention et de bien comprendre elle avait plus de difficulté pour saisir et il lui semblait que « ça n'entrait pas dans sa tète ».

25 juin. — J'entreprends de lui faire ressentir tout le ventre. Je constate que la masse sacro-lombaire est douloureuse, plus à gauche qu'à droite, quïl existe un point au niveau de la colonne lombaire à la partie supérieure, que tout le trajet abdominal du psoas est douloureux. Je lui dis de ressentir tout le ventre depuis les reins jusqu'aux cuisses. Elle se contracte aussitôt en arc de cercle, a des secousses dans les cuisses jusqu'aux genoux, surtout à gauche, puis de fortes secousses de tout l'abdomen el des cuisses. — D. Que sentez-vous? — R. On me tortille le ventre. H — \- La sensibilité à la douleur a reparu dans les cuisses et la partie interne et supérieure des cuisses ; mais la sensibilité tactile seule est revenue à la paroi abdominale, sur toute la ceinture, sans retour de la sensibilité à la douleur. Les points ovariens ont diminué mais persistent encore assez forts, -f-f- La

douleur des masses musculaires disparaît et des picotements y sukcèdenl ; les points ovariens sont très atténués. + Les secousses musculaires reparaissent, -f- Elles se calment; à droite la sensibilité à la douleur reparaît, el le point ovarien disparait; à gauche elle n'est pas encore revenue et le point ovarien persiste légèrement; douleur au niveau de l'utérus. + La sensibilité à la douleur revient à gauche, le point ovarien disparaît. Il ne reste pins qu'une très légère douleur profonde au niveau des points ovariens, -f Elle fail des mouvements de va et vient du bassin puis s'arrête : il n'y a plus qu'une douleur iliaque à peine provoquée par une pression très profonde.

Je lui dis alors de ressentir son lube digestif dans toute sa longueur. Bouche : <illc remue la langue dans tous les sens, ainsi que la mâchoire et les lèvres. Gorge : elle tousse, déglutit. Œsophage : il lui semble qu'on lui écartèle le dos. Je lui dis alors de sentir tonte la poitrine et les bras. Ça la pique dans la poitrine et elle se la frappe avec les poings. Mouvements dos bras; secousses delà poitrine, tortillements; profondes respirations. A un moment donné elle s'arrête de respirer et se raidit le cou et le bras gauche. — D. Que sentez-vous? — R. Je ne peux pas sentir mon cœur, ça m'étouffe. — La respiration reste suspendue, le cœur est à 52. Quand la sensibilité du cœur reparait, elle a des mouvements du bras gauche qui s'élire et se raidit et elle me dit : « Ça me donne des douleurs dans le bras gauche. » Elle a en somme un accès d'angine de poitrine hystérique. + Elle a des mouvements inspiratoires précipités sans modification du pouls ; la respiration s'arrête par moment d'une façon brusque et prolongée. — D. One sentez-vous donc? — R. Je ne sais pas, il y a des moments on je ne peux plus respirer. — En effet elle reste deux ou trois fois jusqu'à 45 secondes sans reprendre sa respiration, puis elle a quelques inspirations précipitées. Le poids est ralenti; le thorax reste contracture en inspiration, ainsi que le cou et les bras. Elle ne peut parvenir aujourd'hui à sentir son cœur complètement.

Je passe alors à l'estomac : mème^ retour de la sensibilité de la peau a la douleur quand l'estomac redevient sensible, qu'il se creuse, qu'elle baille et a faim. Légère douleur à la pression du creux épigastrique où la sensibilité à la douleur n'est pas encore revenue. En insistant pour que l'estomac sente plus complètement encore, l'analgésie du creux épigastrique disparaît à son tour.

A mesure que la sensibilité reparaît, elle a plus de spontanéité malgré son sommeil hypnotique ; elle répond avec plus de détails à ce que je lui demande : elle parle même sans que je lui adresse de questions, rit ou manifeste des sentiments h propos de ce que je peux dire sans m'adresser directement à elle. A un moment elle s'écrie : « Ah! mais, j'ai faim. » L'estomac et le ventre sont très sensibles. Je la réveille alors. Le soir elle est un peu dans le vague et a un point douloureux au vertex. Je l'endors profondément pour toute la nuit.

26 juin. — Ce matin elle se trouve bien, mais le point iliaque gauche a reparu. Je lui fais ressentir les muscles inlra-ahdoniinaux, puis elle a l'hystérie. — II. S

ll4 NATURE DE L'HYSTÉRIE

des secousses de la paroi antérieure, puis de fortes douleurs au-dessus du pubis. Elle me dit : « Ça va de la matrice aux jambes • o est comme s, on m'empalait + Elle ressent les muscles du périnée, plus analgésiques a gauche qu'à droite, et à la suite le point utérin diminue, surtout à droite, en même temps que les adducteurs et les muscles du périnée recouvrent I,, sensibilité à la douleur et ne sont plus douloureux à la pression.

,- .-„,-„ séance pour sentir les muscles de 1 abdomen, 1 intestin, l'estouiac.'Le soir elle se sent presque de l'appétit au moment du dîner, et elle a bien mangé an déjeuner. Elle rumine cepend.nl encore un peu et le noint pyloricnie (?) persiste.

S juin - Séance! Elle est courbaturée depuis hier son- ; ce n est plus de l'hyperesthésie qu'elle a dans les muscles sacro-lombaires et abdominaux c'est de la courbature provenant des mouvements qu'elle a faits pour

recouvrer la sensibilité de ces muscles. Je n'insiste donc pas pour la faire travailler ce malin. Elle me dit que depuis hier son estomac es devenu lres sensible tout à coup ; il lui semble que toutes les plaques de sensibilité qu'elle avait dans l'intestin se réunissent, et qu'à la place des «nœuds,

„„•,.„,! v ressentait et qui ont disparu depuis quelques jours il y a des picotements. Ceux-ci disparaissent à leur tour à la tin de la séance. Elle llstZZ s bien respirer, mais la sensil 5 du ir n'est pas encore

"in^^tance. te lui fais d'abord ressentir le do, depuis la nuque jusqu'en bas, puis j'entreprends la sensibilité de la tête : secousses

,,,,. me dit : , Oh ! je vais devenir folle ! - D. Pourquoi ? - R. C st un chaos dans ma tête : je vois tanl de choses! - D. Quoi > - R. Un, «lie une aulre ville en même temps, je sens aussi de drôles d odeurs - Le , l'estomac loi font mal. o, h. régions correspondantes de la paroi on" en effet hyperesthésiqnes. Elle a do ,. confusion des niées, ce qxn lui donne la crainte do devenir folle. Elle me dit a un momen : « J ai vu 2 feu à Sainte-Catherine (l'asile de la ville) ; les jacinthes de la chambre de maman me font mal au oœnr. - I». Quel âge avez-vous - j,. Javais huit an, - D. El maintenant-.' - R. J'a, dix-neuf ans cl huit ans. - I, En même temps > - R. Oui ; ça me fait mal au cœur... pourquoi maman

m'a- 1- lie acheté un beau livre de nos- ,mme cela, blanc avec deux anges

dessus... ça me fait mal au cœur. - le lui dis de se sentir e»corem,eux^ a ,1,. nouveau des grimaces de la face, surtout du front + +. Secousses de léte. Tout à coup elle s'écrie : « Pourquoi descendre voir tous ces^gens , il fait chaud ; je suis bien dans ma chambre... „ - P. Ou •'-«-;-«; n > „\ r» A,,û -\oa nvpz-vous . — l».. seize <au> < i AD... chez su grand mère) — D. Ont l âge avez vous . aussi dix-neuf ans e, huit ans. + + Secousses et pelais ge^ssements . « L'odeur de la maison de M- B. me fait mal au cœur. » + + ^cousse ,1e tête • « Je né veux pas retourner à V... maman me rend malade mais il! l'aime. » - D. Pourquoi? - R. Je ne sais pas. elle m énerve; elle me rend malade ; mais il ne faut pas le lui dire ; je l'adore, maman + ^Ell est maintenant en juin 1894 : < ça tourne encore dans ma tête ». L estomat

0I5SEHVATI0N IX 115

ne lui fait presque plus mal. Elle ne sont pas son cœur battre : « Je n'en ai pas jias, dit-elle. — D. Mais je Le sens battre, lui dis-je. — Elle s'étonne, puisqu'elle n'en a pas. Elle se demande pourquoi die prend tout le monde eu grippe, et est insupportable de caractère. + + . Tout à coup, inspirations rapides, halètement, puis suspension de respiration pendant quarante-cinq secondes. De nouveau grandes inspirations suivies de petites précipitées. Puis arrêt de cinquante-cinq secondes, avec pouls à cinquantedeux. Après quoi halètement très prononcé. Tout d'un coup, elle a un sursaut violent. — D. Qu'avez-vous ? — R. J'ai senti une secousse au cœur? - 1). Vous le senlez donc"? — R. Oui, mais ça nie gêne beaucoup plus maintenant. — Son pouls est à 64.

A la suite elle se détend. Elle n'a plus de douleur à l'estomac ni aux fosses iliaques. — D. El voire tête? — R. Elle va mieux ; ça se débrouille ; il me semble qu'elle s'endort. » — Bâillements, étirements des membres suivis de détente.

•le lui dis de sentir de la tète aux pieds : « il nie semble qu'on m'enlève un poids de partout : je respire mieux ; je vis mieux ; ça me fait drôle. » Elle fail des grimaces de la l'ace. A nies questions sur ce qu'elle éprouve, (die répond qu'elle a faim, el qu'en se représentant ce qu'elle était les jours derniers, il lui semble que c'était une autre personne.

Il y a (rois jours, le 26, elle était allée déjeuner chez une amie. Elle y reconnut une dame qu'elle avait vue à l'âge de finit ans, et pas revue depuis, et ne reconnut pas une autre avec qui elle avait passé trois semaines entières il y a deux ans.

-f -f Elle me dit qu'elle se sent bien. — D. Pourquoi ne vous réveillezvous pas alors? — 11. Je ne peux pas. » — Je lui dis de se sentir absolument et complètement de la tête aux pieds. Elle pousse un profond soupir, s'élire de tout le corps et des membres. Elle essaie de relever ses paupières, passe sa main dessus pour les écarter. Elle entr'ouvre à peine les yeux, puis esl prise d'une sorlejle rire spasmodique qui la secoue toute. Elle se frotte les yeux, se passe la main dans les cheveux. Elle plisse le Iront el les sourcils. Elle a l'aspect d'une personne qui lutte contre le sommeil pour se réveiller. De nouveau, elle a un rire' spasmodique 1res court ; puis elle s'étire el se met à rire franchement. Clignement prolongé des paupières. A plusieurs reprises elle essaie de se réveiller, mais elle éprouve encore trop de vague dans la tète. Je lui applique le pouce entre les deux yeux ; (die se rendorl profondément, puis enfin elle se réveille et se met à rire. Je lui demande pourquoi elle rit : « Je me semble toute drôle, ditelle ; vous me semble/, tous drôles ; vous n'avez plus la même tète. Vous avez l'air débarbouillé de je ne sais quoi ; le papier de ma chambre n'est plus le même, il est plus clair; est-ce qu'on ne m'a pas changé de chambre; mon lit me paraît plus large qu'hier soir ; et puis j'ai faim ; j'ai l'estomac dans les talons. »

Elle déjeune avec appétit, mange sans se faire prier. Elle a le visage très rouge ; les pommelles sont écarlates avec un pointillé rouge ; sur les hras \\ se développe l'après-midi des taches rougel. Elle a chaud partout.

Le soir elle éprouve des picotements dans la gorge, le nez, la face, les membres, « comme si on l'avait frottée avec des orties ». Elle a encore un peu ruminé après le déjeuner, mais elle se sent l'estomac très à Taise et quand je lui demande avant le dîner si elle a faim, elle me dit : « pas encore ». Le soir elle a encore des démangeaisons partout, surtout à la tête. Elle se frotte les yeux, se mouche continuellement, se frotte les sourcils, le bord des paupières, éprouve des picotements depuis le nez jusqu'à la gorge.

30 juin. — Elle a encore des démangeaisons partout surtout à la face. Les points ovariens et utérin sont très légers. Séance : Je la fais ressentir partout, et les points abdominaux disparaissent. Elle se réveille seule en s'y reprenant à plusieurs fois, les joues et les yeux la picotent encore très fort. Elle se réveille en riant et me dit qu'hier elle avait sans cesse envie de rire, sans savoir pourquoi ; du reste autrefois elle était très gaie. Elle a plus de vivacité, est plus gaie, plus épanouie. Son visage paraît plus plein ; elle y ressent encore des démangeaisons, mais beaucoup moins fortes qu'hier, et qui augmentent par le grattage, la chaleur extérieure

Le soir elle'rumine un peu. La paroi abdominale présente de l'analgésie au niveau de l'estomac dont la pression est un peu douloureuse. Les points ovariens et utérin sont un peu revenus. La face est moins rouge, moins brûlante, moins sensible. Sur les parties où il y avait hier une sorte d'érythème, il y a aujourd'hui une légère desquamation furfuracée.

Sans y songer, aujourd'hui elle a pu s'accroupir, ce qui lui était impossible avant quand elle sentait mal ses hanches. Une fois endormie je lui fais ressentir son estomac pendant que la digestion se fait pour l'habituer à supporter le contact des aliments sans ruminer. Elle me dit : « C'est drôle, quand il n'y a rien dans mon estomac, je le sens bien et dès que j'y mets quelque chose je le sens moins. » Dès qu'elle le sent elle ne rumine plus et l'analgésie de la paroi disparaît.

1er juillet. — Elle s'est sentie un peu énervée celle nuit. Les points ovariens et utérin sont dans le même état qu'hier soir. Ils disparaissent par le retour de la sensibilité du périnée, des adducteurs, du psoas iliaque. Je constate qu'au fur et à mesure que la sensibilité reparaît et que les points s'en vont, elle écarte les cuisses d'une façon plus accentuée et avec plus de souplesse. L'estomac paraît bien sensible et avant de la réveiller je la fais ressentir de la tète aux pieds. Elle rumine encore deux fois après le déjeuner et a un peu mal au creux de l'estomac le soir, où elle rumine plusieurs fois. Elle tousse un peu par moments et se plaint de manquer d'air, de souffle. Endormie le soir elle me raconte qu'hier soir elle s'est senti digérer, et qu'elle percevait le passage du liquide de l'estomac dans l'intestin; que son intestin lui faisait toujours mal autrefois et que les sensations de déchirure, d'écorchure qu'elle y avait, elle les attribuait au passage et au séjour de semences depsillium qu'elle prenait, lequel cessait cependant sans moins souffrir.

2 juillet. — Je lui fais sentir son bas-ventre et je constate que si les deux points ovariens paraissent dus à Fanesthésie des muscles abdominaux, le point utérin situé au-dessus du pubis est dû à l'anesthésie, à l'analgésie

de la vessie, de l'utérus, du rectum. Elle raconte que si dès l'âge de treize ans, sa mère ne l'avait pas forcée à uriner matin et soir, elle n'en avait jamais le besoin. De même elle ne se sent pas le besoin d'aller à la selle, à inoins d'avoir pris un laxatif lui donnant des coliques. Les muscles du périnée sentant bien et le point sus-pubiçn persistant, je lui dis de sentir la vessie, le rectum et l'utérus, et aussitôt elle ressent des picotements; elle a l'impression qu'elle est resserrée, qu'il exisle un corps volumineux qui la distend dans le bas-ventre, et le point disparaît presque complètement. Elle a bien digéré sans cependant se sentir digérer comme hier. Elle se réveille très vile en s'étirant tout le corps.

2 juillet. — Quoique ne souffrant presque plus des points abdominaux elle ne seul pas encore nettement ses besoins de miction ou de défécation. Je l'endors et lui dis de sentir sa vessie, son rectum, son utérus. Elle (\pronve des sensations de coups de couteau très violentes dans le basventre, puis an boni d'assez longtemps des picotements dans certaines parties et des élancemenls dans les autres; et en même temps elle a le sentiment qu'elle expulse du vagin un corps étranger qui l'écartèje. + Elancemenls à gauche correspondant dans la jambe et lui donnant des secousses. Puis il lui semble « qu'on lui tire les nerfs des jambes ». + Généralisation des mouvements des membres inférieurs, du bassin. Elle a à gauche la sensation * d'un bâton qui Fécorche ». Elle a ensuite une sensation d'énervement, d'inquiétude, depuis les reins jusqu'à la plante des pieds; elle remue les jambes dans tous les sens. Elle a enfin un sentiment de détente, avec résolution musculaire réelle, et de bien être comme elle n^n a jamais éprouvé. Elle sent bien maintenant l'utérus, le rectum et la vessie et n'a plus de douleurs.

"S juillet. — Je la retrouve dans le même état ce matin. Endormie je lui fais ressentir complètemenl le bas-ventre : élancemenls, picotements, brûlures, tiraillements qui s'étendent de l'abdomen aux membres inférieurs spontanément; tortillements, puis calme complet et sensibilité normale. Je passe ensuite à l'intestin et à l'estomac, puis à la poitrine, à la gorge et aux bras, avec énervement et sentiment de détente. A ce moment elle me dit que tout à coup elle a ressenti comme un coup de bâton sur la tète et que tout s'est confondu. Je lui dis alors de sentir sa tète. L'énervemenl se généralise aussitôt dans tout le corps. Enfin elle s'éveille complètement. Elle ne se sent plus de voile sur le cerveau comme hier encore. Elle déjeune bien. Après déjeuner elle a une lettre de sa mère qui la contrarie beaucoup. Elle a aussitôt de la douleur à l'estomac, et au bas-ventre et tombe un peu dans le vague ; elle rumine à plusieurs reprises, a de la confusion des idées, ne se rappelle rien de l'an dernier, ne sait même pas ce qu'elle a fait ce matin et vient (jue dans le moment présent. Toute la sensibilité est diminuée.

Endormie je lui fais recouvrer la sensibilité. L'estomac sent très mal et contient encore des liquides qui, sous l'influence des contractions provoquées, sont évacués dans l'intestin. Le point ovarien gauche finit par disparaître presque complètement. Je la réveille.

Avant-hier après avoir recouvré la sensibilité de l'intestin elle a eu trois

selles dans la journée alors qu'ordinairement elle est obligée de prendre un laxatif.

4 juillet. — Elle me fait remarquer qu'autrefois dès qu'elle fermait les yeux ils se tournaient en dedans et que maintenant elle peut simplement les fermer et les ouvrir sans que cela se produise, et sans gène pour relever les paupières.

5 juillet. — • Les points abdominaux ont reparu. Je les fais disparaître en faisant, très bien sentir le ventre. Elle se réveille 1res vite, en une demiheure, et sentant bien de partout. Toute la journée elle est plus vivo, plus gaie, le regard plus franc, moins voilé. Après déjeuner elle rumine un peu, souffre légèrement du creux de l'estomac et de la fosse iliaque gauche. L'estomac redevient presque normal mais après diner au momenl de la digestion où les aliments passent dans l'intestin, elle est reprise de douleurs et de rumination. Je l'endors : ses points iliaques el utérin sont peu marqués. Je lui fais ressentir le bas-ventre. Elle a de nombreux ('-lancements, picotements, pincements. Elle n'arrive pas à se réveiller seule el j'arrête au bout d'une demi-heure.

Je reprends, une fois reposée, el lui dis de sentir son intestin. A ce moment le creux de l'estomac étail analgésique, et elle observe elle-même que par places elle ne seul pas l'estomac. Il y a donc retour ou disparition de la sensibilité de l'estomac par plaques comme pour l'intestin. A mesure que celui-ci seul mieux on entend des gargouillements qui se produisent, me dit-elle au>si. dans l'estomac, sous l'influence des liquides qui liassent de l'estomac dans l'intestin. !1 lui semblait (pie son intestin étail comme bouché. Elle a remarqué que, lorsqu'il est vide, l'estomac digère bien mieux et qu'elle en soutire moins. Les gargouillements disparaissenl quand l'estomac et l'intestin ont recouvré leur >en^ibililè. L'analgésie du creux épigastrique a disparu.

6 juillet. — Il y a eu de l'orage dans ta nuit. Elle a encore mal à la tête ce matin. Dans la journée elle se seul un peu dans le vague, souffre de la tète, des yeux, des points abdominaux et rumine.

1 juillet. — La digestion s'est faite complètement; l'estomac est vide; le côté gauche de l'intestin a recouvré presque complètemenl et spontanément sa sensibilité. Séance. Les points ovarien gauche et utérin disparaissent et je constate que l'intestin qu'elle paraissait sentir complètement est encore anesthésique dans la niasse centrale, qui est douloureuse à la pression profonde. Je lui fais ressentir tout l'intestin : d'abord secousses limitées à telle ou telle région, puis larges déplacements dans tous les sens de la masse intestinale, amples soulèvements des cotes.

Après lui avoir rendu la sensibilité du ventre, des jambes, de la poitrine, de la tête, je lui dis de ressentir tout en bloc. Elle finit, après les réactions habituelles par se réveiller seule très bien, avec toute sa sensibilité, sans stigmates. Dans la journée elle ne rumine pas. va dîner eu ville e! se comporte très bien. Elle rumine deux ou trois fois le soir. Elle me dil se sentir la tête bien plus solide, car il y a quelque temps elle n'aurait pu rester ainsi au milieu du bruit de beaucoup de personnes.

9 juillet. — Depuis qu'elle sait que sa mère doit venir bientôt, elle a un peu reperdu de la sensibilité de la poitrine et du cœur. Elle a quelques étouffements. Déplus il fait très orageux. Elle a ruminé après dîner. Le soir je l'endors et lui tais recouvrer la sensibilité des intestins. Je constate de l'analgésie à gauche sur la poitrine, et un léger point de l'omoplate gauche. La sensibilité des intestins s'accompagne de secousses, de gargouillements comme si toul à coup quelque chose s'écoulait. Cette sensation se déplace, se propage et la sensibilité à la douleur revient à, la peau.

La sensibilité du cœur détermine au reloue un véritable accès d'angine de poitrine : arrêl respiratoire ou inspiration forcée, contracture du bras gauche en flexion; la douleur, dit-elle, est surtout dans le petit doigt. Quoique son pouls soit régulier elle sent son cœur battre irrégulièrement. Une l'ois que les douleurs son! passées il lui semble qu'il est 1res volumineux, et comme empêtré dans dc^ (ils qui l'empêchenl de bien se développer. Il part encore du cœur des sursauts qui correspondent comme douleur au point de l'omoplate, el, eu insistant pour qu'elle sente complètement le cœur je constate que le dos el le bras gauche recouvrent leur sensibilité et que le poinl de l'omoplate disparait. .le la laisse se réveiller seule en continuant à sentir elle-même de son mieux.

10 juillet. — Elle est un peu courbaturée. Je lui fais ressentir l'abdomen qui à gauche est encore un peu douloureux cl légèrement analgésique. Ai>rès le réveil l'intestin est encore 1res légèrement douloureux et la tête aussi avec des picotements du côté gauche.

Elle a faim le matin à déjeuner, mais rumine encore deux ou trois fois après. Le soir l'estomac esl encore assez sensible, mais elle n'a pas faim. Elle mange bien cependant mais rumine plusieurs fois après dîner. Elle a de forts picotements dans la tête, surtoul à gauche.

11 juillet. — La tête n'a plus de picotements el esl sensible. L'intestin est encore douloureux profondément. Séance : Je lui fais ressentir d'abord la poitrine et le cœur, puis tout, l'abdomen. Elle a ses règles depuis ce matin. Réveillée elle mange bien, se trouve bien ; elle voit sa famille sans trop d'émotion. A quatre heures elle est fatiguée el s'engourdit légèremenl ; elle n'a pas d'appétit à dîner et rumine plus après; elle a aussi un peu de douleurs dans les reins. Le soir (die esl un peu dans le vague, et a des douleurs dans le ventre.

12 juillet. — Je la fais ressentir de partout, sauf le bas-ventre un peu seulement. Elle me dit au réveil qu'hier soir (die ne savait plus quel âge elle avait. Elle se souvenait bien de dix à quatorze ans, mais quinze et seize ans lui manquaient.

Elle est bien toute la journée. L'après-midi elle est restée appuyée longtemps sur le coude gauche ; elle s'est anesthésié et contracture le bras dans la position qu'elle avait prise. Cela s'est dissipé tout seul : elle a ressenti des fourmillements dans le bras et les doigts qui se sont mis à s'agiter avec rapidité, et tout à disparu. Le soir elle reperd en grande parlie sa sensibilité.

13 juillet. — Séance. Je lui fais recouvrer la sensibilité depuis la pointe des pieds. Elle a peu de réactions et arrive vile à l'estomac. Le point pylorique correspondant avec un point du dos est très fort. Elle a de nombreuses secousses, des contractions, puis retour complel delà sensibilité du dos. La poitrine et le cœur ne demandent que peu de temps.

Pour la tête je lui dis de sentir d'abord les deux côtés pareils : froncement des sourcils, clignements des yeux, froncement du cuir chevelu. Une fois la sensibilité semblable, je lui dis de sentir la tête complètement : arcs de cercle, douleur du vertex. « On la tire jusque dans le dos: elle ne peut plus le bouger. » -f Elle a une brusque détente, comme avec un ressort et elle se met à tourner la tête dans tous les sens. Elle éprouve un énervement dans lent le corps. 4- Tout se calme; elle passe sa main sur sa tête ; il lui semble que sa tète va éclater : secousses, trépidation de la tête, contractions de la face, secousses générales. + Frémissements dans la tête. + Secousses brusques générales + Contorsions générales. + -f- Secousses très fortes ; « sa tête va éclater », puis elle se calme et des fourmillements se l'ont sentir; il lui semble alors que la tête s'engourdit, 4- « Ma tête devient lourde; il me semble que tout ce que j'y ai esl renfermé dans autre chose. » 4- « Ma tête se dégage ; il me semble qu'on retire ce qu'il y a dedans. » -f II lui semble qu'on lui évente le front; elle sent de la fraîcheur à l'intérieur de la tête, -f- La fraîcheur s'étend à lente la tête- -f- « Il me semble que ça s'éclaircit, que je vois du soleil. » 4- « C'est une drôle de sensation; c'est comme un rayon de lumière qui descendrait et qui donne de la fraîcheur. » 4- Clignement des yeux; la tête se dégage, devient libre et est pareille des deux côtés, -f- Elle s'étire de tout le corps: ouvre les paupières et les referme. 4- Enervemenl : elle claque des doigts, se tortille de tout le corps avec quelques secousses générales. Elle ouvre les yeux et sourit, puis les referme, se détend encore. 4- Elle ouvre entin les yeux complètement, se réveille et parait normale.

14 juillet. — Elle se réveille très complètement à la tin de la séance, mais dans la journée elle sort avec sa mère qui l'énervé en lui répétant sans cesse qu'elle récidivera. Elle rumine encore plusieurs fois le soir et soutire un peu de l'abdomen.

15 juillet. —Elle est dans le même ('lai. Au point de vue du point pylorique elle me dit : « Quand vous appuyez dessus, ça me l'ail mal dans tout le ventre. » Pendant la séance où elle commence à sentir assez la région pour que le point disparaisse, elle dit à un moment que « ça lui donne envie de vomir». En même temps elle se tortille, tousse d'une voix rauque comme lorsqu'on a des nausées et fait même quelques efforts sans résultat.

16 juillet. — Je lui lais ressentir le ventre. Tout à coup elle ressent comme un coup de couteau au niveau du pylore et est aussitôt soulagée, avec disparition de la douleur à la pression et de l'analgésie dans la région. Elle éprouve de même après des élancements en coups de couteau dans l'intestin, et ensuite se réveille spontanément.

17 juillet. — Elle va mal ce soir ; elle est découragée et émue par le départ de sa mère qui a eu lieu aujourd'hui.

18 juillet. — Je lui ronds toute sa sensibilité. Elle ne rumine pas après déjeuner, el ne souffre pas de la journée, mais elle rumine de nouveau plusieurs fois le soir. Elle me dit que lorsqu'elle souffre de l'estomac sa tête se prend, qu'elle voil tout en noir et so désespère d'en finir jamais. Elle a peur de retomber quand elle va retourner chez elle.

19 juillet. — Hier soir je lui dis une fois endormie de laisser sa sensibilité revenir le mieux possible seule (tendant la nuit. Ce matin, elle seul bien. Je la réveille néanmoins en commençant par les pieds, parlie par pailie, puis tout en bloc. Elle ouvre les yeux, les referme, se détend complètement, e! cela recommence à plusieurs reprises ; enfin elle se réveille absolument bien, moi continuant toujours àlui répéter : « Sentez complètement. »

Le soir elle esl reprise à '■> heures de douleur dans le ventre et de confusion dans la tête. Elle perd sa sensibilité el vient nie demander delà <• remonter ». Elle crain.1 d'avoir une crise. Elle n'a pas eu mal à l'estomac et n'a pas encore ruminé. Je l'endors et après l'avoir fait ressentir je la réveille avant «pie le point pylorique el le bas-ventre aient eu le temps de recouvrer complètement leur sensibilité.

20 juillet. — Je termine ce malin après lui avoir fait toul passer en revue. Elle se réveille beaucoup plus vile qu'habituellement étale regard beaucoup plus naturel, sans rétrécissement du champ visuel, sans autre stigmate hystérique non plus. Elle ne rumine pas de la journée, mais au moment du dîner son déjeuner n'esl pas encore complètement passé. Elle a un peu mal à la tête el au bas-ventre. Endormie le soir.

21 juillet. — Elle n'a plus mal à la tête ce matin. Elle souffre encore dans le bas-ventre à gauche et au-dessus du pubis. Je lui rends toute sa sensibilité en insistant surtout sur le bas-ventre. Je termine par la sensibilité de la tête : secousses, grands mouvements. « Gela m'énerve, dit-elle; il me semble que ma tête ne peut pas contenir tout ce qu'il y a dedans. » Après avoir fail de grands mouvements avec la tête, elle gémit, se saisit la nuque et s'écrie : « Oh ! ma tète éclate ! » Puis elle s'arrête : « Il me semble que je n'ai plus de tête. » Puis elle est reprise d'oscillations de la tète : « 11 me semble qu'elle est grosse et lourde ; je ne peux pas la lever tant elle esl lourde. » Elle éprouve des douleurs, des élancements à la nuque el de là dans toute la tête. Puis il se produit un relâchement général : « Il me semble qu'elle se dégage ; elle est mieux... Gomment est-ce que cela se fait; ça s'en va en arrière, comme si on m'avait délayé la tète. » Elle commence à se trouver bien, mais elle éprouve toujours un peu de picotements à l'intérieur. » Elle se tortille de tout le corps : « Ça me picote parfont. » Cela ne dure qu'un moment, puis elle reste absolument calme :. « Il me semble que je m'endors davantage, que partout c'est comme mort. » De l'ait, elle est anesthétique de partout en ce moment. -[-+ Elle s'étire : « Ça me donne envie de m'étirer, » dit-elle, en bâillant. Enfin comme les fois précédentes elle se réveille complètement après plusieurs reprises ouvrant et fermant les yeux, jusqu'à ce qu'elle soit bien et avec toute sa sensibilité*.

23 juillet. — Séance. Après lui avoir fait recouvrer la sensibilité du corps

et des muscles, j'en arrive à la tête. « Il me semble, dit-elle, que j'ai la tête de Laure (c'est une autre malade qui a une grosse tête). — D. Pourquoi ? — H. Parce qu'elle est plus grosse; elle est drôlement accrochée. — D. Commenl '? — R. Il y a comme une vis dans le cou : ça me gêne de ne pas avoir ma tète à moi ; ce n'est pas ma tête. — Le reste de la séance se fait, comme d'habitude. Dans la journée elle ne rumine pas après le déjeuner, et elle s'est senti l'estomac vide au dîner. Mais le poinl du basventre est revenu. Elle sort dîner en ville et revient en voilure. Le soir, elle n'a qu'un souvenir assez vague de toute sa journée.

24 juillet. — Elle a dormi trois heures cette nuit en plusieurs fois. Elle ne rumine pas de la journée. Le soir, son point ovarien est revenu. Je constate que le sens musculaire est très atténué. Elle remarque elle-même que lorsqu'elle a fait un mouvement, elle a tendance à rester dans la même position. Les réflexes plantaires el rotuliens sont abolis.

Séance. Je lui fais ressentir les pieds el les jambes. Les réflexes plantaires reparaissent lorsqu'elle senl bien ses orteils et leur position. Elle a des secousses rythmées des jambes quise fléchissenl el s'étendenl alternativement: « Je croyais pourtant bien sentir, » dit-elle. Cela continue quelque temps, puis elle éprouve des tiraillements et n'a plus que de petits mouvements. Elle seul des brûlures aux genoux, s'étire de nouveau les jambes qu'elle sent plus souples ainsi que les genoux. Elle n'a rien de particulier dans les cuisses; puis elle «'prouve des inquiétudes dans les jambes. A ce moment les réflexes rotuliens reparaissent.

Je lui fais alors ressentir les cuisses ; niais elles sont en état normal. Je passe alors au bas-ventre : grandes contorsions généralisées. Je lui demande pourquoi. « On me fail des nœuds dans le ventre : cela se dénoue à droite, puis recommence à gauche, » dit-elle, lue fois que c'est fini je lui fais ressentir l'estomac, les reins, l'intestin : grandes secousses, arcs de cercle, puis petites secousses. Rapidement le thorax, le cou el la tète recouvrent la sensibilité complète. Réveil complet.

25 juillet. — Elle a dormi trois heures. On lui l'ail à 8 heures le tubage de l'estomac pour analyser le suc gastrique. A 10 heures du malin elle a mal à l'estomac; elle esl prise de titubation, avec absence de réflexes plantaires, diminution du réflexe patellaire gauche el conservation du droit. Je la fais sentir partout. Voici ce qu'elle éprouve pour la tête : tiraillements; puis secousses. « ma tête va éclater » : puis vertiges qui lui donnent mal au cœur, puis violentes réactions générales, contorsions, crispations subites des paupières; puis gargouillements dans le ventre. Après (moi il lui semble que ça bout dans sa tête. + Calme généra] : « Ça commence à se débrouiller. » — D. A quoi pensez-vous? — R. A rien. +

-\ D. Et maintenant que sentez-vous? — R. Ça se débrouille toujours

et ça me fait moins mal. — I). A quoi pensez-vous? — R. A V. quand papa est mort. — Elle a des inquiétudes dans les jambes, des mouvemenls généraux de reptation. Alors toute sa vie se déroule, et elle se trouve en 1894, en juillet, mais elle ne sait pas la date. « Comment faire, me ditelle, pour savoir quand on ne sent pas ; quand ça me fail mal, je peux faire

quelque chose, mais quand ça ne me fait pas mal, je ne sais pas. » Quand elle a des douleurs dans les membres, cela ne dure pas, c'est au début de la perte de sensibilité. ++ Elle sait maintenant le jour et la date. Elle dit qu*il est dix heures et demie, heure à laquelle je l'ai endormie. Elle s'étire encore el se réveille complètement.

26 juillet. — Elle a dormi près de quatre heures en plusieurs fois, mais sa sensibilité esl diminuée d'une façon générale. Elle a son point abdominal gauche asx-z léger. Elle a essayé de le faire disparaître, mais elle s'est contracturée.

Séance pour lui rendre sa sensibilité des pieds à la tête, qui reparaît hès vite. Elle m'assure que jusqu'ici c'était plutôl de l'engourdissement que du vrai sommeil qu'elle avait. Mais celte nuit elle a dormi une demiheure; le reste du temps elle n'était qu'engourdie. An réveil elle n'a plus de stigmates.

Elle quitte Paris à la lin de juillel après un remontage général. Elle ne dorl encore que liés peu la nuit, el n'a pas d'appétit. Pendanl l'été elle a encore quelques crises, l'ail de nouveau des difficultés pour manger suffisamment, rumine toujours, el vomit même quelquefois. Elle ne dorl plus, reperd sa sensibilité. Elle vient me revoir au mois de février 1895.

2 février 1895. — Séance. Mêmes réactions que d'habitude. Elle se réveille complètement avec toute sa sensibilité.

7 février. — A la suite d'une soirée, elle est reprise de son point dans la tête. Elle a du dédoublement de la personnalité. Elle s'entend causer et se demande si c'est bien elle.'qui cause ou une autre personne. Les jours suivants (die perd de plus en {dus la notion de sa personnalité. Elle est à moitié dans l'époque actuelle et à moitié dans sa quinzième année. Elle se contracture le 14 février el reste en catalepsie. Elle en sort le lendemain complètement anesthésique avec de nombreux points douloureux.

On l'opère d'une dent de sagesse le 15. Sous le chloroforme elle divague comme si elle était à quinze ans. Elle se réveille mal de l'anesthésie chloroformique, et le soir elle a rétrogradé à treize ans.

16 février. — Séance dans laquelle elle rétrograde jusqu'à sept ans. Dès que j'ai commencé à lui faire sentir ses jambes elle n'a plus su qui j'étais, ni son àure, ni où (die est. Quand elle sent les jambes el un peu le ventre elle passe à dix ans; puis rétrograde à sept ans. A partir de là je lui rends la sensibilité du ventre, du dos et de la tête. La sensibilité de la tête lui fait repasser en revue toute son existence année par année. Je la réveille alors.

2G février. — Je lui ai rendu le 23 la sensibilité de tout le corps sauf la tète. Je veux finir aujourd'hui et je lui dis de sentir sa tète. Elle la secoue en ressentant des battements intérieurs. Elle n'éprouve rien dans le corps. Je lui dis alors de sentir de la tète aux pieds : étirements, secousses, reptation, gargouillements dans l'estomac et l'intestin. 11 lui semble que ses membres se raccourcissent, que tout saute dans son corps. Mais (die n'éprouve rien dans la tète. Ce n'est qu'en insistant que je la fais réagir des pieds à la tète : bouillonnement dans la tète, secousses, étirements,

gargouillements. A un moment elle cesse tout mouvement et se relâche. — I). Que sentez-vous dans la tête? — R. Elle est tout engourdie. — D. Et dans le corps? — Il est de même, -f + Puis les réactions reprennent: gargouillements intenses avec nausées. -j- -f- Elle devient hyperesthésique de partout. « Ça bal dans sa tête, ça lui fait dedans comme si elle avait la fièvre. » Les moindres attouchements ou pressions déterminent des secousses comme si on l'électrisait. -f Petites oscillations de la tête, et elle dit ne pas pouvoir aller plus loin aujourd'hui; j'insiste cependant. La douleur de tête est moins forte et l'hyperesthésie du tronc et des membres supérieurs diminue. J'insiste encore pour qu'elle sente plus. Alors détente générale et progressive. L'hyperesthésie disparaît. Je la réveille. Elle a toujours des battements dans la tête, qui est toute brouillée. Je l'endors le soir.

27 février. — Ce malin je lui rends la sensibilité de la tête aux pieds, elle se tortille, se secoue. Ce sonl d'abord des coups de marteau dans la tête, puis des tiraillements : « Je no sais pas ce que j'ai dans la tête, «ditelle. Alors la tête se brouille. + + Secousses générales assez fortes; douleurs de ventre el d'estomac. ++ Les oscillations de tête continuent. « Il me semble que ce n'est pas ma tête, que (oui est raide dedans. » + + « Elle se déraidit. » -j- -f « G'esl drôle dans mon oreille, c'est comme si elle était en carton (elle se gratte l'oreille gauche pour s'assurer comment elle est faite). En même temps ma tête grossit. » -f + « Ma tête se rapetisse; ça bout par derrière. » La sensibilité tactile el douloureuse est délicate; le st'ii> musculaire est encore un peu hésitant. Le ventre esl encore douloureux, l'estomac ne l'est plus. Elle a de l'hyperesthésie de la tête surtout en arrière, 1res diminuée au vertex. -\ — f- L'hyperesthésie de l'occipul diminue et disparait à la pression : il lui semble (pie tout ce qui s'esl passé autrefois s'éloigne : « il me semble qu'il y a longtemps que je dors ». La tête lui paraît plus petite. — Je lui dis alors de sentir depuis les pieds. Quand elle arrive à la tète : « Ma tête éclate ; elle est ouverte en haut. » Elle finit par se réveiller complètement. Il lui semble qu'elle est ici depuis très longtemps. Tout est confus dans ses souvenirs des derniers jours.

Elle paraît dans son état normal, avec la sensibilité et les sens revenus à leur état normal. Elle quitte Paris.

9 mai. — La sensibilité tactile et douloureuse est conservée partout, niais très diminuée. Le sens musculaire et la notion de position des membres sont abolis aux pieds, conservés aux jambes et aux membres supérieurs. Anesthésie de l'estomac el du ventre. Points ovariens, utérin, gastrique; deux points à la nuque, un au vertex, un interscapulaire.

Séance. Je lui dis d'abord de sentir ses jambes : secousses, élancements, puis au bout de peu de temps elle « les sent trop ». Il suffit alors de les toucher pour lui donner des soubresauts et la faire contracturer (hyperesthésie). + -f Elle éprouve de « drôles de fourmillements », étire les jambes, les écarte, les rapproche, les meut dans huis les sens. + + Elle a des énervements et l'hyperesthésie diminue à mesure que je lui dis de sentir plus. Elle reconnaît maintenant quand je lui touche le gros orteil, mais

non les antres. + + Elle a des crampes dans les membres inférieurs, L'hyperesthésie a presque complètement disparu, et l'attouchement du membre ne provoque plus de contracture. -f- -f- Ses jambes lui semblent lourdes. Elle ne reconnaît toujours pas les orteils autres que le gros. Elle sent ladouleur el le contact sur le reste du membre, -f -f- Elle ressent des cuissons, frémit rapidement, se frotte les jambes Tune contre l'autre. + + La peau est toujours un peu hyperesthésiée et elle éprouve des picotements, -f -f- Puis étirements des membres inférieurs lui correspondant jusqu'entre les deux épaules. Le sens musculaire et la notion de position des membres sont revenus et elle reconnaît maintenant ses orteils sans hésiter quand je les touche.

10 mai. — Séance: je lui rends la sensibilité du ventre: secousses, gargouillements, sensation de nœuds, élancements, détentes. Je la réveille, et pendant les deux heures qui suivent, elle a des envies d'aller à la selle, sans parvenir à satisfaire son besoin. Elle ne sent pas son anus et ne peut le contracter volontairement.

11 mai. — Je continue à lui faire senlir son ventre : réactions violentes et douloureuses, déchirements, tiraillements, nœuds qui se forment, ('•lancements ; puis cela se dénoue, énervements, grincements de dents, hoquet, dyspnée. -f- + L'abdomen est repris de secousses, mais n'a pas encore recouvré la sensibilité cutanée. — D. Que sentez-vous? — IL C'est les mêmes douleurs que j'avais au Mont-Dore, à treize ans. — En même temps elle a un peu de toux et de dyspnée comme à cette époque. Tout à coup elle entre en crise en poussant un long cri, avec étouffement. Elle sait cependant encore bien qu'elle est, en 1895. -f- -f- La crise passe rapidement, elle ('-prouve des pincements dans le ventre, et commence à sentir le fondement. + -f « J'ai les mêmes douleurs que quand j'avais la fièvre muqueuse » (avant son séjour au Mont-Dore ; elle rétrograde donc tout en restant consciente à moitié de sa personnalité actuelle). + -f- Elle se tortille : « Ça me brûle partout, j'ai mal au cœur. »-{--[-« J'ai toujours mal dans la tète. »-{--{- Je la réveille alors. Le ventre sent beaucoup mieux, est moins douloureux. A la suite, elle a encore envie d'aller à la selle.

15 mai. — Je continue à lui faire ressentir le ventre et l'estomac : tiraillements, envies de vomir, tortillements dans le ventre et l'estomac ; nausées, puis brûlure d'estomac et tortillements de l'intestin; grands arcs de cercle, puis diminution de la douleur et tiraillements depuis l'estomac jusqu'au bout des pieds.

21 mai. — Suspension des séances à cause des règles.

23 mai. — Séance pour la sensibilité du dos et des membres supérieurs.

28 mai. — Ce soir une personne lui a serré le coude sans prendre garde, et elle s'est aussitôt contracture le bras. Elle a du reste des points douloureux des jambes, du dos et de la tête avec diminution de la sensibilité.

Séance dans laquelle elle retrouve une grande partie de sa sensibilité. A un moment où elle fait des mouvements du bassin, je lui demande si elle sent son ventre. « Le bas un peu, me dit-elle, mais il me semble que je n'en ai pas de ventre. *

31 mai. — Séance pour lui rendre toute sa sensibilité. Elle rétrograde comme d'habitude. A un moment elle a une ébauche de crise. Je lui demande pourquoi : « 11 est 3 heures, me dit-elle, vous savez bien que j'ai toujours une crise à 3 heures. Elle revit ainsi pour ainsi dire heure par heure toute son existence passée. Elle s'arrête au 20 mai 1893, étant fatiguée et je la réveille.

1er juin. — Je continue aujourd'hui et elle arrive au réveil complet. Elle se sent l'estomac creux et peu après elle va très abondamment à la selle. Sa sensibilité générale et ses sens spéciaux paraissent normaux.

2 juin. — Elle n'a pas dormi cette nuit. Elle rumine très peu le matin, plus le soir et le point gastrique reparaît. Sa sensibilité gastrique est extrêmement instable, car un moment après avoir senti l'estomac creux hier, elle ne le sentait plus. Je l'endors le soir.

3 juin. — Je lui dis de se réveiller complètement. Elle a aussitôt les mêmes réactions que lorsque je lui dis de sentir. C'est l'estomac qui entre le premier en jeu, puis, après avoir eu toutes les réactions habituelles, elle se réveille spontanément. Elle ne dort pas les nuits suivantes.

5 juin. — Je la fais se ressentir encore ce matin. Elle a un peu de confusion des idées, ne sail plus hop si on est au 4 ou au 5 juin. Elle se sent fatiguée. Je la réveille. Elle a un peu d'oppression, de l'inappétence, encore de la douleur à l'estomac et la tête est également un peu douloureuse La sensibilité est émoussée partout.

6 juin. — Je lui donne l'ordre de finir de se sentir complètement. Réactions habituelles. Retour en arrière, réveil complet.

12 juin. — Elle ne dorl toujours pas la nuit, rumine encore et sa sensibilité diminue depuis deux jours. Endormie hier soir elle se réveille encore spontanément ce malin, sans retour en arrière, après les réactions habituelles.

14 juin. — Elle rumine encore. Séance de réveil complel sans régression.

15 juin. — Elle a dormi deux heures celte nuit et ne rumine pas de la journée.

H) juin. — Elle n'a dormi que 1res peu et se remet à ruminer.

21 juin. —Elle est beaucoup mieux ; elle rumine encore avec douleur de l'estomac et analgéso-anesthésie épigastri que, mais elle mange mieux, est gaie. Séance : sensation de cuisson généralisée, clownisme, toux, suffocations ; réveil complet.

22 juin. — Avant de partir de Paris je la remonte encore une fois complètement. Le 26 juin elle m'écrit : « Lundi soir j'étais très découragée, mais heureusement je suis arrivée à me remonter; mais c'est doublement fatigant de faire le travail étant éveillée. Depuis hier je suis très bien et, chose étonnante, je mange avec plaisir, car j'ai très faim. Je rumine toujours un peu ; je crois que ça ne se passera jamais et j'en prends vaillamment mon parti. »

Quelque temps après, elle est prise de douleur de tète, de rougeur très vive avec cuisson, et desquamation du cuir chevelu. Elle a une grande fai-

Messe générale. Elle va en Suisse el s'y trouve beaucoup mieux. De retour chez elle, il lui semble qu'elle esl dans le même état qu'il y a trois ans, avec une anesthésie presque complète. L'estomac est 1res douloureux ; la langue esl propre. Quand vient le soir, elle ne sait plus ce qu'elle fait ni ce qu'elle dit et s'en rend compte. Elle n'a pas de sommeil et est dans une sorte de torpeur.

la octobre. — Séance. Réactions habituelles des membres inférieurs. Au moment où elle Unit de sentir l'abdomen, elle passe en 1892 au mois d'octobre, c'est-à-dire au moment où elle allait entier chez moi. .le la laisse en repos, car (die se fatigue sans progresser.

16 octobre. — Continuation de la séance. Elle se croit maintenant chez. moi. Je lui dis de se sentir depuis les pieds jusqu'à l'estomac. Alors (die arrive en novembre 1892. Je lui rends de même le dos, les bras, la poitrine, mais elle reste toujours en novembre. Abus je lui fais ressentir la tête. Elle présente les réactions habituelles, et arrive à décembre 1893 : « J'ai mal au cœur, dit-elle, je ne veux pas que maman sache que je vomis. » Elle repasse par toutes les étapes de sou existence depuis lors. La tête est animée d'oscillations ou (''prouve des cuissons; tantôt, elle s'étire de partout, bâille et se sent mieux. Elle repasse par tous les (dais de sensibilité qu'elle a traversés. Tout à coup elle a un haut-de-corps. Elle a envie de vomir. — D. Depuis quand ? — 11. Depuis quinze jours. — I). Le combien sommes-nous? — H. Le 15 avril. — 1). El votre estomac le sentez-vous?. — H. Non, je ne le sens plus. — En effet il esl complètement anesthésique. — Elle est maintenanl en Suisse au mois d'août, puis elle arrive au mois d'octobre. Elle inédit : « 11 nie semble (pic, je suis en 1892; les bruits, les odeurs, tout y ressemble, malgré tout je ne veux pas retourner à V..., l'air m'étouffe. Enfin elle se réveille complètement et spontanément comme d'habitude, sans stigmates. Elle reste à Paris le lendemain et retourne chez (die le surlendemain.

A peine revenue chez elle, (die est reprise d'anorexie, de crises de larmes et de rire, de crises syncopales avec arrêt de la respiration, et petitesse du pouls. Elle a un sentiment de grande fatigue. Elle tombe bientôt dans un état de torpeur extrême, avec des menaces d'arrêt de la respiration qui est d'une lenteur el d'une faiblesse 1res marquée. On est obligé de la maintenir au lit. Elle ne s'alimente plus, ne dort pas, toutes les fonctions paraissent enrayées. La faiblesse générale est extrême, le pouls petit, les extrémités froides ; la circulation se fait très mal ; l'amaigrissement marche très rapidement. Je vais la chercher et la ramène à Paris le 20 octobre. Je la réveille le mieux possible en lui souillant sur les yeux, la fais un peu manger, et lui fais faire endormie le voyage qui est de huit heures.

A son arrivée elle est dans la torpeur, épuisée, ne se rendant plus compte de rien, ni d'elle-même. « Je ne sais plus qui je suis; j'ai des longues jambes, je ne sais plus ce que je dis, je ne comprends plus rien », voilà tout ce qu'on peut en tirer. — Elle est dans un étal de faiblesse si considérable, son étal général est tel qu'un dénouement fatal esl à craindre par épuisement nerveux. Elle ne pèse que 75 livres.

27 octobre. — Le soir même elle rétrograde à six ans et demi spontanément. Gomme à cet âge elle est assez bien, je la laisse dans cel état de personnalité pour l'alimenter pins facilement, et la garde au lit au repos complet. Elle se réchauffe les extrémités, le pouls reprend un peu de force, et le 28 octobre elle est un peu moins fatiguée, respire plus facilement, plus régulièrement. J'ai assislé hier à deux syncopes respiratoires avec affaiblissement marqué du pouls : elle ne se sentait plus respirer et prétendait que, dès qu'elle respirait, ça tournait dans sa tète. Aussi s'arrêtait-elle parce que ça la gênait, c'était lourd dans la poitrine. Elle accepte bien l'alimentation, poudre de viande, viandes saignantes, potages, œufs, légumes, vins généreux. Mais elle rumine toujours un peu et a une sensation de cuisson généralisée. Elle joue comme une véritable enfant de l'âge qu'elle croit avoir.

29 octobre. — Même état. Le soir elle me dil que « ça bout dans sa tète. ça va vile, vite, ça brûle ». Elle a presque sept ans. Je lui dis alors de se réveiller. Elle essaie un peu : fout se brouille dans sa tête; elle a <l«-s étouffements, ne sait plus où elle est. Elle nie dit : « Ne me demandez rien, je ne sais plus rien. » Je lui dis alors do se réveiller complètement. Elle pousse des cris de douleurs, ses yeux pleurenf ; elle se prend la tête à deux mains en s'écriant : « Oh! je souffre, je souffre, je ne poux plus respirer ; mes mains meurent ; ne me laissez pas mourir : je ne veux pas mourir, à cause de maman, moi ça m'esl égal ; si M' Sollier était là ((die ne sait pas qu'elle est ici et se croil à V. avant que j'aille la chercher), if ne me laisserait pas mourir. » J'insiste alors pour qu'elle se réveille tout à fait : nouveaux cris de douleurs dans la tète, étouffements; elle s'arrête de respirer, mais le pouls se maintient, puis (die a une grande inspiration silllante. « Elle veut guérir, elle ne veuf pas mourir, elle fait tous ses efforts, mais l'air de V. la lue, dit-elle ; elle fera tout ce que je voudrai pour guérir. » Il lui semble qu'elle s'enfonce, que les murs et le plafond vont l'écraser, qu'il y a quelque chose sous le lit qui la remue. Elle a (]r la gêne respiratoire ; « il y a dans sa tête des las d'événements qui se mêlent confusément et très rapidement ». Elle ouvre ses yeux et les referme en disant ne pouvoir rester éveillée tant elle se sent fatiguée, lourde. Elle me raconte qu'à quatorze ans, quand elle était si joufflue et si grosse, elle était toujours dans le vague et se sauvait de la société parce qu'elle ne comprenait plus au bout de quelque temps ce qu'on disait ; tout était déjà confus dans sa tête. Elle se réveille : « Oh ! je suis lasse, » dit-elle. Elle me reconnaît, sourit, se croit à V. lorsque je suis allé la chercher. Elle a le même sentiment de fatigue extrême ; elle se rappelle vaguement que -a mère a fait sa malle, et n'a plus souvenir de rien depuis ce moment. Elle referme invinciblement les yeux tant elle se sent fatiguée, et a toujours la sensation de tomber dans un trou.

Je la laisse dans cet état une fois qu'elle a reconnu qu'elle est ici et que je lui ai raconté avoir été la chercher. Je continue à l'alimenter le plus possible en état d'hypnose en l'y laissant tout le temps de la digestion. Elle reprend des forces, a de moins en moins de crises. Elle a repris huit livres de poids.

22 novembre. — Elle essaie de se lever, mais elle a de l'astasie abasie. Elle me dit : « C'est drôle, je pense constamment à 1888. C'est comme si j'avais quatorze ans cl demi, le pense à des Las de gens auxquels je m; pensais plus. Je sais pourtant bien que j'ai vingt et un ans. » Elle a donc du dédoublement de sa personnalité dont elle a conscience. Elle a en même temps des crises e( de la (eux comme elle avait à celle époque au Mont-Dore,

23 novembre. — Elle n'a repris qu'une demi-livre celte semaine et pèse quatre-vingt-quatre livres. Du reste, elle n'a toujours pas d'appétit.

26 novembre. — Je lui rends la sensibilité des jambes en grande partie. Les crises (quatorze ans) cessent; maintenant elle a la manie de vouloir se couper ou s'arracher les cheveux (comme à dix-sept ans), âge auquel elle se figure être.

29 novembre. — Depuis quelques jours je la laisse éveillée pour manger. Aujourd'hui elle souffre de la tête et ne se rend plus compte où elle est. Elle ne pense qu'à son père et à ce qu'elle faisait à l'âge de treize ans. Dans d'autres moments, il lui semble être à l'âge de dix-sept ans.

1er décembre. — Elle se figure avoir treize ans, et elle éprouve tout ce qu'elle éprouvait au moment de sa lièvre typhoïde. Elle a même eu la. diarrhée, et en même temps le goût dans la bouche de la bouillie qu'on lui donnait; elle sent ses jambes glacées jusqu'aux genoux comme à ce moment.

Celle semaine elle a augmenté de 3 livres.

2 décembre. — Je la fais revenir à vingt et un ans, mais elle ne peul arriver qu'au mois d'octobre 1895. Elle a recouvré ses réflexes rotuliens, mais non ses réllexes plantaires, et elle ne peul marcher; ses pieds sont tombants et elle ne sait pas les redresser. Son abasie provient de son absence de sensibilité superficielle et profonde des pieds.

17 décembre. — Son état est stationnaire. Elle pèse cependant 88 livres et demie. Quant à son état mental, il varie ; elle est tantôt à un âge, tantôt à un autre.

18 décembre. — Je lui rends la sensibilité des membres inférieurs jusqu'aux hanches.

19 décembre. — Sensibilité du dos et des bras. A la suite du retour de la sensibilité des bras, tout commence à se brouiller dans sa tête : « Je suis engourdie, » dit-elle.

4 janvier 1896. —Je lui ordonne de se réveiller complètement. Elle a ses réactions habituelles d'une façon très vive. Au bout de quelque temps elle dit que sa tète est tout embrouillée, qu'elle sait bien qu'elle a vingt et un ans et cependant qu'il lui semble qu'elle est petite et n'en a que douze. Elle n'a plus qu'un peu de sensibilité aux bras et aux jambes. Je la réveille. Elle me répèle les mêmes choses. De plus, elle voit tout rouge, le champ visuel est extrêmement rétréci. Il lui semble qu'elle a rêvé avoir eu vingt et un ans, que son corps n'est pas à elle, que ses bras y sont accrochés par derrière, que sa peau est comme engourdie. Elle se regarde en se demandant ce qu'elle est : « Ça fait drôle parlent, ça me résonne l'hystérie. — II. 0

quand je me touche, comme quand on se bouche les oreilles. » Elle fait des grimaces volontaires : « C'est comme du parchemin, ma peau, elle est boursouflée. » Elle est dans le vague.

A partir du 17 janvier, je recommence à la réveiller le plus complètement possible de la tête aux pieds jusqu'à obtenir le réveil spontané à l'état normal. Mais elle se fatigue très rapidement et je suis forcé de faire des séances très courtes. Elle pèse, le 18 janvier, 98 livres et demie.

Le 23 janvier, elle a pendant plusieurs jours de l'allochirie et de récriture spéculaire dont on trouvera l'exposé en détail dans la première partie de cet ouvrage.

19 février. — Depuis une séance récente dans laquelle elle a recouvré la sensibilité des jambes, des bras et une grande partie de celle du ventre (diarrhée très abondante consécutivement), et de l'estomac; elle ne saitplus si elle a quatorze ou vingt et un ans. Elle sait bien qu'elle a vingt et un ans, mais dans son for intérieur elle a le sentiment qu'elle n'en a que quatorze ; tous ses souvenirs se rapportent à cette époque, et elle en présente tous les mêmes troubles (dyspepsie, crises laryngées, faux asthme, etc.).

Séance où je lui dis de se réveiller complètement de la tête aux pieds. Au bout de quelque temps de réactions habituelles elle descend à treize ans et la dyspepsie disparaît. Puis elle réagit moins activement et elle est reprise de suffocation. Je lui demande son âge. Elle a treize ans et demi. Le retour de l'anesthésie respiratoire l'a donc fait repasser à l'âge où elle l'avait. Je lui ordonne alors de se sentir complètement la poitrine (suffocation, spasmes laryngés, etc.), puis plus rien. De nouveau elle est revenue à treize ans (janvier 1888). Alors des gargouillements commencent à se produire dans le ventre et l'estomac, accompagnés de régurgitations et de nausées. Elle tombe rapidement à six ans avec le genou droit contracture. Puis elle me dit : « J'ai peur, c'est comme si je mourais. » — D. Pourquoi ? — R. C'est quand je suis pour dormir ; tout s'en va dans ma tête, dans mes bras et puis dans mes jambes ; j'ai peur et je me retiens de dormir. »

Elle redescend à cinq ans et demi et se réveille subitement. Elle est tout à fait enfant, ne connaît rien, se demande pourquoi elle n'a pas de dents, et comme on veut lui remettre son râtelier, elle dit que ce sont les dents de sa grand'mère et elle ne sait plus le garder ni s'en servir. Le soir elle a peur, voit des hommes méchants qui veulent lui faire du mal. Je l'endors pour la nuit.

24 février. — Je la trouve ce matin assez bizarre dans les réponses qu'elle me fait lorsque je lui demande comment elle se sent. Je lui dis de se réveiller. Elle me dit : « Je ne sais pas où je suis. » — D. Quel âge as-tu ? — R. Quatre ans. — D. Tu me connais bien? — R. Non, je ne vous connais pas ; ça tourne dans ma tête. — Je lui dis alors de se réveiller tout à fait bien et lui souffle sur les yeux. Elle se réveille et elle est revenue en même temps à cinq ans et demi dans le même état qu'hier. Elle était spontanément descendue à quatre ans, et rien que par le fait du réveil elle est revenue à cinq ans et demi.

26 février. — Elle sent à peu près bien de partout, le sens musculaire est normal. Elle a toujours cinq ans et demi. Je lui dis de se réveiller complètement de la tête aux pieds. Elle secoue sa tête d'un côté à l'autre et a une toux rauque. Bientôt elle s'arrête. Elle ne sait pas son âge et me répond : « Petite sœur est morte. » -\ — \- Les mouvements de tête recommencent très rapides. Elle s'arrête tout à coup, suce son doigt, ne répond plus à mes questions, bégaie : pa.... pa pa pa » -\ — \- Elle recommence à secouer la tête et à faire des mouvements de succion -f--f- Elle se tortille et secoue toujours la tête. Elle se remet à zézayer en langage enfantin auquel je ne puis rien comprendre. Elle ne sait pas son âge, se remet à tousser d'une voix rauque. -j-+ Elle cesse de tousser et continue à secouer la tête. Elle est revenue à quatre ans. -f--f- Elle gémit. — D.'Qu'as-tu donc? — R. Bobo au cou, un toticolis. — En effet elle a de la contracture du cou à gauche avec anesthésie du sterno-mastoïdien qui présente des soubresauts. Puis les secousses de tête reprennent. Au bout de quelque temps je lui demande son âge. — R. Je suis plus grande que quand j'étais chez vous? — D. Quand ça? — R. Au mois de septembre. J'ai presque six ans : comment que vous êtes là; vous venez à M. aussi?

[--\- Nouvelles secousses de tête et toux rauque. ++ Elle a six ans et

demi et commence à se plaindre de l'estomac. + -}- Les oscillations de tête cessent; des secousses apparaissent dans l'estomac et le ventre, avec contorsions du bassin. ++ Elle secoue de nouveau la tête. Elle a sept ans. Elle se plaint du côté droit, on croit qu'elle a quelque chose au foie. -f + Secousses de tête toujours. -f-f- Je la réveille. Elle est aphone : « Tout l'hiver c'est comme ça, » me dit-elle. Elle demande pourquoi elle est encore ici, s'informe de tout le monde. La respiration est sifflante. Elle reste toute la journée à sept ans.

27 février. — Je lui dis de se réveiller complètement de la tête aux pieds. Les secousses de tête recommencent. Elle arrive à sept ans et demi, tousse pendant quelques moments, se tortille, puis la tête continue seule à se mouvoir. Elle se met à geindre et à avoir du clownisme. Elle a douze ans et demi : « Je suis énervée, j'ai mal à l'estomac. » ++ Efforts de vomissements. -] — h Elle a quatorze ans et demi, époque où elle avait des crises d'étouffements. Je la réveille alors.

28 février. — Séance. Elle arrive au mois d'octobre 1895.

2 mars. — Séance. Je lui fais continuer de se réveiller. Oscillations de la tête; étirements de temps à autre; enfin elle arrive au mois de mars. Je la réveille.

3 mars. — Séance pour se réveiller complètement de la tête aux pieds. Elle sent un peu de partout. La tête est bien plus dégagée. Elle rumine beaucoup encore et l'estomac et le ventre sont toujours douloureux à la pression et la région cutanée correspondante est anesthésique. Contorsions générales, essoufflement, spasmes laryngés avec raideur de la nuque et point interscapulaire. Inspirations saccadées, sifflantes. Une fois cela passé, elle se sent fatiguée et je la réveille. Les sifflements inspiratoires ont disparu et je constate que toute la poitrine a recouvré sa sensibilité.

Les membres sentent également. La tète, l'esle-mae, l'abdomen sont encore anesthésiques.

5 mars. — Elle a eu hier un étourdissement subit et une petite attaque syncopale. Séance aujourd'hui dans laquelle elle ne peut encore arriver à se réveiller seule.

9 mars. — Elle a sa sensibilité partout, mais un peu émoussée. Séance avec réactions ordinaires et réveil complet.

A partir de ce moment je la laisse livrée à elle-même. Deux fois elle a une attaque de nerfs avec contracture généralisée au moment de ses règles. Elle mange bien, mais sans appétit, ne dort que d'une façon irrégulière et quelques heures par nuit, mais se sent plus forte. Avant de quitter Paris je la remonte encore complètement jusqu'au réveil spontané avec disparition de tous les stigmates et retour de l'appétit momentané. Le plus difficile est d'arriver à faire disparaître le point pylorique qui est d'une ténacité extrême et qui cependant finit par disparaître complètement.

Depuis lors je l'ai envoyée en Suisse où depuis son arrivée elle n'a plus d'accidents nerveux, et a continué à recouvrer des forces sans cependant augmenter de poids.

Remarques. — Il s'agit ici d'un de ces cas graves d'hystérie viscérale ou pour mieux dire à prédominance viscérale dans lesquels la trophicité est atteinte d'une manière si profonde qu'elle met la vie de ces malades, extrêmement dégénérées, en danger. Je ne puis relever ici toutes les particularités de cette intéressante observation, qui servent de base à l'étude du mécanisme d'un grand nombre de phénomènes dans la première partie de cet ouvrage. Je veux cependant signaler ici ce qui a trait à l'angine de poitrine hystérique développée artificiellement par le réveil de lacénesthésie cardiaque, et le rapport qui existe entre les troubles gastriques et la sensibilité organique de l'estomac, question qui a fait l'objet d'un travail spécial paru au Congrès de médecine de Lyon en 1894, et dans la Revue de Médecine en 1895, et qu'on retrouvera relaté dans la première partie ; il en est de même des phénomènes d'allochirie et d'écriture spéculaire qu'a présentés cette malade.

La variété extrême des troubles qu'elle a eus, la longue période de temps pendant laquelle j'ai pu l'observer, le nombre considérable d'expériences cliniques que j'ai pu faire sur elle, justifieront, j'espère, la longueur de cette observation.

Hystérie datant d'une dizaine d'années. — Contracture généralisée avec hypéreslhésie douloureuse, anorexie tenace. — Régression spontanée de la personnalité. — Impossibilité de l'hypnose. — Réveil de la sensibilité générale à l'état de veille par simple fixation de V attention. — Guérison presque complète.

Mlle Jeanne D..., âgée de vingt ans, est entrée à la villa Montsouris le 6 février 1894 et en est sortie le 25 juillet 1804.

Dans ses antécédents héréditaires on ne trouve guère que de la nervosité et du strabisme chez sa mère. Quant à elle, elle a eu des convulsions légères dans l'enfance et a toujours été assez délicate à élever, sans avoir fait cependant de grande maladie caractérisée. A six ans elle a fait une chute en arrière sur la tète, le lendemain de laquelle elle eut un saignement de nez assez considérable. Caractère obstiné ; on la regardait comme d'une intelligence un peu obi use. A neuf ans, à la pension, onanisme avec une petite camarade ; puis à dix ans avec un jeune garçon qui aurait cherché un jour à la violer. Elle aurait eu une violente peur et ne dit rien à sa mère. Depuis elle a continué seule jusqu'il y a deux ans quand elle tomba tout à fait malade. Elle a été formée vers l'âge de douze ans, toujours 1res régulièrement et très abondamment dans ces dernières années. C'est de cetle époque que paraissent dater les premiers troubles nerveux. En effet dès cet âge elle a perdu l'appétit sans avoir toutefois d'anorexie avec refus d'aliments. Des douleurs de tête sont survenues à dix ou onze ans. Elle avait la sensation que « des clous rouilles s'enfonçaient dans sa tête », « ou que des poids s'y déplaçaient ». A seize ans elle devint hémianesthésique à droite et à la suite de bains froids eut ses premières contractures. Quand les douleurs de tête augmentaient, elle avait une sensation d'engourdissement général. Elle avait des cauchemars et commença à avoir une insomnie complète, de seize à dix-huit ans. Depuis l'âge de treize ans elle avait eu toujours très peu de sommeil.

Dès l'âge de douze ou treize ans, elle fut prise de crises de nerfs, avec contractures soit dans les jambes, soit dans les bras, à la suite. Puis ces contractures survinrent même en dehors des attaques de nerfs, et elle avait constamment une sensation de brûlure dans les membres, principalement au niveau des articulations. Elle avait aussi des douleurs dans les muscles,

s'exagérant par les mouvements, des secousses dans les membres et des fourmillements. Tous ces troubles hyperesthésiques tantôt se localisaient, tantôt se généralisaient. On les prit pour des douleurs rhumatismales, et on lui lit dans ce sens une série de traitements au nombre desquels naturellement furent faites de nombreuses applications de pointes de feu, qui loin de la soulager augmentaient plutôt ses douleurs.

Par suite de ces troubles hyperesthésiques, elle était le plus souvent dans l'impossibilité de marcher, et sitôt qu'elle s'y essayait, elle se contracturait des membres inférieurs. Cet état s'aggrava considérablement il y a deux ans et elle fut confinée au lit. Placée successivement dans deux maisons de santé, on ne lui apporta aucun soulagement. On se contenta de la coucher de temps en temps et de la nourrir à la sonde.

C'est dans cet état de contracture généralisée avec hyperesthésie qu'elle me fut amenée. Le moindre attouchement, le moindre déplacement provoquait chez elle de vives douleurs et lui faisait pousser des cris. Elle était incapable de marcher, de se tenir debout, de remuer les bras ni les mains, était clouée immobile sur son lit, le dos et le cou contractures. Elle présentait en outre de l'anorexie pour laquelle, dans l'établissement hydrothérapique où elle avait été placée pendant plusieurs mois auparavant, on n'avait trouvé rien de mieux que de la nourrir h la sonde. Elle avait un refus complet d'aliments, lequel céda d'ailleurs immédiatement, dès le premier repas que je lui fis faire et que je lui administrai moi-même.

Malgré son hyperesthésie elle est incapable de dire quel est le doigl ou le point du membre que je lui touche, et de m'indiquer dans quelle position je les place. En un mot elle a une perte complète du sens musculaire. Elle présente, en outre de son hyperesthésie généralisée, de nombreux points plus douloureux à la pression, situés au vertex, à la nuque, tout le long du rachis, et principalement au niveau du renflement lombaire, et dans les fosses iliaques. Les réflexes sont très exagérés, mais il n'y a pas de trépidation épileptoïde. Elle me raconte que lorsque les contractures disparaissent elle éprouve dans les membres des secousses, des fourmillements, des picotements et qu'elle marche comme sur des aiguilles. Quand les contractures reparaissent, elle est reprise de douleurs et d'une sensation de lourdeur dans les membres. Sa peau lui semble comme tendue et gonflée, et intérieurement il lui semble qu'elle est trop grosse

En même temps que l'hyperesthésie s'accompagne de perte du sens musculaire, elle s'accompagne aussi d'analgésie. La sensibilité au contact est donc seule conservée et douloureuse. Elle a de l'hyperesthésie vulvaii e qui la pousse à se masturber.

Il y a quatre mois, elle aurait eu de l'incontinence d'urine. Elle a fréquemment de faux besoins d'uriner ou d'aller à la selle et se figure rendre de l'eau en abondance.

Elle a une anesthésie complète des voies digeslives, et l'estomac est tout particulièrement douloureux à la pression.

L'appareil respiratoire présente également de l'anesthésie. Elle ne sent pas l'air pénétrer dans sa poitrine. Il lui semble qu'il s'arrête au niveau

de la gorge. Elle ne sait pas dire si son cœur bat on non. Elle ne le sent pas, et elle met parfois la main dessus pour s'en rendre compte, « parce quelle a de l'ennui de ne pas le sentir ». « Cependant, dit-elle, quand j'ai une émotion vive, je le sens bien, je l'entends ; il me semble qu'il se décroche. »

Le champ visuel est rétréci légèrement, sansdyschromatopsie L'insomnie est complète. Sa mémoire est très imparfaite et elle ne peut rien me dire de son enfance. Elle me dit : « J'étais trop petite pour m'en souvenir ; je sais ce que mes parents m'ont dit. » Ses souvenirs personnels remontent au début de sa maladie à l'âge de douze ans.

7 février. — J'essaie de l'endormir par injonction et pression des globes oculaires. Mais je ne peux déterminer le sommeil hypnotique. Elle arrive seulement à un certain degré d'engourdissement, dont je profite pour lui ordonner, en maintenant toujours ses yeux clos, de faire bien attention à ses mains, de chercher à se rendre compte de leur situation, et de les sentir. Elle se met à remuer les doigts avec des mouvements athétosiques, y éprouve des fourmillements, la contracture disparait, riiypéresthésie diminue considérablement et en même temps le sens musculaire et la notion de position reparaissent.

8 février. — Je rappelle de même le sens musculaire et la sensibilité normale des membres inférieurs. Quoique je n'arrive pas à la normale, ce qu'elle a recouvré suffit pour que la marche redevienne possible et que la contracture disparaisse presque complètement, surtout à la périphérie des membres. J'opère de même pour les membres supérieurs. Le ventre participe à ce retour de la sensibilité normale et les points ovariens sont bien moins douloureux. Elle peut se lever et se servir de ses bras alors que depuis plus de huit mois elle était clouée au lit et complètement incapable d'aucun mouvement.

Elle éprouve la sensation qu'il y a quelque chose intérieurement qui l'empêche d'aller jusqu'au bout.

13 février. — Dans la nuit elle s'est sentie « momifiée ». Elle sentait les différentes parties de son corps qui disparaissaient l'une après l'autre. Elle chercha à se représenter mentalement ses mains après les avoir regardées, mais ne put y arriver..

Dans la journée elle s'aperçoit tout à coup qu'elle ressent battre son cœur. Elle a eu des étouffements en voulant respirer et ne sentait plus qu'elle respirait.

Elle se rend compte maintenant de ce qui se passe en elle et résiste, ce qu'elle ne pouvait faire autrefois. Elle sentait des brûlures, puis l'engourdissement et la pesanteur des membres survenaient, et elle ne s'en apercevait que lorsque la contracture était complète. Aujourd'hui elle lutte contre cet engourdissement dès qu'elle le sent l'envahir.

Après qu'elle a recouvré sa sensibilité, au moins en partie, et que la contracture disparait, elle éprouve intérieurement dans les membres une sorte de frémissement, qui s'objective même quelquefois sous forme de léger tremblement.

14 février. — Dans la nuit elle s'est, me dit-elle, engourdie complètement deux fois, et sa sensibilité es! revenue spontanément!

A partir de ce moment, sous l'influence de l'isolement, de l'hydrothérapie, de la rééducation de sa sensibilité, son état général s'améliore et très régulièrement elle augmente comme poids d'une livre par semaine, et de 93 elle arrive à 98 le 31 mars. Elle n'a toujours pas d'appétit, mais ne refuse pas les aliments, a de l'insomnie, et de fréquentes attaques de contractures qu'il est assez facile d'enrayer et de faire disparaître.

17 février. — Depuis deux jours elle a le sentiment « qu'elle n'a jamais vécu, qu'elle n'a jamais éprouvé la joie de vivre ». Il lui semble qu'elle n'a rien compris jusqu'ici; qu'elle sort d'un rêve, qu'elle sentait les choses, mais ne pouvait les exprimer comme elle les sentait. Il y a quelques jours, en jouant du piano, elle se figurait qu'il y avait une autre volonté que la sienne qui l'y foirait ; de même en écrivant son journal elle croyait agir malgré elle. Sa vie lui apparaît comme dans un rêve.

Aul refois dans une maison d'hydrothérapie où elle fui traitée à dix-huit ans, elle avait des crises dans lesquelles elle parlait, récitail des choses qu'elle ne se rappelai! plus ensuite avoir dites. Elle paraissail très lucide. Il lui semble qu'elle est dans le même état que dans ces crises lucides.

Quand elle réfléchit seule, elle s'engourdit. Quand au contraire elle est dans ses phases de lucidité, elle dit qu'elle seul une chaleur de plus en plus grande partout, ça gargouille dans son ventre ; elle sent son estomac, son cœur.

18 /êvricr. — Suractivité extrême de la mémoire et des associations d'idées. Elle regarde toutes les malades comme des personnes qu'elle a connues autrefois. Ses souvenirs se reportent surtoul à l'âge de six à huit ans, quand elle était en pension.

Elle écrit toul ce qui lui passe par la tête avec une grande activité et elle est fort contrariée si on lui dil qu'elle se trompe. Elle a un point assez fort au vertex. Elle est excitée, exaltée et divague le soir. Pendant que ses camarades dansent, elle dit: « Dansez donc ; si elles se doutaient du mal que j'ai pour les faire danser ! » Elle se ligure que c'est sa volonté qui les fait danser.

Elle est pendant la nuit en étal de vigilambulisme.

19 février. - Elle dit que depuis quatre ou cinq jours ce n'est plus elle qui agit. Depuis qu'elle s'est remise au piano, dont elle ne jouait plus que rarement depuis longtemps, c'est une autre personne, elle ne sait qui, qui fait mouvoir ses doigts. Elle n'a jamais eu ces doigts-là; quand elle fait attention à ses doigts, sa tête ne va pins.

Ce malin elle est anesthésique, se ligure « sortir des catacombes » être verte, amaigrie; elle croit voie des meurtrissures sur ses membres ; elle voit les objets ronges verts, et réciproquement. Elle s'est figuré hier soir qu'elle allait mourir.

Elle a de nombreux points dans la tête, surtout dans les lobes temporaux.

Dans l'après-midi elle s'endort après déjeuner. Elle a déjà eu des états

intermédiaires où elle étail incapable de dire si elle dormait ou était

('veillée.

Elle se ligure que je suis allé la chercher il y a quatre mois, ou quatre jours, elle ne sail pas. Elle a les yeux fermés, et ne semble plus avoir conscience. Au bout de quelque temps elle sort spontanément de cet étal, et sa tète est moins douloureuse.

Des souvenirs d'autrefois lui reviennent. Elle ne sait plus quel âge elle a : « Je ne m'y reconnais pins, » dit-elle. Elle croit être le 21 février et dit alors avoir compté des heures pour des jours. Elle ne sait pas du reste si c'est février ou mars.

Elle mélange tons ses souvenirs et confond toutes les dates : « Je ne sais plus, dit-elle, combien d'existences j'ai eues; comment ai-je fait pour marcher avec ma jambe droite bonne et la gauche qui ne sentait pas? » Il lui semble que de onze à seize ans elle a été une autre personne et a mené une autre vie.

Je fixe son attention et lui fais recouvrer sa sensibilité générale. Du même coup elle recouvre son champ visuel, et ne divague plus.

2 avril. — Elle est prise d'un état mental liés particulier analogue à celui qu'elle a présenté le 18 février. Elle a une grande loquacité, écrit ses impressions, se sent heureuse de vivre, dit qu'elle ne s'est jamais sentie aussi satisfaite. Il lui semble qu'une vie nouvelle s'ouvre devant elle. Elle a une grande suractivité physique et mentale, s'agite beaucoup, parle, rit à tort et à travers, écrit sans cesse. Elle donne le nom d'anciennes amies à toutes les jeunes filles qui sont à la maison. Elle s'étonne de ne pas en voir certaines qui devraient y être.

Il existe un état de confusion mentale manifeste. Elle se rend compte que ces jeunes filles ne sont pas celles qu'elle se figure, et en même temps elle ne peut s'empêcher de les confondre avec ses amies, s'étonnant de les voir très changées, très grandies. Elle trouve du reste une explication dont elle se contente pour tous ces changements qu'elle constate autour d'elle. Tous ces souvenirs remontent à l'âge de dix à douze ans, et ont trait à la pension où elle se trouvait alors.

Cet état va en s'accentuant et bientôt survient un état d'agitation beaucoup plus intense : elle crie, chante, se déchire, joue et saute comme un enfant. Elle a du reste un langage enfantin, et tout ce qu'elle dit ne se rapporte qu'à son jeune Age, à une pension où elle était à neuf ans, à ses camarades d'alors, à la maison de ses parents. Cet étal persiste pendant une dizaine de jours, puis le 12 avril elle se calme complètement. Elle ne se souvient plus de son arrivée ici, ne reconnaît plus la maison, ni les personnes qui s'y trouvent. Elle a perdu le souvenir, de tout ce qu'elle a dit et fait pendant ces dix jours où j'ai dû l'isoler complètement dans une chambre séparée.

9 mai. — Depuis lors elle ne présente plus comme troubles nerveux que de l'hyperestliésie du dos qui varie d'ailleurs d'un jour à l'autre. Elle sent sa tête toujours embarrassée. Elle a eu la semaine dernière ses règles et, contrairement à ce qui se passe depuis longtemps à ce moment, elle n'a

pas eu de contractures. L'hyperesthésie du dos, qui persiste presque seule aujourd'hui, a été seulement plus accentuée.

J'entreprends de nouveau, à l'état de veille, en fixant seulement son attention, de lui faire recouvrer la sensibilité du dos. Elle se tortille, se contracte dans tous les sens les muscles du dos, des lombes, des épaules, pendant que je lui maintiens les yeux fermés par l'application des doigts et lui dis simplement : « Sentez votre dos, de plus en plus. » A la tin de la séance, que je suspens pour ne pas la fatiguer, l'hyperesthésie a suffisamment disparu pour que je puisse appliquer soit fortement, soit en le frôlant seulement, ma main sur son dos sans déterminer ni secousses, ni soubresauts, ni contractures, comme cela arrivai! auparavant au moindre attouchement. Elle a éprouvé dans certaines parties, pendant cette séance, des fourmillements d'abord, puis des brûlures, et enfin un simple endolorissement.

A la suite elle se sent la tête fatiguée. Elle me raconte que depuis quelque temps elle ne peut plus fixer sa pensée que sur tout ce qui s'esl passé pendant ces deux dernières années, où elle a été le plus malade. Elle se souvient à peine de son enfance et ne peut se rappeler certains faits qu'avec des efforts très pénibles. Tout ce qui précède ces deux années est très vague et nécessite un grand effort d'attention. Elle a complètemenl oublié le temps qu'elle a passé à l'isolement du 2 au 12 avril.

Ce soir, elle est en crise de contracture, à la suite d'un fort orage; elle a mal à la tête, divague un peu, et a peur sans pouvoir dire de quoi; elle cause seule comme dans une sorte de rêve. Elle a des points douloureux au vertex et à la nuque, mais le dos est peu douloureux. Les conceptions sont lentes et elle a de la peine à comprendre ce qu'on lui dit.

10 mai. — Elle est bien aujourd'hui, et ne se souvient pas de ce qu'elle a dit et fait hier. Je la laisse au repos. Son dos est très peu hyper esthésié. L'épaule droite est douloureuse à la pression el quand elle la fait mouvoir, elle dit qu'il lui semble « qu'elle ne lui appartient pas comme la gauche », qui, elle, peut se mouvoir et être pressée sans douleur.

11 mai. — Je cherche par le même procédé que le 9 mai à lui faire recouvrer la sensibilité du dos. Elle y arrive beaucoup plus complètement. A un moment donné, les sensations de crampes, de brûlures qu'elle y éprouve gagnent spontanément le bras et la cuisse du même côté. A la lin de la séance la sensibilité est beaucoup plus normale non seulement au niveau du dos, mais dans tout le côté droit. 11 reste cependant encore deux points où l'hyperesthésie est assez vive, l'une à la taille, l'autre à l'épaule droite, en arrière, dans la fosse sus-épineuse. Le sens musculaire reste également émoussé dans tout le côté droit.

12 mai. — Il n'y a, pour ainsi dire, plus d'hyperesthésie du dos, qu'on peut toucher sans déterminer le moindre sursaut. La tète est encore douloureuse et embrouillée intérieurement.

13 mai. — Elle voit sa famille pour la première fois depuis son entrée. A la suite de cette visite elle est un peu plus énervée et l'hyperesthésie du dos reparaît.

19 mai. — Séance. Je lui dis de ressentir tout son dos. Elle éprouve des douleurs dans les épaules. « C'est comme si ça craquait, si ça se décrochait, » dit-elle. Elle a des crampes dans les bras et des fourmillements jusqu'au bout des doigts. En même temps elle se contracture et au fur et à mesure que la sensibilité revient, que les douleurs disparaissent ainsi que l'hyperestliésie superficielle, la contracture disparaît.

26 mai. — Je lui lais ressentir son dos presque complètement. Elle éprouve dans tous les membres des secousses électriques, des crampes, surtout au niveau des articulations et dans les muscles, et des fourmillements dans l'intérieur du corps. A ce moment se font entendre des gargouillements dans l'estomac et l'intestin, accompagnés de secousses de l'abdomen.

28 mai. — A la suite d'une audition musicale elle est bizarre, ses idées sont vagues, elle souffre davantage de la tête, et l'byperesthésie du dos reparaît en partie.

1er juin. — Nouvelle séance, avec mêmes sensations généralisées. De plus, (die éprouve des douleurs plus profondes, qu'elle localise dans les os-

19 juin. — A diverses reprises je me suis appliqué à lui faire recouvrer de mieux en mieux sa sensibilité normale. Elle a toujours un peu d'hyperestliesie du dos et de la nuque. Les yeux ('tant fermés, et plongée dans une sorte d'état intermédiaire à la veille et à l'hypnose, dans lequel elle conserve la conscience de tout ce qui se passe autour d'elle et converse spontanément avec moi, je lui dis de se sentir de la tête aux pieds. Elle s'élire, se contorsionne les bras, se tortille dans tous les sens. Elle éprouve en même temps des secousses dans les bras, des crampes douloureuses, des sensations d'allongement, des tiraillements. Puis elle a des secousses qui partent des lombes et correspondent dans les membres inférieurs, qui lui semblent se pelotonner intérieurement, et qu'elle tléchit et détend brusquement, à maintes reprises, en disant de temps en temps : « Je ne les sens pas encore bien à moi. » Ces secousses, une fois qu'elles ont commencé, continuent à se produire en quelque sorte malgré elle, et au fur et à mesure l'hyperestliésie du dos disparait et la sensibilité redevient normale de bas en haut. Elle persiste encore dans les épaules, et après de nombreuses secousses, puis des contorsions, des picotements brûlants gagnant les bras, elle y disparait à son tour. Puis elle a des tiraillements dans la tête qu'elle secoue d'un côté à l'autre. Il lui semble que quelque chose tourne dedans et se noue. Elle éprouve des douleurs à la nuque, des tiraillements dans le cou, qu'elle étend, rejette en arrière. Par moments elle ressent des fourmillements dans tout le corps et est prise alors de contorsions, de gargouillements dans le ventre et l'estomac, sent des craquements dans la colonne lombaire. Elle éprouve ensuite une sorte de détente et je suspens la séance.

20 juin. — Même état de la sensibilité du dos et de la tête où elle éprouve encore de la confusion.

22 juin. — J'entreprends de lui rendre la sensibilité de la tête par le même procédé. Elle éprouve d'abord des crampes dans les jambes ; des

liO NATURE DE L'HYSTERIE

secousses, des détentes brusques se produisent, puis tout se relâche. La douleur du dos disparaît, et alors apparaissent les secousses de tête. Surviennent en même temps des secousses, des spasmes de l'estomac, de l'œsophage, du hoquet, des spasmes du pharynx. Puis les phénomènes gagnent de bas en haut. Ce sont maintenant des secousses dans la nuque, dans la tète. Les membres lui semblent se tordre intérieurement; elle éprouve la sensation de quelque chose qui se déplace dans sa tète, une espèce de vertige. Elle est un peu fatiguée, la séance ayant été longue, et je la laisse se reposer. Elle ouvre aussitôt les yeux, sans que j'aie besoin de la réveiller, car en réalité elle n'est pas plongée dans l'hypnose, et elle se souvient chaque fois fort bien de tout ce qu'elle a éprouvé, dit et fait,

L'état vertigineux persiste encore un peu les jours suivants, puis disparaît spontanément.

{$ juillet. — Sous l'influence des cahots de la voilure en promenade, les douleurs se réveillent dans le dos.

\§ juillet. — Elle est contracturée de tout le corps ce soir. Quand elle est ainsi, ses yeux sont fermés et elle ne peut les ouvrir. Elle se décourage, prend des idées mélancoliques. Sur mon ordre et en fixant simplement son attention comme je le fais ordinairement en lui désignant les membres et les organes qu'elle doit sentir, elle recouvre toute sa sensibilité, redevient gaie, et à la fin ouvre ses yeux. Il reste dans le dos au niveau du renflement lombaire un point douloureux qui correspond dans la tète, laquelle n'a pas encore recouvré absolument toute sa sensibilité. J'insiste pour qu'elle y parvienne. Elle se rejette en arrière, fait l'arc de cercle, s'étire le cou dans tous les sens ; elle éprouve dans la tête des sensations de serrement, des tiraillements, comme s'il y avait des fils qui aillent de sa tète à son dos. Mais malgré des efforts répétés elle n'y arrive pas.

M juillet. — Elle a un peu de raideur des membres du côté gauche. En taisant des frictions énergiques, je lui en rends la sensibilité et la contracture disparaît.

19 juillet. — Le côté gauche est encore une fois légèrement contracture. D'elle-même, par sa force d'attention, en s'élirant dans tous les sens pour se rendre bien compte de son membre, elle recouvre la sensibilité de la jambe gauche, où elle éprouve pendant ce travail les mêmes fourmillements, douleurs profondes, puis relâchement que lorsque je la dirige moimême.

Le soir, elle a des douleurs de tète : il lui semble qu'on lui arrache la peau du crâne, absolument comme il lui semblait qu'on lui arrachait les articulations.

20 juillet. — Elle a des vertiges le matin. Elle en a du reste, comme cela, depuis l'âge de neuf ou dix ans et disait alors : « J'ai comme des poids qui remuent dans ma tète. » Elle est anesthésique et analgésique de tout le côté gauche. Je lui dis, en lui fermant les yeux, de se ressentir. Elle l'ail de petits mouvements des pieds, éprouve des crampes, des tiraillements et l'analgésie disparait ; puis l'anesthésie; puis le sens musculaire

revient, Mais ses sensations se propagent de bas en liant et elle me dit qu'elle sent « comme s'il coulait de l'eau chaude dans sa jambe ».

Du côté droit elle seul, mais il lui semble que la jambe est enveloppée d'ouate ou est gonflée avec une enveloppe d'environ 10 centimètres d'épaisseur. Elle a éprouvé celle impression au début de sa maladie et au moment de ses examens. Les membres étaient lourds alors; ils ne le sont plus aujourd'hui et le sens musculaire paraît normal. En même temps que la sensibilité revienl dans le membre inférieur gauche, des mouvements involontaires et des fourmillements apparaissent dans le bras du même côlé.

22 juillet. — Elle a nu peu d'anesthésie généralisée et de la tendance à la contracture. Elle s'essaie à aller en chemin de fer et revient très l'alignée le soir, avec un peu de contracture du côlé gauche. Sa face est contractée el elle a tendance à fermer les yeux malgré elle.

23 juillet. — Ce malin elle a de la contracture généralisée, avec une hyperesthésie excessive du dos, et il lui est impossible d'ouvrir les yeux. En écartant les paupières, je constate que les yeux sont convulsés en dedans et en haut, comme dans les crises. L'anesthésie esl généralisée. Elle ne sait plus où elle est, et ne se rend pas compte sur quoi elle repose. Quoique non endormie, ni hypnotisable, elle se trouve en somme dans un état spécial 1res analogue au somnambulisme.

Séance. Dès que je lui dis de ressentir ses membres, elle se met à s'étirer, est prise de secousses dans les jambes, disant y éprouver comme des secousses électriques, puis des picotements, des élancements, des brûlures, des démangeaisons ; alors il y a retour de la sensibilité à la douleur, puis de la sensibilité' générale tactile, puis du sens musculaire. Des phénomènes semblables se passent dans le même ordre dans les membres supérieurs.

Du côté du ventre et de la poitrine, tortillements avec gargouillements de l'intestin, de l'estomac ; dyspnée passagère accompagnée du retour de la sensibilité cutanée de la poitrine. Enfin grimaces habituelles delà face qui se contracte dans tous les sens, en même temps qu'y reparaît la sensibilité superficielle et profonde.

Puis la sensibilité de la tète reparaît : douleurs, tiraillements en arrière ; sensations d'arrachement de la peau du crâne ; puis « sa cervelle coule en bouillie dans son dos » ; « sa tête se vide », puis s'allège ; il lui semble « qu'elle ne pourra contenir tout ce qu'il y a dedans ». Elle ouvre les yeux, s'éveille, est gaie, se trouve bien, mais sent encore un peu de douleur à la nuque et quelques tiraillements dans la tète.

24 juillet. — Elle a assez bien dormi malgré un orage qu'il a fait. Elle est gaie, a toute sa sensibilité; se sent seulement un peu lasse. Même état de la tête. Elle remarque elle-même le soir qu'elle a un peu de peine à mâcher, qu'elle ne sent pas tout à fait bien sa langue dans la bouche, que les parties latérales du cou ont une dimimution de la sensibilité.

25 juillet. — Séance. Elle ne dort pas, mais cependant garde tout le temps les yeux fermés et a de la difficulté à les ouvrir. Elle a des

secousses, des tiraillements, « comme avec des câbles » dans le cou, la nuque el les épaules.

Une fois que tout le reste du corps a recouvré sa sensibilité normale, je passe à la tête. Elle éprouve alors des tiraillements à la nuque, des douleurs superficielles, comme si on lui arrachait la peau du crâne, surtout du côté droit; puis sa tête lui paraît enfler; elle est lourde et vide en même temps. Ensuite il lui semble que sa vie s'en va, elle a de l'angoisse, et croit que tout son corps meurt ; elle ne sait plus où il est. Puis il lui semble que tout se contracte dans le corps et les membres, en même temps que la tête se dégage (elle la fait osciller de droite à gauche tout le temps, comme si elle se frottait la nuque). A la tin elle se met à sentir son estomac qui depuis le 23 la brûlait : « C'est, dit-elle, comme des acides chauds qu'on y verserait après les repas. » Elle a déjà éprouvé cela autrefois, quand elle avait de l'anorexie. (Depuis que la sensibilité de l'estomac est en grande partie revenue, elle sent douloureusement, comme les autres d'ailleurs.) On voit la paroi de son estomac se soulever et s'abaisser d'une façon rythmique, et ces contractions provoquées de l'estomac s'accompagnent de douleurs d'abord, puis de picotements ; puis tout disparaît. Elle ouvre alors les yeux spontanément el se trouve tout à fait bien et souple de tout le corps.

Aussi dans la journée peut-elle jouer des morceaux de piano que depuis plus de cinq ans elle n'avait pu jouer même dans ses meilleurs moments.

26 juillet. — La région lombaire et le genou gauche sont un peu hyperesthésiés. Je la fais ressentir de partout. « C'est, dit-elle, comme si ma rotule n'était pas bien attachée. » Puis elle sent ses hanches; les tiraillements qu'elle éprouvait dans les membres inférieurs gagnent le dos, les épaules, les bras, enfin la tète. Je l'aide à s'étirer en maintenant d'une main sa tête parla nuque et ses hanches de l'autre. « Oh ! dit-elle, c'est comme si on me retirait des tas de choses de la tête. » Elle la sent se dégager surtout à gauche. Puis elle lui semble grossir, se remplir. Ensuite il y a des frémissements « très agréables » qui vont de la nuque dans le dos et dans tout le corps. Il lui semble que son corps gonfle et cela s'accompagne d'un frémissement qui se généralise et lui donne une sensation plutôt agréable. On entend des gargouillements dans l'estomac et dans l'intestin, qu'elle fait contracter volontairement, et bientôt la douleur qu'on y provoquait et qui y existait spontanément disparaît complèlement. Elle ne dort pas, elle peut ouvrir les yeux quand elle veut, mais les tient de préférence fermés.

Après cette séance elle trouve qu'elle ne s'est jamais sentie si bien, que tout est dégagé. Cependant l'estomac et l'intestin continuent à être le siège de gargouillements et de frémissements. Elle mange avec appétit.

8 août. — Séance de remontage identique à la précédente. A un moment elle me dit qu'elle a les pieds froids. C'est vrai, et je constate en même temps que leur sensibilité a disparu en grande partie. Elle me raconte que depuis deux jours elle a un malaise général et de la tendance à se eontracturer : cela a commencé par sa tête qui s'est un peu « embrouillée ».

A part cela elle va bien, mange et dort bien, sort tous les jours sans fatigue, mais ne peut encore pas supporter les voitures et les tramways.

11 septembre. — Le reste du mois d'août s'est bien passé. Le 5 septembre elle a ses règles et commence à moins bien aller. Elle se remet à mal dormir; son regard devient un peu vague ; elle a des douleurs et des élancements dans les articulations, surtout dans les genoux. Elle sent comme des brûlures superficielles, et un refroidissement intérieur des jambes, où le sens musculaire est perdu.

12 septembre. — Séance de deux heures. Retour complet de la sensibilité, accompagné des mômes phénomèmes d'étirement, de picotement, de brûlure. Tout a commencé, comme troubles, par des douleurs de tête qui durent encore. Je lui réveille donc complètement la tète.

A la suite de cette séance, elle est un peu excitée et parle beaucoup, puis elle tombe dans une sorte d'engourdissement ; ne parle plus, agit automatiquement, et se met à marcher de travers. Le dimanche suivant,, en lisant le journal elle s'écrie : « Mais ce n'est pas dimanche, c'est mercredi. » Puis à la suite de la lecture d'une lettre que je lui ai écrite pour lui faire des reproches de s'être ainsi laissée aller, elle sort de sa torpeur, marche bien, etc. Mais elle ne se rappelle rien de ce qu'elle a fait depuis le mardi 12 septembre.

17 octobre. — Séance à la suite de ses règles à l'occasion desquelles elle a eu encore la tête un peu embarrassée, avec tendance à la contracture généralisée avec hyperesthésie.

18 décembre. — Il y a quelques jours je l'ai décontracturée des bras et lui ai rendu presque complètement la sensibilité de tout le corps, sauf la tête. Elle revient aujourd'hui pour que je termine la tête. Elle se plonge d'abord dans ce laisser-aller habituel, puis elle se contracte de la nuque, du dos, et a des douleurs généralisées. Les reins sont plus particulièrement douloureux. Elle éprouve au bout de quelque temps un assouplissement qui s'accompagne d'une sensation de craquement, après quoi tout devient souple.

Elle souffre de la tête à la pression, et elle me dit que, lorsqu'elle est reprise de la tête, elle change de caractère, a moins de sommeil et s'énerve. Sur la fin de la séance, elle est prise tout à coup de gargouillements dans l'intestin et l'estomac. Elle respire plus librement, et sent bien battre son cœur. Le fait seul de ressentir son cerveau a donc fait reparaître la sensibilité dans des viscères sur lesquels je n'avais nullement attiré son attention.

A mesure que la sensibilité de sa tête revient, elle remue plus librement ; ses attitudes, sa parole ont plus d'aisance, et enfin elle se sent tout à fait bien. Elle est seulement un peu fatiguée, ce qui n'est pas surprenant puisqu'elle a travaillé une heure et demie.

Depuis ce moment jusqu'au 28 février 1895 elle a toujours eu la tète un peu embarrassée. Elle a résisté le plus possible et a « travaillé » elle-même. Depuis le 28 février elle s'est contracturée des avant-bras, un peu des jambes, et avec point dans la tète. Elle a de l'hyperesthésie des cuisses,.

de Fanes thésie surtout au contact et au pincement dans les jambes. La pression seule est douloureuse. Les pieds sont complètement anesthésiques. Le sens musculaire est perdu dans les pieds et dans les jambes, conservé aux cuisses.

Je la remets dans son état d'engourdissement et la fais ressentir : douleurs de reins, disparition de l'hyperesthésie d'abord dans la cuisse gauche où il y en avait le plus, puis dans la droite.

Puis l'hyperesthésie apparaît dans les jambes ; dans la droite en particulier elle apparaît au genou et à la cheville, tandis que le mollet reste anesthésique. Puis elle éprouve des crampes, des brûlures et la sensibilité" revient dans tout le membre en même temps que les reins deviennent moins douloureux.

1er mai. — Je la remonte encore une fois quoiqu'elle n'ait que peu de troubles de sensibilité, et qu'elle sache elle-même se remonter.

HO juin. — Depuis quelque temps elle dort moins, maigrit un peu, sent moins bien le ventre et l'estomac, sent mal également sa respiration profonde, a le dos hyperesthésié, la tète et surtout l'occiput douloureux, le sens musculaire des pieds est diminué. Elle revient passer un mois à rétablissement.

Je la fais travailler : étirements douloureux du dos remontant des reins à la nuque, puis au front; gargouillements du ventre et de l'estomac qui se mettent à ressentir; puis la sensation de respiration profonde reparaît. Dans les contractions violentes des reins, des épaules, surtout la droite, et de lanuque, on entend tout à coup un petit craquement, après quoi elle a une détente générale.

Elle me dit qu'au début du travail elle a un étal indéfinissable plus désagréable que les douleurs musculaires. Quand le travail se termine, elle ('prouve de la fatigue en même temps que du soulagement.

A la suite de cette séance elle n'a presque plus d'hyperesthésie du (\<>>, ni de la nuque. Au fur et à mesure que l'hyperesthésie du dos disparaît, la sensibilité de l'estomac et du ventre revient. Quand le point des reins disparaît, elle nie dit que ça correspond à l'abdomen. De même quand le point inter-scapulaire disparaît, la respiration devient plus aisée.

2, 4 et 5 juillet. — Je continue à lui rendre sa sensibilité. Le 4, elle a bien ressenti partout, mais la tête est restée embrouillée. Elle dort bien et le 5 au matin la tête est beaucoup plus dégagée. Le dos au niveau des lombes et sur les lianes est toujours hyperesthésié. Je cherche à me rendre compte de sa sensibilité intestinale : « Depuis là (appendice xiphoïde) jusque-là (pubis), c'est, dit-elle, comme un trou que je ne sens pas. » Je lui dis de sentir toute cette partie du corps : étirements, gargouillements : « ce n'est pas facile à trouver, s'écrie-l-elle », et enfin bien-être et disparition de la douleur lombaire et des flancs.

De même la tête est encore un peu douloureuse au niveau de l'occiput de chaque côté. Je lui dis de sentir ses yeux : elle fronce les paupières, ferme et ouvre les yeux, s'étire le cou, et enfin la douleur de la nuque disparait.

Elle a ses règles le 7 juillet, se contracture et se décontracture ellemême.

15 juillet. — Pendant la période où elle a ressenti l'estomac et le ventre elle a rengraissé de trois livres sans cependant manger davantage. A la suite de ses règles la sensibilité est émoussée, et il y a des plaques d'hyperesthésie <à et là. Elle recouvre facilement sa sensibilité normale.

Au mois d'avril 1896, elle s'est maintenue en assez bon état pour pouvoir se marier, sans présenter depuis d'accidents sérieux nécessitant mon intervention.

Remarques. — Cette observation est très intéressante, car elle montre que l'hyperesthésie n'est qu'un degré de diminution de la sensibilité, n'est qu'une anesthésie douloureuse. De plus, chez cette malade, où l'hypnose n'a jamais pu être déterminée, les phénomènes réaction nels tant au point de vue physique qu'au point de vue psychique ont été identiques à ceux qu'on observe chez les sujets où le réveil de la sensibilité ne peut se produire que pendant le sommeil hypnotique. Ce qui est particulièrement intéressant à cet égard c'est que ces phénomènes réactionnels se sont manifestés non seulement du côté des membres, mais encore des viscères et du cerveau, qui paraissent cependant chez l'homme normal échapper complètement à la volonté.

l'hystérie. — II. 10

Hystérie de date ancienne, apparente à Vtuje de quatorze ans chez une jeune fille de dix-huit ans. — Anesthésie, crises délirantes, anorexie. — Réveil simple pendant V hypnose avec régression de la personnalité à quatre ans en arriére. — Réveil progressif et successif de la sensibilité avec régression de la personnalité à Tâge de trois ans. — Instabilité de la sensibilité recouvrée. — Phénomènes subjectifs et objectifs de retour et de perte de la sensibilité générale, viscérale et cérébrale. Rechutes répétées.

Mllc Berthe B..., âgée de dix-neuf ans, est entrée, à la Villa Montsouris le 24 février 1894, et est sortie le 24 janvier 1895. Son père est un original, violent, impulsif, mort depuis de congestion cérébrale. Du côté paternel, toute la famille est bizarre et très nerveuse. Un de ses frères, âgé de quinze ans, a des tendances à la neurasthénie et a des céphalées per>i.-tantes. Elle n'a jamais eu de convulsions dans l'enfance, niais elle a toujours été délicate et de bonne heure a été sujette à des attaques de rhumatisme articulaire aigu, qui lui ont laissé une double lésion mi traie. La première attaque de rhumatisme l'a prise à sept ans. En 1891, cà quatorze ans, en Italie, elle a eu des rapports sexuels avec un jeune homme un peu plus âgé qu'elle, pour lequel elle s'est prise d'une passion excessive. Obligée de quitter l'Italie avec sa famille, elle ne cesse de penser à ce jeune homme, devient triste, s'ennuie de tout, n'a plus d'appétit, plus de sommeil et commence en 1893 à avoir de grandes attaques d'hystérie, suivies de délire dans lequel elle revoit le jeune homme dont elle est amoureuse. C'est alors qu'on me l'amène à cause de son état délirant entrecoupé par des attaques très fréquentes. Elle a toujours eu un caractère très difficile et dès son enfance elle détestait sa mère dont elle était très jalouse à cause de l'affection qu'elle portait à ses autres enfants.

Elle est anesthésique totale, avec rétrécissement très marqué et double du champ visuel et nombreux points hystérogènes. Elle reste délirante pendant plusieurs jours, ne reconnaissant personne, croyant parler à son amant, et prenant les personnes qui l'entourent pour celles qui étaient à son service à cette époque. Elle est manifestement en état second. Je n'hésite donc pas à tenter de la réveiller. Je l'endors une première fois le 3 mars avec la plus grande facilité, rien qu'en lui fermant les yeux el en lui disant : Dormez. Une fois endormie, je lui ordonne simplement de

bien se réveiller. Dans la journée elle a des secousses dans les membres, le regard vague. Elle a l'air de marcher dans un rêve.

Le 4 mars, je l'endors de nouveau, et je lui ordonne celle fois de se réveiller complètement. Elle ouvre les yeux : la sensibilité tactile est revenue, le sens musculaire lui-même reparaît, mais est très hésitant. Elle a des secousses dans les membres et se plaint que « ça lui fait mal partout » et que « sa tête est comme du plomb ». Je la rendors et lui dis de « sentir sa tète ». Elle la remue d'un côté à l'autre : « Ça me tourne, qu'est-ce qu'il y a dans ma tête ? » Je lui dis de se sentir encore plus : « Oh ! mais ça va mieux, » dit-elle et son visage s'épanouit. — R. Ça va bien, mes idées reviennent... Mais je dormais! je dors depuis longtemps. — D. Depuis quand '? — R. Je ne sais pas, je ne me rappelle rien. — D. Depuis quelle année ne vous rappelez-vous plus? — R. Depuis 1891. — D. Que sentezvous dans la tète ? — R. On dirait que tout bouge. — D. Ça fait-il mal ? — R. Non, ça me fait du bien au contraire. — A ce moment elle sent à peine son abdomen (?), pas du tout son estomac, sa gorge, sa langue. Au bout de quelque temps elle recouvre la sensibilité de la langue et de la gorge. Je lui demande si elle la sent. « Oui, sans ça, dit-elle, je ne pourrais pas parler. » — Elle ne sait pas si son cœur bat et ne se sent pas respirer. Puis tout cesse, et elle dit se sentir très bien. — A ma demande en quelle année on est, elle me répond : 1891 . Je lui dis de sentir son cœur, sa poitrine, son estomac, 'son ventre. Quelques réactions, à la suite desquelles je la réveille en lui soufflant sur les yeux et lui disant de se réveiller.

Elle est stupéfaite au réveil et se demande où elle est. Elle se croit au mois de juillet 1891 ; elle a quatorze ans et est en Italie. Elle se met à parler italien à sa garde. Elle a sa sensibilité générale, mais éprouve des secousses électriques dans les bras. Elle est fatiguée « de partout comme si elle avait marché beaucoup, beaucoup ». Sa tête lui semble lourde et vide; elle dit ne plus rien savoir de ce qu'elle a appris. « Il me semble, dit-elle, que j'ai été morte, et que je suis ressuscitée depuis ce matin. » Son champ visuel est normal des deux côtés.

2 mars. — Elle est dans le même état qu'hier. Je lui ai brièvement expliqué comment il se fait qu'elle est ici, qu'elle a été sérieusement malade et doit se soigner. Elle accepte facilement sa situation et mes explications.

Je l'endors et lui ordonne de sentir sa tête, qui lui paraît grosse, vide et lourde. Je lui dis de la sentir de plus en plus : « C'est une confusion dans ma tête, ça fait mal... c'est comme si on me donnait des coups de poing dessus... Ça fait des secousses. » Elle a en effet des soubresauts de la tête e! au fur et à mesure qu'ils se produisent les souvenirs de ses années reparaissent. Ce sont d'abord ses amours avec Henri (août 1891) qui ont commencé le 6 juin ; puis elle entre au Sacré-Cœur à Florence (fin 1891) où elle passe le jour de l'an 1892 : « Je suis au couvent, je m'ennuie, parce que je ne suis pas auprès d'Henri. » —Elle passe à Pâques 1892. « Nous allons repartir pour Rome... Nous voici à Rome... Nous sommes à Naples... Nous sommes revenus à Florence, je retourne au couvent avril 1892)... Nous sommes en Suisse ; j'ai du rhumatisme. .. Il y a le feu

dans ma chambre... Nous voici à Paris (septembre 1892)... Je suis toujours malade... Je m'ennuie à la maison, je m'ennuie partout, tout m'est indifférent... J'ai des crises, mais je n'en dis rien à personne... Je veux rester au couvent... Je suis restée trois mois au couvent, nous voilà au mois d'août, c'est les grandes vacances... Je suis à la campagne, je m'ennuie comme au couvent... Je suis rentrée au couvent, mais je ne veux pas y rester parce que je m'ennuie trop... Voici Noël .. Nous sommes en 1894... Je suis au bal chez une dame, mais maman ne veut pas que je danse. Je m'amuse bien tout de même. (Sa tète lui paraît moins grande et moins lourde. Elle la sent toute pleine maintenant, mais se trouve un peu étourdie)... Je rentre au couvent( janvier). Je ne veux pas y rester... J'ai une forte crise pendant la nuit. . . On m'a grondée, j'étouffe, je crie... Je suis de nouveau malade... J'ai de l'embarras gastrique, de la fièvre... On me renvoie à la maison (16 janvier)... Me voilà de nouveau malade avec des crises. .. On me met une garde... Comme j'ai des crises fortes à présent ! Il y a longtemps que je suis malade, depuis que j'ai quitté l'Italie... J'ai une consultation du Dr X... On m'emmène de la maison. » (Chaque phrase sort par à-coups, avec une secousse de tête plus ou moins forte.) « Je ne vois plus papa... on me mène dans une maison pour me soigner... je dors tout le temps. — D. Depuis combien de temps? — R. Depuis que je suis malade... ça a commencé je ne savais plus où j'étais... onme réveille, je me rendors tout de suite. Hier matin je me suis réveillée tout à fait et je ne dors plus. — D. Avez-vous dormi la nuit? — R. Oui, mais ce n'est pas le même sommeil... Ce matin je ne savais plus rien de ce qui s'était passé depuis 1891 ; maintenant je sais tout. — D. Pourquoi ne vous réveillezvous pas ? — R. Je voudrais tout connaître ; je ne me rappelle pas papa. » Elle ne se réveille pas encore. Ses yeux lui font mal. Je lui dis de les sentir. Elle a des frémissements des paupières, puis les ouvre, sourit et me dit : « Oh! quel voyage ! j'ai été loin, je suis fatiguée, j'en ai assez ; j'ai été bien loin ; j'ai été dans les nuages tous ces temps-ci ; ça me fait mal à la tête et dans les jambes, comme si j'avais été malade depuis trois ou quatre ans... Tout de même si je n'avais pas eu de crises, on ne se serait pas aperçu que j'étais malade, ça aurait duré bien plus longtemps, car je ne voulais pas le dire... C'est une bonne leçon pour moi. J'ai dû être bien insupportable aux autres. »

6 mars. — Elle a mal dormi. Elle avait le soir encore un peu mal à la tête. Aujourd'hui confusion des idées ; sa tête lui semble lourde, vide et grosse. Elle a de l'anesthésie généralisée. Je lui rends sa sensibilité en état d'hypnose. Elle est bien après et ses idées redeviennent claires .

7 mars. — Elle n'a pas dormi de la nuit. Elle se sent lasse, la tête lourde. A 4 heures, elle perd sa sensibilité du côté gauche. Le soir elle a tout reperdu et se croit en juillet 1891. Je l'endors. Elle sent sa tête lourde et vide surtout à gauche, avec une grande confusion des idées. Je lui dis de la ressentir tout à fait. Elle présente les mêmes réactions que précédemment et repasse par toute la série de ses souvenirs. Quand elle en est arrivée à aujourd'hui, elle s'éveille spontanément. Sa sensibilité générale

revient parallèlement à ses souvenirs, c'est-à-dire à la sensibilité de sa tête.

Néanmoins, une fois réveillée, elle me dit n'avoir pas envie de dormir du tout. Je constate alors que sa sensibilité générale qui paraissait normale à un examen superficiel n'est pas encore très vive. Je lui dis, en lui refermant les yeux et la rendormant, de mieux sentir. Elle éprouve alors des crampes et des secousses dans les membres. Elle tombe dans un état où elle ne sait si elle veille ou si elle dort. Sa sensibilité générale revenue, je m'aperçois que la sensibilité viscérale ne l'est pas. Elle sent à peine son ventre, pas du tout son estomac, très peu sa poitrine. Je les lui fais ressentir et à mesure que la sensibilité reparaît, elle présente les mêmes réactions motrices et douloureuses que précédemment, mais peu intenses. Je lui rends toute sa sensibilité générale et viscérale. Une fois réveillée, elle se seul la tète faible mais non douloureuse, le corps fatigué, et ne demande qu'à dormir.

10 mars. — Elle n'a pas dormi ces trois dernières nuits ; elle a reperdu toute si sensibilité et se retrouve en 1891.

Au fur et à mesure que sa sensibilité reparaît, même lorsqu'elle est seulement un peu diminuée et que ce retour n'amène aucune secousse musculaire, elle transpire de partout. Quand elle perd sa sensibilité cela commence toujours par de la confusion des idées, des douleurs de tête, au verlex et à la nuque. Quand la sensibilité de la tête revient au contraire, il lui semble « qu'elle se réorganise, que tout s'y replace ».

12 avril. — Elle se croit de nouveau en 1891 et est redevenue anesthésique totalement. Elle est prise de troubles cardiaques qui forcent à la laisser au repos au lit (elle a une double lésion m if raie).

3 mai. — Je n'ai pu continuer en raison de L'état du cœur à la remonter. Aujourd'hui je la réveille en partie, mais au milieu de la séance elle se sent fatiguée, et je suis obligé d'arrêter avant que sa sensibilité soit complètement revenue. Elle est revenue au 12 avril 189'*. Elle reste en cet état les jours suivants. Mais elle ne dort toujours pas la nuit.

6 mai. — Elle se croit le 15 avril, et elle a un peu mal à la tète le soir. Je l'endors pour la unit.

7 mai. — Elle ne sait trop le matin où elle en est. C'est une confusion dans sa tète. Je lui dis de se sentir complètement. Mêmes réactions que d'habitude. Au bout de quelque temps elle se croit en 1892 ; à ce moment elle est complètement anesthésique. Elle repasse successivement par les mêmes étapes que les autres fois, et arrive au 12 avril 1894. A ce moment elle s'arrête, ne pouvant plus se rappeler ce qui s'est passé depuis. Elle a des secousses de tête, et il lui semble après chacune qu'il y a quelque chose qui coule, surtout du côté gauche. J'insiste pour qu'elle sente encore davantage. Alors ses souvenirs reviennent et elle arrive au mois de mai, puis enfin à aujourd'hui. Alors elle ouvre spontanément les yeux, mais elle a l'air encore engourdi et vague. Je la rendors et lui dis de se sentir encore plus. Elle est prise de nouvelles secousses générales : « Ça craque dans ma tête, dit-elle..., c'est comme de l'électricité qui y passe. » Enfin

après de nombreuses secousses elle tombe dans un état de résolution complète, et dit se trouver très bien de partout, mais elle ne se réveille pas seule. « Sentez-vous tout à fait, » lui dis-je. Alors elle a quelques secousses très légères et elle se réveille complètement. Sa sensibilité parait normale.

Le soir elle est un peu fatiguée. Elle redevient hémianesthésique du côté gauclie et se croit au mois de juin 1893. Je l'endors pour la nuit.

8 mai. — Séance dans laquelle elle arrive à aujourd'hui et se réveille. Je lui referme les yeux et insiste pour qu'elle sente encore plus. Elle a d'abord des secousses de la tête qui est projetée brusquement en arrière comme tirée par la nuque. Puis ce sont, des sensations de décharges électriques. Après quoi elle éprouve des craquements dans toute la tète. Les secousses de tête s'accompagnent de secousses dans les membres, a Plus ea craque, dit-elle, plus je vois clair. » Tout à coup elle se relâche* de partout, sa tête se penche mollement. Je lui demande ce qu'elle éprouve : « Oh ! c'est drôle, je n'ai jamais éprouvé ça, dit-elle ; c*esl comme un voile qui se déchire, un brouillard qui se dissipe Je revois tout clair. » Enfin elle se réveille, mais les yeux encore vagues. Je les referme pour la rendormir ; elle se remet à se sentir plus de partout et se réveille de nouveau, en apparence tout à fait : « Je suis tout à fait bien, dit-elle, je vois tout clair; tout est net dans ma tête : je n'ai jamais été comme ça, mais je me sens fatiguée. »

Je la laisse au repos au lit. Après déjeuner elle dort naturellement et je la retrouve dispose et sentant bien de partout.

Pendent son sommeil hypnotique je lui ai demandé si elle se souvenait comment elle sentait autrefois pour aller jusqu'au moment où elle sentirait aussi bien. Mais elle n'en a gardé aucun souvenir.

9 mai. — Elle a dormi cinq heures colle nuit. Elle est bien et sa sensibilité générale persiste. Dans l'après-midi elle a une légère émotion qui provoque un peu d'anesthésie généralisée et de vague dans la tête. Je l'endors : elle se croit en septembre 1893. Je la fais ressentir : secousses, sensation d'écoulement de liquide de la tète dans le dos, puis craquements et enfin voile qui se déchire : « C'est encore plus que la dernière fois. » Après le réveil elle se sent liè< dispo>r. très gaie, et a sa sensibilité en apparence normale.

10 mai. — Elle a mal à la tète le malin et n'a pas dormi de la nuit. Elle se trouve, une fois endormie, revenue en août 1893. Ramenée à aujourd'hui et réveillée, elle est reprise de mal de tête. Je l'endors le soir pour la nuit.

11 mai. — Elle croit être au mois de juin 1891, et a reperdu presque toute sa sensibilité. Je la lui fais recouvrer. Secousses de tête, puis « ça coule », puis « ça craque », enfin le voile se dissipe. Mais les secousses de tête continuent et elle a alors la sensation de boules qui éclatent dans sa tête et semblent en sortir. Quand il n'en sort plus, elle se réveille : « Oh! s'écrie-t-elle, je suis bien mieux qu'avant; je suis mieux chaque fois. » Je la laisse au repos au lit. La journée se passe bien ; elle mange

bien et est très gaie. Le soir sa sensibilité a un peu diminué et elle est revenue à octobre 1893.

12 mai. — Je rendors et avec le retour de sa sensibilité elle revient à aujourd'hui. Dans la journée elle me fait remarquer qu'elle entend les bruits d'une façon éclatante alors qu'ils étaient sourds autrefois. Endormie le soir.

13 mai. — Je la fais bien se ressentir jusqu'à ce qu'elle se réveille spontanément. J'insiste alors en la rendormant pour qu'elle seule encore plus. Elle ('prouve alors des tiraillements dans les membres, comme si « on lui tirait les nerfs dans la tète, etc. ». Quand elle se réveille, elle trouve que ses membres sont beaucoup plus souples, plus agiles.

Elle voit sa mère dans la journée, ce qui lui procure beaucoup d'émotion et elle rétrograde à 1891 en perdant sa sensibilité.

Le soir je l'endors et la ramène à aujourd'hui. Pendant que sa sensibililé revient, mon interne lui touche la main. A ce moment elle sentait la moindre piqûre, le moindre attouchement que je lui faisais. Elle ne sent pas le contact démon interne. Elle se trouve alors en 1892. Elle continue à recouvrer sa sensibilité et arrive en 1893. Je la pique, elle réagit très vivement. Mon interne la pique ; elle ne bouge pas. Je continue à ramener sa sensibilité. Quand elle approche du 13 mai, sa sensibilité étant beaucoup plus nette, mon interne la louche du doigt. Cette fois elle sent le contact, mais croit que c'est moi. Enfin elle revient au 13 mai, et cette fois elle sent qu'on la touche, qu'on la pique en dehors de moi. Sa sensibilité apprécie toutes les sensations d'où qu'elles viennent et peut les différencier comme origine el comme qualité et nature. Je la réveille alors.

14 mai. — Je finis de lui faire recouvrer sa sensibilité : elle éprouve (\v^ craquements dans la tète, puis un écoulement de liquide : « C'est comme si ma cervelle se liquéfiait, dit-elle, comme de la glace qui se fond, c'est froid. » En même temps elle a de fortes secousses de tète, puis une sensation de tiraillements dans la tête, dans les membres, dans tout le corps. Enfin il lui semble que « sa tète se réorganise » et elle se réveille avec le regard encore vague. Je la rendors et lui dis de sentir mieux. Nouvelles secousses, nouveaux craquements, qui persistent le plus longtemps du côté gauche de la tète. Enfin elle se réveille complètement.

Elle est prise de ses règles aujourd'hui. Elles avaient disparu complètement depuis plusieurs mois et n'étaient réapparues le mois dernier' que pendant environ deux heures.

15 mai. — Réveillée complètement ce matin, elle a à la fin de la séance une sensation d'étirement général. Elle se réveille et considère ses bras : « C'est drôle comme j'ai les bras longs, dit-elle ; il me semble que j'ai grandi. » Or pendant son sommeil, interrogée à un moment sur ce qu'elle éprouvait, elle m'avait répondu qu'elle sentait ses membres s'allonger; la peau du visage de ratatinée, parcheminée qu'elle la sentait, lui paraissait se relâcher et s'assouplir. Elle sent que tout « s'est replacé » dans sa tête.

10 mai. — Endormie hier soir, elle était retombée au mois de mai 1893. Réveillée ce malin, elle me raconte que lorsqu'elle perd sa sensibilité, cela

commence par la tête. Elle a d'abord de la confusion des idées, puis sa tête semble grossir et devient lourde, et petit à petit ses membres s'engourdissent.

La sensibilité un peu diminuée le soir est cependant assez bien conservée, mais elle a de l'hésitation dans l'appréciation des sensations, et un retard manifeste des perceptions. Je l'endors et elle se croit au 14 janvier 1894.

17 mai. — Le matin, avant de la réveiller, je lui demande le quantième. Elle me répond qu'on est au mois de mars 1894. Elle continue à partir de ce moment à recouvrer sa sensibilité comme d'habitude. — D. Gomment se fait-il que vous vous figuriez hier, avec la chaleur qu'il faisait, lui dis-je avant qu'elle soit complètement réveillée, être au mois de mars? — R. Mais moi, j'avais froid. — D. Mais il y a des feuilles sur les arbres ? — R. Mais je n'en ai pas vu. — I). Cependant vous étiez au jardin assise avec les autres malades. — R. Mais non, je n'étais pas au jardin. » — Impossible de la tirer de là.

Le soir, une fois endormie, je constate qu'elle est retombée en 1892, mois de février. Dans la journée, malgré 28° de chaleur, elle n'a pas eu chaud, n'a pas vu les feuilles des arbres. Elle croit avoir passé sa journée au couvent et y être encore. Elle ne sait pas qui je suis.

Cependant, avant d'être endormie, elle savait encore bien qui j'étais, où elle était et le nom des personnes qui l'entouraient. Toute la journée elle a paru être dans un rêve, et chaque fois qu'on lui parlait elle avait un sursaut comme si on l'en lirait. Il y a évidemment superposition d'images dans son esprit.

18 mai. — Je lui fais recouvrer sa sensibilité le mai in. lue fuis arrivée à la sensation de « réorganisation de sa tête », j'insiste pour qu'elle sente encore davantage. Elle est reprise de secousses générales, et me dit n'avoir pas encore éprouvé ce qu'elle ressent. « Tout saute dans ma tête, tout s'allonge, se détend. » Elle s'éveille, avec sa sensibilité beaucoup plus vive et sentant sa tête plus libre et plus légère que jamais.

Le soir elle s'engourdit de nouveau un peu. Elle remarque alors qu'elle sent très bien quand je la touche ou la pince, mais ne sent pas les autres, même quand elle regarde ce qu'on lui fait.

19 mai. — Elle a dormi seule près de deux heures. Quand elle cherche à penser où elle est en fermant les yeux, elle éprouve de la confusion dans la fête et ne peut arriver à se le représenter nettement. Mais quand elle a les yeux ouverts, elle sait bien qu'elle est en 1894 et ici.

Le soir elle perd complètement sa sensibilité et se met h pleurer. Elle m'avoue penser à Henri. Je lui demande à quelle époque nous sommes, et elle me répond correctement: Au mois de mai 1894. Je lui dis de fermer les yeux et lui repose la même question. Mais alors elle me répond: Au mois de juin 1891, et ne sait pas qui je suis. Je lui dis de rouvrir les yeux pour savoir si elle se croit en 1891 ou 1894. « C'est en 1894, me dit-elle, sans ça je ne serais pas ici. » Elle se plaint de souffrir d'une confusion dans la tête. « Quand pensez-vous à Henri? lui demandé-je. — C'est quand

je perds tout à fait ma sensibilité, me répond-elle. » C'est donc bien la perte de sensibilité qui, en amenant la régression de la personnalité, entraîne l'idée fixe.

2i mai. — Réveillée complètement, elle était retombée hier soir en juin 1893. Très rapidement ce malin elle recouvre sa sensibilité, et arrive en vingt minutes au même état qu'elle atteint habituellement en une heure ou une heure et demie.

22 mai. — Le soir elle est retombée en 1891 et, étant restée longtemps dans la même position, elle se contracture les deux jambes.

23 mai. — Séance. Une fois en train, je l'abandonne à elle-même et la récupération de la sensibilité continue jusqu'à ce qu'elle soit revenue au jour actuel. J'insiste alors pour qu'elle sente complètement : secousses, écoulement de liquide froid, craquements dans la tête, coups de marteau,. sensation d'éclatement de petites bombes, puis de réorganisation de la tête. Elle se réveille en disant : « Quej'ai faim! » chose qu'elle n'avait pas encore ('prouvée.

25 mai. — A la suite d'une émotion hier elle est retombée en 1891. Je la réveille aujourd'hui plus complètement encore que d'habitude. Après la sensation d'éclaircissement qu'elle a dans la tête, et de détente générale, elle éprouve « comme un feu d'artifice dans la tête », « cela éclate de tous côtés ». A la suite de ces sensations assez douloureuses elle éprouve la sensation que « tout se remet en place dans la tête ». Elle s'éveille enfin et s'écrie : « Vous m'avez changé ma tête! Je ne me suis jamais sentie comme ça. » Le soir elle a très faim et pense qu'elle va bien dormir.

26 mai. — Elle a en effet dormi cinq heures pendant la nuit.

27 mai. — Elle a encore dormi, mais dans la journée, à la suite de la visite de sa mère elle retombe au mois de juin 1892. Le soir, sa sensibilité a presque complètement disparu.

28 mai. — Elle dit entendre un air que chantait son ami Henri. Interrogée soi' l'époque où on est, elle se croit en 1891.

31 mai. — Réveil complet. Malheureusement elle est prise d'une attaque de rhumatisme articulaire qui la force à garder le lit. Elle dort néanmoins par à-coups pendant la nuit, « car elle avait envie de dormir ».

1er juin. — Extension du rhumatisme. Fièvre, douleurs vives. Elle retombe en juin 1893, puis en 1891.

§ juin. — Je l'endors le soir pour la laisser reposer. Elle est incapable de réagir assez pour recouvrer sa sensibilité et je la réveille en lui soufflant sur les yeux et lui ordonnant de se réveiller complètement. Hier elle a recouvré ainsi sa sensibilité en assez grande partie pour être ramenée du coup au jour actuel. Mais aujourd'hui elle est retombée et ne peut cette fois me dire à quelle époque nous sommes. Elle se plaint d'une grande confusion dans la tète. Je l'endors le soir.

6 juin. — Je la réveille en lui soufflant sur les yeux et par simple injonction. Elle me dit qu'elle éprouve « comme si tout sautait dans sa tête ». Je lui referme les yeux ; elle ne sait pas me dire où elle est. Je lui dis alors de sentir sa tète. Elle la secoue brusquement, et me dit que « ça saute et ça

se dénoue ». Obligé de la quitter uu moment, je lui dis de continuer à mieux sentir sa tête. Elle n'éprouve ni douleurs ni fourmillements dans les membres, mais fait de petits mouvements et sa sensibilité revient progressivement sur tout le corps.

Quand je reviens, elle a les yeux ouverts, s'effraie de me voir et me repousse ; elle dit qu'elle va tomber, que son lit est trop grand, etc. Elle a un parler enfantin. Je lui referme les yeux et lui demande où elle est. A Paris, me dit-elle. — D. En quelle année ?— R. Je sais pas. — I). Quel âge as-tu ? — R. Trois ans. — Elle me raconte qu'elle a un frère plus grand qu'elle e( une petite sœur de deux ans. Elle ne sait pas où elle demeure. Elle a -a sensibilité cutanée, mais ne connaît pas ses doigls, et ne peut prendre son oreille gauche avec sa main. (Est-ce le sens musculaire qui fait défaut, ou par ignorance d'enfant?) Je lui demande comment elle sent sa tèle : « Oh ! grande, grande et vide ! » Je lui dis alors de la sentir. Elle éprouvé comme « des poids qui s'en vont ». Sa tète lui semble rapetisser. Je lui demande ce qui se passe en elle en même temps : « Je grandis, » dit-elle, et elle me dit avoir quatre ans. Sa tôle rapetisse d'abord à droite, puis à gauche. Elle arrive alors à cinq ans, et maintenant connaît ses doigls, nomme bien ceux que je touche, mais ne peut dire s'ils sont allongés ou fléchis cl a toute sa sensibilité. Pendant tout ce temps elle a des oscillations eonlinuelles de la tête.

Elle arrive à six ans. Elle esl au Sacré-Cœur de Florence Sa tête lui semble rapetisser et se remplir en même temps, el sa sensibilité est plus vive. — Elle a sept ans, elle est sortie du Sacré-Cœur, à cause d'un rhumatisme dont elle a élé liés malade. Sa tête continue à rapetisser el à se remplir ensuite, d'abord à droite, puis à gauche. Elle ne sait pas qui je suis et suppose que je suis son père. — Elle a huil ans. — Elle esl malade en octobre 1884. Elle sait un peu l'italien, mais dil qu'elle n'aime pas cette langue. — Ea voilà à neuf ans. Elle est chez elle. Son sens musculaire esl revenu. — 11 lui semble que son corps a grossi peu à peu. Elle ne sail pas commenl il était avant, mais il vient de grossir comme une boule, el maintenant il commence à diminuer, mais il esl très lourd. Puis il devient plus léger, comme la tête, en diminuant. Cependant joue lui dis toujours que de senlir sa tète.

Elle a la sensation de courants d'air froid dans la tèle qui lui font mal. Elle continue à se senlir devenir plus légère, des membres aussi, mais sali-* douleur comme dans la tète. Elle croil avoir dix ans.

Elle va avoir onze ans dans quelques jours, el se croit le 1er septembre 1887. Elle se sent fatiguée. Je la laisse endormie se reposer.

Trois heures plus tard elle esl reposée el se Irouve au même point. Je lui dis de continuer à ressentir. Elle a des secousses douces et des oscillations de la tèle. Celle-ci paraît « se rétrécir et se remplir ». Sa sensibilité revient de plus en plus, ainsi que le sens musculaire. Elle va avoir treize ans. Puis très rapidement elle passe en 1893, par toutes les phases de son existence. Ce retour rapide tient sans doute à ce qu'elle a déjà plusieurs fois traversé cette période. Elle arrive en 1894, ça craque dans

sa tête qui est grosso et encore vide. Elle se remplil et ça craque partout. Ça lui fail mal. « On dirait que ma tête se remplil avec du gaz. » Elle esl au 10 mai 1894. Elle progresse plus lentement. Les secousses de tête augmentent et eu même temps elle seul ses membres s'allonger, sa tête se remplir et craquer ; tout s'allonger dans son corps. Elle a de légers mouvements dans les membres. Elle se trouve le 6 juin 1895-, à aujourd'hui. La tète craque et se remplit toujours ; puis elle lui semble diminuer et moins craquer. — Puis « ça se tire dans la tête et ça s'allonge toujours dans le reste du corps ». Elle a de petits mouvements athétosiques (\r^ doigts, des bras el des jambes, des lèvres, de la langue, de la gorge ; elle l'ait de grands soupirs. Des secousses de tête assez fortes reparaissent, après quoi c'est agréable, rafraîchissant dans la tête.

Elle a de nouvelles secousses de la tête; celle-ci semble se remplir {dus à droite qu'à gauche. Puis « ça craque fort partout ». Après quoi « tout se remet en ordre », sa tête lui parait semblable dc> deux côtés. Elle se réveille enfin et me dit en souriant : « Oh ! je nie sens tout à fait bien ; j'ai faim et soif; je suis fatiguée par exemple ! » Le soir, à 10 heures, «die me dit : « C'est drôle comme je sens ma tête. Tout esl vague. Ça se détend dedans el partout. Je n'ai jamais éprouvé ça. » Sa sensibilité parait normale. Une fois endormie, elle est toujours bien au jour actuel, mais tout lui semble vague et je constate que la sensibilité du crâne est très atténuée.

7 juin. — Quoiqu'elle soit restée au même point qu'hier soir, la séance est très longue. Elle s'étire, a des secousses de tète, des craquements dans la tète, puis la sensation agréable de quelque écoulement liquide du vertex le long de la colonne vertébrale. Puis de nouveau ce sont de fortes secousses du côté gauche du corps. Dans la tète elle ressent des coups de piston, des' coups de marteau; puis une sorte de courant agréable, suivi d'une détente générale. Enfin elle se réveille spontanément. Elle se sent changée, ne peut préciser ses souvenirs. Ils lui viennent sans qu'elle puisse les localiser dans le temps, et elle ne peut ni les classer ni les préciser. Il lui semble qu'elle est comme un personnage de comédie, et ne sait pas trop si c'est elle ou une autre qui agit. Elle se sent très bien intérieurement et sa sensibilité générale parait normale, mais il reste du rétrécissement du champ visuel et la sensibilité du crâne n'est pas très vive.

Dans la journée, elle tombe tout à coup dans le vague. Au même moment je constate un rétrécissement considérable du champ visuel, une abolition presque complète du sens musculaire, et une diminution notable de la sensibilité générale.

10 juin. — Elle a ses règles depuis hier, et il est difficile de lui faire recouvrer complètement sa sensibilité. Hier après-midi elle est retombée spontanément à l'âge de trois ans, et a repassé étape par étape jusqu'au jour actuel, où elle se trouve revenue ce matin. Je finis de lui rendre sa sensibilité des pieds à la tète : sensations de crampes, secousses, craquements et, éclatements dans la. tète, puis sentiment de « réorganisation ». Après le réveil, sa sensibilité générale et son sens musculaire sont nor-

maux. L'après-midi elle a un peu d'aphonie. Le soir, elle a reperdu de sa sensibilité, mais a toujours conscience de son état actuel. Je l'endors pour la nuit.

41 juin. — Ce matin je lui rends toute sa sensibilité : secousses, étirements, sensations de bombes qui éclatent dans sa tète ; puis, de nouveau, fortes secousses, étirement général, sensation d'écoulement du cerveau, démangeaison généralisée avec secousses générales, puis sentiment de bien-être général, de réorganisation de ses idées, et enfin réveil. Elle a encore quelques démangeaisons. Je la rendors et lui dis de se senlir complètement. Nouveau réveil une fois que les démangeaisons sont passées. Je constate alors que le sens musculaire est revenu et sa sensibilité très complète et délicate. Toute la journée elle a des démangeaisons, surtout dans le dos. Je l'endors le soir pour la nuit.

12 juin. — Je lui dis ce malin de sentir complètement. Elle est prise aussitôt de mouvements, comme quelqu'un qui aurait des démangeaisons et se frotterait pour les faire passer sans se gratter. Elle dit éprouver également une sorte de démangeaison intérieurement ; puis peu h peu cela disparaît et elle éprouve du bien-être. Lorsqu'on la touche, cela ne lui produit plus un chatouillement désagréable comme auparavant. En même temps elle s'élire de la tête aux pieds. Le corps et les membres étant bien, elle ressent un éclatement de petites bombes dans la tête, suivi de démangeaisons dans toute la tête, superficiellement et intérieurement, qui disparaissent peu à peu et persistent plus longtemps à la nuque. En touchant alors son dos, elle se cambre et fuit le contact en disant que cela lui produit l'effet de milliers d'épingles. J'insiste pour qu'elle sente absolument complètement sa tête et son dos. Elle éprouve également quelques picotements dans le ventre. Tout ta coup, elle se réveille spontanément, mais le dos, le vertex et le ventre sont encore le siège de quelques picotements. Elle se sent fatiguée et j'arrête. La séance n'a pas duré moins de trois quarts d'heure. Dans la journée, les picotements persistent.

13 juin. — Hier soir elle se sentait la tête un peu lourde et fatiguée. Endormie elle croyait être au 10 juin. Ce matin même élal : je lui ordonne de ressentir complètement. Elle a des picotements du dos, du ventre et de la tète, qui sont remplacés par des démangeaisons. L'attouchement ne diminue pas ces picotements et ces démangeaisons, mais les exaspère. Ce fait montre bien que l'hyperesthésie n'est qu'une forme douloureuse de l'anesthésie, ou pour mieux dire un degré de diminution de la sensibilité. Au bout de quelque temps je lui redemande la date. Elle ne sait plus ni le jour, ni le mois, mais seulement l'année. Les démangeaisons passant sauf dans la tète , elle me dit que nous sommes le 20 mai , ensuite elle se retrouve le 25 mai, puis le 4 juin. Les démangeaisons ont heaucoup diminué, mais elle éprouve des tiraillements dans la tête : ce sont de gros fils qui sont tendus d'avant en arrière. Puis « ça se réorganise dans sa tète », mais les fils restent. « Ils n'ont jamais disparu, » dit-elle. J'insiste pour qu'elle sente encore mieux. Alors les fils semblent grossir. Je lui demande pourquoi elle ne me parlait pas de leur existence, s'il est

vrai qu'il y a longtemps qu'elle les sent. Elle me répond qu'elle croyait que cela devait rester. Elle recommence au bout de quelque temps à sentir des démangeaisons le long de ces fils. Puis ça la démange dans la tête et toute la poitrine.

Au bout d'une heure de séance, je la laisse se reposer. Je la retrouve les yeux ouverts ayant été prise de diarrhée. Je lui referme les yeux. Elle sait maintenant qu'on est au 13 juin. De nouveau elle va à la selle; le retour de la sensibilité de l'abdomen amène toujours chez elle de la diarrhée et des coliques.

Je continue à la faire sentir. Elle est reprise de démangeaisons par tout le corps, intérieurement et superficiellement. Au bout de quelque temps ça la pique partout et elle se contorsionne le tronc et les bras.

Puis les picotements et les démangeaisons cessent, sauf un peu dans la tête. Ce sont maintenant ses fils qui tirent, dans la tète et dans tout le corps, sauf à l'intérieur de la poitrine où la sensibilité paraît bien revenue.

Oscillations de la tête : les fils diminuent de grosseur et plus ils deviennent petits, moins les démangeaisons sont fortes. Elle s'élire de tout le corps. Elle a la sensation qu'il existe un gros fil anléro-postérieur dans sa tête. J'insiste pour qu'elle sente davantage encore. Il diminue et les autres fils semblent se nouer ensemble, puis se nouer avec lui. Enfin il y a un éclatement de tous ces nœuds sauf pour le deuxième fil du milieu qui est le plus dur à se casser. Enfin il se rompt en éclatant comme les autres cl elle se réveille brusquement en même temps. Elle dit qu'elle se sent bien mais « toute drôle ». Elle sait bien à quelle date nous sommes; elle a faim. Mais elle est triste et ne veut pas m'en donn er la raison.

Dans la journée elle semble un peu dans le vague. Sa sensibilité paraît encore un peu au-dessous de la normale. Le soir elle l'a reperdue. Elle est triste et me raconte qu'elle sait que sa mère ne l'aime pas comme ses frères et sœurs, parce qu'elle est nerveuse, et qu'elle s'est aperçue de ce sentiment dès l'âge de trois ans (c'est celui auquel précisément elle s'est trouvée ramenée par le réveil de sa sensibilité), que jamais sa mère ne la câlinait ; et que si elle a fait des sottises (allusion à ses rapports avec Henri), c'est à cause de cela. Quand elle voit d'autres mères caresser leurs enfants, cela lui fait mal et l'émotionne.

18-19 juin. — Endormie la veille au soir, je la réveille le matin par simple souffle sur les yeux et injonction.

20 juin. — Elle est prise de nouveau d'idées du même genre à propos de sa mère : « A mesure que j'en chasse une, dit-elle, une autre revient. » Elle est maussade, ne veut plus me rien dire : « Je ne peux plus avoir confiance en vous; je ne sais pas pourquoi. » — Sans doute parce que j'ai cherché à lui démontrer qu'elle se trompait sur le compte de sa mère. — Elle a une anesthésie généralisée avec de nombreux points douloureux, surtout à la tête.

26 juin. — Elle me demande de lui rendre sa sensibilité. Elle a un point douloureux dans le dos, interscapulaire, et au vertex. Une fois

endormie , et ayant recouvré en grande partie sa sensibilité, je lui demande : « D. Quand est-ce que vos idées vous ont prise ? — II. C'est quand mon point dans la tête est venu. — D. Qu'est-ce qui est venu d'abord? — R. Le point.

30 juin. — Ces jours-ci je me suis borné à la réveiller le matin le plus possible en lui soufflant sur les yeux, et par injonction.

Le 27 je lui ai rendu une partie de sa sensibilité. Je lui fais sentir sa tête aujourd'hui. Elle a comme d'habitude des oscillations et de petites secousses de la tête. « — D. Qu'éprouvez-vous? — R. Ça se dénoue. » Au bout de quelque temps elle éprouve toujours la même sensation :« D. Et vos idées qu'est-ce qu'elles deviennent? — R. Elles s'en vont quand <;a se dénoue. »

11 juillet. — Je lui fais recouvrer la sensibilité des membres inférieurs.

14 juillet. — Je lui fais recouvrer la sensibilité des membres supérieurs. Celle des membres inférieurs s'est bien maintenue.

16 juillet. — Je lui fais recouvrer la sensibilité du tronc et des viscères. Quand chaque partie du corps est revenue à la normale, je lui dis de tout sentir en bloc. Alors c'est un tortillement général. « — D. Que sentez-vous? lui dis-je. — R. Il me semble que ça se recolle tout ensemble. »

17 juillet. — Elle a eu liés faim. Mais toute la journée elle éprouve des picotements partout, comme des milliers d'épingles.

18 juillet. — Je lui fais ressentir tout le corps aussi complètement que possible, sauf la tête. Elle éprouve des picotements de plus en plus forts, accompagnés de tortillements; puis cela diminue; elle s'étire et a une sensation d'allongement, puis de bien-être et enfin se réveille.

19 juillet. — Elle éprouve des démangeaisons généralisées, mais plus de picotements.

20 juillet. — Je lui dis de sentir aussi complètement que possible. Au réveil, après les réactions ordinaires, elle se met à rire et se regarde en me disant : « Oh! je suis bien ; c'est comme si on m'avait enlevé une enveloppe sur tout le corps. »

Le soir elle a un peu de diarrhée (retour de la sensibilité des intestins). Je lui rends un peu la sensibilité de la tète, après quoi je la réveille.

21 juillet. — Elle n'a pas dormi et a peur que sa sensibilité s'en aille parce que sa tête « n'es*) pas d'aplomb ». Mais la sensibilité se maintien! pour le reste du corps, et elle ne l'a pas reperdue complètement depuis cinq jours.

24 juillet. — Depuis plusieurs jours sa sensibilité se maintient sans que j'aie à intervenir. Hier, avant que je la réveille, elle ouvre les yeux ver> 8 heures du malin, elle se lève, s'habille et réclame à manger parce qu'elle a faim, preuve que la sensibilité de son estomac est bien persistante. Elle est en réalité en somnambulisme hypnotique et je la réveille. Sa faim persiste et elle mange si vite que peu après elle rend son repas. Endormie hier soir, je la réveille ce matin et lui rends la sensibilité delà tête, l'après-midi. Tout d'abord la sensibilité de tout le corps qui était un peu diminuée, se perfectionne, puis elle a des secousses, des sensations

d'étirement dans la tête, avec sensations de gros fils, puis d'écoulement de liquide. Mais il n'y a pas de régression de la personnalité. Le retour de la sensibilité de la face, de la langue, de la gorge, amène les mêmes grimaces que chez les autres. Après avoir rétabli la sensibilité de la face, je reviens à celle de la tête. Les fils diminuent de grosseur, se cassent, s'agglomèrent comme précédemment. Puis elle a de fortes démangeaisons à l'intérieur de la tête; puis de fortes secousses dans tout le corps et de grands mouvements saccadés qui accompagnent la sensation « de coups de pistolet dans la tète ». — Après un court repos elle reprend sa séance. « Ça lire partout, » et en effet j'entends des gargouillements dans l'estomac ou l'intestin. A plusieurs reprises elle s'élire, se tord, puis s'arrête et se reprend. Enfin, fatiguée, elle s'arrête et je la laisse au repos jusqu'à demain.

25 juillet. — Elle se sent mieux ce matin, mais ça tire toujours dans sa tête. Je lui dis alors, avant de la réveiller, de continuer à sentir complètement. C'est d'abord « comme des feux d'artifice », puis « ça se range dans sa tète ». Elle a quelques secousses de tête, et je lui en demande la cause. « C'est, me dit-elle, un point qui ne sentait pas bien. » Après quoi elle a des détentes brusques, générales. Je lui demande ce qu'elle éprouve. « Ça se détend partout, ça s'allonge. » Elle ouvre alors les yeux comme si elle se réveillait ; je les lui referme en lui disant de continuer à se sentir complètement. Elle a de nouveau de brusques détentes générales des membres et du tronc, et dit éprouver intérieurement comme un chatouillement, un énervement. Puis elle a des oscillations de la tête où « tout revient bien net ».

A plusieurs reprises elle ouvre les yeux que je referme et elle continue à sentir sa tête redevenir de plus en plus nette.

I). A quoi pensez-vous? — R. Je revois toute ma vie entière. — D. Depuis quel âge? — R. Depuis trois ans.

Elle ouvre enfin les yeux et s'écrie : « Oh! je suis bien; il me semble que je dors depuis des années et que je me réveille. » Quoiqu'elle me dise être bien éveillée, son regard est encore un peu vague, et je n'ai qu'à lui appliquer les doigts sur les yeux pour qu'aussitôt elle les ferme et continue à présenter des oscillations de la tête. — D. A quoi pensez-vous ? — R. Au mois dernier. — D. Le combien est-on? — R. Je n'en sais rien; c'est une confusion tous ces jours-ci. — Elle a alors des mouvements de reptation, ouvre les yeux que je lui referme, et soupire. « Ça revient net maintenant. » — D. Que voyez-vous de net? — R. Toute ma vie ensemble, mais

bien plus nette. (- + Elle s'étire, se détend comme quelqu'un qui

s'éveille. — D. Le combien est-on? — R. Le 24 juillet. -— D. Quelle heure

est-il? — R. 9 heures du matin. f- + Elle se relâche complètement et

se réveille cette fois définitivement : « Je suis bien, dit-elle, mais je suis fatiguée. » Dans la journée elle se sent fatiguée, surtout de la tète. J'essaie de la laisser dormir seule le soir. Mais à 2 heures du matin, comme elle ne peut y parvenir, je l'endors.

26 juillet. — Séance ce matin. Elle a de simples sensations d'étirement

dans tout le corps et la léte. Quand cela a cessé dans le corps elle éprouve de la confusion de la tôle, qui peu à peu se dissipe. Elle ouvre les yeux tout à coup, mais je les lui referme et elle continue à sentir de plus en plus. — « Oh ! me dit-elle, je suis très bien aujourd'hui !» — D. Le combien est-ce aujourd'hui'? — R. Le 25 juillet. — D. Vous avez donc repassé en revue toute votre existence comme hier? — R. Oh ! non, j'ai vu tout à la fois. — Elle ouvre alors les yeux, me dit bonjour. Je lui referme les yeux et elle continue à s'étirer. À ma question sur ce qu elle éprouve, elle me dit que « ça se détend ».

8 août. — Assez émue de mon départ en voyage le 28 juillet, elle ne dort plus depuis le 1er août et a reperdu sa sensibilité seulement du côté gauche. Néanmoins son état général s'est considérablement relevé, car elle a augmenté de 7 livres du 27 juillet au 8 août.

Séance pour lui rendre la sensibilité, qui était également un peu atténuée à droite, où cependant éveillée elle paraissait sentir très normalement. La tète est également plus prise du côté gauche que du côté droit, et elle a au crâne des points douloureux un peu partout. La sensibilité de la tète revient facilement, et une fois bien réveillée, elle ne se laisse plus rendormir.

9 août. — Elle a dormi seulement une demi-heure cette nuit. Elle fait sa première sortie en voiture, et revient un peu fatiguée. Après le déjeuner elle reperd sa sensibilité. Elle la recouvre très rapidement dans tout le corps où elle n'éprouve que des sensations d'étirement. Enfin elle arrive à la tète : elle y éprouve d'abord de la confusion, mais ne retourne pas en arrière. Elle n'a qu'une seule sensation, que « <;a tire partout ». — Puis les secousses de la tète se généralisent, mais ce n'est que passager et bientôt la tète seule présente des oscillations lentes et régulières d'un côté à l'autre. — D. Que sentez-vous? — R. Je repasse toute ma vie. — D. Où en êtes-vous en ce moment? — R. En 1883. — D. A quelle année avez-vous commencé? — R. En 1879. — I). Pourquoi étiez-vous devenue malade en 1879? — R. Parce qu'on ne m'aimait pas, qu'on ne me câlinait pas chez moi. — Elle repasse ainsi toute son existence. « Gela me fait du bien, dit-elle, ma tête se remplit. » Elle ouvre les yeux, mais elle est au mois de mars 1894. Je les lui referme et elle continue jusqu'à ce qu'elle arrive à aujourd'hui, et les ouvre de nouveau brusquement. Mais je les lui referme encore en lui ordonnant de sentir encore mieux. Elle s'étire alors. « Tout s'allonge, » dit-elle, jusqu'à ce qu'enfin elle se sente tout à fait bien et s'éveille.

10 août. — Elle a dormi une demi-heure seulement celte nuit et a la tête un peu lourde. Je l'endors et lui dis de se sentir complètement bien. Aucune réaction ne se produit dans le tronc et les membres, mais elle secoue sa tête d'un côté à l'autre, doucement, lentement : « Ça me tire, surtout à gauche, » dit-elle. Puis tout s'arrête, et de temps en temps seulement les oscillations recommencent. Je lui demande ce qu'elle éprouve : « Je revois toute ma vie. — D. Depuis quand ? — R. Tout en bloc.

Après plusieurs tentatives de réveil dans lesquelles elle paraît de plus

en plus éveillée et me parle de mieux en mieux spontanément, elle finit par se réveiller tout à fait, se sentant très bien, et ayant toute sa sensibilité très fine, et plus de stigmates. J'essaie de la rendormir pour constater si elle le peut. Mais je n'y arrive pas même en insistant.

Cri h' semaine elle a encore repris 2 livres et demie de poids.

12 août. —Elle m'écrit qu'elle a dormi chaque nuit environ trois heures. « Ma tête est toujours bien solide, malgré que je ne puis pas entendre de bruit. Elle me semble vide et chaque bruit me produit l'effet d'une pile électrique qui ne fait que marcher continuellement. »

4 septembre. — Elle s'est bien maintenue tout le temps démon absence. Elle ;i engraissé depuis qu'elle a recouvré sa sensibilité. Mais elle ne dort pus ou guère. Elle est vive et gaie. Du 10 au 16 ou 17 août elle a dormi six à sept heures par nuit. Mais depuis cette époque il est survenu de l'anesthésie des jambes jusqu'aux genoux, et à partir de ce moment elle n'a plus dormi, et a diminué de poids.

6 septembre. — Endormie hier soir, je lui fais recouvrer aujourd'hui toute sa sensibilité qui revient très facilement. Elle n'éprouve que des sensations d'étirement et a quelques secousses de tète, suivies d'oscillations lentes, pendant lesquelles elle dit que « toute sa vie revient bien nette ». Après plusieurs réveils incomplets elle se réveille enfin définitivement.

7 septembre. — A la suite de cette séance elle a dormi seule plusieurs heures cette nuit. Ce matin elle se seul la tête un peu lourde, mais elle a toute sa sensibilité, et même son réllexe pharyngien. Je la rendors pour lui faire sentir complètement sa tète. Je constate d'abord qu'on ne peut plus obtenir aucune réaction dans les membres ni le tronc, sauf l'abdomen qui présente quelques secousses. Elle repasse en revue toute sa vie depuis trois ans seulement, mais très lentement cette fois, et sans secousses, sans oscillations de la tête.

8 septembre. — Elle a encore la tête un peu lourde, mais je la laisse sans aucune intervention, et elle dort assez bien pendant la nuit.

10 septembre. — Elle a mal aux dents, et elle ne peut dormir pendant la nuit. Elle est fatiguée de cette insomnie, alors qu'elle ne l'était pas lorsque, anesthésique, elle ne dormait jamais. Pendant l'opération chez le dentiste, elle reperd sa sensibilité, que je suis obligé de lui rendre à son retour pendant lequel, en voiture, elle s'est endormie.

16 septembre. — Elle a ses règles. Elle parait un peu bizarre et a mal dormi. Sa sensibilité est diminuée et elle l'est encore davantage le soir. Je l'endors.

17 septembre. — Je lui fais recouvrer sa sensibilité complètement, ce qui se fait très rapidement. Elit; a des phénomènes de régression jusqu'en 1890. Le soir elle s'endort seule la nuit.

18 septembre. — Elle a été très gaie, très bien toute la journée. Le soir sa sensibilité est encore légèrement diminuée, et elle me dit n'avoir aucune envie de dormir. Sa tète est un peu confuse.

19 septembre. — Ce malin, elle est encore moins sensible de partout. Elle n'a pu dormir seule. Je l'endors pour lui faire recouvrer sa sensibilité,

i/hystlrie. — n. H

et elle repasse à la fin de la séance toute son existence en revue depuis 1879.

22 septembre. — Elle n'a presque pas dormi depuis, et sa sensibilité est de nouveau un peu émoussée. Elle s'est fatiguée hier à jouer aux cartes. 11 fait aujourd'hui de l'orage, et elle a un léger point douloureux au vertex.

23 septembre. — Elle n'a pas dormi de la nuit et se sent fatiguée ce matin. Elle est dans le même état qu'hier.

24 septembre. — Elle n'a pas encore dormi cette nuit. Sa sensibilité est émoussée ; le sens musculaire est conservé.

Séance : Je lui dis de sentir depuis le bout des pieds. Elle a de 1res légers mouvements des pieds, puis des jambes. Pais surviennenl des ondulations de l'abdomen avec gargouillements, ensuite des mouvements de reptation : « Ça me tire dans le dos, dit-elle. »

Elle recouvre rapidement la sensibilité du thorax el des membres. Elle n'a même pas de réaction des liras, ni de l'estomac. Enfin elle en arrive à la tête. Mais cette fois elle ne recommence la revue de son existence que depuis 1887, et cela s'accompagne d'oscillations limitées el lentes de la tête. — D. Que sentez-vous? — H. Ça se dénoue. — Elle n'éprouve plus de ces violentes réactions avec secousses, tiraillements et sensations d'éclatement. Réveil complet en apparence.

27 septembre. — Elle n'a pas dormi la nuit depuis. Le 2G, sans cause connue elle a perdu sa sensibilité, et ce matin elle se plainl de confusion des idées, mais elle n'a pas rétrogradé' comme âge. Endormie hier soir, je me contente ce malin de lui ordonner énergiquement de se réveiller complètement, et cela suffit déjà pour lai faire recouvrer une grande partie de sa sensibilité, mais cela ne persi>le pas.

Séance à 3 heures. — Les choses se passent comme à l'ordinaire et elle en était arrivée à 1891 après avoir commencé son retour en arrière en 1889 quand elle entend un bruit assez fort qui la fait sursauter et l'émotionne. Une fois calmée, je lui demande en quelle année nous sommes. Elle me répond en 1890. Sous l'influence de cet ébranlement physique elle a donc reperdu le souvenir d'une année (amnésie par choc). A la lin de la séance elle s'étire comme pour se réveiller complètement, mais se réveille mal ; sa tète tourne, et elle reperd sa sensibilité. Je la rendors et elle la recouvre alors très rapidement, après avoir rétrogradé à 1891, et se réveille enfin la tète bien libre, le sens musculaire 1res précis et sans stigmates.

30 septembre. — Elle voit sa sœur et sa mère. Elle est émue quoique satisfaite et le soir elle a une légère perte de sensibilité. Elle ne dort pas de la nuit.

2 octobre. — Elle a la tète endolorie, les idées brouillées. Sa sensibilité es! plus émoussée qu'hier.

3 octobre. — Elle s'endort spontanément dans la journée en somnambulisme. Elle est retombée en 1892. En lui disant seulement de sentir sa tète, elle recouvre toute sa sensibilité ; elle a faim en se réveillant, est gaie et se sent très bien.

7 octobre. — Elle sort avec sa mère. Dès le seuil de la porte elle se sent étourdi»' ; elle est tout engourdie au retour, à demi endormie, et retombe en 1892. Elle recouvre rapidement son état normal.

10 octobre. — Elle sort tous les jours et va bien. Elle passe devant le Sacré-Cœur où elle a passé deux ans en pension et ne se le rappelle pas. Elle a été étonnée de voir sa sœur si grande ; elle se la rappelait beaucoup plus petite.

11 octobre. — Elle n'a pas dormi de la nuit hier. A la suite de sa sortie tdle avait la tète un peu confuse. Ce soir la confusion augmente, mais elle n'a pas de régression de personnalité. Je l'endors et lui ordonne de se sentir de mieux en mieux pour se réveiller seule le lendemain. — Les régies surviennent dans la journée.

i2 octobre. — Ce matin je la trouve à demi réveillée; elle se croit au 9 octobre. Je la rendors pour la faire continuer à sentir complètement. Mais au lieu de remonter à aujourd'hui, elle rétrograde et quand on la réveille deux heures après, elle a six ans ; elle demande d'une voix enfantine et pleurarde sa mère et ne reconnaît plus personne ici.

13 octobre. — Je l'ai endormie hier soir pour la nuit. Ce matin je lui demande avant de la réveiller quel jour on est : Lundi, 20 décembre 1882, me répond-elle. Elle sent la piqûre, le chatouillement, mais n'a pas de sens musculaire, ni de notion de position des membres.

Séance. Au bout de dix minutes, elle a recouvré la sensibilité et le sens musculaire de ses pieds et de ses jambes, et elle commence à sentir son abdomen. Elle croit être en 188i. Elle passe ensuite à 188o. Les réactions se ralentissent à ce moment ; j'insiste pour qu'elle seule davantage et elle passe rapidement à 1886. Je la laisse seule quelques minutes, mais quand je reviens elle s'est presque arrêtée. Elle a de la confusion de 1 1 tête. Dès que je la remets à sentir, elle est reprise de fortes réactions, et aussitôt elle arrive à 1888, puis rapidement à 1890, et enfin à 1891. Elle me dit que tout s'est embrouillé' depuis sa sortie du 11 octobre, h cause du bruit et du mouvement du dehors. Elle se réveille à plusieurs reprises, mais se rendort très facilement et elle a des réactions oscillatoires de la tète. — D. Qu'y a-t-il dans votre tète ? — R. C'est un gros fil au milieu de la tête qui se casse. — Elle rougit, son pouls augmente. Enfin le fil se rompt. Elle a de très légers mouvements de la tète. — D. Que ressentez-vous? — U. Ça se débrouille dans ma tête.

Je la laisse se reposer un moment, puis à la reprise sa tète se dégage complètement. Elle me demande d'en finir vite, car elle a très faim. Enfin elle se réveille, la tète bien dégagée, mais lasse. Dans la journée elle a 1 s tête un peu endolorie en certains points.

14 octobre. — Je lui rends toute la sensibilité de sa tète. Ce sont d'abord comme des tiraillements à la nuque. Puis c'est comme un brouillard qui se dégage, et enfin elle se réveille complètement bien.

11 octobre. — Elle a une vive contrariété et le soir perd s:i sensibilité, H s'endort spontanément.

18 octobre. — Elle se croit en 188o. Séance de réveil complet.

22 octobre. — Elle a une attaque de rhumatisme, avec de l'angine et un peu de bronchite, et reperd sa sensibilité.

24 octobre. — Je cherche à la lui rendre, mais elle ne persiste pas. « Dès que je retousse, me dit-elle, ça repart. »

12 novembre. — Une fois son al laque rhumatismale terminée, je la ramène à son état normal. Mais aujourd'hui elle est prise <le douleurs de dents, ne peut dormir, a des poinls douloureux dans la tète et le long du dos et reperd sa sensibilité.

15 novembre. — Je lui rends ce malin sa sensibilité des membres inférieurs el de l'abdomen. Le soir on la touche dans le dos. Elle ;i une forte colère el une grande crise. Je l'endors, non sans peine. Elle ne sait ni où elle est, ni son âge, ni qui je suis.

16 novembre. — Confusion complète. Je lui ordonne de ressentir ses jampes. Quand elle commence à les sentir, je lui demande son âge. Elle croit avoir quatre ans. Elle continue el sent son ventre, son estomac, les reins. Elle a alors huit ans. Les réactions se calment: « Ça tire moins, >> dit-elle. Elle a neuf ans. Quand (die sent presque complètement, elle a douze ans. Le dos est hyperesthésié el en recouvrant la sensibilité normale du thorax, cette hyperesthésié disparaît. Au boni de quelque temps (die a quatorze ans. Quand elle a recouvré' la sensibilité de ses épaules ri de ses bras elle a seize ans. Je lui fais alors sentir tout le corps à la fois. Elle s'étire el me dit : « Tout se réunit ensemble. »

Elle sent ensuite sa tête. Quand elle commence à la faire osciller, elle dit : « Ça devienl bien net. » — D. Quoi ? — H. Toute ma vie. — 1). Depuis quel âge ? — H. Depuis trois ans.

Elle repasse alors toute son existence année par année. Pendant ce rappel (die ne sait pas quel âge elle a réellement actuellement, mais seulemenl celui auquel son souvenir se rapporte. Il n'y a donc pas seulement réveil des souvenirs, mais bien de la personnalité. « Ce sont des lil> qui se rompent partout. » Elle s'étire, se détend, puis « tout se remet l>i«'ii en place ». Elle s'étire comme quelqu'un qui se réveille en sursaut, avec toute sa sensibilité, sans stigmates.

Mais sa sensibilité reste toujours très instable. Elle ne l'ail du reste aucun effort pour se maintenir, ne voulant pas retourner chez sa mère qu'elle déteste et préférant aller avec soie père qui voyage. Elle se décide enfin à rentrer chez elle le 28 janvier, après avoir été remise dans son étal normal.

Elle se maintient bien pendant quelques jours, puis reperd, à In suite d'une discussion, toute sa sensibilité. Je la remonte complètement et elle se maintient encore quelque temps. Mais à la suite d'une scène très violente qu'elle fait à sa mère, .die a une grande attaque à la suite de laquelle elle reste dans un état délirant.

Rentrée à l'établissement le 17 février 1895, j'essaie après quelques jours de repos, le 21 février, de la faire ressentir s;ius pouvoir y parvenir tant <dle se sent fatiguée.

1er mars. — Je lui ordonne aujourd'hui de se réveiller complètement.

Elle ouvre les yeux, s'étonne de se voir ici, me demande pourquoi on l'y a ramenée. Elle ne se souvient que de m 'avoir vu le jeudi 15 février, et ne veut pas croire la date à laquelle on est. Elle me raconte, comme elle I avait fait pendant son état second, qu'elle a eu une crise parce qu'on voulait la mettre dans une maison de santé à la campagne, el qu'on a appuyé sur ses points douloureux en la touchant. Elle était donc en vigilambulisme complet depuis le 17 février et n'a plus aucun souvenir de tout ce qui s'est passé depuis.

2 mars. — Je lui dis, après l'avoir endormie, de se réveiller encore davantage. Elle se réveille et toute la journée elle est mieux. Le soir elle me dil qu'elle va beaucoup mieux. Sa sensibilité paraît cependant toujours la même, mais l'acuité visuelle a augmenté. Elle a toujours un violent point douloureux au sommet de la tête. Je l'endors le soir.

3 mars. — Avant de la réveiller je lui demande comment elle est. Elle me répond que c'est confus dans sa tête. Elle sait cependant en quelle année nous sommes. Je lui demande alors où elle croyait être pendant les quinze jours qu'elle a passés ici et dont elle n'avait pas conservé le souvenir au réveil. Elle se croyait ici au mois de septembre 1894. Il y a donc eu régression de la personnalité.

Depuis qu'elle est réveillée il y a de la confusion mentale.

Ce qu'elle éprouve quand on la réveille simplement, c'est une sensation de plus de netteté dans la tête et dans le corps qui se détend.

Au bout de quelque temps je lui souffle fortement sur les yeux sans rien dire, comme pour la réveiller. Elle mâchonne, remue les lèvres et la langue et ne peut me répondre que par un gémissement : elle a du mutisme. Je lui referme les yeux qu'elle avait ouverts, et je lui dis de sentir sa langue, ses lèvres, sa bouche, sa gorge.

Tout à coup elle secoue là tète, ouvre les yeux et demande sa maman d'un ton enfantin et pleureur. Elle demande où elle est ici. Elle a trois ans. Elle a sa sensibilité générale. Je la laisse au repos.

A la reprise je lui dis de sentir ses jambes. Elle est en 1879. Quand elle les sent à peu près complètement elle est en 1882. Quand elle sent le ventre et l'estomac, elle est en 1889. Quand elle sent la poitrine, le dos, les bras, elle est en 1890; le cou et la figure elle est en 1891.

Elle en arrive à la tête. Elle recouvre assez vite sa sensibilité. Il lui semble qu'elle a un gros fil au milieu de la tète d'avant en arrière qui est très dur à se casser. Les secousses qu'elle fait amènent de l'essoufflement, de la fatigue, après quoi elle se sent gonflée de partout, et très lourde. Puis en reprenant de plus en plus sa sensibilité elle diminue, tout s'éclaircit, devient très net, s'allège et elle parait enfin se réveiller. Elle va dîner et après le dîner (die me dit que son estomac (que cependant elle avait senti assez creux) la brûle et que ça bourdonne dans sa fête (première phase de diminution de la sensibilité gastrique).

Je la rendors le soir et lui dis de se sentir complètement. L'estomac la brûle, puis il est gros et brûle en même temps, puis elle y a des tiraillements, puis elle sent ce qu'elle a mangé (« c'est comme un morceau de feu»).

166 NATURE DE LMIYSTERIE

Pendant tout ce temps elle a des secousses de l'estomac de temps à autre, et des mouvements de reptation. Puis l'estomac lui parait grand ; ensuite il diminue. Puis elle fait des mouvements de déglutition : « des choses acides me remontent à la gorge ». Alors elle a de nouveau des secousses brusques de l'estomac en même temps que des mouvements de régurgitation. Alors l'estomac diminue toujours, puis les acidités continuent à se produire, qui diminuent ensuite en môme temps que l'estomac lui paraît diminuer; puis il se détend et se ragrandit et de nouveaux acides reparaissent. Je la laisse à ce moment dormir tranquillement.

4 mars. — Ce matin avant de la réveiller je continue. Elle me dit : « Ça m'a fait mal quand ça a passé. — D. Où ça? — R. A droite de l'estomac. » Je lui dis de continuer à sentir l'estomac.

Il lui semble qu'elle a une poche remplie de liquide ; cela brûle toujours et elle a des secousses. Puis la poche grossit et le liquide augmente. L'estomac a des secousses. Puis apparaissent des gargouillements : « C'est l'eau qui me brûle, dit-elle. » Ensuite la poche diminue, mais il reste loujours du liquide. Enfin loul le liquide s'en va. Puis la poche diminue; il n'y a plus de liquide ; ça ne brûle presque plus; puis ça creuse et ça ne brûle plus ; puis ça ne creuse plus et elle a faim.

Je lui dis alors de bien sentir sa tête : « Ça lire un peu sur le dessus au milieu (oscillations et secousses de tête). »

Elle ouvre les yeux : « J'ai besoin de m'étirer. » Je les referme : elle s'étire, et enfin se réveille en sursaut. Elle ;i toute sa sensibilité et n'a plus de stigmates.

Un peu avant sou retour le 17 février, (die avait recommencé à sentir des brûlures d'estomac après les repas. Autrefois, même au moment de son départ, alors qu'elle paraissait bien le sentir, elle ne le sentait pas complètement bien et sa sensibilité passait vite. Depuis son retour elle a continu*' de sentir ces brûlures pendant tout le temps de la digestion avec envie de vomir et régurgitations acides, et pas d'appétit.

Aujourd'hui elle a encore après les repas des brûlures, qui disparaissent en même temps que la digestion se termine. Elle n'a pas eu de régurgitations acides, sauf un peu le soir.

Elle a maintenant le souvenir de toute la période même du 15 février au 1er mars qu'elle avait complètement oubliée.

11 mars. — Depuis la dernière séance les douleurs et brûlures de l'estomac ont repris pendant quelque temps, puis ont cessé et en même temps l'anesthésie est revenue. En même temps retour du point céphalique, mais pas de perte de la sensibilité générale.

14 mars. — Séance. Mêmes réactions et sensations de l'estomac que précédemment. Le dernier phénomène qui disparait est le point du vertex qui a diminué avec le retour de la sensibilité, et correspondail ave»1 do> poinls au niveau des renflements dorsal et lombaire. Elle se réveille brusquement.

En appuyant fortement sur le vertex et sur le front elle se rendort et se détend encore deux ou trois fois. Il lui semble que tout s'allonge, et enfin elle se réveille complètement et normalement.

IG mars. — Elle a reperdu un peu de sensibilité de l'estomac et éprouve de nouveau quelques brûlures.

19 mars. — Je lui rends la sensibilité de l'estomac qui revient assez vite. Sa sensibilité générale esl restée presque normale. Elle se réveille tout à fait bien.

20 mars. — Elle quille l'établissement.

Depuis lors je n'en ai plus eu de nouvelles qu'indirectement. Après être restée quelque temps en voyage en assez bon état elle est revenue à Paris et là son caractère est devenu tel, et si bizarre, qu'elle a dû être placée quelque temps dans un établissement d'aliénés. Après plusieurs mois de séjour elle est rentrée chez elle, mais j'ignore son état actuel.

Remarques. — Cette observation, en dehors des phénomènes subjectifs et objectifs très intéressants qui ont accompagné le retour de la sensibilité et des divers sens, est remarquable surtout par la régression qu'a présentée la malade, d'abord sous l'influence du réveil simple, puis par le fait de la restauration complète de la sensibilité, régression de près de seize ans en arrière, à la première enfance. Malheureusement, malgré la facilité avec laquelle on provoquait le réveil complet de la personnalité, les rechutes se faisaient sous la moindre influence, soit physique soit morale. Il suffit d'un trouble tel que rhumatisme, ou angine, ou menstruation pour que le travail du réveil de la sensibilité devienne impossible et que l'anesthésie survienne au contraire facilement. Signalons enfin les faits de régression spontanée de la personnalité survenant en même temps que les troubles anesthésiques et en rapport direct avec eux.

Hystérie datant de V enfance chez une jeune fille de dix-sept ans. — Anesthésie totale, insomnie, anorexie, attaques convulsives et délirantes, obsessions, contractures, points hystêrogènes ; troubles de caractère, amnésie, kleptomanie. — Réveil simple avec régression à l'âge de sept ans.

— Réveil de la sensibilité suivi de régression jusqu'à Page de cinq ans.

— Instabilité de la sensibilité. — Rechutes continuelles. — ■ Améliora/ ion suffisante pour permettre à la malade de rentrer dans son milieu. — Pas d'accidents nerveux, crises, contractures, etc., depuis lors.

Mllc Marie T..., âgée de treize ans, entrée pour la première fois à la villa Montsouris en octobre 1891.

Fille de parents très nerveux, ayant une so?ur semi-imbécile et une autre hystérique, Marie a toujours été très nerveuse, avec un sommeil agité, des terreurs nocturnes. Elle est d'un caractère difficile, contradictoire. C'est pour des troubles du caractère qu'elle m'est adressée pour la première fois par M. Gharcot. Depuis quelques mois elle devient sombre, taciturne, d'un caractère emporté. Elle a des accès de tendresse exagérée pour certaines personnes et de jalousie pour d'autres. Elle est en particulier extrêmement jalouse d'une jeune cousine qu'elle a menacé de blesser avec un couteau à plusieurs reprises. Elle s'est prise d'une passion excessive pour deux maîtresses du lycée de jeunes filles où elle était. L'une a repoussé ses avances (elle lui offrait sans cesse ses services, baisait les marches de l'escalier qu'elle montait, etc.). L'autre aurait, suivant elle, partagé son amour. Mais, malgré toutes les enquêtes qui furent faites dans l'établissement pour contrôler la possibilité des faits énoncés par Marie, il fut impossible d'être fixé, et tout au contraire plaidait en faveur de la fausseté de ses assertions, qui sur beaucoup de points d'ailleurs se contredisaient. Quoi qu'il en soit, la passion de Marie pour cette maîtresse était une obsession constante et tout son objectif était d'arriver à la retrouver, à lui écrire, à parler d'elle.

Quand elle arriva, elle ne présentait que des troubles du caractère, qui la rendaient dangereuse à cause de sa jalousie. Elle n'avait aucun trouble sensitivo-sensoriel, mais se plaignait d'un mal de tète constant, avec point, douloureux assez large au vertex. Pas d'appétit, sommeil presque nul. Sur ces seuls signes je diagnostiquai de l'hystérie.

Elle reste plusieurs mois à la maison. Son caractère s'améliore; elle devient plus confiante, plus gaie. Elle mange assez bien, dort mieux. Le mal de têle disparaît presque complètement pour ne reparaître que de temps à autre, mais l'obsession de sa maîtresse de dessin persiste, el elle cherche par tous les moyens à savoir où elle est pour lui écrire. En cachette elle lui écrit des épîtres brûlantes. De ce coté cependant les choses paraissent calmées et on la met en pension dans un couvent.

Tout marche assez bien d'abord ; puis elle s'attriste d'être en retard suites jeunes filles de son âge, de ne pouvoir avoir aucun succès aux prix. Gela l'humilie. Elle s'efforce de travailler et on la surprend la nuit en train d'étudier. L'appétit diminue, le sommeil disparaît. L'obsession de son affection pour sa maîtresse reparaît, et un jour je constate de l'tiémianesthésie gauche sensitivo-sensorielle, avec points hystériques dans la fosse iliaque gauche, le long de la colonne vertébrale, et sur le vertex et la nuque. Le mal de tète est permanent, le sommeil nul. Elle part à la campagne où tout va bien d'abord. Mais bientôt son caractère devienl de plus en plus impossible, et on esl obligé de me la ramener au mois d'octobre.

Cette fois, elle est franchement hystérique. Elle est anesthésique totale, avec rétrécissement du champ visuel, points hystérogènes, abolition du sens musculaire, attaques convulsives, insommie complète. Pendant son séjour on constate de plus de la kleptomanie fréquente. J'essaie alors de la suggestion. Elle se laisse assez mal endormir, mais suffisamment cependant pour que la suggestion agisse un peu.

L'année suivante, je la rends à sa famille au mois de juillet. Elle est toujours anesthésique, sans sommeil, mange quoique sans appétit, mais n'a pins de crises.

Au mois d'octobre 1893, après avoir passé les mois d'août et septembre assez convenablement, sans accidents, elle est prise de douleurs de tète extrêmement violentes ; elle se met à délirer, a des hallucinations terriliantes ; devient paraplégique, et a des idées de suicide qu'elle cherche continuellement à mettre à exécution.

Quand je vais la chercher, elle est dans un état de somnambulisme complet, et délire continuellement. Elle est anesthésique totale, presque amaurotique, paraplégique, mais a une hyperesthésie extrême de l'ouïe.

Au boni de quelques semaines d'isolement et de repos complets elle sort de cet état dont elle n'a aucun souvenir. Elle a des attaques de temps à autre, surtout au moment de ses règles, caractérisées toujours par la présence d'hallucinations terrifiantes de la vue, et d'idées de suicide avec tentatives.

En jour dans l'hypnose, qu'il est très facile maintenant de déterminer, elle finit par m'avouer que si elle vont se tuer, c'est parce qu'elle ne peut pins vivre, qu'elle est indifférente à tout, qu'elle n'aime plus personne, qu'il y a des années qu'elle n'aime plus sa mère ni personne. Elle croit ne [dus pouvoir jamais aimer et elle préfère se tuer que de vivre ainsi sans amour.

Chaque fois qu'elle va avoir une attaque elle est reprise les jours précédents de l'obsession de sa maîtresse de dessin.

Deux fois je l'endors et lui ordonne de se réveiller complètement.

Deux fois elle se réveille élonnée, se croyant en 1887, et hémianeslhésique gauche au lieu d'être anesthésique totale. Mais au boul d'une demijournée elle retombe dans son état ordinaire. Dans cel étal (die est anesthésique totale, avec rétrécissement considérable du champ visuel do deux côlé>, dyschromatopsie accentuée, abolition du sens musculaire, points hyperesthésiques de la tête, du dos, du ventre ; anorexie et insomnie ; perle de la notion de temps; elle est incapable de dire à quelle époque on esl, en quelle année nous sommes, depuis combien de temps elle est ici.

Le 10 mars je lui fais recouvrer sa sensibilité en lui ordonnant pendanl l'hypnose de se ressentir de la tête aux pieds. Elle est ramenée d'abord à 1887; elle est hémianesthésique comme les deux fois précédentes, el se rappelle m'avoir vu déjà deux fois. Je la laisse en cet état, et elle reste hémianesthésique jusqu'au 16 mars où elle repasse à son état habituel, en perdant sa sensibilité qui a commencé à disparaître le 14 et le lo.

16 mars. — Je l'endors et lui ordonne de se ressentir. Ce sont les mômes réactions que chez les autres pour les membres, le ventre, l'estomac, etc. Il reste la tète dont elle souffre. Elle la sent toute petite. Je lui ordonne de la sentir mieux.

Elle est aussitôt animée de secousses et tout à coup : « Je perds la mémoire, dit-elle. » Je l'interroge, elle est en 1890. + + La régression continue année par année. Arrivée à 1887 : « Ah ! je sais ce que j'ai fait li semaine dernière ! » dit-elle, et (die se me! à me raconter en effet les jours précédents où elle avait été ramenée à 1887 du 10 au 16 mars.

Elle me raconte alors que depuis longtemps elle ne dort plus, qu'elle a continuellement des peurs la nuit et ne sent pas son coté- gauche. Dès 1887, elle était donc déjà atteinte d'hystérie. J'insiste pour lui faire sentir sa tête. Alors tout en continuant à la secouer, elle la sent se vider, se gonfler, se boursoufler et en même temps la régression continue el elle retombe à 1886, 188o. Elle commence alors à sentir à la place des secousses et des craquements dans la tête, des éclatements de boules à la nuque, des barres, des nœuds qui se défont; elle a la sensation qu'il coule quelque chose de froid depuis la nuque jusque dans le dos. En même temps -;i tète devient plus légère, surtout et d'abord à droite, et tout à coup elle se réveille. Elle se croit en 1885 à l'âge de sept ans.

Je la laisse en cet état après l'avoir rassurée, car elle est très effrayé»1 de se trouver ici et réclame sa mère. Elle dort quatre à cinq heures la nuit suivante et se réveille en sursaut à 2 heures du matin prise de terreur. Calmée, elle reste tranquille el le lendemain matin joue comme un enfant.

17 mars. — A 10 heures elle s'engourdit, s'anesthésie, et à 2 heures de l'après-midi elle repasse à son état antérieur, à seize ans, anesthésique comme avant.

Rendormie, elle a les mêmes phénomènes réactionnels qu'hier, mais j'in-

siste davantage pour lui faire recouvrer la sensibilité. Elle rétrograde cette lois à 1884-, où elle a été très ('mue, paraît-il, du départ de son père pour la Chine. C'est à partir de ce moment qu'elle a commencé à souffrir du ventre, cessé de dormir, a eu des peins et enfin s'est engourdie quoi qu'elle fît pour lutter : « C'est pins fort que moi, dit-elle, je dois avoir un caractère insupportable. » Finalement elle se réveille à six ans et demi avec toute sa sensibilité.

Elle repasse spontanément en 1883 à sept ans. Elle dort un peu la nuit, sans accès de terreur.

18 mars. — Elle est dans le même état, sentant de partout. Je la rendors. Elle sent sa tête « nouée ». Je lui dis de bien la sentir; elle se dégage, se dénoue. Elle est en 1885. Le ventre lui fait encore un pen mal à gauche; la tête s'est « dénouée » d'abord à droite, puis à gauche, côté de l'hémianesthésie quand elle se réveille en 1887. Quand elle arrive à sentir bien son ventre sans douleur, elle est en 1884. Son père esl parti en octobre : « Ça m'a l'ait de la peine, et c'est ça qui a Uni de me détraquer ; maintenant tout m'est égal. » — D. Depuis quand? Est-ce depuis le départ de votre père? — 11. .Non, puisque j'ai eu de la peine; mais j'avais des alternatives depuis le 2 mai. — D. Pourquoi le 2 mai ? — R. C'est la première lois que j'ai eu mal à la tète. — A partir de ce moment elle a en mal à la tète presque tous les soirs. Six mois après elle a cessé de dormir; elle dormait cinq minutes et restait une heure sans dormir et avait peur.

Je l'endors plus profondément et lui dis de ressentir sa tète. Elle esl prise de secousses de la tète qu'elle fait osciller de droite à gauche. Elle la sent grossir, grossir puis s'emplir. A un moment (die saule tout à coup à quinze ans. Puis sa tète continuant à gonfler, elle revient à huit ans. A cette époque (die dit qu'elle a toujours mal à la tète et perd sa sensibilité la nuit. Elle a des secousses de tète et dit : « C'est la nuit que j'en ai des secousses dans la tète et dans le ventre! » — D. Sens-tu la tète gonflée*? — R. Oui. — De nouvelles secousses surviennent. Elle a neuf ans et est anesthésique. — D. Que se passe-t-il dans la vie maintenant "? — R. J'oublie

tout ce qui s'est passé avant. Ça a commencé à C Ça m'arrivait tous

les trois ou quatre jours et puis ça passait, et alors j'oubliais ce qui était arrivé pendant trois jours. — Je lui dis de sentir encore mieux la tète. Elle a la sensation qu'elle regonfle. — 1). Pourquoi"? — R. Parce que j'y ai plus mal. — Elle a neuf ans; elle a sans cesse mal à la tète, et des contractures surtout la nuit, dont elle ne dit rien à sa mère. Elle a mauvais caractère, -f -f Elle a dix ans: sa tète va mieux, et pendant trois mois elle n'y a presque pas mal : « Ça m'était égal, je ne sentais pas le coté gauche; je pleurais tout le temps ; j'avais mal dans le ventre ; je ne voulais plus rien faire en classe ; j'aimais mieux lire, fout ce que je trouvais? mais je ne retenais rien du tout. » + + Elle arrive à onze, douze ans. Elle est maintenant au lycée. Elle raconte alors qu'elle a aimé [tendant trois jours une sous-surveillante, puis sa maîtresse de dessin, M110 J... qui, dit-elle, rendort, et chaque fois elle se réveille ayant plus mal qu'avant. Elle prétend qu'elle se livrait à l'onanisme avec «die et avait des crises à

172 NATUltE DE L'HYSTERIE

la suite. (Mais tout ce récit paraît controuvé par l'enquête que j'ai fait faire.) -f Elle sort du lycée et entre ici.

Elle a à ce momentsa sensibilité ; sa tête lui semble en feu et toute petite. -f- -f- « Ah ! dit-elle, ma tête regonfle plus qu'avant ; j'ai quatorze ans; ça va mieux, -f Puis tout d'un coup elle sent sa tête diminuer. Elle est au couvent. Elle a de l'hémianesthésie gauche, puis de l'anesthésie totale : « Je travaillais trop, je voulais rattraper les autres, dit-elle. » -| — f- Elle est rentrée chez elle, en août 1892 ; il y a six mois dont elle ne se souvient pas : « Je sui> mauvaise, je ne sens pas; je ne dors pas. » Chaque fois qu'elle redevient insensible, elle ne dort plus, pense à Mllc J..., et en a des hallucinations. Pendant les deux premiers mois qu'elle est au couvent, elle était seulement hémianesthésique et n'y pensait plus. + + Elle rentre ici en septembre 1892. Sa tète est toute petite. En même temps que sa tète repasse par les étals qu'elle ressentait alors sa sensibilité générale ne semble pas se modifier. + + Elle est au mois de mais; elle est sortie de son engourdissement, elle ne sait comment, mais toujours anesthésique. Elle quitte l'établissement ; elle a toujours mal à la tête; elle n'a plus de points ; elle n'est plus énervée, n'a plus de crises, mais ne sent toujours pas. -| — [- Elle est chez elle. Elle passe ses nuits à lire. Elle raconte alors qu'elle a écrit une lettre à Mlle J... pour la voir. Elle en aurait reçu la réponse un jour qu'elle se trouvait seule à la maison avec une de ses sœurs; elle en aurait déjà reçu d'antres en 1891, au lycée où elle aurait été les chereber, accompagnée d'une autre de ses sœurs, -j- -f Sa tête grossit : « A partir de la lettre de Mlle J..., je délire tout le temps; elle m'avait retournée. » + + Elle rentre à la villa Montsouris : « J'étais furieuse, je voulais mourir ; je trouvais que j'en avais assez de souffrir, de la tête, du dos et du ventre; je voyais du sang partout. »..-] — \- Encore une époque qu'elle ne se rappelle plus de fin novembre à fin janvier 1894. Puis elle se rappelle toutes les phases qu'elle a traversées. Elle se réveille, et se rendort, -f Elle est maintenant en mars. Alors elle avance jour par jour. Elle est bientôt à la veille d'aujourd'hui. Elle se rengourdil du côté gauche et dort à peine pendant la nuit. + La voici aujourd'hui, ce matin. Elle progresse maintenant heure par heure. Elle éprouve du froid dans la tête, comme si ça coulait dans son cou. Puis elle a des secousses générales et ouvre les yeux, puis les referme. Sa tète est normale, elle sent partout, mais ne sait ce qu'elle a sur les yeux qui sont lourds. -f- + Elle finit par se réveiller complètement, très satisfaite de se sentir bien et désireuse de se maintenir dans cet état, n'ayant pas cru jusqu'ici que ce fût possible.

A deux reprises je lui rends toute sa sensibilité avec les mêmes phénomènes. Mais cela ne persiste pas et le sommeil naturel ne revient pas. Au mois de mai elle est reprise de contractures passagères, avec état mental bizarre, kleptomanie, caractère insupportable, difficile.

12 mai. — Depuis cinq jours elle souffre de la tète, où elle a des points hyperesthésiques ainsi que dans le dos. Malgré elle elle ne peut penser qu'au mois d'octobre 1893 où elle avait eu les accidents ayant provoqué

son retour ici, et elle esl reprise de ses idées de suicide comme alors.

4 juin. — A la suite d'une attaque avec contracture généralisée elle me demande de l'endormie ce soir et me dit : « Je veux être guérie dans un mois; faites de moi ce que vous voudrez. » Avant de rappeler sa sensibilité par le procédé ordinaire je veux essayer du réveil simple qui a déjà réussi doux fois à la ramener à 1887, hémianesthésique.

5 juin. — Endormie hier soir, je lui ordonne à plusieurs reprises ce matin de se réveiller complètement. Elle s'éveille hémianesthésique gauche seulement comme les fois précédentes et la sensibilité du côté droit diminue malgré ses efforts dans la journée sans régression de la personnalité.

6 juin. — Usant du même procédé, j'obtiens le retour de la sensibilité en grande partie à gauche, mais moins qu'à droite. Mais le soir elle a presque complètement disparu. La céphalée est revenue.

ii juin. —Depuis plusieurs jours je l'endors le soir pour la faire reposer la nuit et je me contente de la réveiller le matin de plus en plus, en lui ordonnant simplement de se réveiller plus complètement que la veille. J'obtiens ainsi le retour de la sensibilité générale à droite, puis à gauche, mais d'une façon peu profonde, sans retour du sens musculaire. Endormie hier soir, je lui fais ressentir les jambes ce matin en partie. A la lin de la séance que je ne prolonge pas trop, la jambe droite sent presque complètement.

12 juin. — Ce matin je lui fais sentir plus complètement les jambes, puis le dos et les bras. Mais après le réveil je constate que la jambe gauche sent moins bien que la droite. La gauche est animée d'un mouvement de chorée rythmée dès quelle est assise, le pied reposant par terre.

ii juin. — Je complète la sensibilité des jambes. Ce sont toujours les mêmes réactions : secousses, élancements, démangeaisons, correspondant en remontant jusqu'aux fosses iliaques. Il y a de plus interversion de sensibilité et elle prend sa jambe droite pour la gauche, et inversement. Eveillée ou endormie, l'erreur persiste. Or, quand en ressentant sa jambe droite elle éprouve des secousses, cela lui correspond à droite dans la tète et de même pour l'autre jambe. Je veux au bout de quelque temps la réveiller, mais sa tète continue à travailler. Elle y éprouve des secousses, des sensations de coup de marteau : « C'est comme ça depuis huit jours, » dit-elle. Les réactions ont tendance à se généraliser ainsi spontanément, mais pour ne pas la fatiguer je la réveille.

Je continue à la réveiller ainsi partiellement chaque jour, mais la sensibilité est d'une instabilité extrême, et elle me présente toutes les variétés possibles de perversion : c'est ainsi qu'un jour non seulement il y a interversion dans l'appréciation des deux côtés du corps, mais encore interversion entre le bras et la jambe. Quand on pince la jambe gauche, elle perçoit la sensation au bras droit et réciproquement; de même pour les doux autres membres.

25 novembre. — Je lui fais une séance de réveil complet avec régression jusqu'à six ans et demi et retour année par année, jusqu'à aujourd'hui. Arrivée à ce moment actuel, elle ne peut pas encore se réveiller, quoiqu'elle

cause avec moi comme une personne réveillée, tandis qu'au début de la séance elle ne parlait que difficilement et seulement lorsque je lui adressais la parole. Je l'interroge sur son insomnie. — D. Pourquoi ne dormezvons pas la nuit? — R. Je n'en ai pas envie. — I). Pourquoi n'en avez-vous pas envie? — R. Mais je ne peux pas dormir deux fois? — D. Comment cela? — H. Quand je ne dors pas la nuit, je suis endormie tout le temps.

— Quand elle va pour s'éveiller et ne peut y arriver, elle dit avoir la tète comme une boîte fermée qui ne peut s'ouvrir, et qui en renfermerait d'autres emboîtées les unes dans les autres, de plus en plus petites.

3 décembre. — Malgré le réveil en apparence complet, elle ne dort toujours pas la nuit. Elle a aujourd'hui une sorte de crise de contracture avec points liypereslliésiques au vertex et aux reins. Je l'endors et lui demande pourquoi elle n'a pas dormi encore : « Mais j'avais encore un point dans la tète, me dit-elle, pas bien fort pourtant. »

Les jours suivants, elle redevient anesthésique, avec tous les stigmates, des points hystérogènes nombreux, un état mental bizarre avec confusion des idées.

22 décembre. — Elle prétend aujourd'hui à ses compagnes qu'on est en novembre 1803 et non en décembre 1894. C'est l'époque où elle est rentrée ici l'an dernier. On cherche à la détromper et le soir, endormie, elle me demande si c'est bien exact. Elle ne veut pas admettre la date réelle.

23 décembre. — Elle est dans le même état ce matin. Je lui ordonne de se réveiller complètement. Elle a d'abord des secousses de têle, puis elles gagnent le tronc, puis les jambes. Elle est alors en mars 1894. J'insiste pour qu'elle se réveille encore plus.

Nouvelles réaclions qui l'amènent à septembre. Puis après de nouvelles secousses elle arrive à novembre et à décembre. Je constate alors que la sensibilité tactile est revenue, mais l'analgésie persiste.

Elle a de nouveau des secousses de tête accompagnées de mouvements des lèvres, des sourcils, comme lorsqu'elle ressent son visage. J'insiste en lui disant : « lléveillez-vous, complètement, encore plus. » Après de nouvelles réactions je constate que l'analgésie a disparu en partie; elle sent le pincement, mais pas encore la piqûre.

J'insiste encore. Elle présente des mouvements généraux et alors la sensibilité à la piqûre revient. A partir de ce moment elle se tortille, gémit de temps en temps, contracte sa face dans tous les sens. Elle me dit : « Arrêtez ma tête. — D. Pourquoi? — R. Elle me fait mal, elle est grosse.

— Elle la secoue rapidement d'un côté à l'autre. — I). Je veux que vous vous réveilliez. — H. Toute seule? — D. Oui... Quelle date est-ce aujourd'hui? — R. Dites-le-moi, je le saurai. » — Elle ne se rend pas encore bien compte de sa personnalité dans le temps. — En moment après, elle me dit : « Ah ! ma tète se vide! — D. Comment cela? — R. C'esl comme s'il y avait un trou derrière par où tout s'en aille ; mes idées s'en vont avec.

J'insiste, car elle a un point assez intense encore au sommet de la tète. Elle la secoue très fort et me dit tout à coup : « Je vois tout rouge. » Puis elle se secoue de nouveau pendant quelque temps de partout, et fait osciller

la tête d'un côté à l'autre. Son point du sommet diminue. Puis elle respire profondément, a des mouvements des lèvres, de la langue, puis des yeux el dil : « Ah ! c'est tout verl ! » Elle voit ensuite jaune, puis bleu. Elle a des mouvements de reptation des membres. En même temps elle se met à parler spontanément. Maintenant elle voit tout noir. Son œil gauche lui l'ail mal, la brûle, lui parait le double de l'autre. (C'est celui qui estamaurotique ordinairement.) Elle dit bientôt après : « Mais ma tête s'en va, » et elle la remue en la tenant à deux mains. Elle se raccroche à moi en s'écriant encore que tout ce qu'elle a dans la tête s'en va. Je lui demande alors si elle sent bien son estomac el son ventre. « Comme la tête, » ditelle. -- I). Mais la sentez-vous tout à l'ait? — Pi. Non. (-+ Le poinl

du vertex disparaît presque complètement. — D. Et la tête, s'en va-t-elle toujours? — R. Non ; je ne sais plus trop où je suis ; maman, où est-elle ; pourquoi ai-je les yeux fermés? — Elle se met à remuer les jambes, réclame sa mère pour lui ouvrir les yeux ; sa voix est grêle, pins aiguë, enfantine. — Je lui demande quel âge elle a, en quelle année nous sommes. Elle a sept ans et est en janvier 1885.

Je lui dis alors de se réveiller davantage. Elle a de nouvelles oscillations de la tête et descend à six ans. -1 — h Nouveaux mouvements généraux de détente, el oscillations de la tête à la suite desquels (die passe à 1 88 4-, -f- Secousse générale brusque, comme si elle recevait une secousse électrique, secousses de tête : elle est maintenant en 1883 à cinq ans. -f + Elle gémit, a des mouvements des liras et du tronc, avec oscillations de la tête : elle a hnil ans. +4- Secousses de tête, contracture du bras gauche : (die a dix ans el, demi. Elle ébauche une attaque de nerfs, puis se calme, et se met à faire marcher ses mâchoires, et à grincer des dents, en ayant des secousses générales : elle a onze ans et demi, -f Elle gémit, a des secousses générales violentes, claque des dents; le point du vertex est 1res douloureux ; elle se tortille les membres et a des oscillations de la tète ; elle a douze ans. ++ Secousses, ébauche de crise. Elle ne réclame plus sa mère, ni personne, -f -j- Elle a douze ans et demi et me dit m'avoir vu il y a trois jouis : c'est en effet l'époque à laquelle elle est entrée ici pour la première fois, -f- Nouvelles secousses de tète : treize ans et demi. — Repos d'une heure.

Reprise île la séance, où je lui dis encore de se réveiller. Elle est reprise d'oscillations de la tète et de secousses générales et passe en 1832 à qualorze ans. +-f Secousses de tète, mouvements de mastication, mouvements de la langue, grincement de dents, mouvements des sourcils. -j- + Elle est en décembre 1893, puis en février 1894, puis en juin ; -f- fortes secousses à la suite desquelles elle est en septembre. Elle remue les jambes : « Ça me piqne. » -f Elle arrive au 15 décembre. Son point du vertex est très faible, mais persiste encore à gauche. Elle continue à avoir des oscillations de tète et se frotte l'œil gauche, qui tout à l'heure lui semblait gros, le double du droit. Maintenant elle voit toutes les couleurs à la fois, -f Mouvemenls de mastication, mouvements de la langue en fous sens.

-f- Elle commence à sentir qu'elle se réveille : « Ce que je sens le mieux.

176 NATURE DU L'IIYSTEIUK

dit-elle, ce sont les bras et les jambes. » -f Elle est le 20 décembre, commence- à ouvrir les yeux, n'a [dus de secousses, -f Elle est au 22 décembre. Elle est 1res calme et je la laisse reposer un peu.

A la reprise je lui dis de se réveiller de plus en plus. Le point du vertex disparaît complètement, mais elle ue sent pas encore bien ses viscères. Elle n'a pas faim. J'insiste alors pour qu'elle senle de partout, tout en lui disant toujours de 5e réveiller ; elle est reprise de mouvements des jambes, de secousses, par moments de mouvements des lèvres et des sourcils. Puis elle s'étire, secoue la tête, remue les lèvres, se passe la langue dessus, J'ail des mouvements de mastication et de déglutition. Après plusieurs reprises elle arrive à se réveiller seule. La sensibilité tactile et à la douleur paraîl normale, mais l'œil gauche a encore du rétrécissement du champ visuel et de la diminution de l'acuité visuelle, et le sens musculaire esl encore hésitant quoique exact.

24 décembre. — Je l'endors le 24 au soir.

25 décembre. — Je la trouve le malin oscillant de la tête. Je lui dis de sentir complètement, partout, en énumérant tous ses organes : mouvements des lèvres, de la langue, de la tête, toux, déglutition, secousses des bras et de tout le corps. Puis elle se réveille seule comme l'autre jour, el dorl un peu la nuit.

27 décembre. — Le point du vertex reparaît un peu.

29 décembre. — Je la fais se réveiller par le même procédé, seule, mais elle ne l'est pas absolument bien.

o janvier 1895. — J'essaie de la laisser se réveiller seule après le lui avoir ordonné. Elle a les réactions habituelles. Elle se réveille en apparence, mais la tête reste embarrassée, el elle ne peut y parvenir.

S janvier. — Je cherche à la réveiller complètemenl depuis quelques jours, mais il reste toujours quelque chose. Quand je la réveille ainsi, elle ouvre les yeux après avoir eu une secousse avec détente générale; puis elle regarde d'un œil fixe et vague; puis de temps en temps ses bras, son dos, ses jambes se détendent séparémenl : elle se frotte la tête, quelquefois se la frappe ; elle fait di'> mouvements automatiques, chiffonnant par exemple quelque chose entre ses doigts comme un épileptique au sortir de son accès. Si elle s'arrête et que j'insiste, alors elle fronce les sourcils, remue la tête avec des secousses, courbe les reins d'un coup brusque, secoue les jambes. A la suite de la séance d'aujourd'hui, elle a recouvré toute sa [sensibilité et n'a plus de points douloureux. Cependant elle a la tête encore un peu lourde et confuse et ne dorl pas la nuit.

14 janvier. — Elle reperd sa sensibilité « parce qu'elle était fatiguée ».

19 janvier. — Séance dans laquelle elle la recouvre sans régression.

25 janvier. — Je l'ai réveillée hier, niais elle est bizarre et le soir elle prétend être le 22 octobre 1893, et ne se souvient pas d'une lettre qu'elle a reçue le matin. Endormie le soir, elle nie dil que hier elle s'était crue chez elle, et ne s'était aperçue de son erreur que ce matin au réveil.

26 janvier. — Avant de la réveiller je lui demande où elle est. Elle croit maintenant être en juin 1890. Elle a donc rétrogradé [tendant le sommeil.

Je lui dis alors de sentir de partout et de se réveiller quand elle sera au jour réel où nous sommes. Au bout d'un quart d'heure de réaction, elle se croit en juin 1889, rétrogradant par conséquent au lieu de progresser.

Deux heures plus tard, elle est revenue à cinq ans et demi, puis elle redescend à cinq ans. Elle est le 26 février, mais ne sait pas de quelle année. A ce moment elle a la sensibilité tactile et a la douleur, mais n'a pas recouvré le sens musculaire, et a de l'allochirie.

Je lui ordonne alors de sentir ses jambes complètement, puis son corps, puis sa tête. Alors elle passe de cinq à neuf ans. Je la laisse reposer et la réveille. Le soir je l'endors pour la nuit. Elle se réveille seule pendant la nuit ou du moins rouvre les yeux, s'étonne de se trouver là et redescend à huit ans, en 1886.

27 janvier. — Séance où je lui dis de ressentir. En une heure et demie elle revient à quinze ans. Fatiguée, je suspends la séance, et la réveille. Dans l'après-midi elle a une crise, à la suite de laquelle elle se croit en décembre 1893, époque où en effet elle en avait de semblables. Je l'arrête et la laisse au repos. Le soir elle est toujours à la même époque.

28 janvier. — Ce malin elle y est encore; je la fais sentir. Elle gagne en dix minutes le mois du mai 1894, puis progressivement elle arrive à janvier 1895. Mais comme elle se sent fatiguée je la réveille. Elle ne sait pas quel jour on est. Tout est confus dans sa tète, et l'anesthésie est complète.

12 février. — L'oeil gauche est très congestionné avec un bourrelet sousconjonctival à la paupière inférieure. Elle a de l'amaurose de ce côté et ne peut distinguer aucune couleur quelle qu'elle soit. Depuis, elle a commencé à y ressentir des élancements qui ont été en augmentant et à ne plus voir du tout. Le H, elle a travaillé assez longtemps et attribue cela à sa conjonctivite.

Endormie, elle me raconte qu'elle ne voit plus de l'œil gauche depuis assez longtemps, depuis qu'elle a reperdu sa sensibilité. Je lui ordonne alors de le sentir. Elle y éprouve aussitôt des tiraillements, est prise d'oscillations et de secousses de tète, et même par moments de tout le corps, quelquefois de grincements de dents ; les paupières sont animées de battements rapides, les sourcils et le front se contractent ; elle éprouve des élancements et des tiraillements. Je lui demande en quelle année cl à quelle date nous sommes : Elle se croit en juin 1894. -j- + Maintenant cela la tiraille et la brûle en même temps dans l'œil. Elle est en janvier 1895. -f- « Ça pique, ça n'élance plus, <;a brûle ; il passe toutes les couleurs devant les yeux. » Elle est en février. H — \- Secousses générales, avec une expression douloureuse de la face : « Mon œil est gros, il va sauter tout à l'heure. » -f- Elle est calme. Maintenant son œil lui parait plutôt petit et dans la tète « c'est un chahut là dedans ». -f- Battements des paupières, froncement du front. Maintenant l'œil lui parait de grosseur moyenne, mais elle ne sait pas s'il est pareil à l'autre, car elle ne le sent pas : « Comment se fait-il que je voie de l'un et pas de l'autre, ditelle, puisque je ne les sens pas ? — D. Lequel sentez-vous le moins? — R,

C'est le gauche. » \- -f- Elle voit toutes les couleurs passer devant ses

l'hystérie. — ii. 12

yeux. + « Ça tire encore un pou ; j*ai froid dans l'œil. » Elle a la sensation qu'il saute et a une secousse générale : elle ne voit plus rien, plus de couleurs, rien que du noir. Elle continue à sentir son œil sauter et cligne des paupières. + + Elle s'étire de tout le corps, fronce le sourcil, cligne plus énergiquement des paupières qui s'ouvrent davantage. -f- Les battements des paupières deviennent plus rapides, -f « Ç-a saute encore de temps en temps. » Elle sait maintenant quel jour de la semaine on est, mais pas le quantième, -f- «Mon œil commence à se réchauffer un peu en haut. » -\- « Il est chaud. » — Il lui semble voir passer devant les yeux des caractères d'imprimerie en commençant par la lettre A. + Je lui dis de bien sentir l'œil droit; picotements, puis brûlures. « Mais ce n'est rien à côté de l'autre, » dit-elle. Puis elle cligne et a l'impression qu'il saute aussi. A gauche les lettres de l'alphabet recommencent à passer, mais en commençant par la fin et en caractères plus petits. -{- -f- Tiraillements- dans les deux yeux maintenant, puis brûlures des deux côtés, surtout à gauche. -f- Secousses générales, et à la suite d'une très forte, elle dit: « Tout s'est retourné dans ma tête et dans les deux yeux, mais ça m'a fait moins mal dans la tête que dans les yeux. » + Elle sent l'œil droit un peu froid, l'œil gauche assez bien, mais voyant double, et ayant devant lui des carrés noirs, rouges et verts, et disposés, le noir entre le ronge à gauche et le vert à droite, -f Picotements et brûlures simultanés dans l'œil droit ; et en certains points sensation mélangée de froid et de chaud, -f- Picotements dans les deux yeux, prédominant à gauche, -f Secousses générales, froncement des sourcils, sensation que « ça saute ». Grande secousse avec raideur générale : « Came lire dans toute la tète et encore plus dans les yeux. » Puis gémissement suivi de calme : « Tout s'est retourné, tiens, voilà les couleurs qui viennent de droite maintenant ! » -f- L'œil droit lui paraît plus petit que le gauche, -f De nouveau grande secousse générale avec raideur, puis calme.

Elle commence à ouvrir les yeux, mais elle ne voit rien ; elle est en catalepsie. Je lui referme les yeux et aussitôt elle se relâche : « Je ne sens plus rien dans mes yeux; ils sont bien pareils. » — D. Et dans la tète? — H. Ce n'est pas la même chose ; c'est comme dans mes yeux tout à l'heure. » — Je lui dis de bien la sentir. Elle est reprise d'oscillations latérales, mâchonne, secoue plus fortement la tète : « Ça sautille encore... »

M'apercevant que la sensibilité tactile des paupières à droite n'est pas revenue, je lui dis de mieux sentir encore les deux yeux. Des battements plus rapides des paupières surviennent. Au bout de quelque temps elle perçoit bien les sensations tactiles à droite, mais du côté gauche elles sont douloureuses. + -f- Grandes secousses générales, grincements des dents, raideurs, secousses de la tète. Quand elle se relâche, les yeux commencent à se rouvrir. + -f Le contact n'est plus douloureux à gauche. + + De nouveau « Ça saute », et le globe oculaire redevient douloureux. + Secousses de tète : « Ça balance dans la tète et encore plus dans les yeux. » + + Grandes secousses. Elle commence à rouvrir les yeux et la pression sur le gauche n'est plus douloureuse. Elle ouvre les yeux ; je lui bouche le droit

et lui présente l'index devant le gauche. Elle recule avec un geste d'effroi. Je lui referme alors les deux yeux et lui demande ce .qu'elle a : elle me dit : « C'était grand et gros. » Elle n'a pas reconnu que c'était un doigt. Tue seconde fuis les choses se passent de la même façon : cette fois c'est la main tout entière que je mets devant ><n\ œil : « Je ne sais pas ce que c'est, ça remue. »

Elle dit qu'elle sent bien ses yeux. Je lui dis de les sentir encore plus. De nouveau elle cligne, fronce les sourcils, après quoi elle ouvre les yeux et me regarde. Son regard est vague ; elle tressaute, s'écarte de moi, se cache la tête. Elle prend ma main, la considère avec curiosité, en remue les doigts un à un, tressaute comme effrayée quand je les agile, les touche avec précaution. Elle touche du bout du doigt mes vêtements, le fauteuil, >ans rien dire, et retire vivement son doigt dès que cela réunie. Elle a peur quand je l'approche. Je l'endors de nouveau. Elle entre en résolution complète, et ne sait pins ni où elle qs\, ni à quelle époque elle se trouve; elle prétend même ne pas me connaître et répond à toutes mes questions : « Je n'en sais rien. » Je touche l'œil droit, il esl anesthésique, le gauche est douloureux. Je lui demande son âge : « J'ai dix ans et un mois, me répond-elle. — D. Vous allez bien vous sentir. — R. Qu'est-ce que cela veut dire? — A ce moment l'anesthésie est générale, mais plus marqué»4 du côté gauche. Elle est reprise de secousses dans tout le corps, de mâchonnements, et de foutes ses réactions habituelles. Elle arrive bientôt à treize ans, puis retombe à cinq ans, et à partir de là revient comme d'habitude, et je la réveille. Sa vue est complètement revenue ; il ne reste plus que très peu de congestion de l'œil gauche ; plus de dyschromatopsie, ni de rétrécissement du champ visuel. Mais la jambe gauche sent beaucoup moins que la droite et elle a de l'astasie-abasie de ce coté.

13 février. — Endormie hier soir, je constate que son astasie tient à de l'hyperesthésie de la cuisse et du genou. Je les lui fais ressentir et l'astasie disparaît avec le retour de la sensibilité normale. Je lui dis alors de se réveiller seule. Elle a encore des secousses de tête et des tiraillements des yeux. Après s'y être reprise à plusieurs fois, elle Unit par se réveiller seule. Je l'endors le soir pour la nuit.

14 février. — Je la fais se réveiller seule le malin. Elle a encore quelques secousses, des détentes générales de la tête el du tronc et enfin elle se réveille.

Je constate dans l'après-midi qu'il n'existe plus de rétrécissement du champ visuel de l'œil droit qui perçoit toutes les couleurs. Du côté gauche il y a encore un dès léger rétrécissement, et elle voit toutes les couleurs, sauf le violet qu'elle voit gris. L'acuité visuelle est encore un peu diminuée, •le l'endors et, lui dis de sentir complètement l'œil gauche : picotements, tiraillements, et enfin réveil complet. Je constate alors qu'elle n'a plus de rétrécissement du champ visuel, plus d'achromatopsie, et que son acuité visuelle est ('gale des deux côtés.

22 février. — Les jouis précédents je l'ai fait se réveiller seule de la tête aux pieds. Aujourd'hui son œil s'était repris, elle avait de l'anesthésie

nO NATURE DE L'HYSTÉRIE

conjonctivale et un peu de conjonctivite avec hyperesthésie palpébrale. Tout disparaît h la suite du réveil complet.

26 février. — Les deux yeux sont larmoyants. Je les fais ressentir, car ils sont redevenus anesthésiques, et cela cesse. Mais le gauche reste un peu douloureux. Le point céphalique reparaît, la sensibilité générale diminue, et le sens musculaire devient un peu hésitant. Je l'endors le soir.

27 février. — Je lui fais recouvrer toute sa sensibilité de la tète aux pieds.

2 mars. — Prise de ses règles, sa sensibilité commence à diminuer depuis deux jours. Elle est très énervée ce soir, gambade, saute, crie, jure, donne des coups, ne peut rester en place, s'assoit, se lève sans motifs, etc. Endormie, elle continue encore à s'agiter pendant près d'une lieure, et a une sorte de crise très atténuée. Elle se calme et est alors complètement anesthésique.

3 mars. — Réveillée, son agitation la reprend, et le soir elle a encore une crise que j'arrête facilement en l'endormant.

4 mars. — Le matin la crise éclate quand même avec toute son intensité : cris, arcs de cercle, etc. Je l'endors, et elle se calme; elle se croit au commencement de février 1895 et me demande de la réveiller. Elle n'a aucune conscience des cris, des mouvements qu'elle fait. Je la réveille en lui soufflant sur les yeux, et elle se réveille avec une grande confusion des idées, ne sachant plus ni le jour, ni la date, ni l'année.

13 mars. — Nouvelle crise, suivie d'hyperesthésie générale.

15 mars. — Je lui ordonne de ressentir. Elle redescend à l'âge de cinq ans, puis remonte à l'époque actuelle. Je la réveille alors. Sa sensibilité est revenue, mais superficiellement; le sens musculaire est très imparfait. Aussi se sent-elle faible, eta-t-elle de l'abasie légère.

19 mars. — Endormie, je lui dis de ressentir complètement de la tète aux pieds. Après être redescendue encore à cinq ans et demi, elle revient au 4 février 1895. A cinq ans el demi elle n'a pas de point douloureux de la tête et a toute sa sensibilité. A treize ans elle a un point céphalique et est anesthésique.

20 mars. — Elle continue à ressentir pour se réveiller, et finit par y arriver en s'y reprenant à plusieurs fois. A chaque reprise en effet, c'est ou les lèvres, ou la langue, ou la gorge, ou les reins, etc., qui paraissaient bien sentir cependant, qui présentent de nouvelles réactions.

A un moment donné je lui dis de se réveiller davantage : elle se met à battre des paupières et dit : « Ça me fait mal dans l'œil gauche. » Je constate alors un point hyperesthésique au niveau du pli courbe du côté gauche. En insistant elle ressent s<m œil, l'hyperesthésie disparaît et le point céphalique également. Les derniers points douloureux à disparaître sont à la nuque et au niveau du renflement lombaire, qui lui semblent reliés ensemble « comme par des fils ».

22 mars. — Je continue de la faire senlirpour se réveiller seule. Elle se réveille, mais moins bien qu'hier, avec de l'ennui, des idées un peu tristes ; elle pleure tout le temps, elle ne sait pourquoi.

23 mars. — Je constate la persistance des points de la tête et du dos, et tiuc l'estomac et le ventre ne sentent pas encore bien. Quand ces organes ont recouvré leur sensibilité, je constate que l'hyperesthésie de la tête a disparu. Les deux derniers points douloureux sont à l'occiput et au vertex. .le lui dis de continuer à sentir complètement. Elle a des secousses de la nuque aux lombes et enfin elle se réveille. Elle est étonnée d'y voir si clair, a un sentiment de bien-être général, n'a plus d'hyperesthésie et a toute sa sensibilité.

Elle quitte l'établissement peu après et, depuis quinze mois, elle n'a eu aucun accident nécessitant mon intervention.

Remarques. — Cette observation est très incomplète. Je n'ai presque rien relaté de ses séjours antérieurs à celui où j'ai appliqué le procédé en question ici, et je me suis borné à rapporter les phénomènes qui ont accompagné le réveil de sa sensibilité. Cette malade a présenté en effet un état mental qui en rendait l'observation précise très délicate. Menteuse, kleptomane, elle était avant tout une dégénérée héréditaire chez laquelle l'hystérie ne semblait survenue qu'à titre accessoire. Je n'ai donc voulu consigner ici que les faits certains, où toute auto-suggestion de sa part pouvait être éliminée. C'est un cas dans lequel il n'y avait guère lieu d'espérer de guérison et cependant les phénomènes hystériques qui avaient revêtu les aspects les plus divers chez cette malade, et avaient pris surtout la forme mentale, se sont amendés assez pour que depuis plus d'un an elle n'ait plus présenté aucun accident sérieux. Quoique incomplet, ce résultat n'en mérite pas moins d'être consigné comparativement surtout avec ce qui avait été obtenu antérieurement avec les autres méthodes.

Parmi les phénomènes de réveil de la sensibilité un des épisodes les plus intéressants a été celui du réveil de la sensibilité des yeux.

C'est un sujet chez lequel le réveil simple suffisait à déterminer la régression de la personnalité, mais non le retour à l'état normal. Il a été nécessaire de combiner le réveil simple avec le réveil de la sensibilité, ce qui montre encore l'identité de ces deux phénomènes, anesthésie et sommeil vigilambulique.

Hystérie datant de deux ans, suite de surmenage. — Chorèe hystérique, anorexie, aneslhésie, insomnie, aphonie, toux. — Hypnose spontanée. — Réveil simple et réveil de la sensibilité combinés. — Régression de la personnalité à deux ans et demi en arrière. — Instabilité de la sensibilité. — Phénomènes objectifs et subjectifs accompagnant le réveil de la sensibilité. — Amélioration. — Rechute. — Restaurations de la sensibilité en une seule séance amenant le retour de la santé pendant quelques mois.

Mllc Marguerite G..., âgée de dix-neuf ans, est entrée à la villa Montsouris le 17 septembre 1894, et en est sortie le 17 juillet 1895.

Comme antécédents héréditaires, son père est un bizarre, sa mère est une femme très nerveuse, un peu mystique; sa sœur cadette a présenté déjà des troubles hystériques, principalement de l'anorexie.

Elle-même a toujours eu un tempérament et un caractère nerveux. Elle n'a jamais fait de grandes maladies. Elle a eu une rougeole à quinze ans, à la suite de laquelle elle disait : « Je resterai bète. » Au mois de mai 1894 elle aurait eu l'influenza et c'est depuis lors qu'elle serait malade, au dire de sa mère.

Tout enfant, dès l'âge de quatre ans, elle présentait de la toux pendant trois mois d'hiver, sans fièvre, sans modification de son état général, el aucune médication ne pouvait l'enrayer. Elle a actuellement celte toux qui est rauque et ne correspond à aucune affection de la gorge, ni de la poitrine. Elle est survenue à l'occasion d'un léger rhume de cerveau.

Elle n'a jamais bien dormi, même tout enfant. Vers l'âge de dix à douze ans, elle dormait au plus quatre ou cinq heures par nuit, ayant sans cesse l'esprit en travail, en pension pour répéter ses leçons, chez elle pour remuer toutes sortes de choses passées ou à venir. Depuis l'an dernier, elle ne dort plus qu'une heure à peine et le plus souvent pas du tout.

Depuis l'âge de dix ans, elle a toujours mal à la tête. Quand elle ne souffre pas dans la tête, c'est dans les yeux, où elle a la sensation qu'on les lui arrache. Le mal de tète occupe le front et le dessus de la tète, avec serrement des tempes. Quand elle y a très mal, elle est énervée, esl incapable de penser, et ne peut tenir en place. Du reste, elle a eu toujours besoin de changer de place et de bouger.

Formée à quatorze ans et demi, elle a toujours été réglée très irréguliè-

remeiit. Depuis trois mois ses règles sont suspendues. Quand elle prenait des douches, elle avait, paraît-il, des pertes et elle se mettait à tousser. Ici rien de semblable.

Il y a deux ans, elle a quitté la pension pour rentrer chez elle, après avoir pris son brevet simple qu'elle avait préparé avec acharnement. Elle avait considérablement maigri et ne pesait plus que 75 livres alors que son poids moyen était de 95 à 100.

En 1893, elle éprouva à la suite de cet examen une grande sensation de fatigue. Elle était énervée, ne tenait pas en place, avait des sortes d'inquiétudes dans les membres inférieurs, parfois même des crampes. Néanmoins sous l'influence du repos elle engraissa et reprit au point de vue général. Elle a beaucoup de peine à se rappeler tout cela. « Ma mémoire, dit-elle, s'en va plus de quatre fois ; je ne sais souvent pas ce que j'ai fait d'un jour à l'autre. »

Le premier accident sérieux qui attira l'attention survint en 1894. Elle eu1 une sorte de chorée arythmique; elle ne pouvait rien faire, rien tenir dans ses mains, ni lire, ni écrire. On était même obligé de la faire manger, et elle manquait de s'étrangler en avalant de travers à tout instant. La langue ne bougeait pas et elle eut du mutisme qui dura un mois. Il disparut peu à peu, lentement. Alors au contraire elle eut une sorte de logorrhée. Puis survinrent des attaques de contracture des bras et des jambes, qui ne duraient jamais longtemps. « Je me secoue, et ça s'en va, » dit-elle. « Que sentez-vous quand vous avez une contracture ? » lui demandé-je. « Je sens que je ne sens rien, » me répond-elle. Par moments (die a de la diplopie et en effet elle a parfois de la parésie du moteur oculaire externe du côté gauche. Actuellement elle a de l'anorexie qui date de longtemps. Souvent elle restait chez elle plusieurs jours sans manger. Elle ne se rappelle pas depuis quand elle n'a plus d'appétit.

Elle a de l'anesthésie du pharynx, une diminution considérable du goût et de l'odorat. Le champ visuel est considérablement rétréci et elle a de la dyschromatopsie. L'ouïe est également très diminuée surtout à gauche où elle n'entend la montre qu'à 5 centimètres de l'oreille, tandis qu'à droite elle l'entend à 40 centimètres. La sensibilité générale est presque complètement abolie surfout à gauche. Elle a des points hyperesthésiques au sommet du crâne, le long du rachis, sus-mammaires et iliaques. Le sens musculaire et la notion de position des membres sont presque complètement abolis. Il y a de l'anesthésie très marquée au niveau du larynx, avec toux rauque.

La mémoire est assez touchée : « Quand j'écris, dit-elle, je ne sais plus comment écrire, orthographe et style. Je ne sais plus quoi mettre quand j'y suis. Une fois que j'ai lu un livre, je ne sais plus ce qu'il y a dedans. » Néanmoins elle a le souvenir d'un fait qui s'est passé quand elle avait trois ans. Mais il y a des périodes de son existence où elle serait incapable de dire ce qu'elle a fait. Ainsi il y a deux ans, après son examen, elle ne se rappelait plus rien, et elle ne sait trop ce qu'elle a fait à cette époque. On la traitait d'étourdie, car elle ne se souvenait pas de ce qu'on lui avait

commandé. Elle n'a le souvenir que de certains faits, et encore par moments, survenus pendant sa maladie cette année.

Dans certains moments, elle n'est plus maîtresse d'elle-même. Elle devient alors impertinente et désagréable. Elle s'en rend compte, mais ne peut s'en empêcher, « sans cela, dit-elle, je ne le ferais pas ».

Elle ne peut plus rassembler ses idées comme elle veut. « Il n'y a plus rien dans ma tête, dit-elle, quand je veux penser à quelque chose. » Elle a quelquefois la sensation qu'elle a « comme du vide dans la tête » ou qu'elle se gonfle, qu'elle va éclater. Ou bien elle la sent comme tirée en arrière. Elle a la sensation d'une barre transversale au vertex : « Je l'ai surtout, dit-elle, quand ça ne va pas. Avant qu'elle se produise, c'esl comme s'il n'y avait rien dans ma tête. »

Elle a des accès d'engourdissement: tout s'éloigne, les sons, les objets, puis quelquefois tout se rapproche tout d'un coup et les objets dansent devant ses yeux. « Quand ça s'éloigne, dit-elle, je ne sais plus où je suis, je ne suis plus dans rien. » Au point de vue des sentiments, c'est tout ou rien ; « les deux extrêmes, je sens trop ou pas. Quand j'ai une émotion vive, comme lorsque j'entendais sonner le tocsin chez moi, je tourne de l'œil, ça me répond partout ; quand on m'annonce quelque chose de triste, je ne bronche pas sur le moment ; après, c'est la réaction ».

14 décembre. — Soumise jusqu'à ce jour à l'hydrothérapie, à l'isolement, à une alimentation suffisanle, elle ne dort toujours pas, est sujette à un besoin continuel de mouvement, de changer de place. Son anesthésie est toujours la même, et elle ne dort pas. Depuis quelques jours, elle esl reprise d'une grosse toux rauque sans qu'il existe quoi que ce soit du côté de la gorge ou de la poitrine.

J'électrise le larynx pour faire cesser celle toux manifestement hystérique et due à une perte plus complète de la sensibilité interne. Sous l'influence de la faradisalion, la toux cesse, la sensibilité cutanée reparaît, ou plutôt au lieu de l'anesthésie totale qui existait aussi bien à droite qu'à gauche, la sensibilité redevient ce qu'elle élait avant que la toux n'apparût, à savoir, abolie à gauche, diminuée à droite.

Mais pendant l'électrisation, Marguerite s'endort presque complètement et je n'ai qu'à lui clore les yeux pour amener un sommeil hypnotique complet. Je la réveille ensuite au commandement en lui souillant sur les yeux.

17 décembre. — Elle a ses règles. Elle est très énervée et agitée. Elle a des points hyperesthésiques répartis en grand nombre sur le crâne et le rachis. Son caractère devient en même temps très difficile.

20 décembre. — Elle est tout engourdie, dans le vague, et s'endort le soir spontanément au salon. On la couche, et à 10 heures et demie du soir je la trouve se tortillant et à moitié endormie. Je l'endors facilement alors par la pression sur les yeux.

21 décembre. — Elle reste toute la nuit très calme et je la retrouve dans La posture où je l'ai laissée. Elle a tendance à se réveiller seule. Je la rendors complètement et lui ordonne de sentir ses jambes. Elle est prise

aussitôt de mouvements de flexion et d'extension, s'élire, ressent des picotements dans les pieds et commence à percevoir le contact au niveau «les doigts de pied. M'étant ainsi assuré de la possibilité de lui rendre sa sensibilité comme dans les cas précédents, je la réveille.

24 décembre. — Reprise hier soir de sa toux hystérique, je l'endors très facilement. Elle m'avoue alors être toujours engourdie depuis deux ans. (Test venu petit à petit. Elle ne dort plus parce qu'elle a mal dans la trie, esl énervée el n'a jamais besoin de dormir. Je lui ordonne alors de sentir sa tête, son dos et tout son corps. Elle secoue sa tête, se frotte le dos sur son lit, se frotte les jambes l'une contre l'autre ; elle tousse de sa voix rauque ; on entend des gargouillements dans l'abdomen. Elle me dit avoir son point interscapulaire depuis cinq mois. Elle se roule, se tortille, tousse par moments, est essoufflée dans d'autres ; à d'autres moments encore ce sont les gargouillements de l'estomac ou du ventre qui se font entendre. Je la réveille au bout de dix minutes.

Je l'endors le soir.

25 décembre. — Séance. Je lui ordonne de sentir sa tête et son dos. Elle est prise de secousses générales, irrégulières, de tortillements brusques. Mais je ne constate aucun retour de la sensibilité et elle n'éprouve aucune sensation qui annonce ce retour. Je la réveille.

29 décembre. — Je l'ai endormie hier soir. Ce matin, je lui ordonne de sentir ses jambes. Elle a les mêmes réactions motrices que la première fois. La sensibilité tactile douloureuse et le sens musculaire reparaissent. Dès qu'elle est réveillée, elle s'aperçoit de ces modifications et est tout étonnée de sentir ses jambes. Au lieu de les remuer sans cesse comme elle faisait auparavant, elle les laisse tranquilles toute la journée. Mais à la douche le jet atteint son point du dos et elle recommence à les mouvoir un peu.

7 janvier. — L'anesthésie persiste dans toute la partie supérieure du corps, où je n'ai pas encore provoqué le retour de la sensibilité. La sensibilité des membres inférieurs au contraire est en partie revenue, surtout à droite.

J'essaie chez elle de lui rendre sa sensibilité, de la tirer de son engourdissement, de son vigilambulisme, en lui ordonnant, une fois endormie, de se réveiller complètement et en lui maintenant les yeux fermés. Je constate alors que, sur cette injonction de se réveiller dans ces conditions, elle se tortille de tout le corps, et présente absolument les mêmes réactions que lorsque je lui enjoins de se senlir. Mais elle ne peut arriver à se réveiller complètement ainsi. Je la réveille alors en lui soufflant sur les yeux.

Depuis qu'elle a commencé à recouvrer sa sensibilité, elle éprouve dans les reins et les membres inférieurs des sensations d'écoulement d'un liquide froid et des élancements, qu'elle n'avait pas autrefois.

Elle doit être endormie complètement depuis deux ans.

Il janvier. — Séance dans laquelle je lui fais recouvrer la sensibilité des bras, mais pas des mains. Le sens musculaire ne reparaît pas encore.

Elle n'a la sensation de contact et de pincement qu'aux bras et au dos. Les jours suivants ses règles m'empêchent de continuer ce traitement.

23 janvier. — Séance où elle reprend presque complètement la sensibilité des quatre membres et du dos.

25 janvier. — Elle souffre de la tèle, a un point hyperesthésique très marqué au vertex et commence à reperdre lout ce qu'elle a gagné.

26 janvier. — Séance. Après avoir ressenti le dos et les membres elle me dit: « Ça me fait drôle dans la tête; c'est comme une boite qui se ferme et qui s'ouvre avec des tiroirs. » Je lui ordonne de sentir de plus en plus sa tête. Elle se met alors à la secouer d'une façon rythmée de côté et d'autre : « Je ne me souviens [tins de ce que j'ai fait, dit-elle au bout de quelque temps de cet exercice ; on dirait que je n'ai plus rien dans ma tête. » Je la réveille alors. Elle est un peu étourdie d'abord, puis se remet assez vile.

27 janvier. — Séance. Je lui ordonne de sentir l'abdomen. Secousses sensations de tiraillement; elle se secoue dans tous les sens. Elle me dit que dans sa tête lout ce qui se rapporte aux deux dernières années el demie s'esl embrouillé. Je lui ordonne de sentir son estomac. Elle éprouve d'abord des tiraillements, puis ce sont des sensations de déchirement. Comme elle parait un peu fatiguée, j'arrête et la réveille.

30 janvier. — Tous les soirs maintenant je l'endors et la réveille le matin soit après une séance de restitution de la sensibilité, soit simplement en lui ordonnant de s'éveiller en lui soufflant sur les yeux.

Séance le malin, où je lui fais ressentir le ventre et l'estomac. Elle «''prouve successivement des secousses, puis des brûlures qui vont en augmentant, après quoi les brûlures diminuent et disparaissent pour faire place à une sensation de creux à l'estomac.

% février. — Séance. Elle recouvre la sensibilité des membres inférieurs dont le reloue s'accompagne de secousses avec sensation d'étirements puis brûlure, et à ce moment la sensibilité au contact et à la douleur est revenue ; puis elle éprouve la sensation de fils qui se cassent dans l'intérieur des membres, et enfin une détente complète; et alors elle reste tranquille. Je la réveille el son premier mot en regardant ses jambes est : « Ah ! j'ai des jambes maintenant! »

6 février. — Elle se plaint de la tête, qui est comme serrée dans un étau. Je l'endors et lui dis de la sentir. Elle se met aussitôt à la secouer de droite à gauche. Cela la serre d'abord de plus en plus. Puis cela lui donne de la nausée, et elle dit avoir la même sensation nauséeuse dans la tète : « Ça me tourne partout, » puis (die dit : « Ça me secoue partout ; » puis: « Ça me raidit partout, ça me tire dans la tète... C'esl comme si j'étais en bois... Ça me donne des coups dans la tête... Dans h corps c'est comme si j'avais je ne sais quoi qui me raidisse partout. •>

Elle continue à secouer sa tête d'un coté à l'autre. Puis elle s'élire loul le corps : « Ça me lire partout, dit-elle,... ça me serre dans la tèle. » Je la réveille alors.

20 février. — Depuis trois jours, au lieu de lui dire de se sentir, je lui

dis simplement de se réveiller complètement. Carj'ai remarqué que la sensibilité ainsi recouvrée ne l'était que très difficilement, très laborieusement, très lentement et ne persistait pas longtemps, et je veux voir si le l'ait de lui donner l'ordre de se réveiller simplement, puisqu'elle est en élat de somnambulisme, amènera le retour de la sensibilité. En effet dès (lue je lui ordonne de se réveiller, sans lui souffler sur les yeux, elle présente les mêmes réactions que lorsque je lui ordonne de sentir. Elle s'élire en disant : « Ça me lire dans la tête, dans les membres. » On entend des gargouillements dans l'intestin et l'estomac. Réveillez-vous davantage, lui dis-je, ++ : « Ça se brouille dans ma tête. » + -4- « C'est comme si ça se fermait dans ma tète. » -j- -f- « Ça me fait drôle, ça se brouille, ce que j'ai fait depuis quelque temps. » — D. Depuis combien de temps? — R. Depuis deux ans et demi. » J'arrête au bout d'une heure et demie et je constate qu'elle a recouvré un peu de sensibilité à la douleur et au contact au niveau des bras et des jambes. Je la réveille et elle ne se rend plus bien compte de ce qu'elle voit autour d'elle, de ce qu'elle est elle-même, et ses idées sont très confuses.

22 février. — Endormie l'après-midi je lui ordonne de se réveiller complètement. Elle se tortille et a une sensation de grande confusion dans la tête. Tout se brouille de plus en plus, et « se ferme ». Elle conlinue à se tortiller, et à s'étirer, et tout à coup elle appelle sa mère. — D. Pourquoi demandez-vous voire mère, lui dis-je? — R. Elle m'a ramenée hier. — 1). D'où donc ? — R. De T... — D. En quelle année sommes-nous donc? — R. En 1892. — D. Quel mois? — R. Au mois d'août, parbleu.

Elle ne sait pas alors qui je suis, et je constate que la sensibilité générale, cbatouillement, contact et piqûre ainsi que le sens musculaire sont revenus. Mais elle tousse de sa toux hystérique. — D. Pourquoi toussezvous comme cela? — R. Oh î il y a longtemps que je tousse. — D. Vous avez passé vôtre examen? — R. Oui. — D. Vous êtes-vous fatiguée beaucoup? — R. Oh! oui ! — D. Vous ne vous sentez pas malade? — R. Non, mais je suis très fatiguée. — D. Qu'éprouvez-vous intérieurement? — R.

Ça me tire, ça me brûle. — D. Pourquoi ? — R. Je ne sais pas. \- -f- D.

Que sentez-vous dans la tète? — R. Ça nie tire. — D. Est-ce que ça se ferme encore? — R. Non.

Elle est essoufflée, s'étire. Je la laisse se reposer et je lui demande : « Est-ce que vous dormez? — R. Non. — D. Que faites-vous? — R. Je ne sais pas. — D. Où êtes-vous? — R. A M... (C'est son pays.) — D. Eh bien! dormez-vous ou êtes-vous éveillée? — R. Je ne sais pas, je suis engourdie. » — Comme c'est le soir je la laisse endormie pour loute la nuit en lui recommandant de bien se reposer.

23 février. — Le matin, elle est toujours en août 1892, je lui dis de se réveiller de plus en plus. Mêmes réactions générales, et au bout de quelques minutes elle se trouve à la fin de juillet; au bout de huit à dix minutes elle est au milieu de juillet, et au début douze minutes après : « Ça tire dans ma tète et dans le corps aussi, me dit-elle. » Elle me raconte qu'elle a passé son examen le 20 juin et que ça l'a beaucoup fatiguée. « Ça me

ciaque dans la tête, dit-elle. » + + Elle est au lendemain de son examen. « Ça craque partout. » Elle est au 30 juin maintenant. — D. Dormezvous? — R. Non. — D. Où êtes-vous ? — R. A V... — D. Quel jour sommes-nous? — R. Jeudi.

Je lui ordonne alors de sentir complètement ses jambes. Elle les étend, les fléchit, les tourne dans tous les sens. « Ça me tire dans les jambes, dit-elle. » "+ + « Ça brûle. » -j- + « Ça brûle el ça fourmille. » + + « C'est comme si j'avais des fils dedans ; ça fourmille toujours et ça brûle encore. »+-}-« Les fils se croisent et se retournent. » -j- -f- Elle se trouve de nouveau au mois d'août 1892, au commencement. Une fois rétrogradée au jour de son examen, elle redescend donc le cours de son existence qui paraît ainsi avoir été modifié à partir de ce moment précis. « Dans la tête les fils se croisent aussi. » -f -f « Maintenant les fils se cassent dans les jambes, petit à petit. »

Je la réveille alors pour déjeuner. Elle ne reconnaît plus personne, se croit le 12 août 1892. Elle ne connaît pas la maison, et est fort étonnée.

Je la rendors l'après-midi. Elfe n'a aucun souvenir de tout ce qui est ici, choses et gens, et se croit chez elle. Elle n'a pas conscience qu'elle dort. Tout ce qu'elle a vu quand je l'ai réveillée tout à l'heure lui a fait l'effet d'un rêve, et quand elle a les yeux fermés, son rêve lui paraît an contraire la réalité. Elle n'a en effet d'autre moyen tir contrôle que sa céneslhésie. Or son état cénesthésique étant le même que celui qu'elle avait le 12 août, elle ne peut se représenter être à une autre époque. Pendant le temps qu'elle est restée réveillée ainsi, elle a eu des mouvements choréiformes des jambes très accusés. Une fois rendormie, elle me dit n'avoir .jamais faim, et ne pas se souvenir d'avoir eu jamais faim. Elle aimait mieux lire que manger, et dissimulait le pain qu'on lui donnait. Je lui dis de se sentir de plus en plus. Au bout de quelque temps qu'elle ressent ainsi les jambes, elle arrive à la fin d'août 1892. Puis elle passe en septembre, en octobre, en novembre, en présentant toujours les mêmes réactions. Enfin elle arrive à décembre. A ce moment elle éprouve la sensation que les fils se cassent. + + Elle est en avril 1893. Les tils se cassent toujours et de plus ça la tortille dans le ventre quoique je ne lui aie rien dit de ressentir de ce côté. Il y a donc propagation spontanée des phénomènes de retour. Je lui dis alors de se sentir depuis la taille jusqu'au bout des pieds. Aussitôt tortillements, secousses abdominales, avec gargouillements, -f + Elle est en juillet 1893 el se met alors à présenter une grosse toux. « Je l'ai depuis le commencement du mois; ça m'arrive souvent. »

Le retour de la sensibilité dans une partie du ^corps rappelle donc les phénomènes morbides liés à un trouble de sensibilité d'un autre organe à l'époque où la sensibilité de celle partie du corps ainsi réveillée était la même qu'au moment actuel.

Elle arrive en octobre 1893 : gros gargouillements du ventre, contorsions générales du tronc ; la toux a cessé.

A ce moment elle commence à sentir des fourmillements dans les bras

et les mains. La sensibilité reparait donc spontanément, et le travail de retour est donc soumis à des lois indépendantes de la volonté de l'expérimentateur, puisque je ne lui ai donné aucun ordre pour sentir ses bras. Je la réveille alors pour dîner. Elle se croit le 9 février 1894 ; elle est étonnée comme le matin au réveil, car elle ne reconnaît rien, ni personne. Je la rendors le soir pour la laisser reposer la nuit.

24 février. — Elle est toujours au même point ce matin. Je lui ordonne alors de sentir son estomac, son ventre et ses membres inférieurs jusqu'au bout des pieds. Tortillements et contorsions habituelles. Au bout de quelques minutes elle est parvenue au commencement de mars 1894. Tout à coup elle se met à pleurer. Je lui demande pourquoi. « Ma grand'mère est malade, me répond-elle. » -f -f Elle se met à suffoquer. — D. Pourquoi pleurez-vous? — R. C'est la dépêche. — D. Le combien sommes-nous? — IL Le 2 avril, -f + Elle continue à gémir et à suffoquer, puis se remet à sangloter. C'est la mort de sa grand'mère, le 6 avril. + + Les sanglots et les suffocations cessent. Elle est à la tin d'avril et elle me dit qu'elle souffre de partout, surtout dans les articulations, où elle a des douleurs comme si on les lui cassait : « Je ne peux plus remuer les jambes ; je ne peux plus serrer avec les mains; mes membres sont lourds, lourds! » Elle a mal dans la tête : « Ça me serre. » — Je constate alors que sa sensibilité tactile, douloureuse et musculaire a disparu, -f -j- Elle est à la fin de mai. « La mort de ma grand'mère m'a fait mal partout ; ça m'a alourdi les bras et les jambes. » -f + Je l'interroge, elle ne me répond plus. Elle est muette. Puis elle se met à reparler un peu (10 août). Elle ouvre la bouche, passe sa langue sur ses lèvres, mâchonne, tord sa mâchoire inférieure dans tous les sens, a des mouvements de happement. Je lui demande ce qu'elle a. — R. « Je ne peux pas manger; ça n'avale pas (19 août). — D. Pourquoi u'avalez-vous pas? — R. Elle ne marche pas ma langue. » + + 21 août; visite au D1' M... « Tout est engourdi; je ne sens pas ce que je louche ; c'est comme ça depuis le mois de juin; c'est venu tout d'un coup ; je n'ai plus parlé, je ne voyais plus clair ; je crois que c'est la mort de ma grand'mère qui m'a démolie. » + + Elle se met à gémir : c Maman veut que j'aille dans une maison de santé; moi je ne veux pas. » (Premiers jours de septembre.) -f + Elle pleure un peu. C'est le 18 septembre, jour de son entrée ici. -j — \- 15 octobre. Elle m'entend et dit : « J'ai déjà entendu celte voix-là. » — Puis elle continue à se tortiller de tout le corps. + + Elle est à la fin de novembre. Elle s'élire. « Ça me tire partout. >■> Elle passe rapidement au 15 décembre : « Ça tire toujours, ça brûle un peu partout. » Elle a des mouvements plus brusques de détente des membres. Les mouvements sont plus amples, plus complets, se font mieux dans tous les sens. -j- -f- Elle est au 21 février. Elle a la sensibilité partout excepté au cou et à la lète. « Ça me brûle partout. » -| — \- « Ça se croise, ça se tire dans ma tête. » + -f- « Ça me lire dans les yeux. » +.+ « Ça me lire dans les jambes; elles ne sont pas pareilles mes jambes ; la gauche est plus courte que l'autre. -\- + « Ma tête devient comme si elle était énorme. » -h + « 11 y a des fils qui se cassent ; mais elle est toujours aussi grosse. »

+ + La tête commence à diminuer un peu. -f- -f- Ça se casse toujours dans le corps. » + + « H y a des fils fins dans ma tête, en grand nombre. »

Sentez bien votre tête, lui dis-je. Aussitôt nouvelles secousses d'un côté à l'autre, avec contorsions et mouvements généraux de détente. « Ça casse et ça tourne dans ma tête comme si j'avais des roues, je ne sais pas quoi. » Fatiguée, je la laisse se reposer, puis la réveille. Elle se croit toujours le 21 février. Je la laisse au repos absolu au lit sans la détromper, el la rendors le soir pour la nuit.

25 février. — Dès le malin je lui fais ressentir de la tête aux pieds, en insistant sur la tête. Voici quels sont les phénomènes qu'elle présente. D'abord elle éprouve des craquements dans la tète. Puis c'est « comme si j'avais de l'eau qui va en avant, en arrière ; c'est liquide ;... dans le corps ça me lire. + + « C'est liquide, mais en même temps il y a quelque chose qui se croise, qui se tire. » -j- + « Le liquide coule partout; il s'en va ; ça me tire d'un bout à l'autre du corps. » — Pendant tout ce temps oscillations latérales de la tète et éliremenls du corps et des membres. -| — |- « Ça coule; c'est froid ; ça me tire ; ça coule dans les membres comme dans la tète. » -\ — }- « Ça brûle en dedans de la tète; et partout. » — Sentez bien la tète, le cou, la poitrine, l'estomac, le ventre, les membres, tout le corps, complètement, lui dis-je. 4- -f- « Ça brûle partout; ça me lire, ça me fait mat dans les yeux. » + + « Ça brûle, ça tire tous les (ils. » -\ — \- Ça craque; c'est les fils qui cassent ; j'ai mal dans l'œil gauche; «•'est comme si on l'arrachait. » — Sa respiration devient précipitée, elle a des mouvements de reptation, des détentes brusques, des happements des lèvres. + + « Ça casse dans la tète; ça brûle dans le corps;... dans l'estomac. » — Le corps reste au repos ; elle a des mouvements des lèvres, de la face, et des oscillations de la tète. « Les fils cassent toujours, mais il en revient toujours. » -| — h « Ça tire moins; les fils de la tête sont petits; ça me faisait des petits fils sous la peau ; ça me brûle encore ; au fond ça en faisait des gros. » Elle répond avec plus d'aisance, de spontanéité, quelquefois même elle parle d'elle-même pour se plaindre de ce qu'elle

éprouve. 1 — f- Elle entr'ouvre les yeux après s'être fortement étirée en

faisant l'arc de cercle. Je les lui referme et lui demande ce qu'elle sent : « Ça se débrouille, dit-elle; les fils se cassent petit à petit. » -f + « Ça se démêle de plus en plus. » — Les mouvements d'étirement sont plus lents, plus espacés. -| — h Elle ouvre les yeux, respire fréquemment et fortement. H — 1- « Ça se casse partout dans le corps. » — La tète est encore un peu hyperesthésique douloureusement, mais beaucoup moins. J'appuie sur le vertex et lui ordonne de sentir sa tète encore plus complètement. Les oscillations reprennent un peu.

Je la réveille, car elle parait fatiguée, en lui souillant sur les yeux. Elle se regarde étonnée. Elle considère ses bras et dit : « Ça me semble tout drôle que ce soit à moi. » Elle ferme un œil, puis l'autre el dit : « Je n'ai jamais vu comme ça ; je vois presque pareil des deux yeux. Le papier de la chambre n'était pas de cette couleur-là. Il est bleu; avant il était tout gris... Vous n'êtes pas tout à fait comme vous étiez. Je suis tout étonnée :

il me semble que ce n'est pas à moi tout ce corps-là. » — A la suite elle a une soif intense. Elle est toute surplis»1 de ce qui lui est arrivé depuis le 21 février. Elle s'étonne de tout ce qu'elle voit, de tout ce qu'elle sent. La sensibilité est revenue parlent ainsi que le sens musculaire. Mais la face, la langue ne sont pas encore complètement normalement sensibles. Le crâne a encore un peu d'hyperesthésie, et le champ visuel est encore un peu rétréci, surtout à gauche.

26 février. — Séance. Je lui dis de sentir complètement ses jambes : éliremenls, douleur du genou gauche qui est hyperesthésié depuis hier et qui fléchit quand elle essaie de marcher. Elle a une sensation de brûlure générale, superficielle et intérieure, dans les membres inférieurs. — Sentez-vous de la tète aux pieds, lui dis-je. — Ça. tire dans ma tète; ça tire partout, me dit-elle. + + (< Ça se croise, ça tiraille. » — Secousses de tête, éliremenls. « Elle a des iils partout, partout, ça lui tire dans les yeux. Je la réveille.

L'après-midi je la rendors el lui dis de sentir complètement sa tête et de se sentir de la tète aux pieds. Elle ;i des Mis partout qui se cassent surtout dans la tête. Elle a de l'hyperesthésie de la jambe gauche et ne peut de ce côté se soutenir, car son genou fléchit. En effet, tandis qu'elle sait bien si son genou droit est plié ou étendu, elle ne le sait pas pour le gauche. L'hyperesthésie superficielle s'accompagne donc d'une perte de sensibilité profonde. « Dans la tèle il y ;i des (ils qui craquent, mais il s'en reforme. toujours de nouveaux. »

J'appuie la main sur la tèle, le pouce sur le front pour mieux la rendormir, et aussitôt elle a des secousses plus fortes dans tout le corps. La tête est beaucoup moins douloureuse à la pression. + + (< Ça craque toujours; c est comme du verre qui casse; ça lire toujours dans le corps; ça casse moins. » -f- -f « Ça craque toujours. » — Elle a toujours de l'hyperesthésie du genou gauche, mais le reste sent et réagit bien.

L'estomac et le ventre la brûlent toujours, et elle y sent des torsions. -\- -{- « Ça s'éclaircit dans ma tête. C'est comme s'il s'enlevait un poids, je ne sais pas quoi... ça craque toujours. » -\ — f- « Ça se débrouille dans ma tête; un tas de (ils qui se débrouillent, qui se démêlent. » H — \- Grande détente. -\ — h « Ça se casse partout; c'est dans l'œil gauche que ça me fait mal; c'est comme si on m'enfonçait des vis dans les yeux. » — Je la réveille. Elle pousse de grands soupirs, se frotte l'œil gauche. Elle a recouvré sa sensibilité partout.

Le soir elle me dit ; « Je sens que j'existe, c'est à vous que je le dois; c'est drôle de se sentir; je faisais mon crochet tantôt et ça m'étonnail de le sentir dans ma main. » Elle me raconte que c'est son examen qui fa rendue malade, puis la mort de sa grand'mère qui l'a complètement déliai [liée.

27 février. — Séance le matin. Je lui dis de continuer à se sentir tout à l'ait normalement. Elle se met à souiller fort. — D. Pourquoi? — R. C'est mon cœur qui se secoue, et l'air qui entre. (Elle tousse de sa grosse toux hystérique.) Je n'ai plus d'air. » -j — |- « Mon cœur se démène toujours. »

-) — \- Tout se calme, elle respire Lien ; le cœur n'est pas modifié dans son rythme. « Tout va Lien maintenant. Je sens Lien mon cœur et l'air dans la poitrine. » + + Ça craque toujours dans la tète; ça tire dans les membres; ça brûle partout. »

Je lui dis de se sentir depuis le bout des pieds en remontant. Mouvements des jambes, qui cessent d'abord dans la jambe droite, puis dans la jambe gauche. C'est dans le genou gauche que les dernières réactions et les dernières traces d'anesthésie se montrent. -\ — |- Sentez-vous depuis la taille jusqu'au bout des pieds, le ventre, l'estomac, lui dis-je alors. + + Elle sent son estomac qui devient gros, puis petit, et puis gros dans un autre point et ainsi de suite; qui se tord et brûle comme le ventre. La respiration devient précipitée : «. Ça se démène dans ma poitrine. » -\ — h « Ça fait comme si on m'allongeait l'estomac; ça tord toujours dans le ventre. » + -f L'estomac s'allonge encore; il y a des moments où il est comme plein de liquide, et qu'on appuie à une place, ça renvoie le liquide partout. » (Sensation de Ilot.) -] — )- « Ça se calme tout ça. L'estomac commence à creuser. Le ventre tord moins. » -\ — j- « L'estomac se creuse ; le ventre ça se remet en place. » -j — |- « Je sens bien mon estomac maintenant. » (Plus d'anesthésie cutanée au creux épigastrique ni à l'abdomen.) -j — (- « Sentez bien le dos et la poitrine maintenant, » lui dis-je. -| — h Sensations de brûlure, secousses, étirements. -f + « Sentez-vous depuis le cou jusqu'au bout des pieds, lui dis-je, tout à la fois. » Délentes générales à la suite desquelles je la réveille pour ne pas la fatiguer, quoique son dos la brûle encore et que le sens musculaire des membres inférieurs soil encore un peu hésitant quoique exact. Aussi les jambes ont-elles encore quelques petits mouvements inconscients. Elle mange bien et remarque qu'elle sent ce qu'elle mange.

28 février. — Depuis hier soie elle a toute la tète hyperesthésiée. Je l'endors et lui dis de la sentir. Oscillations, avec sensations de tiraillement surtout dans les yeux, -f Fils qui lui tirent les yeufc:, les oreilles, le cou. + + « Ça correspond dans tout le corps. » H — h « Ça bat dans la tête comme si j'avais un balancier dedans »-{- + « Je sens la tête qui devient énorme... elle est plus grosse à gauche. » -f C'est comme si elle allait éclater. » -j — h « Ça me lire dans tout le corps... Ma tète grossit encore ; ça me fait mal à tous les cheveux. » (Oscillai ions, étirements, grimaces de la face.) -f «Ça bat toujours; elle est moins grosse; ça bat dans la tète à gauche ; ça bat dans les yeux. » -f- -f « Ça bat encore un peu : ça tire dans les yeux ; la tète est bien moins grosse ; elle brûle intérieurement : les cheveux tirent comme s'ils étaient tout debout sur la tète; Ça lire dans le corps. » + + + « Ça brûle encore un peu dans la tète ; Ça craque, ce sont les fils qui cassent ; c'est comme si on m'arrachait la peau du crâne. » (La pression du cuir chevelu est toujours un peu douloureuse; oscillation de la tète). — « La tète n'est plus grosse. » -f- + « C'est comme de la glace qui coule dans ma tète ; ça craque encore par moments et puis ça se remet à couler; ça coule partout dans le corps. » -f- Alternatives de craquements et d'écoulement. -\ — h Fourmillements dans la langue (elle la

tire, la remue dans tous les sens; happements, étirements du tronc et des membres) ; -f* + « Ça a coulé glacé, et puis ça se débrouille maintenant ; ça brûle dans tout le corps et dans les membres; + -f ça m'agace la langue (elle mâchonne). -f- + Oscillations de la tête toujours, détentes générales et prolongées. -\ — \~ Elle a de la difficulté à parler par défaut d'articulation (la sensibilité tactile est revenue à la langue, mais non le sens musculaire) ; elle dit n'avoir plus guère de fils dans la tête. + r Elle passe sa langue sur ses lèvres, fait des grimaces dans tous les sens avec la bouche, les joues, les lèvres. -\ — (- « C'est comme un poids qui s'enlève de dessus ma tète ; ça casse partout dans le corps. » -f- + <( Ça se débrouille, les fils se dénouent, se cassent, se démêlent. » -| — \- « Le débrouillage continue, mais j'ai de la glace qui roule partout. » + + Elle se mel à s'étirer de nouveau. Je lui demande pourquoi. « Ça me Lire dans la tête ; il y a un point qui ne sent pas bien, sur le dessus, » me répondelle, -f + « Ça revient bien dans ma tète. » — Toujours grands mouvements de détente ; il ne reste plus qu'un point légèrement hyperesthésié au sommet de la tète, -j- -f « Ça ne partira donc pas ce point-là ; il ne veut pas s'en aller : mes idées sont plus claires ; ça se casse, ça craque partout les fils (nouvelles réactions) ».+ -f-« Ça me brûle dans le corps, je suis en feu ; mon estomac se creuse. » Elle est haletante.

Je la réveille alors pour dîner. Elle se louche la tète : « Tiens, ça me fait drôle ; elle est plus légère ; je vois bien clair ce coup-ci ; je ne vois plus double ; elle ne me fait plus mal. »

Le soir elle a de nouveau la tète un peu plus douloureuse. La sensibilité est bien revenue aux membres et au tronc ; elle est encore un peu diminuée à la tète. Le sens musculaire est un peu hésitant pour les orteils. — Je l'endors le soir.

1er mars. — Séance. Je lui dis : Sentez votre tète complètement. Oscillations rapides : « Ça tire. » -f « Elle devient grosse. » -f- « Ça brûle maintenant mais elle est toujours aussi grosse. » H — \- « C'est comme une chaudière ma tète. » -f- « Ça craque ; elle est moins grosse ; ça craque partout dans le corps aussi. » -j- -f « Ça coule de la glace maintenant ; ça fait mieux, ça. » -f- -f « Ça me rebrûle encore un coup. » + « Ça brûle moins ; ça tire, ça casse. » -j- Réactions générales : « Came brûle partout; ça craque. » -f- + Essoufflement : « Ça me fait mal quand je respire ; ça me donne des points et je ne peux plus. » + -f Elle tousse, puis s'arrête, -f « La tète brûle moins, elle tiraille toujours. » -f- « Ça coule glacé. » -f « La tête ne brûle plus ; elle est légère elle n'est plus grosse ; il me semble avoir 50 kilos de moins dessus. » -f -J- « Ça tortille encore un peu partout, dans l'estomac (elle ne le sent pas très creux), dans la poitrine. » Elle s'élire le tronc et les membres, -f- + Elle a encore un peu d'hyperesfhésie du vertex et de la nuque. Je lui dis de sentir encore plus complètement sa tète et les oscillations latérales reprennent.

Au bout de quelque temps « ça se démêle, ça s'éclaiicit, ça se détend dans le reste du corps. Puis ça se casse partout ». Elle ouvre les yeux alors puis les referme et reste calme, les rouvre, me regarde. J'insiste en lui l'hystérie. — ii. 13

disant de se réveiller tout à fait. Elle s'étire encore, referme les yeux, se les frotte en s'étirantde nouveau. Elle me regarde sans rien dire, le regard encore un peu vague. -| — \- Elle s'étire, les yeux ouverts. Je les referme et lui dis : « Réveillez-vous complètement. » Aussitôt mouvements généraux de détentes, accompagnés de la sensation que « ça casse partout ». Il suffi! de mettre le doigt entre les deux yeux sur son front pour que les yeux se referment et que les réactions reprennent avec toujours celle sensation que ça se casse comme du verre dans tout le corps. Il lui semble aussi que « ça s'ouvre dans sa tête ■>. -f -f- La tête s'embrouille encore, et elle présente de nouvelles oscillations, ce qui tient à un point hyperesthésique qui siégeait derrière l'occiput, du côté gauche.

Au bout d'un certain temps pendant lequel elle présente encore des réactions motrices, elle reste calme. Je lui dis alors de se réveiller complètement. Elle s'étire, se frotte les yeux comme une personne qui dormirait du sommeil naturel, les ouvre, me regarde à plusieurs reprises, et enfin se réveille en s'écriant : « Je suis ressuscitée. >•

Mais quoique paraissant bien réveillée elle esl reprise au boul d'une heure de son point au vertex, «l'une façon très légère il est vrai. Sa sensibilité générale est vive ; le sens musculaire esl exact et prompt. Mais elle n'a pas encore faim el le champ visuel n'est pas toul à fait normal à gauche. Je l'endors le soir.

2 mars. — Séance. Je lui ordonne de sentir sa tête complètement. Oscillations de la tète; réaclions subjectives ordinaires, mais localisées au sommet de la tète et à la nuque. La pression de ces points esl toujours douloureuse. + + « C<;1 craque plus fort. » (S scoussesplus fortes, respiration précipitée.) + + «Ça tire dans tout le corps. » (Etirements, essoufflements, oscillations de tète de nouveau.) + + « Je ne peux plus respirer ; ça me tortille dans la poitrine. » (Essoufflement.) -f- -f- « Ça me lire partout... Ça fourmille dans la tête el partout jusqu'au boul des doigts. » + + « Ça me tire dans les membres connue s'ils se retournaient ; ça nie brûle dans le corps; ça uni lire dans la tête ». -f + (( •'<' llr peux plus respirer ; l'air resle en route» (dyspnée hystérique). -] — h « Ça craque partout. » (Elle s'élire, fait l'arc de cercle, se frotte le dos). — Le point du vertex persiste encore : « Ça ne s'en ira pas; il y a trop longtemps que je l'ai, » • lit-elle. — 1). Depuis quand; depuis deux ans et demi? — II. Oh! bien avant. »

Je la réveille. Elle a encore un peu d'hyperesthésie de la tète. Elle écrit dans une lettre: « C'est un vrai bonheur pour moi de vous écrire aujourd'hui, car je peux dire que me voilà ressuscitée grâce aux bons soins de M. Sollier, qui depuis dix jours m'a refabriqué nue nouvelle santé. Enfin je me reconnais un peu telle que j'étais il y a deux ans et demi. »

Dans la journée elle a un léger tremblement des mains. La sensibilité au contact, à la douleur est bien développée. Le sens musculaire est exact mais encore un peu hésitant. Elle a une sensation intérieure de frémissement, de fourmillement. Quand elle marche il lui semble qu'elle tremble sur les genoux el qu'elle n'est pas d'aplomb. Elle titube un peu el ses

genoux fléchissent. Elle a le signe de Romberg et les réflexes plantaires et rotuliens sont bons, mais le sens musculaire des orteils est hésitant, et la notion de position des genoux est plus incertaine encore. Cependant la sensibilité eu! anée des membres inférieurs est normale. (Abasie.) Les cheveux lui semblent hérissés. Elle a beaucoup de rétrécissement du champ visuel. Je l'endors le soir.

3 mars. — Je la fais resssenlir le matin en commençant par les pieds, car elle n'est pas capable de faire la synthèse de tout son corps. Elle remue ses [lieds, les frotte dans tous les sens. « Ça me brûle, ça me tire. » Mêmes réactions (pie précédemment pour les jambes, les cuisses, les hanches, les lombes. Après avoir eu des sensations de brûlure, elle sent des fils intérieurs se casser depuis le bout des pieds jusqu'aux hanches. Puis tout se détend : « Ça fait du bien ; ça y est ce coup-ci. » Cette fois en effet la Sensibilité cutanée, le sens musculaire et la notion de position des membres sont normaux.

Je lui dis alors, non pas de se sentir, mais de se réveiller complètement.

Ça me tremble partout, dit-elle, mais ce n'est presque rien dans les jambes. » Elle s'étire, se retourne sur elle-même. Je la réveille en lui soufflant sur les yeux. Dès le réveil elle se tâte les jambes : « Elles sont bien nies pattes ! » dit-elle. En effet aujourd'hui elle marche et se lient très bien sans frémissements, sans énervemenls, sans besoin incessant de mouvement dans les jambes. Au contraire elle éprouve un frémissement général dans le reste du corps.

4 mars. — Elle est prise de ses règles ce matin et elle ne peut ni reprendre [dus de sensibilité, ni même garder celle qu'elle a acquise, malgré ses efforts.

12 mars. — Je l'ai laissée au repos pendant la période menstruelle. Elle est redevenue complètement anesthésique, tant pour la sensibilité générale que viscérale ; elle a des points céphaliques très marqués.

Je lui ordonne ce matin, l'ayant endormie hier soir, de se réveiller de plus en plus. Aussitôt réactions générales d'étirements, de tortillements. Au bout de trois quarts d'heure elle commence à sentir partout quand je la touche ou la pince. Elle sait toujours très bien où elle se trouve. Il n'y a pas en de recul malgré son état d'anesthésie. Mais au bout de quelque temps elle me dit: « Je ne sais plus où j'en suis, » alors que je lui demandais comment elle se trouvait. Je la réveille alors. Elle a les idées toutes confuses.

13 mars. — Endormie hier soir, je lui ordonne de se sentir et de se réveiller de plus en plus. Elle repasse alors en 1892 et reparcourt tout le chemin qu'elle a fait la première fois. Quand elle est revenue au 13 mars, je la réveille. La séance a duré dix heures.

14 mars. — Je perfectionne sa sensibilité. Je commence par lui faire sentir ses jambes depuis les hanches jusqu'au bout des pieds. La sensibilité revient très bien. Puis je lui fais sentir ensemble les jambes et l'abdomen. Elle éprouve des brûlures dans ce dernier et a des tortillements. Je la réveille pour déjeuner, quand son abdomen paraît normal. De trois à

196 NATURE DE I/IIYSTER1E

cinq heures de l'après-midi nouvelle séance où elle recouvre seulement la sensibilité cutanée du tronc et des bras.

15 mars. — Je lui fais recouvrer ce malin la sensibilité de l'estomac, du dos, de la poitrine, du cœur et des bras, séparément ; puis je la fais ressentir depuis le cou jusqu'au bout des pieds. Je la réveille et l'après-midi je la reprends pour la tète : elle ressent des secousses, des éclatements, des étirements, des bouillonnements, des brûlures générales. Elle sent bien partout, mais le sens musculaire des extrémités est encore un peu hésitant, quoique exact. Je la réveille.

16 mars. — Je lui dis de sentir sa tête. Elle la secoue de droite à gauche pendant une demi-heure, puis s'étire. Elle recommence ses secousses, s'étire encore et ainsi de suite à plusieurs reprises : « Ça tire partout, <;a casse partout, dit-elle. »

Après ces grands étirements, elle est prise de dyspnée (sensibilité de la poitrine), puis se met à tousser (sensibilité <b' la gorge). Je lui dis alors de se sentir des pieds à la tête. Les points douloureux de la tête diminuent. Le plus persistant est au niveau de la bosse occipitale gauche. + + « Mes idées se débrouillent, s'éclaircissent, dit-elle. — Comment ça se débrouillet-il ? — C'est comme des fils qui se cassent. » Au bout d'une heure e( demie, elle ressent la figure qu'elle ne sentait pas du tout au début.

Puis ce sont des mouvements de détente générale de pins en plus espacés. Les points de la tête et du dos — « qui se correspondent comme un cordon de sonnette » — disparaissent presque complètement. Elle sent qu'elle se réveille lentement et s'étire en effet les bras comme quelqu'un q îi s'éveille naturellement. Puis elle sent sa tête qui s'ouvre, et alors dans le corps c'est comme de la glace qui coule. + -j- Ensuite ça tire partout, puis ça s'allonge et elle éprouve du bien-être.

Elle ouvre alors les yeux spontanément. Je les referme et lui dis de se réveiller encore plus. Elle s'étire encore, rouvre les yeux, le regard fixe : « Ça se détend dans la tète. » A plusieurs reprises elle rouvre les yeux, se les frotte, me regarde de mieux en mieux, puis les referme dès que je lui louche le front, et recommence à se détendre. Il n'existe plus qu'un peu de douleur diffuse au vertex avec une forte pression :« C'est comme s'il se déchirait quelque chose dans ma tète, dit-elle. — I). Où ça '! — R. Sur le dessus. -f- + Oh ! ça a craqué dur dans ma tète ! — I). Quoi donc ? — R. Ah ! je ne sais pas. — I). El après '? — R. Ça s'est éclairci. » + -f Elle rouvre les yeux, me regarde et me trouve beaucoup plus net, plus clair. -f + Je me contente de lui dire alors : « Réveillez-vous tout à fait. » Elle s'élire encore, baille, se frotte les yeux, se met à rire, et se met sur son séant. Enfin elle se réveille, la tète encore un peu endolorie, niais sa sensibilité presque normale : « Je suis en feu, en ébullition. » Le sens musculaire ne présente plus qu'une légère hésitation. Le champ visuel est encore un peu rétréci à gauche. L'appétit n'est pas encore revenu. Elle dislingue bien toutes les couleurs, et voit tout [tins clair. Au point de vue eéneslhésique, « elle se sent revivre ».

A la suite d'une visite de sa mère elle reperd toute sa sensibilité. Le

mode qui persiste le pins est la sensibilité à la douleur, mais le sens musculaire esl très affaibli, et le tact encore plus.

18 mars. — Le malin je la Fais ressentir. De neuf heures à midi elle recouvre la sensibilité de tout le corps, mais la tête est encore hyperesthésiée, surtout au vertex et à l'occiput. Après les oscillations, sensations de tiraillements, et réactions habituelles, elle commence au bout de deux heures à se réveiller, bâille, ouvre les yeux, me parle. Je la rendors en lui fermant les yeux et elle recommence à présenter les mêmes réactions, puis se met à rire sans pouvoir dire pourquoi, et enfin je la laisse réveillée. La sensibilité tactile est bonne, le sens musculaire rapide esl presque normal. Elle n'a plus de rétrécissemenl du champ visuel, saut' peut-être encore un 1res léger à gauche. L'estomac et le ventre brûlent toujours un peu et la tête est encore un peu douloureuse à une pression profonde. Endormie le soir.

19 mars. — Je lui fais sentir davantage la tète. Elle arrive à se réveiller n'ayant presque [dus rien à la tète et sentant bien.

20 mars. — Je lui fais sentir davantage encore la tète qui est un peu hyperesthésiée au vertex, et au niveau des bosses pariétales et occipitales. Elle se réveille seule, mais ce n'est pas encore absolument complet, car elle éprouve toujours des tiraillements dans tout le corps. Mais l'hyperesthésie de la tète a presque complètement disparu. Le soir, (die revient ainsi qu'un point lombaire.

21 mars. — Elle est plus réveillée, et n'a plus de points hyperesthésiques au réveil. Elle est arrivée à la sensation de brûlure dans la tète et les tiraillements ont disparu. Elle sent de partout. Mais le soir les tiraillements de la tête reparaissent un peu; la nuque, le vertex et les lombes sont un peu hyperestbésiés. Je l'endors le soir.

22 mars. — Voici quelle est la topographie de l'hyperesthésie crânienne. Je cherche l'état de la sensibilité viscérale, celle des membres paraissant normale. L'estomac et le ventre sont hyperestbésiés à la pression, et la douleur s'irradie dans le dos. Elle ne sent pas ces viscères. Je lui ordonne de les sentir de plus en plus, étant endormie. Elle est prise de contorsions : cela saute ; puis tord, puis brûle, puis creuse, dans l'estomac. Je constate à ce moment que l'hyperesthésie de la tète, surtout à la nuque, a considérablement diminué. Le ventre est moins avancé que l'estomac comme retour de sensihililé. Enfin tout disparait et elle se réveille seule.

24 mars. — Séance. Elle ressent bien de partout. Son sens musculaire redevient tout à fait normal. Elle éprouve la sensation que « cela casse partout » ; « on dirait que tous mes os se rompent ». Elle baille, se frotte les yeux, les ouvre. Elle sent « comme si ça se déchirait dans la tète », et s'étire les membres. Puis « c'est comme un voile qui se déchire; » puis « case détend partout » et dans la tète « c'est comme si ça s'ouvrait ». Elle s'éveille enfin avec toute sa sensibilité.

25 mars. — Ses règles apparaissent et elle reperd sa sensibilité. En même temps elle est obsédée du souvenir de sa grand'mère, dont la mort remonte au mois d'avril.

5 avril. — Je l'ai laissée au repos tous ces derniers jours. Séance ce malin. Elle recouvre un peu de sa sensibilité, mais elle se sent découragée et le souvenir de sa grand'mère ne la quitte pas.

6 avril. — Séance. Elle se sent mieux de partout à la suite, mais les points de la tête sont toujours très forts et la sensibilité du crâne et de la face est très faible, comparativement à celle du reste du corps.

7 et 8 avril. — Je continue à la faire ressentir sa tète, et le 9 elle se réveille seule. Au réveil elle n'a plus mal à la tête, mais y ressent encore un peu de brûlure ainsi qu'à l'estomac. Le soir sa tète se reprend un peu.

10 avril. — Je lui fais ressentir sa tête complètement. Elle se réveille seule et se met à rire avant de rouvrir les yeux. Elle ne souffre plus du tout de la tête, mais « ça lui tremble de partout » avant de se réveiller. Dans la journée elle a la face très rouge, et elle y éprouve des picotements et une sensation de brûlure.

13 avril. — Je ne l'ai pas endormie le 11 au soir. Le 12, elle reperd un peu de sa sensibilité, mais surtout à la face et au crâne. Je l'endors le 12 au soir. Aujourd'hui séance. Elle présente les réactions habituelles pour les membres. J'insiste pour qu'elle sente complètement l'estomac et voici quelles sont les sensations qu'elle y éprouve au fur et à mesure que reparait la sensibilité.

Ce sont d'abord des tortillements du tronc, avec soulèvement et abaissement du creux épigastrique , gargouillements faciles à percevoir. + Tiraillements et brûlure. + Sensation d'arrachement, de décollement des parois de l'estomac avec brûlure. -}- Tiraillements. L'estomac semble grossir et se détendre, -f- L'estomac est grand et se creuse, -f H *e creuse davantage. (En même temps je constate que sa tête se dégage au vertex où Thyperestliésie diminue.) -f- Elle s'étire, se frotte les yeux. L'estomac se creuse encore un peu. « J'ai mal à gauche de ma caboche, » dit-elle. Sur ma demande, elle me montre avec son doigt le point.

Je lui dis alors de sentir complètement sa tète. Elle est prise d'oscillations, puis tout à coup « ça éclate à gauche ». (A droite elle n'éprouve presque rien.)

Les derniers points les plus difficiles à disparaître sont ceux du vertex et de l'occiput. 11 lui semble qu'il y a un gros fil qui va de l'un à l'autre, descend le long de la colonne vertébrale, et se tend quelquefois jusqu'au bas des reins.

Je lui applique le pouce entre les deux yeux, comme lorsque je l'endors. Malgré ses réactions motrices générales, elle ne peut parvenir à se réveiller complètement tant que je l'y maintiens, et se réveille au contraire dès que je le retire. Elle s'étire, se détend, et enfin se réveille malgré l'application du pouce. Elle a mis cinq heures à y arriver.

14 et 15 avril. — Elle se réveille encore plus complètement. Le 14, elle reste très bien, tout à fait normale comme sensibilité pendant deux heures. Puis elle se met à jouer aux caries et alors sa tête se brouille un peu et elle perd de sa sensibilité. Les points de l'occiput el du vertex reparaissent aussitôt.

Le 15, elle est plus réveillée et reste l>ien toute la journée en étant au calme. A 5 heures du soir, elle se met à avoir de la dyspnée et de la toux. Sa gorge est devenue insensible ainsi que le cou. Je lui redonne sa sensibilité et tout accident disparait. Elle a eu une sensation de cuisson généralisée aujourd'hui, et son teint est beaucoup plus coloré.

16 avril. — Je continue à la faire se réveiller de plus en plus jusqu'à ce qu'elle se réveille malgré l'application du pouce sur le front. Elle y arrive, mais son champ visuel est toujours un peu rétréci et le soir elle a encore un peu de douleur à la pression des points céphaliques.

17 avril. — J'emploie le même procédé. Elle se réveille encore mieux qu'hier. Mais le soir elle a la tète un peu plus embrouillée et se sent un peu moins bien qu'hier.

18 avril. — Elle se réveille complètement. Elle a des bâillements, parce que son estomac, qui avait reperdu un peu de sensibilité, la recouvre et brûle un peu. Puis (die brûle, s'étire de plus en [tins; les points hyperesthésiques du crâne disparaissent et elle se réveille tout à fait bien. Sensibilité normale.

19 avril. — Ses règles sont survenues hier dans l'après-midi. Elle a en même temps la visite de sa mère et de sa sœur qui l'impressionne, et elle est obligée de réagir énergiquement pour ne pas tout reperdre.

Aujourd'hui je la rendors pour la réveiller complètement comme hier et tâcher d'obtenir qu'elle reste bien «'veillée malgré ses règles. Mais elle se fatigue beaucoup plus que les autres fois et je suis obligé de la réveiller avant d'être parvenu à la On. Les points céphaliques persistent. Pendant son sommeil elle me dit que sa tête, sa nuque, son dos et son ventre ne font qu'un et que tout se correspond. Au réveil, sa sensibilité reste émoussée.

20 avril. — Je lui ordonne de se réveiller complètement ce matin. Mêmes réactions que d'habitude. Elle y arrive presque complètement, mais, malgré la disparition des points de la tête, le regard reste vague, le sens musculaire hésitant, la sensibilité encore obtuse partout. Elle n'a pas de bâillements indiquant le retour de la sensibilité gastrique. Je la réveille comme hier, mais plus facilement. Elle a encore un peu d'engourdissement général. Ses règles continuent du reste.

Du 21 au 25 avril. — Je me contente de la faire se réveiller toute seule. Mais elle ne sait pas aller jusqu'au bout et sa sensibilité n'est pas très vive. Le champ visuel reste un peu rétréci; le sens musculaire est hésitant. Elle a un peu de confusion, de torpeur intellectuelle. Elle ne peut pas encore dormir seule. Sa tête ne présente plus de points douloureux fixes, mais elle a un très léger degré d'hyperesthésie diffuse.

25 avril. — Je l'ai laissée se réveiller seule comme hier. Même état, mais elle se met à 10 heures du matin à tousser (toux hystérique par anesthésie du larynx).

Je l'endors à 2 heures pour la réveiller moi-même complètement. Ses règles sont terminées d'hier.

Tout d'abord la toux cesse; puis ce sont des gargouillements dans le

ventre et dans l'estomac, des étirements. Ce qui domine pendant toute cette séance, ce sont les gargouillements abdominaux et gastriques. Enfin viennent les bâillements; les étirements sont plus rares. Elle commence a se frotter les yeux ; les gargouillements ne se font plus entendre que rarement. Au bout de quelque temps elle n'éprouve pins de tiraillements que dans les reins, et baille de plus en plus en même temps "qu'elle a des tiraillements dans le ventre et l'estomac. Enfin elle se réveille complètement malgré l'application persistante de mon pouce sur son front. Elle se trouve très bien au réveil; le sens musculaire est exact, la sensibilité esl très vive et égale des deux côtés, le champ visuel est normal. Je l'endors néanmoins le soir vers minuit, après essai infructueux pour dormir seule.

20 avril. — Elle se réveille en cinq minutes ce malin, après quelques étirements et quelques gargouillements gastriques et abdominaux. Le soir elle me dit ne s'être jamais sentie aussi bien qu'aujourd'hui : « Je me suis rendu compte de ce que je faisais, dit-elle ; mais toute la semaine je ne le savais [tas bien. » L'œil gauche voit un peu moins nettement que le droit. L'estomac est encore le siège de quelques tiraillements et sensations de torsion. La tête est encore un peu douloureuse en arrière et à gauche, depuis le déjeuner.

27-28 avril. — Je la réveillé ce malin encore le plus complètement possible. Elle conserve de mieux en mieux sa sensibilité toute la journée. Dans la journée elle s'essaie à jouer la marche de Chopin. Mais cela l'émeut et elle s'arrête. Cette marche ainsi que la musique religieuse l'ont toujours fortement impressionnée.

30 avril. — Elle me dit qu'elle trouve qu'elle seul trop vivement. 11 lui semble qu'elle fait peau neuve, et qu'elle a par-dessus sa peau une petite pellicule très fine et très sensible. Les bruits lui paraissent très forts; les objets lui paraissent très clairs et très brillants. Toul son corps est presque douloureux tant elle seul vivement les objets en contacl avec lui. De l'ait, elle a le sang à la peau.

Le soir, ses deux points du vertex et de l'occiput sont un peu sensibles, tandis que ce malin ils n'existaient plus du tout.

1er mai. — Ce soir, elle est un peu énervée et trémulante, et ne lient pas en place. Elle a une sensation de cuisson partout. Je constate alors que >i sa sensibilité est bien conservée, le sens musculaire et la notion déposition des membres sont diminués. Elle a de l'hésitation pour dire quel doigt je saisis, et dans quelle position il est. En même temps elle a ses points douloureux de la tète, et celle-ci a sa sensibilité très diminuée à la face et au crâne.

2 mai. — Elle met aujourd'hui beaucoup plus de temps à sentir sa tête et à se réveiller que les autres jours, ce qui prouve qu'elle avait perdu plus de sensibilité. « Il s'était reformé beaucoup de fils, dit-elle ; ça casse. » Après avoir loussaillé (gorge), puis bâillé (estomac), avoir eu des gargouillements dans le ventre, elle se réveille enfin avec son sens musculaire tout à fait normal et sa sensibilité générale et sensorielle paraissant également normale.

Le soir elle a une très légère diminution de la sensibilité à la douleur el un peu d'hésitation du sens musculaire. Elle n'a pas de points douloureux dans la tête, mais quelques tiraillements dans l'œil droit. En outre elle éprouve une sorte de frémissement, de tremblement intérieur dans tout le corps. « Dans la tête, me dit-elle, c'est comme si je m'étais donné des coups, ça fait des bosses à l'extérieur et des boules à l'intérieur. C'est comme si elles voulaient sortir, surtout du côté gauche. » Ses idées ne sont pas encore bien nettes; elle a de la peine à les rassembler, et surtout elle a de la peine à exercer sa mémoire.

3 mai. — Le matin, elle sent toujours sa tête boursouflée. Je lui dis de la sentir complètement. Elle la remue de droite à gauche et de temps en temps se secoue de tout le corps et se détend. « Ça me tire, dit-elle? — D. Et les boules? — R. Ça fait comme si elles devenaient plus grosses. + -f- Elle est grosse ma tête; elle grossit. — D. Y a-l-il toujours des boules? — R. Ob ! oui ! » — Les oscillations de la tète continuent ainsi que les secousses générales du corps. + + « Ça me brûle ; ça grossit toujours. » H — \- Sa figure se contracte comme dans un effort, sa respiration s'accélère, elle se raidit en arrière les poings fermés. -\ — \- « Ça m'élance dans la tête. » -f -j- « Ça m'élance toujours dans les yeux ». — D. Et les bosses de la tète? — R. Elles sont toujours grosses, -f -f Ça éclate! — D. Quoi donc ? — R. Les bordes. » -f- + Elle tourne toujours la tête, fait des grimaces comme si elle souffrait, pousse des gémissements. + + « Ça fait mal ; ça éclate toujours. + + Ça éclate moins. — J). Qu'est-ce qui se passe en outre? — R. Case déchire. -\ — \- Ça se déchire toujours. » — -j — |- Elle se détend après s'être raidie de tout le corps: « Ça casse ; ça coule un peu; c'est dans les yeux que ça tire. » ~f- + « Ça me bout dans la tète. » (Détentes générales, oscillations de la tète.) + + « C'est comme si ma cervelle coulait ; ça lire encore dans les yeux; les boules éclatent toujours. » -| — \- Elle se tend de tout le corps. — D. Qu'éprouvez-vous? — R. Ça me tient depuis le haut de la tète jusqu'au bout des pieds, comme si j'avais une crampe... ça coule toujours. -\ — \- Elle recommence à agiter sa tête latéralement puis s'élire. + -f « Ça me coule chaud partout dans le corps. » + + (Elle s'étire.) « Ça se détend ; ça coule moins chaud ; ça éclate encore de temps à autre. » — Elle s'étire de plus en plus. — « D. Et les yeux? — R. Ils tirent encore. — + + « Ça se détend partout... ça s'éclaircit dans ma tète... elle est moins grosse, moins boursouflée. » + -f « Ça s'éclaircit; ma tète diminue. » — Ses réponses deviennent plus rapides; elle a plus de spontanéité. Les oscillations de la tète continuent; elle a des étiremenls généraux. — « D. Que sentez-vous quand vous vous étirez? — R. Je sens que ça casse, des fils qui cassent partout... ça coule froid maintenant, -f- -f Ça devient plus net mes idées. — D. A quoi pensezvous? — R. Je n'en sais bien rien. — D. Et votre tête? — R. Elle n'est plus grosse, mais elle est encore un peu boursouflée. - D. Est-ce que ça coule toujours? — R. C'est froid maintenant; il y a moins de (ils. »

Elle se frotte les yeux, ne secoue [tins la tète, s'étire seulement comme quelqu'un qui s'éveille, -f -f « Ça se détend dans ma tète et partout. » -f +

202 NATUHË DE L'HYSTÉRIE

Elle se met à rire. Je lui demande pourquoi. « Je n'en sais rien, me répondelle... parce que je ne suis pas mal. -j- Ça ne coule plus; ça se détend partout ; les yeux tirent encore un peu. » Elle a vu des mouches brillantes à un moment donné, -f Elle continue à s'étirer, puis tout à coup se frotte les yeux, s'éveille et se met à rire. Je la rendors par l'application des doigts sur les yeux. A plusieurs reprises elle se détend, et se réveille.

Enfin elle paraît se réveiller complètement et regarde autour d'elle : « Ah ! j'y vois bien ce coup-ci. » — Elle regarde ses doigls : « Ça tremble. » — Elle ne peut s'empêcher de rire. — A cause de la Irémulation des membres, je la rendors, et elle se détend encore, pour se réveiller de nouveau seule et celte fois je la laisse.

Le soir elle me dit qu'elle s'est trouvée beaucoup mieux toute la journée, qu'elle a eu la tête bien libre, les idées plus claires. Cependant elle éprouve encore des frémissements intérieurs dans loul le corps et elle croil sentir encore à sa tête des bosselures très légères.

4 mai. — Je lui rends comme hier foule sa sensibilité. Presque sur le point de se réveiller, (die éprouve des tiraillements dans les yeux. Sente/. bien vos yeux, lui dis-je. Aussitôt, contraction de la tête, étiremenl de tous les membres. — « D. Que voyez-vous? — R. Je vois tout vert, des

taches. — D. Et avant que voyiez-vous ? — R. Tout rouge, -f- -) 1). El

maintenant? — R. Jaune. + H D. Et maintenant? — R. Bleu. + -|

D. Et maintenant? — R. Un peu bleu el violel violet.» -f -j- Elle voit

des dessins de deux couleurs : violet et noir, des petits carrés qui dansent. Puis c'est tout noir, puis « des petites perles d'or qui tombent devant ses yeux, qui dansent », puis « ça l'ait comme si toutes les couleurs passaienl les unes après les autres... Elles se brouillent... Ça devient clair. » + + « Ça s'éclaire, ça lire moins. » + Ça fait partout comme s'il me passait des élastiques, dans les yeux aussi, comme s'ils se détendaient un bon coup (détentes générales, étirements). Enfin réveil. Sensibilité normale.

Le soir, elle a la tête encore un peu boursouflée avec .le très légers points aux verlex et à la nuque à gauche. Elle sent des crampe- dans les membres, et des tiraillements derrière la tète.

5 mai. — Je lui rends sa sensibilité complète, très facilement, très rapidement.

6 mai. — Elle est bien. Je lui annonce que sa mère vienl la voir el lui apprendre une bonne nouvelle, qu'elle va quitter le pays qu'elle habite et qu'elle déteste. Aussitôt elle pâlit, éprouve des contractions douloureuses de l'abdomen qu'elle saisit avec les mains en se courbant en deux. Son regard devient vague, ses mains se contractent et sont anesthésiées. L'anesthésie s'étend à tout le corps, mais légèrement; le champ visuel est rétréci. Je l'endors. Elle me dit que sa tète est boursouflée et que « ça s'est resserré dans le ventre et l'estomac ». — « Ça se déchire dans sa tête. » L'anesthésie y est 1res marquée. Le ventre et l'estomac sont douloureux à la pression. Elle éprouve des tiraillements dans les yeux. Je lui dis de se sentir de la tête aux pieds. Elle est prise aussitôt de ses réactions habituelles^ mais ce qui domine ce sont les borborygmes considérables et

(1rs gargouillements dans le ventre et dans l'estomac, qui durent jusqu'au réveil. En mémo temps la sensibilité cutanée reparaît. Quant aux autres sensations qu'elle éprouvait dans la tête, les yeux, ce sont les mêmes que les autres fois. Ce qui est caractéristique, c'est que l'anesthésie a porte presque exclusivement sur le ventre et sur l'estomac.

J'ai pu ainsi saisir sur le fail l'effet d'une émolion chez une hystérique e! me rendre compte que les accidents provoqués ne sonl pas en rapport avec l'idée émotionnelle.

7 mai. — Après la visite de sa mère elle a reperdu beaucoup de la sensibilité de la tête et c'est elle que je m'efforce de lui faire recouvrer aujourd'hui. Elle commence par sentir sa tête grossir — ce qui paraît lié à un degré assez profond d'anesthésie, — puis des élancements avec oscillations de la tète. « Ça m'élance, ça fail comme si ma tête se retournait. » + + « Ça me tire, ça m'élance... Ça commence à se débrouiller (oscillations continuelles de la télé et étirements généraux)... Ça se détend, la tète n'est

plus boursouflée C'est comme si ça s'allongeait. » (Elle s'étire) -| — f-

Elle voit devant les yeux des petites roues à crans qui tournent. + « C'est rouge. » -|- « C'est toujours rouge, avec des taches, des dessins. » -j- +

« C'est vert maintenant c'est jaune c'est bleu c'est violet. » -f

Elles se brouillent toutes (ces couleurs) ça s'éclaircit. » |- Elle s'étire

le plus qu'elle peut eu disant : « Il y en a des élastiques ! »

Elle est sur le point de se réveiller et ressent des crampes partout. Enfin elles disparaissent et elle se réveille tout à fait normale.

Dans l'après-midi elle se sent mal en train; elle va avoir ses règles, le soir elle a perdu un peu de sensibilité. Son sens musculaire est moins précis et surtout pins hésitant. Elle a de l'agitation des mains et surtout des jambes.

8 mai. — Je la réveille comme d'habitude en lui disant de se sentir complètement des pieds à la tête. A la tin, après avoir rouvert les yeux à plusieurs reprises, elle éprouve des crampes dans les jambes. Le sens musculaire est encore hésitant, surtout aux pieds. Je lui referme les yeux et lui dis de les senlir et de se senlir complètement de partout. Elle fronce les

sourcils, plisse les paupières : « Ça tire les élastiques dans les yeux On

me les retourne. » Je la laisse se réveiller, et examine son champ visuel. Quoiqu'elle dise qu'elle y voit bien clair, il est encore rétréci des deux ("Aies, quoique le sens musculaire soit revenu et qu'elle n'ait plus ni crampes, ni sensations de tremblement intérieur. Je la rendors et lui dis de sentir encore davantage : nouveaux étirements généraux, tiraillements des yeux. Je la laisse se réveiller et son champ visuel est beaucoup moins rétréci que tout à l'heure, mais l'est encore un peu.

9 mai. — Je lui dis de senlir complètement sa tête. Elle la secoue comme d'habitude, puis éprouve des tiraillements dans les yeux : « Ça les

retourne : c'est comme des vrilles qu'on y entrerait c'est comme si on

y enfilait des fers rouges. » A ce moment elle commence à se frotter les yeux ef éprouve la sensation que ça se déchire intérieurement. » Après quoi je la laisse se réveiller.

10 mai. — Elle a ses règles. Elle recouvre assez bien cependant toute sa sensibilité, mais sa tête n'est pas tout à fait libre et son champ visuel pas normal encore.

12 mai. — Je lui rends de nouveau toute sa sensibilité. Elle se réveille, mais les yeux ne sont pas encore tout à fait normaux. Je la rendors et lui dis de les sentir tout à fait. Elle m'avoue que « ça tire encore au sommet de la tète. » Quand ça ne lire plus, elle se réveille de nouveau. Mais la vue n'est pas encore normale et je la rendors. Nouveaux clignements et plissements des paupières : « Ça brûle dedans, ça ne tire plus ça brûle aussi

dans le bout des doigts. » Elle s'étire de plus en plus. -| — \- Elle se tortille : « C'est comme si on me disloquait partout. » -f- « Ça se débrouille ma tète (contorsions générales). » -f- Grands efforts, soupirs, expirations forcées. -f-f- « Ça brûle moins partout et dans les yeux. » -\- Elle éprouve des agacements dans les extrémités : « Elle se détend ma tète, çâ se détend partout. » -j--f Elle se réveille à deux reprises el à chaque fois je constate que son champ visuel s'agrandit. Enfin je la laisse se réveiller quoique son champ visuel ne soit pas encore absolument normal, mais le sens musculaire l'est. Je n'insiste pas, car elle me dit : « Je sais bien qu'il y a encore quelque chose, mais ça lient à mon ventre, à cause de mes époques. »

15 mai. — Les règles sont terminées d'hier. Elle a des points douloureux au verlex el à la nuque. Elle a la sensation que sa colonne' vertébrale se disloque, et j'y constate de l'hyperesthésie au contact.

Je lui fais recouvrer sa sensibilité comme d'habitude. A la lin elle se met à rire. — « I). Pourquoi? — IL G'esl drôle ce qui se trafique dans ma tête. — D. Quoi donc ? — IL C'est comme si quelque chose s'étail déchiré. J'y vois plus claie dedans. — I). Expliquez-moi ça. — IL Eli bien ! c'esl comme s'il m' entrai I de la lumière dans la tète. Ça ne m'a jamais l'ait, ça.

— D. Qu'est-ce que ça éclaire'? — IL Toutes mes idées, mes souvenirs. — D. Comment cela? Que vous rappelez-vous? — IL Je me rappelle bien mieux tout ce que j'ai fait. — I). Depuis quand? — IL Depuis trois ans, un peu avant mes examens. — D. En ce moment que vous rappelez-vous?

— R. Ce qui s'est passé il y a un au. » — Elle arrive ainsi à aujourd'hui cl s'éveille. Je lui referme les yeux. Elle s'étire encore : « .Ma tète devient plus légère ; à l'intérieur de moi il se passe je ne sais quoi d'agréable. » Enfin, malgré que je maintienne mon pouce sur son front, elle s'éveille en s'écriant : « Ah ! je me sens bien aujourd'hui. »

Je ne l'endors pas le soir.

16 mai. — Elle a fait tous'ses efforts pour dormir sans y parvenir. Elle est énervée, ne tient pas en place. Je la rendors : « Dans ma tète et dans mon ventre, dit-elle, ça s'est serré. » La sensibilité de la face, du crâne el de l'abdomen est très émoussée, et diminuée un peu par tout le corps. Je lui dis de se ressentir complètement. Aussitôt, secousses de tête et gargouillements intestinaux très forts et très fréquents. Je la laisse seule en lui disant de se sentir complètement jusqu'à ce qu'elle se réveille.

Le soir je la trouve à minuit endormie. Mon entrée dans sa chambre ne la réveille pas, mais peu après elle a de la toux hystérique. Je l'endors

pour lui rendre la sensibilité du larynx qu'elle a perdue el lui demande si elle sYsl bien réveillée comme hier malin. Elle me dit que non, pas lonl à fait. Je lui dis alors de se sentir complètement". Elle a alors des étirements violents. A un moment elle se calme. — 1). Que sentez-vous?

— 1{. C'est drôle dans ma tête; ça s'ouvre, ça se démêle... Je me retrouve, mais plusieurs années en arrière. — D. Quand? — H. En 1892.

— Elle traverse de nouveau toute son existence depuis ce moment, et arrivée à aujourd'hui elle ouvre les yeux. Mais je la rendors. -{- -f- « Maintenant ce sont des élastiques qui cassent dans ma tète, -j — h Ça coule partout dans mon corps; c'est agréable, ça se détend. -j- + C'est comme si j'allongeais. » (Elle écarte les doiyls et les rapproche, élire ses bras.) — J). El dans la tète qu'est-ce qui se passe? — H. C'est une lumière ({ni entre ; ça lait clair, -f + Elle cherche à plusieurs reprises à ouvrir les yeux el je les lui referme pour qu'elle sente encore mieux. + « Ça s'allonge toujours ; il n'y a pins d'élastiques ; elle devient pins légère ma tête; elle est bien pareille des deux côtés, -f- + Elle est encore plus légère ; je suis bien. » Je la laisse alors s'éveiller.

17 mai. — A la suite de celle séance elle a dormi à cinq ou six reprises en se réveillant chaque fois en sursaut.

18 mai. — Elle a dormi, mais très peu. Le malin elle sent sa tète un peu embarrassée. Elle est fatiguée alors qu'ordinairement elle ne sentait, pas la fatigue malgré l'insomnie. Elle a la sensibilité du crâne el, de la face diminuée et ses points douloureux habituels quoique très légers. Le soir je l'endors et la fais se réveiller lonl à fait.

19 mai. — ■ Elle a dormi une heur;' celle unit en plusieurs fois.

20 mai. — Elle n'a pas dormi, est énervée; la sensibilité est émoussée. Je l'endors encore le suit' et la fais se réveiller seule.

Les 21,22 mai, elle dort un peu la nuit, mais 1res peu toujours. Sensibilité émoussée; énervement, agitation, points douloureux de la tète. Je l'endors encore et la fais ressentir complètement le 23.

24 mai. — Elle a dormi une heure et demie.

28 mai. — A dormi du 26 au 27 en plusieurs petits sommes, el n'a pas dormi cette nuit. Sa sensibilité est un peu diminuée, et elle a ses points de la tête, avec rétrécissement du champ visuel, et diminution marquée du sens musculaire. Elle sort néanmoins l'après-midi pour la première fois avec une parente el revient assez bien en apparence. Mais je constate que sa sensibilité est considérablement diminuée, ainsi que le sens musculaire surtout à gauche.

Séance de réveil delà sensibilité.

31 mai. — Elle a dormi les nuils dernières une heure ou deux en plusieurs fois. Aujourd'hui violent orage pendant lequel elle perd une grande partie de sa sensibilité, que je suis obligé de lui rendre complètement.

1er juin. — Elle a dormi deux heures.

2 juin. — Elle sort Tapies-midi. Les règles viennent de paraître. Elle revient au bout d'une demi-heure ayant perdu presque toute sa sensibilité du cété gauche, la tête douloureuse, les idées vagues ; elle a de la

tendance à la contracture des jambes, et sa main s'est contracturée sur son parapluie.

Je l'endors le soir.

3 juin. — Séance le matin. Retour complet de la sensibilité. Elle dort deux heures pendant la nuit.

4 juin. — Elle ne dort pas du 4 au 5, à cause de crampes dans les jambes.

§ juin. — Je rendors le soir. Sa sensibilité est diminuée partout. Le "lendemain séance de réveil complet. Elle sort, va bien, et à partir de ce moment dort une heure et demie à deux heures par nuil.

12 juin. — Depuis dois jours elle se sent un peu « filer ». Endormie hier soir, je lui rends aujourd'hui loule sa sensibilité. Elle revienl à trois ans en arrière pendant son sommeil et se réveille complètement aujourd'hui. Au réveil, elle me raconte comment elle « file » : « C'est drôle, quand je file, tout ce que j'ai l'ait depuis trois ans se brouille. Je sais pourtant bien que j'ai vécu ces années-là, mais je ne saurais pas dire exactemenl ce qui s'est passé. Et puis je n'y vois plus. J'ai un brouillard devant les yeux et un œil à droite et l'autre à gauche. (Elle a en effet un peu de strabisme divergent dans ce cas.) J'ai horriblement mal à la tête et alors je ne peux plus lutter. Je ne saurais pas me rattraper. »

il juin. — Elle sort toute la journée, va en voiture, déjeune en ville. Elle rentre un peu étourdie, avec une diminution générale de la sensibilité. Je l'endors le soir.

18 juin. — Je la réveille complètement. Elle se réveille sans être retournée en arrière.

1 9 juin. — Elle sort toute la journée par un temps très orageux, et traverse tout Paris en voilure. « A un moment, me dit-elle, je ne sentais plus rien, mais c'est revenu. » Néanmoins, à son retour, la sensibilité est t trémoussée, le regard est un peu vague ; elle a de légers points Uyperesthésiques à la tète. Elle s'est aperçue chez les personnes où elle est allée passer la journée qu'elle a perdu le souvenir de beaucoup de faits survenudans ces trois dernières années, des gens qu'elle a vus surtout.

21 juin. — Je l'ai endormie hier soir. Je lui dis de se ressentir complètement et la laisse se réveiller seule. Elle y arrive en quarante minutes. Au réveil la sensibilité est normale, le champ visuel normal, et il n'existe plus de points hyperesthésiques.

24 juin. — Tous ces jours je l'ai laissée sans l'endormir la nuil et elle est sortie chaque jour. Aujourd'hui la sensibilité esl un peu émoussée, ainsi que le sens musculaire. Je l'endors le soir et lui demande pourquoi elle ne dort pas bien encore seule. — « R. Ça me réveille en sursaut dès que je ferme les yeux. — D. Quoi? — R. Des drôles d'objets qui dansent devant mes yeux, des boules, des choses de couleur. Les yeux me tirent et me font mal. — I). Cependant il y a des fois où vous donnez plus longtemps sans sursauter, qu'est-ce qui vous réveille alors? — R. Ce sont de.cauchemars. »

20 juin. — Je lui fais recouvrer toute sa sensibilité et à la lin j'insiste

[tour qu'elle seule ses yeux complètement. Elle secoue la tête d'un côté à l'autre, se plaint de souffrir comme si on lui arrachait les yeux ; ça brûle dans les yeux. Je lui dis de sentir sa tête el ses yeux tout à fait. Elle se l'iotte les joues en disant que ça lui brûle la ligure. -f- + « Ça se détend d i ii s nia tête, dans mes yeux, partout. » En même temps elle se secoue, s'étire, secoue la tête. -f « (,1a s'éclaircil un peu. » — Je lui dis alors de sentir toute sa tête en énumérant le nez, la gorge, la langue, la bouche, les jones, la figure. Elle grimace, se suce et mord les lèvres, secoue fortement la tête, lire la langue dans fous les sens. « Ça se secoue dans ma tète, dit-elle, ça coule. + + « Ça casse dans ma tête, partout. » (Clownisme.) 4- + « Ça se débrouille, ça s'éclaircit dans ma tète. » (Efforts avec congestion de la face.) + + « J'ai comme des élastiques dans les yeux. » Elle les ouvre, je les lui referme, elle s'élire, se défend avec de véritables mouvements de clownisme. + « Ça éclaire, je vois foutes les couleurs dans mes yeux. » -\ — \- « Ça se détend partout. » — Elle ouvre les yeux, se frotte le front : « Oh! ça me brûle! » — Je lui referme les yeux et lui dis de se sentir intérieurement comme à la surface du corps. Elle se for ille, fait le clown encore plus longtemps que d'habitude. J'insiste de plusen plus, el elle se réveille enfin. Son sens musculaire, son champ visuel s »nt normaux, ainsi que sa sensibilité générale. Le front la brûle encore un peu.

Elle peut maintenant rester les yeux fermés volontairement sans avoir de soubresauts qui la forcent à les rouvrir. Il est évident que c'était là la cause de son impossibilité de dormir longtemps. Celle incapacité de tenir les paupières abaissées tenait aussi à leur sensibilité incomplète.

Dans la journée elle a la face toute cramoisie par plaques, avec sensation de brûlure el le soir elle a encore des élancements dans la tète du côté gauche, avec une légère diminution du sens musculaire seulement. Le matin à déjeuner à la suite du réveil elle avait eu très faim et mangé comme rarement cela lui était arrivé.

Le soir, elle a reperdu un peu de sensibilité : « C'est un trafic dans ma tête, surtout à gauche ! » dit-elle. Je l'endors.

26 juin. — Je lui fais ressentir sa fêle. Elle éprouve une sensation de torsion dans la tète et dans les membres, qui n'a jamais été aussi forte. Puis c'est une sensation d'énervement qui la force à se contorsionner, se rouler sur elle-même. Après quoi elle se réveille assez brusquement, très gaie et ayant sa sensibilité normale dans tous les modes.

Juillet. — Elle se remet à dormir, deux, trois, quatre heures par nuit. Mais à la suite de ses sorties elle reperd toujours un peu de sensibilité. C'est toujours le ventre et l'estomac qui sont le plus toucliés.

Enfin, après une dernière séance pour lui donner toute sa sensibilité, elle quille définitivement la villa Montsouris le 17 juillet.

Au mois de novembre elle vient me revoir. A peine retournée chez elle, (die a été victime d'un accident de voiture qui lui a donné une émotion extrême. Elle n'a pas tardé à reperdre sa sensibilité en partie, à moins mangée surtout et à moins dormir.

Je constate une hémianesthésie gauche légère, du rétrécissement du champ visuel surtout à gauche, un point du vertex et de l'occiput du côté gauche, un autre à l'estomac et dans le dos.

Séance: retour complet de la sensibilité. Ce qui était surtout atteint, c'était l'estomac et le ventre. Elle se maintient de nouveau bien pendant trois mois.

Au mois de janvier 1896, elle revient, de nouveau. Elle a une légère diminution de la sensibilité à gauche, peau et sens spéciaux, l'estomac et le ventre sont surtout anesthésiés. Séance dans laquelle elle recouvre très rapidement toute sa sensibilité et à la lin de laquelle elle se réveille complètement normale.

Remarques. — L'intérêt de ce cas réside au point de vue clinique, d'une part dans la ténacité des phénomènes hystériques malgré le peu de durée de l'hystérie déclarée, et d'autre part dans la tendance extrême aux rechutes. Cette observation montre nettement comment la personnalité disparaît, s'engourdit, s'endort quand l'hystérie apparaît, quand l'anesthésie survient soit sous l'influence du surmenage cérébral comme au début, soit sous l'influence d'émotion comme dans les aggravations et les rechutes que la malade a présentées. Elle démontre de plus que réveiller un sujet ou le faire sentir est absolument la même chose, et qu'au point de vue thérapeutique on peut employer tantôt un procédé, tantôt un autre, ou les deux combinés. Un point intéressant mis également en relief dans ce cas c'est le mécanisme de l'insomnie par impossibilité de maintenir les paupières fermées, et la valeur de cette constatation pour vérifier l'état de réveil complet du sujet. Quant aux réactions motrices et sensitives, elles ont pu, grâce à la difficulté de les provoquer et à leur lenteur, être suivies d'une façon minutieuse et comparées entre elles, de sorte que leur rapport réciproque apparaît clairement.

Si la guérison n'a pu être obtenue d'une façon définitive cela tient à la facilité avec laquelle la malade reperd sa sensibilité mais non à ce que cette sensibilité ne peut pas être réveillée complètement par le procédé en question. Il y a eu en tout cas amélioration permettant à la malade de reprendre sa place dans sa famille, et de vivre sans accidents nerveux graves.

Hystérie datant de Vâge de treize ans chez une fdle de trente-quatre ; contracture du pied, coxalgie hystérique, spasmes laryngés, maladie des tics par imitation, anorexie, insomnie, hyperesthésie génitale. Contractures généralisées. — Simple amélioration sous V influence de l'isolement, du traitement psychique et de la suggestion hypnotique. — Réveil simple et régression de la personnalité à l'âge de douze ou. treize ans. — Réveil progressif et successif des diverses sensibilités générale , sensorielle, viscérale. — Guétison. — Mort d'étranglement interne à la suite d'une hystérectomie vaginale.

Mlle Jeanne A..., âgée de vingt-huit ans, est entrée le 9 décembre 1889 à la villa Montsouris. Fille d'un père ataxique et bizarre, elle a une tante maternelle qui est morte de ramollissement cérébral, et un frère très nerveux. Elle n'a pas eu de convulsions dans l'enfance. Réglée h treize ans, elle Ta toujours été régulièrement depuis lors. Dès l'âge de treize ans elle eut de la contracture du pied gauche, marchait sur la pointe, le talon ne touchant pas le sol, les orteils contractures en extension. De treize à vingt ans elle fut sujette d'une façon presque continuelle à un torticolis douloureux qui lui penchait la tète à gauche. Dès l'âge de quatorze ans on lui fit porter des corsets orthopédiques. A vingt ans elle fut prise de céphalées. Le membre inférieur gauche se prit, se contractura de plus en plus. Elle avait une douleur à la hanche et à la colonne lombaire. On crut à un mal de Polt. Elle boitait un peu, mais traînait surtout la jambe. On lui appliqua des pointes de feu. Elle consulta Gosselin, Le Fort, Péan qui diagnostiquèrent un mal de Pot t. On la mit au repos au lit. A vingt et un ans, au bout de dix-huit mois de lit, on lui appliqua des appareils silicates ; il y avait de l'abduction de la jambe gauche et un raccourcissement assez marqué.

Au moment de ses règles qui étaient très abondantes et très rapprochées, elle souffrait beaucoup plus de la hanche, et avait une grande nervosité. Elle fut maintenue dans l'immobilisation pendant quatre ans. On lui fît alors un appareil orthopédique qui lui permit de marcher au bout de quelque temps avec des béquilles. Mais elle ne put marcher que deux mois. Elle avait, disait-elle, « une planche qui se retournait dans l'estomac ». A la suite d'une forte émotion ses règles s'arrêtèrent et elle fut obligée de reprendre le lit pendant six mois : péritonite ("?), délire, lièvre, hoquets, vomissements.

l'hystérie. — ir. 1 i

Au mois de décembre 1887, ses yeux devinrent tout à coup rouges et elle ne vit presque plus clair. Puis l'œil droit recouvrit la vision, mais l'œil gauche ne voit pas encore. On lui fit l'élongation des deux nerfs sus-orbitaires (Dr Fieuzal) à cause des fortes douleurs des yeux et du spasme des paupières. En même temps il survint de la surdité, qui persiste encore, de l'oreille gauche.

Au mois de juin 1888 elle vint à la Salpêtrière où on diagnostiqua une coxalgie hystérique, et où elle resta jusqu'au 1er avril 1880. A son arrivée, elle était bardée de fer, avec une cuirasse et un appareil pour la jambe gauche et en plus deux béquilles. Débarrassée de ces engins, avec les douches et le massage, elle peut recouvrer la marche sinon complètement, du moins suffisamment pour n'avoir besoin que d'une canne.

Pendant son séjour à la Salpêtrière elle se trouve en contact avec une femme atteinte de maladie des tics. Elle l'imite bientôt, mais n'a d'abord que des secousses de la tête pendant la nuit.

Elle rentre à la Salpêtrière le 8 mai pour de l'aphonie hystérique, avec des accès de spasme pharyngien qui l'empêchent de manger. Elle a également du spasme de l'estomac.

Au bout de quelques jours les secousses de tête deviennent permanentes et s'accompagnent de secousses dans les bras. Elle se frappe le dos à coups de poing en disant : « merde » très haut, malgré tous ses efforts pour se retenir.

Sortie le 16 septembre de la Salpêtrière, elle a toujours le même tic mais a remplacé « merde » par « non », en secouant la tète, et se frappant le dos ou la cuisse en même temps.

Depuis l'âge de dix-huit ans elle a des sensations génésiques très fréquentes, surtout la nuit, accompagnées de spasme, de leucorrhée, et qu'on provoque facilement en lui serrant les poignets ou les bras.

Elle a du délire du toucher, ne peut toucher ni cuivre, ni fer surtout, ni du velours, ni les chats, depuis l'âge de dix-huit ans. Entrée le 0 décembre, elle a un tic très développé; elle jette sa tête en arrière en criant « non <• ou « hem ! ; » elle saute sans pouvoir s'en empêcher ; se frappe le dos à plusieurs reprises ou la cuisse. Elle a du spasme des paupières. Elle a de la contracture du membre inférieur gauche en ilexion pour la cuisse, et en extension pour le pied. Elle a des douleurs précordiales très violentes, avec des accès de spasme laryngé dans lesquels on peut craindre parfois une issue fatale tant ils sont intenses et prolongés, avec angoisse, exorbitisme, congestion de la face, etc. Hémianesthésie gauche. Rétrécissement du champ visuel surtout à gauche; amaurose presque complète et surdité du côté gauche. Inappétence, insomnie. Sensations génésiques continuelles la nuit.

Je tente de l'endormir par hypnose le 25* décembre. On n'a jamais pu essayer ce procédé, à cause de son horreur à se laisser toucher. J'obtiens un calme pendant l'expérience et détermine une sorte de sommeil peu profond, qui ne lui laisse pas le souvenir de ce qu'elle a dit pendant qu'il se produisait. Elle est plus reposée à la suite, plus calme. Je lui ai suggéré di3 cesser son tic.

Le 28 décembre le tic diminue, mais elle a nuit et jour une respiration rauque, sifflante et douloureuse; c'est une sorte de spasme laryngé, de suffocation continuelle.

Le S janvier dans la nuit reparait un point hystérogène au-dessus de la hanche gauche; il suffit de le presser pour déterminer une attaque convulsive et délirante dont elle ne conserve aucun souvenir.

A la suite de cette attaque le spasme laryngé et l'impulsion orale cessent; il ne resle plus que des secousses de tète et les coups qu'elle se donne dans le dos, qui sont très diminués comme fréquence.

Deux jours après, à la suite d'une visite de sa mère, elle est reprise de son lie avec émission de « non, non ».

A la suite d'une lettre qui l'émeut follement quelques jours plus lard, elle a une série de crises toute l'après-midi. Après quoi disparition presque complèle du lie et des spasmes. Elle n'a plus que quelques secousses de tête el ne se donne (pie quelques coups dans le dos. Le sommeil revient un peu.

12 janvier. — Elle va assez bien, esl beaucoup plus calme, n'a presque plus de secousses.

13 janvier. — Elle a quelquefois son tic avec « non, non », et quelques secousses. Elle a ses règles depuis hier soir.

Le soir, elle a un accès de cliorée saltaloire.

Elle est d'une émolivité extrême ; elle a des soubresauts et crie à la moindre surprise ; elle est d'une instabilité très grande dans la conversalion elle travail, très impatiente, très loquace, très gaie, exubérante par moments.

14 janvier. — Attaque provoquée dans la journée par la pression involontaire du point hystérogène de la hanche gauche : convulsions et délire; spasmes voluptueux au début, et accès sallatoire à la fin. Suppression presque complète du lie au réveil.

15 janvier. — Nouvelle attaque brusquement survenue à 4 heures du soir, qui dure jusqu'à 9 heures : contracture généralisée, délire, convulsions. Elle a un point hystérogène au creux épigastrique. Elle reste contracturée à la suite de son atlaque. Par du massage et des frictions je la décontracture. Son tic a complètement disparu.

16 janvier. — Elle est contracturée des quatre membres ce matin, mais il est très facile de la déconlracturer. Mais la contracture se reproduit légèrement, cl le tic reparaît de temps à autre. Les coups qu'elle se donnj dans le dos existent toujours.

17 janvier. — Le soir grande attaque; grands mouvements de salutation. de propulsion du bassin; arcs de cercle rapides; contracture des quatre membres; délire. Durée de deux heures. Point hystérogène épigastrique.

18 janvier. — Grand calme; peu de tic. Se donne seulement quelques coups dans le dos.

22 janvier. — Grande crise le soir, sans motif.

23 janvier. — Calme jusqu'à 3 heures. Puis agitée, reprise de spasmes laryngés; trépidation des pieds; point hystérogène à la partie moyenne de la face interne de la cuisse droite.

2 ! 2 N A T U R E 1 » E L ' II Y S T i:: H I E

26 janvier. — Spasmes laryngés loule la journée. Le soir grande at(aqne avec délire; elle parle à son père et me répond comme si c'était lui; et dit : « Je ne veux pas retourner à P... Quel bonheur! je suis guérie, complètement... J'ai toujours ma jambe gauche plus courte... Plus de tic ! plus de « non », plus de « cinq Ici Ires »... Oli ! je suis contente, je vais pouvoir travailler... mais ma tante qu'est-ce qu'elle dira que je ne reste pas avec elle ?» — Puis elle voit sa mère et lui parle : « Je suis guérie ! oh! j'en étais sûre ! Mais ce qui m'a guéri ce sont ces sales attaques. Mais je n'en ai plus, je n'ai plus rien... Oh ! je leur en ai donné du mal (elle parle de nous dans rétablissement), ce qu'ils ont eu de la patience... j'ai eu de la peine à m'habituer... ne voir personne, ne pas sortir! Mais j'ai été bien soignée. Me voilà guérie, guérie ! Je vais pouvoir redevenir comme tout le monde... C'était idiot ce tic, et puis de se taper dans le dos! Mais je me secoue la tète encore quelquefois la nuit. Dans le jour je peux me retenir. »

Depuis deux ou trois attaques elle s'auto-suggestionne ainsi qu'elle est guérie et que c'est grâce aux attaques. Mais toutes les nuits elle se contracture des quatre membres; je la décontracture facilement le matin et rien ne reparaît môme passagèrement dans la journée.

Elle a, même pendant l'attaque, des sensations génésiques qui la font beaucoup souffrir. Il suffit de lui appuyer sur le sein gauche. Elle se frappe le dos, salue, lève en cadence les jambes. Tout à coup elle dit qu'elle est fatiguée, qu'il est temps de dormir. Elle se met alors sur le séant, ouvre les yeux, dit qu'elle a dû être 1res malade, qu'elle va dormir. Elle se contracture des quatre membres et s'endort.

Elle subit ainsi des hauts et des bas jusqu'au mois d'avril. A partir de là elle a une amélioration notable, surtout sous le rapport du caractère. Elle est beaucoup moins instable, moins exagérée dans ses sentiments et dans son activité.

A la suite d'une violent»' crise elle cesse de se taper le dos. Mais elle est prise de nouveaux spasmes laryngés d'une extrême intensité, qui se produisent pendant une huitaine de jours, puis cessent brusquement et les coups dans le dos reparaissent, mais beaucoup moins forts et moins fréquents. Elle a encore des secousses de tête la nuit.

A la fin d'avril elle a une nouvelle crise, et à la suite elle n'a plus que de légers spasmes et ne se donne que de rares coups. Le sommeil est meilleur, le calme beaucoup plus grand, l'émotivité moindre.

11 mai. — Depuis qu'elle va mieux, elle se sent changée. Sa mémoire semble lui échapper. Elle a moins de goûl pour la vie que lorsqu'elle était plus malade. Elle s'ennuie plus et se sent moins disposée au travail, auquel elle se livrait autrefois d'une façon absolument impulsive. Elle a quelquefois des hallucinations terrifiantes la nuit, et voit son père qui lui fait toujours peur à l'état normal.

Elle est beaucoup plus facile à hypnotiser et plus suggestive.

15 mai. — Depuis quelque temps elle a une diminution de presque de moitié de sa résistance électrique. Elle se frappe rarement le dos. Elle esl

beaucoup plus calme, mais a encore de légers spasmes laryngés* Malgré de fréquents orages, l'état d'amélioration se maintient. 21 mai. — Je lui fais de la galvanisation transcérébrale. Pendant la séance

elle s'endort complètement. J'en profite pour lui suggérer de n'avoir plus de spasmes. Elle en a 1res peu à la suite ; encore quelques secousses de tête.

15 juin. — On est obligé de lui arracher plusieurs dents et de la chloroformer. A la suite elle est reprise légèrement de spasmes laryngés, et recommence à se laper le dos.

19 juin. — Elle dort un peu mieux. Elle esi 1res calmée par la galvanisation jointe à l'hypnotisme.

Elle quitte l'établissement au mois de juillet 1res améliorée, mais sujette encore à quelques spasmes laryngés, à des attaques sous l'influence d'émotions et elle a toujours de la contracture du pied gauche en extension. Le tic ne reparaît plus à partir de 1890. Elle peut reprendre son travail et se maintient dans un assez bon étal général.

Je la revois régulièrement quatre ou cinq fois chaque année. Je l'endors et lui suggère de ne plus avoir de crises, de spasmes, etc., et grâce à ces suggestions, peu fréquentes cependant, elle continue à se comporter d'une manière qui lui rend la vie supportable et lui permet de travailler.

1894. — Au mois de février se sentant assez fatiguée, ayant des attaques assez fréquentes et surtout des attaques de sommeil qui durent quelquefois deux jours, elle revient à rétablissement.

J'essaie alors de lui faire recouvrer la sensibilité pendant l'hypnose. Elle est hyperesthésique surtout à gauche, et le moindre attouchement est douloureux. Une piqûre détermine une réaction telle qu'il s'établit une contracture générale. Elle a des sensations génésiques intenses et persistantes. Elle a un besoin d'activité continuelle. « Si je ne bougeais pas tout le temps, dit-elle, je m'engourdirais. » Elle a des crises de sommeil et a ordinairement un sommeil très agité ou de l'insomnie. Elle a du rétrécissement du champ visuel avec amaurose presque complète du côté gauche, diminution de l'ouïe à gauche, des points hystérogènes au vertex, interscapulaires, ovariens. Elle a de la perte du sens musculaire et de la notion de position des membres, surtout du côté gauche. Elle a des attaques de contracture à la suite desquelles elle ne sent plus d'abord et s'engourdit, puis éprouve presque continuellement dans les membres des fourmillements.

J'entreprends de lui faire recouvrer la sensibilité et l'endors assez profondément, car elle s'endort maintenant avec beaucoup de facilité quoique l'hypnose ne soit jamais absolue.

Je commence par lui dire de sentir ses pieds, ses orteils, et particulièrement du côté gauche, qui est contracture avec hyperesthésie très douloureuse depuis l'âge de douze ans. Aussitôt elle y éprouve des secousses, puis des fourmillements et se met à remuer ses orteils, du pied gauche. Quoiqu'il y ait de l'hyperesthésie el qu'en apparence la sensibilité soit exagérée, lorsque, après lui avoir dit de bien sentir ses orteils, je lui demande si c'est pareil des deux côtés, elle me répond qu'elle sent moins

à gauche. L'exagération de la sensibilité dans l'hyperesthésie n'est donc qu'apparente.

(A l'époque où j'observais et traitais cette malade, je n'avais pas encore une conception précise de la succession et de l'enchaînement des phénomènes et j'attachais surtout de l'importance aux diverses réactions des organes isolément. Je me bornerai donc à transcrire ici les noies prises à son sujet avec l'idée de rattacher ensemble les phénomènes observés chez elle et chez d'autres, et non d'établir l'ordre dans lequel ils se développèrent chez elle.)

Les jours suivants je continue et j'arrive à lui faire recouvrer complètement la sensibilité des jambes. Puis, agissant partiellement, j'arrive à lui l'aire ressentir les bras, la poitrine, le dos.

Enfin j'en arrive à la tête. Endormie, elle me dit ses sensations : il lui semble que le côté droit est noir et le gauche ronge, et quand elle va être malade, elle a la sensation d'un nœud bien sur le vertex. Elle n'ose m'avouer ces impressions bizarres. On l'appelle souvent aussi d'un ton sec : « Jeanne! » Elle sait bien que c'estune hallucination et cependant elle s'y laisse prendre souvent. Il lui semble que son crâne est recouvert de parchemin, et il y a longtemps qu'elle n'a plus le sentiment de son cerveau.

En recouvrant la sensibilité de la tête, il lui semble que sa figure est de travers, et plus petite du côté gauche où elle est moins sensible. Elle éprouve des démangeaisons et se ligure avoir des poux dans la tête.

J'insiste pour qu'elle sente bien les yeux. Endormie, à mesure que je lui dis de mieux sentir, elle dit : « C'est comme si on me lirait avec des épingles... Oh ! c'est drôle, la lumière ; c'est jaune, je n'ai jamais vu comme ça. » Elle ne voit plus de l'œil gauche depuis longtemps : la paupière de ce côté se contracte fortement, elle parait en souffrir, se congestionne la face et dit souffrir comme si on lui arrachait l'œil avec des pinces. Puis elle voit du jaune dans l'œil droit, « comme le soleil » et du vert dans l'œil gauche. Puis la sensibilité continuant à revenir, elle voit bleu, puis grenat. Des points noirs qui tachetaient ces couleurs disparaissent. Il lui semble que l'œil est très petit, puis elle voit trois couleurs à la fois en raies : vert, blanc et marron. Ensuite il lui semble voir le soleil éblouissant. Au réveil, elle voit les couleurs complémentaires de chaque ton : le vert rouge, le rouge vert, le bleu jaune, le jaune bleu. Le lendemain après avoir de nouveau ressenti les yeux, elle voit mieux les couleurs : le rouge est rose, le bleu est chamois, le jaune est bleu, le vert est jaune. Puis après avoir senti encore plus, je la réveille et alors elle voit les couleurs normalement.

Au milieu d'une séance où elle recouvre la sensibilité de la tète, elle me dit : « Il me semble que je suis toute petite ; ce n'est plus moi, je ne sais ce qui se passe dans ma tète ; j'ai la peau comme du parchemin : ça bouillonne dans ma tète ; je veux guérir et il y a quelque chose qui me dit que ça ne se peut pas. » Au réveil, elle a 1res soif. Elle remonte à ses souvenirs de jeunesse. Elle dit ne plus reconnaître la maison, et être obligée de se faire un raisonnement pour savoir comment elle s'y trouve

el qui je suis. Elle se demande si elle connaît ses compagnes quelle connaissait bien toutes la veille. Elle ne se rappelle plus le nom d'une de ses amies intimes et se demande si elle aurait envie de revoir ses amis. Elle n'ose plus écrire chez elle, tant ses idées sont confuses. Elle me dit: « C'est drôle dans ma tète, c'est comme si vous aviez lire ce qu'il y a dedans, et que vous y remettiez de nouvelles idées. » Son corps la brûle dans le côté gauche où la sensibilité n'est pas encore revenue.

Dans une autre séance de réveil de la tète elle dit : « Je ne suis plus la même ; c'est drôle, je me sens changée ; je souffre encore cependant, mais je suis contente ; il me semble que je vais guérir; ce ne sont plus mes mêmes jambes. Il me semble que je ne serai plus aussi méchante, aussi agitée. » Elle se sent fatiguée comme si elle relevait d'une grande maladie. Le retour de la sensibilité de la tête s'accompagne des sensations suivantes : on lui arrache la peau du crâne, on lui lire la cervelle : puis sa tèle est vide surtout à gauche ; elle est libre, dégagée, on la lui a changée ; elle a repris son volume normal, ni trop grosso ni trop petite. A mesure que certaines idées s'en vont il lui semble que d'autres reviennent. Elle ne peut plus se rappeler que vaguement sa maison actuelle. Elle craint qu'on ne la reconnaisse plus chez elle et qu'elle ne se retrouve plus dans Paris. Depuis que sa tête ressent et se réveille, elle revient à ses souvenirs d'enfance depuis l'âge de trois ans, et toute son enfance lui repasse dans la mémoire. Mais depuis l'âge de treize ans, il lui semble que je vais faire un paquet de tout ce qu'elle a eu et l'en débarrasser. Elle a peur de redevenir ce qu'elle était enfant : boudeuse, paresseuse et gourmande.

Ainsi réveillée partiellement depuis quelques jours, ayant recouvré sa sensibilité générale et les sens spéciaux, la vue en particulier, d'une façon très marquée, n'ayant plus d'hyperesthésie, ayant de la confusion des idées avec réveil de souvenirs anciens et, perte des souvenirs récents, elle veut en finir. Je l'endors et lui ordonne de se réveiller complètement. Elle se sent changée : « Tout me quitte, tout se change dans ma tête, mes yeux s'arrachent... Oh ! je m'en vais; si je pouvais mourir étant comme cela !.. Je n'ai plus de forces ; je ne me sens pas et je me sens en même temps, c'est drôle... Ça me coule par tout le corps... Oh! j'ai faim; si je n'avais pas mon ventre, je me croirais une autre personne; il me semble que l'on m'allonge de partout. » Elle se tortille, gémit à cause des douleurs abdominales et tout à coup se détend et ouvre les yeux.

Au réveil elle s'étonne que sa chaussure gauche ait une talonnette, qui corrige sa contracture du pied. « Tiens, mais avant j'avais des béquilles ! » Elle n'a donc plus conscience de son âge, qu'elle ignore. Elle sait seulement qu'elle a plus de dix ans et qu'elle a passé 1875. Elle dit qu'il lui semble relever d'une grande maladie, et être tombée malade à douze ans et demie. Elle ne reconnaît ni moi, ni personne de la maison. Elle ne se retrouve pas davantage dans l'établissement. En insistant pour savoir son âge, elle linil par croire qu'elle a vingt ans, mais ne saurait dire si c'est vingt ou tien le.

1er mars. — Endormie le lendemain, elle se croit pendant le sommeil à

Fàge de vingt ans, s'étonne d'avoir de fausses dents, se demande si c'est vrai que je la soigne depuis longtemps, comme on le lui a dit. Je lui dis de sentir sa tête davantage et elle se souvient bientôt de l'époque de ses vingtdeux ans où on lui avait fait un lit mécanique, puisqu'elle a élé longtemps couchée, et qu'on lui a fait des appareils silicates dans une maison de santé. Continuant à sentir la tète, qu'elle secoue, d'un côté à l'autre et dont elle paraît souffrir, surtout à la nuque qu'elle empoigne souvent en s'étirant le cou, elle se rappelle qu'elle faisait des chapeaux, que sa mère tenait une maison de meubles, et que son frère était dans les chemins de fer. Tout cela remonte à plusieurs années. Puis elle voit le mariage de son frère, des ennuis de famille, et année par année les souvenirs lui reviennent ainsi. Enfin elle arrive à l'époque actuelle. Elle a de l'appréhension de rentrer chez elle. Il semble qu'elle voudrait changer son milieu comme sa personnalité.

Je lui dis alors de se sentir complètement de la tête aux pieds. Elle se tortille, s'étire. Elle s'écrie : « On nie dépouille, on m'arrache les seins... ils me font mal... ils me tirent le cœur... ça me quitte, tout le monde me quitte... on m'arrache les yeux... Oh ! me font-ils du mal !... On me change tout l'intérieur, est-ce vrai?... ce qu'ils sont méchants ceux qui me travaillent à l'intérieur ! Mais je me laisse faire pour guérir ; ils nie fatiguent joliment... je m'en vais, je m'en vais ; j'ai une sensation de vert-de-gris dans la bouche ; c'est eux qui sont cause de ça... est-ce que je n'ai plus qu'un ventre, j'en avais deux ?... ma tête est neuve ; ma gorge est drôle ; je ne sais plus si c'est bien moi. » Elle finit de se réveiller par les yeux qui recouvrent leur sensibilité les derniers.

6 mars. — Je l'endors de nouveau pour la faire mieux sentir. En même temps que des sensations particulières dans la tète elle en éprouve dans les membres et les viscères. Elle repasse toute sa vie depuis 1893 et me dit que, depuis septembre 1893, elle n'est plus elle-même et se demandait toujours si elle rêvait ou non et si c'était elle qui parlait.

Dans le cours de la séance elle se sent devenir toute grande en même temps qu'elle éprouve des tiraillements dans les membres; sa peau lui semble comme du parchemin collé sur ses os, et qu'elle se décolle quand elle recouvre sa sensibilité et se replace alors convenablement.

Elle quitte la maison le 17 mars après plusieurs séances pour lui faire recouvrer de mieux en mieux sa sensibilité. Quand elle part elle a sa sensibilité générale complète; son pied gauche, contracture depuis l'âge de treize ans, est assoupli et elle marche maintenant également bien des deux jambes et en posant le pied à plat sur toute la plante. Elle n'a plus de rétrécissement du champ visuel ni de dyschromatopsie. La tête est libre et sans point hyslérogène, mais le bas-ventre est encore hypéresthésique et les intestins et l'estomac sont encore diminués comme sensibilité. Cependant son aspect général n'est plus le même. Elle est calme, régulière dans ses mouvements; elle a l'air plus jeune; le regard est plus clair, ne fuit plus les yeux de ses interlocuteurs.

9 avril 1894. — De retour chez elle elle m'écrit : « C'est une chose bien

drôle ; depuis mon retour le 17 mars je n'oublie rien des personnes que j*ai revues ni des choses que j'ai faites ; tout se case dans ma tête et n'en repart pas du tout. Mais jusque-là je suis depuis vingt ans comme si j'avais été morte et je ne me souviens de rien. C'est une nouvelle vie que je recommence depuis mon réveil le 1er mars 189k Si Ton me dit que je vais voir telle ou telle personne, on a beau me la désigner d'avance me la rappeler, cela m'embrouille au lieu de réveiller mon souvenir. Il faul que je voie la personne, et lui parle, alors elle se case dans ma tête, mais j'avoue ne pas la reconnaître. C'est comme pour tout ce que j'ai fait avant mon réveil, j'accepte ce que l'on me dit, mais je ne reconnais rien. J'accepte et crois tout ce que l'on me dit. Je n'ai pas reconnu le I)1 B. Mais je m'aperçois bien que pendant longtemps j'ai dû voir les ligures des gens sous un autre aspect qu'elles n'étaient, car comme je les vois depuis mon retour on me dit que je les vois bien telles qu'elles sont. Je n'ai pas reconnu mon frère; je l'ai laissé il y a vingt ans en écolier; je l'ai accepté tel que je l'ai vu; mais pendant ces vingt dernières années je ne puis le suivre. Ce qui me fatigue le plus, c'est lorsque l'on me dit que j'étais intime avec telle ou telle personne; alors je dois m'efïbrcer de causer avec elle comme autrefois. Et ne me souvenant de rien cela m'embrouille; je préfère avoir affaire à des personnes indifférentes.

c C'est drôle comme je me suis remise vite au magasin ; je fais ma correspondance sans aucune angoisse; je suis tranquille à ce sujet. Il paraît (pie je suis plus agréable pour la vente, mais cela me fatigue encore. Il aurai! fallu que je puisse rester au moins quelques mois sans m'en occuper.

« Je ne reconnais pas mon père ; il est vrai qu'il est plus vieux que mes vingt ans d'absence. Je ne puis me faire non plus à ma tante. Quant à ma mère, je suis heureuse de l'avoir relrouvée ; je suis avec elle comme si je l'avais perdue et retrouvée.

« J'ai passé mes époques avec des crampes de partout, mais pas de crises, ni de contractures. J'ai cependant eu un moment où j'ai dû être un peu partie, car j'ai été dans ma chambre et j'ai pleuré, mais cela a passé. Le plus douloureux chez moi est le cou et le dos qui me font souffrir dès que je fatigue un peu. Il me semble alors que tous les muscles se contracturent.

« Je mange bien, sans faire attention à ce que je mange. Je suis susceptible, et puis il y a des choses qui m'ennuient et me fatiguent. »

Le 16 avril elle m'écrit : « Depuis que vous m'avez « bobiné » la tète je veux me souvenir, ruais impossible. Décidément, monsieur, vous m'avez repêchée à vingt ans. J'ai dû être morte pendant ce temps, mais cela m'esl égal, puisque ma mémoire doit revenir. Vous ne sauriez croire l'effet que le magasin du Louvre me fait. Je n'ai donc jamais été à ce magasin ? Qu'il esl grand ! Vous savez que j'ai dû aller chez des fournisseurs pour moi; je les ai trouvés nouveaux et je ne crois pas les avoir vus encore. Je me suis bien comportée en route et j'ai toujours devant les yeux ce but : Vouloir guérir, el je vous entends me le dire... J'ai des crampes dans les jambes. »

Sa mère m'écrit : « Je la retrouve encore bien des années en arrière, comme il y a vingt ans. Elle reconnaît bien les personnes, mais vieillies ;

les objets c'est de même. Ce que je remarque, c'est que tout ce qui se présente chaque jour, elle le met bien dans sa tète et elle ne l'oublie pas. Elle a passe ses époques sans crise de sommeil ; nous avons eu deux orages de suite; elb n'a pas eu de crise"; elle était seulement bien énervée. »

Ainsi à partir du jour où elle a recouvré la sensibilité et a repassé toute son existence, elle n'a plus d'accidents nerveux.

25 juillet. — Depuis le mois de mars elle n'a plus eu de crise de sommeil, plus de contractures; elle dort assez bien, et n'a presque plus de sensations génésiques sauf h, l'approche de ses règles.

Elle ne soutîre plus du cou comme avant quand elle travaille. Elle s'est fait opérer il y a douze jours d'un ongle incarné. A la suite du chloroforme elle a eu une légère contracture avec anesthésie du pied gauche, le même ijiii depuis l'âge de douze ans était contracture. Elle me dit que depuis qu'elle a été chloroformée il lui semble qu'elle n'a (dus bien sa tète à elle.

Séance : je lui fais ressentir d'abord les jambes qui présentent les réactions ordinaires; puis le bas-ventre qui lui donne la sensation que « cela s'ouvre, se dilate, se dénoue »; les bras et le tronc reviennent vite; puis la tête. Depuis quelques jours il lui semble entendre du coté gauche : Tu tomberas en crise, et du côté droit : Non tu n'auras rien. Sa tète est comme du parchemin à droite. Le retour de la sensibilité amène de la douleur ; elle prend sa tète à deux mains et la secoue. Elle parle tout le temps et dit ce qu'elle éprouve : « Oh ! c'est bientôt liai ! cela s'en va, c'est parti. » Je lui dis alors de sentir des pieds à la tète : les jambes réagissent encore un peu ; puis le ventre, le bas-ventre et les reins; puis l'estomac : « Oh ! je sens que j'ai faim maintenant, dit-elle; je ne pouvais plus manger après mon opération ; puis la poitrine, le dos, les bras : elle se prend les seins, se secoue les bras ; pour le cou elle se prend la tête et la secoue ; les épaules, les bras jusqu'au bout des doigts : elle s'étire, claque les doigts, se frotte les mains; puis c'est le tour de la face : elle se la frotte énergiquement ; enfin la tète complètement : elle se la prend à deux mains et la secoue, puis la balance dans tous les sens : « Ça craque, dit-elle; je sens que ça vient; et puis l'envie de dormir me vient; oh! je suis bien; je sens que ce n'est [tins moi; je crois que je suis retombée dans le chloroforme; je ne sais plus quelle date nous sommes; je ne savais plus si c'était moi ou une autre. » Je lui dis de sentir encore {dus la tète. Elle la secoue de nouveau : « Oh ! on sent les idées qui reviennent; c'est drôle je n'avais plus d'idées; c'était une mécanique qui marchait, je vois que je suis chez nous, qu'il faut que je fasse des travaux; je vois chaque chose ; je suis calme, je suis bien; je vois tout ce que j'ai à faire ; oh ! que j'ai faim, qu'il me tarde d'être au restaurant ; je vois ma tante étendue, elle va mourir d'ici un mois (ceci est exact, sa tante est gravement malade et dernièrement, alors qu'elle paraissait être à vingt ans en arrière, elle ne pouvait l'admettre); oh ! je suis bien, nous sommes demain jeudi, je vais me réveiller. » Je lui dis encore une fois de se sentir des pieds à la tète. « Oh! que je suis bien, » s'écrie-t-elle ! Elle s'étire puis se laisse aller et se réveille complètement.

Elle a toute sa sensibilité générale, viscérale et sensorielle.

15 octobre. — Depuis celle époque elle n'a plus eu ni contractures, ni crises. Une seule fois, à la suite d'une violente émotion, elle a eu une attaque de sommeil 1res courte, dont elle est sortit! complètement et revenue à son état normal où elle s'est maintenue.

Quelque temps avant, on a constaté « une rétroversion utérine, avec prolapsus de la (rompe gauche ; utérus et trompes adhérentes ». Deux médecins Font examinée et confirmé ce diagnostic. Elle a de la leucorrhée. On lui fait des applications de laminaire dans la cavité utérine, on tamponne ses culs-de-sac, on lui prescrit des injections contre l'inflammation utérine et péri-utérine. Il y a de vives douleurs dans le ventre surtout à droite; l'état général est moins bon, quoique aucun accident nerveux ne survienne. Elle est anémiée, les traits un peu tirés. Elle vient à Paris se faire opérer. Le chirurgien ne constate rien d'utérin ni de péri-utérin, mais «Mi présence des douleurs très vives ressenties, de la grande névralgie pelvienne, il fait l'hystérectomie vaginale totale. On ne trouve rien en effet dans les annexes, sauf un petit, kyste hémorragique récent gros comme un haricot dans l'ovaire droit, et ayant probablement été le point de départ îles douleurs. Le résultat ne se fait pas longtemps attendre quoique Topération ait été aussi classique et bien exécutée, sans la moindre complication, que possible. Des vomissements surviennent, symptomatiques d'un arrêt des matières ; on fait un anus contre nature, et la malade meurt quatre jours après l'opération1.

Remarques. — Ce cas est un des plus intéressants au point de vue thérapeutique. Il s'agit en effet d'une grande hystérique dégénérée, traitée depuis de longues années, et chez laquelle tous les traitements, y compris celui que je lui avais fait suivre en 1890, avaient échoué ou n'avaient amené qu'une amélioration peu marquée. Dès que je lui appliquai le procédé du réveil de la sensibilité, lequel amena la régression de la personnalité à l'âge où avaient commencé les accidents, ceux-ci disparurent, et pendant les mois qui s'écoulèrent entre le nouveau traitement et l'opération dont elle mourut, elle jouit d'une santé qu'elle n'avait jamais connue depuis le début des accidents vingt ans auparavant. Les phénomènes les plus tenaces, comme la contracture du pied gauche, qui datait de l'âge de treize ans, disparurent eux-mêmes. Et ce résultat ne fut obtenu que dans l'espace de quelques semaines, alors que des mois de traitement antérieurement n'avaient amené qu'une amélioration relative.

' Cette observation figure dans la thèse de Mr Le Fournier : La mort (tans l'hystérie (1896).

Hystérie datant de huit ans. — Anorexie, vomissements, crises, hypochondrie. — Réveil de la sensibilité suivi de retour de l 'appétit, de cessation des crises, de retour du sommeil. — Guérison.

M. G... Jean-Baptiste, âgé de trente-huit ans, est entré à la villa Montsouris le 17 mars 1895. Sorti le 10 mai 1805.

Antécédents héréditaires. — Sa mère était nerveuse, mais sans accidents caractéristiques, non pins qu'aucun membre de la famille maternelle. Le père n'est pas nerveux. Deux frères sont un peu faibles d'esprit. Du coté paternel aucun antécédent sérieux n'est arrivé non pins.

Antécédents personnels. — Il a toujours élé très nerveux. Etanl en pension, il était souvent obligé de quitter pendant huit ou quinze jours parce qu'il se surexcitait, s'énervait, et devenait impossible à diriger. Même difficulté à se plier à la discipline au régiment, mais au point de vue de la santé, c'est la meilleure année qu'il ait passée. A la suite de son volontariat à vingt et un ans, il eut une fièvre typhoïde, avec délire assez intense pendant deux ou trois jours, dont il se remit complètement. — Syphilis à vingt-quatre ans. Il y a quatre ans il eut une gomme du voile du palais. — À vingt-cinq ans crises hépatiques. Joueur, noceur, intelligent, mais incapable de travailler d'une manière suivie, il a toujours mené une existence très mouvementée et très irrégulière, ayant une action d'autant plus fâcheuse sur lui qu'il est très ('motif, très irritable.

Histoire de la maladie. — Il y a sept ou huit ans qu'il commença à avoir tous les quatre ou cinq mois des crises d'étouffement pendant la nuit, vers 1 ou 2 heures du malin : il éprouvait une constriction dans la région du cœur, avait la sensation d'étouffer, poussait un cri; il lui semblait que son cœur s'arrêtait, et il avait une angoisse comme s'il allait mourir. En même temps il éprouvait une vive douleur dans le bras gauche dans la sphère du cubital, et dans la poitrine. Gela ne durait que quelques secondes et il se rendormait. Le lendemain il se sentait fatigué, et le cœur était douloureux.

Au mois d'octobre 1893, il fut pris d'une crise semblable pour laquelle on lui fit une piqûre de morphine qui parut la calmer. Mais ces crises revinrent toutes les nuits et jusqu'à deux et trois fois dans la même nuit

pendant trois semaines environ. Dans la journée il avait dos espèces de syncopes avec refroidissemenl et anesthésie dos extrémités.

Au mois de novembre 1893, il fui plan' dans un établissement hydrothérapique de Paris. Son traitement consista simplement dans des douches, mais on le laissait aller toutes les nuits au cercle, de sorte que continuant à mener la même existence, il ne s'améliora guère. Il eut cependant un peu moins de crises, mais il dormait très peu et 1res mal, n'avait, pas d'appétit, et avait toujours l'appréhension de voir apparaître une crise et d'y succomber.

En J895-, il est pris fréquemment de verliges, surtout quand il est dans la rue. Ses jambes lui semblaient plus lourdes, plus grosses, et en même temps se dérober sous lui. Il était obligé de se raccrocher aux murs pour ne pas tomber. Sa tète était lourde, mais il dormait relativement assez bien. L'appétit n'était pas bon et la constipation était opiniâtre. Les crises persistaient et il les sentait très bien venir d'avance, étant averti par une sensation de gonflement au niveau du cœur. Elles revenaient tous les huit ou dixjours, et le laissaient de pins en pins fatigué.

11 s'affaiblit progressivement et, vers le mois de décembre, il commença à manger de moins en moins et à ne plus guère dormir. Il pouvait se lever pendant deux jours, et restait couché trois autres. Il ne pouvait plus lire, ni s'occuper de rien et finit par prendre complètement le lit. Il avait alors une anesthésie généralisée.

En février 1895, il fut pris pendant huit jours de vomissements. Dès qu'il primait quelque chose il le rejetait, sans douleur à l'estomac, sans môme le sentir y pénétrer, sans effort. On dut l'alimenter par des lavements nutritifs. Du reste, dès 1893, il avait commencé de souffrir de l'estomac. Fréquemment, trois ou quatre heures après le repas, il avait un vomissement. D'autres fois c'étaient des douleurs, des sensations de brûlures au creux épigastrique. Le sommeil était complètement absent. Il était en proie toute la nuit à un énervement extrême qui lui faisait « faire des sauts de carpe » toute la nuit.

Il ne commençait à sentir la chaleur des bains qu'à 40°; à 35 et 36° il les trouvait froids. Il eut alors une sensation de picotement et de brûlure généralisée, qui fut suivie d'une sorte d'éruption sur tout le corps, avec une température de 40°. Son énervement était tel, ainsi que les douleurs de tète qui occupaient la nuque et le vertex ensuite, qu'il avait envie de se tuer et qu'on fut obligé de le surveiller à cause de cela. L'anesthésie commença par l'extrémité des doigts et gagna peu à peu. Il constatait lui-même très bien la ligne de démarcation entre les parties anesthésiées et sensibles, et remarqua que les frictions ne pouvaient arriver à déterminer de rougeur sur les premières, tandis qu'au-dessus elles en provoquaient. Mais l'anesthésie devint telle que dans une de ses crises à forme syncopale on le frictionna sur tout le corps avec du vinaigre des Quatre- Voleurs, d'une telle façon que l'épidémie fut enlevé en maints endroits sans qu'il en ressentît aucune douleur, ni même aucune sensation.

Il souffrait toujours du cœur au niveau duquel il avait un point doulou-

loureux. 11 tomba alors dans un véritable état hypochondriaque, persuadé qu'il était atteint d'une maladie de cœur. A côté des phénomènes douloureux il avait en effet, en outre, des intermittences très rapprochées, et il avait un faux pas environ toutes les (rois ou quatre pulsations.

Sa tête s'embarrassait de plus en plus. Au mois de février il la sentit devenir plus grosse et plus lourde. Sa mémoire diminuait beaucoup. L'association des idées se faisait de plus en plus lentement. Il répétait souvent plusieurs fois le même mot, incapable de trouver la suite de ce qu'il voulait dire. 11 lui arrivait même quelquefois de ne pouvoir pas répondre quand on lui adressait la paroje. Il montrait alors sa tête pour expliquer que c'était là que ça le tenait. Souvent, par contre, il lui arrivait de parler seul, automatiquement.

Examen à rentrée le 17 mars. — Il arrive courbé en deux, se tenant à peine sur les jambes, l'air sombre, mélancolique, très amaigri, l'es traits tirés, les mains et les pieds refroidis ; il est recroquevillé sur lui-même, parle peu et a l'aspect d'un malade à bout de forces.

L'aiiesthésie esl généralisée. Mais tandis que les sensations tactiles sont relativement conservées, quoique très diminuées, l'analgésie est absolue. Il est également insensible au chaud et au froid, et ne saurait apprécier si la douche est chaude ou froide. Le pharynx, la langue, sont anesthésiés et le réflexe pharyngien aboli. Le goût est aboli ; tous les aliments ont le même goût de cendre, de papier mâché. Il ne peut avaler qu'avec grande difficulté et en s'aidant de boisson, car il ne sent plus les mouvements de la langue ni ceux de la déglutition. L'estomac est égalemenl anesthésié. Outre que la région épigastrique est insensible, il a perdu complètement le sentiment de la faim, et ne sait pas si les aliments qui pénètrent dans son estomac sont chauds ou froids. L'intestin est anesthésié également : il n'éprouve jamais le besoin d'aller à la selle et a une constipation opiniâtre. Il ne sent pas son cœur battre, sauf par moments à la suite desquels il a des arrêts avec sentiment d'oppression et anxiété. De fait, il a des faux pas toutes les 25 à 30 pulsations environ. Il a une anesthésié semblable des voies respiratoires et ne sait pas si l'air qu'il aspire est chaud ou froid. L'amplitude des mouvements respiratoires est diminuée.

L'ouïe est diminuée des deux côtés, surtout à gauche.

Le champ visuel est extrêmement rétréci, surtout à gauche.

Le sens musculaire et la notion de position des membres sont abolis.

La tète lui paraît très volumineuse, surtout du côté gauche. Elle lui semble grosse et lourde et il la tient penchée sur la poitrine, le dos voûté'. II y sent une barre au niveau du front, au sommet une sorte de plaque douloureuse, et à la nuque une autre barre plus forte comme au front.

Il est sujet à des crises qui reviennent cinq et six fois par jour et qui se présentent de la façon suivante : il commence par tomber dans un étal de torpeur; puis il ferme les yeux, se renverse en arrière, sans pousser de cri, les bras et les jambes raidis, les doigts en griffe. 11 fait alors l'arc de cercle et des contorsions sur lui-même, en même temps qu'il pousse des gémissements, des sortes de grognements. Puis il entre en résolution.

reste encore abattu et dans la torpeur, puis parait se remettre, et recommence à s'occuper de ce qui se passe autour de lui, et à causer.

Histoire clinique. — Je le sournois immédiatement à l'isolement et à l'hydrothérapie froide. Dès le premier soir de son arrivée je lui fais absorber du potage, des œufs, de la crème, par simple injonction, suivant ma méthode dans l'anorexie hystérique, qu'il s'agissait chez lui de combattre toul d'abord. Il garde fort bien tout ce qu'il absorbe, et de môme le lendemain où j'y ajoute de la viande et des légumes.

Le 19 mars il est pris d'une crise à 2 heures de l'après-midi. Je rétends sur son lit, et lui appliquant la main sur les yeux pour les maintenir fermés,je lui dis, une fois entré en résolution: «Sentez vos jambes, vos pieds d'abord, sentez-les bien complètement. » Aussitôt il fait des mouvements d'extension et de flexion de la cuisse, de la jambe des pieds, des orteils, alternativement des deux cotés. Puis il s'étire les jambes et les pieds. — « Que sentez-vous? — Je sens que ça remue, mes jambes. » Je le pique alors : il sent la douleur et retire sa jambe. J'insiste : « Sentez plus, sentez encore mieux. » Il a de petites secousses dans les jambes, une sorte de trépidation puis de nouveau il s'élire, fait de grands mouvements d'extension et de ilexion. Enfin il s'arrête, les membres inférieurs dans le relâchement. Je constate alors que le sens musculaire, la notion de position des membres, la sensibilité générale dans ses divers modes sont revenus.

Je fais de même pour les bras, et lui dis simplement de bien les sentir : Il les étire; on y observe des secousses, de la trépidation; il écarte les doigts, les étend au maximum, les referme, s'étire encore, se prend les mains, les doigts, se les tire, se les fait craquer, puis enfin s'arrête. La sensibilité est rétablie comme aux membres inférieurs.

« Sentez votre vende et votre estomac, » lui dis-je alors. Aussitôt le ventre se contorsionne, le bassin se soulève et s'abaisse ; le creux épigastrique estanimé de soubresauts. — «D. Qu'éprouvez-vous! — R. Ça tiraille dans l'estomac; je sens des gargouillements dans le ventre. — D. Sentez davantage, encore davantage. — R. Ça tiraille toujours... Tiens, c'est chaud ce que j'ai pris. — D. Davantage encore. — R. Ça ne tiraille plus; il est bien, mou estomac. — D. Comment est-il, gros ou petit ! — R. Pas trop gros. — D. Et le ventre? — R. Il est bien aussi. » Je constate alors que la sensibilité cutanée est revenue dans ses différents modes.

Je passe alors à la poitrine et au cœur pour leur rendre la sensibilité. La sensibilité respiratoire revient rapidement. — D. Alors, lui dis-je, sentez bien votre cœur; comment le sentez-vous en ce moment? — R. Je ne le sens pas ; je ne le sens que lorsque je mets la main dessus. — D. Sentez-le bien complètement. — Il fait de grandes inspirations d'abord, puis est pris de trépidations dans les bras, et peu après dans les jambes. !). Que ressentez-vous? — R. C'est un sursaut général, malgré moi. — D. Sentez bien votre cœur, encore mieux. — Il se tàte le cœur avec la main gauche. J'insiste encore : Il se sent oppressé et déboulonne son gilet. — I). Qu'éprouvez-vous ? — R. Je sens par moments des battements, et puis des espèces d'arrêts. — D. Encore mieux. — Il a de petites secousses dans le

côté gauche du corps. — D. Que sentez-vous? — R. Ça bat quatre ou cinq coups ; ça s'arrête, puis ça reprend. Quand ça s'arrête, ça m'oppresse ; ça ne me suffoque pas, mais ça me gêne. — Je constate qu'il devient plus prolixe dans ses réponses; plus spontané dans ses répliques, ne se contentant plus de me répondre d'une façon brève, mais donnant de lui-même des détails sur ce qu'il ressent. Il se tâte le pouls, puis comparativement son cœur et son pouls. J'insiste encore pour qu'il le sente bien. « Il est bien maintenant, me dit-il enfin. » — Toute la poitrine est maintenant sensible.

D. Dormez-vous? — R. Non. Je suis dans une douce somnolence; j'aurais envie de dormir.

Je procède alors de même pour la trie, et lui dis de bien sentir ses lèvres, sa langue, sa bouche, sa gorge. Il a des mouvements des lèvres, de la langue dans tous les sens et se met à bâiller. «C'est la première fois que je bâille depuis que je suis malade, » me dit-il avec satisfaction. J'insiste encore plus. « Je me sens avaler maintenant. Du reste j'ai mieux avalé ce matin, à déjeuner, sans être obligé de boire tout le temps. » La sensibilité est revenue maintenant au cou et à la face.

D. Suivez-moi bien; concentrez toute votre attention, et sentez-vous bien des pieds à la tête. Gomment la sentez-vous votre tète ? — H. Oh ! elle est moins lourde et moins grosse qu'elle n'était. — D. Sentez-vous bien complètement. — Il s'élire les pieds, les jambes, les bras ; ouvre les yeux et se les frotte. Je les lui referme et remets les doigts dessus en lui disant de se mieux sentir encore. Il s'élire de nouveau les jambes, se les prend à pleines mains : « Oh ! je pourrais marcher, faire de la gymnastique. Mais il ne faudrait pas me demander beaucoup de force avec le bras. — D. Allez, sentez complètement partout, le ventre, l'estomac, le tronc, l'intestin. — R. Je l'ai senti ce malin mon intestin pour aller à la selle. G'esi la première fois depuis dix-huit mois que j'éprouve de la satisfaction à satisfaire ce besoin. — Il gesticule encore les jambes, ouvre les yeux, baille, s'étire, se frotte la barbe, fait des mouvements de déglutition, se frotte les mains, en fait craquer les articulations, remue les jambes, les étire encore, referme les yeux, se frotte les pieds et les frappe l'un contre l'autre, pousse de profonds soupirs, soulève le bassin, secoue ses jambes, ses bras, puis a des sortes de frémissements généralisés. Enfin il pousse un grand soupir, se redresse, puis se recouche : « Je me sens, me dit-il sans que je lui demande rien ; il me semble que je commence à avoir un peu froid aux pieds (en effet on l'a déchaussé pour le coucher sur son lit). — D. Sentez bien votre tète. — R. Oh ! je la sens bien, la bougresse. — D. Pourquoi bougresse ? — R. C'est que c'était toujours elle qui était la cause de tout. — D. Quoi donc ? — l\. .l'avais une barre bien arrêtée sur le front et puis là au sommet (il me montre la place avec le doigt) el puis derrière la nuque. — Il se frotte les yeux, s'élire encore, parle des bruits qu'il entend dans la chambre voisine. — D. Vous êtes mieux? — R. Oh! oui, surtout plus que lorsqu'on m'a porté sur le lit. — D. Vous vous y êtes senti porter? — R. Oui. — D. Vous vous sentez pendant vos crises ? —

R. Plus ou moins. — I). Que sentez-vous? — R. Je sens mes nerfs qui se raidissent, qui sursautent malgré moi.

11 se réveille enfin et me dil : « Cristi, que j'ai soif! » On lui donne du vin et un biscuit. Il mastique très bien et déglutit bien. Il le remarque aussitôt : « Oh ! j'avale bien, et je sens bien le goût maintenant. »

20 mors, pas de crise. Il ne dort pas la nuit; mange mieux, mais sans appétit.

21 mars, pas de crise. Mange de mieux en mieux. Cependant il sent un peu moins le goût des aliments aujourd'hui, et ne sent pas encore la douche.

22 mars. — Il a un peu dormi pendant la nuit dernière, par petits sommes coupés de rêves et de cauchemars. Il est très gai le matin, a meilleure mine et déjeune bien, avec un commencement d'appétit. Après déjeuner il tombe dans un état de torpeur légère, avec diminution de la sensibilité et reste ainsi absorbé jusqu'à la douche, sous l'influence de laquelle sa gaité revient et sa torpeur disparaît. Examiné à ce moment, je constate qu'il n'a presque plus de stigmates. Le champ visuel est encore légèrement rétréci à gauche. La sensibilité est revenue partout, peut-être un peu obtuse encore; le sens musculaire et la notion de position des membres sont presque normaux, mais avec une légère hésitation encore. Il sent encore sa tète un peu grosse. « Tout vient de là, » dit-il. Il attribue aussi à la glace qu'on lui a mise autrefois sur la tète l'engourdissement qu'il y a senti par la suite. « Cela me soulageait, dit-il, mais en même temps je sentais comme si ma tête se ratatinait et s'engourdissait. » Il dit encore : « J'ai des éclaircies par moments, où je me sens très bien, les idées claires, la tète dégagée. Mais je dépasse trop la mesure dans ces moments-là et après j'ai de l'abattement. » C'est alors qu'il tombe dans ces accès de torpeur qui se terminaient généralement par une crise.

Le 23 mars, il a augmenté de 5 livres depuis son entrée et de 113 passe à 118 livres. Il mange très bien du reste, mais ne trouve pas encore beaucoup de goût aux aliments. Il se sent la tête encore un peu grosse et lourde, surtout après les repas où il reste encore dans une légère torpeur. Il dort un peu mieux, mais toujours légèrement et se trouve fréquemment réveillé par des cauchemars. Il commence à pouvoir lire, jouer, supporter les conversations entre plusieurs personnes.

Le 31 mars, il a encore augmenté de 4 livres, 122.

Le 6 avril, il pèse 124 livres. Il commence à bien dormir; mange avec appétit, est gai, joue, lit, entend la musique sans fatigue.

Le 9 avril, le sens musculaire est encore un peu hésitant ; la notion de position des membres paraît normale. La sensibilité est égale des deux cotés et beaucoup plus vive qu'au dernier examen le 21 mars. Il en a luimême conscience. Le champ visuel ne présente plus du tout de rétrécissement. Il sent bien tous ses organes, et en particulier son cœur, où il n'éprouve plus ces sensations d'étouffement, précurseurs de crises. Aussi n'a-t-il plus du tout d'idées hypochondriaques. Son cœur cependant a toujours des faux pas, toutes les 20 à 25 pulsations environ, mais sans provoquer aucune angoisse, ni douleur.

l'hystérie. — ii. 15

226 NATURE DE L'HYSTEiUE

Le 13 avril, son poids est de 130 livres, et le 20 avril de 131, ce qui l'ail un gain de 18 livres en un mois.

Le 27 avril, il s'est maintenu au même poids, lia l'ail très orageux toute la semaine. Le sommeil a été un peu plus agit»'. L'appétit est toujours bon, mais moins vorace. Dans la nuit du 25 il a eu une légère sensation cTétouffement au cœur, de deux ou trois secondes.

Le 29 avril, il ne reste absolument pas trace de trouble, si léger qu'il soit, de la sensibilité générale, sensorielle ou viscérale Le sommeil a étéexcellent, avec quelques rêves encore, mais pas assez forts pour le réveiller comme autrefois. L'appétit et les forces générales se maintiennent bien. Il est aussi gai qu'il était autrefois hypochondriaque.

Il quitte rétablissement le 10 mai, sentant encore « comme un léger voile » dans la tète.

Depuis lors j'ai eu de ses nouvelles. 11 n'a plus présenté aucun accident nerveux et la guérison s'est bien maintenue.

Remarques. — Cette observation est remarquable en raison de la gravité des phénomènes nerveux qui avaient plongé le malade dans un véritable état cachectique, et d'autre part de la rapidité avec laquelle le réveil de la sensibilité a ramené le fonctionnement organique. Elle démontre également combien est trompeuse l'apparence des malades pour juger de l'état réel des troubles de la sensibilité. Enfin elle montre que les troubles généraux de la nutrition sont sous la dépendance directe des troubles de la sensibilité viscérale, de même que l'état mental. Il est juste aussi de faire remarquer qu'il s'agissait d'un homme et que le mécanisme de l'hystérie s'y révèle absolument identique à celui qu'on constate chez la femme.

Hystérie : attaques convulsives, astasie-abasie, contractures, anorexie, ânesthésie généralisée, insomnie. — Réveil progressif de la sensibilité ; disparition des phénomènes moteurs. — Réveil de la sensibilité cérébrale: régression de la personnalité à dix ans en arrière. — Phénomènes subjectifs et objectifs du retour des diverses sensibilités. — Guérison en quatre mois.

Mlle Eugénie L..., âgée de vingt ans, esl outrée dans mon établissement le 1er avril 1895 et en est sortie le 20 juillet. C'est une grande jeune fille très bien constituée, fille unique. Son père est mort (rime maladie de cœur. Sa mère est nerveuse, mais n'a jamais eu d'accidents. Ses grands patents vivent encore et sont très bien portants. Son enfance s'est bien passée. Elle a eu une fièvre typhoïde à dix ans, et a été réglée à onze ans, sans troubles. Depuis cette époque les règles ont toujours élé régulières. Jusqu'à quinze ans elle a été bien portante. A celle époque elle eut l'influenza à forme bronchitique, et à partir de ce moment elle se sentit pins faible. Elle s'ennuyait de tout, était énervée, et par moments ne dormait que peu ou pas la nuit. Elle ne pouvait rester en place et éprouvait le besoin de changer continuellement d'occupation.

Il y a (rois ans, elle eut sa première crise de nerfs, elle ne se rappelle pas à propos de quoi. A la suite elle en eut tous les jours et quelquefois plusieurs dans la journée. La crise débutait par un mal de tète au sommet, et mal au cœur sans nausée ni vomissements. Elle tombait alors, criait et se débattait pendant trois quarts d'heure quelquefois. Elle avait aussi des crises de rire ou de pleurs, des bâillements, du hoquet. Au bout de deux mois elle entra dans rétablissement du Dr X... où elle resta quatre mois.

A son entrée elle avait une anesthésie généralisée, une céphalée continuelle au vertex et à la nuque, des points hyperesthésiques ou hystérogènes dans le dos, les bras, les jambes, et au niveau des ovaires. Elle avait dos soubresauts 1res fréquents. Elle ne dormait plus et mangeait à peine, n'ayant pas faim. Elle recouvra à peu près sa sensibilité et sortit de l'établissement n'ayant [dus de crises depuis un mois.

Rentrée chez elle, elle dormait toujours très mal et mangeait, mais sans appétit. Elle se maintint assez bien pendant quelques mois. Puis les crises

reparurent au moment des règles. On lui fit alors des piqûres de sérum pour arrêter les crises.

A partir de janvier 1894 elle retombe de nouveau. Elle se sent anéantie, n'ayant plus de goût à rien, plus de sommeil, ni d'appétit du tout. Son père meurt en avril. Elle en est très impressionnée el les crises reparaissent aussitôt. Elle retourne alors en traitement chez le D' X... et en ressort dans le même état que la première fois. L'été de 1894- se passe assez bien, sans crises, mais elle est toujours apathique, ennuyée.

Au mois de janvier 1895, à la suite d'une forte contrariété, elle tombe dans un état de plus profond ennui, cesse de dormir et de manger convenablement. Au mois de février elle a la grippe (?). En mars les crises reparaissent sans cause apparente. En outre, dès le commencemenl de sa grippe, elle cesse de se lever et de marcher. Elle avait une douleur dans les mollets, par suite de laquelle elle tombait dès qu'elle essayait de marcher. Elle est reprise en même temps d'insomnie, d'anorexie, de céphalée, et des saignements de nez surviennent. Les crises vont en augmentant tous les jours, et se renouvellent plusieurs fois par jour. Elle s'endorl quelquefois en ayant la sensation qu'elle perd connaissance.

Le début des crises a lieu tantôt par une forte douleur de tête, une sorte d'étourdissement, tantôt par une sorte de mal de cœur, comme si elle allait se trouver mal.

Tout le monde l'agace ; elle ne vent pins voir personne et ne s'occupe plus à rien. Elle perd la mémoire. Elle ne se souvenait presque plus de tout ce qu'elle 'avait appris dans ses classes, el cela n'était jamais revenu même à la suite de sa première cure.

Depuis le début de ses accidents à quinze ans elle dit n'avoir jamais eu, même dans les meilleures périodes, sa tète libre, elle en souffrait toujours plus ou moins. Il y avait ordinairement une hyperesthésie du sommet de la lêie qui l'empêchail de se coiffer et d'y toucher.

Etat actuel. — Membres supérieurs : anesthésie et analgésie complètes. Inversion de la notion de position des doigts; elle prend le pouce pour le petit doigt et réciproquement; notion de position des membres presque complètement abolie.

Membres inférieurs : à gauche perte complète du sens musculaire et de la notion de position. Anesthésie du pied et de la face interne de la jambe; hyperesthésie douloureuse de la face externe; anesthésie douloureuse de la cuisse. — A droite, même état, mais moins prononcé.

Tronc ; Anesthésie généralisée, douloureuse, dans la région sus el sonsmammaire et latérale gauches. Points hyperesthésiques interscapulaire et lombaire. Doubles points ovariens.

Tête : anesthésie généralisée. Points hyperesthésiques et douloureux au vertex, à la nuque et aux globes oculaires. Anesthésie pharyngée absolue. Ouïe diminuée, mais égale des deux cotés, dont et odorat abolis. Rétrécissement très marqué du champ visuel surtout à gauche. Dyschromatopsie pour le violet qui est noir.

Anorexie ; elle ne sent pas ce qu'elle mange. Elle dit que depuis qu'elle

est malade, même dans les meilleurs moments, sou estomac n'a jamais été en bon état. Il lui semble qu'il est resserré et, quand elle mange, qu'il est trop plein, qu'elle étouffe, comme s'il y avait une pierre qui I*' remplisse. Au début elle avait des crampes et ne pouvait supporter aucun contact au creux de l'estomac, le moindre frôlement lui était douloureux. A ce moment • •Ile sentail encore ce qu'elle mangeait. Puis les crampes cessèrent et les bâillements survinrent. L'appétit disparut alors ; elle ne sentait plus ni le chaud ni le froid dans l'estomac ; les aliments lui donnaient la sensation d'une boule de l'eu. Elle eut alors une sensation constante de brûlure dans l'estomac, sans jamais avoir ni nausées, ni vomissements. Au niveau de la région épigastrique le pincement, la piqûre, le frôlement, la pression ne sont pas perçus, mais lui donnent une impression douloureuse uniforme qu'elle ne peut différencier suivant leur origine. 11 lui semble que tout « se dérange » intérieurement, et en effet, dès qu'on pratique un aftouchement, on perçoit des contractions internes. 11 y a en somme anesthésie et analgésie avec hyperesthésie apparente.

Pendant l'examen elle ferme tout à coup les yeux et s'endort presque complètement. Je maintiens ses yeux fermés et l'interroge : « D. En temps ordinaire êtes-vous éveillée ou endormie"? — R. Je crois que je suis plutôt endormie. Il y a des moments où je suis un peu plus réveillée. — D. Qu'éprouvez-vous dans la tète? — R. Tout est confus; c'est un engourdissement dans les yeux et dans toute la tète. — D. Vous souvenez-vous mieux de ce qui s'est passé avant ou depuis votre maladie? — R. Non, tout est confus dans mes idées. »

Elle ouvre les yeux, les frotte et dit : « Oh ! j'ai sommeil comme tout ! »

Lorsqu'elle est entrée, elle avait de l'astasie-abasie et de rincontineuce d'urine. Ces deux troubles ont cédé très rapidement, en deux ou trois jours. — D. Que sentiez-vous dans les jambes quand vous ne marchiez pas ? — H. J'avais mal dans le ventre, et les jambes lourdes ; par moments je ne les sentais plus du tout ; elles se dérobaient sous moi. — L). El maintenant que vous marchez, qu'éprouvez-vous? — H. J'ai des tiraillements dedans; ça fourmille. J'ai une douleur très vive sur le coté; mais elles sont moins lourdes et elles ne se dérobent plus sous moi. »

L'insomnie est absolue.

Elle a une aprosexie extrême. Elle ne peut fixer son attention sur lien. D'un moment à l'autre elle oublie ce qu'elle a fait. Elle vil dans le moment présent et est incapable de dire le soir ce qu'elle a fait la veille, ni même dans la journée. Elle n'a aucune notion du temps écoulé. Elle a ses règles le il avril. Le 12 au soir, elle a une attaque convulsive au cours de laquelle je l'endors facilement.

Le 13 avril elle est restée endormie, mais d'un sommeil assez superficiel. Je lui ordonne de se réveiller complètement des pieds à la tête, tout en lui maintenant les yeux fermés. Elle s'élire un peu, remue les jambes, et me dit qu'elle est réveillée. L'anesthésie persiste ainsi que l'absence complète du sens musculaire. J'insiste pour qu'elle se réveille davantage et qu'elle se sente. « Sentez bien vos jambes depuis le bout des pieds. » Ans-

sitôt elle se met à faire avec les pieds des mouvements de pédale alternatifs. — D. Qu'est-ce que vous faites avec vos jambes ? — R. Je ne sais pas.

— Je lui dis de les sentir de plus en plus, en insistant sans cesse, et à un moment donné elle me dit : « Je les sens aujourd'hui. » Mais elle ne sent ni contact, ni piqûre et ne se rend même pas compte qu'elle les remue. + + Elle sent alors qu'elles remuent. En même temps elle perçoit la piqûre et le contact, mais le sens musculaire est toujours absent.

Je la réveille alors, mais son regard est encore vague et tlou. Elle est mal réveillée. Sa sensibilité a disparu. Je la rendors, cette fois très complètement. Elle sent de nouveau ses jambes comme tout à l'heure, je l'interroge alors sur sa cénestliésie. Elle ne sent ni son cœur, ni son estomac, ni ses intestins. Elle ne se rend pas compte de ses besoins. Elle ne sent pas ses membres. Elle ne sait pas depuis combien de temps elle est ici. Elle ne se rappelle pas avoir eu une crise hier et ne peut donner aucun renseignement sur ce qu'elle éprouve dans ses crises.

Son état cénestliésique n'est plus le même tout à fait qu'à l'entrée. Elle est en effet un peu moins inconsciente, puisqu'elle n'a plus de miction involontaire, plus d'abasie, et que, si l'anorexie persiste, elle peut cependant manger maintenant. Ces modifications s'accompagnent de confusion dans les idées et les souvenirs, tandis qu'auparavant tout ce qui s'était passé depuis sa maladie formait un tout continu qu'elle pouvail raconter. Ses règles augmentent d'ailleurs cet état de confusion mentale.

Le 16 avril, elle aune nouvelle crise le soir. J'en profite pour l'endormir et lui faire recouvrer la sensibilité des membres inférieurs en commençant par les pieds. Elle étend et fléchit les pieds, les orteils, d'une manière rythmée et alternante, d'abord sans percevoir le mouvement, puis en te percevant. -j- + + Elle sent que les jambes son! lourdes, + + + Elles sont grosses et engourdies (il n'y a pas encore de retour de la sensibilité cutanée ni musculaire appréciable). + + + Les genoux paraissent lourds. + + + Les mouvements alternatifs des jambes augmentent d'amplitude, el les jambes paraissent plus lourdes. Puis elle frappe le lit avec plus de force en faisant des mouvements plus étendus des pieds et des genoux qu'elle plie complètement. Le rythme se précipite aussi, légèrement. — D. Que sentezvous? — R. Les genoux me font mal, ils craquent. — D. Et les jambes?

— R. Elles sont lourdes. — D. Font-elles mal? — R. Non. + + + Les genoux picotent maintenant et ne craquent plus. Elle ne perçoit encore ni le contact ni la piqûre. + + + Ça pique davantage dans les genoux. + + + Les genoux ne picotent plus, mais elle y éprouve intérieurement une douleur qu'elle ne peut définir. + Ça cuit dans les genoux. Elle ne perçoit encore ni le contact ni la douleur, -j- -f Les jambes sont moins lourdes. + -f- J'insiste pour qu'elle sente ses orteils de façon à lui faire recouvrer sa sensibilité de bas en haut régulièrement. Aussitôt elle se met à les remuer. — D. Pourquoi? — R. Ça me pique. + + Elle les sent remuer et ils picotent encore. + + Elle sent maintenant que ça remue dans les jambes, et les orteils brûlent. — Sentez bien les pieds et les orteils, lui dis-je. Elle les remue, puis elle y éprouve des picotements, des brûlures.

A ce momenl elle perçoil le contact et la piqûre. + H — h Sentez vos orteils, vos pieds, vos jambes jusqu'aux genoux, dis-je. Les mouvements alternatifs des jambes recommencent plus forts et plus amples. Elle seul ses pieds qui brûlent, puis les jambes remuer. Ensuite ça picote dans les jambes, de plus eu plus fort, eu même temps que les mouvements d'extension el de flexion cadencés augmentenl d'intensité et de fréqnence. + + + Elle ressenl maintenanl des tiraillements douloureux eu même temps que de- picotements dans les mollets. + + Les pieds brûlenl beaucoup, les jambes et les genoux se mettenl à leur tour à brûler. -| — f- De nouveau cela picote dans les mollets. Puis les mouvements des jambes s'arrêtent. Elle est fatiguée. Elle sen! la piqûre, le contael el le chatouillement, depuis l'extrémité des pieds jusqu'à la ligne interarticulaire des genoux. Le sens musculaire cl la notion de position des membres ne sont pas encore revenus. Ses jambes ue brûlent plus. — D. Gomment sont-elles? — R. Toutes petites. — Je la réveille abus pour ne pas la fatiguer.

Le soir, après une journée très orageuse, elle a une ébauche de crise à la suite de laquelle elle reperd tout ce qu'elle a gagné.

17 avril. — Je l'endors ce matin. — D. Que sentez-vous dans la tête ? — R. Elle est engourdie. — D. Depuis quand'? — R. Je ne sais pas; depuis longtemps. — D. Gomment vous parait-elle? — R. Grosse el lourde. — D. Vous rappelez-vous ce que vous avez fait hier? — R. Non. — J). Que sentez-vous dans le corps et les membres? — R. Rien. — Je lui applique la main sur les yeux cl lui dis : « Réveillez-vous complètement, » à plusieurs reprises. Au bout de quelques injonctions elle se met à remuer doucement la tète, les bras et les jambes. Au bout de quelques minutes de mouvements, je lui demande ce qu'elle éprouve. Elle me répond : « Je suis engourdie. » — « Réveillez-vous de plus en plus, des pieds à la tète, » lui dis-je. Elle se met alors à faire avec les jambes les mêmes mouvements qu'hier, lorsque je lui disais : sentez et non pas : éveillez-vous. Au bout de quelque, temps elle y éprouve le même sentiment de pesanteur.

Fixé sur ce point que de la réveiller ou de la faire sentir amène les mêmes réactions, je la réveille par injonction simple.

20 avril. — Hier elle a vu son médecin le matin. Le soir, quand je lui eu parle, elle est tout étonnée et me dit qu'elle n'a vu personne. Elle a une amnésie continue absolue pour tout. Ce matin, je lui dis, une fois endormie, de « se réveiller complètement des pieds à la tête ». Elle se met bientôt à faire des mouvements de flexion et d'extension des membres inférieurs. J'insiste et soutiens son attention en lui disant incessamment : « Réveillez-vous encore plus, encore mieux, toujours plus, » etc. Dès que je cesse de l'encourager ainsi, elle s'arrête. Au bout de quelque temps je m'aperçois que ses mouvements des membres inférieurs, qui sont alternatifs, prennent une régularité rythmique et que la sensibilité ne reparaît toujours pas. Je lui ordonne alors de se réveiller plus, en nommant les | tardes du corps depuis les jambes, le ventre, l'estomac, la poitrine, etc. Aussitôt il se produit des secousses dans le ventre, des mouvements d'élévation

et d'abaissement du bassin, mouvements dont elle n'a d'ailleurs pas encore conscience. Je lui dis alors : «Réveillez-vous depuis le cou jusqu'au bout des pieds, la poitrine, le dos, les bras, l'estomac, le ventre, les jambes. » Avant que la sensibilité ne soit réapparue, et au bout d'un certain temps de mouvements généraux, je lui dis de se réveiller de la tète aux pieds. Je remarque que lorsque je lui mets la main sur les yeux, ou sur le front, les réactions sont plus vives. Elle a des secousses du dos et des bras avec lesquels elle frappe le lit en cadence. « Réveillez-vous de la tête, » lui disje. Aussitôt elle se met à l'osciller de droite à gauche, comme si elle se frottait l'occiput sur son oreiller. « Sentez-la bien, » lui dis-je. -f + + Les oscillations sont plus fortes, mais elle n'y sent rien. + + + Les oscillations continuent. « Ça lui tire dans le cou; — ça bout dans la tète. » + + Elle commence à se tortiller tout le corps avec tendance à l'arc de cercle, renversement de la tête en arrière. « Ça tire, c'est comme des fils, jusque dans le cou, depuis le haut de la tête. »-}-+« Ça bout toujours; je ne peux plus. »

Je la réveille alors et lui demande ce qu'elle éprouve. « C'est drôle, je ne sens pas si j'ai des jambes, ni des bras. » Or auparavant elle ne remarquait pas qu'elle ne sentait pas. — D. Et la tête, comment est-elle? — Elle est engourdie; ça tire dans le cou; ça bout là dedans. (Elle me montre son occiput.) C'est drôle, je ne sais pas où je suis; je me trouve toute drôle. (Elle regarde autour d'elle.) La chambre me semble changée. — D. Reconnaissez-vous les objets qui y sont? — R. Oui, mais ils n'ont plus le même air... Je ne peux pas dire ce qu'ils ont de changé. — D. A quoi réfléchissez-vous? — R. A rien; quand même je le voudrais, je ne pourrais pas.

21 avril. — Elle ne se rappelle pas après dîner avoir joué aux cartes avant, et cependant elle y joue très bien. Toujours même amnésie. Elle « file » à tout moment : elle s'arrête tout à coup de travailler, regarde dans le vide, paraît être sans pensée, indifférente à tout ce qui se passe autour d'elle, et reste ainsi immobilisée jusqu'à ce qu'on l'appelle énergiquement par son nom. Elle a alors une secousse, un tressaillement, semble s'éveiller et quand on lui demande à quoi elle pense, répond invariablement : « Je ne pense à rien. »

28 avril. — Je lui ordonne, une fois endormie, de se réveiller bien complètement depuis les pieds jusqu'à la tête. Elle commence par remuer les jambes comme d'habitude, mais automatiquement. Je lui dis alors : « Sentez-vous mieux que cela, faites attention à ce que vous faites. » Quoiqu'elle ne se rende pas compte consciemment qu'elle remue, les mouvements automatiques cessent, elle fait des arcs de cercle, se tord les bras et le corps. Au bout de dix minutes elle s'arrête; sa respiration est accélérée. « J'étouffe, » dit-elle. Je la laisse se reposer et reprends au bout de vingt minutes, en lui ordonnant de nouveau de se réveiller tout à fait et de se bien sentir. Au bout de cinq minutes elle s'arrête de nouveau. — IL Qu'avez-vous ? — R. J'ai mal au cœur. — D. Que sentez-vous? — R. Il est tout barbouillé. — D. Allez toujours; continuez à vous réveiller de partout,

de plus en plus. — Elle commence alors à sentir remuer ses jambes. — D. Et dans le corps qu'éprouvez-vous? — R. Oh ! ça brûle! — L'anesthésie, l'analgésie, l'absence de sens musculaire et de notion de position des membres persistent toujours. Au bout de quelque temps elle sent quelle partie des membres je touche. Mais elle se trompe de côté pour les mains, et prend sa droite pour sa gauche, et réciproquement. Quant aux doigts, elle répond absolument au hasard quand on touche l'un ou l'autre . + + + Au bout de cinq minutes elle est reprise de tortillements, de contorsions générales, puis s'arrête en disant encore qu'elle a mal au cœur + 4- EUfi reprend et au bout de trois minutes s'arrête de nouveau. — D. Pourquoi vous arrêtez-vous? — R. Mes jambes sont fatiguées; elles m'élancent. — D. Et dans le corps qu'éprouvez-vous? — R. Ça me brûle de plus en plus. — D. Et dans la tête? — R. Ça bout. ++ Nouvelle reprise; nouvel arrêt au bout de trois minutes. Elle sent maintenant battre son cœur. + + Les jambes continuent à avoir des élancements; les bras commencent à faire un peu mal; la tête bout toujours.

Elle est fatiguée et j'arrête en la réveillant par souffle sur les yeux et injonction. Au réveil elle sent toujours battre son cœur et éprouve des élancements dans les jambes. Elle sent maintenant quand on les touche, mais avec transposition de droite à gauche.

Le soir elle a des points hyperesthésiques assez intenses dans la tête : « C'est comme des clous qui m'entreraient dans la tète. »

1er mai. — Elle a été dans le vague toute la journée. Elle a des points hyperesthésiques très nombreux dans la tête, dans le dos. Je l'endors aujourd'hui avec la plus grande facilité, et lui dis de sentir sa tète. Elle la remue d'abord dans tous les sens, sans s'en rendre compte, puis elle la sent remuer, ses clous tendent à diminuer. + + « Elle me fait moins mal. » + + « Elle se dégage par devant; elle me fait encore mal par derrière. » -j- %• « Ça ne me fait plus mal du tout. » Elle s'arrête alors et je constate qu'on peut toucher toute sa tète sans déterminer de douleur, alors qu'auparavant, dès que j'appuyais dessus, elle était près d'avoir une attaque. Sa tête lui paraît moins lourde et moins grosse, mais elle l'est encore beaucoup. — D. Gomment s'est-elle dégagée? — R. C'est comme un engourdissement. — D. Et l'engourdissement, comment est-il parti"? — R. Je ne sais pas. + + + Les mouvements d'oscillation de la tète continuent. « Ça bout dans ma tète. » -) — f- -\- « Ça bout toujours ; elle est moins lourde et moins grosse. »

Elle est fatiguée et je la réveille. Elle ne reconnaît pas la salle d'électrothérapie où je l'ai amenée et qu'elle a vue déjà plusieurs fois, et me demande pourquoi elle se trouve là. Elle n'a pins de points hyperesthésiques dans la tète. Elle me raconte qu'il lui arrive souvent de voir tout s'éloigner autour d'elle dans un brouillard, devenir tout petit et puis qu'elle ne voit plus rien du tout à un moment donné.

2 mai. — Je l'endors et lui ordonne de se réveiller de la tête aux pieds : oscillations de la tète, contorsions, soubresauts de tout le corps, suffocations ; elle sent sa tête qui bout, puis son cœur, sa respiration, puis des

élancements clans les jambes, et éprouve la sensation que « ça remue dans tout le corps ».

3 mai. — Je rendors et lui ordonne de sentir d'abord très bien sis pieds. Je veux celle fois procéder méthodiquement e( ne passer à un segment de membre ou à un organe que lorsque les segments ou les organes inférieurs auronl recouvré presque toute leur sensibilité.

Voici alors les phases par lesquelles elle passe. Elle se met à remuer ses orteils et ses pieds dans tous les sens, sans avoir conscience de ses mouvements, -f- + Elle les sent remuer, el Les trouve lourds. -)-+ Ils sonl moins lourds. ++ Elle y ressent des élancements. A ce momenl elle ne perçoil encore ni le contact, ni la piqûre; le sens musculaire se montre à peine. -\ — f- « Ça picote. » + + (< Je sens des crampes. »A ce moment elle perçoil le contact et la piqûre, mais elle ne peut encore désigner quel orteil je lire, et me dit, le deuxième pour le pouce, le pouce pour le quatrième, le pied gauche pour le pied droit, -f + « Ça me brûle maintenant... dessus ri dedans. » Le sens musculaire est toujours aussi erroné, -f- -f- « Ça brûle toujours, mais moins. » -j- -f « Ça tire dans mes pieds. » Elle perçoil assez vivement le chatouillement et relire ses pieds dès que j'en chatouille la plante, alors qu'au début le réflexe plantaire était aboli, -f- -f- « Ça tire davantage... Mes doigts de pied craquent. >> De fait, elle les contracte de telle sorte qu'il se produit réellement de petits craquements articulaires nettement perceptibles à l'oreille. + + " Ça ne tire plus... ils sont grands mes pieds. » + + Les mouvements, après s'être arrêtés au momenl où elle me disait que ça ne tirait plus, recommencent. Maintenant elle reconnaît sans se tromper de quel côté est le pied que je louche, et quel est l'orteil que je tire. Le sens musculaire esl doue revenu. Je la réveille alors, et dès qu'elle est debout elle dit: « Tiens, je sens que je marche... je sens sur quoi je marche. »

Le soir la sensibilité tactile et douloureuse, ainsi que le sens musculaire, ont de nouveau disparu dans les pieds. Elle les remue sans cesse tout en disant n'y rien sentir.

6 mai. — Je l'endors et lui dis de sentir ses jambes depuis les hanches jusqu'au bout, des pieds. Elle les allonge et les fléchit, les écarte el les rapproche, les tourne en dedans et en dehors, leur fait en un mot exécuter tous les mouvements possibles, sans toutefois en avoir la notion. Puis elle les sent remuer, et elles lui paraissent lourdes. + + + Elle ne sent pas encore le contact, ni la douleur, mais ressent intérieurement des élancements. + + « Elles élancent el elles brûlent. » -f + « Je sens bien mes pieds ; ils brûlent encore un peu. » A ce momenl la sensibilité tactile el douloureuse est revenue, mais pas encore la sensibilité musculaire, et elle se trompe sur la désignation des orteils que je louche. Elle ne sent le contact que jusqu'aux chevilles. ++ Elancements dans les jambes. La sensibilité au contact et à la douleur est revenue, mais pas encore le sens musculaire, et elle ne sait pas encore reconnaître si ses genoux sonl étendus ou fléchis. Les cuisses ne sentent pas encore. Cependant j'ai fait exprès de dire « des hanches au bout des pieds » pour voir si la réappari-

tion de la sensibilité se ferait de haut en bas ou bien au cou Ira ire se propageai naturellement de bas en baut. + + + Encore quelques élancements et brûlures. Elle seul le contact el la piqûre aux jambes. Le sens musculaire e si revenu aux pieds, mais pas encore aux jambes ; toutefois elle ne fait plus de transposition dans la connaissance de ses genoux. -[-]--(- Elancements dans tout le membre. La sensibilité reparaîl beaucoup plus rapidement à la cuisse, -f- -f- Le sens musculaire el la notion de position de tous les segments de membre seul revenus, tant dans les mouvements passifs qu'au repos. + + + De petites secousses réapparaissent. — D. Pourquoi? — R. Ça brûlai! encore un peu, maintenant ça seul bien, ça ne brûle plus. — Elle réagil bien à toutes les excitations. A la hanche il exisle cependanl encore une plaque un peu moins sensible. 4- ~j- -f- Tout sent également bien jusqu'à la crête iliaque et à l'aine.

Je la réveille. Quand elle se met debout: « Tiens, ça me fait drôle; ça me semble dur, le plancher. Je ne vais pas pouvoir me tenir sur nies jambes, je tremble dessus. » Elle essaie de marcher et se rassoit aussitôl : « Je n'ose pas marcher; mes jambes tremblent; elles sonl fatiguées. J'ai des fourmis dedans; on dirai! dc> petites crampes. » — Le soir, elle a déjà reperdu de la sensibilité.

7 mai. — Elle ne sent plus que ses pieds el a perdu le sens musculaire. Endormie elle regagne vile ce qu'elle a perdu. Le soir, à la douche, elle a une crise et reperd tout, lue fois anesthésique elle ne titube plus el remarche sans hésiter.

11 mai. — Endormie, je lui dis de sentir ses jambes, ses bras et son dos. La sensibilité des jambes revienl très vite. Ensuite elle remue les bras, les étire, sans s'en rendre compte d'abord, puis elle les seul remuer. Elle y éprouve après des élancements. Il n'y a encore aucune sensation de contact ni de piqûre, et transposition de la notion de position des bras el d<'> doigts; le pouce gauche est; désigné par elle comme élanl le petit doigt de la main droite. + + « Ça cuit dans les bras. » La sensibilité au contact et à la douleur et la notion de position des doigts ne sonl pas revenues. + + + Elle sent maintenant le contact et la douleur au bras droit, mais n'a pas de sens musculaire : elle prend le médius gauche pour l'index droit, le petit doigl pour le pouce, et réciproquement, -f- H — h Le bras droit la brûle; dans le bras gauche elle n'a d'autre sentiment que de se rendre compte qu'il remue.

Il est à remarquer que tout en prenant sa droite pour sa gauche quand je lui demande quel est le bras ou la main que je tiens, elle ne se trompe pas lorsque je lui dis de sentir son bras droit ou son bras gauche et que c'est bien celui que je désigne qui se met en mouvement et dans lequel se passent les phénomènes de retour de la sensibilité. + H — h Les sensations de contact et de douleur sont perçues dans le bras gauche, mais le sens musculaire n'est pas encore revenu. + H — h Elle commence à agiter le dos et fait de petits arcs de cercle : « Ça lire partout. » H — f- + Etirements, arcs de cercles, détentes brusques. Le sens musculaire est revenu maintenant dans les deux bras.

Je la réveille alors, et comme la première fois elle tremble sur ses jambes et titube comme une abasique.

14 mai. — Elle a eu une crise hier soir à la suite de laquelle elle se contracture dans l'attitude de la crucifixion. J'ai arrêté sa crise par hypnose. Aujourd'hui elle se contracture du côté gauche. Le côté droit, surtout le membre inférieur, n'a pas complètement perdu sa sensibilité. Je l'endors et lui fais rapidement recouvrer sa sensibilité du côté gauche. La contracture cède en même temps. Je lui demande pendant le sommeil ce qu'elle a ressenti quand elle s'est contracturée : « Ça s'est resserré dans mon côté; ça m'a tiré, et puis je n'ai plus rien senti. »

i&mai. — Depuis hier soir elle a très mal dans la tète. Elle s'est tout à coup congestionnée de la face et a perdu sa sensibilité. Aujourd'hui elle souffre encore davantage de la tète et commence une crise qui avorte l'après-midi. Elle est sur le point d'avoir ses règles qui sont en relard, et j'ajourne toute séance. Les règles viennent le 18 et sont terminées le 21.

23 mai. — Je l'endors et lui ordonne de sentir sa tète. Elle se met à la remuer de droite à gauche en se frottant la nuque. Les épaules et le dos participent à ces mouvements oscillatoires. -| — \- « Ça bout. » -f + <( Ça bout encore un peu; ça lire dans !<■ cou jusqu'aux épaules. » Renversement de la tête en arrière comme si on la tirai! par 1rs cheveux. -| — | — p- « Ça pique dans toute la tête. H — | — h Ça fourmille maintenant dans toute la tête. » Au fur et à mesure qu'elle sent mieux, les oscillations sont moins amples, moins fréquentes et moins brusques. H — \- « Ma tête est moins grosse ; je ne sais plus ce qui s'y passe ; ça fourmille. » H — f- Ça ne fourmille plus ; elle est moins serrée. » Les oscillations sont liés rares maintenant; les points douloureux de la nuque et du verlex diminuent. -\ — \- Sa tète lui paraît plus lourde et elle dit n'y plus rien sentir. + -f- « Elle se vide. + + + Elle se sépare au milieu; elle s'ouvre ». H — | — \- « J'ai mal au cœur; ça tourne dans ma tète; elle se vide toujours. » + -f « C'est chaud dans ma tête; elle est moins serrée, moins lourde, -f -f « Ça coule chaud. » -\ — j- « Je me sens mieux, plus dégagée. » -f- -f- « Elle esl encore plus dégagée que tout à l'heure ; ça coule toujours chaud. » Il lui semble aussi qu'elle es1 plus réveillée.

Je la réveille alors par le souffle sur les yeux : « Tiens, dit-elle, ma tête ne me fait plus mal; elle est moins lourde. J'ai le cou qui me tire. Je ne sais pas ce que j'ai dans la tête. Elle esl drôle, je la sens mieux. »

28 mai. — Elle s'endort toute seule au soleil et se contracture un peu à gauche et elle perd sa sensibilité. Je lui dis de sentir de la tète aux pieds : «die a des secousses généralisées ; elle sent que ça remue, puis que ça brûle. Avant que les sensations de contact, de douleur el le sens musculaire soient revenus, je la réveille. — « Ça brûle partout. » Le soir celle sensation de cuisson a déjà diminué.

31 mai. — Violent orage pendant lequel elle se contracture des quatre membres. Je l'endors et lui ordonne de se réveiller. Mêmes réactions que lorsque je lui dis de sentir, el elle recouvre la sensibilité des membres inférieurs.

1er juin. — Elle garde toute la journée celle sensibilité, mais la reperd le soir.

2 juin. — Je la lui fais recouvrer, un peu moins à gauche toutefois, et le soir elle l'a reperdue de ce côté.

3 juin. — Je lui ordonne de se réveiller complètement. Aussitôt contractions, secousses habituelles, surtout du côté gauche. Une fois les membres inférieurs revenus, c'est le tour de l'abdomen. Elle commence par le sentir remuer, puis il brûle. ++ Elle contracte la paroi abdominale dans tous les sens et contorsionne le bassin. Les cuisses participent bientôt aux mouvements. — 1). Que sentez-vous? — R. Ça m'élance. — Je constate alors que la sensibilité cutanée au contact el à la douleur esl revenue dans toute la partie située au-dessous de la taille. Je la réveille «alors.

4 juin. — Elle a reperdu la sensibilité de l'abdomen, mais non des membres inférieurs. Je le lui fais ressentir : mouvements sans en avoir conscience; puis elle le sent remuer; puis il brûle, il picote et ensuite il élance. Puis enfin rien, et elle dit le bien sentir. Le retour de la sensibilité cutanée correspond à l'apparition des élancements. Je lui dis alors : « Sentez voire estomac. » Mouvements de saillie et de retrait de la paroi ; gargouillements non conscients d'abord; puis elle sent son estomac remuer, puis ça pique en même temps que les contractions augmentent; ça pépie de plus en plus et les contorsions se généralisent. Elle ne sait pas si son estomac est grand ou petit. + + + + « Il esl gros; il pique toujours. » Grandes secousses générales. -f + + « H est toujours gros; il brûle. » + + « Ça m'élance. » A ce moment reparaît la sensibilité cutanée de la région gastrique. -f + + I^es secousses, les gargouillements diminuent et disparaissent. « Maintenant il est bien, il est creux, ni gros ni petit. » Je la réveille.

6 juin. — Je l'endors el lui dis de sentir de partout complètement. Réactions habituelles des membres inférieurs, de l'abdomen et de l'estomac. A un moment donné elle élire ses bras, les tortille et y éprouve des brûlures, puis des élancements. A ce moment la sensation de contact et de douleur est revenue, mais il y a inversion dans la notion de droite et de gauche, ainsi que pour la situation des doigls. -f- + Elle seul maintenant ses doigls dans leur ordre naturel, à droite, mais se trompe encore sur la désignation de son bras droit qu'elle prend pour le gauche et réciproquement. + + + + En lui remuant l'épaule, elle reconnaît exactement que c'est la droite ou la gauche, et en lui prenant la main il y a inversion encore. + + + L'interversion entre les bras a disparu; mais il y a encore interversion pour les doigts de la main gauche. + + -f- Maintenant le pouce, le petit doigt et le médius gauche sont reconnus, mais le quatrième est pris pour l'index. + + + + Tout est bien reconnu maintenant dans l'ordre naturel. Le sens musculaire et la notion de position des membres paraissent normaux. — « Sentez-vous tout entière depuis le cou jusqu'au bout des pieds et des mains. » ELiremenls, élancements, puis sensation de bien-être. Je la réveille alors.

Le soir elle a reperdu un peu de la sensibilité du tronc et des bras.

Endormie, je lui demande ee qui est le plus perdu : « C'est l'estomac. » Je constate en effet que toute la région gastrique est anesthésique.

7 juin. — Je lui fais recouvrer toute la sensibilité depuis le cou jusqu'aux pieds. Les réactions ordinaires se montrent et la sensibilité reparaît vite. Le soir elle court au jardin et reperd en grande partie ce qu'elle a regagné.

8 juin. — Je lui fais de nouveau recouvrer sa sensibilité, puis je la réveille. L'après-midi je l'endors et lui dis de sentir sa tète. — Oscillations qu'elle ne sent pas d'abord ; puis elle sent sa tête remuer -f -j- « Ça brûle. -\ — \- Ça brûle de plus en plus fort. -) — | — j- Ça m'élance. » Les élancements se font senlir d'abord à droite, puis à gauche et dans toute la tête. -| — f- « Ça lire à droite. » -f- + « Ça tire partout. » -f- -f- + « Ça tire moins; il y a quelque chose qui se casse. » Les contorsions se généralisent à tout le corps et en même temps se font entendre (\^^ gargouillements dans l'estomac, -f- + « Ça casse dans ma tète ; elle est moins lourde. — 1). Qu'estce qui casse? — R. C'est comme du verre. — I). Comment est-il? —

R. Blanc. f- Les mouvements se généralisent dans tout le corps et

deviennent plus forts. « Ça me brûle partoul » -f « Ma tête esl grosse... Ça tire dedans.... Ça se casse. — D. Qu'est ce qui lire ? — R. Des cordons. H — ]r En la pinçant je constate que sa sensibilité es1 beaucoup plus vive aux membres et qu'elle réagit beaucoup plus vite.

Elle esl fatiguée. Jela réveille. Les bras et les jambes brûlenl encore un peu. « Dans l'intérieur du corps c'esl moins serré. Ma tête esl moins lourde, mais elle esl toute drôle. » La face est toujours anesthésiée, niais le cuir chevelu est plutôt hyperesthésié el la brûle.

0 juin. — Endormie je lui dis de sentir sa figure. Mais, au lieu de la senlir, les réactions qui se passaient dans sa tête continuent, ee qui prouve bien qu'il n'y a pas là de suggestion, mais que tous ces phénomènes obéissant à un déterminisme liés précis. Elle éprouve de nouveau dans la tête des brûlures, puis des élancements. Ce n'esl qu'au boni de quelque temps qu'elle commence à ressentir de la cuisson au visage. « (.la tire dans ma tète et dans ma ligure. » + + Les mouvements se généralisent à tout le corps, et alors je lui dis : « Sentez-vous complètement de partoul, » obéissant ainsi au travail physiologique qui s'opère et ne le dirigeant plus, mais l'activant seulement en encourageant la malade à toujours senlir de plus en plus. « Ça me tire dans tout le corps. » -f- « Ça m'élance derrière la tête; ça ne tire [dus. » + « C'est du verre qui casse. » -f- « Ça coule dans ma tête. » Elle sent maintenant le visage, -f- « Ça coule chaud, fort, partout, dans le corps aussi. » + « Ça coule toujours, dans la tète seulement. » En même temps elle oscille la tête comme si quelque chose la gênait dans le cou, -f « (,1a ne coule [dus; (die est moins lourde (d moins grosse, ma tète ;... elle est vide. » -f « Elle est mieux ; elle est moins lourde. » -f « Ça lire encore. » — Cette séance durant depuis deux heures, je la réveille. Elle a encore de l'anesthésie du front el des paupières; une légère hyperesthésié de la tète ; les points du verlex (d de l'occiput sont encore un peu douloureux. Elle a des picotements dans la gorge qui la font tousser, et au niveau du larynx la sensibilité cutanée esl très obtuse.

Je la rendors et lui dis de sentir sa gorge. Elle fait des mouvements de déglutition; le larynx monte et descend. Elle y ressent des picotements, puis plus rien. Je la réveille. Elle ne Unisse plus.

Elle n'a pas encore faim. Mais elle éprouve des douleurs, des cuissons dans l'estomac après son déjeuner et vomit un peu.

10 juin. — Endormie, je lui dis de sentir sa tête complètement. Oscillalions de la tête et en outre tortillements généraux. — D. Que sentez-vous? — H. Mes jambes. — En même temps il se produit des gargouillements dans l'estomac. H — h Elle sent son ventre. La tète lui paraît engourdie. -j- + Sa tête brûle. + + L'estomac a des secousses et brûle. + + « Ça m'élance partout. » H — \- « La tète est moins lourde; elle se fend au milieu; dans le reste du corps ça m'élance. » -J- + « C'est du verre qui se casse dans ma tête. »-f- -f- « Ça coule partout. » — Je constate à ce moment qu'elle a la sensibilité du front et de toul le visage, sauf des paupières. J'insiste alors : « Senlez dv plus en plus. » -j- -f Oscillations de la tête de plus en plus fortes :

« Ça coule toujours. » \- Elle commence à sentir ses paupières ; sa

tête esl vide, le corps aussi, -f -f Sentez-vous de la tète aux pieds, lui disje. — Aussitôt contorsions générales. — Sentez bien vos yeux : Elle cligne fortement : « Ils m'élancent. . . Ça tire partout... » — Contorsions générales, oscillations et secousses de la tète, plissement des yeux. + + « Ça tire partout... C'est comme des lils. » -| — h « Je sens ma ligure; elle me brûle... il y a moins de fils. » — I). Où sont-ils ? — IL Je ne sais pas. — I). Comment sont-ils partis? — IL Ils sont allongés. + + « Ma ligure brûle moins. . . mes yeux ne firent plus; ils sont moins lourds; ça danse devant. » — D. Qu'est-ce qui danse devant? — IL De la lumière. H — \- « Ma tète est plus légère; mes yeux sont moins lourds, ça ne danse plus; je sens mieux. » Elle s'élire, se détend : « Il n'y a plus de fils ; ça se détend. » — Les points douloureux du vertex et de l'occiput sont presque complètement disparus ; elle se sent la tête beaucoup plus légère, et commence à entr'ouvrir les yeux. -| — \- « Mes idées sont engourdies. »

Elle ouvre les yeux ; je les lui referme en lui ordonnant de sentir encore mieux. — D. Comment sont vos idées maintenant? — IL Plus nettes. — D. A quoi pensez-vous? — IL A maman. — D. A quelle époque pensezvous ? — IL Au mois de février. — D. De quelle année? — IL 1895. — D. Pourquoi pensez-vous à cette époque ? — IL Je ne sais pas. -| — | — \- Elle se met au bout de peu de temps à pleurer. — D. A quoi pensez-vous? — ■ R. A papa. — D. Pourquoi pleurez-vous? — IL Parce qu'il est mort? — D. A quelle époque sommes-nous donc ? — IL Au mois de mai. — D. De

quelle année? — IL 1894. \- + Elle ne pleure plus. — D. En quelle

année sommes-nous? — IL En 1894. — D. Quel mois? — R. Février. — D. Qui suis-je, qui vous parle? — IL Je ne sais pas. — D. Que sentez-vous dans la tète? — R. Quelque chose qui se démêle. — D. A quelle époque sommes-nous? — IL En décembre 1893. — Elle repasse ainsi en rétrogradant les années précédentes. — D. Quel âge avez-vous ? — R. Dixsept ans. — I). Où demeurez-vous? — IL A N... (Elle habite aujourd'hui IL..) — Elle arrive en mars 1892. A ce moment je constate une ânes-

Ihésie complète. — D. Comment allez-vous? — R. Mal, je n'ai pas de forces. — I). Depuis quand? — R. Je ne sais pas au juste. — I). Dormezvous bien ? — R. Non, liés peu. — D. Pourquoi avez-vous perdu vos forces?

— R. C'est l'influenza. — D. Quand l'avez-vous eue ? — R. Je viens de L'avoir. — Elle présente à ce moment de la contracture des bras. — D. A quelle époque est-on? — R. Au mois de mai 1891. — D. Pourquoi avezvous les mains raides? — R. Elles sont serrées. — D. Pourquoi? — R. A cause de l'orage. — Je constate un point douloureux au vertex ; sa sensibilité est un peu revenue. — D. Vous portez-vous bien ? — R. Non, j'ai mal à l'estomac ; je ne peux pas manger. — I). Pourquoi ? — R. Il me fait mal. — D. Depuis quand? — R. Depuis le mois de janvier. — D. A la suite

de quoi? — R. De l'influenza. h + + La contracture disparaît, et la

sensibilité revient sur tout le corps. — D. A quelle époque est-on? — R. En 1890, au mois de janvier. — D. Comment allez-vous? — R. Je ne vais pas bien ; j'ai la grippe. — D. Et votre tète, comment est-elle? — R. Elle me fait mal, elle brûle. — D. Depuis quand avez-vous mal à la tète? — R. Depuis cinq ans. — D. Ça a commencé à dix ans, alors? — R. Oui, mais j'avais un peu mal seulement. — D. Et depuis quand èles-vous malade ? — R. Depuis la grippe. — D. Et avant, vous alliez tout à fait bien ;

vous mangiez bien, vous dormiez bien? — R. Oui. 1 — \- Sentez-vous

tout à fait de la tète aux pieds, lui dis-je encore. Elle s'étire, se détend, ouvre les yeux que je referme, et je lui demande en quelle année nous sommes. — Elle est au mois de janvier 1890. Je la laisse ouvrir les yeux complètement. Elle regarde autour d'elle étonnée et un peu effrayée, ne me reconnaît pas, appelle sa mère. Se croyant en janvier, elle esl surprise qu'il fasse chaud et qu'il y ait des feuilles aux arbres. — Elle se croit le 12 janvier, c'est-à-dire que son état correspond bien à un moment très précis. Elle se demande comment il se fail qu'étant en deuil de sa grand'mère, morte en effet peu avant, en 1889, elle n'ait pas d'effets de deuiL Elle prétend que tous les vêtements qu'on lui présente ne sont pas à elle. Elle refuse d'aller dîner avec les autres malades parce qu'elle ne les connaît pas. — Ee soir je l'endors après lui avoir brièvement expliqué qu'elle a été malade, est ici pour se soigner, et que je lui raconterai plus tard tout ce qui s'est passé'.

11 juin. — Le malin, à 9 heures, elle se réveille seule, avec des gestes enfantins, et se rendort. Je lui demande peu après quel jour on est. — R. Le 4 janvier. — D. De quelle année? — R. I88G. — D. Quel âge avez-vous donc? — R. Dix ans. — Je lui dis alors de se bien sentir complètement de la tète aux pieds. Elle ouvre alors les yeux après s'être bien étirée le cou et les membres et a le même étonnement que la veille. Elle est très effrayée de se trouver seule et se met à pleurer en demandant sa maman. La sensibilité paraît normale, mais elle se plaint de souffrir de la tête où elle a en effet un point au vertex. — D. Depuis quand avez-vous mal à la tète?

— R. Il n'y a pas longtemps. — D. Mais encore? — R. Depuis la mort de. mon frère. — D. Quand ça? — R. Le 2 janvier. — D. De quelle année? - R. 1886. — Elle a des gestes d'enfant, une petite voix comme une fillette

de son âge. — Je la laisse dans cet état après l'avoir consolée. Son chagrin est vile passé, cl elle déjeune de bon appétit.

L'après-midi je la rendors et lui ordonne de se sentir complètement de la tête aux pîeds. Elle a des oscillations de la trie, des mouvements d'ondulation, de reptation de toul le corps. Au bout de quelques minutes je lui demande la date. — R. Le 10 janvier. — D. Quelle année? — R. 1886.

— Voyant qu'elle redescend le cours de son existence, j'insiste pour qu'elle sente de plus en plus. Elle arrive au 3 mai 1886, puis remonte au 1 1 mai 1 887.

— D. Que sentez-vous "? — R. Ma tète qui remue. — D. Comment est-elle ?

— R. Elle est moins lourde, -f Elle est au 9 mars 1888, à Paris, avec la flèvre muqueuse. Elle a la sensibilité des membres, mais souffre de la tête (point au vertex). — Elle a mis cinq minutes pour passer de 1887 à 88. Elle en met dix-huit pour passer au 1er mai 1889, dix pour arriver de là au 14 janvier 1890. A ce moment elle se met à tousser, et me répond que c'est qu'elle a l'influenza. + + Après un repos, interrogée de nouveau, elle est au 22 janvier 1890. Elle continue à avoir des contorsions de toul le corps, et elle ressent partout des élancements, en même temps que sa tête lui paraît moins lourde, -f- -f Tout à coup elle a une contracture généralisée, pousse des cris, se débat et présent»} le tableau d'une attaque de nerfs. — D. Qu'avez-vous donc? — R. On m'a arraché une dent. — D. Le combien sommes-nous? — R. Le 16 septembre 1890. -f + Les contorsions générales augmentent. « Ma tète brûle, ça m'élance partout le corps. » Elle esl en novembre 1890. Arrivée en décembre, elle s'arrête. — D. Pourquoi vous arrêtez-vous? — R. Je suis enrhumée, je suis courbaturée. — J'insiste, les mouvements reprennent.. + Tout à coup elle crie, se rejette en arrière; m- débat. — D. Qu'avez-vous donc? — R. On veut me mener chez un médecin. — D. Pourquoi? — R. J'ai mal à l'estomac depuis trois mois. — I). Avez-vous des crises de nerfs? — R. J'en ai eu une. — D. Pourquoi? — R. On m'avait arraché une dent. — Elle est en ce moment au 1er avril 91. Elle se met tout à coup à frapper sur son lit en disant : « Non, non, je ne le ferai pas. » (Elle est en mai 1891.) — D. Quoi donc? — R. Le traitement.

— D. Pourquoi, qu'est-ce donc ? — R. On veut me faire boire du lait, je ne l'aime pas. — D. Qu'avez-vous donc à l'estomac? — R. Il me serre, il me fait mal. — Je constate qu'elle a de l'anesthésie généralisée et interrogée sur son sommeil elle me dit dormir à peine. — Les coups recommencent à tomber sur le lit : « Non, maman, non, je ne veux pas, s'éeriet-elle? — D. Quoi donc? — R. Boire du lait... 11 est toqué. — D. Qui donc? — R. Mon docteur. Il ne veut pas que je mange, je n'ai déjà pas faim... Je ne veux pas être sondée, je ne resterai pas couchée, jamais, jamais. — Elle a un accès de colère en s'écriant qu'elle ne veut pas retourner chez lui (juin 1891). + + Elle se met à avoir une attaque classique. — D. Pourquoi avez-vous une crise? — R. C'est l'orage. — D. En quel mois sommes-nous donc? — R. En juillet... papa ! j'ai peur! (Nouvelle attaque.) — D. De quoi ? — R. De l'orage, -f- L'attaque s'arrête, et elle est bientôt en décembre 1891. + + + Tout à coup elle s'écrie : Grandpère ! je voudrais voir grand-père? — D. Pourquoi? — R. Il est malade;.

l'hystérie. — II. 16

— D. Qu'a-t-il?— R. Une pneumonie. —Elle est en février 1892. Elle se met en colère : « Il ne me l'a pas défendu ? — D. Qui ? Quoi ? — H. Le médecin ne m'a pas défendu d'aller voir grand-père... Je voudrais rester près de lui. » + + Nouvelle attaque Son grand-père vient de mourir (1CI mars 1892).

Depuis le mois de février elle progresse très lentement. + + Elle se prend la tète à deux mains : « J'ai peur! » — D. De quoi? — II. On crie.

— D. Où donc? — R. Je ne sais pas (juillet 1892).

Pour ne pas la fatiguer je la réveille en soufflant sur ses yeux. Son étonnement au réveil est moins grand qu'hier et ce matin. Il lui semble qu'elle m'a déjà vu, mais elle ne saurait dire où ni quand. Elle mange très bien à dîner et s'en étonne en disant que sa mère serait bien heureuse de l'apprendre, car depuis six mois qu'elle souffre de l'estomac elle n'a pas faim du tout et on la traite sans résultai. Elle me dit aussi qu'elle ne dort pas, et que du reste pendant son insomnie elle ne pense à rien du tout. Son regard est vague. La sensibilité n'existe guère que dans le côté droit du cou, de l'épaule et de la face. Dans le reste du corps il y a de l'anesthésie. Elle a deux points douloureux assez intenses, au vertex et à l'occiput. Le soir, quand je veux l'endormir, elle résiste d'abord, disant qu'elle n'a pas envie de dormir du tout, puis elle s'endort facilement comme d'habitude.

i2juin, — Le malin elle en est toujours au même point, 10 juillet 1892. Je l'endors et lui dis : « Sentez-vous de la tète aux pieds. » Contorsions, mouvements de reptation, etc. Elle arrive au 15 août 1892, puis en continuant au 2 septembre. A ce moment elle a une sorte d'attaque avec suffocation. Mais en lui ordonnant de mieux sentir cela passe et elle est en décembre 1892. — D. Pourquoi étouffiez-vous ? — R. Ça m'arrive souvent... c'est dans l'estomac. — D. Et dans la tète qu'éprouvez-vous ? — R. Ça me donne des coups. — D. A propos de quoi cela vous arrive-t-il ? — R. C'est quand j'ai peur. — D. Peur de quoi ? — R. De fout; je ne sais pas pourquoi. -f- -f- + Tout à coup crise convulsive et elle s'écrie : « Non, je n'irai pas. »

— D. Où donc ? — R. Chez le D1' Charcot. + + + Nouvelle attaque ; secousses généralisées. — D. Qu'avez-vous donc? — R. J'étouffe. — D. Pourquoi? — R. C'est mon frère qui me taquine. — D. Le combien sommes-nous '! — R. 7 décembre 1892. — D. Avez-vous vu M. Charcot? — R. Oui, il m'a dit de prendre des douches. — A ce moment elle est anesthésique totale. + + 4- Nouvelle attaque : « Non, non, non, je ne veux pas aller chez le Dr X. 4- -f- -f Non, non, je ne veux pas rester. » 4 -f -f Petite crise avec suffocation. — D. Qu'avez-vous? — R. Maman m'a laissée (20 décembre), -f- -f -f « Non, non, laissez-moi tranquille. » — D. Qui donc ne vous laisse pas tranquille? — R. Le Dr X... — D. Pourquoi? — R. 11 m'empêche de couper mes cheveux. — D. Pourquoi voulez-vous les couper? — R. Pour les envoyer en souvenir à maman. — D. Pourquoi? — R. Parce que je veux mourir. — D. A cause de quoi ? — R. Parce que je suis trop ennuyée d'être malade. + + + Nouvelle attaque. Elle crie : « On me lue, à l'assassin. » Cela passe vite en lui disant de sentir davantage. — D. Qu'est-ce qui

vous lue ? — H. Je ne sais pas qui c'est. Il me semblait qu'on voulait me tuer, -f -f- Elle se tire les cheveux en criant. — D. Pourquoi ? — R. Pour me les arracher. — D. Pourquoi? — H. Ils me font mal à la tète (10 janvier 1893).

Il est à remarquer que ce matin elle progresse 1res lentement; jour par jour elle passe son existence en revue. Elle se meta se frapper la tête avec les poings. — D. Qu'y a-t-il donc? — R. Je veux mourir. — D. Faites donc plutôt un effort pour vous guérir. — R. Non, je ne veux pas faire d'effort (12 janvier.) -f- -f -f- Rendez-moi mes ciseaux. Je veux me couper les cheveux. » — Cette idée la poursuit toujours (20 janvier). Elle amis cinquante minutes pour passer de décembre au 20 janvier, tandis que dans d'autres cas elle traverse le même nombre de jours en dix minutes. -| — \- Elle s'écrie : « J'en aurai une autre ! » — I). Une autre quoi ? — R. Une autre corde. — Elle poursuit toujours son idée de suicide. + + + Elle arrive au 15 février. « Je ne veux pas qu'on me garde. » Elle me raconte que le docteur ne lui parle jamais de ses idées, et se contente de lui dire que ça guérira, et de lui donner une douche. Gomme traitement des crises il lui fait des piqûres de morphine ! — + + C'est égal, j'y arriverai ! — D. A quoi? — R. A me faire mourir. + -f Elle fait moins de contorsions. — D. Vous sentez-vous mieux? — R. Yn peu; j'ai l'estomac moins serré. — Elle est au 1er mais. + + Elle a du hoquet. — D. Pourquoi avez-vous le hoquet ? — R. J'ai mal dans la gorge. — I). Qu'est-ce que vous y éprouvez ? — R. Ça me serre. -\- -\- Le 4 avril elle est mieux ; mais elle n'a toujours pas d'appélit; sa tète lui fait moins mal ; elle est toujours anesthésique. -| — [- Les mouvements sont moins violents, se ralentissent. Elle sent maintenant le contact, la douleur. Elle est au 17 avril. Le point du vertex est beaucoup moins fort. L'appétit ne reparaît pas et je constate l'anesthésie de l'estomac et de l'abdomen au contact et à la piqûre, -f -f En vingt minutes elle passe au 22 novembre 1893. Elle est sortie le 20 avril de chez le D1' X... qui la considère comme guérie. Elle se sentait mieux en effet, et dans l'état que je constatais quand elle est revenue au 17 avril. En réalité «■lie n'était pas du tout guérie. Néanmoins, comme elle est mieux, elle repasse très rapidement toute cette période. Le 22 novembre elle est de nouveau anesthésique totale ; elle a des contractures légères aux bras. Points très intenses de l'occiput et du vertex. Elle me dit qu'elle se sent mal depuis quinze jours. Elle n'a pas faim du tout et sent son estomac lourd et resserré. La tête lui fait mal. Elle n'a pas eu de crises depuis le mois de juillet où la peur d'un feu d'artifice en a provoqué une.

La séance ayant duré longtemps, je la réveille. Son étonnement de se trouver ici est moindre que les autres fois. Toute la journée elle est bien, cause, travaille, mange bien raisonnablement.

Le soir, quelqu'un l'interroge, cherche à lui démontrer qu'elle se trompe, n'est pas en 93 mais en 95, et lui raconte ce qui s'est passé depuis trois jours. Elle refuse de l'admettre, discute, et tout à coup tombe en catalepsie. Je l'endors complètement et en l'interrogeant je constate qu'elle a rétrogradé au 19 mars 1893, chez le D' X... L'état de la sensibilité est le

même que ce matin quand elle avait traversé cette période de son existence. Je la laisse endormie.

13 juin. — Ce malin elle en est toujours au 19 mars 1893. Elle se plaint de l'estomac, ira pas faim. Elle sent un peu le contact et la piqûre au tronc et aux membres, mais la région gastrique et l'abdomen sont anesthésiques. Je lui dis de se ressentir complètement de la (été aux pieds. Elle passe rapidement cette fois au 10 juillet 1893 avec les mêmes réactions qu'hier -f + Elle est au 20 novembre, anesthésique totale. — D. Comment allez-vous? — Pas très bien. — D. Qu'est-ce qui ne va pas surtout? — R. Ma tête. — D. Qu'a-t-elle? — R. Elle me fait mal. — D. Et votre estomac?— H. Il me fait mal aussi. -}- + + Contorsions plus violentes, gémissements. Elle est au 26 avril 1894 : « Je veux le voir, s'écrie-t-elle ; je serai sage ; je ne suis pas si malade que ça; laissez-moi le voir. (Grandes contorsions, pleurs, secousses.) — D. Qui voir ? — R. Père. — D. Qu'a-t-il? — R. Il va mourir; il est malade depuis le mois de janvier... laisse-moi le voir, il ne me verra pas. — (Attaque.) — D. Qu'avez-vous? — R. Papa ; il est plus mal. — (Suffocations 28 avril.) -) — (- Elle se fâche, crie : « Laisse-moi y aller. » (Elle a raconté ces scènes à son infirmière dans des termes identiques, en dehors du sommeil hypnotique.) -f- -f- Elle crie, se désole appelle son père : « Il est mort, papa ! » — Elle est au 1er mai 1894. -f- + Cris de désespoir, pleurs, parce qu'on ne veut pas qu'elle aille à l'enterrement, -f- -f Je l'interroge; elle ne peut me répondre ; elle cherche à remuer les lèvres, sans pouvoir y arriver. Elle a du mutisme (ce mutisme a duré un jour). Elle est maintenant au 9 mai. -f- + Gémissements, cris : « On ne veut pas que j'aille à X... sur la tombe de mon père. » Elle est au 27 mai -f- + Elle a mis une demi-heure à passer du mois d'avril au mois de mai, toute la période pénible. En cinq minutes elle passe au 15 août. Elle se sent mieux, quoique encore anesthésique, et a moins mal à la tête. H — )- En trois minutes elle arrive au 4 novembre ; en cinq minutes au 2 février 1895. Elle se met à tousser (« je suis enrhumée ») ; elle n'a pas faim (« je ne peux plus manger, mon estomac est resserré »). Elle a une anesthésie généralisée. La tète est douloureuse et lui fail 1res mal. H — |- En quatre minutes elle arrive au 18 février. Les contorsions deviennent plus fortes dès qu'elle va lentement, et elle progresse lentement dès qu'elle traverse une période où elle était plus malade. + -f- Crise d'étouffement : le 2 mars, où elle passe en quatre minutes. L'anesthésie est généralisée. — D. Qu'éprouvez-vous dans vos crises?. — R. J'étouffe. — D. Et dans les membres quand vous vous débattez? — R. Ils se serrent. — D. Et à la fin ? — R. Ils se desserrent. -\ — \- Elle arrive en dix minutes au 10 mars. + -f D. Comment allez-vous? — R. Je ne peux plus bouger; je ne peux pas me tenir debout. — D. Qu'est-ce que vous avez dans les jambes? — R. Cela m'élance dans les mollets. — Je la touche; elle a de l'hyperesthésie très marquée, et ébauche une attaque. Elle a en même temps de l'analgésie, et perte du sens musculaire et prend son gros orteil gauche pour le petit doigt et réciproquement. Elle est au 12 mars. + + + Elle arrive au 4 mars. A ce moment les mollets sont anesthésiques, mais

la pression du creux poplité détermine une crise, -j — | — f- Ebauche de crise . — D. Qu'avez-vous? — R. — On veut me faire voir un médecin ; je ne veux pas. — D. Pourquoi, puisque vous-èles malade? — R. Je ne guérirai pas; je n'ai pas guéri déjà. H — [-Nouvelle ébauche de crise. — J). Pourquoi? — R. On veut me mettre dans une maison de santé (20 mars)* Elle pleure, s'écrie qu'elle ne veut pas s'en aller (22 mars), -j — \~ Ebauche de crise (27 mars) : « Je ne m'en irai pas; je veux rester ici; je ne suis pas folle » (29 mars). H — \- Depuis le mois de mars elle progresse très lentement : « Eh bien, vous êtes contents (elle s'adresse à ses grands parents) ; je ne veux pas aller dans une maison de fous. — D. Qui vous a dit que c'était une maison de fous? — R. C'est M. C... qui était chez le D' X... LeDrX... voulait me marier avec1... Tu me dis que Lu vas rester (elle s'adresse h sa mère), mais ce n'est pas vrai; tu me dis que c'est une consultation, mais ce n'est pas vrai non plus... Tu es contente maintenant, misérable ; ne me laisse pas ; je ne veux pas... Oh! maman, tu n'auras pas le cœur de me laisser; tu t'en repentiras! »

C'est le tableau exact de son entrée dans mon établissement le 1er avril 1895. Je continue à lui dire de se sentir de plus en plus.

Ebauche de crise. Elle sait qu'elle est chez moi; ne peut pas me dire pourquoi elle a des crises. + + Nouvelle ébauche de crise (5 avril), -j- + + Le 15 avril. Ea tète lui fait très mal ; ça lui tire dans les membres. La marche est revenue. — D. Je vous endors, cela vous fait-il du bien? — R. Je ne sais pas. — 1). Cela vous repose-t-il? — R. Oh ! oui. -\ — h Ebauche de crise qui cesse rapidement (27 avril), -j — \- La progression est bien plus rapide, et en vingt minutes elle traverse le mois d'avril. Elle passe en quatre minutes au 15 mai. — D. Vous sentez- vous mieux? — R. Un peu. — D. Qu'est-ce qui va mieux? — R. Tout, -f -j- 30 mai.. Elle a mal à la tète : Elle a eu ses règles le 17 et il fait de l'orage. + + Le 3 juin, elle a toujours mal à la tète, mais elle sent ses jambes. H — (- Le 7 juin elle a recouvré partout les sensations de contact et de douleur. + -j- Elle s'élire, se détend les membres (9 juin) + + 10 juin. — D. Comment ètes-vous ? — R. Je suis mieux. — D. De quoi? — R. Tout. — D. Et la tète?— R. Elle est moins lourde. — D. Et les membres? — R. Ils sont moins serrés. — Elle reste calme, sans faire de mouvement. Elle désigne encore incorrectement les doigts des mains et les intervertit, -f- -f- Elle ne fait plus d'erreur maintenant : « Je suis bien maintenant. » — Alors pourquoi ne vous éveillez-vous pas? — R. Je ne sais pas. — D. Sentez-vous bien vos yeux? — Ils me tirent. -\ — \- Elle se tortille, fait des efforts pour se réveiller et entr'ouvre les yeux : « Ils ne me tirent plus. » Le front et l'occiput sont encore douloureux à la pression. + + + Elle se met à rire. — D. Pourquoi. — R. Parce que je me sens mieux. — Les paupières qui étaient anesthésiques

(1) Elle n'invente rien. Ce même Dr X., directeur d'une maison de santé, qui traitait les crises de cette malade par des injections de morphine et lui disait pour tout traitement psychique : « Ça guérira », avait imaginé de combiner un mariage entre ce M. C..., un dégénéré que je n'avais pu garder dans mon établissement, comme trop persécuté, et cette jeune fille !

tout à l'heure ne le sont plus. Elle ouvre les yeux, me dit bonjour en riant. « Oh ! je suis bien ! — D. Et la tête? — II. Elle est un peu sensible partout. » En effet, elle a un peu d'hyperesthésie généralisée. Je lui referme les yeux et lui ordonne de se sentir encore plus. Elle s'étire, secoue la tête et se réveille brusquement. Elle se croit toujours au 10 juin. Elle est très gaie, mais se sent un peu fatiguée.

Je l'endors le soir.

14 juin. — Elle se trouve bien le matin ; la tête est plus dégagée. Cependant la pression des deux poinls céphaliques est encore un peu douloureuse. Je lui dis de se sentir complètement, de la tête aux pieds. Contorsions générales, tortillements, extension forcée avec efforts : « Ça tire partout ; ça se détend... » Elle ouvre les yeux, tousse et s'éveille en me disant bonjour. Je lui referme les yeux en lui disant de sentir encore davantage. Nouveaux étirements et enfin réveil complet. La sensibilité paraît normale partout; il existe cependant encore un liés léger rélrécissement du champ visuel à gauche.

Dans la nuit elle sommeille une demi-heure environ. Toute la journée elle se maintient bien.

Le 15 juin. — Elle n'a pas dormi de la nuit. Le soir sa tête se brouille un peu et perd de sa sensibilité.

16 juin. — Elle n'a pas dormi cette nuit. Sa sensibilité diminue dans la journée et le soir elle est prise de ses règles, mais elle n'a aucune crise comme elle en avait à chaque époque auparavant.

il juin. — Les poinls hyperesthésiques du vertex et de l'occiput sont reparus. La tète est lourde. Elle est dans le vague. Il n'y a plus que ses jambes qui conservent encore un peu de sensibilité. Mais maintenant elle se rend très bien compte qu'elle la perd. Je l'endors le soir.

18 juin. — Elle me demande elle-même, endormie, de lui rendre sa sensibilité. Mais pour ne pas la fatiguer, je ne la lui fais recouvrer qu'aux membres inférieurs.

19 juin. — Malgré un fort orage elle n'a pas de crise et elle ne se sent pas fatiguée. Elle n'a pas rétrogradé, ce qui prouve que sa perte de sensibilité est assez superficielle. Les sentiments affectifs reparaissent. Elle a maintenant le désir de revoir sa mère dont elle ne parlait plus du tout.

21 juin. — Ses règles étant terminées, je l'ai endormie hier soir et lui rends sa sensibilité ce malin. Elle a d'abord une sensation de brûlure généralisée, puis elle sent ses jambes, et la sensibilité reparaît de bas en haut. Au bout de deux heures trois quarts elle se réveille seule. Elle n'a plus de douleurs de tête. Le soir ses points hyperesthésiques de la tête ont un peu reparu, et sa sensibilité a très légèrement diminué. Je l'endors.

22 juin. — Je lui dis de se sentir complètement. Sa tête qui lui paraissait lourde est animée de secousses ; il lui semble qu'il y a des coups de marteau dedans, puis qu'elle se vide, et enfin elle est bien. Au bout d'une heure elle se réveille seule. Hier elle n'avait pas faim et j'avais constaté un peu d'anesthésie persistante du creux épigastrique. Aujourd'hui elle a faim et l'anesthésie a disparu. La sensibilité est d'ailleurs revenue en bloc sans

que j'insiste sur l'estomac plus que sur toute autre partie du corps. Le soir, elle sent un peu moins sa tête et son estomac, et n'a pas faim.

23 juin. — Je l'ai laissée hier soir pour voir si elle dormirait seule. A 1 heure du matin, comme elle ne peut fermer l'œil, je l'endors. Ce matin je la trouve dans une position différente de celle où je l'ai laissée, ce qui n'arrivait pas quand elle était anesthésiée. Elle a croisé ses bras et ceux-ci se sont anesthésiés et un peu contractures en même temps. J'en profite pour lui faire recouvrer toute sa sensibilité. Elle a une sensation de brûlure générale, puis des élancements dans tout le corps. J'insiste pour qu'elle recouvre complètement la sensibilité de l'estomac et voici par quelles phases elle passe : c'est tout d'abord une sensation de desserrement, puis de brûlure ; puis viennent des picotements et des élancements ; puis « ça coule agréablement » ; elle sent ensuite quelque chose qui se casse ; enfin elle le sent bien et elle a faim.

Une fois réveillée, elle se sent très bien et elle a faim à tous les repas de la journée. Son champ visuel n'est plus rétréci ; mais dans la journée, si elle ferme les yeux, elle voit toutes les couleurs danser devant. Elle voit encore un peu trouble d'ailleurs. Je constate qu'il existe encore à l'occiput, du côté gauche, un petit point correspondant à la pointe du lobe occipital qui est encore 1res légèrement douloureux.

Le soir elle cherche à dormir seule, mais dès qu'elle ferme les yeux, elle voit danser loules les couleurs, et elle a un soubresaut général qui les lui fait rouvrir.

24 juin. — Elle est fatiguée de sa nuit d'insomnie, alors qu'autrefois (die n'éprouvait aucune gêne de rester toutes les nuits les yeux ouverts. Elle a la tête lourde. Le point du vertex est léger, mais ceux de l'occiput, surtout à gauche, sont assez forts. La vue est beaucoup plus trouble, et le champ visuel est rétréci. Le front et les paupières ont perdu presque toute leur sensibilité. Les joues et le cou sentent un peu plus. La poitrine et le dos jusqu'à mi-hauteur du tronc sont anesthésiques. L'estomac est un peu douloureux à la pression et elle n'a pas faim. L'abdomen et les lombes ont à peu près conservé leur sensibilité, mais sont un peu hyperesthésiés. Il y a aussi diminution de la sensibilité aux membres inférieurs. Je l'endors le soir.

25 juin. — Ce matin je constate qu'il y a interversion dans l'appréciation des orteils, et que sa sensibilité est très diminuée. Je l'endors et lui fais recouvrer seule sa sensibilité. Mais je constate qu'au moment où elle me dit qu'elle se sent complètement et que ses réactions se sont arrêtées, la sensibilité du cuir chevelu n'est pas encore revenue. Les points du vertex et de l'occiput sont encore légèrement douloureux. Je lui ordonne alors de finir de sentir sa tête et ses yeux. Elle me dit avoir vu passer devant du bleu et du rouge. De nouveau elle s'étire, oscille la tête de droite à gauche. -f- -f- Elle éprouve des tiraillements dans les yeux, et la sensibilité du cuir chevelu revient. -f- -f- « Ça casse partout; mes yeux élancent. » -f + Elle se réveille spontanément, mais l'œil gauche voit trouble et le champ visuel est rétréci. Je la rendors. Elle se détend alors de tout le corps :

« Ça lire doucement dans tout le corps, dans la tête et dans les yeux aussi. » — Elle se réveille de nouveau spontanément. Le champ visuel est encore un peu rétréci. Je lui referme les yeux et lui ordonne de se sentir absolument complètement. Elle s'étire encore et s'éveille. Cette fois, plus de rétrécissement du champ visuel. Cependant, l'oeil gauche voyant encore un peu trouble, je lui referme de nouveau les yeux el lui dis de sentir son œil gauche. Aussitôt elle y éprouve des tiraillements, rejette la tête en arrière, « ça lire » au niveau de la pointe du lobe occipilal gauche; et elle se réveille enfin sans le moindre stigmate. Elle a faim, et dévore toute la journée. Elle est très gaie et le soir a toute sa sensibilité encore.

26 juin. — Elle n'a pas dormi cette nuit. Ce malin, elle a perdu la sensibilité de la tête, de la poitrine, de la face interne des bras, etc., par zones. Elle a également ses points hyperesthésiques du verlex et de l'occiput.

Je lui fais recouvrer sa sensibilité. A la fin, au moment de la réveiller, j'applique mon pouce sur son front entre ses deux yeux, ce qui suffit à l'endormir ordinairement et je lui ordonne de se réveiller malgré cela. Elle essaie, mais me dit ne pas pouvoir y arriver. J'insiste et elle fini! par ouvrir ses yeux. Mais à peine réveillée, elle dit qu'elle est l'alignée el se rendort. Je la laisse reposer quelque temps, puis lui ordonne de se réveiller en procédant de la même façon. Elle a des mouvements de détente générale et se réveille de nouveau. Elle n'a plus de points, la sensibilité générale est revenue, le sens musculaire est normal, elle se senl de l'appétit, le champ visuel est normal. Mais elle se sent fatiguée, quoique beaucoup plus dégagée que les autres fois.

Le soir elle me dit : « C'est drôle; je me sens bien mieux, mais je ne sais pas ce que j'ai ; je suis bien el mal en même temps. » Je l'endors.

27 juin. — Avant de la réveiller elle me dit qu'elle a comme la migraine. Ce n'est pas son mal de tête ordinaire et elle n'a aucun point hyperesthésique. Elle arrive en vingt minutes au réveil complet. J'essaie alors de voir si elle peut garder ses yeux fermés volontairement. Mais à peine les paupières sont-elles closes qu'elle sursaute en les rouvrant. Je la rendors et lui dis de sentir plus complètement encore ses yeux. De nouveau elle se réveille, en apparence très bien. J'essaie de nouveau si elle peut maintenir ses yeux fermés. Elle le peut mieux que tout à l'heure, mais pas encore longtemps. Je l'endors de nouveau pour qu'elle sente encore plus les yeux. Elle se tortille de la tête aux pieds. Je lui demande : « Que se passe-l-il? — Je vois la lumière de toutes les couleurs, des choses qui dansent devant mes yeux, » me répond-elle. Elle se réveille encore el peut rester plus longtemps cette fois, une demi-minute environ, les yeux fermés sans sursauter. Endormie de nouveau elle voit la lumière blanche et se réveille, ('elle fois elle peut garder ses yeux fermés sans sursauter ni les rouvrir malgré elle. Elle me dit se sentir fatiguée comme après une grande maladie, et en même temps cependant se trouver bien de partout.

28 juin* — Hier soir son point de l'occiput à gauche était revenu, et la sensibilité du côté gauche de la face et de l'épaule était perdue. Dès qu'elle fermait les yeux elle avait des soubresauts qui la forçaient à les rouvrir.

D'où l'impossibilité où elle est dans ce eas de dormir. Je l'endors et la fais se réveiller complètement malgré l'application du pouce sur le front.

29 juin. — Je ne l'endors pas aujourd'hui, et la journée se passe bien.

30 juin. — Elle reperd un peu de sensibilité du côté gauche de la tête. Je l'endors le soir et elle la recouvre très rapidement.

o juillet. — Elle a essayé de dormir sans y parvenir. Des qu'elle ferme les yeux elle a des secousses et les rouvre. Depuis deux jours elle se plaint de souffrir des reins. Et en effet ils sont hyperesthésiés. Je l'endors et lui demande si son ventre sent bien. « Non, » me répond-elle. Je lui ordonne abus de le sentir : « Ça tire; c'est des pelotes de fil qui sont embrouillées. >-> Au fur et à mesure que la sensibilité de l'abdomen et des intestins reparaît, la douleur des lombes disparait, sans que je lui aie dit de sentir ses reins, (•<■ qui est la preuve de l'origine de ces douleurs lombaires, qui tenaient simplement à une légère diminution de la sensibilité viscérale de l'abdomen.

6 juillet. — Je continue à lui faire sentir complètement son estomac, son bas-ventre, son ventre et sa poitrine (respiration et cœur). Elle éprouve des secousses ; « ce sont des pelotons de fils embrouillés qui se dénouent comme des caoutchoucs qu'on tire. » L'estomac se creuse et elle a faim. A un moment, elle me dit sentir 1res bien le ventre, mais avoir encore des tiraillements dans le dos. Je lui ordonne de sentir son ventre complètement. Elle y a de nouveau des secousses à gauche, dans la fosse iliaque "l les douleurs du dos disparaissent.

Je lui fais de même ressentir la poitrine, et je constate que le haut du dos où il y avait une vague hyperesthésie recouvre une sensibilité normale en même temps que la sensibilité viscérale revient. Enfin la sensibilité de la tète reparaît, et elle se réveille, mais « ça tire encore un peu dans le cou ». Rendormie je lui ordonne de sentir plus complètement sa tête, qui à l'occiput à gauche est encore un peu douloureuse : « Ça lui tiré dans les yeux, et elle s'élire des pieds à la tête. » Entin elle se réveille complètement, ayant très faim.

Elle mange beaucoup toute la journée, et le soir en se couchant elle me demande la permission de manger dans la nuit. Dès son réveil le matin elle s'était écriée : « Oh! jamais je ne me suis sentie aussi bien ! »

7 juillet. — Elle a dormi seule une demi-heure cette nuit.

13 juillet. — Elle a ses règles et se trouve la tète un peu étourdie.

Le 14 elle est reprise d'un peu de douleurs de dos, ce qui tient à une légère perte de sensibilité de l'estomac, de l'intestin et de la poitrine, que je lui fais rapidement recouvrer.

A partir de ce moment elle va bien, redort la nuit jusqu'à 2 heures du matin. L'appétit se maintient bon.

Elle quitte l'établissement le 20 juillet.

Elle vient me revoir le 26 septembre. Pendant son séjour ici, elle avait regagné 21 livres. Depuis son départ, son appétit s'est bien maintenu et elle a encore repris 0 livres.

Elle dort cinq à six heures par nuit. Depuis quelques jours elle se sent

un peu fatiguée, et ses jambes enflent le soir quand elle marche ; elle y éprouve aussi quelques élancements. Le champ visuel est très légèrement rétréci surtout à gauche et elle voit un peu flou depuis quelques jours. Le sens musculaire est normal. Elle a quelquefois un peu d'embarias de la tête. Les autres sens, la sensibilité générale sont normaux. Depuis qu'elle se sent ainsi fatiguée elle a un peu remaigri. Ses époques sont venues régulièrement et sans amener de troubles.

Je Lendors et elle me dit alors qu'elle a reperdu un peu de sensibilité de l'estomac et des yeux. Je lui fais se ressentir de partout. A part les détentes générales précédant le réveil complet les seules réactions qui se manifestent sont du côté de l'estomac, de l'abdomen, des yeux et de la tête, mais non de la face. Au réveil elle se sent tout à fait bien.

Au mois de janvier 1896 elle se marie, et depuis lors sa santé n'a pas été éprouvée, la guérison s'est bien maintenue.

Remarques. — Cette observation ne présente pas seulement un grand intérêt thérapeutique, c'est encore une de celles où l'analyse des phénomènes objectifs et subjectifs accompagnant le retour de la sensibilité a été le plus complètement faite. La régression et la reconstitution progressive de la personnalité se sont accomplies aussi d'une façon extrêmement précise. Elle permet aussi devoir que le fait de se réveiller ou de recouvrer la sensibilité est univoque et que les deux choses amènent les mêmes réactions et les mêmes impressions chez le sujet auquel on l'ordonne. Le mécanisme de l'insomnie par impossibilité de maintenir les paupières closes y est évident. Il en est de même du rapport entre les troubles de la sensibilité viscérale et la nutrition générale.

Hystérie ayant apparu dans l'enfance à Vâge de neuf ans. — Paralysie guérie à quatorze ans. — Rechute à la suite d'un mariage manqué. — Paraplégie, anesthésie, anorexie, insomnie, mutisme, toux, aphonie; points hystérogènes. — Régression spontanée de la personnalité sous l'influence de l'isolement et du traitement psychique ordinaire. — Hypnose spontanée. — Sommeil hypnotique provoqué ; réveil simple insuffisant ; réveil de la sensibilité et régression de la personnalité à onze ans. — Amélioration marquée, mais instabilité de la sensibilité. — Nouvelle régression de la personnalité jusqu'à l'âge de neuf ans, époque du début des accidents, où se produisit, à la suite d'une colère, une crise somnambulique. — Crises gastriques, phénomènes objectifs du réveil de la sensibilité gastrique. — Rechute sous l'influence d'une émotion et régression spontanée de la personnalité. — Restauration complète de la sensibilité. Instabilité de la guérison.

Mllc Jeanne D..., âgée de vingt-trois ans, est entrée le 28 juin 1895 à la villa Montsouris, sortie le 28 mars 1896.

Etat actuel. — Sensibilité générale : Diminution .considérable de la sensibilité du cuir chevelu. Elle n'a pas de points hyperesthésiques à proprement parler, mais elle a souvent la tète très lourde, avec une sensation de tension douloureuse au sommet. La face est un peu moins anesthésique que le cuir chevelu, mais la piqûre est sentie comme un contact et non comme une douleur.

Membres supérieurs. — Diminution considérable de la sensibilité surtout du côté gauche. Anesthésie à la douleur absolue à gauche. Le sens musculaire est diminué à droite, et la notion de position est peu précise ; ils sont beaucoup plus atténués à gauche.

Membres inférieurs. — Paraplégie spasmodique. Elle est incapable de marcher seule. Les jambes se raidissent, sont prises de trépidation spasmodique, et elle ne peut soulever les pieds du sol. Ses jambes s'entrecroisent, et elle est incapable de discerner quelle est la jambe qu'elle fait mouvoir. Au lit elle ne peut plier les genoux et détacher les pieds du lit. Aussitôt qu'elle essaie il survient de la trépidation dans tout le membre, surtout à gauche. Le sens musculaire est complètement aboli aux pieds, la notion de position très diminuée. Les réflexes plantaires et rotuliens sont abolis. La sensibilité générale est presque complètement abolie, principalement à gauche, et surtout pour la douleur.

Abdomen. — Points douloureux iliaques des deux côtés, mais plus marqués à droite. Elle a le sentiment du besoin de miction et de défécation. La sensibilité au contact est très diminuée, surtout à gauche. Points douloureux au niveau des lombes.

Elle n'a jamais faim depuis le mois de décembre dernier. Elle a quelquefois des crampes d'estomac, mais jamais de point douloureux. Elle présente une zone d'anesthésie à la douleur, et de diminution de la sensibilité au contact dans tout l'épigastre, plus marquée que sur les flancs ei l'abdomen. Elle ne sent pas siles aliments sont froids ou chauds, et éprouve souvent de la pesanteur avec sensation de gonflement à l'estomac .

La sensibilité du thorax est très diminuée surtout à gauche.

Pharynx et larynx. — Elle a des maux de gorge assez fréquents, et c'est depuis le dernier qu'elle a de la toux spasmodique et de l'aphonie. La sensibilité générale est diminuée à la nuque, davantage sur les côtés du cou, et principalement en avant du larynx. Elle n'éprouve dans la gorge aucun picotement, mais souvent la sensation d'un corps étranger. Elle a une toux laryngée continuelle. Elle parle à voix très basse et a une aphonie très marquée. Le réflexe pharyngien est aboli.

Goût. — Très diminué. Elle trouve tout fade, surtout le pain dont elle ne veut plus manger. La sensibilité de la langue est également très diminuée.

Odorat. — Elle sent à peine les odeurs, même fortes.

Ouïe. — Diminuée surtout à gauche.

Vue. — Champ visuel diminué des deux côtés, surtout à gauche.

Elle voit moins clair; elle a comme un brouillard devant les yeux.

Elle voit le rouge rouge, le jaune blanc, le violet bleu, le vert jaune, le bleu vert, le jonquille crème, et elle hésite beaucoup avant de se prononcer.

Sommeil. — Elle n'a pas de sommeil. Dès qu'elle ferme les yeux, elle se réveille en sursaut, ou, si elle s'endort un peu, elle a des cauchemars terrifiants (des ligures grimaçantes qui veulent lui faire du mal).

Menstruation. — Règles irrégulières, très diminuées et souvent môme supprimées. Elle les a en ce moment d'une façon très peu marquée depuis deux jours.

Mémoire, intelligence. — Elle n'a plus la notion du temps. » Je ne sais pas souvent quel jour on est. » — Elle ne se souvient pas bien le soir de ce qu'elle a fait le matin ou la veille. 11 n'y a que les points saillants qui persistent. « Avant-hier je sais que j'ai été chez le docteur B..., mais je ne sais pas ce que j'ai fait avant. »

Elle a une aprosexie très marquée. Elle recommence deux ou trois fois la même chose sans y faire attention. Elle recommence les mômes lectures sans s'apercevoir qu'elle les a déjà faites.

Le souvenir de son passé est très vague : « Je me souviens parce qu'on me l'a répété. » Elle ne se souvient pas de sa jeunesse avant sa première maladie. « Je ne me vois pas quand j'étais malade ; je ne me vois du reste jamais bien. Je pense vaguement; quelquefois, quand je veux parler, il y a des mots que je ne trouve pas ».

Elle se sont plus apathique, plus indifférente à toul. « Je pense vaguement à chez nous comme à tout. Papa, je l'aime beaucoup; quand je le vois ça me fait plaisir, mais quand je ne le vois pas, je n'y pense pas. »

Elle a des soubresauts des quatre membres et même du tronc très fréquents, depuis, à ce qu'elle prétend, qu'on lui a coupé une amygdale il y a une dizaine de jours. A la suite de cette petite opération, elle a eu du tremblement généralisé pendant quatre heures. Elle a de fréquents bâillements.

Elle sent à peine battre son cœur et elle ne sent pas l'air pénétrer dans sa poitrine quand elle respire.

Marche. — Assise les jambes pendantes, elle peut soulever la jambe droite à 45°, mais ne peut soulever la gauche qui est prise de trépidations. Debout, elle plie sur les jambes qui lui semblent faibles surtout aux genoux. Elle tient toujours le pied gauche sur la pointe sans s'en apercevoir. Elle ne sent pour ainsi dite pas le contact du sol. Dans son lit elle ne sait où sont placées ses jambes, ni dans quelle position, fléchie ou étendue, elles sont. Elle est absolument incapable de marcher ni de se tenir debout.

Troubles vaso-moteurs. — La moindre piqûre détermine aussitôt une large plaque rouge.

2 juillet. — Pour son aphonie je lui fais de la faradisalion de la gorge. A la suite de la séance elle recouvre un peu la voix, qui est rauque et bitonale.

3 juillet. — Elle est prise d'un fou lire sans raison, et à la suite recouvre presque complètement la voix qui reste cependant encore un peu voilée, et bitonale par moment.

6 juillet. — Elle est encore prise de fous rires. Elle s'allonge par terre au jardin disant qu'elle en avait envie depuis qu'elle est ici. Quand elle se relève elle se demande comment et pourquoi elle était par terre. Le soir elle est très surprise d'aller à la douche. Il lui semble qu'elle n'y va jamais le soir, alors qu'elle y a été régulièrement depuis son arrivée. Elle a ainsi des réveils partiels.

La paralysie est toujours aussi complète. Dès qu'elle est debout, elle fléchit. Elle ne sent pas du tout ses jambes. Elle a par moment des soubresauts généraux. Elle a encore une petite toux. Pas de sommeil. Crises de rire. Pas d'appétit, mais elle mange sans se faire prier et a engraissé cette semaine.

13 juillet. — J'entreprends la rééducation de la marche en lui faisant fixer son attention sur ses pieds et ses jambes. Je lui fais regarder ses pieds, en soutenant son attention continuellement, et lui disant de les sentir. Bientôt elle éprouve des tiraillements dans les jambes, et en même temps quelques secousses brusques. Je m'en tiens à cette première expérience qui me montre qu'elle se trouve dans le cas des autres, et que sa sensibilité est capable de revenir par le même procédé.

Le soir j'essaie de l'endormir, mais je n'insiste pas, et n'y parviens pas. .Néanmoins, comme si elle était endormie, je lui souille fortement sur les yeux en lui disant de se réveiller. A chaque fois elle a un sursaut général

et rouvre les yeux plus grands, avec l'air de quelqu'un qui se réveille. A un moment donné, elle est même prise d'une sorte de crise, d'étouffements, de pleurs. A la suite elle ne sait plus ce qui s'est passé dans la matinée.

L'aphonie a disparu. Mais la paraplégie persiste. Seulement elle n'est plus spasmodique. C'est de la paraplégie flasque avec anesthésie complète.

14 juillet. — A l'état de veille, étant assise, et fixant ses pieds, je lui ordonne comme hier de les sentir. Elle éprouve de nouveau des tiraillements dans les jambes, depuis le bas-ventre. Elle arrive au bout de quelque temps à soulever le pied de terre et à étendre la jambe. Mais elle présente dans le membre une trépidation extrême, frappe le sol du talon, relève le pied brusquement, et enfin son pied retombe à terre. Les progrès sont plus rapides à droite qu'à gauche. Au bout de quelque temps de cet exercice, elle peut se tenir debout, en étant soutenue par les mains, ce qu'elle ne pouvait pas faire du tout.

15 juillet. — Je continue les mêmes exercices : étendre la jambe et la maintenir en l'air, puis une fois la jambe étendue redresser le pied qui est tombant. Elle a d'abord une forte trépidation; puis elle ne présente plus de trépidation, à la condition que je soutienne très légèrement le talon à mesure que la jambe s'élève ; après quoi je cesse tout soutien une fois qu'elle est étendue, sans que la trépidation reparaisse. Elle se montre de nouveau quand la malade repose le pied à terre. En la guidant continuellement de la voix elle arrive cependant à lever le pied et à le reposer à terre sans presque présenter de trépidation.

Après cette séance, soutenue par les deux mains placées dans les miennes, elle peut marcher, mais à la condition de regarder ses pieds dont elle ignore la position el qu'elle ne sait par suite comment placer.

Je lui fais alors croiser les jambes sur les genoux, puis croiser ses pieds l'un sur l'autre. De mieux en mieux elle arrive à faire tous ces exercices et marche également plus facilement. A la suite, sans que cependant je me sois occupé de ses membres supérieurs, elle éprouve une sorte de tremblement intérieur dans les bras et y éprouve des secousses. Il y a donc généralisation des phénomènes sensitifs.

16 juillet. — Elle peut se tenir debout en se maintenant seule à une colonne. L'après-midi je la fais marcher en la soutenant très légèrement parles mains tendues devant elle, puis en la lâchant peu à peu complètement. Elle marche seule, par saccades, à petits pas, un peu titubante, mais rattrapant son équilibre et ne tombant pas. Ses jambes fléchissent par moments, et sans aide elle se redresse sans mettre le genou à terre ; ses pieds présentent encore de la trépidation, et ne se posent jamais à terre du premier coup ; elle les met en avant, puis les recule, el ce n'esl qu'après une série d'alternatives semblables qu'elle arrive à les maintenir fixes à leur place.

Pendant tous ces exercices, elle est dans un étal mental spécial; elle marche comme une somnambule, indifférente à tout ce qui se passe autour d'elle, l'air égaré. Le soir elle ne se souvient pas avoir marché dans

la journée. Il semble donc bien qu'elle sorte d'un état second, d'un somnambulisme continu, d'un véritable état de rêve.

17 juillet. — Elle marche encore mieux et surtout plus également. Elle éprouve en môme temps des tiraillements jusque dans les épaules, et elle a des soubresauts et du tremblement à la suite.

18 juillet. — Elle peut monter et descendre seule l'escalier.

19 juillet. — Elle peut polker et valser. « Ça n'est pas difficile, dit-elle, il n'y a qu'à se laisser aller. » Elle a donc conservé certains mouvements automatiques acquis alors qu'elle a perdu celui de la marche normale.

Elle ne se souvient pas de son entrée ici, et à peine de Mmc Sollier absente depuis une dizaine de jours. Elle m'explique qu'il y a des moments où il y a comme un brouillard qui s'étend devant ses yeux, où tout s'éloigne, se rapetisse, où les sons s'affaiblissent et où il lui semble qu'elle s'engourdit et qu'elle va s'endormir. Elle ne se souvient de rien de ce qui précède sa maladie, sauf de l'avoir entendu raconter. Elle ne sait môme plus depuis quand elle ne marche plus. Elle a remarqué depuis longtemps qu'elle entend moins bien. Elle a été fort étonnée que je lui dise qu'elle reconnaissait mal les couleurs.

Elle se croit en juillet 1894. Sous l'influence du traitement il y a donc eu recul, régression de la personnalité absolument comme dans les cas où je ramène la sensibilité dans le sommeil hypnotique. Ceci explique son absence de souvenirs des faits récents, et la confusion mentale où elle se trouve par suite de la superposition des faits actuels à sa personnalité et à ses souvenirs de l'époque antérieure où elle se croit être.

A mon retour de vacances, fin août, je la retrouve dans le même état, se croyant toujours en 1894-, en octobre, et être ici depuis quatre ou cinq mois. Elle a engraissé et mange bien, mais toujours sans appétit. Sa démarche est trépidante.

29 août. — En lui faisant faire des exercices des jambes pour arriver à .supprimer la trépidation, elle s'endort spontanément, et tombe en somnambulisme. Je profite de cette circonstance et lui dis : Kéveillez-vous de plus en plus, en lui mettant la main sur les yeux pour l'empêcher de les ouvrir. Aussitôt elle est prise de mouvements dans les jambes; elle les fléchit, les allonge, les met en adduction et en abduction, les écarte, etc. ; il en est de même pour les membres supérieurs. Puis les mouvements se généralisent et gagnent le bassin, le tronc, et elle est prise enfin de grands mouvements, de contorsions généralisées. Je lui dis alors de se réveiller de la tête aux pieds : aussitôt oscillations de la tête d'un côté à l'autre, puis contorsions, étirements du tronc, du cou. Les mouvements s'accélèrent; les doigts sont agités de petits mouvements athétosiques. Elle respire fortement et rapidement. Sitôt que je lui dis de se réveiller de la tête aux pieds elle est reprise d'oscillations de la tête, petites et rapides. Je la réveille alors en lui soufflant sur les yeux. Elle est étonnée au réveil, cl éprouve quelque chose qu'elle ne peut définir. Sa sensibilité ne parait pas modifiée cependant.

Dyschromatopsie : le jaune est vu blanc; le violet, bleu; le bleu, vert; le rouge, rouge ; le vert, jaune.

5 septembre. — Je l'endors presque complètement et assez facilement par la simple injonction et l'occlusion des paupières, puis je lui dis simplement de se réveiller aussi complètement que possible. Elle est prise aussitôt de secousses générales, mais n'arrive pas à se réveiller seule et je la réveille. Je ne lui ai pas parlé de recouvrer sa sensibilité, et me suis borné à lui dire de se réveiller. Les réactions ont été les mêmes que lorsque je dis de sentir, et en effet au bout de quelque temps elle a commencé à. sentir le contact douloureux d'une piqûre.

10 septembre. — Séance de resensibilisation. — Je lui dis d'abord : « Sentez vos pieds. Elle a d'abord des contractions rapides des orteils et des pieds, mais non accompagnées de sensations; puis elle éprouve des tiraillements. Alors elle a des réactions générales assez violentes, des soubresauts de tout le corps, avec contorsions des membres et du tronc, et des étouffements. Je la fais se reposer un moment, puis je recommence. A la reprise elle trouve que « <;a tire plus fort, ça picote aussi ». ++ + « Ça brûle. » A ce moment elle a recouvré- la sensibilité à la piqûre. + + + « Les nerfs se déchirent; ça casse. » Elle ne seul pas encore le contact. + -f- + « On dirait que c'est noué et que ça se dénoue. » + + + « Ça brûle plus forl ; ça se dénoue... il y a des nerfs qui tirent très forl. » Elle commence à sentir le contact aux pieds. Je lui ordonne alors de sentir depuis les genoux jusqu'au bout des pieds. Elle se met à faire des mouvements de flexion et d'extension des jambes, assez énergiques : « Ça lire. » + H — h « Ça tire jusque dans la cuisse. »

Voyant que la propagation de la sensibilité se fait spontanément, je lui dis de sentir ses jambes depuis les hanches jusqu'au bout des pieds. Elle a de grands mouvements d'extension et de flexion, avec des détentes brusques. Elle recouvre assez vite la sensibilité à la douleur pour tout le membre, avec une intensité croissante de la racine aux extrémités. Le sens musculaire commence à reparaître dans les orteils ; elle reconnaît bien si je touche ses pieds, mais se trompe dans la désignation de ses genoux, prenant le droit pour le gauche et réciproquement. Puis le tact revient peu à peu à droite, un peu plus obtus à gauche. + + + Elle prend encore ses pieds l'un pour l'autre, et sent moins bien à gauche qu'à droite ses orleils. Elle ne fait pas d'erreur du sens musculaire au niveau des cuisses, où le tact est plus obtus encore à gauche qu'à droite. + + + Je la réveille. Elle a de la confusion des idées, descend au jardin et ne reconnaît plus les autres pensionnaires. Elle marche avec beaucoup plus de facilité. Le soir elle ne se souvient de rien de la maison ; elle m'a déjà vu cependant, mais ne peut. préciser. Elle sent sa tète lourde ; il lui semble qu'elle vient de faire une grande maladie. Tout est vague ; tout le monde a une drôle de tète, el elle se met à éclater de rire. Elle me demande combien il y a de temps qu'elle est ici, qu'est-ce qu'elle y a fait. « Elle sent bien qu'elle est malade. » Elle se souvient d'une autre malade qui avait aujourd'hui de la parésie des bras, mais c'est la seule personne de la maison dont elle ait quelque

vague souvenir. « Je ne sais pas rassembler mes idées, » dit-elle. Elle se croit au mois de juin 1892.

Il septembre. — Je l'ai endormie hier soir pour la nuit. Ce matin, elle est toujours en 1892. Sa sensibilité et sa personnalité sont dans le même état. Je lui fais terminer le recouvrement de sa sensibilité des membres inférieurs, puis je passe aux membres supérieurs. Elle a des mouvements athétosiques des doigts, et quelques contractions des bras, mais ne sent rien dedans cependant. Puis elle éprouve des tiraillements, puis « ça brûle, <;a me fait mal ; il faudrait que <;a craque ». Je lui demande quoi? « Mes muscles, mes nerfs, je ne sais pas, moi, » dit-elle. Puis les tiraillements diminuent et elle commence à sentir la douleur, et ensuite le contact. Sa sensibilité est plus vive aux mains, alors qu'elle n'a recouvré que la perception de la douleur au niveau des bras. Le sens musculaire reparaît assez vite, d'abord à droite où elle ne fait pas d'erreur dans la désignation de ses doigts qui est erronée à gauche. -| — f- « Ça tire de plus en plus ; ça déchire. »

Quand la sensibilité est revenue dans ses différents modes dans les membres supérieurs, je la réveille. Elle se met à pleurer en appelant sa maman. Elle dit qu'elle a onze ans, et se croit au mois de mai 1883. Elle ne me connaît plus, ni moi, ni personne. Elle me raconte qu'elle n'a que deux frères (le troisième n'était pas né à cette époque) ; qu'elle est venue à Paris une fois à huit ans et y a eu la rougeole. Dans la journée elle joue au cheval, court avec une fillette de douze ans, joue à la balançoire, se plaint de ses jupes longues qui la gênent pour courir, et en réclame de plus courtes comme elle en met chez elle. Elle ne connaît pas les effets qu'elle a sur elle et qu'elle pense devoir être à sa mère.

12 septembre. — Elle s'est réveillée seule ce matin et est vite descendue jouer au jardin. Elle est dans le même état qu'hier. Je l'endors et lui dis de sentir son ventre et son bas-ventre. Elle a aussitôt des secousses, des soubresauts de l'abdomen et y éprouve des tiraillements, puis des crampes : -f- + « Ça pique, ça brûle. » Elle sent maintenant le contact et la douleur sur la paroi abdominale Puis tout à coup les mouvements s'arrêtent ; elle n'éprouve plus de mal. Elle a toujours onze ans et est en mai 1883.

Je lui dis alors de sentir son estomac. Elle a des frémissements et des secousses de l'épigastre, se secoue le tronc par petits mouvements dans tous les sens, mais ne sent rien encore. Puis « c'est lourd, ça brûle » ; + « Ça secoue ; c'est moins gonflé ;... ça ne brûle plus;... ça ne fait plus mal... ça ne secoue plus... il est plus petit. » Je lui dis alors de sentir en même temps son estomac et son ventre. Elle a des contorsions et de fortes secousses du tronc et du bassin. « J'éprouve une chaleur... des tiraillements... je sens un vide dans l'estomac... je n'ai plus mal du fout, je me sens bien... j'ai un peu faim. » — « Sentez complètement depuis l'estomac jusqu'au bout des pieds, » lui dis-je alors. Elle est reprise de grands mouvements du tronc, du bassin, des membres inférieurs : « Ça se détend, ça ne fait pas de mal. » Elle a toujours le même âge et est toujours au mois de mai 1883.

J'arrête alors la séance et la réveille. Le soir je l'endors.

l'hystérie. — II. 17

258 NATURE DE L'HYSTtiKIE

13 septembre. — Elle a ouvert seule les yeux ce matin et se trouve toujours dans le même état qu'hier. Après la séance hier elle avait eu faim, avait bien déjeuné. Mais le soir elle avait été prise de quelques brûlures à l'estomac.

Endormie, je lui rends complètement la sensibilité des membres inférieurs, du ventre et de l'estomac, qui avait un peu diminué. Quand elle n'y éprouve plus rien d'anormal, je lui dis de sentir depuis le cou jusqu'à la taille. Elle est prise aussitôt de trépidations des bras, de mouvements athétosiques des doigts, de contorsions du tronc, d'extension et de flexion du cou, de fortes inspirations, et d'ondulations du tronc qui roule sur luimême, -f Puis elle est prise de toux spasmodique, avec sifllemenls : « Ça gratte dans la gorge, ça m'étouffe. » Elle a du hoquet, des cris ressemblant au chant du coq, des inspirations saccadées, gutturales, des sifflements laryngés, puis des gémissements. A ce moment elle me dit que « ça se dilate ». Puis tous ces phénomènes disparaissent graduellement, et elle se met à respirer d'une façon haletante et profonde. Alors elle sent le chatouillement, le contact et la douleur dans toutes les régions du corps depuis le cou. Le sens musculaire est normal aux doigts et dans les divers segments des membres supérieurs. Elle a alors quatorze ans, et se eroil en juillet 1886.

Je lui dis alors de se sentir complètement depuis le cou jusqu'au bout des mains et des pieds. Elle sent maintenant battre son cœur et a une respiration un peu gémissante, et s'élire d'une manière générale. Je suspens la séance parce qu'elle est fatiguée. Elle est arrivée en août 1880. Quand je la réveille elle ne sait plus remuer les jambes. (Elle était paraplégique à cette époque et en traitement dans une maison de santé.) Elle se rappelle que je l'ai déjà soignée autrefois (lorsqu'elle étail revenue à l'âge de onze ans) et me dit qu'elle ne marche plus depuis deux mois.

Toute l'après-midi elle tousse spasmodiquement. Elle dit que c'est ainsi depuis qu'elle est allée en pension, à onze ans; qu'elle ne mangeait pas, parce qu'elle se déplaisait dans cette pension, qu'elle ne dormait pas non plus, mais qu'auparavant elle était bien portante. - J'étais malade depuis longtemps, me dit-elle ; j'ai eu de la lièvre, je me suis couchée, et je n'ai pas pu me relever. Mais déjà depuis quelque temps, quand je fermais les yeux je ne savais plus marcher. »

A 11 heures je la rendors et lui dis de se sentir depuis le cou jusqu'au bout des pieds. Elle est prise de toux, de dyspnée, de mouvements, de contorsions des bras, des jambes et du tronc. Elle arrive en juillet 1888, à seize ans. Je la réveille. Elle me reconnaît pour l'avoir déjà soignée il y a trois ou quatre ans. Elle me raconte qu'en sortant de la maison de santé où elle avait été soignée alors, elle ne sentait pas encore bien, et de fait elle eut trois rechutes de paraplégie en deux mois.

Elle sent la douleur comme un contact au visage, alors que ce matin sa face ne sentait rien du tout.

14 septembre. — Même état qu'hier. Elle se croit folle parce qu'elle a retrouvé des lettres datées de 189o auxquelles elle ne comprend rien. Au

lieu d'une gamine qu'elle était hier, c'est une jeune tille très réservée. Elle s'étonne de retrouver ici toutes les personnes qui y étaient autrefois et qu'elle a déjà vues quand elle croyait avoir onze ans.

Je l'endors et lui dis de se sentir complètement depuis le cou jusqu'au bout des pieds et des mains. Elle gesticule, et a surtout de la toux, des inspirations bruyantes, saccadées, des gémissements. Au bout de quelque temps elle est en octobre 1894 et a vingt-deux ans. Elle aura vingt-deux ans au mois de décembre, et sent qu'elle va retomber malade parce qu'elle s'est fait trop de chagrin de son mariage manqué. Elle sent qu'elle va retomber malade à ce qu'elle éprouve un malaise général, ne dort plus, a des cauchemars, n'a plus d'appétit. Elle ne peut s'empêcher de penser au jeune homme qu'elle voudrait épouser.

Je la réveille. Elle ne s'étonne plus cette fois et tout de suite me dit : « Je suis encore retombée malade ! » Elle me raconte ses chagrins ; elle se croit en novembre 1894.

15 septembre. — Je la laisse au repos. Elle ne rétrograde pas. Je l'endors le soir.

16 septembre. — Je continue à lui faire reprendre sa sensibilité depuis le cou jusqu'au bout des pieds el des mains. Elle arrive, après ses réactions habituelles à février 1895. Je lui dis alors de sentir le visage, la bouche, la langue. Elle fronce le nez, fait des happemenls des lèvres qu'elle contorsionne en tous sens, tire la langue, la remue, fait des grimaces du front, des joues. « Ça lire,... ça fourmille,... ça pique. » Elle sent maintenant la piqûre, le contact, le chatouillement de toute la face. Elle est au mois de septembre 1895, au commencement.

Le cuir chevelu est encore aneslhésique.

Je lui dis alors de sentir complètement sa tête. Aussitôt elle se met à la secouer rapidement de droite à gauche, se frotte la nuque contre l'oreiller : « Ça tire dans le cou. » — Elle cligne des yeux : « Ça tire aussi dans les yeux. »-{-+« Ca se rompt, ça se déchire. » + + On dirait que c'est noué et que ça se dénoue. » -f- + -f «. Ça fait moins mal, c'est surtout dans le cou, dans la nuque que ça fait mal. » -f- + + " Ça ^ire un peu dans les oreilles (les oscillations de la tète continuent)... et puis ça frappe aux tempes. » + + + « Ça commence à se détendre,., c'est moins lourd,... les nerfs tirent moins. » — Je lui demande : « Comment est votre tête ? » — « Elle est plus petite du côté droit... -f- -f- tout se délie maintenant... -f -f- Ça l>at encore un peu aux tempes (l'anesthésie du cuir chevelu a disparu, et les oscillalions de la tète sont très lentes)... Je sens encore un peu de fatigue dans le haut de la tête... + + Ça va bien maintenant, je ne sens plus que de la fatigue dans la tête, elle est lourde. » — D. Le combien sommes-nous? — R. Vers le milieu de septembre. — D. Sentez vos yeux complètement. — Elle se met à les cligner, froncer les paupières, remuer les sourcils : « Ça tremble dedans. » -j — h J'ai vu du blanc, du noir et puis comme une espèce d'arc-en-ciel... + -f Je sens bien ma tète maintenant? je dois être normale maintenant. — D. Le combien est-on aujourd'hui ; — H. Le 15 ou le 10. — D. Sentez-vous complètement de la tête aux

pieds. — Elle se livre à des contorsions générales. « C'est des énervements partout » ; après avoir un peu gesticulé des membres inférieurs, elle secoue le ventre, agite ses bras, se frotte le dos, enfin fait osciller sa tète. « Je suis encore un peu énervée dans la tête ». Puis les mouvements s'arrêtent, et elle n'a plus que de I oui os petites secousses de tête. — D. Qu'est-ce -qui vous empêche de vous réveiller? — R. Je ne sais pas, une pesanteur sur les yeux. — D. Sentez-vous complètement. — Elle cligne les yeux, fait osciller un peu la tête encore, se frotte les yeux avec la main, -f + + les ouvre, les ferme, les frotte, -f -f- s'étire des pieds à la tête comme quelqu'un qui se réveille, -f -f enfin se réveille complètement. « Je me sens bien, dit-elle, je ne suis plus la même ; il y a bien longtemps que je ne me suis sentie comme ça. » Elle ;i retrouvé tous ses souvenirs sauf des jours où j'ai commencé à la réveiller jusqu'au moment présent. Elle n'a plus de stigmates.

17 septembre. — Elle dort, dois heures celte nuit et se réveille spontanément. Ce matin je l'endors légèrement et la fait ressentir. Elle n'a presque rien perdu. Elle s'étire, a de petits soubresauts nerveux, et se réveille rapidement et spontanément tout à fait bien. Toute la journée elle est très bien. Le soir elle n'a pas envie de dormir et je l'endors. Sa sensibilité paraît cependant intacte encore.

18 septembre. — Elle s'est réveillée spontanément cette nuit à 3 heures et demie. Elle se sent très bien. Son champ visuel est normal; les autres sens, le réflexe pharyngien sont normaux. Elle n'a pas de troubles de la sensibilité, pas de points hyperesthésiques, pas de confusion des idées. Je ne l'endors pas le soir.

19 septembre. — Elle a dormi une demi-heure environ en trois ou quatre fois. Elle est dans le même état qu'hier. Son père vient la voir. Elle le trouve changé, très vieilli. Elle ne saurait dire exactement le changement qu'elle y trouve et qui porte sur toute sa personne. Elle lui raconte qu'elle ne voyait pas les feuilles des arbres comme elles sont, mais qu'elle les voyait bleues on blanches. Elle a une forte émotion en apprenant que son père est là et va la voir, et sa démarche devient aussitôt un peu spasmodique, surtout de la jambe gauche. Au bout d'un quart d'heure de visite elle commence à avoir de la confusion des idées et elle a perdu un peu de sensibilité surtout aux membres inférieurs, au ventre et à l'estomac. Je l'endors aussitôt et lui fais recouvrer ce qu'elle a perdu : réactions habituelles des membres, gargouillements du ventre et de l'estomac, puis grimaces de la face et secousses de tète, enfin réveil. Je lui referme les yeux en lui disant de sentir encore mieux sa tète. Elle est reprise d'oscillations de la tête; elle dit que ça lui tire dans les yeux, dans la langue, dans le front. Sa tête, qui lui parait lourde, se détend, se dégage ;... elle a encore quelques tiraillements dans les yeux; puis elle s'élire de tout le corps, -f- + Elle se congestionne fortement de la face. — D. Pourquoi devenez-vous rouge comme cela? — R. Mes idées s'embrouillaient; elles s'éclaircissent maintenant, ma tête devient plus légère. — Je la laisse enfin se réveiller spontanément. Tout parait normal. Je ne l'endors pas le soir.

20 septembre. — Elle a dormi trois quarts d'heure environ. Le matin elle est encore bien, mais elle a une tendance à la démarche spasmodique. Cela se passe seul dans la journée, et le soir je constate que sa sensibilité et son sens musculaire sont normaux. Elle n'a qu'une préoccupation, c'est de guérir complètement ; elle a peur des émotions.

Pour la difficulté qu'elle a à dormir je constate ce que j'ai déjà constaté pour d'autres : je lui ordonne de fermer les yeux; au bout de 15 secondes (die est prise d'un soubresaut général et les rouvre. Ces soubresauts se reproduisent ainsi continuellement chaque fois qu'elle cherche à tenir les yeux fermés. Elle me dit qu'il passe comme une ombre devant ses yeux au moment où elle a ces soubresauts. — Je l'endors.

21 septembre. — Elle est bien. Elle me reparle de son mariage : « J'y repense depuis que je suis bien, et je repense aussi à la maison : j'étais devenue indifférente à tout. »

Elle voit son père aujourd'hui et a encore une grosse émotion. Elle se met à trembler, est prise de secousses générales et perd sa sensibilité. Je l'endors le soir et la lui rends complètemeut. Pendant la visite de son père elle s'était remise à tousser. En lui rendant sa sensibilité elle a les réactions respiratoires : dyspnée, sifflements laryngés , ce qui indique le retour de la sensibilité des voies respiratoires. Elle me dit que lorsqu'elle a vu son père, ce qui a été touché d'abord ce sont ses jambes, puis l'estomac et le ventre.

Elle met assez longtemps à ressentir l'estomac. « On dirait que c'est noué. » Elle a des gargouillements, des secousses. Elle le sent d'abord gros et lourd, puis moins lourd, puis creux, puis enfui bien.

Du 22 au 25 elle reste dans le même état sans que j'y touche, sans que je l'endorme.

26 septembre. — La sensibilité est à peine diminuée d'une façon générale, et le sens musculaire est légèrement hésitant à gauche. Le dos, la gorge, sont le plus touchés et mettent le plus de temps à réagir. En dix minutes sa sensibilité revient complètement partout ; puis ça tire dans la tète, qu'elle secoue de droite à gauche. ++ « Ça tire dans le haut de la tête maintenant. » + Je lui dis de sentir bien ses yeux. Elle y éprouve des tiraillements, puis des picotements ; elle les fronce, les cligne, et au bout de quelques minutes se réveille seule. Mais quand je lui dis de fermer ses yeux elle a rapidement encore des soubresauls dans tout le corps qui la forcent à les rouvrir. Je la rendors et lui dis de mieux les sentir. Elle les cligne, les sent encore un peu lourds; j'insiste, elle a de nouveaux clignements et de petits tressaillements dans tout le corps : « Je suis un peu énervée. » Je lui maintiens tout le temps le pouce entre les deux yeux comme pour l'endormir pendant qu'elle réagit. Elle devient enfin tout à fait calme ; ses yeux clignotent de moins en moins, tiraillent encore un peu, puis plus du tout, puis finissent par s'ouvrir complètement. Elle les frotte el s'éveille se sentant tout à fait bien. Elle peut les maintenir fermés volontairement.

Dans la journée elle voit son frère et a encore une émotion assez vive.

27 septembre. — Elle a dormi une heure cette nuit. Je lui fais faire une promenade. Elle hésite pour franchir la porte, a peur de la rue ; elle va jusqu'à un parc à cinq minutes delà, s'assoit, et tout à coup « ses idées se brouillent, elle perd sa sensibilité surtout des jambes et de la tête ». On la ramène, et je lui fais recouvrer rapidement sa sensibilité. Quand tout parait revenu elle s'éveille, mais je lui referme les yeux et lui dis de se sentir encore mieux la tête : aussitôt grimaces de la face, tiraillements dans la tête, froncements et clignements des yeux ; énervement général ensuite, petites secousses dans le bras gauche. Tout cela est assez long à revenir complètement, quoique cela parût l'être. Enfin les yeux clignent encore un peu et elle s'éveille cette fois tout à fait bien.

28 septembre. — Ce matin elle était encore un peu fatiguée d'hier, les idées un peu floues ; elle n'avait que peu ou pas dormi. Elle écrit une lettre chez elle, et au beau milieu, sa sensibilité disparaît un peu, surtout à la tête ; la face est anesthésiée ; la tête a de la confusion. Je l'endors le soir.

29 septembre. — Je lui fais recouvrer toule sa sensibilité.

1er octobre. — Elle a dormi environ une heure ces deux dernières nuits, en trois ou quatre fois, mais elle ne peut encore maintenir ses yeux fermés sans sursaut, longtemps après les séances.

2 octobre. — Je la fais ressentir complètement jusqu'à ce qu'elle puisse garder ses yeux fermés sans secousses.

3 octobre. — Cette nuit elle a dormi une heure et demie en trois fois. L'après-midi elle a la visite de son frère qui se prolonge un peu trop longtemps ; elle se fatigue et reperd un peu de sensibilité des jambes, de l'œil gauche qui se met à loucher avec strabisme convergent léger. Elle se senl lasse et s'étire elle-même pour recouvrer sa sensibilité. A la suite elle est mieux.

4 et 5 octobre. — Elle dort environ une heure et demie, deux heures par nuit.

6 octobre. — Elle perd subitement toule sensibilité, ses idées deviennent confuses, et elle retombe à l'âge de seize ans. Endormie, elle revient vite à son âge réel, et m'explique qu'aujourd'hui dimanche, moins occupée que les autres jours, elle s'est remise à penser à son mariage et que peu à peu ses idées se sont brouillées, qu'elle a perdu conscience du lieu où elle se trouvait. Je constate que malgré l'idée ('motionnante qui a déterminé l'anesthésie, ses jambes ne se sont pas paralysées, parce qu'en effet à seize ans elle en avait l'usage et qu'en réalité son idée et sa paraplégie n'ont aucun rapport.

8 octobre. — Hier, je ne lui avais rendu complètement que la sensibilité depuis la nuque jusqu'au bout des membres. Aujourd'hui terminaison de la tête et des viscères. Réactions habituelles. Réveil complet.

9 octobre. — Le soir elle est un peu obnubilée.

10 octobre. — Elle a dormi deux heures. Elle se sent beaucoup mieux ce matin et ne demande pas mieux que d'aller se promener. Sa sensibilité est normale, ce qui prouve qu'elle a tendance à revenir spontanément quand elle disparaît un peu.

Elle va se promener et celle fois ce n'est qu'an retour qu'elle perd ses jambes d'abord et sa tête ensuite. Je lui dis de recouvrer elle-même sa sensibilité ens'étirant, en fixant son attention sur les- parties anesthésiées. Elle y parvient pour la plus grande part, mais après dîner tout ce qu'elle a gagné repart. Je l'endors pour la nuit.

li octobre. — Je lui fais recouvrer ce matin toute sa sensibilité et la fais sortir l'après-midi. Elle se comporte beaucoup mieux, mais une petite émotion qu'elle a eue en route lui fait reperdre encore un peu la sensibilité des jambes, et sa tête s'embrouille un peu. Son réflexe plantaire quoique existant encore est très atténué ; la jambe gauche est la plus atteinte. Néanmoins la sensibilité à la piqûre persiste encore un peu. Endormie elle recouvre rapidement son état normal.

12 octobre. — Elle doit avoir la visite de son père et cette idée Fémolionne. Elle a un peu de confusion de la tête et perd un peu de la sensibilité de l'estomac et de la jambe gauche. Pendant la visite ces troubles augmentent et elle perd presque complètement la sensibilité de la jambe gauche qui reprend une démarche spasmodique.

13 octobre. — Je lui fais recouvrer complètement sa sensibilité. Sous l'influence des efforts qu'elle fait à la lin, ses yeux, sa face se congestionnent considérablement.

15 octobre. — Elle a dormi ces deux nuits une heure et demie à deux heures. Dans une sortie que je lui fais faire moi-même, elle reperd encore sa sensibilité.

17 octobre. — A la suite d'une visite de son frère, sa tête se brouille un peu et elle sent un peu moins ses jambes. Gela revient spontanément.

18 octobre. — Elle a dormi près de deux heures. Hier elle avait eu la paupière droite œdématiée ; aujourd'hui c'est l'œil gauche. Cet œil est en même temps un peu injecté et la picote, et elle sent quelque chose de froid lui couler le long du dos. Elle a des points légèrement douloureux aux omoplates et un léger rétrécissement du champ visuel.

22 octobre. — Hier elle avait un peu de strabisme de l'œil gauche. La tète est anesthésiée complètement ; le reste de la sensibilité est diminué seulement. Je l'endors et la fais recouvrer complètement sa sensibilité.

28 octobre. — Je n'y ai pas retouché depuis le 22 octobre. Elle a reperdu un peu de sensibilité, surtout de la tête, qui est anesthésique avec rétrécissement du champ visuel. Le 26 elle avait du strabisme de l'œil gauche et voyait double (paralysie du moteur oculaire externe gauche). Elle ne dort plus depuis deux nuits.

Je reprends la réfection de sa sensibilité membre par membre, organe par organe. C'est maintenant la sensibilité de la tête qui disparaît le plus sans cependant amener de régression de personnalité. Mais je constate que certains organes qui paraissaient être revenus à la normale ne le sont pas tout à fait, par exemple l'estomac, l'abdomen (constipation, aménorrhée), les adducteurs des cuisses, en particulier.

31 octobre. — Elle se détraque encore à la suite d'une sortie en voiture,

26i NATURE DE L'IIYSTEKIE

mais elle arrive à recouvrer seule sa sensibilité, et dort deux heures la nuit suivante.

4 novembre. — Je lui rends de nouveau toute sa sensibilité qu'elle a perdue à la suite de la visite de sa mère le 2 novembre, et qu'elle a recouvrée elle-même presque complètement. La sensibilité des bras ne se perd jamais. A quatorze ans, on avait constaté le rétrécissement du champ visuel, parait-il. A chaque visite de sa mère, le 5 et le 7, elle a reperdu un peu de sensibilité.

8 novembre. — Depuis hier soir elle a une douleur de caractère ostéocope dans le coude gauche el je constate que la sensibilité y est très diminuée sur un point limité, tandis qu'elle est diminuée légèrement sur tout le reste du corps. Je prends sa main et à l'état de veille je lui dis : « Laissezvous aller sans crainte de plus souffrir.» Elle relâche son bras qu'elle tenait fléchi et un peu raidi de peur des mouvements et sa douleur disparaît. Avec elle la mobilité absolue du coude revient.

12 novembre. — Je l'ai laissée livrée complètement à elle-même. Sa mère Ta vue tous les deux jours. Elle a reperdu un peu de sensibilité et sa démarche est redevenue un peu spasmodique. Elle est sortie dimanche et est rentrée en assez bon état; c'est depuis lors que ses jambes sont redevenues légèrement contracturées et oui reperdu de leur sensibilité. Elle estressorlie aujourd'hui seule avec sa 'mère, ce qui l'a fortement émotionnée. Jusqu'à mi-chemin elle a bien marché ; mais au retour sa jambe gauche s'est contracturée, elle a marché sur le boni externe du pied. D'elle-même elle arrive à faire passer la plus grande partie de ces phénonènes. Mais je suis obligé de l'aider pour arriver à recouvrer sa sensibilité complète.

13 novembre. — Elle a dormi une heure et demie.

16 novembre. — Les jambes sont de nouveau légèrement aneslhésiques et contracturées en marchant. Elle a de petites élevures douloureuses aux oreilles et au cou, comme des papules d'urticaire, où je constate de l'anesthésie sur la papule "et dans une petite zone qui l'entoure.

14 décembre. — Depuis quelques jours elle est agitée la nuit et ne peut tenir en place dans son lit : « C'est, me dit-elle, comme quand je travaille » (je reprends ma sensibilité).

18 décembre. — Elle reperd graduellement sa sensibilité depuis quelques jours ; sa démarche redevient légèrement spasmodique, surtout de la jambe gauche. Le sens musculaire est perdu. Le champ visuel est rétréci, et elle a des points douloureux dans la tète, au vertex, à la nuque, et dans les reins. Séance de recouvrement de la sensibilité. Elle ressent d'abord ses jambes et en même temps se met à éprouver des picotements dans la gorge qui l'étouffent et la font tousser. Elle a de fortes réactions des membres inférieurs, des lombes, du bassin. La sensibilité revient difficilement et lentement. Je la laisse reposer au bout d'une heure el la réveille.

19 décembre. — Elle me raconte — souvenir qui ne lui était pas encore revenu — qu'à huit ans elle est restée endormie pendant deux jours. Le matin elle n'avait pu se réveiller ; elle avait les dents serrées, ne pou-

?ait parler mais entendait ce qu'on disait, el ne pouvait faire aucun mouvement.

Séance aussitôt après qu'elle m'a raconte ce fait, auquel je ne parais pas al lâcher grande importance. Elle a de fortes réactions motrices, mais sa sensibilité ne reparaît pas. Puis elle a des points douloureux partout, sur tous les points du corps et de la tête. Je lui dis alors de se sentir des pieds à la tête. Elle est prise de tortillements, de contorsions violentes, puis tout à coup elle se met à pleurer et marmonne des mots en zézayant- — D. Quel âge as-tu? — R. Dix ans. — D. Pourquoi pleures-tu? — R. Je me suis mise en colère; j'ai mal à la tête. — D. Depuis quand? — R. Depuis longtemps. — D. Pourquoi te mets-tu en colère? — R. Je ne sais pas; ça me fait mal dans le dos; je ne peux pas m'en empêcher. — Elle continue ses mouvements réaclionnels, et bientôt elle me répond qu'elle a oeuf ans. Elle me raconte qu'elle est surtout malade depuis une grande colère à la suite de laquelle elle s'était endormie, à l'âge de huit ans. On la piquait el elle ne sentait pas : « Je ne sais pas pourquoi je me mets en colère comme ça, dit-elle, je lape ; on me met de l'eau sur la tète ; je me roule.., et puis je ne dors pas, je saute; je vois des diables, j'ai peur du noir, -f -f Tortillements généraux : « Ça fait mal à la tète... Oh ! pas beaucoup, lu sais !» — Ace moment elle est anesthésique totale mais sans points douloureux. Elle a huit ans. « Je suis déjà grande ; je joue au cheval; tu sais pas, avant-hier j'ai dormi; alors aujourd'hui je joue, on m'a donné congé pour ne pas travailler; hier je dormais encore un peu, mais pas aujourd'hui. » — D. A propos de quoi dormais-tu? — R. Mais je m'étais mise en colère et puis je ne pouvais plus faire comme ça. (Elle fait une grande inspiration.) + + Elle se calme, s'élire doucement. Sa sensibilité est revenue partout. Elle a huit ans. Elle croit que c'est le mois de mai : « Il fait beau, j'aime bien quand on est au printemps, on court dansée jardin; je cours fort moi. » Elle me dit qu'elle n'a mal nulle part, qu'elle mange bien, mais n'aime pas le pain, et dort toujours peu. -f- -\- « J'ai toujours un peu mal dans la tête et dans le dos quand on me touche. » H — \- Je lui dis de se bien sentir de la tête aux pieds. Elle a des tortillements généraux, puis me dit : « Tu ne sais pas, je suis fatiguée. — D. De quoi? — R. Je ne sais pas; je suis fatiguée depuis que j'ai dormi; c'est drôle, je ne devrais pas être fatiguée de dormir.... lu ne sais pas, j'ai mal aux yeux ; je ne vois pas bien clair ; je ne suis pas bien réveillée, mais je vais bien me réveiller ; et puis j'ai toujours mal là... (Elle me montre son sein gauche.) Tu es médecin? lu vas me guérir; ils sont venus, mais ils ne savent pas ce que j'ai. » Elle est toujours au mois de mai, à huit ans. + -f -)- D. Que sens-tu? — R. Dans la tète et dans le dos c'est des petits fils. + + « Tu sais que j'ai mal dans le pied gauche. » Elle me montre sa cheville où je constate de ranesthésie localisée, tandis que tout le reste de la jambe sent bien. -\ — |- Elle est au mois de juin, et se réjouit des vacances qui approchent. Elle entend tout ce qui se passe et se dit, en dehors de moi. -f -{- Elle est au mois d'octobre ; elle aura neuf ans à Noël. + + « J'ai mal là où ça plie (elle me montre sa taille),

où les dames ça fait plus petit. » Elle a des points hyperesthésiques aux lombes. + -j- Elle est maintenant au mois de novembre, elle se plaint toujours de ses chevilles surtout à gauche. -f -f- Elle a un peu de douleur à la nuque à la pression. + + Elle est au 45 décembre : « Dans dix jours j'aurai neuf ans. » -f- Février 1882 ; elle est fatiguée ; je la réveille. Même étonnement que la première fois, mais vite dissipé. Sa sensibilité parai! normale partout, sauf les deux chevilles qui sont anesthésiques sur une hauteur de 6 ou 7 centimètres; elle me dit qu'elle se tord toujours les pieds en courant.

20 décembre. — Je la laisse à l'âge de neuf ans loute la journée et elle se comporte comme une enfant de son âge.

21 décembre. — Elle souffre des genoux : elle a de l'anesthésie des membres inférieurs, et une démarche un peu spasmodique. Elle a un point douloureux au vertex et un léger rétrécissement du champ visuel.

Séance à 3b, 5. — Elle a d'abord des mouvements des membres inférieurs. A 31', 10 elle a dix ans ; à 31', 25 elle a onze ans. -J- -\- Elle se plaint des reins, et repasse à dix ans ; puis elle revient à onze ans et la douleur des reins cesse. Elle reste longtemps à se tortiller et sans avancer. A 3h, 37 elle a onze ans et demi. Elle est prise d'étouffements et a une ébauche de crise. Puis de nouveau elle progresse très difficilement. Ses jambes, dont elle se plaint aux genoux et dans le haut des cuisses, sont anesthésiques. -j — \- Elle est prise de toux spasmodique, avec reprise coqueluchoïde, chant de coq. -f -f A 3'1, 45 elle a douze ans; + -f- A 3i>,52 elle a mal partout, ne peut plus respirer, est anesthésique totale avec de nombreux points douloureux ; elle a quatorze ans. + + Elle a de la toux spasmodique et des étouffements. Cela dure pendant dix minutes. C'est l'époque où elle a été malade et a dû se faire traiter dans une maison de santé. Je lui dis de se sentir de la tête aux pieds. En trois minutes elle passe à quinze ans ; il est 4 heures. Sa toux spasmodique reprend ; à 4h, G elle a seize ans; la sensibilité est revenue aux membres; -j — \- à 4h,8 elle a dixsept ans; elle élire fortement ses jambes qu'elle dit n'être pas souples ; + -f- à 4'',17 elle a dix-huit ans ; + -f à 4'>, 25 elle a dix-neuf ans ; elle a des points douloureux à la nuque; elle est en juillet 1892. Les mouvements se calment; reptation, tortillements plus lents; -\ — {- à 4>',35 elle se plaint de douleurs dans les reins ; elle a vingt ans ; les lombes, l'estomac sont anesthésiés et douloureux ; point au vertex ; tout le reste du corps est sensible ; elle baille. -\ — \- Elle a vingt et un ans à4i>, 40. La toux spasmodique reprend; en même temps elle a de l'anesthésie de la gorge, alors qu'elle a sa sensibilité dans toutes les régions voisines. -) — f- Elle se croit le 6 décembre 1894, puis le 8. Je la réveille alors. Elle n'est pas très étonnée celte fois. C'est le 4 décembre qu'elle est tombée malade. Elle a beaucoup pleuré à la suite d'une lettre concernant son mariage. Elle est aphone et tousse : « J'ai toussé toute la nuit, » dit-elle. Elle est presque complètement anesthésique, marche très mal, et a de la confusion dans les idées.

23 décembre. — Je l'ai endormie hier soir pour la nuit. Ce matin continuation de la séance. Je lui ordonne de se sentir de la tète aux pieds. Elle

est prise de mouvements de reptation, de toux spasmodique. Au bout de peu de temps elle est en février 1895. En quatre minutes elle est en juillet 1895 ; en cinq minutes elle arrive au 18 décembre, et enfin au 23, c'est-à-dire qu'elle est revenue à aujourd'hui. J'arrête alors. Toute la sensibilité est revenue, sauf celle de la face et du crâne. Je lui dis alors de sentir sa tète complètement. Elle se met à la faire osciller latéralement, à se frotter la nuque, puis enfin s'éveille : « Tiens, c'est drôle, s'écrie-t-elle, je ne vois plus de la même façon ; je vois tout plus clair ; je suis fatiguée, j'ai comme envie de dormir: je ne vois plus les choses de la même teinte. » La sensibilité parait normale partout et elle n'a plus de rétrécissement du champ visuel, ni de stigmates. Endormie ce soir, elle a encore un point douloureux dans les reins.

24 décembre. — Elle s'est réveillée seule aujourd'hui. Sa sensibilité est très diminuée partout; elle a du rétrécissement du champ visuel, de l'achromalopsie ; des points douloureux au vertex, à la nuque, aux lombes. Je constate que les adducteurs de la cuisse, les fosses iliaques, les tenseurs du fascia Iata, ne sentent pas bien et sont encore douloureux. Leur sensibilité revient très difficilement. Au contraire celle de la tête reparaît complètement. Elle m'avoue n'avoir jamais bien senti, les autres fois, les muscles que je viens de lui faire ressentir. Fatiguée, je la réveille. Elle ;i encore des points au vertex, au renflement lombaire et aux adducteurs.

25 décembre. — Séance méthodique en commençant par les pieds et en remontanVpendant laquelle elle remarque que « ça lui tire dans les reins quand elle sent ses intestins ». Quand j'en suis arrivé à la sensibilité de la tête, elle éprouve dans tout le corps des tiraillements qui en parlent, et l'estomac et le ventre se remettent à gargouiller.

4 janvier. — Elle se plaint toujours des reins et de la hanche droite, et marche un peu difficilement à cause de la douleur. La sensibilité est un peu émoussée, mais par plaques seulement elle est perdue. Le champ visuel est rétréci; et elle a des points douloureux dans la tête. Elle sait bien qu'elle est en janvier 1896, mais malgré elle elle se figure n'être qu'en 1895.

Endormie hier soir, je lui demande aujourd'hui le combien on est. Elle me répond : « le 23 décembre 1894 ».

Séance : Tortillements généraux ; toux, etc. Elle arrive rapidement au l01' janvier 1895. Parvenue au 4, elle y reste longtemps malgré mon insistance. Elle passe ensuite assez vite au mois d'avril. Elle a mal dans le jambes, dans toute la colonne vertébrale, puis dans le cou. -f- + Elle arrive vite au 3 janvier 1896. A ce moment elle sent bien de partout, mais les reins, les adducteurs, lui font toujours mal et même davantage. Elle a des points dans la tête. Je lui fais ressentir plus complètement le ventre et l'estomac. Elle s'étire encore et finit par se réveiller, en apparence normale comme sens et sensibilité générale, mais ayant encore des douleurs musculaires dans les muscles lombaires, quoique en ces points la sensibilité cutanée soit normale. Elle n'a plus de points dans la tête.

19 janvier. —Elle a toujours sa démarche un peu spasmodique. Elle sort en promenade et rentre en bon état.

268 NATUItE DE L HYSTERIE

22 janvier. — Séance où elle ne peut encore parvenir à sentir complètement ses muscles qui restent douloureux.

24 janvier. — Tout à coup après déjeuner elle est prise d'une sorte de vertige. Elle voit tout le monde autour d'elle avec le visage tout pâle et un air effrayant, tandis que tous les objets deviennent rouges. Elle s'affole de ce spectacle, ne se rend plus compte où elle est, demande aux gens qui ils sont, puis peu à peu tout se dissipe ; elle se plaint de souffrir de la tête, semble s'endormir, se frotte les yeux. Elle a reperdu toute sa sensibilité. Je l'endors, la laisse reposer, et lui fais ensuite recouvrer un peu de sensibilité.

3 février. — Séance de réveil général. Toute la sensibilité est 1res diminuée partout, surtout aux jambes, sauf les bras. Réactions habituelles. Elle recouvre ses jambes, son ventre et son estomac en partie.

8-10 février. — La démarche est toujours spasmodique. Elle a de la douleur à la pression des muscles lombaires et des adducteurs. La sensibilité du ventre et de l'estomac est incomplète. Séance le 10 février, qui ne donne que des résultats incomplets. Depuis le mois de décembre il y a eu un arrêt marqué dans le retour à la santé. Depuis qu'il est question de son départ, Jeanne, qui s'est prise d'une amitié excessive pour une de ces compagnes, fait tout ce qu'elle peut pour ne pas guérir, malgré le désir qu'elle en exprime, et cbercbe tous les prétextes possibles pour prolonger son séjour.

26 février. — Il y a des froids depuis quelques jours, qui l'engourdissent. Elle n'a pas encore recouvré la sensibilité normale de l'estomac et du ventre, sa démarche est saccadée, déhanchée. Après le déjeuner elle est prise dehors tout à coup de vertige, sa tète lui semble se vider; elle se contracture des quatre membres, après avoir toussé beaucoup et d'un ton rauque ; puis elle revient à elle au bout de quelques minutes, après quelques secousses générales.

27 février. — Je l'endors et lui ordonne de se réveiller complètement de la tète aux pieds : étirements généraux, sensation de coups de marteau dans la tète, inspirations rauques, puis gémissements, contractures généralisées en extension. « C'est comme si on me déchirait partout. » Enfin au bout de quelque temps elle se détend. Elle ne se rend pas compte de ce qu'elle a éprouvé. Elle a soif el ('prouve des fourmillements des pieds à la

tète.

Je la laisse reposer et commence à la réveiller. Elle a encore la sensation d'une barre en travers de l'estomac. La sensibilité du ventre esl bien revenue. Elle a îles soubresauts dans l'estomac et dans les lombes qui sont douloureuses à la pression. Je la fais ressentir le plus possible de la tête aux pieds. La sensibilité revient partout, mais pas bien à l'estomac. Je la réveille.

A peine a-t-elle commencé' à manger qu'elle est prise d'une attaque à point de départ gastrique : douleur conslrielive de l'estomac, sensation d'angoisse, étouffemcnls, crainte de mourir, perle de connaissance, cris, pleurs, torlillements généraux. Puis elle rouvre les yeux, fatiguée, avec des fourmillements partout.

28 février. — Ce malin je continue à lui faire ressentir l'estomac. La barre disparait, puis les soubresauts, puis elle sent que « cela se creuse », et enfin elle a faim. Elle n'a plus de secousses dans les reins qui ne sont plus douloureux. Je lui dis de se sentir des pieds à In trie et (die se réveille. A plusieurs reprises je lui referme les yeux, la fais s'étirer et se détendre; elle cesse d'éprouver des fourmillements, et se réveille. Elle n'a plus de rétrécissement du champ visuel, plus de douleurs des reins, et le creux épigastrique sent comme le reste du corps. Elle marche presque complètement bien, mais les adducteurs des cuisses sont encore aneslhésiés et douloureux à la pression. A peine a-t-elle commencé à déjeuner que, de nouveau, elle est prise d'une crise gaslralgique. J'en profite pour lui faire immédiatement ressentir l'estomac qui est redevenu anesthésique et douloureux. Elle recouvre sa sensibilité gastrique et continue à déjeuner sans accident.

29 février. — Elle a encore une crise légère au milieu du déjeuner, à la suite de laquelle elle sent de nouveau bien et marche bien. Elle quitte l'établissement aujourd'hui après une séance générale.

1er mars. — Elle a eu encore une crise à son dîner le 29 et une ce matin. Ces douleurs des lombes reparaissent un peu à la suite et la démarche est par suite plus mauvaise. Dès la crise passée, elle se remet à manger et n'a plus que de la douleur, de la brûlure à l'estomac.

2 mars. — Séance. Toute la sensibilité est diminuée, surtout au ventre et à l'estomac. Tout revient très vite et bien. Le soir, (die n'a pas de crise, mais seulement encore un peu de douleur. Elle quitte alors Paris le 7 mars.

Le 3 avril elle perd sa grand'mère. Elle est fortement émue, se met à tousser et perd la voix. Le jambe gauche commence à se paralyser, puis la droite. Elle a encore quelques crises. Elle est totalement anesthésique, indifférente à tout, avec une grande confusion des idées, absence d'appétit, etc. Bref, rechute complète.

18 mai. — Endormie, elle se croit 'en décembre 1894 (époque où elle a en effet commencé d'être malade).

Elle recouvre la sensibilité de ses jambes avec les réactions habituelles, puis se met à tousser, à avoir des gargouillements dans le ventre et dans l'estomac, et quand elle commence à mieux sentir sa gorge elle se croit en février 1895.

J'insiste alors spécialement sur la sensibilité des membres inférieurs. Quand elle sent les hanches, je lui demande si elle peut marcher. Elle me répond que non. Je lui demande alors à quelle époque on est. Elle se croit le 10 décembre 1894. Elle vient donc de rétrograder, à l'état où elle était alors.

Elle recouvre la sensibilité de sa gorge, s'étire, et se croit le 20 mars 1895. Elle retrouve en partie sa voix, mais ses jambes redeviennent anesthésiques. Sa personnalité varie donc suivant l'état de l'organe sur lequel j'attire son attention et autour duquel elle fait graviter foute sa personnalité. Elle arrive ensuite à juillet 1895 alors qu'elle était chez moi. Je la

270 NATURE DE L'IlYSTEfUE

réveille alors et en ouvrant les yeux elle dit : « Tiens, je croyais que j'étais chez vous. »

20 mai. — Séance. Elle est toujours le 11 juillet. Elle repasse vite les mois d'août, septembre, octobre 1895. A ce momentje constate une interversion complète de la sensibilité, elle prend un coté' pour l'autre. C'est la raison pour laquelle à cette époque elle ne pouvait plus écrire. Elle me dil que ce qui ne va pas surtout, c'est la tête et l'estomac.

Je la fais sentir de la tète aux pieds et elle arrive, après avoir ébauché une crise gastrique comme elle en avait à son départ de la maison, au 21 mars. Je la préviens qu'elle a changé de maison et où elle se trouve. Je l'éveille alors.

21 mai. — Même état qu'hier. Je lui fais ressentir les jambes d'abord. Tout à coup elle se met à pleurer : « Je ne la verrai plus, » s'écrie-t-elle ! Elle est au 4 avril quand on lui a appris la mort de sa grand'mère. Au bout de quelques jours elle me dit qu'à ce moment « elle ne s'est plus sentie comme avant », qu'elle a été tout « ahurie » ; elle a eu une crise, « et n'a plus rien senti ». Je la ramène jusqu'à aujourd'hui et je la réveille. Elle n'a que la sensibilité des membres inférieurs et en partie. Le reste du corps est anesthésique.

Tous les cinq ou huit jours j'ai continué à lui rendre ainsi sa sensibilité. Elle a fini par se réveiller seule à la fin des séances et avec toute sa sensibililé. Ce qui mit le plus de temps à revenir fut l'estomac et les reins. Elle eut encore quelques ébauches de crises gastriques, et même quelques grandes crises d'hystérie au mois de juin pendant certaines journées d'orage. Mai? au lieu de perdre sa sensibilité à la suite elle la conservai! au contraire assez bien.

Enfin elle recouvra complètement la sensibilité de l'estomac en repassant par toutes les phases habituelles, précédemment décrites el il resta les reins et les adducteurs des cuisses qui étaient encore un peu anesthésiés et douloureux soit à la pression, soit dans les mouvements volontaires et empêchaient la marche d'être tout à fait normale.

Mais dans les dernières séances elle recouvra foute la sensibilité de ces muscles et put marcher normalement. Elle quitte Paris le 1er juillet 1890.

Remarques. — Il s'agit là d'un cas ancien d'hystérie, ayant débuté à l'âge de huit ans à la suite d'une violente colère, par une crise cataleptiforme ou somnambulique, puis s'étant manifestée de nouveau à l'âge de quatorze ans, et enfin, sous l'influence d'une contrariété produite par un mariage manqué, reparaissant de nouveau très aggravée, ayant envahi toute la sphère viscérale, à vingt-un ans. Sous l'influence de l'isolement, de la rééducation de la marche elle revient spontanément à l'époque où elle commençait à tomber malade et marchait moins bien, un an auparavant, ce qui confirme ma théorie, sans que j'aie eu besoin d'intervenir, et sans que par

suite ce suit à cette intervention qu'il faille attribuer les phénomènes décrits ici. Puis, lorsque je réveille sa sensibilité organe par organe les troubles hystériques disparaissent en même temps que la sensibilité revient, soit que j'agisse d'une façon générale, soit sur un organe en particulier. La rechute qu'elle fait sous l'influence de l'émotion causée par la mort de sa grand'mère montre nettement le mécanisme de l'hystérie dans les cas analogues. Enfin il faut citer comment, lorsqu'elle perd la sensibilité, il y a en même temps régression parallèle de sa personnalité.

Hystérie datant de l'enfance. — Paralysie, attaques convulsives, spasmes laryngés, dyspnée, anorexie, vomissements, insomnie. — Rééducation de ta nia relie, amélioration de Vétat général par V isolement et le traitement psychique ordinaire ; étal stationna ire. — Réveil de la sensibilité : disparition des accidents hystériques. — Régression de la personnalité d'abord à dix ans, puis à deux ans. — Instabilité assez grande de la sensibilité. — Application du procédé de restauration de la sensibilité par la malade elle-même. — Guérison.

Mllc Pauline L... âgée de vingt et un ans, est entrée à la villa Montsouris le 1er juillet 1895, et est sortie le 1er mars 1896.

Etat actuel. — 2 juillet. — Anesthésie complète de la peau, dans tous les modes de la sensibilité générale. Le sens musculaire est perdu ainsi que la notion de position des membres. Elle a des secousses dans les bras, et des soubresauts de tout le corps extrêmement fréquents. Elle est incapable de marcher et présente de la paraplégie, avec exagération des réflexes patellaires et abolition des réflexes plantaires. Ses jambes se dérobent sous elle quand on cherche à la faire tenir debout, et si on veut la faire progresser en la soutenant elle laisse traîner ses jambes derrière elle, enchevêtre ses pieds, est incapable de dire où ils sont, et de les remuer, même en y prêtant attention.

Elle a un rétrécissement considérable du champ visuel des deux côtés. L'ouïe est diminuée des deux côtés ; anesthésie du goût ; abolition du réflexe pharyngien. Anorexie ; spasmes de l'œsophage ; crises d'étouffements avec perte de connaissance presque complète quand elle essaie de manger; vomissements par périodes.

Crises de dyspnée ; dyspnée d'ailleurs permanente, avec exaeerbations le soir entre 4 et 5 heures; inspiration sifflante; toux spasmodique; aboiements.

Anesthésie de l'estomac, de l'intestin; elle sent cependant le besoin d'aller à la selle ou d'uriner.

Points douloureux au vertex, à la nuque, interscapulaire, ovariens surtout à gauche.

Aprosexie très marquée ; elle ne sait jamais les dates, quel jour on est, ni le soir ce qu'elle a fait le matin. Elle met beaucoup de temps à com-

prendre ce qu'on lui dit; elle est incapable de faire de la musique, de lire, de s'occuper à quoi que ce soit.

Insomnie complète.

Antécédents héréditaires. — Sa mère est nerveuse. Son père est mort de congestion cérébrale.

Antécédents personnels. — Elle a toujours été délicate. Toute enfant elle avait mal aux yeux. Elle avait l'estomac délicat. Chaque fois qu'elle allait en voiture ou en chemin de fer elle avait des vomissements. A partir de sept ans, elle souffre à tout propos de l'estomac. Dès l'âge de dix ou onze ans elle avait une mauvaise démarche, traînante, avec les reins peu souples, douloureux quand elle se pliait. A quinze ans cette démarche s'est accentuée. Elle tirait surtout la jambe gauche. A dix-neuf ans elle est prise de douleurs de tête violentes et a de nombreuses attaques avec spasmes laryngés, étouffements, toux rauque, aboiements. La paraplégie va en augmentant et arrive à être complète en 1894. En outre, elle a de l'anorexie depuis très longtemps et des vomissements constants. Au commencement de 1895, elle est prise d'une sorte de pseudo-méningite avec douleurs de tète extrêmement violentes, vomissements, crises convulsives qui la confinent au lit plusieurs mois. Dès que le calme est un peu revenu, c'est alors qu'on me l'a amenée.

14 juillet. — Pendant les premiers jours elle a eu des crises d'étouffement et d'aboiement qui ont cessé au bout de huit jours.

Dès le premier soir je l'ai fait manger, malgré son refus d'alimentation, par simple injonction, comme je fais ordinairement pour les anorexiques, et en l'empêchant de vomir, malgré ses efforts.

Aujourd'hui je commence à lui faire fixer son attention sur ses membres inférieurs. Je lui dis de bien regarder ses pieds et en même temps de les sentir. Au bout de peu de temps d'attention soutenue, elle commence à y ressentir des tiraillements qui se propagent dans les jambes et se traduisent par des sursauts brusques. J'insiste et les tiraillements se font sentir jusque dans le bas-ventre et les reins. J'essaie alors de lui faire soulever le pied de terre. Elle y arrive, mais avec des trépidations excessives.

Enfin elle parvient après plusieurs exercices de ce genre à tenir la jambe presque étendue, le pied suspendu en l'air, landis qu'elle est assise, et quand elle peut le faire des deux côtés, je la mets debout et il suffit alors de la soutenir par les mains pour qu'elle se maintienne droite sur ses jambes.

15-1G juillet. — Je continue ces exercices, et toujours en lui faisant fixer son attention sur ses membres inférieurs, regarder ses pieds quand elle les fait mouvoir, j'arrive à lui faire soulever le pied et la jambe soit fléchie, soit étendue, à croiser ses jambes l'une sur l'autre, à s'asseoir et à se lever en se faisant à peine tirer par les deux mains d'abord, puis seule en se soulevant sur les bras du fauteuil.

17 juillet. — Elle arrive aujourd'hui à marcher sans regarder ses pieds, fléchissant encore beaucoup sur les genoux, mais ne tombant, pas, oscill'hystérif.. — n. 18

lcint et titubant, avec des mouvements de latéralité du tronc et de flexion en avant avec des redressements brusques, mais en somme progressant et maintenant son équilibre. Elle monte et descend les escaliers soutenue sous un bras.

\8 juillet. — Elle monte et descend l'escalier seule.

Dyschromatopsie. Elle voit le rouge rouge, le jaune blanc, le vert jaune, le violet bleu foncé, le bleu grenat.

Absent pendant le mois d'août, elle reste stationnaire et je la retrouve exactement dans le même état au 1er septembre à mon retour.

2 septembre. — La dyschromatopsie n'est plus la même. Elle voit le rouge rouge, le jaune blanc, le vert bleu, le violet rose, le bleu grenat.

o septembre. — Je l'endors, profilant d'un moment où elle parait complètement dans le vague, et je lui dis seulement de se réveiller. Elle présente aussitôt des réactions motrices générales, et éprouve des tiraillements dans tout le corps. Suffisamment édifié, je me borne là pour aujourd'hui et la réveille en lui soufflant sur les yeux.

10 septembre. — Je l'endors et lui dis : « Sentez vos pieds. » Aussitôt contorsions des orteils et des pieds, sans rien sentir d'abord, sans savoir même qu'elle les remue; puis « c'est raide, dit-elle, ça tire ». Il survient alors des secousses dans tout le corps; puis des crampes dans les pieds, sans que l'on constate encore aucune sensibilité soit au contact soit à la douleur, -f + Les crampes continuent, mais les pieds sont moins raides. Elle se secoue le dos en disant : « Ça me lire dans le dos. » + + Elle commence à sentir la piqûre sans se rendre compte de ce que c'est exactement. — Je la laisse reposer un instant, puis je reprends en lui disant : « Sentez-vous depuis les genoux jusqu'au bout des pieds. » Elle fait de grands mouvements de flexion et d'extension des jambes, sans rien y sentir d'abord, comme pour les pieds. Puis elle y éprouve des raideurs, des tiraillements. Repos de quelques instants encore, après quoi je lui dis de se sentir depuis les hanches jusqu'au bout des pieds. Elle a des réactions motrices brusques et fortes, des mouvements de délentes en flexion et en extension. Elle éprouve des tiraillements. Le tact n'est pas encore revenu. Elle ne sent que la piqûre aux pieds et pas encore aux jambes, et le sens musculaire n'a pas encore reparu. + + " Ça tire plus; j'ai des crampes dans la jambe droite. »

Quand elle commence à reprendre son sens musculaire aux pieds et que le contact est revenu dans tout le membre inférieur, je la réveille en lui soufflant sur les yeux. Elle ne sait plus trop où elle se trouve, et se croit au mois d'août 1893. Elle ne reconnaît personne, ni moi, ni aucune des infirmières ou des malades. Il y a une grande confusion dans son esprit et il y a des moments où elle parait se souvenir, puis hésite et finalement renonce à comprendre ce qu'elle fait ici, comment et depuis quand elle s'y trouve.

Le travail intérieur commencé pendant la séance de ce matin a continué tout seul et ce soir elle se croit en mai 1890. Elle ne reconnaît personne de toutes celles qu'elle a vues ce matin et dans la journée. Tout le monde

lui parait drôle et singulier et elle a des accès de rire quelle ne sait pas expliquer. Sa tête est lourde et confuse ; elle se sent. mal partout, jusque dans le bout des doigts : « Où est-on ici, demande-t-elle ? Il me semble que je vous ai déjà va, me dit-elle ; il y a bien longtemps. »

11 septembre. — Endormie hier soir, je la réveille ce matin. Elle est toujours dans le même état qu'hier, et a conservé toute la sensibilité qu'elle a recouvrée. Je l'endors à nouveau. Elle recouvre assez vite sa sensibilité à la douleur et son sens musculaire, mais non le tact. Mais elle commence à éprouver des picotements partout et alors le tact réparai!. Je lui dis alors de sentir ses bras. Elle y éprouve des tiraillements, des crampes. Elle sent le pincement comme une douleur, le perçoit mieux que la piqûre, mais ne peut dire ce que c'est. Elle ne sent pas encore le simple contact. Le sens musculaire commence alors à reparaître dans les doigts. -f -f + Quand elle a recouvré une sensibilité générale et un sens musculaire suffisants, je la réveille. Elle se met à pleurer et à réclamer sa tante lâchez laquelle elle vit ordinairement). Elle a peur, se demande où elle est. Elle se croit au mois de mai 1884, à l'âge de dix ans. Elle s'étonne de voir des jupes longues dans sa chambre, ne reconnaît pas ses affaires, court, joue toute la journée comme une fillette de son âge imaginaire, joue à la poupée, etc.

12 septembre. — Elle se réveille seule et va jouer au jardin. Elle est dans le même état de personnalité qu'hier. Je l'endors et lui dis de sentir son ventre. Elle a aussitôt des secousses et des soubresauts de l'abdomen, et y éprouve des tiraillements : « Ça tire... ça donne des crampes. » Elle éprouve comme des crampes jusque dans les bras, -f -f Maintenant elle sent le pincement et le contact sur toute la paroi abdominale. Elle n'a plus de crampes : « Ça me fait mal, dit-elle, mais je ne me rends pas compte. » -\ — \- « Ça tire... ça se dénoue. » -\ — \- « Ça fourmille » (la sensibilité au contact est beaucoup plus vive), -j — f- « Ça ne me fait plus mal ; mais ça m'a fait mal : ça a craqué, » — D. Où ça ? — R. Là (elle me montre ses deux points ovariens qui ne sont plus douloureux du tout à la pression). Elle a maintenant douze ans et se trouve en 1886. — « Sentez votre estomac maintenant, » lui dis-je. Il est très douloureux à la pression, et elle me dit en souffrir depuis longtemps. Elle se meta faire des contorsions du tronc, à avoir des secousses du creux épigastrique : « Ça me fait mal plus fort que dans le ventre, dit-elle. » -| — \- « Ça tire, ça secoue dedans. » -f -f- « Ça ne fait plus mal... il est un peu gonflé » (elle sent maintenant le contact, la piqûre, le pincement). + + + Je lui dis de sentir son estomac et son ventre tout ensemble. Elle a de nouveaux mouvements, des contorsions, et se met à toussailler : « Ça fourmille, ça ne fait pas mal. » -f -f « C'est chaud, ça se détend. » + + Tout à coup elle s'arrête et porte sa main à l'estomac avec une expression de vive douleur. D. Qu'avez-vous donc? — R. Ça a craquela (elle me montre le creux épigastrique)... ça ne me fait plus mal. » H — \- De nouveau elle a une douleur comme si quelque chose craquait, puis se dénouait. + + D. Comment est votre estomac ? — R. 11 est plutôt vide ; ça brûle un peu. + + +

« Sentez bien, lui dis-je, depuis l'estomac jusqu'au bout des pieds » : grands mouvements des jambes, secousses générales, toux. — Elle se sent fatiguée et j'arrête. Elle éprouve un peu de faim. A ce moment, elle a treize ans : « J'aurai treize ans au mois de septembre. » Elle se croit au mois de juillet 1887.

Je la réveille. Elle est beaucoup moins étonnée et pas effrayée. Elle se rappelle vaguement m'avoir déjà vu, il y a longtemps : « Oh ! que c'est drôle, je ne sais pas dire ; tout me semble drôle. Je ne connais pas cette chambre. » Elle se tient le front, se frotte les yeux comme si elle croyait rêver : « Je suis folle, je ne peux pas rassembler une idée... c'est drôle ce lit, le mien n'est pas comme ça:.. Ah! et puis je ne sais pas... où est donc ma tante et mon oncle ? (Son oncle est mort actuellement.) — Elle ne veut pas reconnaître ses effets. Elle ne reconnaît plus personne. Cependant une autre dame malade, qu'elle fréquente d'habitude, vient la voir. Elle ne la reconnaît pas d'abord, puis elle se rappelle l'avoir vue autrefois. Au réveil, elle avait eu un peu faim en se réveillant. Dans l'aprèsmidi elle a des douleurs et du gonflement d'estomac, et le soir elle n'a pas d'appétit et commence à perdre sa sensibilité des jambes.

13 septembre. — Endormie hier soir, elle ouvre les yeux seule ce matin et retombe en 1884, ayant reperdu la sensibilité de l'estomac et des membres inférieurs. Je la rendors et lui fais recouvrer la sensibilité des jambes ; puis elle commence à ressentir son estomac et son ventre : au moment où elle y éprouve des sensations de torsion, elle a onze ans et est en 188b. -f- -f Elle a des bruits laryngés, des sifflements, une toux rauque, et dit que ça la tire dans la poitrine. -f- -f- Elle sent maintenant le contact et la piqûre au ventre et à l'estomac qu'elle sent plein. Elle a toujours onze ans. -f -j- « Ça craque dans l'estomac. » + + Enfin elle le sent mieux, non douloureux. Elle a alors onze ans et demi.

Je lui fais alors sentir depuis le cou jusqu'à la ceinture. Elle se met à contorsionner ses bras, à les fléchir et les étendre brusquement, à agiter ses doigts ; elle a des secousses du tronc et fait entendre des cris analogues au chant du coq, une toux coqueluchoïde ; la respiration est sifflante, spasmodique ; la face est congestionnée : « Ça m'étouffe, ça me gêne. » — Elle a à ce moment douze ans. + + Je la laisse reposer. A la reprise elle a de nouvelles secousses, avec chants de coq. Elle sent bien ja piqûre, la douleur, le chatouillement depuis le cou jusqu'en bas du tronc. Le sens musculaire est bien revenu aux membres supérieurs ainsi que la notion de position, -f + Nouveaux spasmes laryngés, nouvelles inspirations rauques avec reprises coqueluchoïdes. -f -f- Dyspnée, inspirations profondes, entrecoupées de spasmes avec sifflements laryngés, -f- -j- Simple respiration dyspnéique, entrecoupée de petite toux sèche et rauque : « Ça gêne moins ; ça craque dans la gorge. » Sans que je l'en aie priée, par propagation spontanée, elle sent maintenant battre son cœur. Elle a douze ans, mais ne sait pas dans quel mois on est. + + « Sentezvous depuis le cou jusqu'au bout des pieds et des mains, » lui dis-je. Elle se livre à des gesticulations générales, puis est prise de rire sans pouvoir dire

pourquoi. Elle a treize ans maintenant, et est au mois de juillet 1887. Je la réveille alors. Elle est très contente d'avoir douze ans, « parce qu'à onze ans, elle voulait toujours se tuer parce qu'elle s'ennuyait ».

14 septembre. — Séance. Je lui dis d'abord de se sentir complètement depuis le cou jusqu'au bout des pieds et des mains. Elle est exactement dans le même état qu'hier : gesticulations, toux spasmodique, inspirations rauques, etc., etc. + + Inspirations plus lentes, plus profondes, suspirieuses. Elle s'étire, se sent bien. Elle est passée en août 1890, à seize ans. Repos de quelques minutes et reprise de la séance : Sentez-vous complètement du haut en bas et surtout le ventre et l'estomac. + + Elle présente les mêmes réactions que précédemment. Elle s'étire encore, et a maintenant dix-neuf ans, se croit au mois de mai 1803 : « Je sens battre mon cœur ; je ne le sentais pas. » Elle a encore de l'hyperesthésie du dos, mais n'a pins de points ovariens. Je lui dis de sentir tout à fait son dos : opisthotonos, mouvements de reptation, arcs de cercle, gémissements : « Ça tire (elle porte sans cesse la main à sa nuque)... -f- -f Ça tire moins fort (elle ne gémit plus) -f- -f- + Elle agite ses doigts qui présentent des mouvements athétosiques... « Ça donne la crampe, surtout dans le bras gauche. » -\ — f- Ça fourmille (arrêt des mouvements), c'est drôle, ça me donne envie de vomir... dans le milieu du dos, ça correspond avec l'estomac (efforts de vomissements). + -f- Elle se secoue de nouveau le dos. Les envies de vomir sont passées. « C'est détendu partout. » — Elle a vingt ans, et se trouve en août 1894 : « Je me sens bien mieux que j'étais : j'étais si malade ! »

Je la réveille. Elle n'est pas très étonnée cette fois et me dit : « Bonjour, docteur; je vous ai vu il y a bien longtemps, n'est-ce pas? » Elle se sent un peu étourdie et a envie de vomir. Elle a encore des points dans le dos le long de la colonne vertébrale. Je la rendors pour la faire mieux sentir encore. Elle réagit de nouveau, puis se tient la tête en disant qu'elle en souffre : « Tout remue dedans. » Elle est à ce moment en février 1895, époque où elle avait de violents maux de tête. Je la laisse au repos ; elle a des secousses générales. Il est midi.

A 3 heures elle se réveille spontanément. Elle est étonnée de se trouver on elle est (on l'avait transportée dans une autre chambre que la sienne pour cette séance). Elle se sent bien encore un peu de confusion de la tête. Elle sait qu'elle est environ le 15 septembre. Pendant son sommeil, quoique j'aie dit de s'arrêter, la progression de la sensibilité a donc continué sans mon intervention.

Le soir elle se sent mieux, plus reposée, avec une moins grande confusion des idées.

15 septembre. — Même état ce matin. Je la laisse au repos. Dans la journée une autre malade lui raconte ce qui lui est arrivé depuis ces derniers jours. Très émue de l'apprendre, elle rétrograde à l'âge de quinze ans.

16 septembre. — Je l'endors ce matin. Elle ne sent plus que ses jambes. Je lui fais recouvrer la sensibilité de l'estomac et de l'abdomen et elle arrive alors à seize ans. Je lui dis de sentir le cou, la poitrine, le dos, les

bras. Elle s'arrête vite fatiguée. Elle sent les bras, le cœur, mais ne respire pas bien encore, a un peu de dyspnée et la sensibililé tactile du cou et de la poitrine n'est pas revenue. Elle est arrivée alors à dix-huit ans. Repos, puis reprise : secousses, mouvements de reptation, gémissements rauques, dyspnée. Au bout de quelque temps elle a vingt et un ans (juillet 1895). Elle se plaint de ne pouvoir faire marcher ses jambes, et elle a des accès de dyspnée analogues à ceux qu'elle avait à cette époque. Elle ébauche môme une grande attaque, après quoi elle arrive au mois de septembre. Je lui dis alors de sentir son visage. Elle contorsionne la face : « Ça tire, surtout dans les yeux, » dit-elle. Elle tord la bouche, grimace, tire la langue, ouvre à demi les yeux, -f- -f- « Ça lire dans la tète (elle seul son visage, et le cuir chevelu commence à recouvrer sa sensibilité). » Je lui dis de sentir complètement la tète : secousses violentes d'un coté à l'autre ; elle frappe le lit de ses bras dans un mouvement rythmique, et dit que ça lire toujours, surtout dans les yeux. + + « Ça se détend. » + + Elle mel la main sur sa tète : « Tout danse dedans. » + -f- « Ça me secoue dans 1<jbras aussi. » + -f- « Ça se détend dans la nuque et dans le dos. » + + Elle s'étire de la tête aux pieds: « Ça se rompt, tous les nerfs se cassent « elle se mel eu extension forcée). ++ Elle se relâche et s'arrête : « Je suis bien, mais un peu fatiguée. — D. Et la tète? — R. Etourdie, mais pas trop mal. — D. Sentez-vous tout à fait la tète. » ++ Ça se détend. » Elle fait des efforts, replie la tête en arrière, se congestionne la face, puis tout se relâche. + -f- Je lui dis alors de se sentir complètement de la tête aux pieds. Elle s'étire de nouveau: « Je sens bien. — D. Pourquoi n'ouvrez-vous pas les yeux ? — R. Ça me fait mal dans les yeux. — D. Sentez-les donc tout à fait et le reste avec. — Elle a de petits frémissements dans fout le corps, puis ouvre les yeux, s'assoit sans paraître prendre garde à moi, a le regard vague comme quelqu'un qui est mal réveillé, et se laisse retomber en refermant les yeux. Elle éprouve encore des tiraillements dans la nuque, et après quelques oscillations du cou, je lui dis de se sentir complètement de la tête aux pieds. Elle s'élire de nouveau et se réveille brusquement en se redressant sur le séant : « Ça va bien; j'ai la tète un peu fatiguée ; mais je n'ai mal nulle part ; je ne comprends pas ça ; ça n'allait pas bien quand je suis arrivée, et maintenant ça va bien. » Elle n'a aucun souvenir de ses jours de « travail », mais se souvient bien des mois précédents.

Dans la journée elle va bien. La tète est un peu étourdie seulement. Elle est heureuse « de se sentir revivre ». Sa sensibilité paraît normale dans tous ses modes. Le sens musculaire est exact. Il existe encore un peu de diminution du champ visuel à gauche, et elle n'a pas encore faim (zone d'anesthésie du creux épigastrique).

17 septembre. — Endormie hier soir, elle s'est réveillée au bout de deux heures. Je la rendors et la fais ressentir. Elle n'a presque rien perdu ; elle s'étire, se détend et enfin s'éveille tout à fait bien. La sensibilité générale et les sens spéciaux sont normaux. La partie inférieure du dos et l'estomac ont encore de la diminution de la sensibilité.

Dans la journée elle souffre des dents qui sont toutes gâtées, mais qu'elle ne sentait pas. Elle est un peu étourdie, se remet elle-même en s'étirant. Le soir, elle se sent fatiguée; elle a un point au milieu du dos, un peu d'hyperesthésie vers la partie moyenne du thorax. Je l'endors et elle me dit alors sentir en effet moins bien son dos et mal son estomac.

18 septembre. — Endormie hier soir très superficiellement, elle s'est réveillée seule. Je la rendors complètement. Elle a des points dans le dos (interscapulaire), à l'épigastre, dans la fosse iliaque droite. Elle me dit que c'est le dos, l'estomac et le ventre du côté droit qu'elle sent le moins. Je les lui fais ressentir ; réactions habituelles des membres inférieurs, par lesquels je commence; puis gargouillements dans l'abdomen, tiraillements de l'estomac et des intestins. + + + Elle n'a plus de douleur à l'estomac ni au ventre; elle sent encore son estomac plein, -f- + + Elle a des secousses de l'estomac: « C'est comme si c'était noué ! » hoquet respiratoire, toux : « Ça tire. » + -\- L'estomac lui paraît vide maintenant, mais brûle un peu; elle a des bâillements, ouvre les yeux, que je lui referme. + -f- Le ventre est encore un peu douloureux à droite, à la pression; je lui dis de le sentir davantage : tiraillements, bruit de glou-glou : « Ça se détend. » -f L'estomac est vide et ne brûle plus ; le ventre est « dénoué » et il n'y a plus de point ovarien. + + Je lui dis alors de se sentir de la tète aux pieds. Elle s'étire, « ça tend encore un peu dans la tète », se met en extension forcée de tout le corps, et tout d'un coup se détend en ouvrant les yeux. Elle est bien. Les traces de vieilles piqûres d'éther aux jambes sont toujours entourées d'une petite zone d'anesthésie.

Tout lui parait clair, lumineux, nouveau. La journée se passe très bien. Je ne l'endors pas le soir, quoique ses mains, son estomac et son abdomen aient commencé à perdre de leur sensibilité.

20 septembre. — Même état depuis avant-hier. Elle se sent un peu fatiguée toute la journée. Le soir, elle a ses règles sans avoir eu le moindre malaise prodromique. Elle perd sa sensibilité sur tout le corps en même temps, mais surtout aux mains, à la jambe gauche, à l'estomac et au ventre. Je l'endors et la lui fais recouvrer. Réactions habituelles ; retour rapide sans régression de personnalité. La disparition de la sensibilité était donc relativement superficielle.

Une fois réveillée et se sentant bien, j'essaie de voir comment elle peut fermer ses yeux pour s'endormir naturellement. Elle ferme les yeux, mais au bout de quarante secondes environ elle les rouvre brusquement : « C'est malgré moi, dit-elle, quelque chose remue dedans qui les fait se rouvrir quand je voudrais les fermer. » De là vient en grande partie qu'elle ne peut s'endormir. Sitôt qu'elle veut fermer longtemps ses yeux, elle a un sursaut qui la réveille et les lui rouvre.

Elle me dit que maintenant elle sent la fatigue pour la moindre chose, tandis qu'autrefois elle ne la sentait pas. Je l'endors pour la faire reposer.

21 septembre. — Dans la journée elle est assez bien, quoique sentant un peu moins. Elle écrit à sa tante, mais cela la fatigue beaucoup et elle perd encore plus sa sensibilité, sans repasser toutefois à une personnalité

280 NATURK DU L'HYSTERIE

antérieure. Elle voit sa mère dans la journée. Elle la trouve changée sans pouvoir expliquer en quoi. Gela l'émeut assez fortement; elle perd encore plus sa sensibilité, surtout aux jambes, et se remet à les traîner fortement le soir.

Sa sensibilité est presque complètement perdue partout. Je l'endors et la lui fais recouvrer complètement.

22 septembre. — Même état.

23 septembre. — Elle a un peu d'obtusion, de confusion des idées. Elle se désole au souvenir de chagrins de famille d'autrefois. Elle souffre de la tête, qui est douloureuse à la pression. Le soir elle perd la sensibilité de la face et du crâne, et sur le reste du corps la sensibilité est seulement diminuée.

24 septembre. — Elle se trouve mieux qu'hier ; même état apparent de la sensibilité.

25 septembre. — Endormie au chloroforme pour l'extraction de plusieurs dents. Elle se réveille facilement du sommeil chloroformique, mais elle est redevenue anesthésique. Dans la période de réveil, elle se réveille à ma voix comme si elle était plongée dans le sommeil hypnotique et elle présente les mêmes réactions quand je lui dis de se réveiller complètement.

Malgré cela, dans l'après-midi elle éprouve pour la première fois le besoin de la faim.

26 septembre. — Même état d'anesthésie de la face et du crâne. L'aprèsmidi, légère anesthésie généralisée. Le soir, anesthésie générale sans retour en arrière de la personnalité.

27 septembre. — Je l'endors ce malin. Séance présentant les réactions habituelles. Elle recouvre très rapidement la sensibilité de tout le corps. Tout à coup elle se prend la tête à deux mains en s'écriant : « Il me semble qu'on. m'arrache les nerfs. » Puis elle a la sensation de nœuds qui se cassent; puis un sentiment de détente qui s'accompagne d'arcs de cercle, d'extension forcée, et enfin elle se réveille. Elle n'a plus de stigmates, plus de douleurs de tête, ni aucun point douloureux ailleurs.

28 septembre. — Elle a un peu reperdu la sensibilité de l'estomac et de la tête. Mais cette dernière est un peu douloureuse « intérieurement », et lui paraît embrouillée surtout. Séance dans laquelle elle reprend en quelques minutes toute sa sensibilité du corps et remarque qu'elle ressent dans les jambes des fourmillements qu'elle n'avait pas encore sentis. Je lui dis de ressentir sa tête complètement. Elle y éprouve des sensations de coups de marteau, de nœuds qui se forment, puis se cassent; puis « sa cervelle coule par derrière » ; puis « ça tremble », et enfin « ça se remet en place ». Alors « ça tire dans les yeux qui sont moins durs » ; « la tête est plus légère » ; ça craque dans la tête, dessus », et enfin elle se réveille en apparence absolument normale.

Dans la journée il lui semble que « le dessus de sa tète est un peu flou ». Elle sent un peu moins ses jambes. Je lui dis simplement de fermer ses yeux et de les ressentir. Elle a les mêmes réactions qu'endormie et recouvre leur sensibilité. Le soir, je veux constater si elle peut s'endormir seule, et

je lui dis de fermer ses yeux. Elle les garde fermés pendant 40 à 50 secondes ; et tout à coup les rouvre. Du reste, tout le temps qu'ils sont formés on constate de petits frémissements dans les paupières, et même parfois un tressaillement général.

29 septembre. — Elle a un peu reperdu, surtout de la tête. Séance : Je procède méthodiquement et non d'ensemble, en commençant parles membres inférieurs. Le retour de la sensibilité des jambes s'accompagne de sensations dans l'ordre ci-après : tiraillements, craquements profonds, brûlures, fourmillements, remise en place de tout. Après les membres inférieurs elle ressent le ventre et le bas-ventre. Puis c'est le tour de l'estomac qui présente les sensations dans l'ordre suivant : « Ça tire. » -f- -j- Ça brûle, c'est comme si on était échaudé. -f- « Ça fourmille, » elle constate qu'elle n'a pas encore éprouvé tout cela et qu'elle se figurait mieux sentir qu'elle ne sentait réellement. -f- -f L'estomac lui parait vide, mais elle n'a pas encore faim; -f- -f- « tout y remue; »-{--(-« il est bien ; j'ai faim. » — Je lui dis alors de sentir le cou, la poitrine, les bras, le dos. Elle se met à suffoquer, respire avec beaucoup de difficulté par moments, tousse, avec reprises coqueluchoïdes, puis avec inspiration sifflante et croupale. -| — f- Elle sent une boule qui empêche l'air de passer librement dans sa gorge, et qui diminue peu à peu; puis « tout se remet en place ». Pendant que la sensibilité revient dans les parties supérieures du corps, elle a des points douloureux sus-claviculaires et interscapulaires.

Le retour de la sensibilité de la tète amène les sensations suivantes : « Ça tire, — ça brûle; — je deviens folle, ça craque; ça fait une crampe au front; ça tremble partout (secousse générale); ça craque, ça tire dans le cou; — ça tire dans les yeux (à ce moment point douloureux à l'occiput) ; ça fait mal tout le long de la colonne vertébrale; ça vient de craquer sur le dessus de la tète; ça se remet en place tout doucement l'un après l'autre. — D. Quoi, l'un après l'autre? — R. Je ne sais pas, les nerfs sans doute; c'est le front qui est le plus difficile; — quand ma tête a commencé à ressentir j'ai presque perdu toute ma sensibilité, et puis c'est revenu. » Elle se réveille malgré l'application de mon doigt sur le front au point où je l'endors ordinairement. Elle se réveille croyant que c'est complètement revenu, mais quand je lui fais refermer les yeux, elle a encore des tressaillements et ne peut les maintenir fermés. J'insiste pour qu'elle se réveille encore davantage; elle se détend encore de tout le corps à plusieurs reprises et quand elle se réveille cette fois elle peut garder les yeux fermés à volonté.

30 septembre. — On a dû l'endormir au chloroforme pour l'extraction de grosses dents. Elle se réveille bien du sommeil chloroformique, mais est complètement anesthésiée, et ne sait plus bien marcher.

2 octobre. — Séance. Les membres inférieurs sont assez longs à reyenir. Dans les mouvements qu'elle fait avec les orteils en recouvrant leur sensibilité on entend des craquements articulaires, comme un pétillement de sarments. Au moment où elle en arrive à la sensation de brûlure des pieds, elle se met à avoir des secousses dans le tronc, et à tousser un peu :

« Gela part de l'estomac, de l'intérieur, » dit-elle. Elle recouvre sa sensibilité jusqu'au cou, et je la réveille alors pour ne pas la fatiguer.

3 octobre. — Séance. Gomme hier elle marchait encore en se dandinant ; je lui dis de sentir davantage et complètement ses jambes, et tout le reste du corps. Elle a des réactions jusqu'au cou d'abord. Puis la tête et la face entrent en jeu. Elle ouvre la bouche, a des crampes et de la contracture des masséters, baille, a des tiraillements dans le cou qui lui font rejeter la tête en arrière : « C'est raide, ça craque dans le cou, à la nuque. » A un moment elle se tient le front : « C'est comme un moment de folie; ma sensibilité s'en va (c'est exact). » Elle se tienl la tête à deux mains, se tortille, s'élire, a des secousses violentes, brusques, se serre à tout instant le front. + + Les secousses diminuent, puis s'arrêtent; la tète se dégage un peu, « ça craque dans le cou » auquel elle porte sans cesse la main; « ça remue dans la tète, » + + secousses avec douleur aiguë dans la tête, -j- -f « Ça tire et se détend, -f- -j- Ça fait mal tout le long de la colonne vertébrale ; ça remue partout. » (En effel elle agite les bras, élire ses jambes,

entr'ouvre les yeux, soupire profondément.) -| Elle a des secousses de

tête : « (Test drôle, c'est comme un nerf qui sauterait par-dessus un autre, et qui casserait. » Elle éprouve celte sensation au vertex et aux deux lobes occipitaux et ces secousses subjectives s'accompagnent de secousses réelles dans les yeux. + -f « Ça doit correspondre avec la ligure dit-elle, car ça me lire depuis les yeux et le front. » -j- -f- Sa sensibilité revient partout : « Ça secoue partout; la tète se remet en place. + + Ça lire dans les yeux, case détend dans la tète ». -f -j- De nouveau elle remue ses bras, en même temps que je constate un point interscapulaire. Ce point disparaît et lasensibilité des bras revient, -f + « Ça tire dans les yeux. » Elle s'élire avec force etl'effort qu'elle fait est tel qu'elle se congestionne toute la face. Enfin elle se réveille, mais ne peut encore garder les yeux fermés sans frémissements. Je la rendors ou plutôt lui clos les yeux de nouveau. Elle s'élire encore, pour se réveiller tout à fait celle fois.

6 octobre. — C'est un dimanche. Elle ne fait rien et passe son temps à réfléchir et reperd sa sensibilité. Elle m'explique qu'elle a pensé à toutes sortes de choses qui l'ennuient et que peu à peu ses idées se sont brouillées; elle n'a plus pensé qu'à cela, ne s'est [dus rendue compte de ce qu'elle était, de ce qui se passait autour d'elle; c'est comme un voile qui est tombé devant ses yeux, et alors elle a senti sa sensibilité s'en aller. Je la lui fais recouvrer complètement le 7 octobre,

8 octobre. — Elle va bien. Elle a dormi trois quarts d'heure cette nuit.

9 octobre. — Ce matin elle souffre de l'estomac. En lisant et, en travaillant sa vue se trouble, une confusion lui vient dans les idées ; elle sent qu'elle fde, se secoue et ces troubles se dissipent, mais les jambes ont perdu presque toute leur sensibilité ainsi que l'estomac. Séance à la fin de laquelle arrive le réveil spontané, complet. Le soir ses jambes se reprennent de nouveau un peu, et elle les recouvre elle-même.

10 octobre. — Elle a dormi près d'une heure cette nuit. La journée est bonne. A chaquerepas elle a de l'appel il.

\ 1 octobre. — Elle a dormi une heure un quart. Elle sort dans la journée à [lied, mais au retour sa tête se brouille, elle perd sa sensibilité, cesse de marcher et a la tête complètement obnubilée. Je l'endors. Elle est retombée à dix ans. Elle recouvre rapidemenl sa sensibilité et se réveille seule.

12 octobre. — Elle a dormi plus d'une heure celle nuit et se lient bien ton le la journée.

13 octobre. — Elle souffre un peu de la tête, ce qui lient sans doute à l'approche de ses règles. Au lien de s'endormir maintenanl dès que je lui applique la main sur les yeux, elle s'endort pins difficilement et pins superficiellement.

15 octobre. — Elle a dormi une heure cette nuit. Pendant sa promenade elle tile complètement et redevient paraplégique.

17 octobre. — Elle a ses règles sans accident. Je l'ai remise dans son état normal hier. Elle a dormi une heure dans la nuit. Elle a reperdu un peu de sensibilité, cl elle marche difficilement en ayant de la peine à sonlever ses pieds du sol et fléchissant les genoux.

18 octobre. — Elle a deux visites qui l'émotionnent et à la suite desquelles je suis obligé de lui refaire une séance complète.

19 octobre. — Un peu abasique ce malin. Elle se rattrape seule, mais ne dort pas de la nuit.

20-21. octobre. — Elle continue à recouvrer seule sa sensibilité, mais je suis obligé de l'aider pour aller jusqu'au bout.

28 octobre. — Elle ne dort plus depuis trois nuits. Elle a une démarche saccadée, spasmodique, avec anesthésie superficielle et du sens musculaire des membres inférieurs, et diminution générale de la sensibilité, surtout à la tète, où elle a des points douloureux au vertex et à l'occiput, avec rélrécissement du champ visuel.

Séance où je lui fais recouvrer sa sensibilité zone par zone, organe par organe. Je constate qu'elle n'a jamais bien senti certains muscles des membres inférieurs, tels que les adducteurs de la, cuisse, le psoas iliaque, le faisceau interne du triceps.

30 octobre. — Quoiqu'elle ait recouvré' sa sensibilité dans les différents modes, elle marche avec raideur. Elle éprouve des douleurs analogues à des douleurs ostéocopes dans les cuisses et les hanches. Quand elle recouvre sa sensibilité, c'est « comme si on lui broyait les os ». En palpant ses muscles on sent de véritables nœuds musculaires clans le triceps, dans les adducteurs, dans les jumeaux. Le massage de ces muscles est douloureux mais amène du soulagement, de la détente. Il lui semble que « tout craque à l'intérieur ». Je ne lui avais donné l'ordre de ressentir que les jambes, mais le travail se propage au tronc et aux membres supérieurs spontanément. La séance se termine par le réveil comme à l'ordinaire.

Les jours suivants je n'y touche pas. Elle a toute sa sensibilité cutanée, mais marche avec difficulté à cause de douleurs qu'elle ressent dans les «misses et les hanches. Ces douleurs se manifestent également un peu dans les bras. Le sens musculaire paraît normal ainsi que les sens spéciaux. Elle n'a pas de points hyperesthésiques. Elle me dit qu'elle connaît ces

douleurs-là et qu'elle les a déjà eues à dix ans. Son hyperesthésie douloureuse était telle alors qu'elle portait des bas à jour pour tâcher d'éviter le plus possible le contact. Il y a quatre ans elle les a eues plus vivement encore, et c'est à leur suite que la paraplégie est survenue.

4 novembre. — Je l'endors et lui dis de se sentir tout à fait. Elle est prise de violents efforts pour se détendre les reins et les cuisses, et elle est prise par moments de secousses générales. La douleur, et la difficulté à cause d'elle de se mouvoir, résiste surtout dans les hanches. -\ — f- Elle a beaucoup de peine à soulever les jambes, à les étirer, à les détendre, à les fléchir, à cause de la douleur. + + Elle se met à suffoquer : « J'étouffe, c'est sur le cœur ; c'est comme une crampe au cœur. » H — f- La respiralion redevient calme. Il survient par moments de la toux avec une respiration sifflante, et elle reprend ses mouvements des membres inférieurs; le droit se détend un peu. H — f- Les douleurs commencent à se faire sentir plus vives dans les bras, qui commencent à se contracturer légèrement mais sans perte de sensibilité.

Elle se sent fatiguée et je suspends la séance qui a duré près de deux heures. Je lui dis alors de senlir complètement et de se réveiller. En une minute elle le fait.

5 novembre. — Elle a dormi seule près d'une heure cette nuit. Elle marche un peu mieux aujourd'hui. Sa sensibilité générale et sensorielle semble toujours normale. Séance : mêmes phénomènes qu'hier. Il lui semble qu'il se casse quelque chose dans les cuisses et dans les lombes. Au début elle a en même temps quelques secousses de tête, puis des étouffements, et « comme un serrement de cœur ». Je l'endors très profondément et lui dis de se sentir complètement de la tête aux pieds : mouvements de reptation, mouvements athétosiques des doigts des mains', profondes inspiral ions. L'épine dorsale est maintenant très douloureuse à la pression. Je lui dis de bien sentir son dos ; elle fait des contorsions, a des mouvements de reptation et me dit que « c'est comme si on lui écrasait la colonne ». Je lui dis alors de sentir complètement sa tête. Elle est prise aussitôt de douleurs analogues, « c'est comme si on lui broyait la tète », « tout y est confus », et il lui semble qu'elle perd sa sensibilité. Je constate en effet à ce moment qu'elle est anesthésique totale. J'insiste pour qu'elle sente davantage la tête et tout reparaît.

Je la laisse alors au repos, puis la réveille.

6 novembre. — Séance. Je lui dis de se sentir complètement de la tête aux pieds. Ces douleurs se généralisent jusqu'au bout des doigts, à l'estomac, à l'abdomen où elle éprouve des crampes. Elle se tortille pendant longtemps. Elle a des crampes dans les jambes et tout à coup sent quelque chose qui craque intérieurement, après quoi la région où s'est produit le craquement devient plus souple et moins douloureuse. Les membres du côté droit ont recouvré leur souplesse et ne souffrent presque plus. Mais le côté gauche est encore dans le même état ou peu s'en faut. Elle se repose et je la fais se réveiller seule. Elle constate alors que lorsqu'on la touche elle sent aussi bien « mais plus profondément. »

7 novembre. — Elle est raide de partout et tous ses mouvements sont douloureux. Les muscles sont durs et présentent de véritables nodosités à la pression. Mais on ne saurait dire qu'il y a contracture. Il semble que la raideur tienne à la douleur provoquée par les mouvements. La sensibilité superficielle est conservée, le sens musculaire est exact, le champ visuel n'est pas rétréci. Mais elle souffre d'une tension douloureuse générale, aussi bien dans les viscères et dans la tète que dans Jes membres. Elle me dit avoir éprouvé la même chose il y a quatre ans, et on l'a soignée alors pour du rhumatisme. Auparavant elle avait eu une assez longue période où elle se sentait fatiguée. Depuis longtemps on lui reprochait sa démarche traînante. Le moindre travail l'éreintait. Elle se sentait tout de suite fatiguée et ne se trouvait plus la même. Elle me raconte aussi qu'en ce moment elle attend toujours la venue de l'été, car depuis le mois de juin il lui semble n'avoir pas vécu et ne pas avoir encore traversé d'été cette année.

8 novembre. — Même état. J'essaie de lui faire recouvrer sa sensibilité, mais elle se raidit de plus en plus dans les efforts qu'elle fait pour se détendre. Alors je fais l'inverse et je lui dis : « Relâchez-vous, laissez-vous aller. » Elle se détend un peu et les douleurs diminuent, en même temps qu'à la palpalion les masses musculaires s'assouplissent et se ramollissent. Ce relâchement s'accompagne de secousses, de craquements intérieurs éprouvés par la malade. Après quoi elle a un grand sentiment de fatigue dans les parties redevenues plus souples.

Quoique je ne me sois occupé que des membres inférieurs le relâchement s'est quelque peu propagé aux membres supérieurs, dont la raideur est encore telle et les mouvements si douloureux qu'on est obligé de la faire manger et de lui faire toute sa toilette. Elle est forcée de garder le lit.

Le soir elle est prise de ses règles.

9 novembre. — Je la laisse au repos aujourd'hui. Elle a une véritable ataxie des membres supérieurs, des soubresauts dans le corps et les membres.

10 novembre. — Je l'endors et lui dis de se relâcher complètement.

Les membres inférieurs se relâchent assez bien, puis l'abdomen et l'estomac (soubresauts), puis le dos (soubresauts), la poitrine (hoquet), et la tête. Elle rouvre alors spontanément les yeux et dit : « Ça fait dans la tête des douleurs comme dans les jambes. » Elle a en effet alors des soubresauts de la tète, gémit et se sentant fatiguée, je la réveille.

12 novembre. — Elle a des points hyperesthésiques dans le dos, a des secousses générales, du sifflement laryngé qui cesse dès qu'elle recouvre un peu de sensibilité. Sa sensibilité musculaire est diminuée partout et. presque abolie aux membres inférieurs, surtout à gauche.

16 novembre. — Les règles sont terminées depuis le 12 novembre. Elle n'a plus guère de douleurs des membres ; sa sensibilité est redevenue à peu près normale. Toute la douleur, toute la gêne est localisée dans la tête où elle a des douleurs excessives. Les points du dos sont considérable-

ment atténués. Elle pourrait se tenir debout, n'était le vertige qu'elle éprouve dans la tète.

20 novembre. — Séance. Je ne lui dis pas de sentir, mais de se réveiller complètement. Elle s'étire, se contorsionne, est prise d'étouffemenls, a une respiration sifflante, tousse, a des soubresauts du dos. Fatiguée, je la réveille au bout de quelque temps. Elle est beaucoup plus souple et sent mieux de partout.

Dans l'après-midi je la rendors. Elle se remet à sentir depuis la taille jusqu'au bout des pieds : détentes, secousses, craquements avec la sensation de pelites boules qui éclatent dans les cuisses et les hanches.

22 novembre. — Nouvelle séance où elle recouvre encore plus de sensibilité des membres inférieurs. Les adducteurs et les psoas ainsi que le faisceau externe du triceps sont toujours raides et douloureux à la pression ainsi que les lombes. Sa tête devient un peu confuse et j'arrête.

23 novembre. — Reprise de la séance. Toute sensibilité revient assez facilement dans les membres infini cuis. Les mêmes parties qu'hier sont raides, avec sensation de craquement intérieur dans les muscles de l'abdomen, et c'est sur le trajet des psoas iliaques que siègent les soi-disant points ovariens. La sensibilité cutanée de l'abdomen paraît normale, et l'intestin ne présente plus de réactions.

Elle ne peut parvenir à recouvrer la souplesse <\r> adducteurs, des hanches, des lombes.

26 novembre. — Elle sent bien superficiellement aux jambes, doulousement aux cuisses ; le sens musculaire est inexact aux orteils, sur la désignation desquels elle se trompe. Les réflexes plantaires sont normaux ; les réflexes patellaires sont absents. Les hanches sont encore raides et les lombes sont douloureuses.

Séance. En reprenant sa sensibilité — intérieure, dit-elle — les réflexes roluliens reparaissent et elle peut alors se tenir debout tandis qu'avant elle ne pouvait marcher, ses genoux fléchissaient et ses jambes avaient de l'ataxie.

27 novembre. — Je lui fais recouvrer sa sensibilité depuis l'abdomen jusqu'au cou. Les réflexes roluliens sont revenus, mais sont encore faibles et lents. Les points du dos disparaissent et le sens musculaire reparaît aux mains.

28 novembre. — Je lui fais ressentir en partie la tète. Elle éprouve des douleurs au front et auvertex, se propageant le long du cou qui est moins sensible à gauche qu'à droite.

29 novembre. — Reprise de la séance. Douleurs de tète ; elle se tient le front avec les mains, gémit en secouant la tète comme si elle recevait un choc intérieurement. Je lui demande ce qu'elle éprouve. « C'est, me ditelle, comme si on m'arrachait des nerfs : ça part des yeux et de là (elle me montre le lambda). » Au moment où elle a des tiraillements à la nuque, elle est prise de toux, de respiration sifflante, etc.

1er décembre. — Elle a ses règles.

Tous les jours je lui fais recouvrer un peu plus de sensibilité, mais elle

ne peut venir à boni de sentir aussi bien qu'autrefois, surtout L'estomac et l'abdomen. Elle a des points dans le dos, l'abdomen ; les réflexes patellaires sont absents.

Elle a deux crises les 7 et 9 décembre.

il décembre. — Séance. Je lui fais d'abord recouvrer la sensibilité de l'estomac et du ventre. Elle me dit au milieu de son sommeil : « C'est drôle depuis quelques jours il me semble lout le temps être en 1894 au mois de décembre. » La sensibilité des jambes et des cuisses bien revenue, je m'aperçois que les réflexes patellaires sont toujours absents. En lui disant de sentirmieux ses genoux, qu'elle croit cependant bien sentir, elle reconnaît qu'elle éprouve encore des tiraillements en dessous. Le sens musculaire n'est pas non plus encore revenu aux orteils. Je lui dis alors de sentir de la tête aux pieds. Elle esl prise alors de grands mouvements généraux, de secousses de tête. Au bout de quelques minutes je lui demande à quelle époque nous sommes. « Je ne sais pas, me répond elle, tout se brouille dans ma tète ». + -f Bientôt elle répond à la même question qu'on est en 1889. -f + Elle a huit ans maintenant. A ce moment elle est anèsthésique de partout. J'arrête abus et la laisse reposer.

Au bout d'une demi-beure je reprends, et je lui demande avant quel âge elle a: « Six ans, me répond elle en zézayant comme un enfant: qui es-tu. toi? » — Sa sensibilité est revenue partout, mais elle se plaint de l'estomac.

Je la réveille. Elle est comme une enfant, cause en zézayant, a des expressions enfantines, demande sa maman, sa poupée, elle a peur de se trouver seule. Je la fais dîner et la rendors.

Le soir à minuit elle dort bien, recroquevillée sur elle-même et dans une toute autre attitude que celle qu'elle a ordinairement. « Je dors bien, je suis bien sage, » me dit-elle.

12 décembre. — Elle a toujours six ans, et se plaint d'avoir toujours mal à la tête et à l'estomac. Je lui dis de sentir de la lète aux pieds. Elle a de furies réactions et s'arrête à un moment en disant : « Je suis fatiguée; j'ai bobo à la tète; j'ai vomi hier; j'ai été en voilure, c'est ça qui m'a fail mal. » — D. Quel jour est-on? — R. Je ne sais [tas; il fait froid. — I). Quel âge as-tu? — R. J'ai cinq ans. — Elle a toute sa sensibilité, mais a un poinl liyperestbésique au vertex et un épigaslrique. — Je la laisse quelque temps au repos. A la reprise elle réagit vivement. Elle se plaint de la tête, du front surtout sur lequel elle passe sa main. — D. Quel âge as-tu? — R. Ze sais pas; z'ai trois ans, ze crois... z'ai bobo là » (Elle me montre le front dont elle ne sait pas le nom.) -\ — \- Elle n'a plus mal à la tête, mais aux yeux qu'elle tamponne de ses points et dont elle ignore le nom. — D. Quel âge as-tu? — R. Ze sais pas. — Elle réclame sa maman en gémissant et se frottant les yeux avec les poings comme un bébé. + -{- + Je l'encourage continuellement à sentir davantage. Elle fait de grands mouvements des jambes, des bras, de la tète. -\ — h Maintenant elle ne peut même plus me répondre quand je lui adresse une question. Elle parait cependant me comprendre et me répond de la tête par oui ou non. Elle gémit douce-

ment en disant : Miam, miam... marna, marna, et se frottant les yeux avec les revers des poings. + + Je lui dis : « Quel âge as-tu ? — Avec grande difficulté elle me répond : « Maman... a dit... deux ans. » -) — ( — \- Elle a maintenant trois ans. Elle se frotte les yeux, en disant : « J'ai bobo aux yeux... je vais chez le médecin demain. ++ Papa, il est malade — D. Quel âge as-tu? — R. J'ai trois ans. Il a tombé de son lit. » -f- -f Tout à coup elle se met à pleurer. Je lui demande ce qu'elle a : « Papa il est mort, » me répond-elle. » 4" « Je veux pas aller chez mon oncle ; je veux rester avec maman. » Elle a quatre ans. + + + Elle a de vives réactions, tousse, est essoufflée. Elle a cinq ans : « J'ai encore bobo aux yeux; tante m'emmène à Metz pour ça; je suis fatiguée. » La sensibilité aux différents modes est beaucoup plus vive que lorsque tout à l'heure elle se croyait à trois ans. + + « J'ai bobo au cœur; j'ai envie de vomir. » (Elle a cinq ans et demi.) C'est quand je vais en voiture, je vomis toujours. » H — h Elle se frotte le front. Je lui demande ce qu'elle a. « C'est une qui m'a poussé contre le mur; j'ai saigné tout plein. » -| — \- Elle s'arrête : « Je suis fatiguée, j'ai couru. » — D. Où donc? — R. Mais puisque je suis fatiguée, j'ai couru. — D. Où? — R. Je ne sais pas, j'ai couru. » Elle a six ans. Elle dit : « Je n'ai plus sommeil, » et rouvre les yeux. Je lui referme les yeux en lui disant de se sentir encore plus, mais comme elle est fatiguée j'arrête la séance : « Ça fait des petites bètes dans les jambes, » ditelle pour désigner les fourmillements qu'elle y éprouve . Je la réveille ; elle se plaint des yeux et dit en zézayant: « Z'ai bien dormi; ze voudrais bien te tirer la barbe ; papa avait une barbe comme ça : c'est pour ça. » Elle ne sait pas où elle est, mais, n'est pas effrayée : « Je t'ai vu hier soir, me dit-elle, on m'a dit que tu étais docteur. »

13 décembre. — Réveillée simplement ce malin, elle reste à l'âge de six ans toute la journée; elle est gaie, joue à la poupée, tutoie tout le monde. Elle est anesthésique de la peau, et n'a plus de sens musculaire. Le rose et le jaune elle les voit blanc, et le bleu vert.

14 décembre. — Endormie hier soir, elle s'est réveillée seule ce malin. Sa tète est un peu confuse. Elle attribue cela à ce qu'elle a trop bu et mangé. Séance de sensibilisation. Grands mouvements des jambes, de la tète. Elle passe rapidement de six à sept ans. + -f- Elle est en février 1881. H — (- Elle souffre du front, tousse un peu, a une respiration sifflante. Elle est retombée à six ans et est mal endormie. Je la rendors plus profondément et lui dis de se sentir tout à fait bien. Elle est reprise de grands mouvements. Elle repasse à l'âge de sept ans, puis au mois de janvier 1882. -f + En février 1882 elle a mal au camr et se sent fatiguée, -f -f- Elle arrive au mois de mai, lentement. Elle a sa sensibilité générale, mais souffre de l'estomac : « Quand je vais en chemin de fer ça me fait mal. » -f- + -f Elle est au mois de juin -j — j- Elle a huit ans. -f- + En cinq minutes elle passe à neuf ans. -f + Fatiguée, je la réveille. Elle ne se rend pas compte où elle est et pleure un peu. Cependant elle se rappelle m'avoir déjà vu. Il lui semble qu'elle a été ici déjà mais ne sait pas au juste quand. Elle a mal au cœur : « J'ai élé sur les chevaux de boisr parce que ça tourne. »

15 décembre. — Séance. Je lui dis de se sentir de la tête aux pieds. Grands mouvements, toux, bâillement. En cinq minutes elle arrive à dix ans. -| — |- «J'ai des douleurs dans les jambes. »Je constate qu'elles sont anesthésiques tandis que le reste du corps ne l'est pas. Elle tousse : « Ça l'ait une boule comme si j'avais avalé de travers. » Aneslhésie de la partie de la peau correspondant au larynx alors que les parties voisines sont sensibles, -f- -)- Très grands mouvements à la suite desquels elle approche de onze ans (septembre 1885). À ce moment elle a sa sensibilité, sur tout le corps. -{- + Toux, sifflement : « J'ai une boule, j'ai toujours ça. » — Elle a maintenant onze ans sonnés. -\ — \- Je la réveille. Elle me reconnaît : « Je vous ai déjà vu il y a longtemps; je suis fatiguée. »

16 décembre. — Séance. Elle est à onze ans et demi. Grands mouvements, toux, essoufflement, -f- + Douze ans et demi. Elle a mal à la tête et tousse, -f- + Elle a treize ans. « J'ai mal dans le ventre. » Elle est anesthésique depuis l'appendice xyphoïde jusqu'aux pieds ; douleur à la pression profonde delà fosse iliaque droite bien au-dessus de l'ovaire : « Quand je plie les jambes, ça me fait mal. » -f- -f Octobre 1887. Elle a mal à la tête; elle ne va pas bien, dit-elle. (Le travail progresse lentement.) -\ — |- Les grands mouvements reprennent de plus belle, puis s'arrêtent. Elle a quinze ans (novembre 1889). -f -f- Elle n'a plus maintenant que de l'anesthésie des membres inférieurs. Elle me dit qu'elle va assez bien, mais marche mal et lire la jambe gauche. -f- + Je la réveille parce quelle se sent fatiguée. Elle a mal à l'estomac et n'a pas faim.

17 décembre. — Séance. En deux minutes elle arrive à seize ans ; en quatre minutes à seize ans et demi. A cet âge elle se plaint de l'estomac. + -f- + En trois minutes elle arrive en 1892, à dix-huit ans : « Je ne peux pas manger; voilà un mois (pie je vomis; j'ai mal à l'estomac et dans les jambes. » A ce moment l'anesthésie est générale. -\ — (- Grands mouvements, toux sifflante, spasmes laryngés, -j — \- Dix-neuf ans. — D. Qu'avezvous ? — IL J'ai peut-être eu trois cents crises. — I). A propos de quoi? — R. Je ne sais pas, j'ai toujours mal à l'estomac ; je vomis encore quelquefois. » -f -f- Elle se calme, puis s'étire fortement. Elle a vingt ans (septembre 1894). Elle a. mal dans les jambes : « On me traîne; je ne peux pas marcher presque. » -f + Essoufflement, étirements, puis repos : «J'ai mal dans les jambes. » (Juillet 1895.) Elle sait qu'elle est ici. -f + Reprise de la toux, des sifflements laryngés, des crises comme au début ici. « J'ai des points partout. » + -f Nouvelle crise d'étoufîement. -f -f Septembre 18^5. La sensibilité est revenue aux jambes. Elle ne sait pas quel jour on est. Elle gesticule alors très fortement comme elle faisait dans les premières séances. H — |- Elle est maintenant fin novembre, elle sent de parioul sauf de la tête qui lui fait mal. -\ — |- Etirement; elle ouvre les yeux. Je les lui referme et lui demande le quantième on est. Elle me dit : « A la mi-décembre. » + + Etirements, bâillements : « Oh! j'ai faim, s'écrie-t-elle alors! » -\ — \- « Tout me semble très drôle intérieurement; je ne peux pas dire, je n'ai jamais senti comme ça. » Elle a encore des douleurs dans la tète et dans le front. -j — \- Etirements ; tiraillements encore un peu dans l'hystérie — n . 19

les yeux. Puis elle s'éveille. Elle n'a plus d'anesthésie et le sens musculaire est normal. Le champ visuel est également normal, et elle ne souffre plus de la tête en aucun point. Elle dit se sentir comme elle ne s'est jamais sentie. — Je l'endors néanmoins le soir.

18 décembre. — Quelques douleurs dans les genoux, les bras et un peu le pied gauche. L'estomac n'a pas sa sensibilité complète; elle en souffre un peu et n'a pas faim. Une fois qu'elle a mangé, elle remarque qu'elle a sommeil.

Séance de perfectionnement. Grands mouvements, toux. + + + Grands mouvements des jambes et secousses des reins où elle éprouve des tiraillements. + + + Secousses de l'estomac ; bâillements : « Ça craque dans la tête. » + -f + L'estomac est un peu plus long à revenir que le reste : secousses d'abord, puis tiraillements, puis brûlures. « J'ai eu cette brûlurelà depuis une indigestion de crevettes à seize ans et demi, j'ai eu de petites taches rouges par tout le corps. » + + Elle bâille ; ça tire moins, mais ça brûle encore beaucoup. -f + Elle se tortille de tout le corps, bâille, a de petites secousses dans le dos : « Le cœur tire un peu. » -f- -f « Ça se détend; je devais avoir encore quelque chose dans le ventre; j'avais un point là. » (Elle me montre la partie supérieure de la fosse iliaque gauche. Etirements généraux, bâillements. Son estomac est bien maintenant. Elle s'étire le dos, la poitrine, le cou, le tout accompagné de quelques secousses du dos, avec toux sifflante, -j- -j- Petits cris sifflants comme dans les spasmes laryngés, avec soubresauts du dos. + + « C'est comme si on avait une boule en caoutchouc dans la gorge ; j'ai eu des périodes de crises où je ne pouvais plus manger parce que je rejetais tout quand ça arrivait à la gorge, -f + Une fois que la sensibilité du cou est revenue, je lui ordonne de se sentir complètement depuis la gorge jusqu'au bout des pieds et des mains : « C'est drôle, ça me fait un mouvement de crise partout, sauf dans la tête ; c'est comme si mes nerfs se rétrécissaient surtout du côté gauche. » Elle esquisse en effet réellement une crise, au milieu de laquelle elle me parle et se rend très bien compte de ce qu'elle éprouve. Enfin tout se calme; elle s'étire de la tête aux pieds deux ou trois fois, et je lui dis alors de sentir complètement sa tête en énumérant les parties, crâne, face, etc. -| — f- Bâillements, mâchonnements : « Ça fait mal dessus et derrière la tête... ça lire dans la tète... ça tremble partout. » -f -+- Il lui semble que cela craque dans la nuque'. Tout à coup elle dit . « Tiens, ça vient de se replacer dans mon épaule ; il y avait quelque chose qui ne me paraissait pas en place ; ça, a craqué et ça vient de se remettre ;... les dernières crises que j'avais à la maison c'était dans la tête ; je perdais complètement connaissance; j'en avais qui me duraient six ou sept heures. » -) — |- Elle se remet à bâiller, à mâchonner (avec craquement des articulations temporo-maxillaires. + + Je lui applique mon pouce entre les deux yeux comme pour l'endormir, en même temps que je lui dis de sentir complètement, et je l'y maintiens jusqu'à ce qu'elle se réveille tout à fait dans une détente brusque. Elle s'écrie alors : « Oh! mais je ne suis pas comparable à hier. Je vous vois bien mieux toutes les autres malades je

les ai trouvées changées ; <;a m'éblouissait. » Elle est étonnée de mieux revoir et se met à me raconter qu'autrefois elle avait mal aux yeux, quand elle était toute petite, et qu'on la conduisit chez un oculiste à Metz. Il semble que le retour de la sensibilité réveille toutes sortes de souvenirs dont elle ne me parlait jamais avant.

Après son réveil elle paraît tout à l'ait normale, et n'a plus de stigmates. Elle court, joue, danse, travaille, avec un peu trop d'exubérance peutêtre. Le soir, elle se sent fatiguée ; l'estomac sent un peu moins bien et les jambes sont un peu raides et moins sensibles. Je l'endors le soir.

19 décembre. — Séance ce matin. Elle recouvre sa sensibilité complète et se réveille seule absolument normale.

20 décembre. — Elle a dormi une heure trois quarts. Le soir elle reperd un pende sensibilité.

21 décembre. — Elle a à peine dormi ; elle a travaillé elle-même à recouvrer sa sensibilité et ce matin elle se trouve bien. Le soir ses règles surviennent. Elle a quelques soubresauls, des points dans le dos ; sa sensibilité diminue et elle la recouvre de nouveau elle-même. Endormie le soir par moi.

22 décembre. — Je lui dis de se réveiller seule. Mêmes réactions que d'habitude. Elle se réveille très rapidement, complètement. Le soir elle a un peu d'hyperestliésie de la tête, de la gène du bras droit. Elle s'étire et tout disparaît. Je l'endors.

^décembre. — Séance le malin. La tète est hyperesthésiée au vertex el à la nuque ; le champ visuel est rétréci et l'acuité visuelle diminuée. Je lui dis de se sentir de la tête aux pieds et de sentir sa tète complètement. Elle a des réactions générales, des suffocations. Elle est prise d'une douleur au coude qui, en même temps, devient anesthésique. -f- -f- Picotements du nez, de la gorge, de la poitrine intérieurement. « Le long de la jambe droite jusqu'au dos, j'ai un nerf qui me fait mal par-dessous. » -f- -f- Elle finit, après ses réactions habituelles (cou, nuque, front), par se réveiller. Elle n'a plus d'hyperesthésies, plus de stigmates, plus de rétrécissement du champ visuel, plus d'anesthésies. Je l'endors le soir.

24- décembre. — Je la trouve ce matin avec un point douloureux à l'épaule droite. Son bras droit a du tremblement et elle a des points douloureux dans le dos. Je lui ordonne de se réveiller complètement : secousses, grands mouvements, bâillements, toux, etc. Enfin je la laisse se réveiller seule sans même rester auprès d'elle. Elle se réveille complètement et l'après-midi je constate l'intégrité absolue de sa sensibilité.

25 décembre. — Elle n'a pas dormi cette nuit. Ses règles ont repris plus fort hier, et elle a un point douloureux à l'épaule droite. Séance : étirements du cou et du dos, gargouillements du ventre. Elle me dit que lorsqu'elle se réveille son estomac ne sent jamais complètement bien. Je lui dis alors de le sentir complètement : secousses, + tiraillements, -f -j- envies de vomir, avec régurgitations. + + Brûlures (les gargouillements de l'estomac ont disparu), -f Sensation de creux et de dégagement. Après quoi elle a des suffocations, avec anesthésie de la région laryngée. El elle res-

sent mieux battre son cœur. (Hier soir elle avait des démangeaisons dans le bras et la main droite.) Puis elle est reprise de grands mouvements de la tète aux pieds, et elle me dit alors qu'elle s'aperçoil que bien des choses qu'elle croyait bien revenues ne sentaient pas encore bien. Et elle se réveille complètement normale.

Elle se rappelle que depuis l'âge de onze ans elle avait des oreillons du côté droit (?) avec une douleur à l'épaule (au milieu du trapèze à peu près) qui lui tordait le cou. Au cours de son réveil elle a présenté ces doubles qui étaient accompagnés d'anesthésie de toute la région douloureuse et . contracture e. Il est vraisemblable que dés celte époque il ne s'agissait que de troubles hystériques.

30 décembre. — Elle dort mainlenanl d'une à deux heures par nuit. Elle a encore quelque raideur et un peu moins de sensibilité dans le pied gauche; l'estomac est un peu moins sensible et la tête un peu hyperesthésique et douloureuse, avec un peu d'anesthésie à droite de la nuque vers l'épaule. Remise dans son état normal.

31 décembre. — Elle reçoit plusieurs lettres et visites. Elle esl un peu fatiguée et se sent filer légèrement, mais elle se reprend elle-même.

4 janvier. — Elle a dormi ces nuits-ci deux à trois heures. Hier, une de ses parentes lui fait une scène, lui reprochant tout ce qu'elle a fait pour elle, etc. Aussitôt elle ('prouve une sensation de conslrietion à l'estomac qui devient anesthésique ainsi que l'abdomen ; diminution générale de la sensibilité ; légers points douloureux des lombes et de la tète.

Endormie je constate que c'est surtout la tête et le dos qui sont pris ; (die a des gargouillements très nombreux dans l'abdomen et l'estomac. Elle ne recouvre point sa sensibilité disant qu'elle est découragée et que ce n'est pas la peine de guérir. Je la console et la fais ressentir complètement. Héveli normal.

15 janvier. — Elle sort en voilure, se fait extraire une dent et revient en bon état, sauf un point douloureux dans le dos, mais la tète est bien, et ses jambes sont également normales.

20 janvier. — Elle est sortie presque tous les jours et revient dans le même état qu'au départ. Aujourd'hui elle perd légèrement sa sensibilité et sa démarche redevient spasmodique, en même temps qu'elle a mal à la tète. Dans la nuit ses règles surviennent.

21 janvier. — Soubresauts; perte de sensibilité; crise le soir, sans régression de personnalité.

22 janvier. — Séance. Retour de la sensibilité moins celle de la poitrine qui est très difficile à revenir (sifflements, toux, dyspnée), et celle de la tète.

23 janvier. — Continuation de la séance d'hier. Mais elle se fatigue vite et je suspends avec le réveil provoqué. Fin des règles.

24 janvier. — Continuation de la séance. Mais je n'arrive pas encore au réveil spontané, la tète restant encore un peu anesthésique.

25 janvier. — Continuation. Réveil complet. Retour à l'état normal.

G février. — Elle sort, va, vient, à pied, en voiture, et reste dans le même état avec toute sa sensibilité'.

7 février. — Un peu d'anesthésie de la face et du crâne. Je l'endors et lui fais ressentir la tête : douleurs, crises, surfout au sommet et dans les yeux, « c'est comme si ça craquait dedans ». Fatiguée, je la réveille. Elle a une crise le soir et se contracture de tout le corps. Elle s'était réveillée avec des douleurs généralisées.

9 février. — Séance nouvelle. Crise le soir à cause des douleurs de tête qui ont encore persisté après le réveil.

40 février. — Séance pendant laquelle les douleurs commencent à diminuer.

11 février. — Séance : secousses de tètes, douleurs comme si on enfonçait un coin dans la tète. — Elle s'est cogné il y a quelques jours à la tempe droite. Depuis ce moment elle voit fout jaune de l'œil droit.

12 février. — Séances de dix heures à midi et de deux à six heures. Réactions générales. Tout se détend, craquements dans la tête, étirements, picotements des yeux, bâillements. Elle ne peut encore parvenir à se réveiller seule et se seul trop fatiguée pour aller jusqu'au bout. Je la réveille.

13 février. — Endormie hier soir, je lui lais continuer sa séance ce matin : tortillements généraux; respiration sifflante. « Depuis trois jours, dit-elle, tout me revient, j'ai une odeur d'éther dont j'ai pris beaucoup depuis quatre ans, surtouf l'an dernier; les autres choses ne me reviennent pas ainsi; et puis aussi le mal de cœur que j'avais l'an dernier; depuis le mois de novembre 1894 jusqu'à l'hiver, je n'ai fait que vomir ; depuis l'âge de onze ans je n'ai jamais eu l'estomac bien solide; on disait que j'avais une dilatation. » + + + « Maintenant je sens le mal de cœur comme lorsque je prenais do la morphine pour mes douleurs d'estomac, depuis le mois de février jusqu'à ce que je vienne ici. » Le retour successif de ces souvenirs mon lie qu'en ce moment sa personnalité progresse. + + Le point douloureux de l'épaule droite a disparu en même temps que le point du cédé gauche de la tète correspondant au membre supérieur droit a disparu. + -f- Il n'y a plus guère que les yeux qui font mal, et (die y éprouve des ('lancements. Soubresauts delà tête; elle remue les paupières et commence a se frotter les yeux. Elle s'étire de partout. Il lui semble que ses yeux se rétrécissent. -\ — \- Tiraillements dans les yeux et en même temps correspondance des douleurs à l'occiput. Enfin réveil complet.

14 février. — Règles. Diarrhée très abondante pendant la nuit et la journée. La lèfe est un peu embrouillée le soir.

20 février. — Elle se fatigue dans une sortie et revient avec le bras gauche un peu contracture. Après dîner elle se sent énervée et sa jambe droite se raidit un peu. Elle court dans le jardin sans pouvoir s'arrêter et monte se coucher sans se rendre compte de rien.

21 février. — La sensibilité de l'estomac, qui n'est pas encore absolument normal et qui la brûle un peu, revient complètement.

29 février. — Je lui fais une séance générale ; (die se réveille complètement normale et quitte la maison définitivement. Mars. — Avant de retourner dans son pays elle reste à Paris, reprend la

294 NATUKE DE L'HYSTÉRIE

vie commune. De temps à autre elle revient pour que je la remonte. Elle quille enfin Paris à la suite de ses règles qui se passent cette fois sans accident. Vi\ peu fatiguée de son voyage de retour chez elle, elle s'en remet vite et seule et depuis cette époque son état s'est bien maintenu.

Remarques. — Ce cas présente un intérêt tout particulier en raison de la gravité de l'état général de cette malade atteinte depuis de longues années, incapable de se livrer à aucune occupation depuis longtemps, et qui peut être aujourd'hui considérée comme guérie, grâce au réveil de la sensibilité, réveil qu'elle sait elle-même provoquer pour se rétablir et se maintenir en bon état dès qu'elle s'aperçoit de la diminution de sa sensibilité d'un côté quelconque de son organisme. Le bas âge, deux ans, auquel la malade a vu rétrograder sa personnalité, dont la régression, alors que la sensibilité n'était pas encore bien restaurée, avait été une première fois jusqu'à l'âge de dix ans, est très intéressant aussi à considérer. Ce n'est pas du reste le seul cas dans lequel la régression ait été aussi accentuée. Cette régression se faisant en deux étapes au prorata du retour de la sensibilité montre bien le rapport intime qui existe entre ces deux choses : sensibilité, principalement cénesthésie, et personnalité, rapport également apparent lorsque, spontanément, la régression de la personnalité se produisait, quand, sous une influence quelconque, il survenait de l'anesthésie. Quant aux réactions motrices et sensitives qui accompagnent le réveil de la sensibilité viscérale, ce cas peut presque servir de type à leur description.

Hystérie congénitale. — Trouâtes de la marche dès Vadolescence. — Paraplégie, astasie-abasie, fièvre hystérique, anesthésie, insomnie, anorexie, points hystêrogènes . — Réveil de la sensibilité dans un état d" hypnose incomplète. — Régression de la personnalité jusqu'à l'âge de deux ans. — Rechutes avec régression spontanée. — Réveil plus complet et régression à un âge encore plus bas que deux ans. — Persistance des troubles de la marche. — Instabilité de la sensibilité. — Amélioration, rechutes constantes.

Mllc Camille X... est entrée le 31 août 189o à la villa Montsouris. Sortie le 31 mars 1896.

Antécédents héréditaires. — Mère nerveuse, grand'mère maternelle bizarre, peu intelligente. Père mort d'une affection cardiaque, extrêmement apathique et insouciant, comme elle ; une sœur bien portante, plus agér qu'elle.

Antécédents personnels. — Fièvre typhoïde de la mère au cours de la grossesse. Dès l'âge de dix ans elle avait de la faiblesse de la vue qui se troublait dès qu'elle lisait longtemps. Elle avait aussi des douleurs dans les membres qui la forçaient à l'immobilité pendant une huitaine dejours quelquefois et qui disparaissaient comme elles étaient venues. Tous les deux mois environ elle avait des entorses (?) tantôt d'un pied, tantôt de l'autre, aux mains aussi. Les genoux étaient quelquefois pris, « rouilles » dit-elle, et elle ne pouvait pas se lever. Ces accidents survenaient déjà à l'âge de dix ans. Etant toute petite on lui reprochait de marcher comme un canard ; elle marchait les jambes écartées, les pieds un peu en dedans, le tronc fléchi en avant et fixe. Il y a trois ans, en septembre 1892, elle eut de la paraplégie du membre inférieur gauche pendant un mois. En 1893, paraplégie de la jambe droite pendant deux mois. En 1894, les deux jambes furent paralysées, la gauche d'abord, puis la droite. Ensuite les bras furent pris à leur tour. Deux fois on la fît remarcher par suggestion. Quand elle était reprise de paraplégie elle avait au début un accès de fièvre avec vomissements, puis un engourdissement qui partait des orteils et allait en gagnant de bas en haut tout le membre inférieur.

Etat actuel. — 17 septembre 1895. — Membres inférieurs : anesthésie complète, sens musculaire nul. Les réflexes patellaires sont conservés. Para-*

plégie presque complète à gauche; traîne la jambe gauche derrière elle; se soutient un peu mieux sur la droite.

Membres supérieurs : anesthésie complète. Sens musculaire nul. Quelques plaques de sensibilité à la piqûre. Parésie des bras qu'elle ne peut tenir droits en l'air.

Tête : anesthésie de la face et du cuir chevelu. Peut lirer la langue les yeux fermés mais ne peut la mouvoir une fois sortie de la bouche.

Vue : rétrécissement du champ visuel extrêmement marqué. Acuité visuelle diminuée de moitié. Elle ne peut lire longtemps parce que sa vue se trouble, et cela depuis l'âge de huit à dix ans; pas de dyschromatopsie malgré le rétrécissement très marqué du champ visuel.

Goût : aboli ; langue anesthésiée ; abolition du réflexe pharyngé.

Ouïe : il faut appliquer la montre sur l'oreille pour percevoir un léger bruit à droite ; la diminution est un peu moindre à gauche.

Odorat : extrêmement diminué.

Thorax : anesthésie complète. Anesthésie de l'estomac où elle n'éprouve qu'une sensation de poids ou des crampes; mais ne seul pas les aliments y pénétrer.

La sensation du besoin de miction et de défécation n'esl pas abolie.

Poinls douloureux : épaules, interscapulaire, grand trochanter, sacré, vertex, occiput. Toute la tête est assez douloureuse.

Aprosexie : elle recommence plusieurs fois la même lecture sans s'en apercevoir, sans même bien comprendre ce qu'elle lit. Elle ne peut plus guère écrire non plus, parce qu'elle ne sait plus que dire, et a oublié l'orthographe de beaucoup de mots.

Mémoire : son plus ancien souvenir remonte à l'âge de dix ans. Elle ne se rappelle pas son enfance. A dix ans elle avait des douleurs généralisées qui l'empêchaient de bouger ; cela durait huit jours quelquefois et disparaissait tout d'un coup comme c'était venu.

Sommeil nul.

Il lui arrive de se perdre complètement dans son lit. Elle ne sent plus que sa pensée qui marche, mais elle ne se rend pas compte si elle a un corps, des membres et même une tète.

Elle est hypnotisable avec la plus grande facilité. Il sufiil de lui appliquer la main sur les yeux sans même lui donner l'ordre de dormir pour qu'elle s'endorme aussitôt.

Je l'endors et lui dis : « Senti'/, vos orteils. » Elle les contracte aussitôt, tout en n'ayant pas conscience des mouvements qu'elle exécute. Elle y éprouve seulement des tiraillements. J'insiste en lui disant de sentir ses pieds complètement. Elle s'étire : « Ça tire partout, » dit-elle en contractant les doigts des mains et les bras, comme les jambes : « Ça lire partout, dans la tête, dans les bras, dans les jambes. » -f- Elle sent maintenant le chatouillement au niveau des orteils qui ont recouvré le sens musculaire.

+ Je lui dis de sentir depuis les genoux jusqu'au bout des pieds : « Ça tire par toute la tête. » Elle fronce les paupières, fait des grimaces de la

l'ace, contracte les doigts, les tortille, gesticule les bras, allonge et plie les jambes. + -|- Quanti la sensibilité est revenue dans les jambes, je lui dis de sentir depuis les hanches jusqu'au bout des pieds. Elle s'arcboute sur la nuque, fail de grands mouvements d'extension et de flexion des membres inférieurs. H — \- Elle sent maintenant le contact el la piqûre jusqu'à la crête iliaque à droite, mais non à gauche. « Ça lire dans les jambes ; ça brûle dans les pieds. » +.+ Contorsions générales déplus en pins tories. Les deux cuisses sentent de même : « Ça brûle dans les jambes, ça fourmille dans les pieds; ça tire dans les cuisses et partout depuis la tête. » -f- + « Ça brûle et ça fourmille dans les pieds ; ça se meta fourmiller aussi dans les mollets el dans les jambes. » + + « Ça brûle dans les cuisses ; ça commence y fourmiller un peu aussi. »

Je la mets debout. Elle sent bien qu'elle marche sur un tapis et, quoique les yeux fermés, elle sent qu'elle fléchit encore sur les reins et les hanches. Pour ne pas la fatiguer j'arrête là cette première séance.

18 septembre. — Elle ne sent plus que ses pieds, et seulement au contact et à la piqûre ; le sens musculaire est perdu, .le l'endors et lui fais ressentir les membres inférieurs. Ça tire, puis en brûle; la sensibilité à la douleur revient d'abord avant la sensibilité' tactile, puis le sens musculaire en dernier lieu. -+- + + Klle commence à éprouver de la confusion dans les idées, à ne plus trop savoir où elle est. La sensibilité est à peu près complète jusqu'aux hanches. Elle a encore deux points douloureux légers à gauche, l'un à l'épine iliaque antéro-supérieure, l'autre à la crête iliaque.

J'arrête et la réveille en lui disant de se réveiller le plus complètement possible, puis je lui soufre sur les yeux. Elle ouvre les yeux, se prend la tête dans les mains et me regarde étonnée. — D. Qu'ai-je donc? — R. Vous êtes tout changé. — J). Comment cela? — R. Je ne sais pas, je ne peux pas dire. Oh! j'ai mal à la tête, je suis toute étourdie. — D. Quelle date est-ce aujourd'hui? — H. Je ne sais pas. — I). Quel mois? — H. (Elle cherche). Août, je crois. — D. Quelle année ? — R. Je ne sais pas. — D. Où est votre père? — R. (Il est dans une maison d'opérations). En Algérie, je pense. — D. Et vous, où ètes-vous ? — R. Je ne sais pas. — D. Qui vous a amenée ici? — R. Je ne sais pas, qu'est-ce que j'ai donc? — D. Voyons quel âge avez-vous ? — R. Quinze ans. — D. Eh bien ! en quelle année sommes-nous alors? — R. En 1892; à la fin d'août.

Je la fais lever. Elle marche en titubant. — D. Pourquoi ne pouvez-vous vous tenir bien? — R. Je suis étourdie, il me semble que je reviens d'une longue course; mais je ne comprends pas ce que je fais ici ; qui ètes-vous ? — D. Votre docteur qui vous soigne, je vous expliquerai cela plus tard. — R. Je suis donc malade ; qu'est-ce que j'ai?

Elle marche et court toute la journée. Elle n'a reconnu personne de la maison. En courant elle perd la sensibilité de la jambe gauche ; son pied se met en abduction et traîne en marchant. L'anesthésie existe à tous les modes; elle a aussi un peu de diminution de la sensibilité à la jambe droite. Elle me dit qu'elle s'est fait une entorse, comme elle s'en fait souvent, et que cela va lui durer dix jours pour guérir. — Ses soi-disant

entorses ne sont, évidemment qu'un phénomène de paralysie avecanesthésie plus marquée de la cheville.

Je l'endors le soir.

19 septembre. — Elle se réveille peu de temps après avoir été endormie. Elle a ton jours quinze ans ce matin. Je la rendors et lui fais recouvrer rapidement la sensibilité des membres inférieurs, puis je lui dis de sentir depuis la taille, le ventre, le bas-ventre et les jambes. Elle se met à gesticuler, à se contorsionner. — I). Que sentez-vous? — R. Rien. — D. Pourquoi remuez-vous ainsi? — R. Je ne sais pas si je remue. — D. Mais vous ne. sentez donc pas vos jambes? — R. Non. (En effet, elle est de nouveau anesthésique.) — D. Quel âge avez-vous ? — R. Quinze ans. — I). En quel mois sommes-nous? — II. Au mois de mai. (Elle était en août hier.) H — h « Ça tire dans le ventre; ça brûle dans les jambes. » -j — ^ « Ça brûle dans le ventre, j'ai des fourmillements dans les jambes. » -\ — \- Elle met la main sur sa hanche gauche. « Ça brûle, ça fait mal. » + + Elle sent bien depuis la taille. Le sens musculaire est, redevenu normal. Les divers modes de sensibilité sont à peu près normaux. Elle n'a plus de points douloureux aux hanches ni aux épines iliaques.

Les points scapulaires et sus-mammaires persistent au contraire. Les points cépbaliques correspondant aux membres inférieurs ont disparu. Celui du côté gauche de la tête complètement, celui de droite pas tout à fait. Je lui demande alors si elle sent ses deux jambes bien pareilles. — R. Non, pas tout à fait. — 1). Laquelle sent le moins? — R. La gauche. — 1). Sentez-la comme l'autre. — Elle s'élire, éprouve des fourmillements; enfin sent bien. Le point céphalique rolandique droit a disparu. Il y a donc bien entre-croisement pour la sensibilité et les centres moteurs se confondent avec les centres sensitifs. + + D. Quel âge avez-vous? — R. J'ai douze ans. — Je cherche alors si en même temps la sensibilité n'esl pas revenue ailleurs et je constate que Camille sent en effet de partout, et a recouvré son sens musculaire et la notion de position des membres. Elle a faim. Elle se sent très bien, n'a pas mal à la tête el n'a plus de points douloureux nulle part. Elle se croit au mois de mai 1889.

Je l'éveille. Elle est bien plus étonnée que la première fois. Elle ne me reconnaît pas, mais ne s'effraye pas non plus. Elle se croit à Rlidah, en pension, et me demande pourquoi elle est là, ne sachant pas comment elle est venue, naturellement, et où sont ses parents. Elle est étonnée qu'ils soient à Paris, car ils ont quitté Paris depuis deux ans.

Je lui explique qu'elle est ici pour se soigner depuis trois semaines et qu'il faut qu'elle se guérisse vite pour que pareille chose ne se reproduise pas. Elle se rappelle maintenant depuis l'âge de cinq ans, quand elle demeurait à Paris, l'appartement, la rue où elle était. Elle me raconte qu'elle devait faire sa communion au mois de juin. Elle regarde sa bague et dit que ce n'est pas à elle.

Dans la journée elle agit, cause, joue comme une fillette de douze ans, demande à ce qu'on fasse un pli à sa robe pour pouvoir courir, se balancer. Elle court, va, vient, mange bien sans difficulté.

Le soir confusion clans la tête, sans douleurs. Anesthésie des membres el des viscères. Elle est encore à douze ans au mois de mai 1889. Elle se sent courbaturée de tous les membres. Je l'endors.

20 septembre. — Elle se réveille au bout de quelques heures spontanément. Je la retrouve ce malin dans le même état qu'hier soir. Je l'endors et lui dis de ressentir ses jambes et son ventre. En quelques minutes elle recouvre sa sensibilité. Quand elle est à peu près complètement revenue aux jambes, je lui dis de sentir son estomac et son ventre. Aussitôt fortes contorsions du tronc. Elle se roule sur elle-même : « Ça tire (gargouillements). -1 — \- Ça picote. » A ce moment elle sent la piqûre et le chatouillement au creux épigastrique. + + « Ça fourmille. -| — |- Il est plein (l'estomac), il est lourd. + -f- Il se dégage. » H — \- Elle sent de partout en ce moment, de la tête aux pieds. Elle a dix ans et se croit au mois de décembre 1887. Elle est arrivée en Algérie au commencement d'octobre. Je la réveille. Elle s'étonne : « Je rêve, je crois; où suis-je? où est maman? » Elle me raconte alors avoir été malade à son départ de Marseille, avoir vomi, puis à l'arrivée à Alger, avoir été prise de jaunisse. Elle me demande s'il y a des petites tilles ici pour jouer, car sa sœur a treize ans et est trop grande pour jouer avec elle.

Dans la journée elle estprise de douleurs des pieds et se met à marcher en fauchant. Je constate que sa sensibilité est de nouveau disparue. Elle me raconte que depuis l'âge de huit ans, elle est ainsi sujette à des douleurs de ce genre et qu'elle est soutirante à tout instant.

Le soir elle est complètement anesthésique et je l'endors.

21 septembre. — tElle se réveille seule pendant la nuit. Elle a dix ans (novembre 1887). Je la rendors et lui dis de se ressentir des pieds à la tête. Réactions habituelles. En quelques minutes elle a recouvré toute sa sensibilité, et elle a neuf ans. -f + Elle a huit ans, et se croit 'dans l'Iiiver 1885. -f- -f- Elle passe à sept ans (avril 1884). Elle se sent bien; elle est à Paris à l'hôtel. — I). Tu dors ? — R. Oui. — 1). Eh bien ! sens-toi de plus en plus jusqu'à ce que tu te réveilles. — Elle s'agite, s'étire, se frotte le front, et se réveille. Elle s'écrie : « Où est-ce que je suis? — D. Quel âge as-tu ? — R. J'ai sept ans. — D. En quel mois sommes-nous? — R. A la lin d'avril. — 1). Quelle année? — R. 1884. — D. Vas-tu à l'école? — R. Pas encore, je vais y aller. — 1). Comment te portes-tu? — R. Je me porte bien. — D. As-tu été malade? — R. Je ne sais pas, je suis toujours malade, j'ai souvent mal dans les jambes et dans les bras. — I). Est-ce que ça t'empêche de marcher? — R. Oh ! non. — I). Ça te dure-t-il longtemps?

— R. Je ne sais pas. — D. As-tu été obligée de rester plusieurs jours au lit? — R. Oh ! non, mais quelquefois deux jours ; ça passe tout seul comme c'est venu. Où est maman? — D. Elle est à Paris. — R. Pourquoi n'estelle pas là; et ma gouvernante? — D. Tu es ici chez moi pour le soigner.

— R. J'ai donc été malade ; vous êtes médecin? — Je la rendors et lui dis de se sentir encore plus. Elle remue les jambes, les élire, et à ma

question sur ce qu'elle y éprouve elle me dit que ça pique. -] h Elle

remue doucement sans grandes gesticulations, -f -f- « Ça ne picote plus. »

-\ — \- Elle a toute sa sensibilité même viscérale et n'a plus de points hyperesthésiques. + + Ce sont surtout les jambes et les mains qui sont en mouvement. Je lui dis alors de sentir également son visage : « Grimaces, froncements des paupières, des sourcils; elle tire la langue; tiraillements des yeux, de la bouche qu'elle remue dans tous les sens; elle fronce le front, se frotte les yeux. -f- -f- Je lui dis de se sentir tout à fai! de la tête aux pieds. Elle recommence, tout en grimaçant, à gesticuler di'> bras <■! des jambes, à se tortiller, puis elle s'arrête el reste calme. — J). Quel âge as-tu? — H. J'ai quatre ans. — D. Sens-loi tout à fait bien? — K. Je suis l'alignée. — D. Tu dors ? — II. Oh ! pas beaucoup. — 1). Sens-toi tout à fait bien pour te réveiller. — Elle s'étire et se réveille avec un parler enfantin : « Ouest maman, où ze suis ici? » — Elle regarde des bleus qu'elle s'est faits aux jambes il y a quelque jours : « Ze me suis fait du bobo oh ! ça fait pas mal. »

Elle se sent bien, pas fatiguée. Elle regarde mon cahier de noies : « Ob ! un joli petil livre ! » — 1). Sais-tu écrire ? — R. Oh ! non. — I). Et lire? — R. Non pins, ze ne sais rien. Ze sais mes lettres, mais pas bien ; ze me trompe toul le temps! — I). Qu'est-ce qui t'apprend ça? — R. C'est ma gouvernante; elle s'appelle Agnès, c'esl une Anglaise. — 1). Alors lu apprends l'anglais? — R. Oh ! ze ne le sais pas encore. — I). Veux-tu jouer à la balançoire? — R. Ze ne sais pas ce que c'esl. — On lui explique, mais : « Oh! ze tomberais, » dit-elle! Elle zézaie comme un petil enfant, raconte qu'elle a mauvais caractère, qu'elle rage el se roule par terre ; el que son papa lui donne le fouet. Elle joue toute la journée comme un bébé.

Elle tutoie tout le monde, prononce des mois d'enfant, ne sait plus faire aucun des ouvrages où elle ('lait liés habile.

Dans la journée elle se sent fatiguée el se mol ;'i zigzaguer en marchant el à so plaindre de douleurs. Elle reperd sa sensibilité de loul le corps.

Je l'endors et lui dis de se ressentir. Mêmes réactions qu'habituellement. Elle a toujours quatre ans (mai 1884) : « Ça pique dans les zambes. » -f -+- D. Sens bien dans tout ton corps; qu'esl-ce que ça le fait ? — 11. Ze >ais pas... ça tire. — I). Quel âge as-tu? — R. Z'ai trois ans. + -f- Elle sent partout le chatouillement et la piqûre, -f 4- Je lui dis de bien sentir sa tête. Elle la tourne et la retourne, la frotte sur l'occiput. — D. Que senstu? — R. Ze sais pas; c'est des petites bébêtes. -f -f- Elle rejette la tête en arrière par soubresauts, fait l'arc de cercle. Elle a toujours trois ans. -f- -j- « J'ai bobo là » (elle me montre le creux épigastrique). Je lui dis de sentir sa tête, sa ligure, tout son corps : réactions, grimaces, contorsions habituelles. -| — |- L). Quel Age as-tu? — H. Z'ai deux ans. — D. Qu'est-ce que ça te fait dans la tète? — R. Ça l'ail bobo. — L). Y a-l-il longtemps que lu as deux ans? — R. Oh! non. -| — |- Elle se sent toute petite. Je lui répète sans cesse de sentir bien ses jambes, de se sentir de la tête aux pieds. Aux jambes elle perçoit le contact, la piqûre, le chatouillement. — D. Qu'est-ce qu'elles font tes jambes ? — R. Ze sais pas ; elles remuent. — D. Pourquoi '• — R. Ze sais pas.

Elle est fatiguée. Je suspends la séance et la laisse endormie se reposer.

22 septembre. — Elle s'éveille seule ce malin, si1 frotte les yeux en disant, : « Maman, où estmaman?je veux maman, » sur un ton plaintif et enfantin. .le lui referme les yeux et lui dis de se sentir complètement. Aussitôt les réactions habituelles des jambes, des bras, du tronc, reprennent. Elle est toujours à deux ans. -\ — \- Tout à coup elle me dit : « Z'ai du bobo aux jambes. » — I). Quel âge as-tu? — H. //ai trois ans. -\ — f- Elle zézaie toujours comme un enfant. Elle a toute sa sensibilité. Je lui dis de bien sentir sa tête. Elle dit qu'elle sent des « bébêtes dans la tète ». Elle arrive à trois ans et demi, quatre ans, et se sentant bien je suspends la séance et la réveille.

Toute la journée elle reste à ses quatre ans. Elle eu a le langage, les gestes, les idées ; elle s'amuse comme une fillette de cet âge, tutoie tout le monde.

23 septembre. — Endormie hier soir, elle n'a presque pas dormi. Après déjeuner elle se sent fatiguée, perd sa sensibilité, dit qu'elle a « bobo », et se met à marcher en zigzaguant et en fauchant. Je l'endors et lui dis de se sentir depuis le bout des pieds. Elle sent des picotements dans les jambes, et sa sensibilité revient. Mais elle retombe à deux ans. -\ — \- J'insiste pour qu'elle sente bien de la tète aux pieds. Elle s'étire, contracte ses traits, s'étend. Tout à coup elle se met à faire des mouvements de succion, et se frotte les yeux avec le revers de ses poings, en murmurant d'une petite voix : « Non... nou, non... non. » — I). Quel âge as-tu? — \\. Sais pas. -f -)- Je lui dis lies fréquemment de se sentir tout à fait. Elle s'étire de plus en

•plus, se tortille et au bout de peu de temps elle repasse à deux ans. Puis en insistant toujours elle atteint trois et quatre ans. Eà elle se plaint d'être fatiguée. Mais j'insiste [tour qu'elle continue, car ces sensations de fatigue proviennent seulement de perte de la. sensibilité interne. Elle a toujours les mêmes réactions, extension forcée des bras, des jambes, tortillements, contractions de la face. Elle arrive à cinq ans : « Je n'ai plus mal, je suis bien. » Elle reste longtemps à ce point, quoique continuant toujours à réagir. Elle a toute sa sensibilité. Elle arrive bientôt à six ans, au mois de mai 1883, époque où elle se trouve bien. -| — [— « Çév pique dans la tète; » réactions générales plus intenses. + -f- Elle a huit ans (juillet 1883) ; sa sensibilité persiste toujours. -\ — \- Elle se tàte les bras : « Ils sont bien mes bras? » (die se frotte le front : « Elle n'a pas mal ma tète ? » Le sens musculaire et la sensibilité générale paraissent normaux. -1 — f- Elle progresse maintenant très lentement, tandis qu'elle avait passé très vite de cinq à huit ans : « Ça lire toujours. » -| — f- Elle a neuf ans, et se sent un peu fatiguée ; sa sensibilité générale est diminuée et le sens musculaire est indécis. Elle est en juin 1886. Je la réveille alors. Elle est étonnée de se retrouver ici, où elle se rappelle avoir été autrefois, il y a longtemps.

24 septembre. — Elle reste dans le même état toute la journée.

25 septembre. — Elle est encore à neuf ans ce matin. On lui fait quelques observations qui la contrarient. Le regard devient lixe, vague, et elle retombe à sept ans ; elle ne veut pas manger, ses jambes se paralysent de

nouveau, elle perd sa sensibilité de plus en pins et retombe à quatre ans. Je l'endors alors pour arrêter cette régression, si possible, mais je ne réussis pas et au bout de peu de temps je la retrouve à l'âge où elle réclame sa nourrice.

Je lui dis alors de ressentir complèlemenl. Elle revient vite à l'âge de deux ans, de trois ans. Elle continue à se détendre, à s'étirer, à se rouler : « Ça pique dans la tète... ça tire dans le corps. » -| — \- Elle passe à quatre ans, à cinq ans, sept ans avec des alternatives d'anesthésie et de sensibilité ; arrive à dix ans et demi (décembre 1887), et enfin en février 1888, à onze ans, où j'arrête et la réveille.

26 septembre. — Je l'endors ce malin et lui dis de se sentir complètement. En quelques minutes, après les réactions habituelles, elle arrive à douze ans : « Ça tire partout, de la tête aux pieds » (treize ans) ; puis en six minutes elle se trouve à quinze ans et demi, avec picotements dans tout le corps, fourmillements dans la tête. — En huit minutes elle arrive à dix-sept ans et demi. — Elle a de fortes réactions, ça lire surtout dans les jambes. — D. A quelle époque sommes-nous? — R. En septembre 1895. — D. Quelle date? — R. Le 26. — I). Comment vous sentez-vous? — R. Je me sens bien. — D. Et la tète? — R. Je me sens très bien. — I). Qu'est-ce qui vous empêche de vous réveiller? — 11. Je suis un peu fatiguée. — Elle ouvre les yeux tout grands, me regarde en riant et s'écrie : « Qu'est-ce que j'ai donc fait? »

Le sens musculaire est très légèrement atténué aux orteils et à la main gauche; la sensibilité paraît normale sur tout le corps; pas de rétrécisse* ment du champ visuel, pas de points hyperesthésiques ; elle a faim. — D. Depuis quand m'avez-vous vu? — R. Il y a une dizaine de jours, il nie semble. — I). Aujourd'hui quelle date est-ce? — R. Le 26 jeudi... j'ai fait un long voyage... je suis contente...

Elle titube un peu en marchant et se sent un peu étourdie. Dans la journée elle reperd sa sensibilité progressivement, mais sans rétrograder comme âge.

27 septembre. — Je l'endors le matin pour lui faire perfectionner sa sensibilité, membre par membre, organe par organe.

En une demi-heure elle recouvre presque tonte sa sensibilité. J'insiste alors pour qu'elle sente sa tète complètement : grimaces de la face, douleurs du vertex et de l'occiput, oscillations de la tète latéralement. -{- Je lui dis de sentir ses yeux : elle fronce les paupières, a des mouvements de reptation, gémit, se tortille : « Ça m'étourdit, » dit-elle. Puis tout se calme et je lui dis de se sentir de la tête aux pieds, en lui maintenant le pouce sur le front entre les deux yeux, comme lorsque je l'endors. Elle s'élire, fait des efforts qui la congestionnent, se tend et se détend brusquement, a des mouvements athétosiques des doigts. Je lui demande : « Qu'est-ce qui ne va pas encore ?» — Elle répond : « Ce sont les mains. » — Je lui dis île se sentir tout à fait de partout. Elle a de nouveaux tortillements généraux, fait des arcs de cercle, etc. Elle se réveille enfin tout à fait et n'a plus de stigmates d'aucune sorle.

Dans la journée je suis obligé de lui annoncer la mort de son père, à laquelle je l'avais préparée depuis quelques jours. Elle reperd aussitôt toule sa sensibilité.

28 septembre. — Séance le matin. Réveil spontané par suite du retour de la sensibilité. Dans la journée elle reperd un peu de sensibilité de la jambe droite, tout à fait de la jambe gauche, et à peine pour le reste du corps. Elle a senti elle-même qu'elle « filait » et a essayé de se retenir sans y réussir.

Je lui apprends alors comment elle doit s'étirer et s'y prendre pour regagner elle-même ce qu'elle perd de sensibilité. Le soir je la rendors.

29 septembre. — Elle a presque tout reperdu. Séance ce matin.

Le retour de la sensibilité des jambes s'accompagne de tiraillements, puis de brûlures, puis de fourmillements, et enfin d'un sentiment de détente. Je procède alors par organes, et lui fais ressentir le ventre, puis l'estomac. Elle croit bien le sentir, et y éprouve des fourmillements. J'insiste pour qu'elle le sente tout à fait. Elle se tortille de nouveau, fait dr* arcs de sercle. « Ça brûle partout, ça lire dans la tête, ça brûle, ça brûle. »

-\ — | D. Que sentez-vous dans l'estomac? — H. Plus rien, je sens que

j'ai très faim. — D. Qu'avez-vous éprouvé ? — R. Après les brûlures, des fourmillements, puis il est devenu grand, puis plus petit, puis tout à fait bien.

Mais le travail ne se localise pas où je dis; il se généralise et maintenant elle dit : « C'est dans la tète que ça me fait mal, ça lire. » Je lui dis de bien sentir le cou, la poilrine, les bras, les épaules, le dos. Elle fait des contorsions de toules ces parties, qu'elle remue dans tous les sens. Elle y éprouve des tiraillements, puis des brûlures, puis des fourmillements, puis plus rien. Alors la sensibilité objectivement constatable est normale.

Je passe alors à la tète : « Ça tire » (grimaces, oscillations latérales) + « Ça brûle ; -\ — (- ça fourmille, » -j — f- « ça se détend. » Après que ces phénomènes se sont passés derrière et dessus lo tête, ils se produisent dans le front. -\ — \- « Je n'ai jamais si bien senti mon corps. » -f- Puis elle sent ses yeux (clignotement, grimaces de la face). Enfin elle se réveille seule, et me dit que sa figure lui fait un drôle d'effet; il lui semble qu'on lui tire la peau, qu'on lui écarte la bouche*. La sensibilité n'est pas encore absolument normale. Elle sent mal ses mains. Le sens musculaire y est normal, mais le tact est imparfait. Il en est de même pour les jambes sur lesquelles elle ne se sent pas encore très solide.

1er octobre. — Elle a des douleurs et des brûlures dans la jambe gauche. Elle reperd peu à peu la sensibilité des jambes d'abord, puis du reste. Elle éprouve aussi des élancements au cœur.

2 octobre. — Je lui fais recouvrer sa sensibilité jusqu'au cou, puis je la réveille pour ne pas la fatiguer.

3 octobre. — Hier elle marchait encore en se dandinant et fauchant des deux jambes. Je l'endors ce matin et lui ordonne de sentir bien davantage ses membres inférieurs. Elle s'étire, éprouve des douleurs dans les articulations ; puis elle ressent son dos où il y avait encore quelques points

hyperesthésiques ; mais les flancs et les hanches restent encore douloureux dans les mouvements de redressement complet du tronc sur le bassin, et d'écartement des cuisses, et sa démarche reste défectueuse.

4 octobre. — Elle ne peut pas arriver encore à ressentir complètement les cuisses et les hanches, et à se détendre complètement dans ces parties.

5 octobre. — Elle éprouve depuis hier dans le dos, les reins, les hanches, une sorte de tremblement intérieur, et de la faiblesse des genoux. Je l'endors pour tâcher qu'elle arrive à ressentir normalement. Elle secoue fortement ses jambes, fait des arcs de cercle; les flancs ont des tiraillements, des brûlures. Des points douloureux et hyperesthésiques reparaissent le long de la colonne vertébrale. Mais tout cela finit par disparaître presque complètement et pour ne pas la fatiguer je la réveille. Elle marche maintenant presque normalement, Elle ne semble plus avoir le moindre trouble de sensibilité, ni stigmate.

G octobre. —Elle repense à la mort de son père et peu à peu s'engourdit. Elle s'endort presque en fixant un point brillant, et rétrograde jusqu'à son premier âge. Mais en une seule séance elle remonte à l'âge de dix-huit ans, au jour réel.

7 octobre. — Je la fais ressentir encore plus des jambes. La démarche est bien meilleure, mais il existe encore des plaques moins sensibles aux lombes et aux hanches, et sa démarche est un peu saccadée et compassé'.'.

8 octobre. — Endormie, je lui dis de sentir encore plus ses hanche-, ses reins, son dos, et de se sentir ensuite complètement depuis le cou jusqu'au bout des mains et des pieds. Les douleurs des reins et les points du dos disparaissent rapidement. Avant de la réveiller je lui demande comment elle se trouve, après avoir constaté qu'elle sent de partout, même de la face et du crâne. Elle me dit : « C'est drôle, j'ai faim, et je sens bal tic mon cœur. » Pour le retour de la sensibilité de l'estomac elle a éprouvé les phénomènes dans l'ordre suivant : secousses, tiraillements, brûlures, sensation de petitesse, puis d'élargissement, puis de vide et enfin de faim.

10 octobre. — Séance le matin. Mais il reste toujours des plaques anesthésiques au niveau des lombes, où elle ressent des tiraillements. Dans la journée elle a tendance à reperdre un peu ses jambes qui sont encore légèrement raides. Mais elle se secoue, marche, monte des escaliers el résiste. Les étourdissements cessent et sa sensibilité persiste.

11 octobre. — Ce malin on lui annonce que sa mère et sa sœur sont reparties dans leur pays. Elle en est très émue et aussitôt redevient anesthésique des jambes. Je l'endors et lui fais recouvrer toute sa sensibilité depuis le cou jusqu'au bout des pieds. Cependant elle a encore un peu de gêne dans la marche au niveau des cuisses, quoique à un moment donné elle ait senti comme si quelque chose craquait dans la hanche et au-dessu> du genou, après quoi elle a trouvé qu'elle était bien plus souple. Elle a encore quelques tiraillements au niveau de la partie antérieure des cuisses, dans les aines. Elle a un peu de toux laryngée, qui indique que la sensibilité du larynx n'est pas encore complètement revenue.

Après midi je l'endors et lui fais ressentir la tète. Elle fait des grimace

de la face, éprouve des tiraillements dans la tête. Il lui semble que « ça va se casser surtout du côté gauche ». Je lui demande qu'est-ce qui va se casser. Elle me répond : « Des nerfs, il me semble; ça tient toute l'oreille et ça va jusqu'à l'œil. » + + Elle a des tremblements dans toute la tête; ça Lire la bouche et le nez. + + « Ça tire jusqu'aux pieds depuis le devant de la tête. » + + Elle fait des grimaces dans tous les sens, plisse le front, fronce les sourcils, cligne des paupières. + + « Ça tire dans le front. + + Il me semble qu'elle est grosse ma tète... Ça me tire la bouche et les yeux... -f + Elle est plus petite... + + Je suis étourdie ; ça fourmille dans toute la tête... + + ... Ça brûle... + ... Ça ne fait plus rien. „ j). Et les idées? — R. Elles ne sont plus brouillées. — Elle s'élire, sa face se congestionne comme dans de violents efforts avec inspiration forcée. « Ça se détend. » -f- Elle ouvre les yeux; je les referme et la fais sentir encore plus : « Elle éprouve des craquements dans les épaules; ça éclate dans le front, dans les tempes, dans les yeux. » Les adducteurs des cuisses et la partie supérieure et externe du triceps fémoral ne sont pas encore souples, et sont douloureuses. -f- -f- Gargouillements dans le ventre, sensations de craquements dans la nuque. -f + Je lui applique h4 pouce sur le front pour qu'elle se réveille malgré ce procédé destiné à rendormir. Elle fait des mouvements athétosiques des orteils et des doigts, essaie à plusieurs reprises d'ouvrir les yeux, et enfin s'éveille complètement.

Elle marche encore avec un peu de raideur et me raconte qu'elle a toujours marché comme cela, qu'on lui faisait la guerre autrefois parce qu'elle se tenait mal. Elle marche les reins raides, les pieds trop en dehors, les jambes écartées. Autrefois, étant jeune, sa mère me dit qu'elle marchait même souvent sur le bord externe du pied. Quand on veut la faire se tenir droite les deux pieds rapprochés, elle ne peut se tenir en équilibre et tombe d'un côté ou de l'autre, même appuyée contre un mur.

12 octobre. — Elle a un peu dormi seule cette nuit. Ce matin elle sent des crampes dans tout le corps et surtout dans les jambes qu'elle a de la peine à soulever et qui lui semblent très lourdes. Elle marche à petits pas assez rapides. Elle souffre encore dans le haut des cuisses, aux hanches et sur les flancs. Le soir elle reperd un peu le sens musculaire aux pieds et est reprise de douleurs dans les cuisses et les hanches tant spontanément qu'à la pression. Ces douleurs lui font raidir et contracter ses jambes d'une façon exagérée pour marcher. En même temps reparaît le point hyperesthésique lombaire.

13 octobre. — Je l'endors et lui ordonne de se sentir complètement. Elle étire les cuisses, les hanches, dans tous les sens. C'est très douloureux, et elle gémit sans cesse : « Ça tire, ça tend, ça brûle, dit-elle, ça fait mal jusque dans le ventre. » Le droit antérieur est dur et contracture et extrêmement douloureux à la pression, -f + « Ça brûle, c'est raide ; on dirait que j'ai la jambe cassée, c'est dans le genou maintenant. » La douleur descend en effet, et prend le caractère de douleurs osseuses, qu'elle n'avait pas encore éprouvées. Tout à coup il se produit un petit craquement que

l'hystérie. — ii. 20

je perçois moi-même dans la cuisse gauche et qui est suivi d'un relâchement musculaire et d'un soulagement immédiat. La brûlure est maintenant dans le genou et sur la cuisse. Elle se met alors à étirer, à chercher à détendre la cuisse droite. Mais elle est fatiguée, je la réveille et la laisse au repos au lit.

15 octobre. — Elle a dormi seule une demi-heure cette nuit. Ses reins, et la partie antéro-externe des cuisses sont toujours 1res douloureux. Elle y perçoit le contact, la piqûre; le sens musculaire y paraît conservé en partie, mais dès qu'elle marche la douleur reparaît el la gène. Je l'endors et lui dis de se sentir tout à fait. Elle s'étire, "'prouve des tiraillements, des brûlures : « C'est comme si ça voulait se casser dans le genou et à la hanche. » Elle ressent une douleur liés vive, des craquements, s'étire, cherche à se détendre, s'assouplir. Le sens musculaire des pieds el des jambes reparaît, mais n'est pas encore normal quand je la réveille pour ne pas la fatiguer. Les points lombaires sont très atténués.

22 octobre. — Ces dernières nuits «die a continué à dormir environ une demi-heure. Elle m'a dit hier qu'elle sent qu'elle va être prise d'un accès de fièvre. Aujourd'hui elle a froid dans le dos, ('prouve des bouffées de chaleur à la face, a des étourdissements et le sens musculaire des membres inférieurs disparaîl en même temps que survient de l'hyperesthésie. Les points dorsaux et lombaires sont liés marqués. La peau est un peu brûlante à la main, mais il n'y a pas d'hyperthermie centrale.

Je l'endors et lui ordonne de se sentir complètement. La sensibilité paraît intacte, mais le sens musculaire des membres inférieurs et du dos est aboli; il est très atténué dans les membres supérieur-. Elle me dit qu'elle est comme dans un rêve et ne savait plus trop où elle était. Elle se tortille le dos, se contorsionne en tous sens avec des douleurs : « Ça casse, c'est dur, ça brûle dans le dos. » Les lombes sont très douloureuses à la pression. Au bout de quelque temps je la réveille. Elle peut alors marcher presque droite. Le sens musculaire est presque normal au niveau depieds, des jambes, des genoux, mais non aux cuisses, ni aux épaules.

Elle me dit se souvenir de tout ce qui se passe maintenanl pendant son sommeil. Je la rendors plus profondément pour qu'elle se sente mieux. son sommeil paraissant en effet très léger et superficiel. + -f- Elle éprouve des tiraillements dans le triceps, et des brûlures au niveau du genou; les douleurs sont très atténuées aux hanches et aux lombes. Je la réveille; elle marche mieux, mais éprouve un frémissement intérieur.

27 octobre. — Elle marche maintenant comme autrefois, les pieds écartés, la pointe en dehors, le tronc penché en avant et raide, les bras pendants.

28 octobre. — Séance pour recouvrer le sens musculaire des pieds et dejambes qui est un peu perdu, et pour faire disparaître, si possible, la raideur persistante des muscles de la ceinture pelvienne.

2 novembre. — Séance à la suite de laquelle elle marche mieux. L'extension complète de la cuisse sur le bassin est douloureuse. La sensibilité et le sens musculaire paraissent normaux dans le reste du corps. Le triceps

(partie antéro-externe et supérieure), et les muscles lombaires restent durs et douloureux.

5 novembre. — Elle a à peine dormi cette nuit, et la nuit précédente elle a eu des démangeaisons par tout le corps. Elle a aussi des crampes dans l'estomac. Je l'endors et lui dis de sentir de partout. Elle se détend malgré que ce soit très douloureux. Elle y arrive presque complètement. Une fois réveillée, elle marche mieux, surtout de la jambe droite, mais il y a encore de la raideur, et sa démarche reste compassée. Le sens musculaire est encore hésitant pour les orteils et le réflexe plantaire est presque aboli.

13 novembre. — Elle marche depuis trois jours mieux qu'elle n'a jamais marché. Elle est encore un peu raide des hanches et marche les pieds trop en dehors. Elle sent dans toutes les articulations des craquements qu'on peut d'ailleurs déterminer et entendre soi-même en faisant mouvoir les articulations. Je constate en outre qu'elle ne peut pas maintenir ses yeux fermés quand elle les a fermés volontairement, et qu'elle les rouvre brusquemenf. Elle éprouve en même temps à l'occiput des tiraillements qui partent des yeux et les obligent à se rouvrir. Aussi ne dort-elle pas encore ou à peine. La sensibilité de la nuque et de l'occiput est très atténuée. Le champ visuel est cependant normal.

15 novembre. — Démangeaisons des jambes accompagnées d'un pointillé hémorragique depuis trois jours. Elle marche de mieux en mieux et se tient beaucoup plus droite.

20 novembre. — Elle avait un peu reperdu de sensibilité de la jambe droite le 18 et elle Ta recouvrée spontanément. Elle dort environ deux heures par nuit.

25 novembre. — Tout à coup elle sent sa tête qui se vide et ses jambes qui se dérobent. Elle va se jeter sur son lit, s'élire, se détend et elle revient à son état normal. Elle remarque que depuis quelque temps quand elle rit, le côté gauche de la face reste conlracté et tiré en dehors et elle est obligée de le remettre en place avec la main (contracture passagère de la face).

10 décembre. — Elle a graduellement reperdu la sensibilité. Séance dans laquelle elle la recouvre jusqu'au cou depuis les pieds.

14 décembre. — Elle sent moins bien ; le sens musculaire est perdu. Je l'endors et lui ordonne de se sentir de la tête aux pieds. Elle a de fortes réactions, de violentes contorsions, éprouve des tiraillements dans la tête, le dos, les reins. Au bout de quelque temps je lui demande à brûle-pourpoint en quelle année nous sommes. Sans hésitation elle me répond : 1889. Elle se croit au mois d'août et a, à ce moment, toute sa sensibilité. -] — \- Elle continue à gesticuler, à s'étirer. Au bout d'un quart d'heure je lui demande de nouveau l'année. Elle me répond cette fois en zézayanl : « Je sais pas. — D. Quel âge as-tu? — R. J'ai quatre ans. -f- + Oh! j'ai faim, j'ai faim! » Elle arrive à cinq ans, elle a toujours faim. Se sentant un peu fatiguée, je la réveille : « Tiens, le grand monsieur, s'écrie-t-elle, je suis donc encore chez toi? — D. Tu as donc été chez moi? quand cela? — R. Je ne sais pas; mais oui j'ai été chez toi... ah ! j'ai bien faim ! » Son état d'enfance persiste toute la journée.

15 décembre. — Séance. Grands mouvements; en dix minutes elle arrive à neuf ans ; en sept minutes à quinze ans. Elle s'étire le plus qu'elle peut les reins et les cuisses comme si elle y avait des crampes. En vingt minutes elle arrive à se réveiller seule au jour actuel. La sensibilité tactile est encore un peu émoussée à la tête et aux membres supérieurs. Le sens musculaire est revenu aux orteils et aux doigts. La sensibilité paraît normale aux membres inférieurs : « Ça m'a beaucoup fal ignée, dit-elle : deux ou trois fois je sentais ma tête s'en aller. »

16 décembre. — Sa tête n'esl toujours pas liés sensible : la démarche est encore défectueuse. Séance. Je lui dis de se sentir de la tête aux pieds. Elle fait de grands mouvements des membres et du tronc. « Ça lire dans In tête. -\ — \- Ça vient de craquer derrière (elle montre l'occiput). + Elle se plaint de mal au cœur et de nausées, -f- -J- Elle fait des grimaces : « Ça tire dans la langue (elle bredouille en parlant), dans toute la figure, surtout derrière. » -f- Elle continue à s'étirer, à bredouiller et à avoir de la dyspnée : « Ça brouille dans la tête; elle esl grosse ma -tête. » Elle continue toujours ses grimaces. ~\ — h « Ça craque par derrière; ça fait mal au cœur. + -f- J'ai encore un peu mal au cœur; ça tire dans l'estomac... la tête est moins grosse; ça tire dans la gorge. » + + Elle s'élire : « Ça tire dans les bras el dans les mâchoires, et un peu dans l'estomac. » Elle a toujours de la raideur dans les hanches el les cuisses, où la sensibilité est cependanl revenue, -j — \- « Dans les jambes ça fait mou; on dirait qu'elles sont en colon. » Elle esl un peu étourdie et se sent mal au cœur : « Mes jambes sent drôles; c'est mou. » La sensibilité revient à la face, mais pas encore au cuir chevelu. Fatiguée, je la réveille : « C'est drôle, mes jambes, je les sens et on dirait qu'elles n'y sont pas. » Le sens musculaire est exact sauf pour les 2e el 3e orteils.

17 décembre. — Endormie hier soir par moi, elle se réveille seule ce malin. Séance. Je lui fais ressentir la tête, juifs les bras sensation de tiraillements dans la tête et le cou). Au bout d'une demi-heure les hanches s'assouplissent. A ce moment elle n'éprouve plus de tiraillements que dans la mâchoire inférieure. J'insiste pour qu'elle se sente complètement la tête. -\ — \- Les hanches et les cuisses s'assouplissent de plus en plus; elle dit ne les avoir jamais senties comme ça. Après avoir fait encore quelques grimaces elle se réveille. La sensibilité générale est normale à la face et au crâne comme sur le reste du corps. Le sens musculaire esl revenu aux orteils; il est encore un peu hésitant à droite. Plus de rétrécissement du champ visuel. Encore un peu de gène à. la hanche droite. Elle marche beaucoup mieux, quoique avec un peu de raideur encore à la jambe droite, mais elle peut se tenir en équilibre sur un seul pied.

18 décembre. — Endormie hier soir, elle s'est réveillée seule ce malin. Elle me dit que sa cheville gauche ne va pas tout à fait bien, et qu'elle a encore un peu de gène dans les mouvements pour rejeter Je tronc en arrière, au niveau des reins. Elle tournait encore un peu hier sur ses pieds quand elle les rapprochait. Séance. Elle sent des craquements dans le dos et dans la cheville. + + « Ça a craqué dans ma tête (nuque) quand

ma cheville a été Lien. » -f- Elle fait l'arc de cercle : « Ça brûle, ça craque là (rein); <;a craque aussi dans la poitrine. -j- -j- Ça craque dans le i\o>, dans la tète et dans la poitrine (arcs de cercle latéraux et antéropostérieurs). » Elle élire les bras, les épaules, fait des flexions forcées de la tête et du cou : « Ça craque tout le temps dans les épaules. » Elle se tortille et s'étire dans tous les sens, -f + Il y a encore un peu de raideur dans le triceps crural. Elle s'étire : « Ça brûle, c'est dur; ça ne veut pas craquer. » Apres quelques mouvements d'extension : « Tiens, ça fait craquer dans la tête ;... oh ! ça fait mal la cuisse. » Elle fait des efforts considérables pour arriver à se détendre et je la laisse reposer un moment. A la reprise elle fait des mouvements d'extension forcée : « Ça craque dans la tête. » -f Je lui fais ressentir la tête surtout : mouvements du cou, toux, extension et flexion forcées; sensation de craquement dans la nuque. + + Elle ne peut arriver à assouplir complètement ses cuisses et je la réveille. Elle marche encore mieux sans écarter autant les jambes, et se tient mieux en équilibre les talons rapprochés.

19 décembre. — Séance ce matin. Elle se tortille, s'étire, a des craquements, des tiraillements dans la tête, dans le cou, dans les épaules. Au bout de quelque temps qu'elle est en train de ressentir sa tête elle se met tout à coup à se plaindre de son pied gauche, et à zézayer. Je lui demande son âge. Elle a cinq ans. En continuant à sentir, elle redescend, à quatre ans, trois ans, deux ans et au-dessous, appelant sa nounou et tétant son pouce. Sa sensibilité est 1res vive partout. Elle remonte vite à quatre ans, en dix minutes, et alors comme la dernière fois elle s'écrie qu'elle a faim. Elle a en ce moment cinq ans. Je la réveille : Elle se rappelle m'avoir vu en costume de bicycliste et me dit : « Tiens, c'est toi ! tu n'as pas de petite culotte aujourd'hui'?... tu montes toujours sur des roues? »

20 décembre. — Elle passe la journée à cinq ans.

21 décembre. — Séance commencée à 3h, 5. A 3h , 8 elle a cinq ans et demi; à 3h, 10 elle a six ans; elle étouffe, a une boule à la gorge (légère ébauche de crise). -| — \- A 3h, 40 elle a. huit ans (nouveau petit étouffemenl). -f- + A 3h, 50 elle a onze ans. + + Elle est prise d'étouffements avec sensation de nausée, -j- -j- Elle a douze ans ; je lui ordonne impérieusement de se sentir de partout, -f + A 4h,3 elle a treize ans et demi. A 4h, 7 elle a quatorze ans; elle se plaint que ses cuisses sont raides. -f -|- A 4h, 17 elle a quinze ans. Elle sent sa tête brouillée. Elle n'est pas anesthésique, même des cuisses qui sont à peine douloureuses, -j — \- A 4h, 27 elle a seize ans ; elle a des nausées, un point au vertex, la sensibilité est diminuée à l'estomac, -j — f- A 4h, 35 elle a dix-sept ans (décembre 94). -\ — f- Les mouvements réactionnels se ralentissent; sa sensibilité paraît normale. -\ — (- A 4h, 45 elle se met à pleurer en appelant son papa (maladie de son père en mai 1895). ~\ — \- Elle se réveille au 21 décembre après les phases habituelles. Les jambes ont encore un peu de diminution de la sensibilité ainsi que la face et le crâne.

23 décembre. — Séance pour sentir complètement sa tête, puis de la tête aux pieds. « Ça craque un peu dans la hanche gauche, dans la poi-

trine, dans les épaules; ça lire dans loutle corps » (étirements du cou, arcs de cercle, extension forcée des membres.) La face et la crâne ont encore de la diminution de sensibilité : « Quand ça tire dans la tête, dit-elle, ça donne mal au cœur. » Fatiguée, je la réveille. Les adducteurs du côté droit sont douloureux ; la sensibilité de la tête est encore diminuée.

24 décembre. — Je Lai endormie Lier soir. Je continue ce mal in à lui faire ressentir sa tête. La face et le crâne recouvrent leur sensibilité. Elle se réveille seule après les réactions habituelles, et n'a plus de stigmates.

25 décembre. — N'a pas dormi cette nuit. Même état.

30 décembre. — Elle a reperdu sa sensibilité de la tête, et marche moins bien surtout de la jambe gauche.

17 janvier. — Elle a reperdu la sensibilité de la jambe gauche, de l'estomac, elle a des points du dos, de l'anesthésie delà tête. Elle arrive à se réveiller seule ; elle a des picotements et des cuissons de la face. Elle a plus de souplesse dans sa démarche.

23 janvier. — Séance. Elle recouvre en partie la sensibilité de la tête, mais pas encore complètement.

1er février. — Douleurs généralisées : chaleur de la peau, frissons, s;mélévation de température.

2 février. — Elle va mieux; n'a plus ces phénomènes pseudo-fébriles, mais marche mal et a des points un peu partout.

9 février. — Elle sort en promenade et rentre en bon étal.

10 février. — Le malin elle s'engourdit et se met à marcher automatiquement au jardin. En la secouant un peu elle revienl à elle, et sa démarche est redevenue ce qu'elle étail avant, le tronc penché en avant, les jambes écartées.

19 février. — Points nombreux dans la tête, qui à la face et au crâne présente une grande diminution de la sensibilité.

Séance : rien de particulier.

20 février. — Au retour d'une promenade elle est prise d'une petite crise d'étouffement. Elle a des tiraillements dans la tête, des fourmillements dans les bras et dans tout le corps, et a des secousses de tête, sans perte de connaissance, absolument comme lorsqu'elle recouvre sa sensibilité, avec cette différence qu'elle n'est pas dans l'hypnose.

21 février. — Elle est prise d'une crise semblable après déjeuner. Séance, étirements, étouffements ; fourmillements, puis crampes dans

les mains, avec douleurs dans le dos, la tête.

24 février. — Elle a encore à plusieurs reprises quelques petites crises d'étouffements, avec serrement de la gorge et de l'estomac au commencement du repas. Mais elle arrive à les dominer. La sensibilité du creux épigastrique disparaît à ces moments-là. Elle souffre de l'estomac et a une sensation de boule qui persiste à la gorge. Quand on presse l'estomac, il reparaît des points à la tête.

1er mars. — Séance : elle recouvre la sensibilité complète de l'estomac, du ventre et de la poitrine. A la suite, les fourmillements s'étendent à tout le corps et à la tète. Elle s'élire, se détend el s'éveille enfin, se sentant tout

à fait bien. A la suite de celle séance, elle vient me dire qu'elle ne sait pourquoi elle se sent très gaie.

Le soir nouvelle petite crise à la suite de laquelle elle remarche moins bien et a des points dans le dos, la tête et l'estomac.

2 mars. — Nouvelle séance. Elle constate pendant la séance même que certains points de la tête ont disparu en même temps que la sensibilité gastrique reparaissait. Auréveil, la sensibilité générale est normale partout, ainsi que le sens musculaire ; elle n'a plus de points nulle part; les adducteurs eux-mêmes ne sont plus douloureux, mais il existe encore un peu de douleur au niveau des aines, et à la partie supéro-externe du triceps crural. Je lui referme les yeux et lui ordonne de sentir encore mieux son bas-ventre et ses cuisses. Après quoi je lui dis de se réveiller complètement : grandes réactions, étirements, détentes, et enfin réveil. Mais quoique n'ayant plus de stigmates elle a toujours la démarche disgracieuse.

Elle quitte rétablissement peu de temps après. Elle a encore fréquemment des hauts et des bas et à la fin du mois de mai, au moment de ses époques menstruelles elle a une régression spontanée de sa personnalité, d'abord à sept, puis à quatre ans. Je lui fais une séance de remontage complète, dans laquelle elle redescend d'abord au-dessous de deux ans, puis revient à l'état normal. Depuis lors, elle s'est assez bien maintenue sans que j'aie besoin d'intervenir de nouveau.

Remarques. — Ce cas est un des plus mauvais que j'aie jamais observés, non à cause de la gravité des symptômes, mais en raison de leur tendance continuelle à récidiver, qui rend la guérison problématique. Le premier point intéressant à signaler et qui explique l'ancienneté de l'hystérie chez cette malade, ce sont les conditions de sa naissance, sa vie intra-utérine ayant été troublée par une fièvre typhoïde de sa mère. Cependant les troubles proprement hystériques et appréciables, mais qui furent méconnus, ne se montrèrent guère qu'à partir de huit ou dix ans. Depuis lors elle eut sans cesse des troubles, principalement dans la marche, qui était toujours défectueuse et qui était même quelquefois abolie complètement. Ce qu'il y a de plus singulier dans ce cas, c'est le bas âge auquel a été ramenée sa personnalité, et qui est un exemple unique dans toutes les observations rapportées ici. En outre ses troubles de la marche, bien que très modifiés surtout à certains moments, n'ont jamais disparu complètement. 11 semble qu'il y ait certains muscles qui, chez elle, n'aient jamais eu leur sensibilité normale et n'aient jamais bien fonctionné. Il est à craindre que cette malade ne guérisse jamais complètement à cause de la facilité avec laquelle se perd sa sensibilité et du peu de bonne volonté qu'elle apporte, soit à l'empêcher de partir, soit à la faire revenir.

Hystérie datant de onze ans. — Crises syncopales, accès de somnambulisme, attaques convulsives, paraplégie complète des membres inférieurs: parèsie des membres supérieurs ; anorexie, vomissements, spasmes œsophagiens, insomnie. — Vigilambulisme ; réveil de la sensibilité par fixation de V attention. — Sommeil hypnotique spontané. — Régression de la personnalité pendant l'hypnose à onze ans en arrière. — Disparition des troubles nerveux consécutive et immédiate. — Guérison rapide et complète.

M. Paul D..., prêtre, âgé de vingt-six ans, esl entré dans mon établissement le 28 août 1895 et en est sorti le 10 décembre 1895.

Antécédents héréditaires. — 11 n'y a que peu de chose à signaler. Son père a soixante ans et est bien portant, pas nerveux. Ses grands pare.nts el oncles et tantes paternels n'ont jamais présenté non [tins à sa connaissance de troubles nerveux. Sa mère est au contraire très nerveuse. Elle a eu à l'âge de huil ans une paraplégie, qui débuta brusquement alors qu'elle revenait de l'école, et qui dura plusieurs mois. Elle ne s'en ressentit aucunement et n'eut plus par la suite aucun autre accident nerveux. Sa grand'mère maternelle était également très nerveuse. On n'a aucun renseignement précis sur les oncles et tantes maternels. Ses deux frères, un aine et un plus jeune, sont bien portants et n'ont pas présenté de troubles nerveux.

Antécédents personnels. — Il a marché tard, vers trois ans seulement. Toute son enfance a été maladive. Il a eu vers dix ans une fièvre typhoïde, suivie d'un érysipèle assez grave. A douze ans et demi il est entré au petil séminaire, pour se mettre au calme et, à la campagne. Jusqu'à quinze ans il a joui d'une très bonne santé. C'est alors qu'il perdit un oncle qu'il aimait beaucoup. Cette mort lui lit une grande impression. La même année il éprouva de vives contrariétés par suite de taquineries de ses camarades et d'injustices dont il se croyait victime de la part de ses maîtres. Cette année lui a laissé les plus désagréables souvenirs. C'est là que parait débuter la maladie actuelle. Au mois de juillet il part en vacances, et pour se rendre à la gare il fait plusieurs lieues à pied en pleine campagne sous un soleil assez vif. II tombe tout à coup sans connaissance et ne revient à lui qu'à Paris, où on l'a transporté. A partir de ce moment il a moins de mémoire, l'attention est plus difficile à fixer. Il a des douleurs de tète très violentes,

des évanouissements et des maux de cœur très fréquents. Son sommeil esl très agité, il rêve tout haut. Sa santé générale s'altère. Son caractère change ; il devient taciturne, misanthrope, cherche la solitude. Il remarque que lorsqu'il tombe ou reçoit un coup il a beaucoup moins mal que ses camarades. Un jour il s'amuse à écrire sur son bras avec son canif son nom, sans éprouver grande douleur. Il a des vomissements assez souvent, sans motif, et au milieu d'une conversation il lui arrive de perdre connaissance.

Cet état reste le même jusqu'à dix-neuf ans et demi, époque où il entre au grand séminaire. Cet état nerveux fait hésiter à l'y garder, et on le montre au Dr B..., médecin des hôpitaux, qui lui trouve quelques points hyperesthésiques. Il a à ce moment une fièvre (?) mal déterminée pendant près d'un mois, et où pendant deux ou trois nuits il ne se rendit compte de rien. On le fit réexaminer de nouveau au point de vue nerveux, mais le h1' B .. ne jugea pas nécessaire d'interrompre sa carrière.

A vingt et un ans et demi il est sujet assez fréquemment à des accès de somnambulisme nocturne, et il décrit un élat dans lequel il lui semblait que sa personnalité se dédoublait, phénomène qui d'ailleurs s'est reproduit maintes fois depuis. A vingt-deux ans et demi il fait une chute dans l'eau, sur une pierre, et à partir de ce moment il a au bas des reins une douleur persistante. La douleur, au moment de l'accident, avait été assez intense pour provoquer un évanouissement, et il se souvient qu'il avait ressenti comme une commotion dans la tète.

A partir de ce moment, il est sujet à des douleurs de tête très violentes; les évanouissements sont très fréquents et s'accompagnent d'une difficulté transitoire pour parler, difficulté qui peut se manifester subitement et isolément aussi.

En 1893 à vingt-quatre ans et demi il part en mission en Extrême- Orient. Au moment de son départ de Marseille il aune violente émotion de quitter la France et a un évanouissement. A Aden il sentit « quelque chose qui se passait dans sa tète », les passagers remarquèrent que son regard changeait, que ses yeux étaient brillants. A partir de là il ne se sentit plus dans son état normal.

Une fois arrivé, il dut se surmener, passer beaucoup de nuits. Il n'avait du reste guère envie de dormir déjà.

Au mois d'avril 1894 il est pris un jour en se promenant de vertiges et d'étourdissements, et tombe à terre en se baissant. Gela se reproduit plusieurs fois. A celte époque son appétit, qui était déjà diminué, se perd tout à fait. Puis il a des nausées tout en continuant à manger par raison ; mais néanmoins il maigrit. Enfin apparaissent les vomissements.

Il est pris en môme temps d'une céphalée avec la sensation que sa tète est divisée en deux longitudinalement, que son contenu voudrait sortir de la boîte crânienne ; et ces troubles s'accompagnent de douleurs, de tiraillements à l'occiput. Quand ses yeux se fermaient pour dormir, il s'éveillait brusquement et il lui semblait qu'il lui manquait quelque chose dans la tôle. 11 ne la sentait plus. Déjà, au séminaire, la tonsure et la coupe des cheveux lui étaient très douloureuses.

Il eut aussi à cette môme époque des douleurs au niveau du cœur. La pression au creux de l'estomac était douloureuse, et en raison de ses vomissements on le traita pour un catarrhe de l'estomac. Sous l'influence du repos, du calme, d'une meilleure alimentation, il s'améliore pendant les mois de juin et juillet. Il retourne alors dans sa mission et retombe malade. Rappelé dans la capitale du pays à la fin de novembre 1804, il est frappé de coups de bâton sur la tête par les indigènes, au mois de décembre, et à partir de ce moment ne quitte pas le lit. De janvier à mai 189o les douleurs de la tête persistent, les évanouissements se succèdent. « Ma tête partait, » dit-il. L'appétit est nul; les vomissements sont constants. Il a « comme un voile qui l'empêche de comprendre les conversai ions », et au milieu de son discours il s'arrête subitement, sans voix, n'ayant plus l'air [de rien voir, ni rien entendre. A la suite, il reste pendanl plusieurs jours taciturne, morose.

En avril, il est pris de douleurs de tête intolérables, qui le fonl courir la nuit au dehors. Le sommeil est nul. En mai, à la suite d'application de pommade stibiée suc la nuque, il a une attaque d'hystérie caractérisée. Les attaques se reproduisent au moindre choc, à la moindre commotion. Il lui est impossible de tenir en place dans son lit; il fait des mouvements continuels et des grimaces sans s'en rendre compte.

Au commencement de juin en effet à la suite d'une violente attaque qui dure huit heures, il est pris de paraplégie complète, et on le renvoie en France à la lin de juin. A partir de ce moment tout est vague pour lui. (Il m'a donné ces renseignements précis une fois guéri.)

Examen à l'entrée. — A son arrivée il est dans un état de maigreur très marquée et ne pèse que HO livres. Le moindre bruit, la moindre secousse, la moindre excitation lumineuse vive, le l'ail tomber en crise. Il perd connaissance complètement, se débat, el reste ensuite plus ou moins longtemps dans la torpeur. Il est du reste constamment dans un étal d'hébétude. Il a l'air de ne pas comprendre ce qu'on lui dit, tressaille el a (\f> soubresauts pour la moindre cause. 11 est incapable de marcher, de se tenir debout, de remuer même les jambes et garde le lit constamment. Il fuit le jour, et se cache la tète en l'enclinant sur la poitrine. !l se recroqueville sur luimême et paraît souffrir beaucoup avec menace el quelquefois crise véritable, quand on cherche à le redresser. L'examen détaillé nous montre ceci :

Membres inférieurs : Anesthésie complète; abolition du sens musculaire et des rétlexes tendineux, paraplégie complète.

Membres supérieurs : anesthésie complète (sensibilité générale et sens musculaire).

Force : anesthésie généralisée, mais un peu moins marquée à droite, où parfois il perçoit la piqûre comme un contact.

Crâne : il en est de même pour le crâne.

Le dos est anesthésique dans les régions latérales et présente d<'s points hyperesthésiques le long de la colonne vertébrale. — La poitrine esl anesthésique. Les battements du cœur, la sensation de pénétration de l'air dans les bronches et la gorge ne sont pas perçus par le malade.

Anesthésie complète du pharynx.

Estomac : anesthésie. Il n'en a aucune notion, n'y éprouve aucune douleur, et ne ressent aucun besoin de manger.

Abdomen : la paroi abdominale est complètement anesthésique. Il ne sent pas son intestin, et quand il va à la selle il est toujours pris brusquement du besoin à satisfaire immédiatement. Il en est de même pour uriner et il ne sait jamais d'avance s'il en a plus ou moins besoin. Il est ordinairement constipé.

Sens spéciaux : l'ouïe est entièrement diminuée et il faut appliquer la montre sur l'oreille des deux côtés pour que le bruit en soit perçu. — Le goût est presque complètement aboli. Tous les aliments ont le même goût de craie. — La langue et les lèvres sont anesthésiées.

L'odorat est très diminué, sauf [tour l'éther, dont la plus petite quantité lui fait mal.

Le champ visuel est très rétréci, surtout à gauche, et il y a de la dyschromatopsie. Les différentes nuances du violet sont vues bleues sans distinction. Il en est de même des nuances du bleu. Le vert est un vert sans distinction cidre le clair et le foncé. Le jaune est vu jaune, l'orangé rouge, le rose rose et le rouge rouge.

Points hyperesthésiques et hystérogènes : 1° au verlex et à l'occiput la pression est extrêmement douloureuse. Toute la tête d'ailleurs est plus ou moins douloureuse à la pression. Il en est de même des globes oculaires. 2° Point interscapulaire ; 3° pointe du cœur; 4° mammaires; 5° épine iliaque droite ; G0 masse sacro-lombaire.

Sommeil absolument nul; ou bien c'est une sorte d'engourdissement^ dans lequel il entend tout ce qui se passe.

.M ('moire : depuis le mois de mai 1894 elle a diminué beaucoup. Elle se brouille. Il voit les choses en gros, sans pouvoir préciser. C'est depuis ce moment qu'il se considère comme sérieusement malade.

Il sent comme un voile sur tout le monde extérieur ; ce voile s'est épaissi de plus en plus avec les crises.

Il ne peut ni lire, ni écrire, ni causer longuement sans fatigue. Il ne se rend pas compte comment on l'a amené ici; tous les jours précédents sont pour lui comme dans un rêve et il ne saurait rien dire de ce qui a pu se passer.

Dès son entrée je le fais manger comme tous les anorexiques et je l'empêche de vomir. Il exécute immédiatement les injonctions qu'on lui fait tout en protestant faiblement. A partir de ce jour il n'a plus de refus d'alimentation, ni le moindre vomissement. Au bout de quelques jours j'entreprends de le mettre sur ses jambes. Il n'a pas eu de crise depuis son entrée, son regard est un peu moins flou. Mais il tressaute toujours à tous les bruits, particulièrement quand il entend des cloches, et à toutes les lumières un peu brusques. Une fois debout, il se tient assez bien quand on le soutient. La jambe droite est plus solide que la gauche dont le genou fléchit. Il ne sent pas le sol, et ne peut faire aucun mouvement sans regarder ses pieds, car il ne se rend aucun compte de leur position. En lui l'ai-

.sant des injonctions répétées j'arrive à lui faire faire quelques pas. Il marche courbé en deux à cause de sa zone hyperesthésique et même hystérogène qu'il a au bas des reins. Il avance le pied droit le premier, toujours détaché du sol et (ire en arrière, en le frottant fortement, le pied gauche à peine. Il se raffermit peu à peu et en quelques jours il arrive à marcher presque droit et soutenu seulement par les mains. Pour lutter contre son attitude courbée je l'étends de force sur un banc de façon à le mettre absolument horizontal. Cela occasionne une légère attaque dont j'attends la fin tout en le maintenanl dans la même attitude. A la suite de trois manœuvres semblables il est complètement redressé.

20 septembre. — Il passe maintenanl toutes les journées hors du lit, mais incapable de se livrer à aucune lecture, à aucun travail, à aucune conversai ion suivie. Au bout de dix lignes de lecture, sa tête s'alourdit, et il ne peut plus continuer : ça se brouille et il a de la difficulté à comprendre ce qu'il lit. Depuis le mois de mai il ne peut plus écrire, parce qu'il (remblai! et « que ses pensées n'arrivaienl pas à se formuler ». Il n'a plus de crises; mais par moments il reste complètement absorbé, immobile, le regard tixe, et il faut le secouer et lui parler fortement pour le sortir de cet étal. La nuit, l'insomnie est toujours complète : il sent eu lui deux personnes, l'une ici pour se soigner, l'autre en tel ou tel lieu dans le passé. Quand ce phénomène de dédoublement de la personnalité cesse, il éprouve dans le cerveau un tiraillement, une sorte de déchirure sur une grande longueur d'avant en arrière. Il ne sait pas exactement où est sa tète, non plus que son corps, qui lui apparaît comme une masse de 500 kilogrammes dans son lit. C'est la seule impression qu'il ait de son corps. Sa pensée marche seule sans qu'il se rende compte où elle s'élabore. Il est obligé de regarder son corps et de se raisonner pour se rendre compte qu'il est là. Depuis quelques jours le voile qu'il sentait devant lui semble se dissiper. Il lui semble voir tout moins tristement; il se seul plus gai et ose mieux regarder les gens qui lui paraissent moins se moquer de lui, car au début il avait presque des idées de persécution.

Quant à l'état de la sensibilité générale <'t des sens spéciaux, il paraît être toujours le même.

Malgré qu'il mange très raisonnablement, son poids n'augmente pas.

Depuis sept ou huit jours il a des sensations de tiraillement incessantes derrière les yeux. Quand il veut les tourner, il éprouve une vive douleur, un tiraillement dans les tempes. Il localise les tiraillements en général dans la région occipitale.

Dans les tempes il lui semble qu'il y a des parties qui se décollent, d'autres qui se brisent, d'autres qui sont tiraillées. A la suite il éprouve un sentiment de mieux. A la nuque, surtout à droite, il éprouve des tiraillements jusqu'à l'épaule. Dans la tête il éprouve la sensation de fils qui tirent en arrière, et se rompent. En étendant fortement les bras il y a deux jour.-, il a senti également cette rupture et ce tiraillement à la nuque.

Il est probable qu'à la suite de ces sensations de déchirures dans la tète,

la sensibilité revient, car à la suite d'un violent tiraillement il a perçu passagèrement le chatouillement des pieds.

La marche est toujours difficile ; la jambe gauche -suit toujours plus lentement la droite, et le pied frotte le sol. Il peut cependant marcher sans être soutenu, et monte un peu les escaliers en regardant où il place ses pieds.

Je fais alors, convaincu qu'il est en état de vigilambulisme comme les autres, l'essai suivant, sans l'endormir, car en sa qualité de prêtre il redoute celle expérience.

Je lui dis de fermer ses yeux. Je prends sa jambe droite, que j'allonge en la tenant parle talon, et lui dis : « Représentez-vous mentalement votre jambe droite, » avec insistance à plusieurs reprises. Bientôt se produisent dans le pied et la jambe des frémissements et de légères trépidations, -f- -j — h II me dit spontanément : « Ah ! vous la tenez! » -f -| — (- D. Comment est-elle maintenant ? — R. Allongée, je crois,... oui, je me la représente allongée. H — | — h Sentez-la bien, maintenant, » lui dis-je. -| — | — \- « Je ne comprends plus ce qui se passe maintenant, me dit-il. — I). Que ce passet-il donc? — R. Je fais des efforts (contraction des yeux, duvisage)Je sens que ça travaille et je ne sais pas où c'est... J'essaie de sentir ma jambe, et il y a quelque chose qui se passe là (il met en tâtonnant s .'S mains au sommet de la tète), c'est la douleur, le tiraillement que j'éprouve ordinairement dans la tête, qui se produit en ce moment.

Il est pris de frémissements généralisés. J'arrête alors et lui dis de rouvrir les yeux. « Ça fatigue, me dit-il, c'est ici que ça fatigue (il me montre e vertex et l'occiput avec la main); c'est comme des coups de marteau. »

23 septembre. — Depuis le 20, il est tout abruti. Il a la vue troublée ; il ne comprend pas bien ce qui se dit et fuit la société. 11 a envie de pleurer, souffre de la tête, à la nuque surtout. Tous les bruits résonnent douloureusement dans sa tête. 11 ne reconnaît pas une dame qu'il connaît depuis son arrivée ici et avec laquelle il causait les jours précédents.

24 septembre. — 11 paraît somnolent. Il ferme les yeux continuellement, fuit le inonde, le bruit, sursaute au moindre son un peu aigu, comme si on le réveillait. Il ne peut réunir aucune idée et soutenir la moindre conversation.

25 septembre. — Il est encore plus engourdi, plus absorbé, ne pense à rien, reste immobile, les yeux fermés, dans son fauteuil, comme dans un état de stupeur légère. Il est totalement anesthésique, avec rétrécissement marqué du champ visuel. 11 se plaint d'avoir comme un nuage devant les yeux.

Je l'allonge sur une chaise longue et lui dis de fermer les yeux. Après quoi je lui enjoins de sentir ses deux jambes. Aussitôt, comme la dernière fois, il se produit dans les pieds des tressautements, qui se généralisent bientôt à tout le corps : « Ça me donne des coups de marteau dans la tête, dit-il; ça brûle là (il me montre l'occiput), -j- -J- Trépidation, puis extension forcée et spontanée de la jambe droite. -|- -f- Trépidation et extension forcée de la. jambe gauche, -j — 1 — \- « Ça tiraille à droite. » — | — — {— — |—

« Il me semble maintenant que ce n'est plus du bois que j'ai là » (il touche sa hanche droite).

Je lui dis alors de rouvrir les yeux. Il met la main à sa hanche droite : « Je ne sais pas ce qui se passe là dedans, mais il se passe quelque chose ; et dans le cervelet ça me fait mal, c'est une déchirure et une douleur de crampe à la nuque, et puis ici (il met le doigt sur la zone rolandique gauche, vers la région supérieure). »

I! a remarqué ces derniers jours qu'à certains moments tout son corps se met à trembler, et dans ces moments-là « il lui semble qu'il se réveille d'un sommeil qui vient d'avoir lieu ». « Dans les premiers temps, me ditil encore, le temps me paraissait très long; aujourd'hui il passe sans que j'en aie la notion. Il me semble que je suis engourdi, que je rêve. Je ne comprends plus; je ne peux pas aligner deux idées de suite. »

27 septembre. — Il est encore dans le vague. 11 se plaint d'un obscurcissement de l'œil droit par un voile noir, et cela correspond à un rétrécissement extrême du champ visuel de cet œil. Il éprouve continuellement des frémissements dans la tête, des secousses fréquentes dans tout le coi))-, et les membres, des énervements généralisés. Il ne se rappelle pas l'emploi de sa journée d'hier, sauf de sa soirée. (Juelquefois sa tête se met à tourner à droite, comme si quelque chose la lirait de ce côté, et à tressauter. Les sourcils sont sans cesse en mouvement, et il a une sorte de titubation générale.

Nouvelle séance. Je lui fais fermer les yeux et lui dis : « Sentez bien vos pieds et vos jambes. » 11 est pris bientôt de trépidations généralisées. Il étend ses jambes, les étire, les raidil presque jusqu'à la contracture, e! en même temps senl des tiraillements dans la hanche droite. -f- + Les trépidations des jambes augmentent. Il se frotte spasmodiquemenl les pieds l'un contre l'autre. Les bras présentent également des secousses. Il a les plus grandes peines à me répondre quand je le questionne sur ce qu'il éprouve. Sa respiration est saccadée. -| — [-Je l'encourage à faire de pins en plus d'efforts, et aussitôt les trépidations augmentent de rapidité et d'intensité. Tout à coup il me dit en touchant sa hanche droite : « Je sens ma jambe ici ». En effet il perçoit en ce point le contact et la piqûre, -f- -j- Sentez votre jambe gauche comme la droite, lui dis-je. Les trépidations s'exagèrent; le bras gauche se contracture en extension et la main en llexion. + + + Mouvements brusques de llexion et d'extension de la jambe gauche, -j — h Les deux jambes se mettent à exécuter les mêmes mouvements de flexion et d'extension ; il les frotte sur le lit, envoie des coups de pied dans l'espace, remue les pieds dans tous les sens, et leur fait exécuter un mouvement de pédale, -f -f « Tiens, dit-il sans que je lui demande rien, je sens ma hanche ; c'est drôle, il me semble que ce n'est pas à moi. » Il se frappe pour s'en assurer. -\ — \- « Qu'est-ce qui touche à ma hanche ? — D. Personne, lui dis-je. — R. C'est pourtant comme si on m'y touchait, répond-il? + + + D. Sentez bien vos deux jambes, depuis le bout des pieds jusqu'aux hanches. — R. Ça me fait mal dans le dos. (Il pousse tout le temps de petits gémissements ) ; ça donne des coups

de marteau dans la tête. » + H — h H est pris de secousses dans le côté gauche, et marmonne à mi-voix comme se parlant à lui-même, sans que je l'interroge, me contentant de lui enjoindre sans cesse de sentir de plus en plus : « Elle n'est pas là ma jambe ; il est là mon corps,... c'est ça (il se frappe la hanche droite); oui, c'est bien lui. » -f + U est pris de secousses rythmées dans les bras. — D. Qu'est-ce que vous éprouvez? — R. Ça me

t'ait mal dans la tête, ça fait cric, cric. (Il gémit continuellement) Je

sens que c'est ma main qui touche ma hanche Je sens que vous me

touchez. (Je viens de le pincer à la main droite.) — D. Où ça? — R. Les

doigts C'est drôle, qu'est-ce qu'il y a d'attaché après ça? (Il se touche

la hanche droite)... oui, oui..., il y a quelque chose. -j — |- « Vous ne me

touchez pas le bout des pieds?... On dirait qu'on me prend les doigts

oui, oui » + -f- Il soulève sa jambe droite, et se touche toute la cuisse

jusqu'au genou : « C'est ma jambe ça?... Il me semble qu'on me touche le bout de celle jambe, vous me louchez? » (Je ne le touche pas.) -j — |- Il se làte la cuisse droite et se parle à lui-même : « Quelle forme ça a-t-il? Qu'est-ce que c'est que ça ? »

Pour ne pas le fatiguer, la séance ayant déjà duré une heure, je lui dis : « Réveillez-vous complètement. » — Il ne rouvre pas les yeux tout de suite, mais les cligne, fronce les paupières pendant quelque temps, puis enfin les rouvre peu à peu tout papillottants, comme quelqu'un à demi endormi.

Il regarde alors de tous côtés sa chambre sans rien dire. Il se sent fatigué : « Ça me fait mal dans la tête, dit-il; on dirait qu'on me serre dans un étau. (Il me montre l'occiput) ; — tiens, c'est bizarre, ce n'est plus

ma tête ordinaire Je il" suis pas le maître de la diriger Ça me fait

souffrir comme si on m'avait donné des coups de marteau. » — Il a une vaste zone d'hyperesthésie à la base de l'occiput. Il reprend : « Ça me

fait mal dans la hanche et dans mon point du dos Qu'est-ce que

vous m'avez fait?... Tiens, je sens. (Il tàte son lit avec sa main.) C'est drôle, c'est très drôle. » — 11 s'exerce pour voir comment et de quelles parties il sent. Il regarde si la main gauche sent comme la droite. Le bout des doigts de la main droite sent le contact des objets, mais, les yeux fermés, n'en distingue ni la forme, ni les sinuosités.

28 septembre. — Il remarque ce matin que depuis quelques jours les journées passent avec une rapidité extrême, comme dans un rêve dont il ne se rend plus compte après.

1er octobre. — Couché, les yeux fermés volontairement, je lui ordonne de senlir ses jambes. Mêmes réactions que la dernière fois. Il commence par sentir la hanche droite. Je lui dis alors de sentir jusqu'au bout des pieds, et lui demande où ils sont. Il tàte sa cuisse avec la main jusqu'au genou et dit : « C'est là. » La sensibilité n'est encore pas revenue dans la jambe et pour lui par conséquent l'extrémité du membre inférieur est au genou.

Sans que je le lui aie commandé, la sensibilité revient dans le bras droit jusqu'à l'épaule dont il cherche à se rendre compte avec la main du même côté. Je constate à ce moment que la piqûre est sentie à la cuisse comme

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un simple contact. Il tâte sans cesse son membre inférieur droit avec la main et marmotte à demi-voix comme se parlant à lui-même : « Ça, qu'estce que c'est?... Ah! c'est ma cuisse,... elle est plate,... ça, c'est mon genou. » Il descend ainsi de plus en plus bas, à mesure que la sensibilité revient s'accompagnant de secousses, de détentes, d'une sorte de trépidation. Au fur et à mesure que je lui dis de sentir plus, il se tâte plus bas et y perçoit le contact et la piqûre. 11 va ainsi jusqu'au bout du pied.

Il rouvre les yeux, non sans difficulté, regarde avec étonnement son côté droit, ses membres, et remarque qu'il sent ses doigts. « Ça me fait mal dans la tête; j'y ai quelque chose. (Il se tâte le côté gauche de la tête, dans la région rolandique, correspondant par conséquent aux membres redevenus sensibles ; toute cette région rolandique perçoit maintenant ('gaiement la piqûre et le contact, tandis que le côté droit est anestfyésique.) — 1). Qu'est-ce qu'il y a dans votre tête? — R. C'est comme une boule ; ça se déchire, c'est comme des coups de marteau. » Ses yeux se referment malgré lui.

Après la douche, il dit éprouver quelque chose de vague, d'indéfinissable dans tout le côté droit, et tout à coup il lui passe dans tout le membre inférieur « comme un lil qui se tendrait ».

2 octobre. — La nuit, il sent du côté gauche de la tête, dn côté du cervelet, des douleurs en coups de marteau, et dans la région rolandique des fourmillements. Il a l'impression que sa tête esl partagée eu deux longitudinalement. Tout le côté gauche de la tête est en effet sensible à la piqûre et douloureux à la pression, surtout au niveau de l'occiput.

Il a toujours tendance à fermer les yeux et a l'air de n'être pas tout à fait réveillé.

3 octobre. — Aujourd'hui je Y endors, en lui appliquant simplement la main sur les yeux. Il est absolument dans le même état que lorsque je lui disais simplement de fermer les yeux ; mais sur l'injonction que je lui fais de sentir sa jambe droite, il réagit beaucoup plus vite : « Ça tire dans ma jambe. » -j — \- Il commence à sentir la piqûre, le pincement, comme des contacts. + -f- Il commence à sentir la piqûre comme douleur, sans se rendre compte de ce que c'est, et en même temps il perçoit sur quel orteil j'exerce une traction, tout en faisant erreur pour le deuxième et le troisième qu'il confond. Il est pris de trépidations dans la jambe. 11 sent que son pied est appuyé sur une chaise et qu'il est soulevé. « Ça fait mal au genou. -\ — \- Ça picote dans l'intérieur de la jambe. » Il a maintenant recouvré la notion de position du membre inférieur, -f- + Il sent toute la jambe, mais ne sent la piqûre que par places. Sa tête lui paraît séparée en deux, grosse à gauche, avec un chapeau de plomb : « Ça se déchire sur le côté gauche, et dans le cervelet ce sont îles coups de marteau. »

Je l'éveille. Il regarde sa jambe et dit : « Je sens ma jambe ; mais c'esl drôle, elle est engourdie ; on dirait qu'elle a été dans une fausse position pendant longtemps. C'est comme une sorte d'angoisse de la jambe. »

o octobre. — Il a reperdu un peu de sensibilité de la jambe droite. Il est

OBSKHVATION XX 321

toujours dans le môme état de torpeur. Je l'endors. La sensibilité de la jambe droite revient vite au point où elle était. Je lui fais alors ressentir la gauche comme la droite. Ce sont les mêmes phénomènes de retour. Les secousses se généralisent du membre inférieur au supérieur sans qu'il se rende compte de ce qui se passe dans son bras. Les douleurs de tête sont à droite cette fois, par conséquent croisées, dans toute la région rolandique qui est douloureuse à la pression. La sensibilité revient dans le même ordre que du côté droit, en commençant par la cuisse et descendant progressivement. Quand il sent jusqu'au bout des pieds, je lui dis de ressentir également les deux jambes ensemble, et de la même façon. Il a des trépidations des deux côtés, des mouvements lents d'extension et de flexion.

Au réveil, il marche beaucoup mieux, et sa jambe droite est surtout beaucoup plus alerte et solide.

8 octobre. — 11 a progressivement reperdu la sensibilité des membres inférieurs pendant la journée d'hier, et en même temps les douleurs de tête ont disparu.

Je l'endors ce matin. La sensibilité revient vite aux membres inférieurs. Il a des trépidations, des tiraillements, puis des picotements, d'abord dans la profondeur — dans la moelle des os, dit-il, — puis de la profondeur vers la surface, et enfin de bas en haut. Quand la sensibilité est revenue, je lui demande ce qu'il éprouve dans les membres inférieurs : « C'est du contentement à les sentir ; ça picote encore partout ; mes jambes me semblent toutes petites. » Le sens musculaire est encore imparfait, de même que la sensibilité tactile. Il sent qu'on le touche, mais ne distingue pas si on lui tire des poils, si on le pince ou si on le pique. Il remue les orteils, les jambes, pour s'en rendre compte et tout à coup s'écrie : « Mais elles changent mes jambes ! — D. Gomment cela ? — R. Elles sont grosses, je les sens bien. Ça tire maintenant dedans ; c'est comme des fils (ses orteils qui ont des mouvements athétosiques forcés craquent)... Oh ! mais je sens; mes pieds sont humides (il les frotte l'un contre l'autre). + + D. Et les cuisses? — R. Elles sont grosses aussi ; les pieds ne sont pas pareils ; le gauche n'est pas bien. » + + + D. Qu'est-ce que ça fait dans la tête ? — R. Oh ! ça tire, ça donne des coups, ça se déchire dans toute la tête, surtout au sommet et par derrière. »

Je le réveille alors. Il est un peu hébété d'abord, puis heureux de sentir ses jambes. Elles le brûlent encore un peu et il éprouve « la fatigue qu'on a après une crampe ».

Des souvenirs d'autrefois lui reviennent, et spontanément il me raconte qu'à quinze ans au séminaire il pouvait dessiner son nom sur son bras sans douleur avec la pointe d'un couteau, et qu'il ne se faisait jamais de mal comme les autres en tombant. Il se rappelle aussi tout à coup, à propos de sa paraplégie, qu'il y a dix-huit mois, en prenant un bain froid, il est tombé sur un rocher et est resté tout étourdi pendant quinze jours et a toujours souffert depuis de son point lombaire. Ce point est ce matin beaucoup moins douloureux à la suite de la séance.

l'hystérie. — ii. 21

Il peut maintenant se lever et s'asseoir sans prendre d'appui sur les mains. Il éprouve de la fatigue dans les jambes, comme lorsqu'on a fait une grande marche. Elles sont un peu frémissantes, mal assurées et brûlantes.

9 octobre. — La sensibilité des membres inférieurs a diminué un peu. Je lui fais une séance ce matin. Le sens musculaire revient bien. Mais il ne sent pas encore bien la forme des objets, ni la nature des excitations douloureuses et croit que je le pince en tirant un poil. Je lui ordonne alors de sentir absolument bien : il a de nouveau des crampes, des tiraillements, puis des picotements qui gagnent de bas en haut, puis des fourmillements superficiels. Il a ensuite la sensation que ses jambes grossissent et brûlent. Enfin toutes ces sensations se dissipent. + -j- + Les hanches brûlent encore, et il est pris alors de tiraillements très douloureux dans les reins, de picotements, dé fourmillements, etc., comme aux jambes. Ces diverses sensations ont une marche ascendante à mesure que je lui répète : « Sentez plus, sentez de plus en plus. »

Pour ne pas le fatiguer, je le réveille au bout d'une demi-heurt' environ.

Je le reprends l'après-midi. Il se sent la tête vide, connue s'il avait le vertige. Je l'endors et lui dis : « Sentez votre ventre. » Il a d'abord des ondulations de l'abdomen qu'il ne perçoit pas, puis des crampes dans l'intestin, -f- -f -f- Tiraillements. + + Il a des mouvements de va-etvient du ventre ; la paroi se soulève et s'abaisse d'une façon rythmique. C'est une véritable danse du ventre, -f -f II a la sensation de quelque chose de long qui lire dans le ventre et en même temps il commence à ressentir des brûlures. + + Ça brûle partout dans le ventre et ça pique. » A ce moment il perçoit le contact, le pincement, la piqûre. — |— — | — Il commence à éprouver quelques douleurs à l'estomac, par propagation spontanée des phénomènes, comme antérieurement, sans que je lui en aie donné l'ordre. Les douleurs de tête à ce moment siègent surtout en avant au-dessus du front. + + « Ça chatouille dans l'intérieur du ventre. » -f + « On dirait qu'on m'a planté quelque chose là (il montre avec son doigt la fosse iliaque droite) ; ça me fait mal là. » -f- -f- « Ça fait glouglou » (gargouillements que je perçois depuis quelque temps). + + « Ça ne fait plus rien, ça ne brûle plus. »

Je lui dis alors : « Sentez complètement depuis la ceinture jusqu'au bout des pieds, le ventre, les hanches, les jambes. » Il se tortille en tous sens : « Ça me chatouille partout en dedans, -j — [- Ça se calme. » Le point du dos au niveau des lombes, et la sensation de froid qu'il y ressentait intérieurement à la suite de la séance de ce matin, ont disparu. -\ — (- Il a de nouveau des secousses dans le ventre et souffre encore dans la fosse iliaque droite, -f + Ça brûle à droite dans la fosse iliaque, -f + Il a l'impression que son ventre est tout petit, -f -f Les mouvements s'arrêtent. Il se trouve bien, sent une douce chaleur dans son ventre et dans les jambes. Je l'éveille.

Il sent sa tête partagée en deux, prèle à éclater, surtout dans la moitié gauche. Il continue à y ressentir des coups de marteau. L'hyperesthésie

douloureuse des zones rolandiques a disparu. Par contre, depuis qu'il sent son ventre et que l'estomac a commencé à réagir douloureusement, il a deux points hyperesthésiques symétriques en haut et en arrière du temporal, sur la suture lambdoïde.

A la suite de cette séance il va abondamment à la selle trois fois dans la soirée, et est étonné de sentir les efforts et les coliques qui se produisent. Le soir, vers 11 heures, il survient deux points hyperesthésiques symétriques, assez intenses, derrière l'oreille, au niveau de l'apophyse mastoïde.

10 octobre. — Je l'endors ce matin et lui dis : « Sentez votre estomac. » Il se produit aussitôt des contractions, légères d'abord et qu'il ne sent pas, puis de plus en plus fortes et qu'il ressent alors en même temps que des gargouillements se font entendre. + + L'estomac lui semble d'abord lourd et il ne se rend pas compte de ce qui lui cause cette sensation de pesanteur. Puis c'est une sensation de brûlure générale dans l'estomac. Ensuite ce sont des élancements et des tiraillements qui se propagent vers le haut de la poitrine. « Ça me brûle jusque-là, » me dit-il, en mettant la main à la gorge, -j- + + <( C'est lourd, ça brûle, ça me tiraille ; ça me fait mal. -1 — \- Il y a quelque chose qui me gêne. » (Il a des renvois gazeux.) -f -f « La brûlure remonte ; j'ai des envies de vomir. + -f + J ' a* quelque chose dans l'estomac, qui est lourd, qui me gêne, ça me brûle. » + -j- Les mouvements de l'estomac s'espacent, se ralentissent, et il constate que cela se calme. « Sentez-vous complètement, » lui dis-je. Des mouvements ondulatoires de la paroi épigastrique reparaissent, et il y a un point hyperesthésique très douloureux au creux épigastrique. -f -f « Case finit, dit-il. — D. Gomment est-il l'estomac, lui demandai-je? — R. — Il est très grand ; mais il y a quelque chose dedans ; j'ai une tension douloureuse dans tout ça. (Il me montre toute la région sternale.) — « Sentez-vous complètement depuis l'estomac jusqu'au bout des pieds, » lui dis-je alors. Il est pris de mouvements de reptation générale dans toute la partie inférieure du corps. Il lui semble que son estomac est plein, et gonllé. -j- -f- « Il n'y a plus rien dedans ; il est gros ; ça brûle là tout le long. » Il me montre la région sternale, et a des renvois gazeux. -| — \- « J'ai soif; j'ai comme de petites crampes, des frissonnements dans l'estomac, -j — f- Il est encore gros et gonflé ; came fait mal ici. » (Il met le doigt sur la région de la tête fîgurée^ci-après.) -f + Les mouvements de l'estomac s'exagèrent à nouveau, et il se plaint de nouvelles crampes au creux épigastrique. -f- -f « J'ai faim... j'ai faim... on dirait que mon estomac est vide... il y a quelque chose qui vient de s'en aller. » — Les mouvements s'arrêtent : « Il est très chaud mon estomac ; il est grand. »

Je le réveille. Il porte aussitôt sa main au creux épigastrique : « Oh ! ça travaille là dedans ; ça picote ; ça bouge ; ça fait glouglou... Ça craque dans ma tête, sur le dessus ; entendez-vous comme ça craque? »

Il me raconte le soir que son anorexie et ses vomissements se sont développés de la manière suivante : Tout d'abord diminution et abolition du goût ; puis diminution de l'appétit ; des nausées sont alors survenues

32i NATURE 1> E L'HYSTERIE

ayant leur point de départ dans l'estomac, puis les vomissements ont apparu. Les vomissements et l'hyperesthésie épigastrique ont disparu, et l'anorexie s'est installée d'une façon absolue, avec perte complète de la notion d'existence de l'estomac. Il a très bien déjeuné aujourd hui, avec appétit, et ce soir il a eu encore faim à dîner. Mais, comme il s'est assez vivement contrarié après son déjeuner, il a failli avoir une crise et a reperdu un peu de la sensibilité des jambes, et aussitôt la marche est devenue moins facile.

12 octobre. — Son appétit continue d'une façon remarquable et il dévore, heureux de ressentir la faim qu'il ne connaissait plus depuis longtemps.

Son poids, qui depuis son entrée n'avait pas varié quoiqu'il mangeât régulièrement et d'une manière suflisante, s'était comporté de la manière suivante : 30 août = 110 livres et demie. — 7 septembre = 110 livres. — 14 septembre = Ul livres. — 21 septembre = 112 livres. — 28 septembre m 111 livres. — 5 octobre = 111 livres.

Le réveil de la sensibilité abdominale date du 9 et de la sensibilité gastrique du 10 octobre. Le 12 octobre il a déjà repris 3 livres et pèse 114, soit 1 livre de gain par jour depuis que la sensibilité de ses organes digestifs est revenue.

Je l'endors et lui rends toute sa sensibilité depuis les pieds jusqu'audessus de l'estomac. Il a des picotements, des fourmillements dans les jambes, dans le ventre, puis une sorte de chatouillement dans l'abdomen (celui-ci sentait un peu moins et il y éprouvait quelques douleurs dans les fosses iliaques), puis une sensation de brûlure dans les jambes et le ventre, -j — \- Crampes à l'estomac, et par moments élancements comme des coups de couteau dans les jambes. -f + Brûlures dans l'estomac, puis tiraillements au creux épigastrique, et propagation rétrosternale de la sensation de brûlure.

Je lui dis alors : « Sentez bien votre poitrine depuis la gorge, sentez votre cœur, votre respiration, toute votre poitrine jusqu'à l'estomac. » Sa poitrine se dilate par petits coups ; il remue le tronc sans s'en rendre compte, -f- + Petites expirations saccadées, toux sèche, laryngée. + + « Ça chatouille dans la poitrine. » Bâillements et expirations saccadées. + -f- Toux laryngée plus fréquente, spasmodique; accélération de la respiration, secousses plus violentes de la poitrine. -+- -f Tiraillements dans la région sternale. + + Toux vive avec sensation de picotements dans la gorge. -f- + Picotements dans toute la poitrine. A ce moment il perçoit la piqûre, mais comme un simple contact. Intérieurement il a le sentiment de quelque chose qui le gêne. + + + " Ça fait du bien ; ça rafraîchit. » + + « Ça brûle et ça picote partout; dans l'estomac et dans les jambes aussi. + + « Je sens quelque chose qui bat. » Il met la main sur son cœur et demande: « C'est le cœur?... oui;... ça tiraille au cœur. » Il a maintenant la notion du contact et de la piqûre, -f- -f « Ça gène là (il met la main à la fourchette du sternum.) ; il y a quelque chose qui monte à la gorge, comme une angoisse ; ça fait mal ; c'est le cœur. » -f- + « Ça se calme; il bat le cœur , ça fait mal. » + + « Il ne fait plus mal ; mais ça gêne partout ; elle est

toute petite la poitrine. » Il tousse fort et a des soubresauts de la poitrine qui se dilate avec effort et de plus en plus. < C'est comme quand on a couru et qu'on est essoufflé, » dit-il. La respiration est en effet très précipitée, mais le pouls est normal, -j- -f « Maintenant c'est chaud, ça brûle. » Il ne sent pas encore le dos : « On dirait qu'il est dans un trou, » dit-il. « Sentez-vous complètement depuis le cou jusqu'aux pieds, > lui dis-je alors. Il a alors des mouvements de reptation de haut en bas : « Tout ça chauffe très fort en dedans. » Il y a des endroits aussi où ça me pique, dit-il. + +

— D. Comment est votre poitrine? — R. On dirait qu'elle est gonflée. -f + Ça se calme ; je suis essoufflé, -j — \- Ça recommence à me brûler partout (mouvements de contorsions plus intenses), -f -f « Ça rafraîchit...

ça fait du bien. » + H D. Et la poitrine? — R. Elle est grosse et puis

petite. Il y a quelque chose qui vient dedans. » (Il me montre le cœur.) + -j- « Je suis content. » La respiration est encore un peu précipitée et superficielle, -f- + Il a des picotements dans la gorge et toussaille encore.

Je le réveille. L'après-midi, il a reperdu un peu de sensibilité de la poitrine. Il sent par moments son cœur battre très fort, puis s'arrêter, et parfois « il a une douleur angoissante » qu'il localise du côté gauche, vers l'épaule (pseudo-angine de poitrine). Il a aussi des coliques abdominales. Je l'endors et lui ordonne de sentir son dos et ses bras. Il se frotte le dos sur le lit: « Ça chatouille ++••• Ça picote dans le dos. ++ Ça picote très fort dans le haut du dos. » A ce moment les bras sont pris de secousses.

— « D. Qu'éprouvoz-vous dans le bras? — R. Ça me chatouille... Came tiraille dans le bras droit. — D. D'où ça part-il? — R. Du cou. » Il secoue le bras droit, remue les doigts. + + + (( Ç<a tiraille, puis ça picote dans les bras. » — Il recommence alors à reconnaître quel doigt je touche, et à percevoir le pincement, la piqûre.

« Sentez-vous depuis le cou, lui dis-je, devant, derrière, intérieurement, tout le tronc et les bras jusqu'en bas. Les mouvements s'exagèrent; il a des secousses dans tout le corps, dans les bras, se tortille, a des mouvements athétosiques des doigts, -f + « Ça chatouille dans la poitrine (mouvements d'extension et de flexion des bras et des doigts). + -f- -f Ça fait mal dans le cou ; ça donne des coups de marteau dans la tête, -f -f- -f- Sentez bien votre gorge, » dis-je. Aussitôt il se met à tousser. + + Fourmillements dans les mains et les bras, -f « Ça fait mal h la colonne vertébrale (soubresauts)... ça me pique. » — Je lui donne ma main : il la prend, la tàte longtemps sans savoir ce que c'est et finit par reconnaître que c'est une main. Il ne sent pas encore la piqûre comme douleur, -f « Ça fourmille dans les bras, et encore plus dans les doigts; c'est tout petit. » — D. Quoi? — R. Mes bras, -j — |- D. Sentez-vous complètement depuis le cou jusqu'au bout des pieds et des mains : grands mouvements, secousses. « Ça chauffe dedans; c'est très chaud. » -f- + « Ça tire dans le dos; ça fait très mal;... ça brûle,... ça fourmille dans les bras. » H — |- Il se palpe partout. — D. Qu'éprouvez-vous? — R. J'ai chaud partout... mais je me sens! » -f- -f- II reconnaît ses doigts, mais plus rapidement à droite qu'à gauche. -Ses bras ne lui paraissent ni petits ni gros, -f -j- 11 reconnaît quel endroit du

corps je touche, mais hésite à en dire le nom. Il nomme bien l'épaule ; il hésite un peu pour le poignet, et beaucoup plus pour le coude dont il ne retrouve le nom qu'au bout d'assez longtemps. -\ — |- « Sentez-vous complètement depuis le cou, » lui dis-je : fortes réactions, contorsions, gesticulations des bras et des jambes. Il se remet à se frotter le dos. — « D. Qu'avez-vous ? — R. Ça me fait mal dans le dos. » — Il a son point hyperesthésique interscapulaire, puis la douleur gagne la nuque. + -f- II réagit très vivement maintenant à la piqûre et au chatouillement aux bras et aux mains. -\ — | — Il s'étire. « Ça tiraille. » -j — f- « J'ai chaud. » -f- -f- II s'arrête mais me dit que son cœur ne sent pas encore bien. « Ça m'étouffe. » + -j- « Sentez-le tout à fait, » dis-je. « Ça tiraille... ça fait mal... » Il étreint sa poitrine avec la main gauche au niveau du cœur, et serre son épaule gauche avec la main droite. — D. Où ça fait-il mal ? — R. Là. (Il touche l'épaule, descend le long du bras, jusqu'au-dessous du coude.) Son bras se contracture légèrement, les doigts crispés, -f + « Ça donne de l'angoisse. » -f- -f- « Ça ne fait plus mal ; je le sens bien battre ; tout le reste est bien tranquille. » — Le bras s'est détendu, il respire tranquillement, n'a plus de secousses ; je le réveille. Il a augmenté de 4 livres cette semaine (115 livres).

13 octobre. — Il n'a pas fermé l'œil de la nuit, mais au lieu d'être plongé dans une sorte de torpeur, d'engourdissement comme les autres nuits, il remarque qu'il a été très éveillé. Ce matin il se promène en marchant vite, très gai, heureux de « se sentir revivre ». Il a bon appétit. Il est causeur, et ne reste plus immobile, comme dans un rêve, sans pensée, dans la journée.

14 octobre. — Il est toujours de même, est gai, a bon appétit. Il éprouve des frémissements dans les membres et tout à coup des élancements comme si une aiguille sortait de la peau.

15-16 octobre. — Il a reperdu un peu de sensibilité d'une manière généralisée et le 16 il n'a pas d'appétit, marche moins bien, de côté, en tirant un peu la jambe gauche qui est moins sensible que la droite. Les pieds ont surtout perdu de leur sensibilité.

17 octobre. — Je l'endors et lui dis de sentir complètement depuis les pieds jusqu'au cou. Il présente les mêmes réactions que précédemment, et tout à coup, quand il en est arrivé au point où il en était le 12 octobre, il est pris de secousses générales, de sursauts, fait des arcs de cercle, a des trépidations dans les membres, et s'étire. Il dit éprouver des tiraillements et des brûlures partout. + + La respiration s'accélère. « Ça brûle ; ça ne tiraille plus. » + -f- Il a encore des trépidations; les jambes sont presque tranquilles. « Ça ne brûle plus là;... ça brûle dans la poitrine et les bras. » Il grince des dents. + -f Trépidations, puis calme. « Tout tremble intérieurement. » + + <c Ça ne fait plus rien... Je suis bien mieux que l'autre fois... il y a encore quelque chose là. » (Il me montre sa poitrine au niveau du cœur.) -f- -j- II est repris de respiration accélérée, accompagnée de hem ! hem! —La respiration devient forte, brusque, irrégulière, saccadée. Puis tout se calme; il a une détente générale, et éprouve un bien-être

général. — Je le réveille; il marche très délibérément, trouve qu'il se sent beaucoup mieux que la dernière fois, mais il est frappé de sa sensibilité au froid, qu'il n'avait pas ressenti aussi nettement depuis le petit séminaire, à quinze ans.

18 octobre. — Je l'endors et lui dis de se ressentir d'abord complètement depuis le cou jusqu'au bout des pieds. Il a encore quelques secousses et trépidations, et dos tiraillements dans les membres inférieurs et le dos- Quand tout est calme, je lui dis de sentir son visage et sa gorge. Il fait des mouvements de déglutition, des grimaces, a des contorsions de la bouche, des lèvres, fronce le nez, les sourcils, le front, retrousse les lèvres, et éprouve des tiraillements dans toute la face, -j — j — | — X I toussaiîle, a des happements, des mouvements de la langue dans tous les sens. -J- -j- Contorsions des lèvres. + + Mouvements de mastication, de succion, mâchonnement, -j- -f « Ça tire, ça picote, dans la figure, dans la langue, dans la gorge,... ça tire. » + + Mâchonnement, mouvements des lèvres de plus en plus marqués. -\ — f- « La figure brûle. » -f- -f- « Elle ne brûle plus; c'est la langue qui brûle maintenant. » Le mâchonnement continue. -\ — |- Tout à coup il fait des efforts comme pour rejeter quelque chose du pharynx : « Il y a quelque chose qui me gêne dans la gorge. » -f- -f- « Ça ne fait plus rien. » — D. Est-ce aussi bien que dans le reste du corps'? — R. Non. — D. Qu'y a-t-il? — R. Je ne sais pas, ce n'est pas la même chose. » + -f « Ça brûle, j'ai de petits boutons sur la langue. » — Il mâchonne, claque des dents, puis tout se calme : « C'est pareil au reste. » — Sentez bien votre tête maintenant : tressautements de la tête, frémissements, rejet de la tête en arrière : * Ça tire dans le cou. » Il frotte la nuque contre l'oreiller. + + « Ça donne des coups à la nuque et ça tire dans le front. » -| — f- Il se frotte encore la nuque, s'étire, se tortille de tout le corps, -j- -f « Je sens des frémissements dans la tète.. » -j — f- « Ça donne des coups de tampon derrière la tête ;... ça me fait mal Là (il montre ses tempes) et dans les yeux. » -(- -f- « Je ne sens plus rien. » -j — \- « Sentez plus, tout à fait bien, » lui dis-je. Les frémissements de la tête recommencent ; il a des secousses brusques et violentes dans tout le corps. H — \- « Ça tire derrière les yeux. » Tout se calme, puis les tiraillements reprennent dans le cou. La tète lui semble encore grosse et lourde.

Il est fatigué; je le réveille. Il a la sensation de deux boules qui ballottent dans sa tête, laquelle est plus petite à gauche.

19 octobre. — Il me raconte ses impressions d'hier après le réveil : Les gens qu'il voit d'habitude, son infirmier lui-même lui parurent au premier abord des inconnus. Il lui semblait cependant qu'il les avait connus autrefois, mais qu'il ne les avait pas vus depuis très longtemps. Ils lui semblaient vieillis, de physionomie plus nette, plus précise, plus accusée ; il ne pouvait définir comment et en quoi ils étaient changés, mais les trouvait changés. Il éprouvait la même impression pour les lieux et les objets qui l'entouraient et qui lui paraissaient nouveaux. Le plafond de sa chambre lui semblait plus haut, les objets plus grands, moins aplatis. C'était comme « un voile qui se déchirait », et il est obligé de se raisonner pour se rendre

compte qu'il connaît déjà tout cela. Sa mémoire aussi, dit-il, est moins fidèle, moins précise. Toute la période de sa maladie, principalement depuis un an et surtout depuis le mois de mars de cette année, au moment où il est devenu paraplégique, lui semble moins nette. « A Pâques, dit-il, c'est comme un voile qui est tombé sur tout. »

Il est gai, joue, cause toute la journée. Il a bon appétit, et est heureux de goûter les aliments, de sentir les odeurs. Il entend plus distinctement et voit mieux. Toute la sensibilité générale paraît normale aussi bien à la tête qu'au corps. Il n'a plus de points hyperesthésiques, les réflexes sont normaux. Il ne reste guère qu'un rétrécissement léger, mais assez net, du champ visuel, sans dyschromatopsie. La tête cependant ne lui semble pas encore dans son état normal; elle est lourde. La pression de l'occiput est encore un peu douloureuse, ainsi que du vertex. Les sens spéciaux paraissent normaux, et sont égaux des deux côtés comme la sensibilité générale.

Il n'est pas douteux cependant que la tête n'a pas recouvré sa sensibilité normale, si on en juge par les réactions qu'il offre aux divers excitations sensitives, et qui sont plus lentes et moins vives que sur le reste du corps.

Sa nutrition générale s'est considérablement relevée depuis qu'il a recouvré la sensibilité de l'estomac et de l'intestin. Cette semaine il a augmenté de 8 livres, soit un gain de 12 livres sur son poids au moment où j'ai réveillé cette sensibilité viscérale, poids qui était du reste demeuré stationnaire depuis son entrée jusque-là.

20 octobre. — Il sent qu'il perd un peu sa sensibilité. De lui-même il va s'étendre sur son lit, s'étire fortement et la recouvre ainsi.

22 octobre. — La sensibilité est un peu diminuée partout. Je l'endors. Il recouvre vite toute sa sensibilité du corps et des membres, en présentant de très légères réactions (tortillements, extension forcée, etc.) et en arrive à la tète que je lui dis avec force de bien sentir complètement. Il secoue la tête, fronce les sourcils, cligne des yeux, et tout à coup se met à se tortiller, à se rouler sur lui-même et présente le tableau d'une attaque. Il sent des frémissements intérieurement. + + Bonds, sursauts, secousses des bras, de la tête. + -f (Nouvelle attaque.) 11 sent comme deux boules dans la tète, une grosse à droite, une plus petite à gauche. Tout à coup il se met de nouveau à bondir, à se contorsionner et présente une attaque de clownisme : « Ça tire partout, ça énerve là. » (Il montre l'occiput à droite.) -J- + L'agitation et les grands mouvements se calment. « Toute la tète brûle. » -f « Ça fait mal dans le front, dans les yeux. » -f « C'est comme si on m'appuyait sur les yeux ; ça fait tout rouge et puis tout noir. » -j — \- « Ça tire dans toute la tête et dans le dos. » Nouvel accès de clownisme, et il me montre un point très douloureux à gauche aux lombes. Puis tout se calme, -f + Etirement, anhélation, petites secousses de la tète, -j — f- « Ça fatigue dans la lèle... devant les yeux c'est comme de la lumière. » + + Il gémit : « J'ai mal dans le cœur; il bat fort. » Il se plaint en même temps que ça tire dans le bras gauche, que ça lui fait mal dans les trois doigts

du milieu, puis seulement à l'annulaire, -j- -f « Ça fait mal dans le Iront et clans l'œil à droite ; c'est lourd ;... il y a des douleurs qui passent tout cà coup... Oh ! j'ai mal à l'estomac! » + -f- Il gémit, se crispe, entr'ouvre les yeux : « J'ai mal au cœur, j'ai envie de vomir. » A partir de ce moment il ne présente plus que des frémissements généralisés.

Je suis frappé alors de l'analogie qui existe entre la succession de ces divers phénomènes, et l'ordre dans lequel ont évolué les accidents de sa maladie. La première attaque correspondrait à celle qu'il a eue à quinze ans ; la seconde à celle qu'il eut à. dix-neuf ans; puis surviennent les attaques de somnambulisme et le dédoublement de la personnalité qui se traduit par la sensation de deux boules dans la tête, à. vingt-un ans. Après quoi nouvelle attaque avec hyperesthésie excessive au niveau des lombes qui figurent celle qu'il a eue à la suite de la chute qu'il fit sur les reins dans l'eau et dont il conserve toujours de la douleur, à vingt-deux ans. Enfin la douleur d'estomac, puis les nausées et les vomissements qui ont commencé en 1894, se traduisent par des sensations analogues.

Il devient dès lors évident pour moi qu'il vient de repasser par toutes les périodes antérieures de son existence, comme les autres cas que j'ai observés, et je l'interroge de la manière suivante, qui exclut toute suggestion même involontaire, pour m'en assurer.

D. Le combien sommes-nous aujourd'hui ? — R. Je ne sais pas. — D. En quel mois est-on? — R. Je ne me rappelle pas. — D. Cherchez bien. — R. Au mois d'avril. — D. Quelle année? — R. 1894.

Je ne me trompais pas. Tous les phénomènes qu'il vient de présenter étaient bien la reproduction dos accidents successifs de sa maladie depuis son début. J'insiste alors pour qu'il se sente complètement. Les contorsions recommencent ainsi que les oscillations de la tête. Au bout de quelque temps je lui demande la date et il me répond, le 14 avril. + + + Bientôt il me dit le 20 septembre. Il a traversé très rapidement cette période, -f- + « C'est drôle, dit-il, c'est comme quelque chose, une énorme boule qui s'en va de ma tète. » -f H D- Qui suis-je, moi qui vous parle ?

— R. (Après de grands efforts) : Le docteur. — D. Le docteur qui? — R. (Après hésitations et marmottement entre les dents.) Le Dr So..., So..., le D' Sollier ! — D. Le combien est-on aujourd'hui ? — R. Le 18 septembre.

— D. Quelle année? — R. 1895. » -f- -f- Il se passe la main sur le front : « C'est comme quelque chose qui se déchire. >> — f- — f— Il frémit de tout le corps]; ses pieds et ses mains se crispent. — D. Le combien est-on? — R. Le 19 octobre. » + + + Il s'étire les membres, se prend la tête à deux mains la palpe : « Oh! mais, il y avait quelque chose qui me gênait, qui n'y est plus ;... j'ai encore bien mal là, dans les yeux. » — D. Qu'est-ce que ça fait dans les yeux? — R. Comme si on me les tirait, -f -f « Je tremble. » Il a en effet un tremblement généralisé et se croit le 21 octobre. ++ « Mes yeux sont bien fatigués... ça ne tire plus;... Oh! je suis bien fatigué. » + + « Il fait froid... pourquoi fait-on du bruit ? — D. Le combien est-on aujourd'hui? — R. Le 22 octobre. — D. Quelle heure est-il? — R. Cinq heures du matin. — -f D. Qu'éprouvez-vous ? — R. Je suis fatigué. -

D. Quelle heure est-il'?— R. 1 heure... Je suis fatigué. + + + Sentez-vous tout à fait lui dis-je. — Il se contorsionne encore un peu, puis s'arrête. — D. Comment vous sentez-vous? — R. Très bien. — D. Quelle heure est-il?

— R. 2 heures et demie... Je suisagacé, énervé ; je ne sais pas ce que j'ai. (Il soupire.) -) — \- D. Il y a longtemps que vous êtes sur votre lit? — R. Oh ! oui. — D. A quelle heure vous y êtes-vous mis? — R. A 2 heures. — D. Et quelle heure est-il? — R. Oh ! 4 heures... non 4 heures et demie... Oui, 4 heures et demie. — D. Qu'y avez-vous fait? — R. J'ai travaillé. — R. Jusqu'à quel point de votre existence êtes-vous revenu? — R. Oh! j'ai été loin, bien loin... Oh ! oui... jusqu'à 1885... jusqu'au mois... oui,... de juillet.

— D. Qu'y a-t-il eu à ce moment? — R. J'ai été malade. — D. De quoi ? — R. Je ne sais pas, mais j'ai été malade, j'avais mal au cœur, et puis j'étais bien triste, parce que mon oncle était mort. »

Il est 5 heures. Je le laisse reposer jusqu'à 8 heures, et lui dis alors : « Sentez-vous de la tête aux pieds, complètement. » Il se met à grimacer, fronce les yeux, s'étire le cou. -{--{-« Je suis content... Je suis bien. — D. Quelle heure est-il? — R. 4 heures et demie, -f -f D. Qu'y at-il dans la tête ? — R. C'est un nuage, quelque chose qui se dissipe. » -+- -j- Il éprouve une petite douleur à l'occiput du côté gauche, -f -j- « Tout s'en va, tout ce qui me gênait dans la tête... On dirait qu'on l'enlève... je ne peux pas dire. » — Il cherche à ouvrir les yeux, tourne la tête comme s'il écoutait attentivement, a de petits soubresauts dans les bras, fronce le front. « Je suis content, dit-il en souriant. — I). Quelle heure est-il ? — R. Il est tard. — I). Quelle heure? — R. 8 heures. (C'est exact.) — I). Qu'est-ce qui vous empêche d'ouvrir les yeux? — R. Je ne sais pas. — D. Comment sont-ils? — R. Ils sont bien. » Néanmoins il les cligne et commence enfin à les rouvrir.

Il se roule deux ou trois fois sur lui-même en s'étirant et se réveille brusquement. Il est ahuri, regarde autour de lui tout étonné : « C'est drôle ; je ne m'y reconnais pas ; etpourtantje connais tout cela, mais c'est comme si je l'avais vu dans un rêve... Attendez, ah ! oui, j'ai bien ma tète (il se la tâte)... Oh î je suis content... ça s'éclaircit dans mon esprit... mais ! j'ai été malade ! » — Il cherche depuis quand il est ici et y arrive après une longue hésitation. « Il y a environ deux mois; oui, on m'a mis ici pour me soigner... oui, c'est bien la réalité, et c'est pour ça que je suis étonné que ça l'était aussi avant. Avant, je ne savais pas si ce que je voyais était dans le réel ou dans le rêve... Tout ce qui était autour de moi n'était pas déterminé, précis comme je le vois maintenant. C'est ce changement-là qui m'étonne... Alors, je suis guéri !... Mais il y a longtemps que j'étais malade Il y a bien deux ans que j'étais dans cet étal.

Il me montre un lit-cage, l'armoire à glace, le porte-manteau : « C'est bizarre, tout cela avait la même couleur. » Il a faim, et sent en même temps les jambes fatiguées : « Est-ce que je vais marcher comme cela de surprise en surprise ? Tout me paraissait mouvant, changeant de formes... Alors, quand je m'évanouissais souvent, sans cause, au petit séminaire, j'étais certainement malade?... Au grand séminaire? Oui, c'était la même chose. «

La sensibilité générale est normale. Les réflexes pharyngien et autres sont également normaux. Il n'y a plus de rétrécissement du champ visuel, et il n'existe plus de points hyperesthésiques ni à la tête, ni dans le dos, ni en aucun point du corps. Il se sent vivre, respirer; il sent battre son cœur. Le sens musculaire et la notion de position des membres sont normaux.

30 octobre. — Je ne l'ai pas retouché depuis le 22 octobre, et il se maintient dans le même état. Cependant il dort encore très peu, deux heures par nuit en plusieurs fois. Il se réveille en sursaut. De temps en temps il sent que sa tête se brouille, puis cela revient tout seul, et après quelques tiraillements dans la nuque et l'occiput elle se dégage.

Aujourd'hui il a reperdu un peu de sensibilité du côté droit de la tête. Il sent qu'elle se brouille, et ses yeux sont lourds et fatigués. Il y a du rétrécissement du champ visuel surtout à droite.

Je Tendors et lui ordonne de sentir complètement des pieds à la tête. Il a des contorsions générales d'abord légères, puis plus fortes, avec des mouvements de reptation, puis des mouvements athétosiques des doigts ; ensuite c'est un énervement général, accompagné de grimaces de la face, de clignement, des yeux, etc. Enfin il se réveille spontanément. Mais je lui referme les yeux : « Ça tire encore dedans. » Il voit passer devant lui du rouge, puis toutes les couleurs. Puis ce sont des picotements, et enfin une lourdeur sur les paupières. Enfin il ouvre les yeux : « Oh! comme je suis bien, s'écrie-t-il ; je ne me suis jamais senti si bien; je ne suis pas fatigué du tout. »

La sensibilité générale et les sens spéciaux sont absolument normaux maintenant.

Les nuits suivantes il dort mieux, mais avec des cauchemars, et par petits sommes d'un quart d'heure au plus.

Depuis le réveil de la sensibilité de l'abdomen et de l'estomac il a repris 2b livres et pèse 136 livres le 2 novembre.

o novembre. — Il a eu une contrariété hier et a moins bien dormi.

Le dessus de la tête est un peu moins sensible aujourd'hui.

Il fait sa première sortie au parc voisin, est d'une gaieté peut-être un peu exubérante, et revient en très bon état néanmoins.

8 novembre. — Il continue à aller très bien, et depuis deux jours dort environ trois à quatre heures par nuit sans cauchemar.

9 novembre. — Son état général s'améliore de plus en plus. Son appétit est toujours très vif et il a repris encore cette semaine 5 livres, soit 141, en augmentation de 30 livres sur son poids à l'entrée.

13 novembre. — Il sort, va bien, dort de plus en plus. Pas de troubles de sensibilité ni des sens spéciaux. Tout paraît normal.

16 novembre. — Depuis deux jours il est un peu plus dans le vague, a moins bien dormi, a eu la tète un peu embrouillée, et moins d'appétit. Tout cela par suite de contrariété pour un motif imaginaire : il se figurait qu'on l'épiait, qu'on le soupçonnait il ne savait de quoi, que certaines personnes lui en voulaient dans la maison. Rassuré par mes affirmations il

reprend sa bonne humeur, son activité. Il peut lire sans fatigue, jouer aux cartes, causer aussi longtemps qu'il veut sans fatigue. Tout trouble disparaît et l'appétit revient spontanément. Sous l'influence de ces deux ou trois jours de malaise il n'a repris qu'une livre pendant cette semaine. En outre, le 14 et le 16, en même temps que la sensibilité de la tête et de tout le corps diminuait très légèrement, il a présenté dans la paume des mains de petites ecchymoses punctiformes.

Depuis qu'il a recouvré sa sensibilité, les fonctions intestinales se font régulièrement. Toutes les glandes de la peau ont repris également leur activité et il a une moiteur continuelle des mains. En outre la peau des doigts desquame, surtout vers l'extrémité.

20 novembre. — Son état général est excellent. Le sommeil est de 5 à 7 heures en moyenne, en deux fois, de 9 heures à 1 heure du matin, et de 2 à 4 ou 5 heures.

Aucun stigmate, aucun trouble des sens ni de la sensibilité générale, qui présentent une acuité beaucoup plus marquée que les premiers jours après le réveil complet.

23 novembre. — Même état. Poids — 144 livres. En quarante-quatre jours il a donc regagné 33 livres, soit une moyenne de 375 grammes par jour depuis qu'il a recouvré la sensibilité de ses organes digestifs.

Remarques. — Cette observation est extrêmement intéressante à tous points de vue. Tout d'abord il s'agit d'un cas remarquable d'hystérie mâle ayant eu tous les caractères de l'hystérie chez la femme. Traité d'abord par la méthode ordinaire (isolement, traitement psychique), ce jeune prêtre s'améliore, mais son état reste bientôt stationnaire. C'est alors que, ne pouvant le soumettre sans son consentement à l'hypnose pour réveiller sa sensibilité, et ne pouvant la lui faire accepter à cause de sa qualité de prêtre qui le lui interdit, je me borne à lui faire fixer son attention sur les parties le plus anesthésiées jusqu'à ce qu'il sente. Il éprouve les mêmes phénomènes que les sujets mis en état de sommeil hypnotique et il tombe spontanément dans l'hypnose par ce seul fait. Plus tard il lui suffit de fermer les yeux pour, de lui-même, tomber dans le sommeil hypnotique que je n'ai jamais provoqué et qu'il a toujours ignoré chez lui. Le retour de la sensibilité a déterminé les mêmes réactions que dans les autres cas, et il y a eu la même régression de la personnalité, mais que j'ai évité de rendre visible aux yeux de tous pour la lui laisser ignorer et ne pas troubler ses convictions religieuses. Ce qui est extrêmement frappant dans ce cas, c'est la rapidité avec laquelle les troubles ont disparu et surtout avec laquelle les fonctions digestives, la nutrition et le sommeil sont revenus, alors que, tant que je m'étais borné au traitement communément employé, je n'avais pu obtenir qu'une

amélioration, marquée sans doute, mais relative, et qui rendait la guérison, sinon incertaine, du moins très tardive.

Le haut degré de culture intellectuelle de cet homme, habitué à analyser ses sentiments et ses impressions physiques d'une façon très subtile, donne une valeur toute particulière à la description des phénomènes subjectifs qu'il a présentés, et leur concordance absolue avec ce que j'ai observé dans d'autres cas, où les sujets étaient loin de pouvoir se livrer à la même délicatesse d'auto-observation, montre bien qu'il s'agit là de phénomènes toujours identiques à eux-mêmes et soumis à des lois constantes d'ordre organique et nullement psychique, si ce n'est secondairement.

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