GENEVIÈVE, LE DUC
Qu’ai- je entendu?. .. Demain vous me quittez ?.. . demain t
LE DOC
Lisez, Geneviève; vous comprendrez et mon prompt retour et mon départ; cette lettre est de Réné, mon premier écuyer.
Que signifie...?
L1 DOC
Lisez.
« Monseigneur, conformément & vos ordres, j’ai,
» sous divers déguisemens, parcouru vos domaiu nés; je suis enfin sur la trace du comte de Hai*
» nault; il a en effet poussé l’audace, jusqu’à péb nétrer dans le duché de Brabant. »
LE DUC
Continuez.
« 11 est mémo parvenu à y rassembler un cerb tain nombre de scs partisans ; je l’ai suivi jus- » qu’au bois Saiut-Audré ; là, il s'est dérobé à » toutes mes recherches; le bois Saint-André h est à peu de distance du chàleaq qu'habite b M me Geneviève, et j'ai cru ne pas devoir larder » à vous transmettre cet avis. »
LE DUC
J’ai reçu cette lettre hier.
Je conçois votro empressement, quo, dans un premier moment do joie, j’avais attribué, pauvre folle, à votre amour ; je me trompais, c’était 1a
jalousie qui vous ramenait en si grande bâte... toujours la jalousie!
i-B Dre .
Geneviève, c'est parce que je vous aime plus que ma vie, c'est pareequo pour vous jedonnerais mou sang et mou salut; c’est pour cela que je suis jaloux. Geneviève, quand je crois que vous m'aimez, je chasse loin de ma pensée d’odieux soupçons; mais quand le passé se retrace à ma mémoire, je vous revois, admirant dans un tournoi la grâce du comte de Uainault; je le vois, lui, paré do votre écharpe, je l’entends sc vanter hautement d’avoir touché votre coeur , et alors je deviens fou de rage et de désespoir... alors, je ne crois plus en vous, je ne crois plus en Dieu!
CENEVIÈVE.
Ab! Ilcnri !
le duc.
Oh! ma belle Geneviève, comprenez donc enfin que la jalousie n’est que l’amour malheureux.
CENEVIÈVE.
Mais que faut-il donc pour rassurer cet amour emporté et soupçonneux ? Que faut-il de plus que mes sermons et mes caresses 7 car je vous aime aussi, monseigneur, malgré vos doutes et vos injustices; je vous aime, parce que vous êtes beau, loyal et brave, et je vous aime de toutes les forces d’un premier amour; je voudrais qu'il me fût possible de vous arracher ces mauvaises pensées qui vous tuent et qui me désespèrent; je le ferais, fallût-il pour cela donner le plus pur de mon •an g.
LE DUC
O ma Geneviève! qui peut douter encore après avoir entendu ta douce voix , quand la main est là dan» la mienue, quand tou cœur bat sur ma poitrine? jo t’aime, ma Geneviève, je l'aime et je | ne doute plus.
Prouvez-le-moi, mon bien- aimé seigneur, en renonçant à me quitter sitôt ; accordcz-moi encore quelques jours.
LE DUC
Tu ne sais donc pas, Geneviève, de quel nouvel outrage le comte de Uainault m’a meuacéî... ! Il y a huit jours, j’ai reçu de lui une lettre que j j’ai déchirée de mes dents et foulée sous mes pieds ; il m’écrivait, U lâche: « Avant huit jours ; » je te donnerai la preuve que la femme m'aime o et te trompe. •
L’infâme !
LE duc.
Comprends-tu maintenant que je goûte un instant, je ne dirai pas de bonheur, mais de repos, j tant que cet insolent sera debout? comprends-tu que j’aie plus soif de son sang que de tes caresses ? |
(il remonte la seine et redescend à ladroite de Geneviève.) S’il est en effet dans le duché do Brabant, je jure Dieu qu’il no m’échappera pas, et qu'il roc paiera chacune de scs calomnies par d’affreuses tortures.
CBMQTlftVR.
Jusqu’à demain, du moins, monseigneur, oublies cet homme et sa félonie.
LE DSC.
Oui; et pour qu'aucun nuage ne s'élève encore entre nous, pour schcvcr d'arracher de mon sein les soupçons qui le rongent et le déchirent, Geneviève, je veux...
Parle.
LE DUC
Geneviève, pardonue-moi ce dernier doute encore... je veux que tu me jures devaut Dieu, et aux pieds de la Vierge sainte qui orne ton oratoire...
Mon oratoire!
LB DUC
Je veux, dis-je, que tu me jures encore une fois que tu n’as jamais aimé le comte, que tu ne l’as pas revu, qu’il n’a jamais pénétré daus ce château.
Oh! je le le jure.
LE DUC
C'est la main étendue vers l'autel qu'il faut faire ce serment.
GENEVIÈVE, A part.
Oh I mon Dieu I et Edgar I
le duc.
Pourquoi cette hésitation, ce trouble?. . Geneviève, ce que je demandais toul-à-l'heure, je l’exigeâ présent... Tu trcmblo» I
Écoutez-moi, seigneur.
LE DUC
Non, plus un mot ici, c’est U que je vous entendrai, madame.
Dans mon oratoire?
LE DUC
Oui, dans votre oratoire.
C’est impossible.
LE DUC
Impossible?
01» t par pitié pour moi, pour vous-méme...
le duc.
Tu me pries de ne pas outrer dans ton oratoire,mais à présent j’irai , fallût-il passer sur ton cadavre.
Geneviève, le retenant.
Non, non, vous ne savez pas... oh 1 monseigneur...
LE duc.
Tu me rciiccs en vain.
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