SCENE PREMIÈRE
MARGUERITE, à lu fenêtre à gauche.
Quel bruit î quel tumulte 1 ... Mon Dieu, mon Dieu 1 vous qui m’avez enlevé et M'"* Geneviève et mon Edgar, mon Pieu ! sauvez mon père. ( Bruit sourd an dehors.) Pourquoi ces rassemblement? ce sont des blessés qui reviennent de la brèche. (Criant.) On combat toujours,n’est-ce pas? l’ennemi n'a pas pénétré dan* la ville? Mon père, mou père! qui me donnera des nouvelles de mon père?..» lis passent sans me répondre ..Toujours, toujoursce beffroi qui résonne dans ma poitrine et qui me glace... ah 1 c'est trop long-temps souffrir!... La mort est sur les remparts; c’est là qu’est mon père... c’est là qu’est ma place.
Au moment où Marguerite va s'élancer au dehors, on amène un chevalier blessé, c’est Vandcr.
LCÈNE II.
MARGUERITE , VANDER ; puis LE DUC.
MARGUERITE
Mon père! blessé! blessé!
TARDER, assis.
Rassurc-toi, mon enfant, le coup que j'ai reçu n’est pas mortel ; mais à mon âge on perd vite scs forces... (^uj: guerriers qui l'ont amené.) Enfant, retournez au combat , faite» un rempart de vos corps à notre intrépide souverain; plus heureux que moi, vous aurez l'honneur de vaincre ou do mourir avec lui.
Les hommes d'armes sortent adroite.
MARGUERITE
Mon père, vous no me trompez pas? votre blessure...
TARDER
Ne me tuera pas assez vite, car je ne veux pat survivre à mon maître.
MARGUERITE
Il est mort?
VARDER.
Non; mais comme la victoire est impossible, il va sc creuser un tombeau au milieu des rangs ennemi*... il a voulu qu’on me transportât ici, et il m’a ordonné de vivre pour le venger... comme si le vieux Vandcr pouvait quelque chose à présc’-*!
EU« le fait asseoir. I
Marguerite .
Mais n’est-il donc plus d’espoir?
VARDER.
Il n’en est plus... Depuis le commencement de cette funeste campagne la trahison a partout servi notre implacable ennemi... jusqu’à ce misérable Steven qui n'a pas reparu dans nos rangs... Après plusieurs rencontres , le duc de Brabant s’est vu réduit à se renfermer dans sa bonne ville de Bruges ; mais lo nombre encore une fois l’emportera sur le courage... quoique l’armée du comte de Hainault soit forte et puissante, quoique la garnison de Bruges suffit à peine à la défense des remparts, le duc avait ordonné une sortie... Suivi de ses chevaliers , il s’est élancé comme un lion dans les retranebemens, en déliant le comte de Hainault... Le combat était horrible , la rage semblait avoir décuplé nos forces; les hommes du Hainault fuyaient déjà, lorsqu’à l'horizon on vit se déployer les bannières d'Ypres et de Courtrai ; c’était un renfort considérable pour nos ennemis, déjà si supérieurs en nombre... A celte vue, le découragement se glissa parmi les nôtres... le duc voulait mourir sur le terrain qu'il avait conquis; mais ses officiers l’entraînèrent jusqu’aux remparis; c’est dans ce mouvement de retraite qu’un coup de lance me renversa : c’est alors que j'ai quitté le duc, qui donnait ses ordres pour repousser l’assaut que le comte de Hainault va sans doute donner à la ville, ot qui certes sera le dernier.
Ici le bruit au dehors redouble ; co sont des cris d'effroi, des cliquetis d'armes ; le sou du beffroi est plus fort.
MARGUERITE
Oh! mon Dieu! mon père, le bruit du combat se rapproche... l'ennemi est dans la ville!...
TARDER
Ah ! monseigneur est mort!...
Le duc de Brabant, sam casque, ayant son armure brisée et souillée de sang et de poussière, parait seul et n'ayant à la main qu'un tronçon d’épée,
LE DUC
Non, je n’ai pas pu mourir, Vander: les cruels! ils veulent, avec la vie, me laisser la honte de 1a défaite... tue-moi, tue -moi donc, toi qui n’as pas brisé ton épée... ne me laisse pas tomber vivant au pouvoir de mon ennemi.
Il tombe anéanti sur un fauteuil.
GENEVIEVE UE BRADANT.