‹ Genevieve de Brabant melodrame en quatre actesChapitre 9 sur 63 · GENEVIÈVE, MARGUERITE · texte numérisé non relu

GENEVIÈVE, MARGUERITE

MARGUERITE

Ma chère maîtresse, j'ai su par le jeune page envoyé par monseigneur que la guerre avec le duc de Gucldrcs était terminée. Plus heureux que son allie, le comte de Uainault, il a obtenu grâce et merci du vainqueur, tandis que le malheureux comte, chassé de ses états, n'a pu conserver que son èpée et quelques chevaliers restés fidèles à son infortuue.

Quelque malheureux que puisse être le comte de Uaiuault, il ne trouvera aucune pitié dans le cœur de Geneviève. N’est-il pas l'auteur de tous mes maux?

MARGUERITE

Lui !

Toii père ne t’a-t-il donc pas appris...?

MARGUERITE

Les secrets confiés A mon père restent des secrets mémo pour sa fille.

Je te voyais heuiuuse, Marguerite, et je ne voulais pas troubler la galté par le récit de mes chagrins ; niais le retour prochain du duc de Brabant, la train le que ce retour m’inspire, le besoin d'avoir un cœur qui comprcunc le mien, une main amie qui puisse en secret essuyer mes larmes , tout cela te vaudra une bien triste confidence; je te l’épargnerais encore si je ne savais pas bien que tu m'aiinc* comme tu aurais aimé une sœur.

MARGUERITE

Oh! oui, madame; mon pore ne vous chérit-il pas à l’égal de sa fille? Parlez, parlez: après vous avoir entendue, la pauvre Marguerite vous ouvrira son cœur; à son tour, elle vous apprendra que le sourire qui était sur scs lèvres était un mensonge , ot que le bonheur s'est aussi éloigne d'elle.

Comment?

MARGUERITE

Vous saurez tout; mais parlez, parlez, je vous en conjure.

Si jeune! et déjà malheureuse? Oh! mais le* chagrins seront ceux d’un moment ; comme les miens, ils ne doivent pas ne finir qu'avec ta vie.

MARGUERITE

Qu'enlcnds-jc?

GENEVIbV E.

Être aimée de celui que Dieu et les homme* vous ont donné pour époux, l’adorer de toutes les forces de son ante, c’est le bonheur, nVst-cc pas ? Eh bien ! j’aime le due de Brabani, j'ai tout son amour, et notre sort ferait pitié à notre plu* mortel ennemi lui-méme. Entre mon époux et moi, un fantôme s'est dressé, qui flétrit le passé, empoisonne le présent et détruit l’avenir, c’cst le démon de la jalousie.

MARGUERITE-

La jalousie!

Puisses-tu ne connaître jamais cette funeste passion ! Puisse le ciel te donner un époux qui croie en ton amour cl en ta foi !... Tu étais enfant encore, lorsqu'il y a trois ans, le duc de Brabant fit demander ma main au comte de Courtray, mon père. L’alliance était honorable et belle, mon cœur était libre, je consentis. Le duc ne voulut pas m’étre présenté, il proposa A mon père d'ouvrir un tournoi cl d’y appeler tous les seigneurs flamands et brabançons. Comme il lui semblait qu'il me distinguerait au milieu de toutes les dames do ma cour, sans m’avoir jamais vue, il espérait que je le devinerais au milieu des brillan* chevaliers conviés à cette fête. Folle pensée! Le tournoi commença; jamais pareil spectacle n’nva t frappé mes regards. Pour plaire au duc de Brabant, mon père consentit à me laisser confondue au milieu de toutes mes dames, et rien dans ma parure n'annonçait en moi la reine de la fêle; pourtant le duc de Brabant ne se trompa point . son page vint droit A moi pour m’offrir un bracelet enrichi de diamans et qui portait mon chiffre. A mon tour, je voulus deviner. Parmi tou» les chevaliers qui couraient dans la lice, un surtout frappa mes yeux; il avait brisé sur son bouclier toutes les lances de ses adversaires, il était sorti vainqueur de toutes les joules , son armure était ’a plus brillante, son coursier le plus beau ; je m’écriai : Voilà le duc de Brabant! et je lui envoyai

mon écharpe eo échange du bracelet. Le chevalier leva la visière de son casque; c'était...

C'était?...

Lecomte de Hainault. Le duc, qu’on s’empressa alors de me présenter, sourit le premier de cetto fatale méprise; mais il avait été blessé au cœur. Le comte de Hainault, en chevalier déloyal, se vanta publiquemcntd’une erreur tout involontaire. J'avais précédemment refusé sa main, il se vengea rrucllcmenl : «La politique seule, disait-il » s’était opposée à une union que nos deux cœurs désiraient. » Ces paroles imprudentes et perfides furent répétées au duc, mou époux; et de ce moment mon existence ne fut plus qu'un continuel supplice.

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