‹ Geneviève;Chapitre 1 sur 23 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ADRIEN, devant la table à droite. Il écrit, s'arrête, cache un instant sa tête dans ses mains.

Même en travaillant je pense encore à elle! Mon Dieu! donnez-moi la force de me taire.... dussé-je en mourir... (Apercevant Geneviève qui entre.) Ah !. . (// se remet vivement à écrire.)

Geneviève, entrant du fond, allant écouter à la porte à gauche.)

Il n'est pas encore levé!.... Déjà ici, monsieur Adrien... déjà à l'ouvrage'/. .

Adrien, se levant.

Oui, Mademoiselle... j'étais là, dans le cabinet de travail de monsieur votre père... mais je me retire... si je vous gêne...

Du tout... je désirais, au contraire, vous parler à vous seul.

Adrien, à part, avec crainte.

Ah! mon Dieu!..

Ec puisque voilà une bonne occasion , je me hâte d'en profiter... Est-ce que mon père éprouverait dans ses affaires.., quelques pertes... quelques malheurs?...

Lui! monsieur Clérembourg! le premier négo-

ciant de Marseille! jamais sa position n'a été plus belle! Aimé et honoré de tous.... des capitaux immenses... un crédit... idem... hier encore...

Air du Pot de fleurs.

De deux vaisseaux que l'on nous expédie

Nous arrivait la riche cargaison !

Et les trésors de l'Inde et de l'Asie

S'entassent dans notre maison.

Le jour se passe à compter des espèces ;

Et si chez nous, je vous le dis tout bas,

Il existe quelqu'embaras Ce n'est que celui des richesses !

J'en sais quelque chose, moi, le caissier de votre père, et son premier commis.

Je sais, Adrien.... que malgré votre jeunesse.... il a, en vous, une entière confiance; c'est pour cela que je m'adressais à votre amitié !... Mon père, qui est la bonté même, semble ne vivre que pour moi! Je ne lui ai jamais vu de chagrin que lorsqu'il craignait que je ne fusse malade.... ou bien quand je lui exprimais un désir. .. ou un caprice qu'il ne pouvait satisfaire.

adkien, vivement.

C'est vrai! c'est vrai!... mais aussi, jamais un père a-t-il eu une fille plus attentive.. .. plus dévouée... plus adorabje,

Geneviève, lui faisant signe d& se taire. Ne parlons pas deçà, Adrien! c'est mon devoir et mon plaisir!.. Il a tant veillé sur moi... que je puis bien à mon tour m'inquiéter pour lui!.... Depuis deux jours!,... j'en suis certaine.... il a quelque chagrin secret qui le tourmente, il a reçu avanthier, devant moi, une lettre dont la lecture lui a causé une grande agitation.... Savez-vousce que c'était ?

ADRIEN

Non, Mademoiselle... quand vous avez été partie, il l'a relue une seconde fois avec colère, et l'a jetée au feu..

Depuis deux jours.... il aime à rester seul ici.... dans ce cabinet. Savez-vous pourquoi?

ADRIEN

J'étais entré hier sur la pointe du pied, pour ne pas le déranger... je l'ai aperça là, dans son grand faurffoil... lisant cette brochure..; qui, sans doute, l'amusait ou l'intéressait "vivement.,,., car il avait une figure riante et épanouie... et il s'interrompait de temps en.temps pour dire : Très bien !.. bravo!., c'est cela même.

Geneviève, courant au guéridon.

C'est là... ce livre...

ADRIEN

Oui, Mademoiselle...

Geneviève, Usant.

Tableaux de Famille... {Jetant la brochure.) Quelques idées de bonheur qui- lui rappelaient sa fille... C'est là sa seule pensée!

ADRIEN

Tout le reste de la journée je î'aivu uniquement occupé...

Geneviève, vivement.

De quoi?

ADRIEN

De ce. bal où vous alliez le soir! C'était presque votre première entrée dans le monde..... il voulait que vous fussiez superbe.

Geneviève, a part,

G mon bon père!

ADRIEN

Et vous l'étiez... Je vous ai vue au moment de votre départ... Aussi l'on dit que vous avez eu à ce bal un succès. .

Mais oui!... j'étais si heureuse de danser !.... co ne peut être cela qui ait fâché mon père.

ADRIEN

Au contraire! son unique bonheur, c'est

qu'on trouve sa fille belle... (Avec hésitation.) et son seul rêve, sans doute, c'est de rencontrer pour elle un brillant établissement! un des premiers partis de France...

Geneviève, froidement.

ïl ne m'en a jamais parlé.

Adrien, de même.

Je conçois sa peine... il ne trouvera jamais rien de digne de vous!... rien d'assez beau... d'assez élevé!;.. C'est là, peut-être, ce qui le tourmente.., Geneviève, de même.

C'est possible!... il y a des gens qui ont trop d'ambition... il y en a d'autres qui n'en ont pas assez!... Vous, par exemple, M. Adrien.

ADRIEN

Moi ! Mademoiselle.

Il me semble que vous pourriez songer davantage à vos intérêts, à votre avenir'.... Et puis

vous ne sortez jamais... vous travaillez trop !... ce n'est pas raisonnable... beaucoup de gens vous trouvent changé... et ce n'est pas étonnant!... la nuit dernière, à trois heures du matin... vous étiez encore au bureau...

ADRIEN

Votre père... était dehors... il était avec vous à ce bal... et il m'aurait été impossible de dormir avant qu'on ne fût rentré... (vivement) parce que, voyez-vous, Mademoiselle..., (s arrêtant) votre père avant tout...

Geneviève, avec embarras.

Je vous remercie de l'affection que vous lui portez...

ADRIEN

Vous êtes bien bonne, Mademoiselle.

GENEVIÈNE.

Voici mon père...

adrien, à part.

Ah ! tant mieux.

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