‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 103 sur 322 · FUNÉRAILLES DU GUERRIER, CONVOIS DES RICHES, COUTUMES, ETC · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES DU GUERRIER, CONVOIS DES RICHES, COUTUMES, ETC

Une noble simplicité présidoit aux obsèques du guerrier chrétien. Lorsqu'on croyoit encore à quelque chose, on aimoit à voir un aumônier dans une tente ouverte, près d'un champ de bataille, célébrer une messe des morts sur un autel formé de tambours C'étoit un assez beau spectacle de voir le Dieu des armées descendre, à la voix d'un prêtre, sur les tentes d'un camp françois, tandis que de vieux soldats, qui avoient tant de fois bravé la mort, tomboient à genoux devant un cercueil, un autel et un ministre de paix. Aux roulements des tambours drapés, aux salves interrompues du canon, des grenadiers portoient le corps de leur vaillant capitaine à la tombe qu'ils avoient creusée pour lui avec leurs baïonnettes. Au sortir de ces funérailles on n'alloit point courir pour des trépieds, pour de doubles coupes, pour des peaux de lion aux ongles d'or, mais on s'empressoit de chercher, au milieu des combats, des jeux funèbres et une arène plus glorieuse; et si l'on n'immoloit point une génisse noire aux mânes du héros, du moins on répandoit en son honneur un sang moins stérile, celui des ennemis de la patrie.

Parlerons-nous de ces enterrements faits à la lueur des flambeaux dans nos villes, de ces chapelles ardentes, de ces chars tendus de noir, de ces chevaux parés de plumes et de draperies

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de ce silence interrompu par les versets de l'hymne de la colère, Dies irœ ?

La religion conduisoit à ces convois des grands de pauvres orphelins sous la livrée pareille de l'infortune : par là eHe faisoit sentir à des enfants qui n'avoient point de père quelque chose de la piété filiale; elle montroit en même temps à l'extrême misère ce que c'est que des biens qui viennent se perdre au ceicueil, et elle enseignoit au riche qu'il n'y a point de plus puissante médiation auprès Éde Dieu que celle de l'innocence et de l'adversité.

Un usage particulier avoit lieu au décès des prêtres . on les enterroit le visage découvert : le peuple croyoit lire sur les traits de son pasteur l'arrêt du souverain Juge et reconnoître les joies du prédestiné à travers l'ombre d'une sainte mort, comme dans les voiles d'une nuit pure on découvre les splendeurs du ciel.

La même coutume s'observoit dans les couvents. Nous avons vu une jeune religieuse ainsi couchée dans sa bière. Son front se confondoit par sa pâleur avec le bandeau de lin dont il étoit à demi couvert, une couronne de roses blanches étoit sur sa tête et un flambeau brûloit entre ses mains : les grâces et la paix du cœur ne sauvent point de la mort, et l'on voit se faner les lis malgré la candeur de leur sein et la tranquillité des vallées qu'ils habitent.

Au reste, la simplicité des funérailles étoit réservée au nourricier, comme au défenseur de la patrie. Quatre villageois précédés du curé transportoient sur leurs épaules l'homme des champs au tombeau de ses pères. Si quelques laboureurs rencontroient le convoi dans les campagnes, ils suspendoient leurs travaux, découvroient leurs tètes et honoroient d'un signe de croix leur compagnon décédé. On voyoit de loin ce mort rustique voyager au milieu des blés jaunissants, qu'il avoit peut-être semés. Le cercueil, couvert d'un drap mortuaire, se balançoit comme un pavot noir au-dessus des froments d'or et ries fleurs de pourpre et d'azur. Des enfants, une veuve épiorée, formoient tout le cortège. En passant devant la croix du chemin ou la sainte du rocher, on se déiassoit un moment . on posoit la bière sur la borne d'un héritage, on invoquoit la Kolre-Danie

champêtre au pied de laqueMe le laboureur décédé avoit tant de fois prié pour une bonne mort ou pour une récolte abondante. C'étoit là qu'il mettoit ses bœufs à l'ombre au milieu du jour; c'étoit là qu'il prenoit son repas de lait et de pain bis, au chant des cigales et des alouettes. Que bien différent d'alors il s'y repose aujourd'hui! Mais du moins les sillons ne seront plus arrosés de ses sueurs; du moins son sein paternel a perdu ses sollicitudes, et par ce même chemin où les jours de fête il se rendoit à l'église il marche maintenant au tombeau, entre les touchants monuments de sa vie, des enfants vertueux et d'innocentes moissons.

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