LES GRECS ET LES ROMAINS
Chez les Grecs et les Romains les morts ordinaires reposoient à l'entrée des villes, le long des chemins publics, apparemment parce que les tombeaux sont les vrais monuments du voyageur. On ensevelissoit souvent les morts fameux au bord de la mer.
Ces espèces de signaux funèbres, qui annonçoient de loin le rivage et l'écueil au navigateur, étaient pour lui sans doute un sujet de réflexions bien sérieuses. Oh! que la mer devoit lui paraître un élément sûr et fidèle auprès de cette terre où l'orage avoit brisé tant de hautes fortunes, englouti tant d'illustres vies! Près de la cité d'Alexandre on apercevoit le petit monceau de sable élevé par la piété d'un affranchi et d'un vieux soldat aux mânes du grand Pompée; non loin des ruines de Carthage on découvroit sur un rocher la statue armée consacrée à la mémoire de Caton; sur les côtes de l'Italie le mausolée de îcipion marquoit le lieu où ce grand homme mourut dans l'exil, et la tombe de Cicéron indiquoit la place où le père de la patrie fut indignement massacré.
Mais, tandis que la fatale Rome érigeoit sur le rivage de la mer ces témoignages de son injustice, la Grèce, consolant l'humanité, plaçoit au bord des mêmes flots de plus riants souvenirs. Les disciples de Platon et de Pythagore, en voguant vers la terre d'Egypte, où ils alloient s'instruire touchant les dieux,