QUATRIEME PARTIE
le gros if qui ne végétoit plus que par son écorce, les pommiers do presbytère, le haut gazon, les peupliers, l'ornement des morts, et les buis, et les petites croix: de consolation et de grâce. Ao milieu des paisibles monuments, le temple villageois élevoit sa tour surmontée de l'emblème rustique de la vigilance. On n'entendoit dans ces lieux que le chant du rouge-gorge et le bruit des brebis qui broutoient l'herbe de la tombe de leur ancien pasteur.
Les sentiers qui. traversoient l'enclos bénit aboutissoient à l'église ou à la maison du curé : ils étoient tracés parle pauvre et le pèlerin, qui alloient prier le Dieu des miracles ou demander le pain de l'aumône à l'homme de l'Évangile : l'indiffèrent ou le riche ne passoit point sur ces tombeaux.
On y lisoit pour toute epitaphe : Guillaume ou Paul, né en telle année, mort en telle autre. Sur quelques-uns il n'y avoit pas même de nom. Le laboureur chrétien repose oublié dans la mort , comme ces végétaux utiles au milieu desquels il a vécu; la nature ne grave pas le nom des chênes sur leurs troncs abattus dans les forêts.
ndant, en errant un jour dans un cimetière de campagne, nous aperçûmes une epitaphe latine sur une pierre qui annonçoit le tombeau d'un enfant. Surpris de cette magnificence, nous nous en approchâmes, pour connoîtro l'érudition du curé du village; nous lûmes ces mots de l'Évangile;
Sinite parvulos ventre ad me.
Laissez les petits enfants venir à moi.
Les cimetières de la Suisse sont quelquefois placés sur des rochers1, d'où ils commandent les lacs, les précipices et les vallées. Le chamois et l'aigle y fixent leur demeure, et la mort croît sur ces sites escarpés, comme ces plantes alpines dont la racine est plongée dans des glaces éternelles. Après son trépas, le paysan de Glaris ou de Saint-Gall est transporté sur ces hauts lieux par son pasteur. Le convoi a pour pompe funèbre la pompe de la nature et pour musique sur les croupes des Alpes ces