‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 12 sur 322 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

placé des horloges pour compter des minutes à des squelettes, pour marquer des heures à l'éternité !

C'est dans ces tombeaux où le néant a rassemblé ces merveilles, où la dépouille du singe insulte à la dépouille de l'homme, c'est là qu'il faut chercher la raison de ce phénomène, un naturaliste athée : à force de se promener dans l'atmosphère des sépulcres, son à me a gagné la mort.

Lorsque la science étoit pauvre et solitaire ; lorsqu'elle erroit dans la vallée et dans la forêt, qu'elle épioit l'oiseau portant à manger à ses petits ou le quadrupède retournant à sa tanière; que son laboratoire étoit la nature, son amphithéâtre les cieux et les champs; qu'elle étoit simple et merveilleuse comme les déserts où elle passoit sa vie, alors elle étoit religieuse. Assise à l'ombre d'un chêne, couronnée de fleurs qu'elle avoit cueillies sur la montagne, elle se contentoit de peindre les scènes qui l'environnoient. Ses livrés n'étoient que des catalogues de remèdes pour les infirmités du corps, ou des recueils de cantiques dont les paroles apaisoient les douleurs de l'àme. Mais quand des congrégations de savants se formèrent, quand les philosophes, cherchant la réputation et non la nature, voulurent parler des œuvres de Dieu sans les avoir aimées, l'incrédulité naquit avec l'amour-propre, et la science ne fut plus que le petit instrument d'une petite renommée.

L'Église n'a jamais parlé aussi sévèrement contre les études philosophiques que les divers philosophes que nous avons cités dans ces chapitres. Si on l'accuse de s'être un peu méfiée de ces lettres qui ne guérissent de rien, comme parle Sénèque, il faut aussi condamner cette foule de législateurs, d'hommes d'État, de moralistes, qui se sont élevés beaucoup plus fortement que la religion chrétienne contre le danger, l'incertitude et l'obscurité des sciences.

Où découvrira-t-elle la vérité ? Sera-ce dans Locke, placé si haut par Gondillac? dans Leibnitz, qui trouvoit Locke si foible en idéologie, ou dans Kant, qui a, de nos jours, attaqué et Locke et Condillac? En croira-t-elle Minos, Licurgue, Caton, J.-J. Rousseau, qui chassent les sciences de leurs républiques, ou adoptera-t-elle le sentiment des législateurs qui les tolèrent? Quelles effrayantes leçons, si elle jette les yeux autour d'elle 1

Quelle ample matière de réflexions sur cette histoire de Y arbre de science, qui produit la mort! Toujours les siècles de philosophie ont touché aux siècles de destruction.

L'Église ne pouvoit donc prendre, dans une question qui a partagé la terre, que le parti même qu'elle a pris : retenir ou lâcher les rênes, selon l'esprit des choses et des temps : opposer la morale à l'abus que l'homme fait des lumières, et tâcher de lui conserver, pour son bonheur, un cœur simple et une humble pensée.

Concluons que le défaut du jour est de séparer un peu trop les études abstraites des études littéraires. Les unes appartiennent à l'esprit, les autres au cœur; or, il se faut donner de garde de cultiver le premier à l'exclusion du second, et de sacrifier la partie qui aime à celle qui raisonne. C'est par une heureuse combinaison des connoissances physiques et morales, et surtout par le concours des idées religieuses, qu'on parviendra à redonner à notre jeunesse cette éducation qui jadis a formé tant de grands hommes. 11 ne faut pas croire que notre sol" soit épuisé. Ce beau pays de France pour prodiguer de nouvelles moissons n'a besoin que d'être cultivé un peu à la manière de nos pères : c'est une de ces terres heureuses où régnent ces génies protecteurs des hommes et ce souffle divin qui, selon Platon, décèle les climats favorables à la vertu1.

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