QUATRIÈME PARTIE
au prêtre sans tache que Platon dépeint dans ses Lois. Choisi dans l'assemblée du peuple, il étoit peut-être le seul magistrat légal qui existât dans les temps barbares. Comme cotte place entraînoit une responsabilité immense, tant dans cette vie que dans l'autre, elle étoit loin d'être briguée. Les Basile et les Ambroise fuyoient au désert, dans la crainte d'être élevés à une dignité dont les devoirs emayoient même leurs vertus.
Non-seulement l'évèque étoit obligé de remplir ses fonctions religieuses, comme d'enseigner la morale, d'administrer les sacrements, d'ordonner les prêtres, mais encore le poids des lois civiles et des débats politiques retomboit sur lui. C'étoit un prince à apaiser, une guerre à détourner, une ville à défendre. L'évèque de Paris, au ixe siècle, en sauvant par son courage la capitale de la France, empêcha peut-être la France entière de passer sous le joug des Normands.
« On étoit si convaincu, dit d'Héricourt, que l'obligation de recevoir les étrangers étoit un devoir dans l'épiscopat, que saint Grégoire voulut, avant de consacrer Florentinus, évèque d'Ancône, qu'on exprimât si c'étoit par impuissance ou par avarice qu'il n'avoit point exercé jusque alors l'hospitalité envers les étrangers 1. »
On vouloit que l'évèque haït le péché et non le pécheur 2; qu'il supportât le foible; qu'il eût un cœur de père pour les pauvres 3. Il devoit néanmoins garder quelque mesure dans ses dons et ne point entretenir de profession dangereuse ou inutile, comme les baladins et les chasseurs 4 : véritable loi politique qui frappoit d'un côté le vice dominant des Romains, et de l'autre la passion des barbares.
Si l'évèque avoit des parents dans le besoin, il lui étoit permis de les préférer à des étrangers, mais non pas de les enrichir; « car, dit le canon, c'est leur état d'indigence et non les liens du sang qu'il doit regarder en pareil cas 5. »
Faut-il s'étonner qu'avec tant de vertus les évèques obtinssent la vénération des peuples? On courboit la tète sous leur béné-