CLERGÉ RÉGULIER. —ORIGINE DE LA VIE MONASTIQUE
S'il est vrai, comme on pourroit le croire, qu'une chose soit poétiquement belle en raison de l'antiquité de son origine, il
faut convenir que la vie monastique a quelques droits à notre admiration. Elle remonte aux premiers âges du monde. Le prophète Élie, fuyant la corruption d'Israël, se retira le long du Jourdain, où il vécut d'herbes et de racines, avec quelques disciples. Sans avoir besoin de fouiller plus avant dans l'histoire, cette source des ordres religieux nous semble assez merveilleuse. Que n'eussent point dit les poètes de la Grèce s'ils avoient trouvé pour fondateur des collèges sacrés un homme ravi au ciel dans un char de feu, et qui doit reparoître sur la terre au jour de la consommation des siècles?
De là la vie monastique, par un héritage admirable, descend à travers les prophètes et saint Jean-Baptiste jusqu'à Jésus- Christ, qui se déroboit souvent au monde pour aller prier sur les montagnes. Bientôt les Thérapeutes1, embrassant les perfections de la retraite, offrirent, près du lac Mœris en Egypte, les premiers modèles des monastères chrétiens. Enfin, sous Paul, Antoine et Pacôme, paroissent ces saints de la Thébaïde qui remplirent le Carmel et le Liban des chefs-d'œuvre de la pénitence. Une voix de gloire et de merveille s'éleva du fond des plus affreuses solitudes. Des musiques divines se mêloient au bruit des cascades et des sources; les Séraphins visitoient l'anachorète du rocher, ou enlevoient son âme brillante sur les nues; les lions servoient de messager au solitaire et les corbeaux lui apportoient la manne céleste. Les cités jalouses virent tomber leur réputation antique : ce fut le temps de la renommée du désert.
Marchant ainsi d'enchantement en enchantement dans l'établissement delà vie religieuse, nous trouvons une seconde sorte d'origines que nous appelons locales, c'est-à-dire certaines fondations d'ordres et de couvents : ces origines ne sont ni moins curieuses ni moins agréables que les premières. Aux portes même de Jérusalem on voit un monastère bâti sur l'emplacement de la maison de Pilate; au mont Sinaï, le couvent de la Trans-
1. Voltaire se moque d'Eusèbe, qui prend, dit-il, les Thérapeutes pour des moines chrétiens. Eusèbe étoit plus près de ces moines que Voltaire, et certainement plus versé que lui dans les antiquités chrétiennes. Montfaucon, Fleury, Héricourt, Hélyot et une foule d'autres savants se sont rangés à l'opinion de l'évêque de Gésarée.