MISSIONS DU LEVANT
Chaque mission avoit un caractère qui lui étoit propre et un genre de souffrance particulier. Celles du Levant présentoient un spectacle bien philosophique. Combien elle étoit puissante cette voix chrétienne qui s'élevoit des tombeaux d'Argos et des ruines de Sparte et d'Athènes! Dans les îles de Naxos et de Salamine, d'où partoient ces brillantes théories qui charmoient et enivroient la Grèce, un pauvre père catholique, déguisé en Turc, se jette dans un esquif, aborde à quelque méchant réduit pratiqué sous des tronçons de colonnes, console sur la paille le descendant des vainqueurs de Xerxès, distribue des aumônes au nom de Jésus-Christ, et, faisant le bien comme on fait le mal, en se cachant dans l'ombre, retourne secrètement au désert.
Le savant qui va mesurer les restes de l'antiquité dans les solitudes de l'Afrique et de l'Asie a sans doute des droits à notre admiration; mais nous voyons une chose encore plus admirable et plus belle : c'est quelque Bossuet inconnu expliquant la parole des prophètes sur les débris de Tyr et de Babylone.
Dieu permettoit que les moissons fussent abondantes dans un sol si riche; une pareille poussière ne pouvoit être stérile. « Nous sortîmes de Serpho, dit le père Xavier, plus consolés que je ne puis vous l'exprimer ici, le peuple nous comblant de bénédictions et remerciant Dieu mille fois de nous avoir inspiré 'e dessein de venir les chercher au milieu de leurs rochers *. »
Les montagnes du Liban, comme les sables de la Thebaïde, étoient témoins du dévouement des missionnaires. Ils ont une grâce infinie à rehausser ies plus petites circonstances. S'ils décrivent ies cèdres du Liban, ils vous parlent de quatre autels