‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 175 sur 322 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

pauvres, que les écrivains ecclésiastiques. Ils ont constamment soutenu que la liberté est un droit imprescriptible du chrétien. Le colon protestant, convaincu de cette vérité, pour arranger sa cupidité et sa conscience, ne baptisoit ses nègres qu'à l'article de la mort; souvent même, dans la crainte qu'ils ne revinssent de leur maladie et qu'ils ne réclamassent ensuite, comme chrétiens, leur liberté, il les laissoit mourir dans l'idolâtrie1 : la religion se montre ici aussi belle que l'avarice paroît hideuse.

Le ton sensible et religieux dont les missionnaires parloient des nègres de nos colonies étoit le seul qui s'accordât avec la raison et l'humanité. Il rendoit les maîtres plus pitoyables et les esclaves plus vertueux; il servoit la cause du genre humain sans nuire à la patrie et sans bouleverser l'ordre et les propriétés. Avec de grands mots on a tout perdu ; on a éteint jusqu'à la pitié, car qui oseroit encore plaider la cause des noirs après les crimes qu'ils ont commis? tant nous avons fait de mal! tant nous avons perdu les plus belles causes et les plus belles choses !

Quant à l'histoire naturelle, le père Dutertre vous montre quelquefois tout un animal d'un seul trait ; il appelle l'oiseaumouche une fleur céleste; c'est le vers du père Commire sur le papillon :

Florem putares nare per liquidum sethera.

s Les plumes du flambant ou du flamant, dit-il ailleurs, sont de couleur incarnate; et quand il vole à l'opposite de soleil, il paroît tout flamboyant comme un brandon de feu2.»

Buffon n'a pas mieux peint le vol d'un oiseau que l'historien des Antilles : « Cet oiseau (la frégate) a beaucoup de peine à se lever de dessus les branches ; mais quand il a une fois pris son vol, on lui voit fendre l'air d'un vol paisible, tenant ses ailes étendues sans presque les remuer ni se fatiguer aucunement. Si quelquefois la pesanteur de la pluie ou l'impétuosité des vents l'importune, pour lors il brave les nues, se guindé dans la moyenne région de l'air, et se dérobe à la vue des hommes 3 . »

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