‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 197 sur 322 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

adversaire ! Tous les cœurs sont à lui, toutes les dames veulent lui envoyer de nouvelles faveurs pour orner ses armes. Cependant des hérauts crient au chevalier : Souviens-loi de qui tu es fils, el ne forligne pas! Joutes, castilles, pas d'armes, combats à la foule, font tour à tour briller la vaillance, la force et l'adresse des combattants. Mille cris mêlés au fracas des armes montent jusqu'aux cieux. Chaque dame encourage son chevalier, et lui jette un bracelet, une boucle de cheveux, une écharpe. Un Sargine jusque alors éloigné du champ de la gloire, mais transformé en héros par l'amour, un brave inconnu qui a combattu sans armes et sans vêtements, et qu'on distingue à sa camise sanglante1, sont proclamés vainqueurs de la joute; ils reçoivent un baiser de leur dame, et l'on crie : « L'amour des dames, la mort des héraux2, louenge et priz aux chevaliers. »

C'étoit dans ces fêtes qu'on voyoit briller la vaillance ou la courtoisie de La Trémouille de Boucicault, de Bayard, de qui les hauts faits ont rendu probables les exploits des Perceforest, des Lancelot et des Gandifer. Il en coûtoit cher aux chevaliers étrangers pour oser s'attaquer aux chevaliers de France. Pendant les guerres du règne de Charles VI, Sampi et Boucicault soutinrent seuls les défis que les vainqueurs leur portoient de toutes parts; et, joignant la générosité à la valeur, ils rendoient les chevaux et les armes aux téméraires qui les avoient appelés en champ clos.

Le roi vouloit empêcher ses chevaliers de relever le gant et de ressentir ces insultes particulières. Mais ils lui dirent : « Sire, l'honneur de la France est si naturellement cher à ses enfants que, si le diable lui-même sortoit de l'enfer pour un défi de valeur, il se trouveroit des gens pour le combattre. »

« Et en ce temps aussi, dit un historien, estoient chevaliers d'Espagne et de Portugal, dont trois de Portugal, bien renommés de chevalerie, prindrent, par je ne sais quelle folle entreprinse, champ de bataille encontre trois chevaliers de France; mais, en bonne vérité de Dieu, ils ne mirent pas tant de temps à aller

1. Sainte-Palaye, Histoire des trois chevaliers de la Chanise.

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