‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 21 sur 322 · II · texte numérisé non relu

II

Certes, le penseur le plus hardi de ce siècle , l'écrivain le plus déterminé à généraliser les idées pour bouleverser le monde, n'a rien dit d'aussi fort contre la justice des gouvernements et les préjugés des nations.

Les insultes que nous avons prodiguées par philosophie à la nature humaine ont été plus ou moins puisées dans les écrits de Pascal. Mais en dérobant à ce rare génie la misère de l'homme, nous n'avons pas su comme lui en apercevoir la grandeur. Bossuet et Fénelon, le premier dans son Histowe universelle, dans ses Avertissements et dans sa Politique tirée de l'Écriture sainte, le second dans son Tèlémaque, ont dit sur les gouvernements toutes les choses essentielles. Montesquieu lui-même n'a souvent fait que développer les principes de l'évêque de Meaux, comme on l'a très-bien remarqué. On pourroit faire des volumes des divers passages favorables à la liberté et à l'amour de la patrie qui se trouvent dans les auteurs du xvne siècle.

Et que n'a-t-on point tenté dans ce siècle l? L'égalité des poids et mesures, l'abolition des coutumes provinciales , la réformation du Code civil et criminel, la répartition égale de l'impôt : tous ces projets dont nous nous vantons ont été proposés, examinés, exécutés même quand les avantages de la réforme en ont paru balancer les inconvénients. Bossuet n'a-t-il pas été jusqu'à vouloir réunir l'Église protestante à l'Église romaine? Quand on songe que Bagnoli, Lé Maître, Arnauld, Nicole, Pascal s'étoient consacrés à l'éducation de la jeunesse , on aura de la peine à croire sans doute que cette éducation est plus belle et plus savante de nos jours. Les meilleurs livres classiques que nous ayons sont encore ceux de Port-Royal, et nous ne faisons que les répéter, souvent en cachant nos larcins dans nos ouvrages élémentaires.

Notre supériorité se réduit donc à quelques progrès dans les études naturelles; progrès qui appartiennent à la marche du temps, et qui ne compensent pas, à beaucoup près, la perte de l'imagination qui en est la suite. La pensée est la même dans tous les siècles, mais elle est accompagnés plus particulièrement ou des arts ou des sciences ; elle n'a toute sa grandeur

Page 1